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Quelques pas dans les pas de Colette, Annie de Pène,  Marguerite Moreno et Musidora – leur petite Musi, la plus jeune du quatuor mais pas la moins aventureuse.

En août 1914, les hommes partent au front – Colette qui n’a jamais supporté la solitude bat le rassemblement de ses amies – elles vont vivre en communauté (le phalanstère) pendant presque deux ans, jusqu’à ce que le chalet suisse de la rue Cortambert s’écroule en partie  sous un orage en 1918.
Colette vient d’épouser Henri de Jouvenel, la voilà donc baronne et ô surprise = maman. A 40 ans, et toujours aussi avide de liberté, elle a confié le bébé à sa belle-mère. Plus tard, elle la confiera à ses nurses, puis en pension - c'est un pan de sa vie que j'aime moins, elle était plus maternelle avec ses amies qu'avec sa Bel-Gazou.

Elles ont dû alors se trouver d’autres lieux à vivre mais toujours se retrouver étaient une priorité.

Je connaissais Colette et Marguerite Moreno, j’avais entendu parler de Musidora, celle pour qui on inventa l’expression « vamp », je n’avais jamais entendu parler d’Annie de Pène, et ça c’est une fameuse lacune car cette intrépide romancière fut l’une des journalistes les plus intéressantes de son époque, n’hésitant pas à aller là où l’on se battait, pour parler des horreurs de la guerre (1914-1918).

Colette parlait de la situation des femmes pendant la guerre, Annie parlait des souffrances au front – elles s’aimaient comme des sœurs, jamais en concurrence. Les tâches ménagères sont parfaitement réparties = Colette dépoussière, Marguerite lave et essore,  Annie fait le marché et Musi cuisine.

Elles se ressemblent physiquement (enfin presque) = cheveux bruns coupés courts, yeux noyés dans le khôl.  Elles ont balancé les corsets aux orties et préfèrent le pantalon nettement plus pratique. Dans ce « harem » (mot de Colette qui attend à chaque fois les permissions de son « Sidi »), elles écrivent, tricotent, font la popote tant bien que mal avec ce que les privations de la guerre permettent.

Elles ont partagé d’autres maisons aussi, à Rozven en Bretagne, où il faisait bon se baigner nue, en Normandie où Annie de Pène avait une maison.

Annie de Pène sera emportée brutalement par la grippe espagnole ; Marguerite Moreno, partie dans le sud où elle a de la famille,  elle qui aime tellement le théâtre, a l’impression que celui-ci l’oublie.
Il est vrai que le cinéma à son début n’a pas de grands rôles pour cette magnifique artiste de théâtre qui aime tant déclamer de la poésie. Marguerite Moreno qui fit partie de la comédie française, qui travailla avec Sarah Bernhardt, a eu un immense passage à vide, jusqu’à ce que le parlant la découvrit, alors qu’elle n’était plus jeune, et lui offrit une deuxième jeunesse justement.

Ce cinéma – que Colette détestait – fera la gloire et la fortune, puis sa ruine,  de Musidora devenue l’égérie de Louis Feuillade – elle par contre elle contractera ce virus du cinéma, fit tout pendant tout un temps = scénario, mise en scène, actrice de ses propres réalisations. Cette « petite Musi » comme disait Colette, devint la muse des surréalistes aussi. Elle fit un passage par l’Espagne, où elle succomba aux yeux de velours d’un torero.

Au fil du livre, on les voit vieillir aussi – Colette devient tellement forte (elle aime tellement manger) – les visages changent, Marguerite Moreno, si belle dans sa jeunesse, accuse une franche laideur en vieillissant, pourtant c’est alors que la gloire cinématographique frappera à sa porte.

Mon avis = Comme les Trois Mousquetaires, elles étaient quatre.

Dominique Bona a écrit ce que j’appelle « un joli livre », mais attention = pas un livre gnan-gnan,  au contraire – un hommage formidable à ces femmes formidables qui ont bravé les tabous de leur époque, qui ont souvent tout quitté pour s’assumer, pour être libre, même si cela impliquait parfois de laisser ses enfants derrière soi. Elles se sont montrées sur scène, dans leur jeunesse, nues.

J’ai comme l’impression qu’elle eût aimé faire partie de cette communauté intellectuelle et artistique.
Son livre respire la tendresse, la bonne humeur d’être ensemble malgré les événements qui secouent la France.

A travers leurs 4 destins combinés, on assiste aux événements de leur époque, des hommes (jeunes souvent) qui ont traversé leurs existences, qu’elles ont aimé, on retrouve des figures féminines, femmes qui aimaient les femmes, sans que cela ne soit jamais laid, ni vulgaire.

Ce que je me reproche toujours lorsque je suis face à un beau livre avec de belles personnes, c’est la difficulté que j’ai d’en bien parler, de lui rendre l’hommage, la révérence qu’il mérite.

De Dominique Bona j’avais apprécié la biographie de Berthe Morisot ; ce que j’ai éprouvé à la lecture de ce livre-ci va bien au-delà de cet intérêt, c’est un livre de tendresse, pour lequel j’ai éprouvé un énorme amour.

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