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Il fait printanier à Paris en ce mois de mars – les vêtements se font plus légers, les chapeaux des dames sont moins sombres. Au canal Saint-Martin, après leur petit noir matinal, les frères Naud en débloquant l’hélice de leur péniche remontent un bras humain emballé dans du papier journal.  

La police arrive sur les lieux, avec un plongeur ayant l’habitude de dégoter ce type de problème. On remonte donc peu à peu quelques autres morceaux de ce qui s’avère rapidement être un homme – seule manque la tête, et selon le plongeur, quand on ne trouve pas la tête tout de suite, il y a peu de chance qu’on la trouve. Une tête c’est plus lourd que d’autres parties corporelles, cela s’enfonce dans la vase ou « voyage » lentement mais sûrement vers d’autres lieux.

Le commissaire Maigret est chargé de l’affaire et a immédiatement le juge Comeliau sur la bosse – Comeliau c’est le gars qui n’a aucune fantaisie et la manière d’enquête de Maigret lui porte sur les nerfs, lui Comeliau il aime l’ordre et suivre les procédures, or le commissaire a une manière bien à lui d’enquêter, sautant d’un lieu à l’autre, interrogeant des suspects ou non, il suit généralement son intuition, or Comeliau a horreur des intuitions.
Pour Maigret, ces relations seront la partie la plus difficile de l’enquête.

Car l’enquête en question sera assez rapidement clôturée. En se rendant dans un petit bistrot assez sombre pour téléphoner à l’aise, le commissaire est frappé par l’air indifférent de la patronne. On lui sert un petit blanc de qualité, et il apprend ainsi que c’est le mari qui va en personne s’approvisionner dans la région de Poitiers. Là ça fait quatre jours qu’il est parti, et cela ne semble absolument pas préoccuper Mme Calas, elle ne connaît pas l’endroit exact où son mari s’est rendu et il ne lui a rien dit en ce sens de toute façon.

Sa personnalité commence à intriguer le commissaire, il réalise qu’elle est alcoolique, mais pas une ivrogne, elle a besoin d’un petit coup de cognac de temps en temps, mais cela ne se remarque que si on a l’œil aguerri comme le commissaire. L’un de ses adjoints a remarqué un jeune homme en triporteur qui traînait le long du canal.

Pour les policiers, un suspect potentiel. Un autre homme devient aussi suspect à leurs yeux. Finalement on découvre, via empreintes, que le mort se nomme probablement Omer Calas. Mais toujours pas de tête.
Avec Comeliau sur la bosse, qui insiste pour avoir des résultats, le commissaire Maigret pense que cette enquête sera rapidement résolue.
C’est un notaire qui leur donnera la clé de l’énigme.

Mon avis = amusée – c’est une enquête de Maigret rondement menée malgré les difficultés dues au manque de renseignements – la résolution de l’affaire est surtout basée sur l’intuition du commissaire ; le roman a été écrit en 1955, c’est pour cela que j’ai souri aux difficultés des enquêteurs, du médecin légiste (qui a un humour très personnel comme tous les légistes) et je pensais aux techniques actuelles, comme la localisation des traces de sang avec une lampe bleue, bref tous les petits détails que l’on découvre dans les séries policières actuelles.
Ici on relève surtout les empreintes, on prend des photos, on fouille, on se met à quatre pattes pour détecter les traces éventuelles. Et comme il n’y a pas de tête, impossible de chercher les relevés dentaires (malgré cela, j'avais tout compris dès le départ =^-^=)

Le livre est aussi court que l’enquête et on n’y trouve pas l’ambiance sombre, parfois glauque , des romans du commissaire Maigret.  Evidemment, le portrait de la femme n’est guère attrayant, elle n’est pas loquace, indifférente plutôt aux questions auxquelles elle répond laconiquement, sans plus.  De plus elle est habillée avec la même indifférence qu’elle ne parle.

Dans l’ensemble, on a l’impression que le printemps qui est dans l’air déteint sur l’enquête. 
J’ai bien aimé aussi la description des quais autour du canal Saint-Martin, toujours cette manière de mettre le lecteur dans l’ambiance, propre à Simenon.

Ce qui m’a le plus amusée est l’agacement de Maigret face à Comeliau = on dirait deux chiens face à face, un gros placide face à un petit roquet qui n’arrête pas d’aboyer.

J’ai eu envie de me replonger dans les enquêtes du commissaire Maigret après avoir lu l’intéressant billet de Maryline-Lire&Merveilles.

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