mon bonheur est dans la ville

21 août 2016

STRIKE A POSE, de Reijer Zwaan & Ester Gould

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Un émouvant documentaire autour des danseurs qui participèrent au spectacle de Madonna « Blond Ambition tour » en 1990.

Les réalisateurs ont retrouvé les jeunes gens, 25 ans après la tournée, dont certains eurent travaillèrent ensuite dans le cinéma, la télé ou sur scène – mais tous sans exception gardèrent la danse dans leur vie.
Dans le film nous retrouvons six d’entre eux = Kevin Stea, Luis Camacho  & José Gutierez du groupe « Xtravaganza », Salim (Slam) Gauwloos, Carlton Wilborn & Olivier Crumes III (ce dernier issu de la scène hip-hop, ce qui lui valut pas mal de mises en boîte par les autres danseurs).
Certains d’entre eux furent diagnostiqués HIV positif, ce qu’ils cachèrent autour d’eux – même à leurs très proches – à cause de la honte qu’ils en éprouvaient ; heureusement les traitements les aident désormais et ils ont eu le courage de faire leur « coming out » Il ne faut pas non plus oublier le contexte où le sida était encore très mal considéré, pire que la peste ! L’un d’entre eux, le jeune Gabriel Trupin mourut du sida,  sa mère témoigne pour lui dans le documentaire.
Celui-ci mélange des scènes de la tournée « Blond ambition » et du docu tourné par Madonna « Truth or Dare » - ces images d’archives sont intégrées aux interviews des danseurs.

Rappelons que « Truth or Dare » ou « In bed with Madonna » fut mis à l’index par le vatican pour obscénités, dangereuses pour le public, selon le pape de l’époque ce film était une œuvre satanique.

Le documentaire tourne  essentiellement autour de ces vies, de ces survivants, de ces garçons maintenant des hommes qui lorsqu’ils se retrouvèrent furent émus jusqu’aux larmes. Et s’aiment toujours très fort, comme des frères, après ces expériences qu’ils ont partagés.
Sur les 7 danseurs, tous noirs, 6 étaient homosexuels, à une époque où la culture « gay » était encore méprisée.

Dans « Truth or Dare » 2 des danseurs, alors jeunes, s’embrassent dans un défi lancée par la « madonne » - on le sait Madonna adore provoquer, elle estime que c’est en s’assumant éventuellement par la provocation que l’on fait bouger les choses. Mais les jeunes gens n’étaient pas encore prêts à assumer cela publiquement et hélas, elle ne tint pas compte de la promesse qu’elle fit de ne pas inclure la scène du baiser dans son documentaire.
Dans « Strike a Pose », il est question  du procès que Trupin, Stea et 2 autres, intentèrent à Madonna pour non-respect de cette clause.

Provoquer, ne pas avoir peur du qu’en dira-t-on, est un luxe que les megastars peuvent se permettre, mais pour eux qui étaient moins célèbres, il était nécessaire de faire des compromis.
« Truth or Dare » les exposa à une publicité dont ils se seraient bien passés.
Le procès se terminera en eau de boudin. Pour beaucoup d’entre eux, drogues et alcool et les sorties dans le NewYork branché furent une suite à la tournée avec Madonna, mais comme ils le disent eux-mêmes, cela nous ruinait matériellement, mais nous ruinait aussi la santé – il était temps que cela change et le documentaire nous montre cette évolution réellement émouvante.

Un petit clin d’œil poignant et en même temps qui fait sourire, est la mère de Jose Gutierez qui ne comprend toujours pas, à ce jour, comment il se fait que son fils ne lui ai jamais acheté la petite maison promise au temps de cette gloire énorme, mais éphémère. Sans doute trop énorme pour être portée par de jeunes épaules et lorsque l’argent est trop facile et offre trop de tentations, on est vite fauché.

Je comptais voir ce documentaire en cette fin de semaine, et j’ai eu le grand plaisir d’avoir mon fils aîné (musicien hip hop, electro et voguing) qui souhaitait m’accompagner,  le film l’intéressant aussi. (Un bien agréable moment de complicité et partage familial =^-^=)
Nous avons eu un regret tous les deux, c’est que l’accent n’ait pas été plus mis sur ce mode d’expression qu’est le « voguing ballroom dance », qui redevient très à la mode et que mon fils inclut dans ses compositions.
Il eut même le plaisir, lors d’une « tournée » à Austin Tx, de produire sa musique dans une salle où les participants se mirent à danser, s’exprimant avec les mêmes gestes que les danseurs du film.
J’aurais aimé en savoir plus sur ce mode d’expression (pour cela, mon fils conseille « Paris is burning, qui n’est hélas plus disponible).

Si vous en avez l’occasion, visionnez « Strike a Pose ».

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bande de lancement de "strike a pose"

  

le controversé "truth or dare"

  


19 août 2016

DEFENDING THE DEAD, de Sheila Connolly

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3ème livre dans la série Relatively Dead

Abigail Kimball (Abby pour ses amis) est une jeune femme qui a des dons de medium – elle « voit » parfois des personnes mortes, dans le contexte où ils/elles se trouvent.
Ce don s’avéra une malédiction lorsque sa patronne s’en rendit compte et la renvoya de son emploi très apprécié d’historienne d’art au musée, métier qui la mettait souvent en contact avec des enfants – Abby organisait des journées thématiques, que les enfants appréciaient.
Seulement il se fait que la petite Ellie, la fille de la directrice du musée/patronne d’Abby, a aussi des dons de medium – et la mère ne s’en était jamais rendu compte, jusqu’au jour où Abby a compris qu’Ellie « voyait » et « jouait » avec le fantôme d’une petite fille morte – dans le cimetière local. Choquée par ce fait, elle en tint Abby pour responsable et la vira du musée.

Depuis Abby, en ménage avec Ned, un homme qui a aussi ce même don, retape la maison de Ned, une superbe demeure dans le Massachussetts, mais qu’il a un peu négligée parce que son travail l’occupe. Comme l’argent n’est pas un problème pour lui, il a donné carte blanche à Abby.
Un jour pourtant elle se pose des questions sur ce qui s’est passé au village de Salem, cette sinistre chasse « aux sorcières » du 17ème siècle. D’autant plus qu’en se rendant sur place, elle réalise qu’un de ses ancêtres était témoin au procès des soi-disant sorcières.
Du coup, Abby décide, entre deux ponçages de murs,  de faire des recherches sur ce qui se produisit à l’époque. Pourquoi des gens furent-ils accusés de sorcellerie ?
Beaucoup de théories ont été avancées sur l’hystérie qui gagna les jeunes filles du village, tout le monde en profita pour régler ses comptes et des innocents moururent par pendaison.
Il s’avère bien vite que la convoitise des biens d’autrui joua un grand rôle là-dedans, aussi Abby, au lieu de gratter les murs, se met à « gratter » les dessous de Salem, devenue entretemps Danvers, puisque la ville de Salem même est un port prospère.

Heureusement, Ned est un compagnon compréhensif, cuisinier de talent, qui n’hésite pas à cuisiner en rentrant du boulot – il faut dire que s’il espère avoir un dîner, il a intérêt à préparer quelque chose car Abby est immergée dans son « enquête » généalogique, au point d’en oublier l’heure.

Parler d’un livre que l’on n’a pas aimé – même si on ne l’a pas abandonné par pure curiosité – n’est pas facile.
Forcément on le démolit et peut-être qu’il ne méritait pas ça, mais croyez-moi, il y avait longtemps que je ne m’étais plus aussi embêtée en lisant un livre dont le sujet, au départ, paraissait prometteur = une jeune femme medium, qui recherche l’histoire de sa famille liée aux horribles événements de Salem, Massachussetts, fin 17ème/début 18ème siècle.

Que l’on se passionne pour la généalogie est un passe-temps comme un autre, qui d’après ce que l’on m’en a dit, peut vite devenir obsessionnel – je crois que la protagoniste principale de ce roman  a aussi dû entendre ce commentaire un jour, car effectivement son « enquête » pour découvrir ce qui se passa dans le village pauvre de Salem (village situé un peu plus loin et à ne pas confondre avec la ville de Salem, port prospère) tourne véritablement à l’obsession au point d’en négliger la remise en état de la maison et son compagnon, que j’ai trouvé bien compréhensif. Il est vrai que lui aussi a des dons de medium qui lui ont été transmis pas sa mère.

A la moitié du livre j’ai failli abandonner, mais j’ai ce problème avec l’abandon d’un livre = j’ai une impression d’échec personnel, parce que je n’ai pas accroché, ni compris ce que l’auteure a voulu communiquer.
Non pas que je n’aie pas compris ce que Sheila Connolly ait voulu communiquer, mais parce que ce livre est d’un répétitif, c’en est effrayant.
Le même paragraphe revient dans  plusieurs chapitres, et ce qui est aussi répétitif ce sont les questionnements d’Abby Kimball = « est ce que je fais bien, est ce que je n’exagère pas ? » -
si elle était face à moi je lui dirais = « ma chérie, poser la question c’est y répondre ! »

Comment peut-on à se point se répéter dans un roman ? n’y a-t-il pas une éditrice/un éditeur pour conseiller le romancier ?
Ça n’est pas une offense que de conseiller d’écrémer. 

J’ai poursuivi en diagonale – ce qui est pour moi une forme d’abandon – afin de connaître la fin exacte, mais qui se devinait à grands pas.
Le livre était présenté comme une enquête au présent pour résoudre un crime du passé, qui permet aussi de résoudre le présent (est ce que vous me suivez toujours ?) – j’ai donc naïvement  cru qu’il s’agissait d’un cozy mystery mâtiné de thriller/polar.
Même pas vrai, c’est un roman à la limite sentimental avec des hauts et des bas. Ou alors je n’y ai rien compris, ce qui est toujours probable

Une lecture-déception, sauf peut-être la partie historique concernant les événements tragiques de Salem.

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Sheila Connolly est une auteure américaine, dont les ancêtres remontent effectivement aux drames de Salem – ce livre était pour elle un hommage à son aïeul qui prit la défense, entre autres, d’Elizabeth (Goody) Proctor.
Elle est l’auteure de trois séries qui rencontrent un grand succès aux USA et d’une 4ème série publiée sous le pseudonyme de Sarah Atwell – le 1er roman de cette série ayant remporté le prix d’un premier roman policier.
J’espère que sa série consacrée aux polars dans un musée est meilleure, car les sujets m’attirent, mais je crois que je vais attendre un peu après ce premier « échec » pour moi avec cette romancière.
Elle est diplômée en histoire de l’art, mais n’ayant pas trouvé d’emploi dans ce domaine, elle reprit des études universitaires.
Elle a travaillé comme historienne d’art (d’où sa grande connaissance sur le problème de Salem) ;  elle a aussi été professeur d'histoire de l'art, conseillère financière, elle a participé à des campagnes électorales et, enfin, elle est aussi une généalogiste professionnelle, sujets qu’elle inclut dans ses romans.

11 août 2016

L'ARCHITECTE DU DESASTRE & AUTRES NOUVELLES, de Xavier Hanotte

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Spécialiste du poète Wilfred Owen, dont il a traduit les œuvres, Xavier Hanotte a écrit des polars qui l’ont comparé à Simenon. 
J’ai été frappée dans ce recueil de courts romans et nouvelles, à quel point il semble obsédé par la guerre – les 2 guerres mondiales, ainsi que la guerre au moyen-orient. Ceci n’est pas une critique, mais une constatation après lecture.
Jusqu’à présent, je n’avais lu que ses romans policiers, mettant en scène Barthélémy Dussart, que j’ai eu le plaisir de retrouver dans 2 des nouvelles.

Malgré les bémols que sont pour moi les récits de guerre qui me mettent profondément mal à l’aise (j’ai un problème avec les guerres), j’ai été comme toujours chez Xanotte séduite par la mélancolie du texte, la beauté de l’écriture, le choix du vocabulaire.

Le livre est divisé en 3 grands chapitres = LES TEMPS ENFUIS – LES TEMPS POREUX – LES TEMPS PRESENTS.
Chaque chapitre propose 3 nouvelles et/ou courts romans.

LES TEMPS ENFUIS
L’architecte du désastre -  printemps 1941 - le lieutenant allemand Eberhard Metzger sort de l’hôpital à Bruxelles – la Belgique est occupée et l’homme désabusé se souvient de la tristement célèbre nuit de cristal. Comment s'échapper de cette guerre qu'il désapprouve...
Son supérieur lui confie une tâche dans ses attributions (il était architecte avant la guerre) = évaluer la valeur artistique d’un monument aux morts à Ypres, mémorial aux soldats morts à cause des gaz allemands. Alors qu’il est en Flandres  - après avoir évalué l’œuvre du sculpteur collaborationniste français Maxime Real del Sarte, enfant chéri de  Vichy, en cette 2ème guerre mondiale, antisémite convaincu, antidreyfusard, mais artiste néanmoins – Metzger se remémore un voyage qu’il fit 10 années auparavant à Coventry (Angleterre) où il tomba amoureux d’une jeune Ecossaise, dont il n’a pas oublié les baisers au goût de biscuit au gingembre.
Mon avis –  souvenirs tendres dans un contexte rempli d’amertume.

Sur la place – 1914 –  des soldats britanniques viennent d’arriver à Mons, se demandent quelle langue étrange on y parle, est ce du français, est ce du flamand ? en réalité, seulement du patois wallon. La réaction des soldats est ironique pour le lecteur.
Mon avis – un clin d’œil  sarcastique, sur les problèmes linguistiques belges 

La finale du capitaine Thorpe – 1916 -  Dans les tranchées  de la Somme, les hommes du capitaine Thorpe attaquent une tranchée ennemie, avec des ballons de foot pour les motiver. Héros posthumes comme on s'en doute.
Mon avis – dramatique, mais peu convaincant à lire.

LES TEMPS POREUX
Passé le pont – notre époque – le supérieur et néanmoins ami de Bart Dussert lui demande, malgré son congé, d’effectuer une planque à Vilvoorde – on soupçonne un trafic d’armes au lieu-dit Verbrande Brug (Pont Brûlé). Barthélémy est heureux car il a à nouveau Katrien (Trientje) comme co-équipière. Pendant la planque, Dussert ne peut s’empêcher de penser au caporal Trésignies qui mourut héroïquement en ces lieux, sur le canal. Un homme étrange fréquente les lieux, serait ce une apparition fantastique ou l’insomniaque fréquentant le café ?
Mon avis – un thriller mâtiné d’une touche légère de fantastique, mais j’ai été agacée par le besoin de Dussert de retrouver les traces de Trésignies

Près des fleuves de Babylone – 2ème guerre d’Irak – un sergent rêve de libérer une ville, comme l’un de ses ancêtres. Ils ont effectivement libéré Bassorah, mais pas aussi glorieusement que dans le passé. En route ils découvrent un cimetière d’un corps expéditionnaire britannique en 1919.
Mon avis – récit glauque et dramatique

A la recherche de Wilfred – Bart Dussert est en vacances en Gascogne – il visite Bordeaux, où aurait vécu Wilfred Owen avant la 1ère guerre mondiale.
Mon avis – beau compte-rendu d’un voyage mélancolique en hommage à un poète aimé 

LES TEMPS PRESENTS
Relatent 3 histoires dramatiques, contemporaines, avec une nouvelle venue = Donatienne, inspectrice de police à Bruxelles = Le reste est silence – Sauce chasseur – Les Justes.
Mon avis - trois récits sombres avec une anti-héroïne complètement désenchantée, dont le couple part à la dérive.
Très bon rendu de situations à la fois dramatiques et psychologiques.

d'autres avis sur le livre = babelio, critiques-libres,  

FIN D'AUTOMNE, de Yasujiro Ozu

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Titre original japonais = Akibyori

Titre anglais = Late Autumn

Scénario de Yasujiro Ozu & Kodo Noda, d’après le roman de Ton Satomi

Trois amis se retrouvent à l’anniversaire commémoratif du décès de leur ami Miwa – la veuve et la fille du Miwa sont présentes, tous attendent l’arrivée du frère de Miwa. Après le cérémonial, les amis et les deux femmes se retrouvent pour le thé, les discussions vont bon train à propos de la jeune Ayako qui est en âge de se marier. Mère et fille sont d’accord sur ce point et les 3 messieurs décident de lui trouver un prétendant. Lorsque les femmes ont quitté la pièce, les propos des amis ne sont plus très respectueux vis-à-vis de l’hôtelière, n’hésitant pas à faire des remarques à semi-haute voix, juste assez pour qu’elle entende que l’on parle d’elle, sans en saisir les propos.

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Revenus  chez eux, les époux discutent avec leurs femmes du mariage de la jeune Ayako et accessoirement de la mère, Akiko, dont ils étaient tous amoureux semble-t-il lorsqu’ils étaient étudiants.
Leur choix finalement se porte sur le jeune Shotaru Goto, mais Ayako se plaît avec sa mère, qui enseigne la couture. Mère et fille sont complices.
Du coup les 3 amis décident de marier la mère pour que la fille puisse vivre sa vie. Une indiscrétion de l’un des 3 met Ayako en colère et elle se dispute avec sa mère, persuadée qu’Akiko était au courant de toutes ces discussions.
Une amie pense qu’Ayako ne devrait pas penser qu’à elle mais aussi à sa mère, ce qui énerve encore plus la jeune fille. Ladite amie confronte les hommes, qui réalisent leur manque de tact.
Lorsque mère et fille partent en voyage, Akiko confirme à sa fille qu’elle n’a nulle intention de se remarier, mais qu’Ayako doit suivre son destin et vivre sa vie. Sa fille redoute de laisser sa mère seule, mais Akiko lui dit de ne pas s’en faire pour elle.

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L’histoire de « Fin d’Automne » n’est pas sans rappeler le sujet de  « Printemps tardif », de ce même réalisateur – à part qu’ici il s’agit d’une fille qui hésite à se marier pour ne pas laisser sa mère seule, alors que dans l’autre histoire, c’était une fille qui ne voulait pas laisser son père.       

Depuis son film « Fleurs d’équinoxe », Yasujiro Ozu ne travaille plus le noir et blanc, seulement la couleur – et je reconnais qu’à chaque fois, la photographie est fort belle.
Toujours ces décors subtils = gare, ruelles, intérieurs, dans des couleurs qui contrairement au technicolor américain de l’époque (très criardes) sont plus délicates.

Dans un interview de l’une de ses actrices fétiches, j’avais lu qu’Ozu avait une méthode de travail très pointilleuse = il utilisait un « cadre » bien défini, et chaque geste d’acteur, chaque expression du corps, devait obligatoirement se situer dans ce cadre – pour le réalisateur cela représentait presque un tableau, dont on ne pouvait s’échapper.
Je me demande si  c’est de là que m’est venue parfois, en regardant ses films,  cette impression d’être dans un espace compassé, un peu étouffant.

Dans la distribution on retrouve Setsuko Hara, Shin Shaburi, Nobuo Nakamura, Ryuji Kita, Keiji Sada, Mariko Okada et Chishu Ryu, que j’ai retrouvé dans pratiquement tous les films que j’ai eu le plaisir de découvrir à l’occasion de cette rétrospective « Les saisons d’Ozu ».

Setsuko Hara dans le rôle d’Akiko Miwa (la mère) est délicate extérieurement, mais ne se laisse pas faire par ces hommes qui, l’estime-t-elle, se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Si elle acquiesce à certaines de leurs suggestions, c’est par politesse.

L’histoire met une fois de plus l’accent sur les relations hommes/femmes dans le mariage, et enfants/parents qui ont des difficultés à ne pas se mêler de leurs affaires quoiqu’ils en disent. Dans « Fleurs d’Equinoxe » il est beaucoup question des contradictions de la vie, ce thème se retrouve aussi ici.

Je m’étonne à nouveau, du peu de respect des hommes japonais à l’égard de leurs épouses – ils disent à peine bonjour en revenant chez eux, laissent tomber leurs vêtements par terre pour qu’elle les ramasse et range.
Sans compter les propos disgracieux à l’égard des femmes qui ne sont pas toutes gâtées par la nature ou qui ont de l’embonpoint.

Omni présente aussi est cette obsession de marier les filles, sans nécessairement tenir compte de leur opinion, ce à quoi cette nouvelle génération s’oppose vivement – et on la comprend. Ici, en plus de vouloir marier la fille de Miwa, les trois amis se mêlent aussi de la veuve.

Je découvre, à l’occasion de ces histoires, cette volonté à l’ancienne de trouver des maris aux jeunes filles, je connaissais bien sûr cette coutume de mariages arrangés, mais je ne me rendais pas compte à quel point elle était ancrée dans les traditions japonaises.
Comme tous les autres films d’Ozu que j’ai pu voir, encore une belle découverte pour moi. Sur laquelle je termine mon exploration du cinéma de Yasujiro Ozu.

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10 août 2016

SIDNEY CHAMBERS and THE FORGIVENESS OF SINS, de James Runcie

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4ème recueil de nouvelles des « Grantchester Mysteries »

Revoici notre chanoine unique et préféré dans un autre recueil, en attendant celui de 2016 et le recueil qui terminera ses aventures en 2017.

Sidney Chambers a toujours autant de difficultés à établir ses priorités et sa réputation en tant que  détective-amateur n’est plus à faire.
Sauf qu’Hildegard est un peu moins compréhensive à ce sujet.
En effet, ils sont désormais les heureux parents d’une petite Anna et, malgré ses promesses de s’occuper de la petite fille, Chambers est toujours pris par d’autres activités. Or elle grandit, puisque dans le courant des 6 nouvelles, elle apprend non seulement à marcher mais aussi à parler.
Quant à l’heureuse maman, elle est à présent une pianiste confirmée – elle donne toujours des cours mais de plus elle a été sollicitée pour un concert de piano.
Inutile de dire qu’il lui faut du temps à elle et avec un gars aussi distrait que Sidney, ce n’est pas gagné.

Leonard Graham pour sa part est parti dans une paroisse près de Londres, dont il est à présent le prêtre – de temps à autre, il passe dire bonjour à son ancien « patron », ensemble ils évoquent les « crimes » que Chambers tente de résoudre.
Leonard est toujours aussi passionné de littérature russe, il a l’intention d’y initier sa filleule, la petite Anna.
Il va tenter également d’y habituer le nouveau vicaire de Sidney, Malcolm Mitchell, plus intéressé par les gâteaux qu’offrent les dames de la paroisse.
Mitchell est un passionné de trains électriques, mais agace Chambers avec son goût immodéré des gâteaux.
En fait, la chanoine est un peu jaloux par le succès de Malcolm Mitchell qui consacre plus de temps que lui à leurs paroissiens.
De plus, Helena Randall, la journaliste, toujours aussi mêle-tout, devient la grande copine de Malcolm, et plus si affinités.

Ce qui agace copieusement l’inspecteur Geordie Keating.
L’inspecteur  a des problèmes avec ses filles – il en a 3, qui ont bien grandi en 10 ans (depuis la 1ère enquête) et elles commencent à ne plus avoir envie d’obéir à leur père. C'est aussi le temps des petits amis pour sa fille aînée, ce qui n'a pas non plus l'heur de lui plaire.
Qui souhaite bonne chance aux Chambers avec leur petite Anna.

Mrs. Maguire est un peu moins présente ici (ouf), sauf qu’elle est évidemment ravie que Malcolm Mitchell adore ses cakes. Enfin quelqu’un de sérieux !

Reste encore Amanda Kendall, qui semble avoir trouvé l’homme de sa vie cette fois-ci.

On retrouve d’autres personnages rencontrés au cours des diverses nouvelles, comme le docteur Robinson par exemple, qui fut un instant suspecté d’être un « ange de la mort » euthanasiant ses vieux patients ; devenu entretemps un grand copain de Chambers qu’il rejoint parfois au pub avec l’inspecteur.
Geordie Keating est un peu embêté car Sidney et lui vont devoir se trouver un nouveau pub, puisque notre chanoine obtient enfin une promotion (3ème nouvelle) = il devient archidiacre (vicaire épiscopal), à Ely, une jolie petite ville située également dans le Cambridgeshire, au nord-est de Cambridge.
Très franchement, je me demande comme un gars aussi mal organisé que Sidney Chambers va pouvoir gérer l’administration d’une paroisse comme Ely, maîtrser les petits conflits mesquins entre paroisses, tenir un inventaire précis des biens de l’église, ainsi que les comptes.

Comme toujours les nouvelles comprennent de belles réflexions sur le bien et le mal, sur le pardon des fautes – les nôtres et celles des autres. Des discussions philosophiques, mais aussi de la musique, notamment Gustav Holst (1ère nouvelle - j'ai découvert ce compositeur il y a 2 ans et "The Planet Suite" a fait ma conquête).
Les personnages sont toujours aussi attachants, avec leurs défauts et qualités, leur humour caustique.
J’apprécie aussi les références « historiques » des années 1960 (musique, cinéma, politique, actualité comme la crue dramatique de l'Arno) que traversent nos amis.

Vous l’aurez compris, j’ai apprécié, même si mon recueil préféré reste le 3ème, jusqu’à présent.

Les nouvelles =
The Forgiveness of Sins – Carême 1964 - un gars complètement halluciné implorant « sanctuaire » à Sidney Chambers qui lui dit que ceci n’existe plus depuis le 18ème siècle.
L’autre insiste, avouant avoir tué son épouse. Il est un violoniste latvian, l’un des membres d’un quartet(te) célèbre, dont l’épouse, Sophie,  est celliste ; les autres membres du quartet  sont  un couple ami.
L’homme est persuadé avoir poignardé son épouse, l’ayant laissée dans un bain de sang dans leur chambre d’hôtel. Chambers et l’inspecteur Keating y vont, bien sûr rien ! où l’homme a fait un cauchemar ou la chambre a été nettoyée.
Par contre, lorsque Natasha,  l’épouse du couple ami est assassinée de la manière dont le violoniste a décrit la mort de Sophie, forcément les soupçons se portent sur lui. L’autre suspect étant le mari de la victime. 

Nothing to worry about – Amanda Kendall pense avoir enfin découvert l’homme de sa vie en la personne d’Henry Richmond, mais souhaite que ses amis Sidney et Hildegard Chambers donnent leur avis. Ils sont donc invité à un weekend de chasse à Witchford Hall, chez lord et lady Kirby-Grey, Mark Kirby-Grey est le meilleur ami d’Henry.
Il s’avère rapidement que l’ambiance à Witchford Hall n’est pas très heureuse – lord Kirby-Grey boit plus qu’il n’est nécessaire, son épouse semble vivre dans la peur et l’une des jeunes femmes de chambre est déplaisante au possible. Le couple ayant perdu un enfant il y a un certain temps, chacun pense qu’il s’agit là de l’origine de la boisson du maître de maison et la mélancolie de son épouse. Pourtant, les convives ne peuvent s’empêcher de noter qu’Elizabeth Kirby-Grey montre des bleus qui semblent prouver qu’elle est une femme battue. Et comme toutes les femmes humiliées et battues, elle minimise les faits et se juge responsable de cette situation.
Les Chambers espèrent qu’Henry parlera de la situation à Kirby-Grey puisqu’ils sont amis depuis les années d'études, mais ici aussi, comme c’est souvent le cas, Richmond estime que cela ne regarde que le couple. Pourtant cela ne peut qu’escalader vers le drame.

Fugue – Orlando Richards, professeur de musique à Cambridge University, est ravi car l’économe de l’université a accepté d’avancer l’argent pour l’achat d’un grand piano, un Steinway, afin qu’il puisse prouver qu’il n’est pas seulement un bon claveciniste mais qu’il peut aussi interpréter Bach, Mozart, Beethoven, sur un vrai piano.
Sidney Chambers a reçu l’avis de sa promotion à Ely, il devient archidiacre ; il est venu à l’université expliquer au directeur qu’il ne lui sera plus possible de donner des cours et conférences comme par le passé.
Comme il est sur place, il assiste à l’installation du piano de son ami Richards ; il y a là également un photographe qui crée un dossier complet sur les pianos, déménagement y compris.
C’est alors que se produit l’horreur = le neveu du déménageur fait un faux mouvement, il tombe de la plateforme où il sécurisait le piano, du coup son oncle manipulant la grue relâche aussi son attention et le piano s’écroule … sur Orlando Richards. La mort de l’ami qui l’accueillit si gentiment à Cambridge bouleverse Hildegard, qui exceptionnellement demande à Sidney de s’occuper de cet « accident ».
Elle ne doit pas trop insister, car Sidney Chambers se demande si c' est-ce réellement un accident ?
Bien sûr, parfois femme varie et elle commence à regretter sa demande car elle doit préparer un concert et il faudrait que le chanoine s’occupe de leur petite fille. Or, Chambers n’a pas l’intention d’arrêter son « enquête ».

A Following – Amanda Kendall et Henry Richmond sont bien décidé à franchir le pas du mariage. Pourtant l’amie de Chambers a de grosses inquiétudes = depuis quelque temps déjà, elle reçoit des lettres anonymes, toutes plus inquiétantes les unes que les autres, mais à présent le harcèlement se poursuit aussi au téléphone. Sidney Chambers lui conseille de s’en ouvrir à la police, car comme sa famille vient de s’installer à Ely, il a d’autres chats à fouetter. C’est mal connaître Amanda, elle a décidé que c’était à lui et personne d’autre de s’en occuper.
Gros soupir de son ami, parce qu’il n’a pas que cela à gérer dans son nouveau diocèse ; son « collègue » le chanoine Christopher Clough apprécie un peu trop les éléments féminins de sa paroisse, surtout les célibataires, les veuves, bref toutes les femmes seules – en vrai don juan, il estime qu’il leur apporte ce qui leur manque.
Mais le harcèlement à l’encontre d’Amanda est loin de se terminer, plus la date du mariage approche et plus les lettres se font  menaçantes. Sidney Chambers en parle à Geordie Keating, dont ce n’est pas le district malheureusement, mais qui accepte d’aider. Sidney va découvrir un lourd et dangereux secret pour le couple Amanda / Henry.

Prize Day - remise des prix en cet été 1966 à Millingham, une école huppée où il est dit ironiquement que c'est le genre d'école où les gens très riches envoient leurs très stupides enfants. Sympa ! L’élève préféré et le plus doué d’Hildegard donne un petit récital également.
Alors que la remise des prix se termine et que le match de cricket se poursuit, une explosion se fait entendre = le nouveau bâtiment des sciences vient de partir en fumée. En qualité d’archidiacre, Sidney Chambers doit trouver un nouveau chapelain pur l’école, les circonstances du départ du prédécesseur sont assez confuses.
A la maison, les choses ne sont pas meilleures = alors que le couple Chambers était ravi d’avoir enfin trouvé une jeune fille au pair valable, celle-ci est draguée par Clough, du coup elle passe beaucoup de temps avec lui plutôt que de s’acquitter des tâches qui lui incombent. Hildegard n’est pas amusée du tout.
Lorsqu’un des étudiants d’avant-dernière  année d’études s’accuse de l’explosion – de toute façon les soupçons se portaient sur lui car il a la réputation d’être un « mauvais sujet », dont même les parents n’ont pas envie d’entendre parler – Sidney Chambers n’est pas convaincu de sa culpabilité.
Il poursuit son enquête concernant l’explosion et découvre avec horreur des faits d’abus sexuels et d’harcèlement, comme toujours sur un des élèves les plus délicats. Ce sont toujours les plus faibles qui souffrent.

Florence – Amanda Kendall doit se rendre à Florence pour négocier des échanges artistiques. Elle propose à Hildegard et Sidney Chambers de l’accompagner, à ses frais, en emmenant sa filleule,  la petite Anna qui est âgée de 3 ans et donc en âge de voyager plus facilement. Voilà donc nos amis à Florence fin octobre/début novembre 1966. Un bonheur pour les Chambers qui découvrent le musée des Offices et toutes les beautés que la ville offre.
Hélas, il pleut aussi à Florence et l’Arno bien vite va déborder, provoquant une crue causant des dommages considérables dans la ville, y compris à des œuvres d’art datant de la renaissance.
Lorsque la décrue s’annonce, Sidney Chambers aide les « angeli del fango », les « anges de la boue » participant aux secours.
Anna pendant ce temps souffre de la gorge et découvre avec ravissement que l’on peut absorber un médicament avec de la glace aux fraises.
C’est alors que la police vient arrêter le chanoine, il aurait volé un tableau faisant partie d’un diptyque célèbre, qu’il avait effectivement manipulé avec précaution et placé parmi les autres œuvres d’art sauvées. Ce ne sera que grâce à l’intervention d’Amanda Kendall et son argent qu’il sortira de prison, aucune preuve n’ayant été retenue, dans l'Italie d'Aldo Moro, la corruption est partout.
Sidney Chambers a une idée de qui a volé le tableau et une course-poursuite terminera cette histoire (j’avais deviné dès le départ qui était coupable – non je ne me vante pas, c’était évident =^-^=).

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08 août 2016

THE LIGHTHOUSE, de P.D. James

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Titre français = le  Phare

13ème et avant-dernière enquête du commandant Adam Dalgliesh 

Combe Island, au large des Cornouailles britanniques, est une île privée, financée par une fondation dont la dernière personne en vie, et habitante permanente de l’île, est Emily Holcombe, dont la famille acheta l’île il y a de nombreuses années, lorsque la piraterie était encore de mise dans ces eaux-là.
A présent, la fondation accueille des personnalités, des célébrités  distinguées, de venir s’y reposer loin des foules déchaînées.

En dehors d’Emily Holcombe, il y a encore le notaire gérant la fondation, aidé en cela d’un prêtre ayant quitté son travail pour cause d’alcoolisme mais n’a pas renoncé à ses vœux de prêtre, il fait office de comptable ; il y a encore une gouvernante, une cuisinière aidée d’une jeune fille recueillie parce qu’elle était SDF, un homme à tout faire et Jago, qui est également factotum, s’occupant majoritairement de la navette et des achats sur le continent.
Ainsi qu’un médecin et son épouse infirmière qui ne vient que de temps à autre. Presque chaque personne a un secret.

Deux visiteurs sont présents sur l’île, en même temps qu’est arrivé le détestable écrivain Nathan Oliver, mondialement célèbre, qui estime avoir des droits sur l’île parce que sa mère y a accouché ! il est dit dans les règlementations de la fondation que seuls des personnes originaires de l’île ont le droit d’y vivre en permanence, à moins d’y travailler ou d’avoir une dérogation de la part de la fondation. Inutile de dire que l’écrivain, même s’il répond partiellement à ces règlementations, n’est pas le bienvenu sur l’île.
Cet homme est un manipulateur, un esprit réellement du mal, qui se sert des gens pour les mettre dans ses romans.  Il est accompagné de sa fille et de son secrétaire-éditeur.

Lorsqu’un matin,  l’écrivain est retrouvé pendu au phare,  Adam Dalgliesh est appelé sur les lieux, il est assisté de l’inspecteur Kate Miskin et du sergent Benton-Smith, qui  n’apprécie guère d’être sous les ordres d’une femme, Miskin étant sa supérieure. Dalgliesh a reçu des ordres bien précis, à savoir éviter de « choquer ».
Comme il le dit, un meurtre étant choquant, par essence, comment les enquêteurs pourraient-ils  ne pas choquer ?!
Les habitants de l’île sont convaincus qu’il s’agit d’un suicide, après tout Nathan Oliver était détesté de tous, malgré les déclarations hypocrites de sa fille, et semblait avoir perdu sa « touche » pour l’écriture. L’autopsie va leur donner tort = l’homme a bien été assassiné et la pendaison est un maquillage.

Commence alors une enquête dans un lieu clos, où le moins que l’on puisse dire est que les suspects (tous ceux résidant sur l’île) sont peu coopératifs et prennent les enquêteurs de haut.
Il y a peu d’indices, même la corde ayant pendu la victime a été tellement manipulée que cet indice-là  est compromis.

Lorsqu’un autre crime, vraiment odieux, est commis, ce sera à Kate et Benton-Smith de poursuivre l’enquête car l’un des visiteurs de l’île, le docteur allemand, venu de Chine, était porteur du virus SARS et Adam Dalgliesh l’a contracté – c’est pourtant lui qui finalement, depuis l’infirmerie où il est cloîtré,  trouvera l’indice qui permettra d’arrêter le criminel.

Cette enquête sur une île pourrait, de loin, rappeler « And then there were none » d’Agatha Christie, où là aussi des crimes sont commis dans un lieu clos.
Une île coupée de tout peut être comparée à une chambre close. La comparaison s’arrête là néanmoins.
On évoque aussi dans cette histoire un crime commis dans le passé, qui pourrait avoir eu des conséquences au présent (vengeance).

En principe, l’île devait accueillir un congrès international, ce qui était primairement la raison pour laquelle Dalgliesh se rendait sur l’île mais les meurtres et le SARS ont mis fin à cette décision en haut lieu.

J’ai beaucoup apprécié une fois encore l’écriture de P.D. James = la manière dont elle évoque les lieux, dont elle décrit l’île, la nature, mais aussi les personnages et leurs défauts, mesquineries, secrets.

Le personnage de l’écrivain est particulièrement bien décrit – j’ai hélas fait la triste expérience d’un écrivain – au demeurant fort talentueux – qui s’était permis de se servir de mes confidences pour écrire un texte, et qui – comme l’écrivain du roman – reconnaissait n’avoir aucun scrupule à agir de cette façon, estimant que c’était le droit de tout écrivain de se servir de ce qu’il/elle savait.
En ayant discuté avec d’autres romanciers, ceux-ci m’ont confirmé que c’était honteux, on ne pouvait pas se servir de personnes existantes ou de leurs confidences, mais comme ceci est toujours impossible à prouver, il n’y a pas de recours légal possible. Et ceci, si beau soit le texte en question.

Il y a également quelques intéressantes réflexions sur l’art d’écrire, sur la difficulté d’écrire et le drame réel pour un écrivain de perdre une partie de son talent.

Comme dans les autres romans, P.D. James présente les personnages et leurs antécédents avec minutie, avant d’en arriver à l’enquête proprement dite. Cela peut agacer les lecteurs impatients, pourtant ceci est indispensable à la trame de l’histoire.

Dans une interview, P.D. James reconnaît trouver qu’une île est un lieu idéal pour installer un groupe de personnes qui ne s’apprécient pas nécessairement et y ajouter un meurtre afin que, pour le coup, tout le monde est suspect et l’ambiance se détériore encore.
La romancière reconnaît avec humour que ce procédé est un peu « machiavélique ».

D'autres avis sur le roman = lire-relire-paslire, critiques-libres

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04 août 2016

MY FAMILY AND OTHER ANIMALS, Gerald Durrell

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LIVRE I de "THE CORFOU TRILOGY"

RELECTURE

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Titre français = Ma Famille et autres animaux

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Bien qu’autobiographique dans les grandes lignes, le roman de Gerald Durrell – fort drôle à lire, vivement recommandé – n’en est pas moins romancé car une partie de la vérité a été « omise », entre autre la présence de la première épouse du frère aîné Lawrence Durrell,  Nancy Myers.

Le portrait que Gerald dresse de sa famille est par instant réellement désopilant – il n’hésite pas à mettre en évidence les tics et manies de sa fratrie = Lawrence « Larry » Durrell, notamment, en prend pour son grade, vu son caractère pompeux d’intellectuel futur écrivain. Margaret «Margot », sa jolie sœur, est un peu trop obsédée par les régimes (quelle femme ne l’est pas =^-^=)  et il ne faudrait pas oublier Leslie, grand fanatique des armes, dont il se sert très mal d’ailleurs.
Et enfin il y a  Roger, le chien de la famille qui fera le voyage de Bournemouth à l’île de Corfou.
Je ne peux d'ailleurs pas m'empêcher de penser à la réflexion de l'un des douaniers lorsque les Durrell se présentèrent pour l'embarquement = "t'as vu le chien avec son cirque"!!!!

Celle qui est la plus grande vedette à mes yeux, est leur mère – Louisa – elle a un sens de l’humour caustique, gardant autant que faire se peut, son sang-froid face à ces 4 enfants qui, il faut bien le dire, sont parfois pénibles à gérer (on en rêve tous d'une maman pareille).

Doivent encore être mentionnés le chauffeur Spiro (Spiros Halikiopoulos), qui veille de près à leur bien-être, si on peut dire,  et puis le docteur Theodore Stephanides, qui deviendra le mentor de Gerald et son tuteur en histoire naturelle, mais aussi un très grand ami de celui-ci.
Il ne sera pas son seul professeur sur l’île, quelques autres personnages hauts en couleur y sont aussi mentionnés. 
Ce qu’il y a de plus hilarant (pour moi) ce sont tous les animaux que le jeune Gerald ramène chez lui, malgré ses frères et sœur qui trouvent qu’il exagère – même Louisa, la mère la plus compréhensive du monde – est parfois de leur avis.

La chronologie n’est pas non plus totalement respectée d’après les critiques littéraires, mais peu importe aux lecteurs – quelle importance a une chronologie, ce qui compte est de s’amuser, et croyez-moi, on s’amuse.

La plus belle critique que le livre reçut,  est venue de Lawrence = « voici l’un des livres les plus drôles, mais aussi les plus « humoristiquement cruels » dans les portraits – et je dois avouer que tout y est strictement vrai – d’ailleurs, après avoir lu le livre de mon frère, je suis désormais complètement convaincu que des gamins de 13 ans ne devraient jamais quitter le pensionnat, car ils écoutent aux portes et puis on se retrouve un jour avec un livre pareil ».

Les aventures de la famille Durrell ont fait l’objet de plusieurs adaptations au cinéma et à la télévision, la plus récente étant « the Durrells », (2015) dont j’ai eu le plaisir de visionner les premiers épisodes.
Il y a eu une 1ère version télévisée en 1987 – en 10 épisodes – et un film réalisé pour la télévision en 2005 ; version également écrite par Simon Nye, scénariste de la nouvelle version.
Par ailleurs, le titre a donné lieu à quelques variantes chez d’autres écrivains comme Terry Pratchett, Clare Baldings, Josephine Feeney.

Je n’ai pas encore lu la trilogie complète, j’en avais déjà lu le 2ème tome que j’avais trouvé un peu moins drôle que « My family … » - mais je n’ai pas abandonné l’envie de relire la trilogie entière.

C’est un parfait dépaysement de vacances –  on baigne dans le soleil, la mer et le ciel bleus, le chant des cigales, mais surtout dans l’humour. Farfelu au possible.

couverture de la toute première édition
(je l'ai mise dans mon billet car j'en aime les dessins)

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03 août 2016

MEURTRES A LA PAUSE DEJEUNER, de Viola Veloce

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Titre original italien = Omicidi in pausa pranzo

Francesca Zanardelli, trentenaire, vivant près de la maison de ses parents, se morfond dans son travail, mais c’est un CDI, et les temps sont difficiles aussi à Milan – elle travaille au département Planification & Contrôle, le service le plus ennuyeux apparemment de toute la société où elle est employée.

Lorsqu’un midi, elle revient de sa pause déjeuner, avec son collègue Paolo, plutôt pointilleux et connaisseur du moyen-âge, elle découvre le cadavre de sa désagréable collègue Marinella Sereni, étranglée dans une des toilettes des dames. Branle-bas de combat, elle appelle le directeur à l’aide, ensuite la police, le procureur, l’interrogent. Vu le choc, Francesca reçoit quelques jours de congés, pendant lesquels elle tente de ne pas trop paniquer, mais mettez-vous à sa place – peut-être un tueur en série a-t-il l’intention de s’en prendre à elle …

Ce ne sont certes pas ses parents qui vont lui ôter cette idée de la tête. Depuis la mort de Sereni, sa mère s’est mise à déprimer grave, et cela ne va pas s’améliorer surtout lorsqu’un nouveau collègue de Francesca est retrouvé assassiné de la même manière que Marinella.
Là, pour les parents, c’est la goutte qui fait déborder le vase et les malheureux se mettent à consommer du valium, comme moi je suce des bonbons à la menthe. Pour bien se prouver à eux-mêmes que leur fille est en danger, les parents Zanardelli regardent toutes les séries télé style « Esprits criminels ». La maman est même persuadée qu’elle devient une experte en crimes à résoudre, du moins de son fauteuil, c’est à peine si elle ne se prend pas pour un « profiler » quand elle n'est pas bourrée de valium.
Et le papa ne vaut guère mieux, il est complètement dépassé par les événements.

Il faut dire que déjà les fiançailles de leur fille chérie ayant été rompues la veille du mariage, alors que tout était déjà organisé, payé, avait donné un fameux coup au moral des parents (surtout à leur fille).
D’ailleurs Francesca n’a plus aucune envie de remettre le couvert, au désespoir de sa maman, vous pensez si on ajoute à cela des meurtres en série sur son lieu de travail, c’est lourd à porter pour une maman à l’italienne.

Pourtant après le 2ème meurtre, quelqu’un est arrêté, le chef de Francesca, un homme honnête, efficace et sympathique qui a eu un moment de faiblesse face au nouveau collègue qu’on a imposé à son service – Zanardelli n’a pas arrêté de dire qu’il était innocent, mais personne ne l’ayant cru, le malheureux homme s’est suicidé.
Pour les parents qui avaient enfin entrevu une lueur d’espoir, c’est le drame puisqu’un autre meurtre a été commis.
Trop c’est trop, et Francesca Zanardelli décide de prendre l’enquête en mains et expose son plan à Paolo.

Comme souvent, j’avais joué dès le premier crime  à « je parie que c’est cette personne-là »  et j’ai eu raison – bien que l’intrigue soit fort bien  imaginée.
Le suspense final est un bon moment du roman.

Je n’ai qu’un bémol à l’égard de ce sympathique polar, c’est le portrait des parents de Francesca – lorsqu’ils apparaissent dans l’intrigue, ils m’ont beaucoup plu, mais petit à petit ils m’ont agacée, la mère surtout qui est réellement trop caricaturale.
L’auteure, une fois lancée, semble avoir pris grand plaisir à revenir sans arrêt vers eux et un moment donné, cela m’a paru « trop ». Et je ne vous parle même pas de la détestable matriarche qui se prétend l’amie des parents et qui force Francesca au "speed dating".

Ceci dit, il est vrai que ce roman est fait pour rire et s’amuser (à la pause déjeuner ?) et il est logique que les personnages soient caricaturaux.
Comme par exemple la représentante du syndical, qui ferait presque peur tant elle est hargneuse !

Bref une comédie policière à l’italienne.

Ceci n’est que mon avis, je sais que lewerentzqui a eu la gentillesse de me faire parvenir le roman – a aimé ces personnages-là (son billet ici). Encore merci à elle.

D’autres avis chez clara, critique-livre

Comme je l’ai dit, les parents sont le seul bémol, sinon j’ai trouvé ce polar bien ficelé et fort délassant.

ETE PRECOCE, de Yasujiro Ozu

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(autre titre français = Début d’été)

Titre original japonais = Bakushu (c’est-à-dire littéralement « la saison de récolte de l’orge »)

Titre anglais = Early Summer

Scénario de Yasujiro Ozu & Kogo Noda

La famille Mamiya vit non loin de Tokyo – trois générations vivent en bonne entente = les parents, le fils médecin, son épouse et leurs deux garçons, et enfin Noriko, la fille, secrétaire à Tokyo. La visite du frère du père, un vieil oncle un peu sourd, leur fait remarquer que Noriko a déjà 28 ans et qu’il serait temps qu’elle se marie. Or Noriko apprécie sa vie de célibataire (quitte à être taxée de « vieille fille »).

Au bureau, son chef propose de lui présenter un de ses amis, un célibataire d’un peu plus de 40 ans, aux moyens aisés et golfeur avide. Noriko accepte avec une certaine hésitation. 

Assistant au mariage d’une de leurs amies de lycée, elle y retrouve l’une de ses amies célibataires et deux autres déjà mariées – les filles se taquinent sans arrêt, les unes estimant que les non-mariées ne peuvent les comprendre, et les non-mariées leur confirmant être heureuses de leur sort, ne devant rendre des comptes à personne. 

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Petit à petit, au sein de la famille Mamiya – surtout de la part du frère médecin – la pression se fait pour pousser Noriko à accepter le candidat proposé par le patron.
Cependant, Noriko se sent attirée par le collègue de son frère, une veuf avec une petite fille, qui est leur ami d’enfance.
Lorsque, grâce au frère de Noriko, Kenkichi Yabe obtient un poste en province, qui est malgré tout une amélioration évidente de sa situation, sa mère est effondrée, elle n’a nulle envie de quitter sa maison. Elle rencontre Noriko en larmes et lui confie quelque chose à remettre à son fils, au cas où elle devait mourir avant son retour.
La jeune femme est émue et impulsivement dit qu’elle épousera Kenkichi.
Celui-ci est assez surpris, mais content ; par contre lorsque Noriko donne sa décision à sa famille, ils sont soudain catastrophés, estimant la situation comme une mésalliance.
Son frère surtout enrage de l’obstination de sa cadette.
Les Mamiya se résignent finalement et une photo de toute la famille est prise avec bonne humeur.
Bien que Kenkichi et Noriko reviendront probablement à Tokyo après le contrat du jeune médecin, les parents choisissent d’aller vivre auprès du vieil oncle, à la campagne.
Les parents évoquent alors avec mélancolie les difficultés pour une famille de rester unie.

Sur son thème déjà multiples fois  évoqué, Yasujiro Ozu propose une nouvelle chronique familiale, où une fois de plus la pression familiale empêche une jeune femme de vivre tel qu’elle l’entend, à savoir seule, d’autant plus qu’elle a un métier qui lui permet cette liberté d’existence.

A voir toutes ces différentes – et pourtant semblables sur le fond -  histoires,  j’ai l’impression que le réalisateur devait avoir quelques difficultés à s’adapter aux changements dans la société japonaise de l’après-guerre.
Comme le poids des traditions doit être lourd à porter.

En tout cas, une fois encore, j’ai été séduite par cette comédie douce-amère, moins mélodramatique que les premiers films que j’avais visionnés. Dont le résultat est pourtant l’éclatement de la cellule familiale, qui comporte toutefois pas mal de scènes drôles, notamment avec les deux garnements que sont les fils du médecin et Fumiko.

Avec dans la distribution = la belle Setsuko Hara, Chishu Ryu, Chikage Awashima, Kuniko Myiake, Ishirô Shugai, Haruko Sugimura, etc. Tous étant les acteurs fétiches du réalisateur.

Comme toujours la photographie est belle – ici en noir et blanc, ce qui ajoute une touche de mélancolie à l’histoire – lorsqu’il sort du cadre de la maison, un cadre bien évident, le réalisateur nous propose de belles images de la mer et de la campagne où mûrissent les blés.

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31 juillet 2016

FLEURS D'EQUINOXE, de Yasujiro Ozu

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Titre original japonais = Higan-bana

Titre anglais =Equinox Flower

Scénario de Yasujiro Ozu & Kogo Noda d’après le roman de Ton Satomi

Mr Hirayama est un homme d’affaires, aisé, qui se montre toujours compréhensif, à l’écoute de ses amis. En tant que parrain de la mariée, fille de l’un de ses amis, il offre un discours qui loue le fait que les jeunes mariés se soient rencontrés et ont fait un mariage d’amour, non arrangé.
Ce discours est un bel exemple d’une certaine hypocrisie, car chez lui, Mr Hirayama est un vrai tyran domestique, il a peu de respect pour son épouse, et lorsqu’il apprend que sa fille aînée est amoureuse, il est furieux et empêche la jeune fille de retourner à son travail et l’envoie dans sa chambre avec interdiction de sortir de la maison. Il ne tient absolument pas compte des propos de Setsuko qui tente de se défendre et de dire que les intentions du jeune homme sont honorables puisqu’il l’a demandée en mariage. La jeune sœur de Setsuko défend sa sœur elle aussi.

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Il interroge un subalterne au bureau, lui demandant s’il connaît le jeune homme en question, et tout le monde n’a que des louages à son sujet. Ce qui  ne convint pas le père, il a un candidat en tête et ne veut pas que sa fille se contente d’un employé de bureau.

Entretemps, l’un de ses amis est venu le voir pour lui parler de sa fille qui a quitté la maison avec un jeune homme de son choix, un pianiste de jazz ; leur vie n’étant pas facile, la jeune femme travaille dans un bar. Mr Hirayama décide d’aller dans le bar en question et discuter avec la fille – qui insiste sur le fait que son père est un homme rigide dans ses convictions, vieux jeu qui voulait qu’elle se marie avec un homme de son choix à lui. Hirayama écoute tout cela, sans broncher, et promet qu’il tentera de parler à son ami.

Pendant ce temps, la meilleure amie de Setsuko a un plan pour aider celle-ci. Elle consulte Hirayama car, dit-elle, sa mère veut lui faire épouser quelqu’un qu’elle n’aime pas mais par contre elle a rencontré un jeune homme qu’elle aime. Du coup, il lui dit de suivre son cœur et ne réalise que trop tard qu’il s’est fait piégé puisque forte de ses conseils, Yukiko lui dit que dans ce cas il est d’accord qu’il faut se marier par amour et qu’il donnerait son accord à Setsuko !
Hirayama est furieux mais n’a plus le choix. Il assistera à ce mariage à contre-cœur, c’est un autre de ses amis qui servira de parrain à la jeune mariée.

L’histoire se termine sur un dernier dîner des « anciens » - les compagnons d’études et amis de Hirayama, où il est évidemment beaucoup question de la difficulté d’être parent, surtout de filles, qui désormais veulent vivre à leur façon.

Il a beaucoup été dit que les scénarios d’Ozu tenaient en peu de place écrite – pour lui la manière de se déplacer de ses personnages était plus importante, même l’intrigue lui importait peu – il attachait surtout de l’importance à la manière de se mouvoir, de s’exprimer.
Il est vrai qu’à bien y regarder – et me basant sur mes expériences à ce jour – les récits se ressemblent = conflits parents / enfants, les parents n’arrivant pas à s’adapter au fait que désormais les jeunes, surtout les filles, désirent choisir leur compagnon et non pas être mariées contre leur volonté avec, parfois, un/une parfait(e) inconnu(e).

Ce film « Fleurs d’Equinoxe » est le premier long métrage en couleurs d’Ozu – je redoutais un peu la couleur, je le reconnais, ayant été sous le charme du clair-obscur de sa période noir et blanc qui exprimait si bien les sentiments en demi-teintes, mais j’avais tort, il y avait du charme dans la couleur.
La gamme des rouges notamment  qui rappelle la fleur d'équinoxe.
La fleur d’équinoxe en question (Higan-bana) est un amaryllis, fleur qui s’épanouit à l’équinoxe d’automne.
On dit qu’elle est le symbole d’une nouvelle saison, après que la précédente, en l’occurrence l’été, soit passée. Ce titre a été choisi parce qu’il représente justement ce changement dans les comportements filiaux = la nouvelle génération  qui veut la modernité, à laquelle les parents – les pères surtout – n’arrivent pas à s’adapter.
Cette métaphore me plaît énormément.

Comme toujours dans les films d’Ozu, les sentiments sont exprimés avec pudeur et discrétion – les larmes qui coulent sont rares et lorsqu’elles coulent, c’est pour exprimer la fin d’une tension très forte.
Chez Yasujiro Ozu  les décors aussi se font discrets, mais avec infiniment de subtilité, il propose au spectateur de vivre au niveau des personnages, sur le tatami, et ça et là, on trouve une théière, un vase, un objet qui ne semblerait pas à sa place. Il met dans son  film, comme dans ses autres réalisations, les lieux qu’il aime = l’intérieur des maisons, avec leurs portes coulissantes, les gares aussi.

Contrairement aux autres films d’Ozu que j’ai vu jusqu’à présent, celui-ci est nettement moins mélodramatique, il y a même certains passages amusants qui dédramatisent un peu les situations et puis, le film se termine sur une note optimiste contrairement aux réalisations précédentes.

A nouveau dans la distribution, des visages connus au fil des différentes réalisations d’Ozu = Shin Shaburi, Kinuyo Tanaka, Ineko Arima, Yoshiki Kuga, Chishu Ryu, Nobuo Nakamura, etc.

Je veux donner une mention spéciale à l’interprétation de l’épouse de Hirayama – une femme à l’ancienne, soumise, discrète qui pourtant n’hésitera pas à dire à son tyrannique époux ce qu’elle pense de son comportement incohérent. Elle est bien interprétée par Kinuyo Tanaka

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27 juillet 2016

CREPUSCULE A TOKYO, de Yasujiro Ozu

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Titre original japonais = Tokyo Boshoku

Titre anglais = Tokyo Story

Scénario de Yasujiro Ozu & Kogo Noda 

Une jeune femme, déçue, lassée de son mariage peu heureux, retourne chez son père avec sa petite fille. Elle y retrouve sa jeune sœur, étudiante en sténographie anglaise ; celle-ci a une relation avec un copain d’université. Cette relation va déboucher sur une grossesse non désirée, qui se clôturera par un avortement. Akiko quitte son petit ami après avoir enfin compris qu’il ne tenait nullement à elle.

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Avant de le retrouver dans le tripot de mah-jong, Akiko rencontre la propriétaire des lieux, qui semble en connaître pas mal sur sa famille. Elle en discute avec  Takako, son aînée qui conclut que cette femme pourrait bien être leur mère, disparue peu après la naissance d’Akiko.

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Takako rend visite à Kisako et demande à la propriétaire du club de mah-jong de ne rien révéler à sa jeune sœur. Celle-ci cependant veut en savoir plus, elle est convaincue que sa sœur aînée lui cache quelque chose. Malgré les réticences de cette dernière, de peur de peiner sa sœur, Takako finit par révéler la vérité.
Ces révélations auront des conséquences dramatiques sur toute la famille Sugiyama. 

Bien qu’il ne fasse pas partie du festival « les saisons de Yasujiro Ozu » à la cinémathèque, j’ai eu envie de retrouver d’autres films d’Ozu, en attendant le prochain qui m’intéresse au studio Flagey.
Comme mes précédentes expériences, au risque de me répéter, j’ai aimé ce drame familial, un peu mélo comme les précédents, mais où une fois encore la famille japonaise de l’après-guerre est remise en question – où les femmes refusent la soumission au patriarcat, ce qui engendre des conflits inter générations.

Comme toujours, la photographie noir et blanc est fort belle, ajoutant bien des ombres aux situations.

Dans la distribution figurent des comédiens fétiches d’Ozu = Setsuko Hara, Ineko Harima, Chishu Ryu, Isuzu Yamada, So Yamamura, et d’autres.

La subtilité des sentiments exprimés, ceux que l’on devine seulement exprimés par des regards, les silences qui peuvent devenir dévastateurs, m’ont énormément plu comme ce que je découvre de plus en plus chez Yasujiro Ozu.
Je connais très mal la littérature japonaise, mais grâce au cinéma je découvre un monde très intéressant.
Se posent toujours les questions de ce qui est bien de faire pour préserver une famille, quelles sont les bonnes attitudes. Un questionnement totalement d’actualité en ces temps où les familles mononucléaires explosent et les familles monoparentales paraissent devenir la norme, parfois au détriment des enfants.

Mes découvertes ne sont donc pas terminées.

26 juillet 2016

TOKYO MONOGATARI, de Yasujiro Ozu

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Titre français = le Voyage à Tokyo

Titre anglais = Tokyo Story

Scénario de Yasujiro Ozu & Kogo Noda

« Soigne bien tes parents avant leur enterrement.
Quant ils sont dans la tombe, tout est inutile. »

Un couple retraité  habitant une petite ville côtière du Japon décide de rendre visite à leurs enfants habitant Tokyo. Ils se réjouissent de les retrouver. Leur plus jeune fille qui n’est pas encore mariée, vit avec eux – elle est institutrice et ne peut prendre un congé. L’accueil chez leur fils aîné est agréable, même si leurs petits-enfants ne semblent pas les apprécier beaucoup. Peu à peu, les parents sentent une certaine contrainte, ils dérangent le quotidien de leurs enfants.
Le père ne peut s’empêcher d’être déçu par le statut social = le fils aîné est pédiatre et leur fille aînée tient un salon de coiffure, mais le père pensait que leur statut serait plus important. Bien que leurs enfants aimeraient passer un peu plus de temps avec Shukishi et Tomi, leurs activités quotidiennes les en empêchent. Seule Noriko, leur bru veuve de leur 2ème fils, leur consacre un peu de temps et les emmène à travers Tokyo en bus.

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Sans doute pour un peu se déculpabiliser de ne pas leur consacrer plus de temps, le fils pédiatre et la fille aînée offrent un séjour dans une cité balnéaire – ce n’est pas très désagréable mais le bruit dans l’hôtel oblige les retraités à revenir plus tôt que prévu. Les enfants ne s’y attendant pas, ils ne peuvent les accueillir à ce moment – les parents sont momentanément séparé (dormant chez Noriko et chez le fils). Devant ces inconvénients, le vieux couple décide de retourner chez eux, en passant par Osaka où vit leur fils cadet.
La fatigue du voyage – peut-être la tristesse aussi - a raison de la santé de Tomi dont l’état de santé empire rapidement et elle décède.

Après la cérémonie, les aînés repartent rapidement à leurs affaires à Tokyo ; Kyoko trouve que ses frères et sœur aînées sont réellement sans cœur, mais Noriko lui explique que ce n’est pas toujours facile de gérer sa vie et sa famille.
Lorsque Noriko doit aussi repartir, Shukishi lui donne la montre de Tomi, car bien qu’elle n’ait pas de liens du sang avec eux, elle s’est montrée la plus accueillante à leur égard.

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Ce film d’Ozu a eu un immense succès au Japon lors de sa sortie par son côté un peu mélo, ce qui paradoxalement n’a pas plu au réalisateur qui estima que le public n’y avait rien compris.

Personnellement j’ai été touchée par la mélancolie et la pudeur que l’on retrouve à travers le cinéma japonais en général, y compris le contemporain. Dans une société en constante mutation, dans nos sociétés actuelles, avec le travail qui accapare les enfants, il est logique que les parents se sentent relégués, mais on ne peut pas aller contre ce phénomène, il faut bien nourrir sa famille.
Et puis, le temps change les gens, aussi bien les parents que leurs enfants – même si la mère reste tendre et compréhensive, elle ne peut que constater à quel point ses fils et sa fille aînée sont égocentriques – seule sa fille cadette, qui vit avec eux, et sa bru sont tendres et respectueuses.
Le film montre tout de même quelque chose de poignant et vrai = lorsqu’on aime ses enfants, il faut le faire inconditionnellement, sinon ce n’est plus de l’amour mais du calcul.

La photographie noir et blanc est très belle, sa subtilité ajoute quelque chose à ces situations en demi-teintes, comme les sentiments.

La distribution comporte pas une brochette de comédiens japonais qui furent souvent choisis par Akira Kurosawa et qui furent des acteurs fétiches de Yasujiro Ozu = Chishu Ryu, Chieko Higashiyama, So Yamamura, Hariko Sugimura, Setsuko Hara, Kyoko Kagawa, Eijiro Tono, Kuniko Miyake, Noburo Nakamura.

La cinémathèque de Bruxelles et son antenne de la place Flagey ont l’excellente idée de programmer un festival des films d’Ozu pour cet été, j’aurai donc encore l’occasion de découvrir bien d’autres films de ce réalisateur, qui a fait l’objet d’un biographie par l’auteur critique cinématographique japonais, Kiju Yoshida, également cinéaste et metteur en scène d’opéra et théâtre.

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24 juillet 2016

SIDNEY CHAMBERS AND THE PROBLEM OF EVIL, de James Runcie

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Ce 3ème recueil des « Grandchester Mysteries » ne comporte que 4 nouvelles, mais bien plus développées et approfondies que les celles des recueils précédents.

Avec plus de réflexions philosophiques sur le mal et le bien (si dieu existe, pourquoi y a-t-il le mal ? s’il n’existe pas, pourquoi le bien existe-t-il), sur la haine devenant obsession et folie, sur la perte du bonheur, sur le besoin de comprendre la douleur des autres, sur ce que la vie a de précieux, sur l’amitié et l’amour sous toutes leurs formes, y compris celle inconditionnelle d’un animal, sur l’humour et la confiance dans le couple, sur l’adultère et les vœux de mariage.
Cette fois le pasteur Sidney Chambers se sent un peu dépassé par les enquêtes qui absorbent une (trop grande) partie de son temps, d’autant plus que vers noel il deviendra papa.

Les personnages ont bougé au fil des histoires = Leonard Graham a obtenu une promotion et a désormais sa propre paroisse, le pasteur Chambers va devoir se chercher un nouveau vicaire, qui ne citera peut-être pas systématiquement Dostoïevki.
Mrs. Maguire n’apparaît plus que rarement, elle a passé le flambeau du maintien du presbytère à Hildegard, non sans lui avoir préalablement bien fait comprendre à quel point le pasteur n’est pas fiable, est désordonné, négligeant trop souvent ses activités paroissiales pour s’occuper des affaires des autres (l’hôpital ici se moque de la charité !), il est incapable de savoir quelles sont ses priorités – elle n’hésite pas non plus à attirer l’attention d’Hildegard sur le fait que son mari est souvent très intéressé par le beau sexe. Elle n’aurait pas pu quitter le presbytère sans cette dernière petite méchanceté.
Helena Randall, jeune journaliste  fonceuse, provoquant Chambers sur le fait qu’un ecclésiastique n’a rien à faire dans des enquêtes policières.
Elle, par contre,  souhaitant devenir journaliste d’investigation tourne pas mal autour de l’inspecteur Geordie Keating, flatté de l’attention de cette ravissante et intelligente personne. 
Il semble traverser une crise de la quarantaine,   Sidney et lui se disputent à ce propos.
Quant à Amanda Kendall, elle poursuit sa carrière de conservatrice à la National Gallery, travaillant dur dans un monde d’hommes peu enclins à accepter une jeune femme parmi eux, fût-elle autant sinon plus intelligente qu’eux, et surtout – vu la fortune familiale – n’ayant pas besoin de travailler. Elle ferait mieux de se chercher un mari.
Elle apparaît un peu moins, mais est toujours prête à rendre visite à ses amis.

Ce recueil-ci, des 3 lus jusqu’à présent (j’attends les suivants avec impatience =^-^=), est celui qui m’a le plus plu. Ce qui est amusant est de constater qu'au fil des nouvelles, l'auteur truffe ses histoires de faits historiques par rapport à l'année en cours.
Dans la nouvelle consacrée au cinéma, on sent l'expérience de l'auteur de ce domaine, à la lecture des explications techniques - techniques mais compréhensives.

LES NOUVELLES =
The Problem of Evil – le pasteur Chambers et son épouse assistent, en cette année 1962,  à l’inauguration officielle consacrant la nouvelle cathédrale de Coventry. C’est l’occasion pour Chambers de revoir quelques-uns de ses tuteurs universitaires, ainsi qu’un officiant laïc.
Revenus à Grantchester, ils découvrent un couple de tourterelles mortes sur le pas de sa porte. Effrayé par ce qu’il considère comme une menace symbolique, Chambers se rend chez le taxidermiste rencontré précédemment. Entretemps, il apprend la mort horrible d’un des tuteurs présents à Coventry, avec gravée sur la poitrine, une griffe = la marque du diable ! évidemment l’inspecteur Keating lui demande son aide, puisque cela se passe dans son monde ! Sidney en cours de promenade, a rencontré le frère du taxidermiste, un musicien de jazz, menant une vie de bohème, sans domicile fixe. Inutile de dire qu’il devient le premier suspect pour l’inspecteur. Surtout qu’un nouvel assassinat d’un autre tuteur est perpétré, avec le même signe gravé dans sa chair. Keating et la journaliste Helena Randall ont tous deux trouvé un oiseau mort sur le pas de leur porte. Il y aurait donc un tueur en série ayant décidé de s’en prendre aux membres du clergé ? Lorsque le musicien de jazz est également trouvé mort, l’inspecteur et le pasteur ne savent plus très bien dans quelle direction chercher. D’autant plus qu’il y a encore un 3ème tuteur qui était présent à Coventry, qui a trouvé un rouge-gorge sur le pas de sa porte. Une course contre la montre est engagée.

Female Nude – vaste programme que ce concept de la nudité comme l’a défini l’historien d’art Kenneth Clark (the nude and the naked) – quand est-ce l’un ou l’autre ? en principe lorsqu’un corps est nu dans la vie courante, il faut utiliser « naked » - « nude » est la version artistique (dessin peinture – je recommande vivement l’essai de Kenneth Clark « The nude, a formal essay in ideal form).
Ce type de réflexion vient à l’esprit du pasteur Chambers alors qu’il rend visite à son amie Amanda Kendall au Fitzwilliam Museum de Cambridge. En attendant la jeune femme qui discute avec le directeur à propos d’une nouvelle acquisition, Sidney Chambers se promène dans les salles – à la surprise générale des quelques visiteurs et des gardiens de salle, une jeune femme apparaît avec pour seul vêtement un manteau de fourrure dont elle se dévêt habilement.
Lorsque les gardiens la font sortir du musée, ce sera pour constater qu’une toile peinte par Walter Sickert (celui que l’on soupçonna un temps d’avoir été Jack l’éventreur – la romancière Patricia Cornwell va d’ailleurs reprendre cette théorie à son compte, en écrivant un essai sur le sujet où elle prouve soi-disant que Sickert était the Ripper, le contraire sera prouvé après la parution de son livre).
Afin de tenter de retrouver la toile, Sidney et Hildegard Chambers se rendront à  Londres, à un happening artistique – La jeune femme s’avérant être française, Keating et Chambers feront un saut à Dieppe afin de tenter de retrouver la toile et découvriront un secret de famille bien gardé.

Death by Water – un ancien copain d’université, devenu cinéaste, a demandé à notre pasteur Chambers d’interpréter un petit rôle dans un film, adaptation d’un polars de Dorothy L. Sayers, mettant en scène lord Peter Wimsey. Il peut même amener le gentil Dickens sur le plateau – Sidney est  inquiet car Dickens vieillit depuis les 10 années qu’ils sont ensemble, le pasteur craint que bientôt son « ami » s’en ira au paradis des chiens. Afin de ressembler à son rôle, Sidney Chambers doit être vieilli par maquillage, aussi a-t-il quelques intéressantes discussions avec la maquilleuse – comme par exemple le fait que l’actrice principale, mariée à un ancien comédien qui a un petit rôle dans le film, est la maîtresse d’un des acteurs plus jeunes. Il retrouve sur le plateau, l’épouse du presque bigame qui avait jeté son dévolu sur Amanda – la jeune femme confirme que Dickens n’a pas l’air bien.
Les premiers jours de tournage se passent plus ou moins bien, sans accrochage particulier, jusqu’au jour où il faut tourner la scène dans l’eau. C’est là que doit paraître le mari dans son petit rôle, en même temps que l’amant. Et le mari se noie ! Bien sûr les soupçons se portent immédiatement sur l’amant, pourtant on peut prouver qu’il n’a rien fait de mal en regardant les rushes. Pourtant Sidney est convaincu qu’il y a eu meurtre car le vieux comédien semble se débattre dans des vêtements trop lourds, ce qui n’était pas prévu. Encore une enquête pour notre détective amateur néanmoins chanoine.

Christmas, 1963 – les Chambers sont sur des charbons ardents – la naissance de leur premier enfant approche et le pasteur se sent dépassé par les événements. Il se pose un tas de questions sur l’art d’être un bon père, lui-même ayant une belle expérience familiale, un père avec qui il est toujours complice, un homme d’une grande bonté et tolérance.
L’une de ses jeunes paroissiennes vient d’accoucher, celle qui n’hésita pas dans une enquête précédente, à l’accuser de l’avoir poursuivie de ses assiduités tout comme elle mentira à propos d’autres personnes – elle vient d’avoir un petit garçon et ô horreur, alors qu’elle vient de s’endormir, son bébé lui est enlevé.
Quelqu’un a vu une femme s’en aller avec un petit paquet dans les bras ressemblant à un bébé. Afin de consoler la jeune maman, il promet de tout mettre en œuvre pour retrouver baby John (comme Lennon, les Beatles sont en pleine gloire). Cette promesse est généreuse mais va absorber un temps précieux, dont Sidney Chambers aurait bien besoin pour s’occuper de son épouse et leur futur enfant.

23 juillet 2016

SIDNEY CHAMBERS AND THE PERILS OF THE NIGHT

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Dans le 2ème recueil des « Grantchester Mysteries », concernant les enquêtes  du pasteur Chambers, détective amateur, et son meilleur ami, l’inspecteur Geordie Keating, on retrouve quelques personnages déjà rencontré dans le recueil précédent. Il est vrai que Grantchester est un village et donc, forcément, on y retrouve les mêmes personnes.
Certaines prennent un peu plus d’importance ici, comme par exemple Hildegard Staunton, la sympathique veuve de l’avocat assassiné dans la 1ère enquête de nos deux complices. Il est évident que Sidney et elle s’apprécient énormément, et même si Amanda Kendall reste une très bonne amie, Sidney réalise qu’Hildegard lui apporte une paix intérieure qu’il ne connaissait pas.
Entre eux, s’est forgée une amitié résistant au temps et qui pourrait bien mener vers quelque chose de plus profond. En attendant, depuis 1954, Chambers se rend régulièrement pour une semaine de vacances à Berlin.

Leonard Graham, le vicaire assistant Sidney Chambers dans les travaux de la paroisse que ce dernier néglige parfois lorsqu’il joue au détective, montre un petit côté d’humour caustique, bien sympathique. Sidney est content d’avoir pu le convaincre de raser sa ridicule petite moustache. Grand admirateur de Dostoïevski, il n'hésite pas à le citer quand l'occasion se présente?

Amanda Kendall rend toujours régulièrement visite à son  « chum », c'est-à-dire son meilleur ami Sidney et a hâte de faire la connaissance d’Hildegard ; elle espère toujours rencontrer un homme qui conviendra à son statut social, comme l’exigent ses parents. A propos d’Amanda, il semblerait qu’au fil des enquêtes, elle ne parvienne pas à se décider sur un parti valable, ce qui fait penser à Chambers qu’elle préfère son statut de femme indépendante, d’autant plus qu’elle a un excellent travail auquel elle ne compte pas renoncer. 

Il y a évidemment Mrs. Maguire la femme d’ouvrage/gouvernante du  presbytère, une femme aigrie qui ne trouve absolument rien, mais alors rien de rien, à son gré. Elle a une langue de vipère, dont Chambers fait les frais malgré sa gentillesse à la défendre car elle a beaucoup souffert.
Elle déteste Dickens, le chien du pasteur, un labrador adorable mais un peu remuant.
Je n’arrive absolument pas à lui trouver des excuses pour les remarques pleines d’acide qu’elle distribue ; elle se vexe pour un rien, limite paranoïaque, bref à mes yeux c’est une vraie méchante qui n’hésiterait pas à nuire.

Dans ce nouveau recueil, il est question d’espionnage et de loyauté à son pays, d’intolérance et racisme, d’injustice à l’égard d’autres membres de la communauté, de photographies à caractère semi-pornographique qui nuisent à tous, de mensonges d’adolescents frustrés qui s’ennuient dans un village et cherchent à nuire par esprit de vengeance, de rédemption et dignité retrouvée. Il est aussi question d’humanisme laïc et théologie, de mathématiques et musique, de sciences, d'astrophysique, physique quantique et mariage, de jalousies au sein de l’université. 
Il y a aussi une partie de cricket, où Sidney Chambers qui est passionné de ce jeu discourt en long et en large à ce propos – vu que je n’y connais rien, je n’y ai rien compris et j’ai trouvé cette partie de l’enquête (The Hat Trick) très fastidieuse.

Tout cela pas nécessairement dans le même ordre.

Ce qui m’a beaucoup plu dans ce 2ème recueil est que la complicité et l’humour caustique sont plus présents encore que précédemment.

LES NOUVELLES =
The Perils of the Night – Janvier 1955 -  il existe parmi les étudiants de  Cambridge un sport défiant les lois de la pesanteur, à savoir grimper le long de la façade de « King’s College Chapel ». Le pasteur Sidney Chambers,  revenant de sa partie hebdomadaire de backgammon avec l’inspecteur Geordie Keating, observe  que des étudiants ne faillassent pas à cette dangereuse tradition (à laquelle il participa quelquefois dans sa jeunesse estudiantine). Les concierges de l’université regardent avec inquiétude la progression qui ne se passe pas très bien – l’un des jeunes gens semble souffrir de vertige et demande à être aidé ; après que le chargé de cours qui les a emmenés dans l’aventure tombe et se tue, celui qui avait demandé de l’aide arrive en haut avec difficulté, et l’on constate que le 3ème larron a disparu.
Sidney Chambers se demande si le chargé de cours n’aurait pas été poussé, ce qui fait que l’escapade se termine par un crime. On ne retrouve pas l’étudiant disparu, dont la chambre a été complètement vidée et nettoyée, quant au jeune homme souffrant de vertige, il semblerait que l’on veuille lui faire porter le chapeau de cette sinistre aventure. Sidney souhaite faire la lumière sur cette histoire mais le recteur de l’université lui dit de laisser tomber, tout comme Scotland Yard intervient auprès de Keating pour classer l’affaire. Le recteur laisse entendre que comme beaucoup d’université Cambridge est un centre de recrutement pour espion en ces temps de guerre froide. On ne peut aller contre les décisions du MI5 et MI6, Chambers est-il capable de laisser tomber ?

Love and Arson – l’été est agréable à Grantchester et Sidney Chambers apprécie de se promener avec Dickens, le labrador qui bien qu’ayant grandi depuis qu’il est arrivé chez lui, est toujours aussi exubérant. A la tombée du soir, Chambers aperçoit quelqu’un qui observe les oiseaux, porte une carabine et semble avoir déjà tué des corbeaux (autorisé). Après un autre coup de feu, Dickens revient avec un petit hibou dans la gueule, mais le taxidermiste qui tue les « nuisances » prétend qu’il n’a pas tué cet oiseau (espèce protégée), mort de mort naturelle et que le coup de feu était destiné à un autre animal. Il emporte la petite bête pour l’empailler. Ce même soir, une vieille ferme louée à un photographe venu s’installer dans le village, part en fumée. Vu qu’il  y a eu plusieurs foyers d’incendie, il est évident qu’il s’agit d’un incendie criminel.
Arnaque à l’assurance ou acte malveillant ? en tout cas le photographe n’est plus que l’ombre de sa gloire passée et subsiste en photographiant des mariages, et aussi des jeunes femmes souhaitant se constituer un « book » - toutes les filles rêvent de devenir mannequin apparemment. Une jeune fille du village semble avoir fait partie du lot, en tout cas c’est ce que pense Chambers qui, après discussion avec le photographe, a acheté une revue dans laquelle paraissent ses photos. Revue pas très honorable, en tout cas pas une revue que l’on pense trouver entre les mains d’un pasteur. De là à ce que les langues fonctionnent, il n’y a qu’un pas. Le comportement de la jeune Abigail est pour le moins douteux, mais cela ne justifie pas nécessairement de mettre le feu à un atelier. Chambers enquête malgré sa réputation de voyeur après achat du magazine. Mrs. Maguire pense qu’elle ne travaillera plus pour le presbytère.

Unholy Week – l’année s’est terminée et revoilà le printemps et l’approche de Pâques, avec le carême qui se termine, au grand plaisir de Sidney Chambers qui a des difficultés à se contenter d’eau minérale lorsqu’il est au pub avec son ami Keating, ou de se passer de son petit whisky du soir.
La fin du carême n’est pas la seule chose qui réjouisse Sidney = Hildegard Staunton a accepté de revenir à Grantchester pour lui rendre visite, ce 4 ans après le décès de son mari. La jeune femme étant très musicienne – elle est professeur de piano à Berlin – et de plus, joie pour Sidney, elle n’a rien contre le jazz ! Elle est bien reçue à l’université – où un électricien a des problèmes avec l’un des doctorants qui lui reproche de faire trop de bruit ! le professeur de musique de l’université par contre prête bien volontiers son bureau à Hildegard, afin qu’elle puisse continuer à pratiquer. Au cours d’un dîner convivial, le professeur et la jeune femme discutent musique et mathématiques, ce qui fait ricaner les professeurs de mathématiques présents.
Lorsque le doctorant renvoie l’électricien, sans l’avoir indemnisé, les soupçons se portent immédiatement sur ce dernier lorsque le doctorant est retrouvé mort dans sa baignoire. Arrêt cardiaque. Inutile de dire que Chambers doute de ce verdict et demande si, exceptionnellement, Keating pourrait demander une autopsie. Le légiste qui avait déjà rencontré Sidney au cours d’une précédente enquête est épaté = comment celui-ci a-t-il deviné que l’homme a été électrocuté ? évidemment cela ne peut être que l’électricien, qui d’autre aurait pu manipuler les fils et les interrupteurs ?
Chambers n’est pas convaincu et Hildegard est ravie de jouer au détective, ce que Keating trouve catastrophique – un ça n’était pas encore assez, il faut qu’il entraîne sa peut-être fiancée dans ses enquêtes !
Lorsqu'Amanda vient à Grantchester pour le repas pascal, elle est ravie de rencontre Hildegard et confirme à Sidney que celle-ci est réellement faite pour lui.

The Hat Trick – le pasteur Chambers est arbitre du match de cricket de ce mois de mai ; il est légèrement déçu qu’on ne lui ait pas demandé d’être l’un des joueurs, après tout dans sa jeunesse il fut l’un des meilleurs joueurs de cricket – non  seulement à l’école primaire, mais aussi plus tard à Cambridge.
La petite ville de Grantchester est dans de mauvais draps au début du match, l’équipe n’arrête pas de perdre et puis, soudain, vers le milieu et la fin,  grâce au jeune Zafar Ali, fils d’un propriétaire de restaurant indien dans la ville et étudiant en médecine, le score remonte peu à peu jusqu’au « hat trick » final, c’est-à-dire (pour ce que j’en ai compris =^-^=) trois coups triomphants en suivant. Après le jeu, tout le monde se congratule et Sidney constate que le chef du team félicite à peine le jeune homme -  il est vrai que sa nièce est amoureuse de Zafar, et un Indien, musulman de surcroît, ne peut pas fréquenter une « bonne Anglaise de la religion réformée ». Chambers est toujours estomaqué par ce type de remarque et se promet de tenter de discuter avec l’homme. Zafar ne buvant pas de bière, il savoure une limonade maison préparée par l’une des paroissiennes. Le pasteur de son côté constate que son chien n’a pas l’air bien, il est vrai que Dickens a été nourri par pratiquement tout le monde avec ses bons yeux de « moi j’ai plus mangé depuis longtemps ». Chambers est inquiet, mais le lendemain son chien semble retapé. Par contre, l’inspecteur Keating vient prévenir Sidney que le jeune Zafar est décédé.
Apparemment empoisonnement alimentaire, mais si c’était un empoisonnement tout court ? le légiste constate que le jeune homme avait absorbé des quantités mortelles d’antimoine. Revoilà notre pasteur qui endosse son costume de détective amateur une fois de plus.

The Uncertainty Principle – Avril 1961 – Sidney Chambers et Leonard Graham écoutent avec intérêt la relation radiophonique de l’envoi de Gagarine dans l’espace. Puis, autre choc = Amanda Kendall lui annonce qu’elle veut qu’il officie à son mariage, elle a enfin trouvé un homme digne d’elle – un professeur d’université qui n’a peut-être pas la fortune, mais par contre a l’assentiment de son père car un astrophysicien, ce n’est quand même pas n’importe qui. Surtout si ce dernier est régulièrement reçu par ses pairs aux Etats-Unis. Comme le mariage aura lieu à Londres, Sidney est sceptique, il ne peut en principe pas officier dans une autre paroisse. Ses réticences font croire à Amanda que Sidney est jaloux, d’ailleurs comment expliquer sinon ses réserves à propos du scientifique. Chambers n’y peut rien, quelque chose dans le comportement du bonhomme l’horripile, surtout cette façon désinvolte qu’il a de trouver normal que l’argent d’Amanda financera ses recherches académiques, son atelier ultramoderne.
De plus ce mariage sera parfait puisqu’il doit partir rapidement aux USA et elle pourra poursuivre son travail à la National Gallery.
Ce qui intrigue notre détective amateur est que l’on ne sache absolument rien du passé de cet homme et qu’Amanda ne cherche même pas à savoir. La brouille entre Sidney et Amanda est telle qu’elle refuse d’encore le revoir, ce qui n’empêche pas Chambers de poursuivre son enquête.

Appointment in Berlin – ça y est, le pasteur Sidney Chambers a compris qu’Hildegard était la femme qu’il souhaitait avoir auprès de lui pour le restant de ses jours. Il se rend donc à Berlin et là, quelle n’est pas sa surprise de constater qu’il trouve porte de bois. Où est passé Hildegard ? arrive son beau-frère, avec un peu de retard, qui lui explique que la jeune femme s’est rendue à Leipzig en Allemagne de l’est, avec sa sœur, au chevet de leur mère qui a fait un malaise en rue. Après de nombreuses tracasseries administratives, Sidney obtient la permission de rejoindre Leipzig. Dans le train, il semble reconnaître le jeune Rory Montague, rencontré lors de l’ascension dramatique de la King’s Chapel. Sidney,  qui semble particulièrement dur à la compréhension, adresse la parole au jeune homme qui l’ignore. Chambers, au lieu de laisser tomber, insiste lourdement, sans succès, mais finalement se rend dans son compartiment.
A sa grande surprise, Montague vient lui remettre un papier à donner au recteur à son retour à Londres. Ce qui ne risque pas d’arriver, en effet le train s’arrête en pleine campagne, Montague est abattu et le chef de police l’arrête pour espionnage au service de l’occident. Ce ne sera qu’après plusieurs jours et l’intervention financière d’Hildegard, prévenue par la Stasi, qu’il sera libéré. Ils doivent se hâter de fuir Berlin est car le mur est en train de se construire et bientôt ils seront pris au piège.
Commence une angoissante poursuite digne d’un film d’Hitchcock – heureusement Hildegard a accepté de l’épouser, ils ont donc toutes les raisons de retourner « à la maison » - vont-ils y arriver ?

22 juillet 2016

SIDNEY CHAMBERS AND THE SHADOW OF DEATH, de James Runcie

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Titre français = Sidney Chambers et l'ombre de la mort

Le pasteur Sidney Chambers de la paroisse de Grantchester, village du district de Cambridge, dans les années 1950, est un pasteur pas comme les autres – selon ses propres termes, il a parfois des difficultés entre faire la différence entre les affaires urgentes et ce qui est important.
Il est très copain avec l’inspecteur Geordie Keating, marié, 3 enfants.
Ils ont un rituel = tous les jeudis soirs ils se retrouvent au pub pour une soirée de backgammon. 
Chambers a une sœur et un frère vivant à Londres, comme leurs parents.
La colocataire et meilleure amie de Jennifer Chambers est Amanda Kendall, conservatrice à la National Gallery, spécialiste du 18ème siècle.
Sidney et Amanda se rencontrent pour la première fois, lors de la deuxième enquête (A Question of Trust), ils deviennent bons amis – rien d’autre comme ils le spécifient régulièrement à tous ceux qui sont convaincus qu’ils devraient se marier.
Elle est issue d’une famille fort riche, lui n’est qu’un pasteur de village, dont le montant annuel de ses revenus n’arriverait même pas à lui payer la moitié de sa voiture.
Elle lui a fait une petite blague à l’occasion de son anniversaire = elle lui a offert un labrador, chien très sympathique, mais encore très jeune – qu’il a nommé Dickens – au grand déplaisir de sa gouvernante, qui désapprouve généralement toutes les actions du pasteur Chambers.

Surtout lorsqu’il commence, par le plus grand des hasards, à s’occuper d’un meurtre – s’étant fort bien débrouillé, son copain l’inspecteur Keating n’hésite pas à le solliciter à chaque fois que quelque chose se produit de pas très net.  Chambers est très content de ce rôle de détective amateur, qui lui fait réfléchir à la nature humaine.
A chaque fois que le pasteur est invité quelque part, on lui propose un sherry – alors qu’il n’aime pas ça du tout, mais comme il est bien élevé, et surtout naturellement gentil, il n’ose pas toujours refuser.

Ce premier livre de James Runcie concernant les enquêtes du pasteur Chambers et de l’inspecteur Keating, est un recueil de six nouvelles comme les six chapitres d’un roman, six enquêtes bien amenées, indépendantes les unes des autres, même si à chaque fois on y retrouve des personnages des histoires précédentes.
Les nouvelles ne sont pas seulement de simples enquêtes policières, on y aborde de nombreux sujets comme le deuil, la solitude, la religion, l’homosexualité, les relations humaines.
Le personnage du pasteur est réellement très sympathique, il préfère voir ce qu’il y a de bon chez les gens, parfois même chez un malfaiteur.
Ses sermons sont souvent inspirés par les cas qu’il a résolus (que les lecteurs se rassurent = il en parle, on n’a pas droit à tout le sermon).

Les nouvelles =

The Shadow of Death = un avocat a été retrouvé  tué d’une balle à son bureau – l’affaire est rapidement classée comme suicide, l’homme étant chroniquement dépressif et les affaires n’étaient du cabinet n’étaient pas brillantes – même son associé est convaincu qu’il s’est tué. Pourtant une femme vient trouver le pasteur Chambers et lui dit qu’elle est persuadée qu’il s’agit d’un meurtre. Elle ne va pas à la police car elle exige la discrétion, elle était la maîtresse de l’avocat, mais également l’épouse de l’associé. Chambers parviendra à convaincre son ami l’inspecteur Keating de rouvrir le dossier. 

A Question of Trust = noel est passé, la nouvelle année sera fêtée demain, Sidney Chambers a été invité par un ami d’université, un futur membre du parlement, à un dîner d’amis – ils seront 10, parmi lesquels Jennifer Chambers avec son nouveau petit ami, gérant d’une boîte de jazz. Lui et Sidney s’entendent immédiatement, Sidney étant un grand fan de jazz. A la fin du dîner, le futur fiancé  donne une bague à Amanda, dont il n’hésite pas – goujat comme il est – de mentionner le prix (fiançailles d'ores et déjà rompues avant d'avoir commencé !)
L’hôte propose de boire le champagne à cette occasion et pour fêter la nouvelle année, mais trébuche et la bouteille tombe, se cassant et dans la cohue, le futur demande où est la bague. Les soupçons vont se porter sur le compagnon de Jennifer, un nouveau venu dans leur cercle, pas vraiment du même monde qu’eux. Le parfait bouc émissaire. La sœur de Sidney exige qu’il s’occupe de l’affaire, de retrouver la bague et d’innocenter son petit ami. Rien que ça !

First, do no harm – l’hiver est particulièrement rigoureux en ce début de 1954. Cela n’empêche pas l’inspecteur Keating et le pasteur Chambers de se retrouver pour leur partie de backgammon hebdomadaire. Ce soir-là, Keating lui demande de se renseigner en toute discrétion sur la mort de la vieille madame Livingstone. Le médecin travaillant pour la justice est convaincu que le fiancé de la jeune femme a « aidé » la vieille dame qui était grabataire depuis de nombreuses années, amère, méchante avec sa fille à qui elle avait défendu de se marier. Situation vraiment délicate, car il va falloir interroger le légiste, qui considère le pasteur comme un intrus, le docteur, fiancé de la jeune femme, ne voit pas non plus ses questions d’un bon œil. Peu après, un autre vieux patient du docteur meurt et à nouveau, pour le coroner soupçonne que le médecin se soit transformé en « ange de la mort ».

A Matter of time – Johnny Johnson, le fils d’un ancien voleur de haut niveau, rangé des voitures, a invité Chambers et Keating dans son club de jazz londonien, afin d’assister au récital d’un chanteuse de jazz célèbre. Ils y font la connaissance de Claudette, la sœur de Johnny, une jeune fille sympathique, pleine de vie. Hélas, en cours de soirée, pendant que la chanteuse présente ses musiciens, un cri retentit = Claudette a été étranglée !
Johnny et son père demandent l’aide de Sidney, ils ne font pas vraiment confiance à la police – par contre l’inspecteur Williams du Yard n’est pas enchanté d’avoir un « civil » dans les jambes.

The Lost Holbein – lors d’une invitation chez lord Teversham, ce dernier se plaint de ce que le gouvernement exige comme taxes des riches contribuables, même si sa sœur tente de lui expliquer que peut-être ce serait bien de vendre le portrait d’une dame assez sévère. Chambers le met en contact avec Amanda Kendall, conservatrice à la National Gallery, qui rapidement constate que le tableau chez Tevesham est une copie – une bonne copie, mais copie tout de même. Les quelques rares informations qu’elle parvient à obtenir pour retracer celui qui avait proposé de nettoyer le tableau (probablement un faussaire), vont la mener dans une ferme qui semble laissée à l’abandon. Ensuite, plus personne n’aura de ses nouvelles jusqu’à ce que son bureau et sa colocataire s’inquiètent.

Honorable Men – le pasteur Chambers n’y croit pas = il a été littéralement réquisitionné pour interpréter un petit rôle dans la représentation de Jules César, par un groupe de comédiens amateurs, parmi lesquels quelques personnes connues dans Grantchester, à commencer par lord Teversham, son nouveau secrétaire, son ancien secrétaire et quelques autres dans les rôles des conspirateurs qui assassinent le tyran romain. Au cours de la scène où l’on poignarde César, l’un des faux couteaux a été remplacé par un vrai car lord Teversham/César ne se relève pas. Bien entendu, personne ne sait rien, n’a rien vu, etc. Chambers, qui est au nombre des suspects (tous les comédiens le sont) aide Keating à découvrir le coupable.

J’ai apprécié toutes les enquêtes, certaines étant  plus compliquées que d’autres, et l’une (the Lost Holbein) est réellement angoissante.

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James Runcie est un romancier, dramaturge, producteur de télévision et metteur en scène de documentaires courts métrages. Il vit à Bath.
Son premier recueil concernant Sidney Chambers a été publié en 2012 et a fait l’objet d’une adaptation télévisée sous le titre « Grantchester », qui a connu un succès immédiat.
Certaines différences existent entre les adaptations et les nouvelles, personnellement je trouve les nouvelles mieux faites, même si le peu que j’aie pu voir de la série télévisée est agréable à suivre.

Les « Grantchester Mysteries », recueils de nouvelles policières, seront au total de CINQ, dont 4 volumes ont déjà été publiés jusqu’à présent.
James Runcie dit que le personnage de Sidney Chambers lui a été inspiré par son père Robert Runcie, qui fut archevêque de Canterbury pendant 11 années.

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21 juillet 2016

A DANGEROUS MADNESS, de Michelle Diener

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Londres, durant la Régence, 1821 – lui, c’est  le duc de Wittaker, qui pour aider son père dans la recherche et capture éventuelle de lords peu dignes de leurs titres et héritages, a accepté de jouer le jeu d’être comme ceux-là pendant quelques années. Il a décidé, à présent, que ce petit jeu était terminé et qu’il pourrait enfin redevenir lui-même.

Elle, la jolie Phoebe Hillier, fiancée par son père contre son gré à un cousin, afin que l’héritage reste au sein de leur baronnie, a aussi vécu plus ou moins dans le mensonge ; tout d’abord parce qu’elle n’aimait absolument pas ce futur époux joueur invétéré qui ne fait que convoiter  l’héritage légué par sa mère à elle et géré par un groupe de notaires, ensuite parce que son père ne supportait absolument pas les femmes ayant de l’instruction, intelligentes, voulant avoir leur mot à dire dans des décisions les concernant.
Grâce à sa mère, Phoebe Hillier a reçu une excellente instruction, malgré son père et son cousin.

Lorsque le premier ministre, Spencer Percival, est assassiné par un déséquilibré, John Bellingham qui ne nie même pas son acte et qui a tout sauf le comportement d’un déséquilibré, la jeune Miss Hillier et le séduisant duc vont devoir faire front ensemble, car l’imbécile auquel elle était fiancée semble avoir trempé dans ce complot et a heureusement rompu leurs fiançailles, soi-disant pour qu’elle échappe au scandale, mais surtout parce qu’il désire fuir sur le continent.
Deux jours après cette rupture   et sa fuite, Sheldrake est tué dans un accident sur la route de Douvres.
Vu les circonstances, il est plus que probable que cet accident ait été provoqué ; Phoebe échappe de peu à deux tentatives d'assassinat aussi, tout cela à quelques jours seulement du procès de Bellingham.
Apparemment les ennemis de son ex sont persuadés qu’elle en sait beaucoup plus qu’il n’y paraît.

Ce qui est certain en tout cas c’est que la société bien pensante de Londres, la société du « ton », qui côtoie le prince régent et la noblesse, met la jeune femme au ban de la société = non seulement son fiancé a rompu leurs fiançailles, ça déjà c’est suspicieux, mais voilà qu’en plus elle ose se montrer,  immédiatement après, en société avec le duc possédant l’une des pires réputations de Londres, sinon de toute l’Angleterre. Les langues vont bon train.
La douce tante de Phoebe, lui servant de chaperon, est catastrophée, sa nièce adorée ne trouvera jamais un parti valable !

Comme si cela avait une quelconque importance face aux événements qui menacent la jeune femme, les conspirateurs ayant décidé d’éliminer tout ceux qui peuvent les gêner avant la pendaison du coupable. Heureusement, le duc et elle se démènent dans l’espoir de faire éclater la vérité, mais le complot est trop bien protégé.

Voilà un petit polar historique sans prétention, vite lu, divertissant qui m’a appris un événement de l’histoire d’Angleterre que j’ignorais complètement, à savoir le seul assassinat d’un premier ministre britannique qui pourrait être considéré comme l’affaire JFK de son époque.
Le style d’écriture était agréable et fluide ; à côté des événements politiques, les codes de société de l’époque « regency » sont bien amenés aussi.
Une bonne petite lecture de vacances, sans prise de tête, avec de l’humour et du suspense, un vrai contexte historique.

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Michelle Diener est une romancière britannique, auteure de romans et polars historiques. Née à Londres, elle a vécu en Afrique du sud et vit, actuellement, en Australie. En dehors de polars historiques, elle écrit aussi des romans de science-fiction et fantasy.

Sur base d’un fait historique avéré, elle imagine, comme ici,  une histoire avec des protagonistes sympathiques comme le couple Hillier/Wittaker et leurs personnels respectifs, prêts à les aider dans leurs entreprises dangereuses.
La romancière n’hésite pas ici à développer une théorie du complot, dont le but est de  faire de John Bellingham le bouc émissaire d’un complot visant à tuer Spencer Percival, devenu premier ministre après avoir été ministre des finances, personnage imbu de ses prérogatives, mais ayant pris des décisions (contre l’esclavage notamment) mécontentant plusieurs pairs du royaume. De plus il était de notoriété publique que le prince régent ne le supportait pas du tout.

19 juillet 2016

THE MONOGRAM MURDERS, de Sophie Hannah

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Titre français = Meurtres en Majuscules

# 1 dans la série "The New Hercule Poirot Murders"

Londres 1929 – Hercule Poirot est ravi = il a trouvé un petit restaurant ne payant pas de mine mais où le café est délicieux, juste comme il l’aime, car il déteste cette manie anglaise de boire du thé sans arrêt. Pour lui, rien de tel que le café pour stimuler les petites cellules grises.
En ce soir de février, bien humide, venteux et froid comme peuvent l’être les jours de février, un drame se joue au très huppé hôtel Bloxham – le directeur n’en revient pas, lui dont l’hôtel est non seulement le plus huppé, mais surtout fréquenté par des gens intelligents, beaux, gentils, tout comme son personnel qui est le plus stylé de tout Londres.
Chaque meurtre a eu lieu le même jour, pratiquement à la même heure, à trois étages différents de l’hôtel – les victimes ont été empoisonnées, puis disposées de manière rituelle, allongées sur le dos, les bras le long du corps, avec dans la bouche un bouton de manchette comportant les initiales PJI.

Le jeune inspecteur Catchpool est chargé de l’enquête. Ce qui est assez pratique pour échanger des opinions sur les meurtres puisque Poirot, qui est très (trop) sollicité par des clients privés, a décidé de s’installer non loin de son appartement, dans une pension de famille,  où loge également Catchpool.
Avant l’arrivée de l’inspecteur au restaurant, une jeune femme y était aussi, semblant totalement affolée, guettant par la fenêtre un éventuel suiveur. Lorsqu’Hercule Poirot parvient à lui faire dire ce qu’elle craint, elle lui fait promettre de ne pas essayer de trouver le coupable des crimes, dont elle sera la prochaine victime, parce qu’elle aura mérité de mourir. Et là-dessus, elle fuit.

L’enquête va emmener l’inspecteur et le petit détective belge dans plusieurs lieux de Londres ainsi que dans le village dont étaient issues les victimes, un endroit en apparence paisible nommé Great Holling. Où sous les apparences règne une réelle méchanceté qui mena à des événements tragiques 16 années auparavant.

Voilà un roman, hommage-pastiche à Hercule Poirot, personnage créé par Agatha Christie (qui lui tapait sur les nerfs d’ailleurs), pour lequel j’ai des sentiments mitigés.

J’ai apprécié le polar en question, qui est assez « tordu » et plein de rebondissements – mais pourquoi avoir récupéré le petit détective belge ?
J’ai presque l’impression d’être face à Monsieur Jourdain qui « faisait de la prose sans le savoir », tout comme ici « Poirot fait du Poirot sans le savoir ».
Mais étant amoureuse (n’ayons pas peur des mots =^-^=) d’Hercule Poirot, je ne pouvais pas non plus passer à côté de ce roman.
Le narrateur de l’enquête est l’inspecteur Catchpool, tout comme le capitaine Hastings relatait les enquêtes du Poirot authentique.

Dans ce roman, Hercule Poirot apparaît plus comme une caricature de lui-même que comme le personnage créé par Dame Agatha – ses petites manies, son côté maniaque, les expressions en français qu’il exprime de temps à autre (sans doute pour bien faire comprendre qu’il n’est pas Anglais !), son exaspération lorsque son interlocuteur n’a pas la même vivacité d’esprit que lui, tout cela a un côté « un peu trop » - comme si l’auteure de cette nouvelle série mettant Hercule Poirot en scène voulait absolument nous prouver qu’il s’agit bien du personnage d’Agatha Christie.
Tout comme cette manie qu’il a de jouer au cupidon. Trop, c’est trop.

Pourquoi aussi le faire changer d’habitat = il possède toujours son appartement londonien dans le bel immeuble que l’on connait, mais pour « aérer » ses petites cellules grises et pour échapper au flux incessant des clients qui requièrent ses services, il loge chez une brave dame possédant une pension de famille, où vit également le narrateur de cette aventure, Edward Catchpool, qui est encore plus lent à comprendre quelque chose que le capitaine Hastings !
Catchpool consacre d’ailleurs plus de temps à penser à ses souvenirs de jeunesse qu’à comprendre ce qu’il a sous les yeux. Ce jeune inspecteur est à la fois une caricature de Japp et Hastings. 

Quant à l’intrigue, le moins que l’on puisse dire est qu’elle est particulièrement compliquée dans une histoire où la méchanceté, le mal, sont omniprésents. La médisance, la bigoterie, la lâcheté, lai jalouse, sont les sujets principaux qui dominent le patelin de Great Holling, ce qui donne immédiatement envie de fuir tous les villages de la terre.
En ville il y a peu d’amitié entre les voisins, mais au moins on ne s’y occupe pas de vos affaires. On pense immédiatement à Miss Marple qui n’hésite pas à dire que  le mal est partout, y compris dans les petites villes, puisque le mal est dans la nature humaine. 

En conclusion = ai-je aimé le livre ? oui ET non
Oui, car l’intrigue est bonne, les rebondissements aussi ; de plus la réunion de tout le monde dans une salle où Poirot révèle tout est un clin d’œil de plus aux récits d’Agatha Christie. Tout comme le mystère de chambre close pour l’un des 3 crimes et le poison, arme favorite de la Reine du Crime.
Comme vous pouvez le constater, Sophie Hannah a mis le paquet. 
Non, parce que je trouve ce pastiche inutile – un autre détective privé aurait tout aussi bien fait l’affaire que cette caricature de Poirot.

Personnellement, je trouve que les romans pastichant Sherlock Holmes sont plus réussis que ce pastiche d’Hercule Poirot.

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Sophie Hannah, née en 1971,  est une romancière britannique, auteure de romans policiers, de nouvelles et livres pour enfants ; elle se spécialise dans les thrillers psychologiques. Les critiques littéraires comparent son style poétique à celui de Lewis Carroll. L’un de ses derniers thrillers dans la série « Zailer & Waterhouse » a fait l’objet d’une adaptation télévisée.

Elle a reçu l’aval de la fondation qui gère le patrimoine d’Agatha Christie pour développer une nouvelle série consacrée à Hercule Poirot – oui vous avez bien lu « série ». Ceci 39 ans après la mort du petit détective dans « Curtain ». Ces nouveaux romans se situent en 1929, alors que le capitaine Hastings n’est plus en Angleterre ; pour cette raison, Poirot a un autre faire-valoir, l’inspecteur Edward Catchpool qu’il semble avoir décidé de prendre sous son aile afin de le former à devenir un excellent enquêteur – c’est pas gagné.

17 juillet 2016

THE THREE MUSKETEERS, de Paul W.S. Anderson

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Titre français = Les Trois Mousquetaires

Scénario d’après le roman d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet 

A Venise, les mousquetaires Athos, Porthos et Aramis, en compagnie de Milady de Winter dont Athos est amoureux, ont une mission à accomplir = retrouver les plans d’une machine volante inventée par Léonard de Vinci. Alors qu’ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient, le duc de Buckingham qui a décidé de déclarer la guerre à la France arrive et comme les hommes sont drogués, ils ne peuvent lutter contre le duc et Milady qui les a trahis. Pour avoir échoué, la compagnie des mousquetaires est dissoute.

Un an plus tard, le jeune d’Artagnan débarque de sa province afin de devenir mousquetaire. A Meung sur Loire il est provoqué par un certain Rochefort, chef de la garde de Richelieu. Devant les moqueries de Rochefort, l’impulsif jeune homme le provoque en duel, mais arrive Milady qui empêche que Rochefort tue d’Artagnan.
Arrivé à Paris, il se heurte à Athos, Porthos et Aramis – le voilà avec un duel sur les bras à 12.00, 13.00 et 14.00. Porthos et Aramis arrivent en tant que témoins d’Athos – le duel commence mais les gardes du cardinal arrivent, les trois mousquetaires plus un, se battent à 4 contre 400 et s’en sortent. Les duels étant interdits, le cardinal exige que le roi Louis XIII condamne les mousquetaires à mort. Heureusement arrive la reine Anne qui estime que le courage des 4 hommes doit être récompensés.

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Arrive Buckingham, en mission de diplomatie, à bord d’un dirigeable construit d’après les plans de da Vinci volés à Venise.

Richelieu entretemps désire se débarrasser une fois pour toutes de la reine Anne et demande à Milady (qui est son espionne) de fabriquer de fausses lettres d’amour à Buckingham, ainsi que de voler les diamants offerts par le roi. Elle devra porter ce collier lors du bal qu’il va donner. Sa suivante, Constance Bonacieux, demande l’aide des mousquetaires afin d’éviter la guerre.
Milady qui fait semblant de travailler pour Buckingham le prévient de l’arrivée des mousquetaires ; elle l’informe des tactiques de bataille des 4 hommes.
Après une lutte serrée, ils fuient à bord du dirigeable avec le collier mais Buckingham les retrouve en plein air avec un nouveau dirigeable, version « améliorée » du premier.
Bataille dans les airs, les tours de Notre-Dame de Paris bloquent les dirigeables, d’Artagnan doit encore se battre contre Rochefort.

Richelieu propose aux mousquetaires, qui l’impressionnent, de se joindre à son service, ce qu’ils refusent – ils restent cependant au service de la France.
Quant à Buckingham il n’a pas l’intention de laisser tomber et se prépare à envahir la France.

Dans cette enième version des « Trois Mousquetaires, qui étaient quatre », Athos, Porthos et Aramis sont interprétés respectivement par Matthew Macfadyn, Ray Stevendon et Luke Evans. Le fougueux d’Artagnan est joué par Logan Lerman (qui deviendra Percy Jackson). 

Christoph Waltz est un acteur qui semble apprécier les rôles antipathiques – son Richelieu n’échappe pas à la règle – il espère se débarrasser du jeune roi Louis XIII, qui il faut bien le dire est présenté ici comme un sot, uniquement intéressé par son habillement pour être aussi à la mode que Buckingham.
Freddie Fox fait un excellent travail dans le rôle, il exagère le côté superficiel du roi, il en fait plutôt une parodie comique, alors que Louis XIII d’après les textes historiques était tout sauf un petit rigolo. La reine Anne d’Autriche, détestée de Richelieu car elle voit clair dans son jeu, est jouée par la mignonne Juno Temple.

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Milla Jovovich est une belle Milady de Winter, totalement en accord avec le rôle que lui a attribué Alexandre Dumas père, une intrigante qui joue sur tous les tableaux, à son profit.
Quant à Buckingham, contrairement aux autres films où on le montre séducteur mais honorable, ici il est totalement faux jeton ; Orlando Bloom l’interprète fort bien.

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Rochefort, assassin, homme de main de Richelieu, est joué de manière très crédible par Mads Mikkelsen ; la jolie Constance Bonacieux, ici non mariée et suivante de la reine, est interprétée par Gabriella Wilde, à qui apparemment on a demandé de se contenter d’être jolie.
James Corden est Planchet.

Cette version-ci comporte des éléments d’uchronie et de steampunk (ou plutôt de « clock-punk », parce que cela se passe durant la renaissance, le « steampunk » étant réservé au 19ème siècle).

Les critiques ne furent paraît-il pas tendre avec ce film, pour manque d’originalité – là j’avoue avoir été plus qu’étonnée puisque justement les éléments de « clock-punk » ajoute à l’évidence une touche d’originalité, qui n’avait pas encore été abordée dans d’autres versions.
Sinon quelle originalité voudrait-on de plus à une histoire tellement connue ? à moins de préférer la version de Peter Hyams – certes plus originale mais un total navet. La série télévisée récente est originale aussi, mais on n’y reconnaît pratiquement pas l’histoire de Dumas père.

Je suis bon public pour les films d’action, et plus particulièrement de cape et d’épée, je ne vais donc pas bouder le plaisir que j’ai eu à regarder cette histoire que je connais par cœur et qui m’amuse encore et toujours.
Ce sont les vacances, c’est fait pour s’amuser.

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47 RONIN, de Carl Rinsch

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Titre français = identique

Scénario original de Chris Morgan & Hossein Amini, d’après l’histoire des « Shi-ju-shichi-shi » (47 ronin). 

Dans le Japon médieval, le jeune Kai – sang-même anglais/japonais – est banni par la société ; il vit dans le domaine de lord Asano Naganori, le domaine d’Ako. Trouvé par le seigneur, Kai a été reçu chez lui mais est moqué et méprisé par les samourai pour son métissage. Encore plus lorsqu’il est évident qu’il est amoureux de la fille du seigneur.

Alors que le Shogun est sur le point de rendre visite à Naganori, son  maître de cérémonie le seigneur Kira rend visite au domaine d’Ako. Ce seigneur sans scrupules convoite le domaine, il a sous ses ordres une sorcière Kitsune, capable de prendre diverses formes – elle envoie un kirin (monstre) afin de tuer le seigneur Adano  mais Kai sauve la vie de son seigneur – il a noté une renarde qui les suit, dont les yeux ont une couleur particulière ; parmi les concubines, Kai voit une jeune femme possédant ces mêmes yeux et tente d’en avertir le conseiller d’Asano qu’une sorcière se trouve au palais – sans succès évidemment !

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La sorcière jette un sort sous forme de rêve à Asano dans lequel le seigneur Kira viole Mika  la fille d’Asano – dans le délire du rêve, confondant avec la réalité, le seigneur attaque Kira. Ceci est une offense grave, pour laquelle le seigneur Asano doit se suicider selon le code de l’honneur. Le shogun donne alors le domaine d’Ako et la jeune Mika au seigneur Kira. Le jeune fille a cependant un an pour porter le deuil de son père. Oishi, le conseiller d’Asano, est fait prisonnier. Les samourai de lord Asano sont déclarés « ronin » et le shogun exige qu’ils ne vengent jamais la mort de leur chef.

Un an plus tard, Oishi est libéré de sa prison mais a compris ce que Kai lui a révélé = une sorcière  aide le seigneur Kira ; avec l’aide de son fils, il souhaite réunir les 47 ronin.
Par ailleurs, il libère Kai qui est en esclavage. Ce dernier emmène les ronin dans un domaine où il passa son enfance et où se trouvent des sabres dont ils auront besoin ;  ils les reçoivent, après  épreuve.

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La procession du mariage du seigneur Kira avec la jolie Mika, dont le deuil est terminé, est un piège dans  lequel plusieurs ronin sont tués – la sorcière ayant libéré un monstre pour aider son maître. 
Kai et les ronin survivants doivent se rendre au shogun – qui leur reproche évidemment de ne pas avoir suivi son ordre de ne pas venger leur seigneur, ils méritent la mort pour cet acte de vengeance.
Cependant, ayant respecté les règles du bushido (la voie du samourai), ils ne seront pas tués comme des traîtres et des criminels, mais peuvent effectuer le seppuku. Ils rejoignent leur maître Asano dans sa sépulture.

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Keanu Reeves dans le rôle de Kai, donne de sa personne à tous points de vue – l’acteur dit aimer les films d’action, on peut dire qu’ici il est servi. 
Mais il ne met pas uniquement ses muscles au service de l’histoire, il est aussi touchant dans son amour impossible ou face à ceux qui le méprisent. A leurs insultes, il oppose humilité et un certain mépris - le visage de l'acteur fait fort bien passer ces sentiments.
Hiroyuki Sanada lui donne la réplique en tant que Oishi, conseiller du seigneur Asano, devenu le chef des Ronin,  qui ne cache pas son mépris pour le jeune homme, dont il a pourtant grand besoin.
Tadanobu Asano est un bien désagréable et sournois lord Kira, aidé par Rinko Kikushi, une sorcière aussi belle que mauvaise. Le Shogun est interprété par Cary-Hiroyuki Tagawa. Le seigneur Asano est joué par Min Tanaka. 

La distribution est nombreuse, je ne puis ici tout citer, mais tous les personnages sont intéressant.

Les costumes sont superbes, les décors sont formidables, ainsi que les effets spéciaux.

Je ne connais pas l’histoire du Japon des siècles derniers, ce que je déplore, c’est pourquoi j’ai été particulièrement intéressée par « l’histoire derrière l’histoire » (comme disent les anglo-saxons).
J’ai ainsi appris qu’un « ronin » est un samourai qui n’a plus de chef, que le rituel de « seppuku » est celui d’un suicide honorable (mieux connu en occident comme « hara-kiri »).
Et qu'un "kirin" est un démon qui peut prendre diverses formes.
J’ai trouvé cette scène du seppuku de tous les ronin redevenus samourai  particulièrement impressionnante et émouvante.

Je sais qu’en ce domaine la compilation des contes et légendes du Japon antique écrite par  d’A.J. Mitford « Tales of Old Japan » (paru au 19ème siècle) fait livre de référence, il a été réédité sous ce titre mais avec le nom de Lord Redesdale (A.J. Mitford étant un pseudonyme).

L’histoire vraie des  47 Ronin est entrée dans la légende du Japon et cela ne pouvait évidemment qu’attirer les scénaristes, romanciers, dramaturges.  En dehors du livre susmentionné, il y a des adaptations théâtrales, notamment Kabuki.
Egalement en opéra et au cinéma (tant asiatique qu’occidental).
Dans les arts graphiques, ils ont inspiré Utamaro et Hokusai, entre autres.
Maurice Béjart, chorégraphe particulièrement inspiré par le Japon, a composé son ballet « Kabuki » inspiré par ce thème.
Leur histoire est également connue comme « La vengeance d’Ako ».

Une tradition japonaise veut que l'on se rende tous les 14 décembre au sanctuaire des ronin, afin de les honorer dans la mort.

le sanctuaire des 47 ronin à Sengaku-ji

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14 juillet 2016

GENTLY DOWN THE STREAM, d'Alan Hunter

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3ème enquête de l’inspecteur en chef Gently 

Lorsque les beaux jours reviennent dans la région côtière de l’ East Anglia, la navigation dans la baie de Norchester et alentours bat son plein. Il n’est pas rare que les navigateurs du dimanche aient quelque retard dans la restitution de leur voilier, mais au bout d’un certain temps, le loueur tient tout de même à retrouver son bateau.
Quelle n’est pas la surprise d’un de ces propriétaires de retrouver son yacht détruit par le feu, avec le corps de la personne l’ayant loué totalement calciné.
L’inspecteur en chef Gently est appelé sur les lieux et après quelques heures, est convaincu qu’il faut chercher le coupable parmi les membres de la famille Lammas – en effet, le corps retrouvé est celui de Mr Lammas, propriétaire d’une petite société fournissant des matériaux de marine.
Non seulement l’homme était absent depuis une semaine, mais bien vite il apparaît qu’il avait vendu la plupart de son entreprise et emportait une grosse somme d’argent à bord du bateau, en compagnie de sa secrétaire avec laquelle il entretenait une liaison.
L’épouse de Lammas, une femme froide et dure, ignorait ce fait – mais l’ignorait-elle réellement ? en tout cas, elle cache quelque chose, ce qu’elle ne nie même pas aux enquêteurs, semblant les braver avec une certaine ironie.
Son fils, qui se dit poète, un caractère faible, devient pratiquement hystérique lors de l’entretien avec la police, quant à la fille des Lammas, elle se situe totalement du côté du père, alors que le reste de la famille le déteste.
Vous parlez d’une famille dysfonctionnelle.

Ont disparu = le chauffeur, appelé par son patron dans le patelin d’Ollby, et la secrétaire particulière, ainsi  que l’énorme somme d’argent que la victime détenait. Il est évident qu’il s’agit d’un meurtre puisqu’avant d’avoir été calciné, Lammas père avait reçu une balle dans le corps. 
Etaient-ils de mèche pour délester leur patron de l'argent et puis de le liquider ?

Pour la première fois dans sa carrière, l’inspecteur Gently ne parvient pas à réunir les indices nécessaires à la résolution de  cette enquête. De plus, le superintendant de Norchester lui  cherche des noises – pour ce dernier, il ne fait aucun doute que le coupable soit le chauffeur – Gently devrait absolument orienter ses recherches en ce sens, or l’inspecteur du Yard reste convaincu que c’est au sein de la famille Lammas que se trouve le coupable.

J’avais deviné la vérité pratiquement dès le début, c’était d’une telle évidence comme « truc » - déjà souvent utilisé depuis dans les polars, mais je n’avais pas deviné où se cachait le coupable – c’est un bon coup de théâtre – cependant j’ai trouvé l’intrigue réellement tirée par les cheveux, et bien que le roman m’ait plu, l’intrigue ne m’a pas vraiment convaincue.

Ce qui ne signifie pas que ce ne soit pas un bon polar psychologique, c’est simplement que je n’ai pas vraiment accroché.

Quant au fait que le « truc » ait été souvent employé depuis, ce n’est certes pas de la faute à l’auteur Alan Hunter, ses romans ayant été écrits dans les années 1950 – ce n’est forcément pas lui « qui a copié » !

Il faut dire que l’inspecteur Gently tourne fort en rond – ce qui est frustrant pour lui, mais qui fut aussi frustrant pour moi. 
C’est évident qu’avec les techniques actuelles d’ADN et ce que la science actuelle permet de découvrir en médecine légale, la lumière se serait certainement faite plus rapidement dans l’esprit de l’inspecteur, surtout après le second crime.

Ce qui m’agace toujours – et ici on ne faillit pas à la règle – est qu’Alan Hunter, dans le but de défendre la langue vernaculaire du nord de l’Angleterre, fait parler les habitants du patelin avec l’accent – même en connaissant bien l’anglais, c’est éreintant.

Pas le meilleur roman de la série, mais cela ne signifie pas que je compte l’abandonner.

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