mon bonheur est dans la ville

19 avril 2019

A DUTY TO THE DEAD, de Charles Todd

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1ère enquête de Bess Crawford 

Novembre 1916 - Bess Crawford, infirmière durant la première guerre mondiale, travaille à bord du Britannic – lorsque celui-ci cogne une mine allemande en Méditerranée, il faut évacuer de toute urgence le personnel, heureusement il ne reste plus de grands blessés à bord du bateau.
Pendant le choc, Ms. Crawford a eu le bras cassé et compte tenu des difficultés dues à la situation, la fracture n’a pu être remise en place correctement.
Heureusement, la chaloupe dans laquelle elle se trouvait arrive au Pirée et là la jeune infirmière peut être soignée. Elle est renvoyée temporairement en convalescence dans ses foyers. 

Au cours de l’un des voyages du Britannic (le bateau-hôpital effectuait la navette entre le continent et l'Angleterre, en général), Bess Crawford s’était prise d’amitié avec un jeune lieutenant, Arthur Graham ; sa blessure s’étant infectée, le jeune lieutenant meurt, mais avant il confie un message à l’infirmière – il la supplie d’apporter un message à sa famille, message poignant dans lequel il supplie son frère Jonathan de « rectifier une grave faute commise pour que leur mère cesse de pleurer ».

Lorsqu’elle est rétablie, Ms. Crawford explique à ses parents qu’elle doit se rendre dans le Kent, elle n’a pas le choix, elle a fait une promesse à un mort et elle a donc une dette d’honneur, ce que son ancien colonel de père comprend parfaitement.

Arrivant dans la famille d’Arthur, Bess fait la connaissance de Mrs. Graham, qui semble se méfier d’elle, elle rencontre donc Jonathan, le frère à qui le message est destiné ; il y a encore un frère plus jeune, Timothy, ainsi qu’un régisseur, cousin de Mrs. Graham. Arthur, lorsqu’il lui parlait de sa famille, citait trois frères, or il n’y en a que deux au manoir. Toute la famille est choquée lorsqu’elle demande où est l’autre frère … Arthur lui a donc caché la vérité ?
non le frère aîné n’est pas mort, il est enfermé dans un asile. Il est le demi-frère des autres fils Graham, beau-fils de la mère qui le semble le détester.

Comme personne ne veut rien lui expliquer et qu’on lui fait comprendre qu’elle se mêle de ce qui ne la regarde pas, Bess Crawford, jeune femme très résolue et tenace, décide d’interroger le médecin du village, ainsi que le recteur et le policier qui s’étaient occupés de l’affaire « Peregrine Graham ».
Elle est loin de se douter qu’elle va mettre les pieds dans une conspiration familiale, qui risque de s’avérer mortelle pour elle.

Mon avis = très positif – comme j’avais eu l’occasion de le découvrir dans la « novella », l’infirmière Bess Crawford est une jeune femme comme je les aime, intrépide, n’hésitant pas à se mêler d’une situation pour rétablir la vérité. 

Elle va même aider le nouveau  médecin du village à s’occuper d’un jeune homme, revenu des tranchées,  atteint du syndrome de stress post-traumatique – en 1916, dans un village, ce genre de problème est regardé d’un mauvais œil, on prend l’homme en question pour un lâche qui ne veut pas lutter pour s’en sortir et qui effraie son épouse.

L’ambiance villageoise, la mesquinerie des personnes de la campagne est fort bien rendue, la méfiance aussi à l’égard de cette « étrangère » qui se mêle de tout.
(A la campagne, si vous n’êtes pas né dans le village vous êtes un étranger, ce que vous resterez jusqu’à la fin de votre vie, même si vous y résidez 90 ans).

Cette première aventure-enquête (après la novella  dont l’histoire se situe pendant la convalescence de Bess Crawford) est totalement plausible et l’on tremble lorsque la vie de Bess et d’autres personnes est mise en danger. 
Tous les personnages et leur psychologie sont intéressants, bref vous l’aurez compris, je vais poursuivre les aventures de cette héroïne d’un nouveau style, mais qui me fait fort penser, comme je l'avais déjà dit dans le billet précédent,  à Maisie Dobbs de Jacqueline Winspear.


MAIGRET ET LE CORPS SANS TETE, de Georges Simenon

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Il fait printanier à Paris en ce mois de mars – les vêtements se font plus légers, les chapeaux des dames sont moins sombres. Au canal Saint-Martin, après leur petit noir matinal, les frères Naud en débloquant l’hélice de leur péniche remontent un bras humain emballé dans du papier journal.  

La police arrive sur les lieux, avec un plongeur ayant l’habitude de dégoter ce type de problème. On remonte donc peu à peu quelques autres morceaux de ce qui s’avère rapidement être un homme – seule manque la tête, et selon le plongeur, quand on ne trouve pas la tête tout de suite, il y a peu de chance qu’on la trouve. Une tête c’est plus lourd que d’autres parties corporelles, cela s’enfonce dans la vase ou « voyage » lentement mais sûrement vers d’autres lieux.

Le commissaire Maigret est chargé de l’affaire et a immédiatement le juge Comeliau sur la bosse – Comeliau c’est le gars qui n’a aucune fantaisie et la manière d’enquête de Maigret lui porte sur les nerfs, lui Comeliau il aime l’ordre et suivre les procédures, or le commissaire a une manière bien à lui d’enquêter, sautant d’un lieu à l’autre, interrogeant des suspects ou non, il suit généralement son intuition, or Comeliau a horreur des intuitions.
Pour Maigret, ces relations seront la partie la plus difficile de l’enquête.

Car l’enquête en question sera assez rapidement clôturée. En se rendant dans un petit bistrot assez sombre pour téléphoner à l’aise, le commissaire est frappé par l’air indifférent de la patronne. On lui sert un petit blanc de qualité, et il apprend ainsi que c’est le mari qui va en personne s’approvisionner dans la région de Poitiers. Là ça fait quatre jours qu’il est parti, et cela ne semble absolument pas préoccuper Mme Calas, elle ne connaît pas l’endroit exact où son mari s’est rendu et il ne lui a rien dit en ce sens de toute façon.

Sa personnalité commence à intriguer le commissaire, il réalise qu’elle est alcoolique, mais pas une ivrogne, elle a besoin d’un petit coup de cognac de temps en temps, mais cela ne se remarque que si on a l’œil aguerri comme le commissaire. L’un de ses adjoints a remarqué un jeune homme en triporteur qui traînait le long du canal.

Pour les policiers, un suspect potentiel. Un autre homme devient aussi suspect à leurs yeux. Finalement on découvre, via empreintes, que le mort se nomme probablement Omer Calas. Mais toujours pas de tête.
Avec Comeliau sur la bosse, qui insiste pour avoir des résultats, le commissaire Maigret pense que cette enquête sera rapidement résolue.
C’est un notaire qui leur donnera la clé de l’énigme.

Mon avis = amusée – c’est une enquête de Maigret rondement menée malgré les difficultés dues au manque de renseignements – la résolution de l’affaire est surtout basée sur l’intuition du commissaire ; le roman a été écrit en 1955, c’est pour cela que j’ai souri aux difficultés des enquêteurs, du médecin légiste (qui a un humour très personnel comme tous les légistes) et je pensais aux techniques actuelles, comme la localisation des traces de sang avec une lampe bleue, bref tous les petits détails que l’on découvre dans les séries policières actuelles.
Ici on relève surtout les empreintes, on prend des photos, on fouille, on se met à quatre pattes pour détecter les traces éventuelles. Et comme il n’y a pas de tête, impossible de chercher les relevés dentaires (malgré cela, j'avais tout compris dès le départ =^-^=)

Le livre est aussi court que l’enquête et on n’y trouve pas l’ambiance sombre, parfois glauque , des romans du commissaire Maigret.  Evidemment, le portrait de la femme n’est guère attrayant, elle n’est pas loquace, indifférente plutôt aux questions auxquelles elle répond laconiquement, sans plus.  De plus elle est habillée avec la même indifférence qu’elle ne parle.

Dans l’ensemble, on a l’impression que le printemps qui est dans l’air déteint sur l’enquête. 
J’ai bien aimé aussi la description des quais autour du canal Saint-Martin, toujours cette manière de mettre le lecteur dans l’ambiance, propre à Simenon.

Ce qui m’a le plus amusée est l’agacement de Maigret face à Comeliau = on dirait deux chiens face à face, un gros placide face à un petit roquet qui n’arrête pas d’aboyer.

J’ai eu envie de me replonger dans les enquêtes du commissaire Maigret après avoir lu l’intéressant billet de Maryline-Lire&Merveilles.

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17 avril 2019

COLETTE ET LES SIENNES, de Dominique Bona

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Quelques pas dans les pas de Colette, Annie de Pène,  Marguerite Moreno et Musidora – leur petite Musi, la plus jeune du quatuor mais pas la moins aventureuse.

En août 1914, les hommes partent au front – Colette qui n’a jamais supporté la solitude bat le rassemblement de ses amies – elles vont vivre en communauté (le phalanstère) pendant presque deux ans, jusqu’à ce que le chalet suisse de la rue Cortambert s’écroule en partie  sous un orage en 1918.
Colette vient d’épouser Henri de Jouvenel, la voilà donc baronne et ô surprise = maman. A 40 ans, et toujours aussi avide de liberté, elle a confié le bébé à sa belle-mère. Plus tard, elle la confiera à ses nurses, puis en pension - c'est un pan de sa vie que j'aime moins, elle était plus maternelle avec ses amies qu'avec sa Bel-Gazou.

Elles ont dû alors se trouver d’autres lieux à vivre mais toujours se retrouver étaient une priorité.

Je connaissais Colette et Marguerite Moreno, j’avais entendu parler de Musidora, celle pour qui on inventa l’expression « vamp », je n’avais jamais entendu parler d’Annie de Pène, et ça c’est une fameuse lacune car cette intrépide romancière fut l’une des journalistes les plus intéressantes de son époque, n’hésitant pas à aller là où l’on se battait, pour parler des horreurs de la guerre (1914-1918).

Colette parlait de la situation des femmes pendant la guerre, Annie parlait des souffrances au front – elles s’aimaient comme des sœurs, jamais en concurrence. Les tâches ménagères sont parfaitement réparties = Colette dépoussière, Marguerite lave et essore,  Annie fait le marché et Musi cuisine.

Elles se ressemblent physiquement (enfin presque) = cheveux bruns coupés courts, yeux noyés dans le khôl.  Elles ont balancé les corsets aux orties et préfèrent le pantalon nettement plus pratique. Dans ce « harem » (mot de Colette qui attend à chaque fois les permissions de son « Sidi »), elles écrivent, tricotent, font la popote tant bien que mal avec ce que les privations de la guerre permettent.

Elles ont partagé d’autres maisons aussi, à Rozven en Bretagne, où il faisait bon se baigner nue, en Normandie où Annie de Pène avait une maison.

Annie de Pène sera emportée brutalement par la grippe espagnole ; Marguerite Moreno, partie dans le sud où elle a de la famille,  elle qui aime tellement le théâtre, a l’impression que celui-ci l’oublie.
Il est vrai que le cinéma à son début n’a pas de grands rôles pour cette magnifique artiste de théâtre qui aime tant déclamer de la poésie. Marguerite Moreno qui fit partie de la comédie française, qui travailla avec Sarah Bernhardt, a eu un immense passage à vide, jusqu’à ce que le parlant la découvrit, alors qu’elle n’était plus jeune, et lui offrit une deuxième jeunesse justement.

Ce cinéma – que Colette détestait – fera la gloire et la fortune, puis sa ruine,  de Musidora devenue l’égérie de Louis Feuillade – elle par contre elle contractera ce virus du cinéma, fit tout pendant tout un temps = scénario, mise en scène, actrice de ses propres réalisations. Cette « petite Musi » comme disait Colette, devint la muse des surréalistes aussi. Elle fit un passage par l’Espagne, où elle succomba aux yeux de velours d’un torero.

Au fil du livre, on les voit vieillir aussi – Colette devient tellement forte (elle aime tellement manger) – les visages changent, Marguerite Moreno, si belle dans sa jeunesse, accuse une franche laideur en vieillissant, pourtant c’est alors que la gloire cinématographique frappera à sa porte.

Mon avis = Comme les Trois Mousquetaires, elles étaient quatre.

Dominique Bona a écrit ce que j’appelle « un joli livre », mais attention = pas un livre gnan-gnan,  au contraire – un hommage formidable à ces femmes formidables qui ont bravé les tabous de leur époque, qui ont souvent tout quitté pour s’assumer, pour être libre, même si cela impliquait parfois de laisser ses enfants derrière soi. Elles se sont montrées sur scène, dans leur jeunesse, nues.

J’ai comme l’impression qu’elle eût aimé faire partie de cette communauté intellectuelle et artistique.
Son livre respire la tendresse, la bonne humeur d’être ensemble malgré les événements qui secouent la France.

A travers leurs 4 destins combinés, on assiste aux événements de leur époque, des hommes (jeunes souvent) qui ont traversé leurs existences, qu’elles ont aimé, on retrouve des figures féminines, femmes qui aimaient les femmes, sans que cela ne soit jamais laid, ni vulgaire.

Ce que je me reproche toujours lorsque je suis face à un beau livre avec de belles personnes, c’est la difficulté que j’ai d’en bien parler, de lui rendre l’hommage, la révérence qu’il mérite.

De Dominique Bona j’avais apprécié la biographie de Berthe Morisot ; ce que j’ai éprouvé à la lecture de ce livre-ci va bien au-delà de cet intérêt, c’est un livre de tendresse, pour lequel j’ai éprouvé un énorme amour.

d'autres articles sur ce roman = textes&prétextes, babelio

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16 avril 2019

REBELLES, d'Allan Mauduit

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Scénario d’Allan Mauduit & Jérémie Guez

Une ex miss-Pas de Calais revient vivre chez sa mère à  Boulogne sur Mer, après quelques années passées dans le sud de la France. Pas de diplôme ni formation professionnelle, elle n’a d’autre choix que d’accepter de travailler à la chaîne de l’usine locale.
A peine arrivée, elle est harcelée sexuellement par le patron libidineux. En se défendant elle lui enlève une partie de son service trois-pièces. Hurlements, le mec se met à courir pour trouver du secours et tombe dans les escaliers – on n’a pas idée non plus de courir avec son pantalon sur les chevilles !

Sandra va être aidée par deux collègues, qui pourtant ne l’apprécient guère, Marilyne et Nadine. Cette dernière a aussi des problèmes chez elle, notamment à cause de loyers en retard avec un mari et des fils qui ne fichent rien. Au moment où elles se résolvent à appeler au secours, elles découvrent le sac que trimbalait le mort (avant de mourir). Il est plein de billets de banque (le sac pas le mort).
Les filles décident de garder le sac mais Sandra sagement propose de ne pas toucher à l’argent avant que la situation ne se calme.

Ça ne risque pas de se calmer = en très peu de temps elles vont avoir sur la bosse le flic chargé de l’affaire, le truand local qui attendait l’argent et les gangsters belges qui veulent leur pognon. Et ça va pétarader dans tous les coins,, surtout Nadine qui s’est prise d’affection pour le fusil à canon scié de son mari. 

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Rebelles

Mon avis = comédie ? drame social ? thriller ? oui tout ça en même temps avec tellement de coups de théâtre que l’on a à peine le temps de se remettre de la scène précédente, ou de laisser se reposer les mandibules. Il paraît que c’est bourré de clichés ? c’est bien possible mais des clichés bien connus et bien rigolos.

Les trois actrices principales que le sort réunit pour devenir copines bien que ce ne soit guère évident au début, sont épatantes.
Surtout Yolande Moreau, avec ses faux airs de brave gourde, elle sauve le film qui aurait pu s’enliser dans les clichés effectivement. Cécile de France est l’ex-miss, comme toujours aussi talentueuse et Audrey Lamy, que je n’avais jamais vue à l’écran, est une Marilyne déjantée qui va se mettre à tirer sur tout ce qui bouge.

Le commissaire charmé par Sandra ci-devant miss Pas-de-Calais, interprété par Samuel Jouy joue honnêtement son rôle mais les filles volent la vedette à tout le monde.

Bref, faut aimer les rebondissements et l’humour noir. Moi j’adore l’humour noir, donc j’ai passé un bon moment.

15 avril 2019

JOHN CARPENTER, LE MUSICIEN DERRIERE LE REALISATEUR

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Comme vous avez pu le lire dans mon billet sur « Escape from New York », j’avais fort apprécié la musique du film, celle que l’on entend lors de la distribution du début et également à la fin du film. John Carpenter, qui a à son actif pas mal de films d’horreur, au point que cela lui a valu le titre de « maître du film d’horreur » (Halloween, The thing, etc = c’est lui).
Les critiques sont unanimes = l’un des succès de ses films est la bande son ; des bandes-son hypnotiques, ces bandes-son électroniques, parfois inquiétantes, , composées par le réalisateur en personne. Ce sont des sons saccadés, répétitifs, mais qui font leur effet.

John Carpenter avoue ne pas savoir écrire de la musique, mais se débrouille fort bien au synthé. Il a eu envie d’appliquer ce type de musique à ses films, car il avait constaté que cela n’avait jamais été fait précédemment. Comme il le dit "la musique occupe une place importante dans ma vie".

(résumé de l’article dans « Numéro »).

Voici la musique de « Escape from New York » qui m’a tellement plu.

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TEA WITH THE DAMES, de Roger Michell

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Autre titre = Nothing Like a Dame

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Elles sont quatre et se connaissent depuis toujours – elles se retrouvent souvent dans le « cottage » de Laurence Olivier et Joan Plowright, où venait régulièrement Maggie Smith avec ses enfants – ces petites créatures qui couraient partout. Elles sont des « Dame Commandeur dans l’ordre de l’empire britannique » pour services rendus dans les Arts.
L’une d’entre elles n’est pas seulement une « Dame », elle est aussi une lady = Lady Olivier, depuis son mariage avec le grand Laurence Olivier (celui qui nous faisait peur à toutes, selon Maggie Smith).

Elles sont octogénaires et s’entendent comme larrons en foire.  Elles se nomment Judi Dench, Maggie Smith, Eileen Atkins et Joan Plowright, lady Olivier. Elles parlent sans honte de leur appareil auditif, de leurs difficultés de vision – Joan Plowright est devenue aveugle, après la macula, Judi Dench souffre aussi de cet affaiblissement visuel, mais demande sans complexe à quelqu’un de lui faire la lecture.

Roger Michell, réalisateur d’Afrique du Sud, qui fut le metteur en scène entre autres de « Notting Hill » a eu envie de les réunir pour ce documentaire « improvisé » - c’est-à-dire qu’il les a réunies pour le thé, ce qu’elles font régulièrement entre elles, sans témoins. Elles donnaient d’ailleurs un peu l’impression que cette réunion non fortuite était un peu gênante, mais en comédiennes aguerries, elles ont fait contre mauvaise fortune bon cœur (même si le photographe de l’événement a porté sur les nerfs de Maggie Smith à un moment donné).

Elles ont parlé « presque » à bâtons rompus de leurs débuts au théâtre, des metteurs en scène de théâtre et de cinéma, des prix qu’elles ont obtenu – des rôles qu’elles ont préféré refuser de peur d’être ridicule, de la beauté et poésie des textes de Shakespeare, qu’elles ont toutes interprétés. Elles ont cité les manifestations des années 1960-1970 aux côtés de Vanessa Redgrave, elles étaient en compagnie de leurs époux respectifs, lorsque la police s’en est mêlée certain.e.s se sont retrouvés au poste, sauf Eileen Atkins qui un moment donné en a eu « marre de tout ce tapage » et est retournée dormir chez elle. 
Elles se sont aussi gentiment moquées des douaniers américains, trop fiers de citer tous leurs titres lorsqu’elles se présentaient à l’aéroport.
De temps en temps, Roger Michell posait une question pour relancer la conversation.

Le documentaire comporte beaucoup d’images d’archives, de leurs débuts (en noir et blanc), de leurs prix, de la remise de leur ordre de l’empire britannique. Elles ont des fous-rires de gamines en songeant à leurs débuts, leurs mariages (comme dit Maggie Smith « faut que je me souvienne de quel mari je vais parler »).

Bref c’est à voir pour tout l’humour dont ces Dames font preuve et pour ceux et celles que l’histoire du cinéma et du théâtre britannique intéressent. On ne voit pas un seul instant le temps passer.

THE LOUVRE MURDER CLUB, de Christos Markogiannakis

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Titre français = Scènes de crime au Louvre (l’auteur écrit en anglais et traduit ses livres lui-même pour s’assurer de la précision de la traduction)

Entrez dans le monde de la « criminartistique »

Le Louvre n’est généralement pas synonyme de crimes, mais d’art – l’auteur qui est avocat et criminologue a combiné dans ses écrits ses deux passions = la criminologie et l’art, d’où la « criminartistique ».

Dans cet ouvrage-ci, consacré à certaines œuvres du Louvre, il nous propose 28 analyses d’œuvres d’art, toutes représentant soit un parricide, un matricide, un fratricide, un infanticide, mais aussi des crimes historiques.

C’est passionnant de bout en bout – chaque chapitre est court, avec un petit rappel de l’Histoire avec un grand H, puis la légende mythologique ou le fait politique et historique que le peintre a utilisé comme symbole pour une situation de sa propre époque.
Afin de ne pas avoir de problèmes avec les autorités de son époque, utiliser un fait de l’antiquité ou de la mythologie permettait de mettre des situations en scène qui auraient valu la prison à l’artiste s’il avait appelé un chat un chat.

En épilogue, l’auteur propose aux lecteurs/lectrices de se forger leur opinion, ils/elles deviennent les juré.e.s des œuvres proposées.
Il rappelle le fait historique pour que le lecteur/la lectrice se fasse une idée de la situation réelle qui inspira les artistes, en n’oubliant pas que tout artiste utilise une licence artistique, adaptant l’histoire à sa manière.

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Christos Markogiannakis n’a pas uniquement parlé de tableaux mais également d’autres œuvres d’art comme les vases grecs ou la statuaire de marbre dans ces « Scènes de crime au Louvre ».

Né à Heraklion en Grèce, il a étudié le droit en Grèce et à Paris, il vit actuellement à Paris. Il a écrit un autre livre sur le crime dans l’art = The Orsay Murder Club (Scènes de crime à Orsay), qui est surtout consacré aux tableaux.

Le livre en question n’est pas seulement un écrit intéressant, il est aussi un bel objet d’art, imprimé sur papier glacé,  chaque œuvre en discussion est reproduite au début du chapitre et l’auteur enjoint le lecteur/la lectrice à y regarder de plus près pendant la lecture.

J’ai découvert l’auteur au Boulevard/Festival du polar qui s’est tenu à Bruxelles le week-end du 12-13-14 avril 2019.

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12 avril 2019

LES DIX TITRES PREFERES DE LA DUCHESSE DU CRIME

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Document original ici

En 1972, le traducteur japonais des livres d’Agatha Christie lui demanda quels étaient ses titres préférés.

Réponse de Dame Agatha  = mes préférences changent de temps à autre, parce que je relis parfois un de mes premiers romans, si l’on m’a posé une question particulière à son sujet. Afin de pouvoir répondre à cette question et donner mon avis, il faut que je me replonge dans le roman.
C’est ainsi qu’il arrive que mon avis se modifie.
Mais pour l’instant (nous sommes donc en 1972), mes préférences vont à =

AND THEN THERE WERE NONE (Dix petits nègres) – un défi technique que j’ai particulièrement apprécié et que je pense avoir assez bien réussi (heureusement que Ms. Christie n’a pas lu le livre de Pierre Bayard) 

THE MURDER OF ROGER ACKROYD – un préféré entre tous (ici encore Pierre Bayard a un  avis différent sur la fin de l’histoire, ça n’est que son avis évidemment =^-^=)

A MURDER IS ANNOUNCED (Un meurtre sera commis le …)  – tous les personnages m’ont paru intéressants à décrire, je les connaissais à la perfection lorsque je terminai le roman 

MURDER ON THE ORIENT EXPRESS (le crime de l’orient-express) – une idée novatrice  comme lieu de l’ intrigue et l’intrigue proprement dite

THE THIRTEEN PROBLEMS (Miss Marple au club du mardi et le Club du mardi continue) – une bonne série d’histoires 

TOWARDS ZERO (L’Heure zéro) – cela m’a paru intéressant de réunir toute une série de personnages très différents, arrivant sur les lieux où un crime sera commis, contrairement à commencer l’intrigue par le crime en question et ensuite, poursuivre à partir de là

ENDLESS NIGHT (La nuit qui ne finit pas) – mon préféré jusqu’à présent 

CROOKED HOUSE (La maison biscornue) – j’avais envie d’explorer une famille dysfonctionnelle

ORDEAL BY INNOCENCE (Témoin indésirable) – une intrigue dont j’avais l’idée depuis quelque temps, avant de la reprendre et la retravailler 

THE MOVING FINGER (La plume empoisonnée) – je l’ai relu récemment et j’ai beaucoup apprécié

Fin de l'article concernant Agatha Christie et ses préférences

A présent, voici ma liste de lectures préférées = AND THEN THERE WERE NONE, MURDER ON THE ORIENT EXPRESS, DEATH ON THE NILE, SPARKLING CYANIDE, ORDEAL BY INNOCENCE, THE CROOKED HOUSE – il n’y en a pas dix, mais en réalité, c'est parce que  j’aime tous les romans de la reine du crime, c’est par paresse que je ne les ai pas notés =^-^= (il y a tout de même 80 romans)

Et vous, quelle est votre liste préférée ? (liste ou rien qu'un seul roman)

Sur la plateforme Babelio vous trouverez également une liste des DIX meilleurs romans policiers de la Duchesse du Crime – les Indispensables, selon eux.

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ESCAPE FROM NEW YORK, de John Carpenter

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Titre français = New York 1997

Réalisé en 1981 sur un scénario de John Carpenter & Nick Castle
Musique de John Carpenter

Cinématographie de Dean Cundey & Jan Lucas 

Prélude = en 1988 la criminalité a augmenté de 400%, du coup le gouvernement des Etats-Unis a décrété que Manhattan deviendrait une prison géante, où il est impossible de s’échapper – un mur immense entoure l’île de Manhattan, les ponts et les éventuelles routes échappatoires sont remplis de mines, tout cela pendant que des hélicoptères circulent par-dessus, notamment au dessus du fleuve.
En 1997, les nations unies sont en guerre avec l’union soviétique, le risque d’un holocauste nucléaire est  bien réel, aussi un sommet pour la paix est organisé entre les USA, la Chine et la Russie.
Pendant que le président américain se rend à ce sommer, son avion personnel est détourné par une terroriste qui a l’intention de faire s’écraser l’avion – du coup, le président reçoit un bracelet pour le suivre ainsi qu’un attaché-case contenant des informations vitales. Puis cette capsule d’une personne est lancée pendant que l’avion s’écrase. Aucun survivant.
Lorsqu’on essaie de récupérer la nacelle avec le président, un envoyé du « Duke » leur confirme que le président est entre leurs mains et si on tente de le sauver, il sera exécuté sur le champ.

Le commissaire principal Hauk convoque un prisonnier, un certain Plissken (appelez-moi « Snake »), qui n’a pas hésité à s’attaquer à la banque nationale et est donc condamné à vie ; proposition = délivrer le président, vu ses antécédents dans les forces spéciales.
S’il arrive à sauver le président, il sera amnistié. Mais pour s’assurer que Plissken ne mettra pas les voiles dès qu’il sera « lâché » dans Manhattan, on lui injecte deux nano-cellules explosives – le gars a DEUX heures, pas une minute de plus, pour sauver le président et sa propre vie, car passé les 2 heures, les micro-explosifs feront leur travail dans ses artères. Par contre, s’il réussit, ils seront désamorcés. Bref tic tac tic tac.

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Grâce à un planeur, voilà notre anti-héros lâché dans un véritable enfer – il reçoit l’aide inattendue d’un sympathique chauffeur de taxi (Cabbie) resté dans Manhattan, même lorsque l’île a été convertie en prison de haute sécurité.  Cabbie conseille à Plissken (Snake) de s’adresser à un certain « Brain » (le Cerveau parce qu’il sait pas mal de choses et vit dans l’ancienne bibliothèque), il pourra lui indiquer où se trouve le « Duke ».

Plus facile à dire qu’à faire – non seulement le « Brain » en question est un faux-jeton qui a déjà trahi « Snake ». Il accepte toutefois, avec sa petite amie, de conduire Snake chez Duke – de temps en temps, l’anti-héros jette un coup d’œil au chronomètre, le temps s’écoule rapidement.
Miracle, non seulement il découvre le Duke mais aussi le président. Histoire finie ? au contraire, les ennuis ne font que commencer.

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Mon avis = très contente d’avoir enfin découvert ce film-culte. A l’époque de sa sortie, je n’ai pas eu envie de voir cette histoire de science-fiction post-apocalyptique, sachant qu’elle comportait pas mal de violence.

Mais là, je me suis laissée tenter car mon fils aîné avait aussi envie de voir ce film (il n’était pas né à l’époque) – de plus, l’heure de passage à la cinémathèque était tout à fait parfaite – généralement ce type de film passe à des heures où je dors.

Snake, le mercenaire,  (on finira par savoir, en cours de film, l’origine de ce surnom) est fort bien interprété par Kurt Russell, qui souhaitait s’échapper  du moule des comédies dites familiales dans lesquelles il était confiné. Dans le rôle de ce cynique, qui n’a aucune envie de parler mais d’agir. Bien qu’il n’ait pas été le premier choix des producteurs, John Carpenter a exigé que ce soit lui et pas un autre, et il a eu bien raison. Il est parfait en mercenaire, anti-héros sombre et homme de peu de mots.
L’acteur a suivi un régime rigoureux et pratiqué pas mal de sport pour le rôle, ce qui se remarque lorsqu’il combat sur ring.

Dans les rôles du faux jeton Brain Hellman, il y a Harry Dean Stanton, excellent comédien, surtout de seconds rôles dits de « genre » (character actor), aussi musicien. Sa petite amie est interprétée par Adrienne Barbeau, actrice canadienne, à qui on demande surtout d’être belle, ce qu’elle est.
L’histoire est une histoire de « mecs » (des vrais, des durs, des tatoués), le rôle attribué aux femmes est machiste.

J’ai été émue de retrouver Ernest Borgnine dans le rôle de « Cabbie », ce sympathique chauffeur de taxi, qui connaît les rues de Manhattan comme sa poche. Il est un moment de gentillesse dans un film qui n’en comporte pas beaucoup. Cet acteur a surtout joué des rôles de durs ou de sales types, pourtant il était un excellent comédien aussi de théâtre – il a aussi obtenu un oscar pour son interprétation dans le film « Marty », où il montrait un talent plein d’émotion et sensibilité.

Un autre bonhomme qui n’est pas très net est le commissaire en chef, joué par Lee Van Cleef, connu dans les rôles de cow-boys dans les spaghettis-western.  Ces derniers lui ont apporté une renommée qu’il n’avait pas pu atteindre avant et pourtant, l’acteur a une filmographie impressionnante.
Heureusement que le jeune scientifique qui injecte les micro-explosifs l’oblige à dévoiler la vérité à Plissken avant que celui-ci ne s’en aille.

Le président est joué par Donald Pleasance, que je n’aime pas beaucoup car il a interprété beaucoup de rôles antipathiques.
Et enfin, le fameux « Duke » (rien à voir avec John Wayne à qui on avait aussi donné ce surnom) est joué par Isaac Hayes – il fut le compositeur de « Shaft » car en plus d’être comédien et producteur, il était un excellent musicien. Ombre au tableau, à mes yeux, fut son adhérence à la scientologie.

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Le scénario d’« Escape from New York » existait depuis 1976, mais les USA se remettaient à peine du scandale du Watergate, - comme le dit Carpenter, personne n’accepta de le produire considérant qu’il était trop sombre, trop violent et trop bizarre. C’est certain ce n’est pas une romance, et bien que Carpenter soit d’accord avec ce que l’on en disait à propos de la violence, à l’époque New York City était réellement considérée comme une jungle urbaine et il avait envie de le symboliser dans son film.

De fait, les décors sont d’une laideur à faire peur, la crasse est partout, les êtres humains sont devenus de vraies bêtes et pas étonnant qu’on nomme « les rats » ceux qui vivent sous terre.

La cinématographie m’a vraiment plu, très années 1970-80 dans leurs couleurs saturées, très sombres.
Quant à la musique de John Carpenter, j'ai vraiment adoré. Ainsi que le "running gag" = "je croyais que t'étais mort !"

10 avril 2019

THE GOOD MAN JESUS AND THE SCOUNDREL CHRIST, de Philip Pullman

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16ème « novella » faisant partie de la série « The Canongate Myths »

Une jeune fille nommée Marie, belle et pure,  a été mariée à un vieux charpentier, Joseph – pendant l’absence de celui-ci, un ange (ou plutôt un des jeunes gens du village qui la convoitait) lui dit de ne pas s’en faire que l’enfant qu’elle portera sera le fils de dieu et la naïve enfant de le croire.
Neuf mois plus tard,  voilà le couple qui se rend à Bethléem et c’est là que la jeune femme accouche non pas d’un fils de dieu, mais de deux petits garçons, des jumeaux dont le plus chétif des deux devient son préféré. 
Aux mages qui rendent visite au couple, elle dit que celui qu’elle nourrit se nomme Jesus, mais les mages se tournant vers l’abreuvoir y voient un autre petit garçon qu’ils prennent pour le fils de dieu et le nomment Christ, à savoir l’oint du seigneur.

Les deux garçons grandissent, l’un (Jesus) un gamin toujours prêt à faire des bêtises, aimant rire et s’amuser, l’autre plus chétif, très sérieux, toujours prêt à prendre la défense de son frère quand ce dernier se retrouve dans de mauvais draps.

Puis un jour, ils grandissent et Christ explique à son frère que compte tenu du charisme de celui-ci, il devrait apporter la parole de dieu au peuple.
Finalement, Jesus décide de parler aux gens et devient très populaire, Christ reste dans l’ombre, mais note toutes les paroles, tous les « miracles » de son jumeau ; un inconnu s’approche de Christ en lui disant que ce qu’il écrit deviendra parole de dieu plus tard et ainsi les peuples pourront établir leur église.
Lorsque Jesus est crucifié, il est supposé ressusciter, l’inconnu explique alors à Christ qu’il doit accomplir la prophétie pour que le peuple puisse effectivement croire  à la résurrection de son frère, ainsi la parole de dieu sera accomplie et l’église pourra naître.

Mon avis = Histoire qui eut pu d’intituler = l’Evangile selon Pullman – il s’agit d’une réécriture considérée comme ironique de l’histoire du Christ – personnellement je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’ironie, mais Philip Pullman déteste les dogmes, et s’affirme comme athée (l’église catholique avait d’ailleurs mis au ban son œuvre « The Dark Materials », considérée comme impie).

Heureusement cette réécriture du mythe de Jesus-Christ est courte, je ne vais pas dire que j’ai ri aux éclats, mais j’ai tout de même gloussé à certains passages.
C’est le principe de la série « The Canongate Myths », éditions qui ont demandé à des écrivains modernes de choisir un mythe qui les intéresse et le réécrire à leur manière, en le modernisant éventuellement, mais pas nécessairement.
Jusqu’à présent, j’ai trouvé les courts romans (novellas) assez inégaux.

Il est évident que les passages où l’inconnu (pas satan, pas un ange non plus, on ne saura jamais qui il était) affirme sans arrêt à quel point l’écriture des évangiles par Christ est importante pour que la nouvelle religion puisse enfin voir le jour, expriment l’ironie qu’éprouve l’auteur face aux religions.

Ceci dit, le titre anglais est un peu exagéré car traiter Christ de scélérat (scoundrel) n’est pas entièrement exact = le jumeau de Jesus n’est pas maléfique, il est seulement nettement moins « illuminé », plus terre à terre que son frère.

J’ai en tout cas beaucoup apprécié le tour de passe-passe de la résurrection (je suis une mécréante, je sais =^-^=) là au moins j’ai ri.

En tout cas, cette « réécriture » des évangiles ne va pas rester dans les annales inoubliables des bonnes lectures.

(j’espère que je n’entame pas ce que j’appelle « la malédiction en série des lectures décevantes », car cela en fait deux coup sur coup qui ne me plaisent guère).

Charles Baudelaire a une intéressante citation sur le sujet = dieu est le seul être qui, pour régner, n'a même pas besoin d'exister.

07 avril 2019

A SLIGHT TRICK OF THE MIND, de Mitch Cullin

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Titre français = les Abeilles de Monsieur Holmes

Titre anglais des nouvelles éditions = Sr. Holmes (après le film)

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L’année est 1947 – un Sherlock Holmes vieillissant – 93 ans - a pris sa retraite dans le Sussex et s’occupe de ses abeilles. Lorsque le roman commence, il vient de revenir du Japon et a l’intention bien arrêtée de ne plus s’occuper que de ses abeilles.
Seulement, lorsqu’on s’appelle Sherlock Holmes, même sans les récits de son ami John Watson, prendre sa retraite est un vœu pieux, surtout que le public voudrait pouvoir continuer à lui demander de s’occuper de certains cas.

Il tente, tant bien que mal, de rassembler ses souvenirs et les écrire, mais il réalise qu’il n’a guère le talent de Watson pour « broder » - il expose les cas froidement, techniquement. Comme celui de Mr. Kelmer, dont l’épouse n’est plus elle-même depuis deux fausses couches.
Il a demandé à Holmes de l’aider à se « débarrasser de l’addiction » à l’harmonica à verres, un instrument qui semble tellement la fasciner qu’elle ne peut pas s’empêcher d’y jouer chez une dame que le mari considère comme une charlatane. Mrs Kelmer dit que l’instrument rappelle à elle l’esprit du dernier bébé qu’elle aurait pu avoir.

Les souvenirs de Holmes le ramènent également au Japon, peu après Hiroshima où il rendit visite au fils de quelqu’un qu’il a rencontré à Londres – du moins est-ce ce que dit le fils.

Ses abeilles sont réellement devenues sa priorité, mais les souvenirs qui lui échappent le dépriment également, d’autant plus que physiquement il n’est plus tellement en forme.

Il a noué des liens assez sympathiques avec le fils, à l’esprit très éveillé, de sa gouvernante Mrs. Munro.

Mon avis = sympathique probablement pour les vrais amateurs de Holmes,  mais ennuyeux au point que je ne connaitrai pas la fin du roman car j’ai abandonné à la moitié. Cette histoire se traînait assez lamentablement et pourtant c’était un livre de peu de pages que j'avais très envie de lire après avoir vu le film en 2016, film que j’avais apprécié grâce à l'interprétation.
Le roman ne m’a pas fait le même effet - vous vous demanderez sans doute pourquoi j'ai lu la moitié du livre alors qu'il m'ennuyait = parce que j'espérais que cela s'améliore évidemment.
Comme il y a beaucoup d’autres livres à lire, je préfère passer à autre chose.

Je n’ai pas non plus le talent de John Watson pour élaborer des histoires qui m’ennuient.

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04 avril 2019

DESSINE MOI UN ROBOT - de METROPOLIS à ALITA

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Une conférence de Jérôme di Egidio & Kamal Messaoudi 

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J’ai eu tout récemment le plaisir d’assister à cette intéressante conférence, dont je vous livre ici l’introduction.

Le saviez-vous = le terme « Robot » est un mot d’origine tchèque, apparu pour la première fois dans une pièce de sci-fi de Karel Capek = R.U.R., le mot fut créé par le frère de Karel Capek, Josef, à partir du mot tchèque « robota » signifiant « besogne, corvée,   travail » - mécanisation de l’être humain.

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Typologie des robots (parfois tout et n’importe quoi selon les conférenciers) =

  • Robots machines, ne peut rien sans l’humain (ménage par ex.)
  • Robot automates, peuvent exécuter une action si programmés
  • Robots classés par forme – droïdes ; androïdes (inspirés par l’être humain) ; zoomorphes (robots sous forme d’animal) ; plantroïdes (inspirés par les plantes) ; cyborgs (terme de fantasy, n’existe pas = homme-machine)
  • Biomécanique = parties mécaniques du corps humain

Il existe  depuis 2017 un « robot-citoyen » = Sophia, premier robot à avoir reçu une nationalité = saoudienne.

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C’est au romancier Isaac Asimov que l’on doit les trois lois de la robotique, telles qu’elles furent exprimées dans son roman « Runaround » (Cercle vicieux en français – 1942)
Première loi = un robot ne peut porter atteinte à un être humain ;
Deuxième loi = un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si ces ordres sont en conflit avec la première loi ;
Troisième loi = un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’est pas en conflit avec les 2 premières lois

Un petit peu d’histoire =

Antiquité = Galatée, la statue de Pygmalion, est considérée comme un premier exemple de robot – la déesse Aphrodite donna vie à la statue dont le créateur était tombé amoureux, mais s’affranchit de son créateur pour partir à la conquête des hommes.
Renaissance = basé sur son dessin « l’homme de Vitruve » aux proportions parfaites, Leonard de Vinci aurait  dessiné des plans permettant de créer un cavalier pouvant bouger tête, membres, etc.
XIXème siècle = on considère le roman Frankenstein comme un synonyme du terme « robot », même si la créature est un amas de tissus organiques mû par l’électricité (foudre) - « L’Eve du futur » de Villiers-de l’Isle d’Adam, un modèle de roman totalement misogyne, tourne autour d’une création métallique mue par l’électricité et totalement autonome, qui va semer la zizanie parmi les humains
XXème siècle = la série des Robots, d’Isaac Asimov – le « Hitchhikers’s Guide to the Galaxy » de Douglas Adams – Philip K. Dick, dont le roman « Do androïds dream of electric sheep », ayant inspiré «  Blade Runner ».

Robots au cinéma  = c’est volontairement que je n’en parle pas ici (bien que ma chronique complète les mentionne, forcément =^-^=),  je me suis surtout occupée à écouter et regarder cette conférence réellement intéressante, qui nous proposait beaucoup d’extraits de films.

les deux plus célèbres droïde et androïde de l'histoire du cinéma

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robby, le robot de forbidden planet

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 ajoutons-y aussi l'inévitable HAL 9000 du "Space odyssey" de Kubrick

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31 mars 2019

AU REVOIR MADAME VARDA

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Impliquée dans la lutte des femmes, l'une des premières femmes réalisatrices, une grande dame remplie d'humour, de gentillesse et  une formidable personnalité -

Née à Ixelles, agglomération bruxelloise, partie à Paris à l'école des Beaux-Arts - deux enfants = une fille Rosalie Varda, née de sa liaison avec Antoine Bourseiller, et un fils, Matthieu Demy, fils de Jacques Demy -
Avant d'être réalisatrice, elle fut photographe - réalisatrice de la Nouvelle Vague, elle réalisa aussi beaucoup de documentaires, cependant nous connaissons tous des films qu'elle réalisa = la Pointe Courte, Cléo de 5 à 7 -

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AU CINEMA EN MARS

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LE MYSTERE HENRI PICK – de Rémi Bezanson – avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Izaas, Bastien Bouillon  – scénario de rémi Bezanson & Vanessa Portal, d’après le roman de David Foenkinos
Lors d’un court séjour en Bretagne, Daphné Despéro, jeune éditrice, découvre une bibliothèque « des manuscrits non publiés » - elle y découvre un roman qui la bouleverse et elle décide de le publier.
A partir de là s’enchaîne une aventure imprévue = Jean-Michel Rouche, au cours de son émission télévisée demande à l’épouse d’Henri Pick,  l’auteur décédé, qui était pizzaiolo, si elle pense que réellement son mari aurait pu écrire un tel roman. La dame se vexe, le public qui a adoré le roman se vexe, la maison d’édition se vexe.
Bref, le seul qui a vexé tout le monde, Rouche, ayant du coup perdu son émission (donc son job) et sa femme ayant décidé de divorcer, décide de découvrir le véritable auteur du roman. La fille d’Henri Pick, qui tient à protéger sa mère, va mener l’enquête avec lui car elle tient à la réputation de son père et ne fait nulle confiance à Rouche.

Mon avis = léger et court « vêtu » un film qui aurait été parfait pour la télévision mais qui se traîne sur grand écran. Je reconnais que je me suis amusée malgré tout car Fabrice Luchini étant Luchini, j’aime beaucoup cet acteur et j’ai passé un bon moment en sa compagnie, mais trop long comme je l’ai dit. Moi qui adore la Bretagne, je n’ai hélas pas eu l’occasion d’en voir beaucoup de beaux coins.
Je vais à présent lire le livre de Foenkinos qui est dans ma pal, et qui – paraît-il – est bien meilleur. Qui lira verra.

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STAN & OLLIE de Jon S. Baird – avec Steve Coogan, John C. Reilly, Nina Aranda, Shirley Henderson, Danny Houston, Rufus Jones – scénario de Jeff Pope – cinématographie Laurie Rose
En 1937, en raison de ses désaccords avec leur producteur, Stan Laurel refuse de renouveler son contrat avec Hal Roach et malgré les conseils de son ami et complice Oliver Hardy, s’obstine. Malheureusement, Hardy n’a pas les moyens de rompre son contrat avec Roach et doit encore tourner un film avec lui. Cela va peser lourd sur le cœur de Stan Laurel qui se considère comme trahi.

En 1953, le duo semble bien oublié aux Etats-Unis, ils n’ont plus guère de succès. Leur nouveau producteur leur propose une tournée en Angleterre et Irlande – avec l’argent remporté, il sera peut-être possible d’obtenir les subsides afin de financer la version comique de « Robin Hood » que l’infatigable Laurel a écrit.
Les premières salles ne sont pas exactement combles – d’ailleurs leur nouveau producteur a la bouche pleine de Norman Wisdom, vedette comique montante en Angleterre.
Pourtant petit à petit, avec quelques publicités organisées par Delfont, la présence des deux comédiens se propage et les salles commencent à se remplir.
Heureusement, de cette manière, notre duo pourra accueillir leurs épouses respectives dans de meilleures conditions. Elles ne sont pas particulièrement faciles ces deux dames – elles veillent farouchement sur leur petit mari, et s’envoient mutuellement quelques rosseries bien senties.

Pendant les jours de repos, Stan Laurel tente d’obtenir le producteur du futur « Robin Hood » au téléphone, puis en désespoir de cause, va jusqu’au bureau où il comprend que ledit futur producteur, c’est du passé.
Le ressentiment, la frustration  qu’éprouve Laurel va dégénérer en une dispute où des paroles amères vont être échangées – leur amitié ne semble pas avoir résisté aux mots échangés. A Worthing, lors d’un concours de beauté, Oliver Hardy a une crise cardiaque et doit être remplacé.
Bien qu’Ollie et son épouse décident de retourner aux Etats-Unis, le duo se réconcilie – les performances en Irlande sont un succès phénoménal et Stan & Ollie peuvent se retirer la tête haute.

Mon avis = excellent – je n’avais pas vraiment envie de voir le biopic, me souvenant que petite fille, je n’appréciais guère le duo comique. Mais une amie ayant entendu beaucoup de bien de ce film, je me suis laissée tenter et je ne le regrette pas une seule seconde. C’était formidable.
Non seulement l’interprétation mais aussi la cinématographie (photo) les décors et costumes – il règne un air de nostalgie sur le film, favorisé par la couleur sepia de la pellicule.

Steve Coogan (Stanley Laurel) et John C. Reilly (Oliver Hardy) se sont glissés dans la peau des deux personnages comme s’ils étaient eux depuis toujours (mon impression =^-^=)

Les deux épouses de ces messieurs interprétées par Shirley Henderson et Nina Arianda sont très bien aussi dans le rôle assez ingrat de ces dames qui râlent sur tout, surtout sur l’autre partie du binôme qui n’est pas leur compagnon.
Elles veillent sur leur mari comme des tigresses.

J’ai trouvé cette histoire d’une fin artistique réellement émouvante, je suis sortie la gorge serrée.

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30 mars 2019

LES BELLES PERSONNES, de Sébastien Ministru

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Au théâtre de la Toison d’Or,  Bruxelles

Mise en scène de Nathalie Uffner

Scénographie = Thibaut De Coster & Charles Kleinermann
Création lumières Alain Collet – Décor sonore Laurent Beumier
Costumes Façon Jacmin

(illustrations prises sur le site du théâtre de la toison d'or)

Ils se prénomment = Elisabeth, Clément, Laura, Adrien, François, Charles. 
Ils sont en couple, certains se connaissent depuis toujours, d’autres se sont rencontrés il n’y a pas très longtemps.
Ils aiment se retrouver régulièrement autour d’une bonne table, Clément s’en fiche un peu de ce que l’on mange, du moment qu’on a le vin, peu importe le reste.
Clément est très mal en point et Elisabeth s’inquiète – Adrien, qui est médecin, s’inquiète aussi, le seul qui ne s’inquiète pas c’est Clément, mais il acceptera tout de même de se faire soigner – même si son docteur lui a prédit qu’il n’en aurait plus pour longtemps.

Lorsque Laura et Adrien organisent le réveillon de nouvel-an, ce sera à l’eau – oui, c’est pour aider Clément !!!
Le resto bobo choisi par le couple François & Charles ne sert pas de vin, peu importe Clément a toujours des bouteilles dans sa voiture !!!

Elisabeth s’est prise d’affection pour Charles, et se demande quel est le "vrai métier" de François qui est écrivain.
Tandis que Laura a bien des difficultés à gérer sa société de pétro-chimie … vous pensez avec ces syndicats qui passent leur temps à vous critiquer et vous contrarier.
Viendra aussi le moment où le verre dans le nez, on va jouer au jeu de la vérité = qui a trompé qui ? mouais, pas toujours une bonne idée ça ! Ambiance !

Se retrouver dans la chambre d’hôpital de Clément, c’est pas l’idée de l’année non plus, en tout cas son médecin est d’un pessimisme rare – c’est pas le genre à vous rassurer !

Au pique-nique, ils ne seront plus que cinq – Ciccio (diminutif italien de Francesco, le prénom italien de François) n’est plus parmi eux et Charles est heureux de les avoir pour amis – sans eux, comment s’en serait-il sorti lui qui aimait tellement son François …

Ils sont brillamment interprétés par Laurence Bibot (Laura), Antoine Guillaume (François (Ciccio), Elisabeth (Soda), Clément (Emmanuel dell’Erba), Aurelio Mergola (Charles), Pierre Poucet (Adrien)

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Dire qu’ils sont excellents est un euphémisme – les répliques fusent, plus amusantes les unes que les autres, la tendresse n’est pas absente non plus – on rit souvent,  mais on s’émeut aussi beaucoup.

J’ai apprécié les tableaux différents, le décor étant constitué de tables où se réunissent les amis -  entre deux tableaux, l’un des comédiens raconte un fait d’actualité qui les concerne = par exemple Charles et François voudraient adopter, comme ils sont homosexuels, on ne leur propose que des enfants « atypiques ».
Ce fait est illustré en arrière plan par un dessin de la personne ayant émis le fait d’actualité.

Il n’y a rien de plus sérieux que de faire rire (je sais c’est un peu cliché comme image, mais je n’ai rien trouvé de mieux =^-^=)
Cela s’appelle à juste titre « les belles personnes » car ils sont tous sympas - et l’on passe un très bon moment en leur compagnie.

Et au cas où le prénom « Ciccio » vous rappelait quelque chose, vous auriez raison = il était celui que tout le monde pleurait dans la pièce présentée à ce même TTO « Ciao Ciao Bambino » dont j’ai eu le plaisir de vous parler.

Car oui, l’auteur Sebastien Minitru nous présente ici un Ciccio avant qu’il n’ait son « accident » (avaler un préservatif en cours de fellation – pas du tout recommandé)

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26 mars 2019

L'AGE ADULTE, d'Eve Duchemin

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Une production Eklektik Productions en collaboration, entre autres, avec la RTBF et ARTE

Réalisation d’Eve Duchemin

Marseille - Elle se nomme Sabrina, elle vit en colocation dans une maison inachevée que Loïc retape complètement – ils ont loué la maison ensemble, lorsqu’ils étaient en couple – jeune couple de 18 ans pour elle, 20 pour lui à l’époque. Après la rupture du couple, ils sont restés très bons amis et elle est désormais sa colocataire. 
C’est lui qui la réveille le matin, du moins tard dans la matinée car pour pouvoir payer le loyer et subsister Sabrina travaille de nuit dans un bar, le « Boudoir », où elle est « pole dancer » danse  érotique autour d’une barre , danseuse très déshabillée, très maquillée, et surtout elle boit trop pour tenir le coup. Comme dit Loïc elle rentre torchée à 6 h du matin !
Tout cela pour 50€ la nuit – parfois des clients lui font des propositions, elle dit qu’elle refuse, ce qui ne l’empêche pas de rentrer parfois avec des gars qui ne restent pas.

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Lui semble avoir muri plus vite qu’elle  - elle a 20 ans désormais, mais s’exprime comme une gamine de 14 ans. Jeune elle se tailladait les bras, pour exprimer son mal-être. Sa chambre ne comporte pratiquement aucun meuble, ce sont les peluches qui la « meublent » - elle a une petite penderie et des vêtements jetés un peu partout.
Pour participer aux frais, aux factures à payer en plus du loyer, en dehors de son « travail de nuit », de jour elle fait des ménages, elle est serveuse, et certains jours tente de passer le test qui lui permettra d’obtenir une place dans la formation d’aide-soignante qui la débarrasserait enfin de son job de nuit.
Hélas, il faut travailler chez soi et si se rendre aux cours pour réussir le test ne lui pose pas de problème, il n’en va pas de même pour étudier seule chez soi.  

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Et même lorsqu’elle est sur la liste de ceux et celles qui ont réussi le test, elle va devoir attendre qu’une place pour la formation se libère car il y a une liste d’attente. On la sent découragée parce qu’elle voudrait vraiment s’en sortir.
On a envie de lui dire « si seulement tu buvais moins », car il n’y a pas que le soir qu’elle se trimbale la bouteille de whisky à la main, dès le midi elle boit bière sur bière, ou du vin.
Elle pensait, en quittant la maison, que ça allait être la belle vie, la fête. Au lieu de cela, la vie les a rattrapé Loïc et elle, et si lui se comporte de manière responsable, elle semble au contraire avoir perdu l’espoir d’une autre vie et brûle celle qu’elle a par les deux bouts. 

Mon avis = pendant la moitié du documentaire, j’ai eu envie de lui flanquer des claques à cette jeune femme, enfermée dans l’ adolescence. On ne peut s’empêcher d’admirer Loïc, dont elle a besoin comme d'un grand frère, pratiquement un père.

Puis petit à petit, lorsqu’elle décide de s’exprimer comme une jeune femme de son âge, on a envie de la consoler, de la comprendre, de lui dire que tout cela va s’arranger un jour, mais il faut qu’elle tienne bon et pour cela, se déshabituer de la boisson.

Travailler sans avoir de formation est le fléau de notre époque – sans formation, pas d’emploi, sans emploi, on reste parfois chez les parents, mais la situation avec ceux-ci devient souvent conflictuelle et alors on plaque tout.
Il y a aussi ceux qui ont plaqué les études, comme Sabrina qui a quitté l’école à 14 ans,  lorsqu’ils avaient l’occasion d’étudier, cela les embêtait, cela durait trop longtemps, pas assez de liberté, pas assez de ceci, de cela …
Pour un jour le regretter.
Et par expérience, je sais que faire la leçon ne sert strictement à rien.

J’avoue être sortie de cette projection plutôt démoralisée, mais c’est un reflet de notre époque et il est inutile de se mettre la tête dans le sable.

Quand est on adulte ? on dit qu’actuellement l’âge adulte arrive à 30 ans – c’est possible mais on revient de loin – il fut un temps où c’était à 21 ans.

25 mars 2019

WHY THE BRONTE DIED SO YOUNG, de Grace Newton

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Pourquoi les enfants Brontë sont ils morts aussi jeunes ?

Dans un article récent du Yorshire Post, la chroniqueuse Grace Newton a développé une explication sur le pourquoi de la mort de tous les enfants Brontë à un âge très jeune. J’ai eu envie de traduire l’article, mais personnellement, j’ai trouvé qu’il n’apportait rien de nouveau.

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Article de Ms. Newton

Les étudiants en littérature connaissent bien  la mort prématurée des sœurs Brontë, qui sont toutes mortes avant 40 ans et ce malgré le confort relatif dans lequel la famille vivait, si l’on tient compte des standards du 19ème siècle pour un pasteur comme le père Brontë, vivant à Haworth dans un presbytère en pleine campagne du Yorkshire.
Il n’y a pas que les célèbres sœurs qui succombèrent aux maladies infectieuses propres à l’ère victorienne.

Les enfants furent en grande partie élevés par leur père Patrick, un homme d’église qui survécut à tous ses enfants, il semblerait avoir joui d’une robuste santé, ce qui ne fut guère le cas de sa famille.
Son épouse, Marie, mourut à 38 ans, d’un cancer de l’utérus.

Les filles aînées Maria et Elizabeth moururent de tuberculose en 1825, alors qu’elles résidaient à la pension de Cowan Bridge où se trouvaient aussi Charlotte et Emily.
C’était une pension pour les filles « pauvres » des hommes d’église et les conditions y étaient scandaleuses.
L’humidité des lieux a forcément  dû jouer  un rôle dans leur fragilité face à la maladie ;

Le fils unique de Patrick et Maria Brontë, Branwell, mourut à 31 ans ; bien qu’il soit prouvé que lui aussi ait souffert de tuberculose, il buvait et se droguait aux opiacés (laudanum plus particulièrement), ce qui n’améliora certainement pas la situation.
Il est plus que probable qu’Emily se soit refroidie lors des funérailles de son frère, elle mourut 4 mois après lui.
Ce refroidissement accéléra les complications dues à la tuberculose, et aussi le fait qu’Emily refusait formellement de voir le médecin, sauf quand il fut trop tard ; elle venait d’atteindre ses 30 ans lorsqu’elle mourut.
Anne la plus jeune des sœurs encore en vie mourut à 29 ans, un an après sa sœur et son frère. Elle mourut de tuberculose – elle avait souhaité se rendre à Scarborough, au bord de la mer, séjour qui aurait dû en principe lui rendre un peu de forces, hélas la maladie avait déjà trop progressé – trop fragile pour faire le voyage de retour, c’est là qu’elle fut enterrée.

Charlotte demeura seule au presbytère avec leur père âgé, pratiquement aveugle – après avoir dû attendre longtemps le consentement de son père, elle épousa Arthur Bell Nichols, le vicaire de Patrick Brontë.
Au début de sa grossesse, elle souffrait de forts malaises matinaux.
Bien que l’on considère qu’elle soit aussi morte de tuberculose – c’est du moins ce que stipule le certificat de décès – les recherches médicales actuelles stipuleraient qu’elle souffrait de « hyperemesis gravidarum », un état qui est soigné actuellement par des fluides – au 19ème siècle ce n’était pas encore un traitement connu, donc possible, et les femmes enceintes, incapables de boire ou manger, mourraient de malnutrition et déshydratation.
Inutile de dire que des cas pareils ne faisaient pas encore partie de ce que la médecine connaissait de la grossesse. 
Il est aussi à noter que, bien dans l’esprit du temps,  est la mention de sa profession sur le certificat de décès de Charlotte Brontë = « épouse » !!! (on croit rêver ndlr du blog).

Bien que l’espérance de vie de l’époque était nettement plus basse que de nos jours, surtout dans la première moitié du 19ème siècle, la maison dans laquelle vivaient les Brontë était relativement confortable. 
Les experts des Brontë cependant ont identifié la possible cause des décès, car même selon les standards de l’époque pour une famille de la classe moyenne, que pratiquement tous les membres de cette famille meurent avant 40 ans était réellement peu courant.
Lesdits experts pensent que la famille vivait, sans le savoir, à côté d’un piège mortel = l’eau du presbytère d’Haworth, pourtant considérée comme potable, émanant de sources qui auraient été contaminées lors des pluies (qui tombaient beaucoup) qui étaient passées par le cimetière – à côté du presbytère.

Une longue exposition aux bactéries infectieuses auraient affaibli la constitution des frère et sœurs, ainsi que de celles des voisins qui semblaient encore plus faibles (mortalité autour de 26 ans).

Il est évident également que, comme l’a dit Charlotte, la mauvaise nourriture durant leurs jeunes années à la pension de Cowan Bridge, a conduit à un état de malnutrition chez les enfants, affaiblissant leur développement et leur santé.
Revenues au presbytère, elles furent bien nourries, selon les standards de l’époque, mais c’est la malnutrition dans l’enfance qui entraîna leur grande faiblesse face à la maladie.
Toutes les sœurs étaient menues, sauf Emily la plus grande mais aussi la plus maigre. Donc peu de résistance physique face à la maladie.

On a beaucoup dit que les sœurs Brontë étaient mortes de mélancolie et chagrin, qu’elles dépérirent à la suite des morts tragiques des autres membres de la famille.
Il y a sans nul doute un facteur psychosomatique - la fratrie était très unis -  mais il n’est pas difficile non plus de se rendre compte qu’une maladie aussi contagieuse que la tuberculose a fait se propager la maladie de l’une à l’autre.

Ici se termine l’article de Ms. Newton – comme je l’ai dit en incipit, je ne suis pas certaine que tout ceci soit très nouveau. C'était surtout pour le plaisir de la traduction que je me suis arrêtée à cet article.

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THE GIRL ON THE BEACH, de Charles Todd

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Une « novella » dans la série « Bess Crawford »

L’année est 1916 – la « grande guerre » sévit depuis deux ans – Bess Crawford, infirmière en France, est en congé de récupération en Angleterre, dans le Sussex.
Un matin, se promenant sur la place, elle découvre le corps mort d’une jeune femme.

Elle en avertit immédiatement l’autorité locale, l’inspecteur Robbins qui ironiquement lui demande comment elle ne s’est pas évanouie à la vue d’un cadavre.
Alors là, s’il pensait intimider Ms. Crawford, il s’est bien planté l’inspecteur ; elle lui rétorque sur le même ton que vu son travail sur le front, des cadavres elle en a l’habitude et dans un état bien pire que celui de cette jeune fille, à l’air si fragile.
Du coup, il exprime une certaine réprobation à sa froideur, ce qui lui vaut une autre réponse bien sentie sur son travail d’infirmière, qui essaie de se détacher des horribles blessures qu’elle soigne si elle veut pouvoir garder son calme et aider les blessés.
Bref s’il veut ne pas passer son temps à s’excuser, il va falloir qu’il s’exprime différemment l’inspecteur !

Malgré ce mauvais départ, Bess Crawford va poser des questions et donner des idées à l’inspecteur Robbins, remarques qui vont aider à faire avancer l’enquête ; dans la main de la jeune femme se trouvait une coupure de journal, grâce à laquelle on finit par retrouver son identité. Il s’agit d’une miss Sarah McRae, que la famille semble avoir reniée parce qu’elle était tombée amoureuse de quelqu’un qui ne plaisait guère à ladite famille. 
C’est donc grâce à cette petite coupure de journal – et à Bess Crawford - que l’affaire pourra être résolue.

Mon avis = positif – une bonne introduction au personnage de Bess Crawford, où elle fait preuve d’un esprit de déduction que l’on pourra suivre tout au long des enquêtes.
Elle n’a pas non plus sa langue en poche et remet vertement en place qui se permet d’ironiser à son sujet.
Je sens que je vais bien aimer cette jeune femme, qui m’a fait penser à Maisie Dobbs de Jacqueline Winspear.

Par contre, je n’irais pas jusqu’à dire que ce court, TRES court, texte qualifie pour être une « novella » - une nouvelle comprend généralement au moins 100 pages, en tout cas plus de 20 pages, oui vous avez bien lu = seulement 20 pages pour cette enquête, rapidement menée d’ailleurs. Elle aurait pu servir de chapitre au premier roman mettant Bess Crawford en scène.
De plus on ne peut pas vraiment dire qu’il s’agisse d’une affaire de sous, puisque le « chapitre-novella » a été proposé gratuitement aux lecteurs/lectrices.
Ce qui fait que la novella semble avoir plus de 50 pages est le fait qu’on propose des extraits de 2 autres romans de la série.

21 mars 2019

LE CONCEPT DE L'ILE, de Pierre Bayard

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L’île et ses fantasmes

Dans son livre « La Vérité sur les Dix Petits Nègres », l’auteur philosophe Pierre Bayard développe, via la lettre-confession du « vrai » (ou de « la vraie ») coupable  dans le chapitre « l’île et ses fantasmes »,  une intéressante théorie à savoir que l’histoire en question (écrite par Agatha Christie) n’aurait pas aussi bien pu fonctionner si cela ne s’était pas produit sur une île.
J’ai eu envie de résumer – dans les grandes lignes – ce qu’en dit l’auteur, en n’incluant cependant pas toutes les réflexions de la personne coupable qui se rapportent au récit, mais plutôt sur le concept de l'île.

Selon Pierre Bayard, dès l’antiquité l’île est un lieu excitant l’imagination, non seulement des écrivains, mais aussi (et surtout) des explorateurs.
Pourquoi un tel engouement pour un lieu géographique ?

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Par définition l’île est isolée du monde – la distance étant plus ou moins infranchissable => difficultés d’accès ou inversement, comment s’en échapper.
La difficulté d’accès par exemple a été exposée dans « l’Ile au Trésor » de Stevenson, ou difficultés de localisation sur les cartes, ce qui est d’ailleurs le problème pour Tintin et ses amis dans « le Trésor de Rackham le rouge ».
D’autres raisons peuvent aussi la rendre inaccessible comme l’expérimente Odysseus ayant défié Poseidon et de ce fait,  puni par les dieux, ne peut rejoindre Ithaque.

Quitter l’île est aussi difficile que la rejoindre, par exemple Robinson Crusoe (Daniel Defoe) ou « l’Ile mystérieuse » de Jules Verne.
Ou encore une prison comme dans « le Comte de Monte-Cristo » d’Alexandre Dumas, qu’on ne peut quitter que mort.

L’éloignement d’une île dans l’imaginaire collectif représente un univers en miniature, un autre monde différent de l’où on vient.
Dans l’île du Nègre des dix petits nègres, l’isolement de l’île du continent est accentué par la violente tempête, non prévue par la personne coupable mais éclatant à propos pour servir ses desseins.

Cet « autre monde » peut avoir un caractère idyllique ou infernal ; puisqu’elle est coupée du continent, elle n’en a pas les défauts – voir « Utopia » de Thomas More ou « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley = l’île, paradis opposé au pays dystopique.
L’altérité peut toutefois être négative puisque certains y situent l’entrée des enfers.
L’île en univers terrifiant est le sujet par exemple de « l’Ile du docteur Moreau » de H.G. Wells, ou au cinéma dans « King Kong ».
Kafka, pour sa part, y a planté le décor de sa « Colonie pénitentiaire ».

Monde à part, pour le/la rédacteur/trice de la lettre-confession, l’île est le lieu d’une autre loi.  Comme si celle-ci n’avait pas de prise sur l’île. Les histoires que cette dernière suscite se retrouvent dans de multiples références qui ont bercé de nombreux jeunes lecteurs/trices, comme le royaume secret de Peter Pan, de J.M.  Barrie, le bien-nommé « pays imaginaire », éloigné du monde des adultes. 

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L’île est une exceptionnelle source d’histoires, elle est préservée du monde et du temps ; rêver d’une île, c’est laisser revenir en soi les récits de l’enfance.
Elle est un monde alternatif aux autres lois, elle est face au continent, mystérieuse et fascinante.

 

17 mars 2019

LA HURLEVENT, de Jeanne Champion

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Après une relecture de « Wuthering Heights » (les Hauts de Hurlevent) et pendant un voyage dans le Yorkshire, l’artiste peintre et romancière Jeanne Champion a eu envie de parler d’Emily Brontë, sacrifiée – tout comme Anne – à travers les récits et biographies consacrées à Charlotte et Branwell.
Branwell, en fait, occupe toute la place dans ce roman, qui est une biographie romancée  dans laquelle l’autrice donne la parole tour à tour à Emily, à Charlotte, très peu à la douce Anne, silencieuse depuis presque toujours face à ses aîné.e.s qui étaient au premier plan.

Emily aime Branwell, probablement la plus proche de lui par la compréhension des sentiments d’absolu qu’il professait – elle lui pardonne sans hésiter sa méchanceté de drogué pour les paroles qu’il prononce avant de mourir, à savoir Anne la bigote et Charlotte l’ambitieuse méprisante, qui n’arrivèrent même pas à lui pardonner.
N’a-t-on pas dit que c’est Branwell qui eut l’idée du livre d’Emily – lui-même se vantait de l’avoir écrit, lorsqu’il rencontrait ses amis de beuveries au pub local.  

Emily Brontë était fort secrète, elle fut littéralement en rage sur Charlotte pour avoir voulu que les 3 sœurs publient leurs romans.
C’est la timide Anne qui fut la plus enthousiaste à propos de l’idée de Charlotte, enfin elle allait avoir la parole ! 

Branwell, le gâté par Patrick Brontë le révérend et Ms. Branwell, la tante qui aida à élever les enfants de sa sœur – trop adulé, trop doué, souffrant d’épilepsie renforcée par l’alcool et le laudanum – j’avoue parfois comprendre l’attitude de Charlotte, qui avait tellement envie d’une autre vie et dont le travail servait souvent à rembourser les dépenses de son frère.

Comment ne pas souhaiter un « ailleurs » quand la vue de votre fenêtre est celle d’un cimetière ?

Comment ne pas souhaiter une autre vie que celle de gouvernante, personne pauvre dans un foyer riche, où les enfants vous méprisent et le disent, où le personnel ne fraie pas avec vous puisque vous êtes à un échelon supérieur, mais pas au niveau des maîtres de maison.

Mon avis  = j’ai des sentiments mitigés à propos de ce roman – le récit n’est pas linéaire, mais ce n’est pas ce qui m’a dérangée – écrit à la première personne lorsqu’il s’agit des jeunes Brontë, parfois à la troisième ou première personne lorsque c’est Jeanne Champion qui parle.

Sans doute ai-je déjà beaucoup lu à propos des Brontë pour ne pas avoir accroché à ce livre qui semble surtout avoirété  écrit par Jeanne Champion pour se faire plaisir.
Tout comme mon avis saute du coq à l’âne, c’est un peu le sentiment que j’ai eu avec ce roman, que beaucoup de lecteurs/lectrices ont porté aux nues.
Je nage sans doute  à contre-courant (ça j'en ai l'habitude =^-^=), mais je ne suis pas convaincue par ce roman.

Je continue à penser qu’il vaut mieux lire ou relire Elizabeth Gaskell et surtout Margaret Lane (qui analyse entre autre la biographie de Ms. Gaskell) – Gaskell a un peu vieilli, forcément elle a écrit la biographie de Charlotte à la demande du pasteur Brontë – depuis, bien des documents ont mis à jour des détails de la vie de cette fratrie hors du commun.

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Jeanne Champion est née en juin 1931 – elle est en grande partie autodidacte. Elle est artiste-peintre depuis 1956 mais étant souvent peu satisfaite de son travail, elle détruisit beaucoup de sa production – malgré cela, 200 toiles subsistent de ses créations. En tant que romancière, elle obtint le Goncourt en 1984 pour la biographie romancée de Suzanne Valadon.

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