mon bonheur est dans la ville

19 mai 2017

NOSAKA AIME LES CHATS, d'Akiyuki Nosaka

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Titre original japonais = Wagahai wa neko ga suki

Bien sûr, me direz-vous, il n’est pas le seul – ce n’est pas faux, mais peu d’entre nous en parlent avec son talent.

A travers un peu plus de  40 courts chapitres, le romancier japonais Nosaka nous parle des chats et chiens de sa vie, comment il se laissait tenter encore et toujours par les frimousses qui croisaient sa route, malgré les injonctions de son épouse disant qu’ils en avaient déjà suffisamment.
Et malgré les conseils de son épouse, Nosaka les faisait rarement châtrer, ce qui occasionnait certains désagréments d’odeur dans la maison. De plus les maisons japonaises sont construites de manière particulière, des parois glissent entre les différentes pièces de la maison – inutile de dire que les chats ont vite compris comment faire glisser lesdites parois pour se glisser partout où il leur convient, sans le moindre respect vous pensez bien pour la fragilité desdites parois résistant mal aux griffes félines.
Comme si cela avait la moindre importance aux yeux d’un chat … ces humains ont réellement des idées saugrenues.

Le livre n’échappe pas toujours à sa petite dose d’anthropomorphisme, mais très peu – il est surtout un œil tendre et ironique sur les occupants de la maison, occupants à 4 pattes s’entend, car en dehors de croiser l’épouse  du romancier et la fille aînée mariée qui amène son bébé chez ses parents, toute la place est donnée aux animaux et aux souvenirs de l’auteur.

Souvenirs de jeunesse, douloureux puisque liés à la guerre, souvenirs plus effrayés, liés aux tremblements de terre qui ravagent régulièrement le Japon – souvenirs observateurs sur les nouvelles constructions, sur la nouvelle façon de vivre… Observateurs surtout sur la manière dont les animaux se conduisent face à la mort, à leur mort.

C’est souvent amusant à lire, parfois poignant, et en tant que « mèmère à chat », je me suis retrouvée dans quelques réflexions (avec moins de talent bien sûr =^-^=).

L’intérêt du livre est que chaque chapitre est un moment de réflexion totalement indépendant, même si ce sont les mêmes protagonistes et peut donc être abandonné et repris régulièrement, sans que l’on ait besoin de se souvenir de ce qui précède.

J’ai, vous vous en doutez, bien apprécié.

un autre avis sur le livre = critiqueslibres

  les chats de steinlen (source = photothèque google)

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18 mai 2017

SELFIES, de Jussi Adler-Olsen

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7ème enquête du Département V

Les choses sont compliquées au Département V – les chiffres ne sont pas suffisants pour que le département continue d’exister.
Cela met le commissaire Carl Morck dans une hargne pas possible, quelqu’un à l’évidence a saboté les chiffres des statistiques. Comment ose-t-on prétendre que le département n’est pas rentable alors qu’il résout 65% des enquêtes non résolues ?

Pendant que Morck fulmine, Anne-Lise Svendsen fulmine de son côté = elle reçoit dans son bureau des services sociaux des jeunes femmes d’environ 25 ans, n’ayant jamais travaillé, passant leur temps à se donner le look à la mode et à traîner dans les magasins de luxe, sans accepter d’essayer le moindre travail qu’elle leur propose.
Ms. Svendsen en a réellement assez de ces parasites du système.

Michelle, Jazmine et Denise se sont rencontrées dans la salle d’attente des services sociaux et se sont découvert des atomes crochus = look, mode, maquillage, envie de devenir vedette de reality-show, et surtout faire bloc contre Anne-Lise Svendsen dont elles se moquent ouvertement.

Morck et son équipe, qui sont dans le collimateur de leur chef direct, s’approprient une enquête qui dépend, en principe, de la crim’ ; ça ne plaît pas au chef évidemment, mais il n’en faut pas plus à Morck pour poursuivre, le plaisir d'énerver son chef est sans égal.
En feuilletant dans les archives du département V, il réalise qu’un crime non résolu en 2004 a des similitudes avec celui de la crim’ et décide de poursuivre l’enquête.

Par contre, là où il a un réel problème sur les bras, c’est Rose. Avec Assad et Gordon Taylor, elle est l’une des efficaces assistantes de son département, les rapports, qu’elle aurait dû envoyer au chef,  se sont apparemment perdus dans les méandres de l’informatique.
Mais Rose est rattrapée par son passé et cette fois a totalement craqué au point de retourner en hôpital psychiatrique.  
Cela commence à faire beaucoup pour le commissaire Morck, mais la survie du département et de Rose priment.

Comme s’il n’avait pas encore assez d’ennuis, voilà t-il-pas que le préfet de l’hôtel de police lui suggère d’emmener un présentateur de télévision et son cameraman pendant quelques jours afin de montrer au public comment fonctionne une enquête. Vous pensez s’il est heureux Carl Morck !

Du Département V, je ne connaissais que la première enquête qui ne m’avait pas entièrement convaincue, il est vrai qu’à l’époque je commençais à saturer un peu des polars scandinaves.
Du temps s’étant écoulé depuis, je me suis dit que je recommencerais bien à en retrouver quelques-uns, et le titre de celui-ci m’a interpelée puisque nous vivons une telle époque de « Selfies ».

Je le reconnais, cette enquête-ci m’a beaucoup plus plu que ma première expérience, le début est assez humoristique avec les petites disputes entre Morck et son supérieur direct, les remarques du commissaire à son assistant Assad, qui a pourtant fait d’excellents progrès en langue danoise mais qui se plante encore quelques fois dans les expressions.
Puis le rythme s’accroit, le suspense devient haletant, mais surtout il y a un très beau portrait d’une jeune femme en souffrance depuis l’enfance qui m’a vraiment serré la gorge.
L’histoire devient alors une course contre la montre pour la sauver d’elle-même, de ses souvenirs, de la mort. Un émouvant portrait de femme.

En fait, j’ai apprécié cette enquête-ci du Département V parce qu’il offre, justement, une telle panoplie de personnages, tous plus perturbés les uns que les autres, au point que je n’ai pas pu lâcher le roman une fois entamé.

un autre avis sur ce roman chez critiqueslibres,  

15 mai 2017

I'M NOT YOUR NEGRO, de Raoul Peck

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Scénario basé sur le dernier manuscrit, non terminé, de l’écrivain américain noir James Baldwin – intitulé « REMEMBER THIS HOUSE »

Commentaire dit par Samuel L. Jackson

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Je le reconnais, je suis plutôt émotive et je ne sors jamais totalement intacte de ce type de film documentaire, qui me ramène à certaines de mes années militantes, lorsque je pris enfin conscience de l’injustice qui régnait dans le monde ; je n’ai pas changé grand-chose à l’injustice du monde, mais j’ai toujours l’espoir que la moindre petite pierre que l’on apporte à un édifice permet à celui-ci de prendre forme.£C’est vous dire si j’ai été particulièrement sensible à ce documentaire, consacré à la vie de James Baldwin que je connaissais un peu même si je n’ai pas encore lu ses livres (lacune que j’espère combler bientôt – en me limitant à ses essais)

C’est dans les années 1950, et les suivantes surtout, que des hommes se sont levés pour s’ériger contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis = d’abord, Rosa Parks qui refusa de se lever pour un blanc parce qu’elle était trop fatiguée par sa dure journée de travail et qu’elle s’était assise dans la partie réservée aux Blancs où il restait des places – puis = Lorraine Hansberry qui écrivit une pièce de théâtre importante « A Raisin in the Sun », interprétée par Sidney Poitier.

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Malcolm X, comme Luther King, fut assassiné tout comme Medger Evers, un autre leader de la communauté noire, luttant pour l’équité, le respect.

Martin Luther King – la grande marche sur Washington, une marche pour le respect des droits civiques – il n’y eut pas que des Noirs pour cette marche = y participèrent des gens du spectacle comme Sidney Poitier, Harry Belafonte, Sammy Davis Jr, et aussi des Blancs, croyant à l’égalité des peuples = Marlon Brando qui sera un grand ami de Baldwin tout au long de sa vie, Charlton Heston, Burt Lancaster, pour ne citer que les plus célèbres.
C’est là que Martin Luther King Jr prononça son discours commençant par « I have a dream », qui m’amène encore et toujours des larmes aux yeux.

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Le documentaire propose des images d’archives, en noir et blanc et en couleurs, des photos également en N&B et couleurs.

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Il nous emmène sur les routes du sud, où les Blancs lynchaient les hommes de couleur, les pendant aux arbres – ce qui amena  Billie Holiday à composer le célèbre « Strange Fruits ».
Il n’est pas seulement consacré aux années passées, il nous emmène aussi au présent, comme à Ferguson où manifestation pacifique et émeutes se mélangeront pour défendre la cause des Noirs, après qu’un jeune homme fut tué par un policier blanc, alors que le Noir n’était pas armé.

Je ne peux que conseiller d’aller voir le documentaire ou le regarder s’il passe à la télévision – il a été nominé pour de multiples récompenses.
Il est un hommage posthume aux grands hommes morts pour avoir voulu aider les autres, entièrement basé sur les notes et écrits de James Baldwin.

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 james baldwin à st-paul-de vence

Brève bio de James Baldwin = né en août 1924, décédé en décembre 1987 – auteur de romans et essais, de poésie, et dramaturge. Ses essais ont souvent un fond semi-autobiographique, notamment lorsqu’il parle de ségrégation, d’injustices familiales et homosexualité.
Il lutta pour l’intégration des gays et bi-sexuels en plus des personnes de couleur – à 24 ans, avec quelques dollars en poche et frustré par les injustices subies par les Noirs et les homosexuels (lui-même ayant découvert son homosexualité durant son adolescence), Baldwin décida d’aller s’installer à Paris.
Il désirait travailler à l’écriture, sans avoir l’esprit occupé par ce qui se passait aux USA, et surtout dans les états du sud. Il fit rapidement partie de la culture Rive Gauche.

En 1970, il s’installa à St-Paul de Vence, où sa maison sera toujours ouverte aux amis musiciens notamment, qui participaient au festival de jazz de Juan les Pins.
Il devint aussi l’ami de Marguerite Yourcenar, qui traduisit en français l’un de ses romans.
C’est aussi là qu’il écrivit une « lettre ouverte à ma sœur Angela Davis » (ma sœur en politique évidemment). 

plaque commémorative dans greenwich village

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 l'une des grandes amies de james baldwin
nina simone, dans une chanson que j'aime énormément

nina simone n'eut pas le droit d'apprendre le piano classique
car on lui refusa une bourse d'études par l'institut curtis

 

d'autres amis, n'apparaissant pas dans le docu (ray charles et miles davis) qui lui rendirent
visite à st-paul-de-vence

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 cette photo-ci est pour plaisir personnel car il n'est pas question d'elle dans le documentaire
mais elle fut et est toujours impliquée dans les mouvements contre la ségrégation

il s'agit d'angela davis (l'une de mes grandes idoles)

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14 mai 2017

WELCOME, par Morgane et sa classe

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(cette chronique, illustrée de mes photos, est un résumé adapté de l’invitation au vernissage, écrite par Morgane Royer-Heureux)

Pendant deux ans, Morgane Royer et ses élèves ont  travaillé  sur la crise migratoire et les droits de l’enfant.
Cela a donné un vernissage fort sympathique à l’école primaire rue Sans Souci à Ixelles – une grande exposition de photographies, sur la thématique de l’identité et la vision des enfants sur le monde actuel. Les projets furent multiples et variés.
Des panneaux expliquaient  aux visiteurs toutes les actions, collaborations, rencontres.

Deux fresques réalisées par le collectif d’artistes Propaganza, ainsi que 2 artistes « in-situ » réalisaient du live-painting.

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Tout cela a été possible grâce aux amis et à la famille de Morgane qui ont aidé à installer le tout, la structure de l’exposition ayant été créée en collaboration avec le collectif d’architectes Baya.
Des tonnelles protégeaient de la pluie éventuelle, on y proposait de quoi se désaltérer,

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J’ai aussi découvert, en bordure de préau, des petits compartiments d’herbes aromatiques et autres petits délices semés par les enfants.

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Ce qui m’a le plus émue étaient les mots d’enfants, ces paroles pleines d’espoir et de tendresse – les bénéfices occasionnés par les consommations étaient récoltés dans le but  du voyage scolaire de l’an prochain pour Morgane et sa classe.

Je n’ai pas pu tout photographier hélas, car il y avait d’autres visiteurs que je ne pouvais tout de même pas « virer » des panneaux (je ne suis pas sans-gêne à ce point-là =^-^=)

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11 mai 2017

LA CORDE DU PENDU, de Nicole Provence

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En 1817, la France est divisée entre les défenseurs de Bonaparte, exilé à Sainte-Hélène, et les royalistes – la troupe est envoyée pour mater les révoltes à St-Andréol-le Château. Honoré Angéolas fait partie de ceux qui espère envers et contre tout que l’ex-empereur reviendra – il se cache de la troupe qui recherche les insurgés dans une vieille masure à l’abandon, dont seule son épouse Alphonsine connaît le secret.

Bien qu’enceinte la jeune femme n’hésite pas à porter des vivres et du linge à son époux, qui compte bien assister à la naissance du bébé qu’ils baptiseront Désiré.
Hélas, peut-être Alphonsine ne fut-elle pas assez prudente, mais Honoré a été trahi et est pris et pendu le jour même sur une colline baptisée depuis « la colline des pendus », bien visible à la ronde pour que cela serve d’exemple, et toujours à titre d’exemple, le village tout entier a été obligé d’assister à la mort d’Honoré, un homme apprécié de tous.
Le jour même de la pendaison Alphonsine met son enfant au monde ; malgré son chagrin elle travaille dans les vignes.
Trois ans plus tard, elle épouse Antoine Grillet ; l’homme ne montre guère d’affection  à son épouse, il ne souhaite qu’un héritier en fait ; quant à Désiré,  l’enfant d’Alphonsine et Honoré, il le déteste et le maltraite, sans que sa mère ne s’en rende compte.

En 1870, alors que Napoléon III entraîne la France dans la lutte contre les Prussiens, Philidor Angéolas, le fils de Désiré, constate avec chagrin que ses vignes semblent atteintes du même mal que celui qui a déjà détruit la plupart des vignobles aux alentours – au point que les vignerons se sont recyclés et ont planté des arbres et buissons fruitiers. 
Le jeune homme tient à cet héritage familial – il s’occupait déjà du vignoble de son grand-père depuis ses 12 ans, après l’avoir reçu en cadeau de son père.  
Au village vivent toujours Antoine Grillet et son cousin Ernest, septuagénaires qui se moquent de Philidor et de ses vignes. 

Un matin on retrouve les corps de Grillet et Ernest assassinés – une blessure à la poitrine, et les corps déplacés vers le bois des  pendus.

Entre en scène, le maréchal des logis Gontard et son assistant Blavet. Gontard étant monté en grade il a dû s’installer à St-Andréolas. Désormais, père d’une adorable petite-fille, il n’hésite pas de partager ses idées sur les enquêtes avec Césarine, une épouse qui n’hésite pas à lui donner son avis, même et surtout quand il ne le lui demande pas.

Après enquête préliminaire, les soupçons se portent sur Philidor Angéolas, dont l’inimitié à l’égard des 2 hommes était connue dans le village. Les hommes s'étaient disputés avec Philidor la veille du crime.
Une autre suspecte pourrait bien être la belle et sulfureuse Appoline, avec qui Philidor a vécu une brève mais chaude aventure !
Elle est de la famille des deux cousins et elle les avait approché pour une aide financière.

Pour Blavet, l’assistant de l’enquêteur Gontard, la culpabilité de Philidor ne fait aucun doute ; par contre Gontard n’est guère convaincu – toutes les pistes mènent effectivement au jeune homme, mais cela semble un peu trop facile, trop évident = disputes et inimitiés entre les hommes, ainsi qu’un secret détenu par Philidor, qui lui avait été confié par son père.
Avant une arrestation, Gontard veut creuser un peu plus en profondeur.

Je poursuis sur ma lancée des polars historiques pour l’instant. J’ai apprécié cette nouvelle enquête du maréchal des logis Gontard, dont la complicité avec sa jeune épouse fait plaisir à lire.

L’enquête paraissant très – trop – simple, j’ai apprécié la volonté et le sérieux de Gontard à  découvrir le coupable, malgré les certitudes de son adjoint.

A propos du coupable, sans vouloir faire « ma prétentieuse je-sais-tout », j’ai immédiatement découvert qui il était – c’était tellement évident.
Ceci dit, cela ne m’a pas gâché le plaisir de lire, au contraire.

Nicole Provence sait créer une ambiance grâce à ses descriptions de paysages, de personnages. Ainsi que les mesquineries entre villages voisins.

Dans cette histoire-ci,  des secrets donnent l’impression d’être bien enfouis,  les coupables ne sont peut-être pas aussi coupables qu’il y paraît et  les innocents ne le sont peut-être pas non plus, j’ai pris plaisir à me laisser réchauffer par le vent du sud.
La romancière nous parle aussi de la fabrication du feutre destiné aux chapeaux et des problèmes de la vigne à cette dramatique époque où tous les vignobles français furent dévastés par la maladie de la vigne.

Un roman historique délassant, bien documenté comme toujours, qui fleure bon le midi, avec une belle brochette de personnages, une touche de romanesque et une enquête intéressante.


09 mai 2017

DEUX ENQUETES D'EDWARD HOLMES & GOWER WATSON, de Jean d'Aillon

D’après les Chroniques d’Edward Holmes durant la cruelle et sanglante guerre entre Armagnacs et Bourguignons

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LE CHANOINE A LA LEVRE TORDUE – l’année est 1422, le mois d’octobre – Edward Holmes s’ennuie, il a résolu le complot dirigé contre le roi d’Angleterre et régent de France Henri V. Gower Watson file le parfait amour avec la jolie veuve Bonacieux, mais il est soucieux = lorsque son ami, le clerc-homme de loi, n’a rien à se mettre sous les méninges, son humeur devient fort sombre.
Arrive fort à propos le chancelier de la reine Isabeau.
Un chanoine a été découvert sur les bords de Seine, assassiné d’un coup de couteau. Avec l’accord de l’évêché, l’envoyé de la reine demande à Edward Holmes de mener une enquête discrète.
Qui va révéler que le chanoine à la lèvre tordue se serait livré à  un trafic d’objets religieux, faisant partie du trésor de la Sainte-Chapelle, probablement en compagnie d’un certain Grand Collet, un truand semant régulièrement la terreur dans certains quartiers de Paris.
Pourtant, Edward Holmes est persuadé qu’il y a une autre personne qui se cache, tire les ficelles de ce trafic et qui en serait sans doute le vrai commanditaire.
Mon avis – une bonne petite enquête de facture classique, plutôt courte et  où il est,  pour une fois, moins question de la lutte que se livrent Armagnacs et Bourguignons.

 

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CINQ MEDAILLES D’ARGENT – décembre 1422 – le roi de France, Charles VI le Fol est décédé, peu après son beau-fils Henri V, roi d’Angleterre et régent de France. Du coup, la France se retrouve avec 2 rois = l’un, l’officiel si on l’ose dire, Henri VI, encore tout petit et dont l’oncle Bedford est désormais régent de France.
L’autre, le duc de Touraine, Charles VII, qui a longtemps été considéré comme bâtard et donc surnommé « le soi-disant dauphin ».
Peu importe le nombre de rois ou de régents, les malheureux Parisiens sont écrasés d’impôts, ceux qui ne savent payer sont ou emprisonnés, ou fuient sur les routes de France.
Toutefois, quelque part en province, un complot se trame afin que les Armagnacs, soutenant Charles VII, entrent dans Paris.
Parmi eux se retrouvent des personnages qui complotèrent déjà dans « une Etude en écarlate » et une jeune femme, veuve d’un clavellier, qui pourrait les aider à ouvrir l’une des portes de Paris.
Hélas, au sein de la mesnie de l’un d’entre eux se trouve aussi une servante sans scrupules qui a décidé de s’enrichir facilement en dénonçant son maître.
Lorsque l’on retrouve un homme en partie dévoré par des loups et portant une médaille de la vierge avec au dos une effigie de Charles VII, ensuite un homme assassiné par des truands portant une similaire médaille, il est temps de faire appel à l’homme de loi Edward Holmes et son compère Gower Watson afin de comprendre le pourquoi et le comment de ces morts et ces médailles.
Mon avis – ici, l’auteur Jean d’Aillon se rattrape quant aux détails sur les Armagnacs (qui sont au dauphin devenu Charles VII de France, mais toujours en exil en Touraine) et Bourguignons qui sont au roi d’Angleterre (et donc au duc de Bedford, le nouveau régent, puisqu’en Henri V est décédé récemment, juste avant Charles VI le Fol  et l’enfant Henri VI est considéré comme le nouveau roi d’Angleterre et de France) – avant que ne démarre l’enquête proprement dite, la moitié de cette nouvelle nous fait assister à un complot visant à faire entrer les Armagnacs dans Paris. Il faut donc attendre tous les détails des comploteurs avant qu’Holmes et Watson n’entrent en scène. Même si la partie historique est intéressante, je l’ai trouvée un peu longue.

Comme dans les enquêtes précédentes d’Edward Holmes et Gower Watson, l’accent est mis sur la misère des Parisiens, fort malmenés par le duc de Bedford, qui n’arrête pas d’augmenter les taxes et dont les hommes qui lui sont dévoués n’hésitent pas terroriser le peuple.
Trahisons en tous genres sont la toile de fond de ces enquêtes, où on  ne sait pas toujours qui est à qui.
Les rues de Paris sont pratiquement vidées du peuple, les boutiques d’artisans se sont vidées et pas mal de gens se sont retrouvés sur les dangereuses routes de France, dans l’espoir de trouver de quoi subsister.
Ceux qui n’ont guère de scrupules sont devenus des hordes de bandits, dont les écorcheurs sont les plus sinistres.

De roman en nouvelle, on retrouve les personnages découverts dans les enquêtes précédentes, de Holmes et Watson, mais aussi la reine Isabeau et ses fidèles, ainsi que Constance Bonacieux, Gracieux le molosse, les « irréguliers » faisant partie désormais de la mesnie.

Vous l’aurez deviné, j’ai préféré la nouvelle « Le Chanoine à la lèvre tordue », car plus courte et avec moins de complications et de personnages que « les Cinq Médailles d’Argent », même si cette dernière n’est pas sans intérêt lorsqu’on apprécie les polars historiques teintés d’espionnage.

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08 mai 2017

LE CHIEN DES BASQUEVILLE, de Jean d'Aillon

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D’après les Chroniques d’Edward Holmes durant la cruelle et sanglante guerre entre Armagnacs et Bourguignons

Deux grands chapitres sont développés dans cette nouvelle et difficile enquête d’Edward Holmes & Gower Watson = MENTERIE et MECROIRE.

Au printemps 1422, Edward Holmes s’ennuie copieusement – pourtant il est devenu un clerc-homme de loi recherché par les personnes dans le besoin, mais il semble que pour l’instant, malgré les pénuries dans Paris, il ne se passe pas grand’chose, et comme le constate à chaque fois son ami l’arbalétrier Gower Watson, il sombre dans une forme de dépression.
De son côté, Watson est au mieux désormais avec la charmante Constance Bonacieux, devenue veuve.
Lorsqu’on apporte un ordre de la reine Isabeau convoquant  Holmes, celui-ci suppose immédiatement une nouvelle affaire.

Effectivement la reine le prie d’assurer la sauvegarde de Jeannette de la Tour, sa dame de compagnie préférée pour l’instant.
Celle-ci aurait  hérité de son mari, Nicolas de Basqueville, d’une importante somme d’argent confiée à un Lombard ; le reçu de cette somme se trouverait dans un coffret caché dans les caves du château de Basqueville. Or les Anglais occupant désormais le château, Jeannette et les gens de maison ont fui, elle n’a pu emporter le coffret.
Edward Holmes qui est un clerc dont la perspicacité et  l’esprit logique ne sont  pratiquement jamais mis en défaut, pense que la reine lui cache la vraie raison pour récupérer le coffre puisqu’elle n’a pas hésité à  lui dire qu’il contient aussi d’autres papiers en dehors du reçu et elle les veut.

Munis de tous les sauf-conduits nécessaires, Holmes & Watson ont engagé des personnes dignes de confiance pour former une petite troupe afin de faire face aux éventuels brigands sur les routes. Le pays étant toujours en proie aux luttes entre Armagnacs et Bourguignons, la pauvreté a jeté sur les chemins des gens qui n’hésitent pas à dérober et tuer les voyageurs. Les écorcheurs sont particulièrement redoutables.
Le trajet jusqu’à Basqueville se passe bien, même si au moment où Edward Holmes décide que seuls lui, Watson, Jeannette de la Tour et un jeune ymagier très talentueux vont se rendre au château, Watson souffre de fièvres et diarrhées.
Seuls Holmes, Jeannette et l’ymagier se rendent donc sur place – la présence de l’ymagier est en fait un prétexte imaginé par Holmes pour ne pas éveiller les soupçons = il doit dessiner des portraits de Nicolas de Basqueville d’après les gisants. So far so good comme disent les Anglo-saxons, mais ça ne va pas durer.

A peine nos amis ont-ils découvert l’endroit où se trouvent la dalle cachant le coffret qu’Edward Holmes est assommé et la gracieuse Jeannette de la Tour a bel et bien disparu avec le coffre.
Malgré sa sagacité, le clerc Holmes, comme la reine Isabeau d’ailleurs, s’est fait duper par la jeune dame de compagnie.
La reine lui révèle alors ce dont il se doutait = dans le coffre se trouvent des papiers importants la concernant, des lettres qu’elle a écrites et qu’elle veut récupérer.

Commence alors pour nos amis, une aventure compliquée – heureusement pour les aider, ils ont les dessins que le jeune ymagier fit de la donzelle, mais cela ne suffit pas vraiment à la retrouver dans Paris – c’est alors que 2 jeunes orphelins leur proposent leur aide moyennant petite rétribution car dans ce Paris dominé par la famine, la misère, où les monnaies n’ont pratiquement plus aucune valeur, un petit denier serait le bienvenu pour qu’ils puissent manger.
Edward Holmes et Gower Watson vont faire mieux, ils vont les engager comme « examinateurs irréguliers » et les loger chez dame Constance qui a grand cœur.
Amaury et Thomassin n’en croient pas leur bonne étoile et commencent immédiatement leurs recherches.

Entretemps de bien peu scrupuleux personnages dont la Jeannette ont envoyé une lettre à 3 nobles dames leur disant qu’ils détiennent des lettres compromettantes et exercent dont un chantage non seulement sur la reine de France, mais aussi sur 2 autres dames du royaume.
Et toutes ces personnes veulent récupérer les lettres bien sûr et envoient leurs gens d’armes chez Holmes & Watson.
Ceux-ci peuvent compter sur l’aide de Gracieux, le chien des Basqueville, qui les a pris en amitié et qui n’hésite pas à attaquer ceux qui veulent du mal à ses héros.

Ayant apprécié la première enquête d’Edward Holmes & Gower Watson, j’ai eu envie de poursuivre rapidement, d’autant plus que « le Chien des Baskerville » - auquel le titre de ce livre-ci est un clin d’œil-hommage – est l’un de mes livres préférés dans le canon holmésien.

Je dois le reconnaître cette histoire-ci m’a encore beaucoup plus plu que la précédente, d’abord parce que les péripéties de nos deux héros sont passionnantes, mais aussi parce qu’on y découvre le fameux « Chien des Basqueville », qui porte le nom de « Gracieux » (plutôt mal nommé car il est tout sauf gracieux !), mais contrairement à celui du 19ème siècle, celui-ci est une bonne pâte de molosse, assez  laid mais qui s’attache immédiatement à Edward Holmes et  Gower Watson.  
En fait, ce chien me fait plus penser par sa gentillesse (sauf si on touche à ses amis =^-^=) à « Toby », le chien qui aide Holmes & Watson dans « the Sign of Four ».
En supplément à l’introduction de Gracieux, l’histoire nous apporte aussi les « Irréguliers » comme dans le canon holmésien, ici deux jeunes orphelins, Amaury et Thomassin, qui connaissent les rues de Paris comme personne.
Et,  last but not least  un nouvel examinateur est également introduit dans les connaissances d’Edward Holmes, il s’agit de Grégoire Lestrade, à qui on a donné le titre de commissaire-examinateur.
Son rôle est réduit dans cette aventure-ci.

Comme dans l’enquête précédente, il y a pas mal de détails historiques, parfois un peu compliqués car les gens de pouvoir retournent leurs casaques comme nos politiciens retournent leur veste. 
Trahisons, personnages qui ne sont pas ce qu’ils prétendent, etc. Tout est réuni pour envoyer les examinateurs sur de fausses pistes.

Il y a toutefois moins de détails sur l’état des rues et des maisons – par contre, l’accent est bien mis sur la misère des Parisiens, qui sont pris entre les deux factions se disputant la France de l’époque.

Le livre est suivi par une postface décrivant le vrai et le faux dans ce polar historique, ainsi qu’un très court résumé sur les rois de France et d’Angleterre de l’époque, chacun estimant avoir le droit de porter la couronne.

En conséquence, je recommande vivement la lecture de cette enquête-ci, encore plus passionnante que la précédente.

Je me permets de vous rappeler le site consultingblogger où tout, absolument tout, vous est dévoilé sur Holmes & Watson

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06 mai 2017

UNE ETUDE EN ECARLATE, de Jean d'Aillon

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D’après les Chroniques d’Edward Holmes durant la cruelle et sanglante guerre entre Armagnacs et Bourguignons

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce pastiche-hommage aux enquêtes de Sherlock Holmes et John Watson n’est pas une réécriture des aventures du détective-consultant, mais plutôt une page d’histoire de France, un formidable polar historique – seul le titre est une référence aux écrits d’Arthur Conan Doyle à savoir « Une Etude en rouge ».
Que dire de ce roman qui m’a tenue en haleine – encore faut-il s’intéresser au moyen-âge, ce qui est mon cas mais peut-être pas jusque dans de tels détails.
Car croyez-moi, des détails il y en a et non des moindres, à commencer par le langage, les termes d’époque – le roman est suivi par un lexique qui n’est pas de trop pour comprendre certains termes.

Ceci dit, l’écueil du langage passé, on s’intéresse surtout à l’intrigue, plutôt compliquée, car il s’agit de la guerre que se firent Armagnacs et Bourguignons sur le sol français, Paris – surtout ses habitants – étant les victimes de tous ces massacres, épidémies, famine, multiples trahisons et  vengeances personnelles dont la congrégation des bouchers n’est pas des moindres.

Le sang coule à flots dans cette histoire, un petit peu trop à mon gré, toute guerre cependant porte son lot de victimes innocentes, à commencer par les femmes et les enfants.

Que nous raconte cette histoire haute en couleur, celui du sang surtout = Charles VI le fol n’étant plus à même de régner, son épouse la détestée Isabeau de Bavière, reine de France, signe un traité dans lequel le roi d’Angleterre Henri V, époux de la fille de la reine, est désigné en tant qu’héritier du trône de France.
Au détriment du fils d’Isabeau, le futur Charles VII qui a été déclaré bâtard !!!

Pendant ce temps, Edward Holmes, clerc au service de son demi-frère le baron de Roos qui a hélas été tué au cours de la bataille de Baugé, a été chassé de la maison par le fils de l’intendant du nouveau baron, résident en Angleterre et encore trop jeune pour comprendre la situation de ce demi-frère qu’il ne connaît pas, Holmes est effectivement le fils naturel du maître de la lignée et méprisé par les autres fils et filles, sauf celui qui décéda
Compte tenu de la situation très difficile à Paris, Holmes n’a pas la possibilité d’obtenir le sauf-conduit qui pourrait l’aider à regagner l’Angleterre et subsister à Paris va lui poser des problèmes car il ne lui reste rien.

Dans la taverne qu’il fréquente régulièrement, il obtient le gîte et le couvert, mais ce sera pour peu de temps.
Un archer anglais, Gower Watson, blessé à Azincourt, mais particulièrement habile lui propose de partager son logis chez maître Bonacieux dont il est le garde du corps. Ce veule personnage est le mari d’une charmante jeune femme, Constance (merci Alexandre Dumas =^-^=) ; Edward Holmes n’a pas les moyens de se montrer difficile et moyennant d’aider le Bonacieux à ses comptes, il sera logé et nourri.
De plus, Holmes aide certaines personnes, injustement accusées, d’obtenir des lettres de rémission sans quoi les malheureux se retrouveraient rapidement exécutés. Lorsqu’il est convaincu du bien-fondé des requêtes, Holmes obtient ce que l’on demande de la reine Isabeau qui le tient en estime.

Au cours d’une de ces suppliques, il découvre par hasard un complot visant à assassiner le roi d’Angleterre dont la visite est attendue à Paris. De plus, il semblerait que le seigneur de Lusignan, dont la maison a été saccagée par les bouchers (qui méritent bien leur nom) et toute sa mesnie totalement massacrée, au point que la maison Mélusine est devenue maudite.

Edward Holmes et Gower Watson vont, au risque de leur existence même, devoir se débrouiller pour rester en vie entre les comploteurs et les bouchers qui, on le sait, ne font pas de quartier (sauf des quartiers de viandes).
D’autant plus que dans le complot visant le roi d’Angleterre figure de  hauts personnages de la noblesse anglaise qui ont aussi juré leur perte.

J’étais assez sceptique en entamant ce polar historique, je ne me situais pas vraiment Holmes et Watson dans ce contexte médiéval.

Comme toujours, on se retrouve dans une mise en abyme puisque l’auteur, Jean d’Aillon, découvre une lettre de Conan Doyle faisant référence à cet Edward Holmes et ses chroniques sous la régence du duc de Bedford.
Cette « Etude en écarlate » aurait été le point de départ à « L’Etude en rouge » écrite en 1886 par Conan Doyle. A la suite de la découverte de cette lettre, Jean d’Aillon s’est mis en tête de retrouver lesdites chroniques.
Ce style d’entrée en matière me fait toujours sourire ironiquement – « pourquoi faire simple quand on peut compliquer un début de roman » !

Tout comme le Sherlock que nous connaissons, Edward Holmes est doté d’un esprit observateur, logique ; il joue de la viole. Contrairement aux enquêtes du 19ème siècle, c’est Edward Holmes lui-même qui relate ses aventures.

La description du Paris du 15ème siècle est, je suppose, fidèle à la réalité et cela ne me donne vraiment pas envie de vivre en ces temps-là. J’ai cependant trouvé que le récit comportait trop de détails sur les rues, les maisons, les personnages – cela en devient un peu fastidieux et l’on passe ces passages-là rapidement. Quant à l’intrigue elle-même, elle n’est un secret pour personne, on sait tout dès le départ, sauf que certains personnages cachent quand même bien leur jeu et que l’on se demande comment nos amis vont arriver à s’en tirer sans trop de mal.
Le roman est suivi par une postface qui explique aux lecteurs/lectrices les tenants et aboutissants du polar historique, ce qui est vrai et ce qui est inventé par cet auteur prolifique qu’est Jean d’Aillon, et un lexique pour les termes médiévaux.

Comme je l’ai écrit plus haut, un petit peu trop de détails à mon gré, ce qui allonge le récit, mais une passionnante enquête malgré tout. 

d'autres avis sur ce roman = critiques-libres, têtedelecture, consultingblogger

je vous recommande vivement le blog consultingblogger, fort documenté, pour tout savoir sur Holmes & Watson, sur le canon et tous les avatars de Sherlock

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02 mai 2017

LA PANNE, de Friedrich Dürrenmatt

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Titre original allemand = Die Panne

Titre anglais = A Dangerous Game
Titre anglais aux USA = Traps 

Un représentant en textiles, Alfredo Traps, est forcé de s’arrêter dans un village de province pour cause de panne automobile – à la recherche d’une auberge pour la nuit, il est invité par un juge à la retraite de loger dans sa maison et même de partager le repas du soir en compagnie d’autres invités de la demeure.

Pendant le repas, les quatre vieux messieurs qui s’ennuient dans la vie à présent qu’ils sont à la retraite lui expliquent qu’ils ont l’habitude de recréer des procès célèbres du passé pour passer le temps, mais comme ils ont rarement l’occasion de s’adresser à un vrai participant en guise d’ « accusé », ils lui proposent un jeu de rôles, basé sur leurs professions respectives passées = outre le maître des lieux qui est un ancien juge, il y a un ancien procureur, un avocat de la défense.
Traps qui n’a pas beaucoup l’occasion de s’amuser durant cette soirée puisque rencontrer une dame de petite vertu est hors de question dans ce village, se prête volontiers au jeu.
Il doit  raconter sa vie de la manière la plus vraie qui soit ; plutôt éméché, l’invité s’amuse beaucoup et se raconte sans rien cacher.

Ce qui n’est qu’un jeu  va rapidement s’avérer un interrogatoire plutôt cauchemardesque pour lui, car les vieux messieurs prennent leurs rôles très au sérieux.
D’autant plus qu’à leurs yeux, Alfredo Traps est  certainement coupable de quelque chose dans sa vie privée, personne n’ayant une vie parfaite.

Comment diable notre représentant en textile va-t-il arriver à se dépêtrer de cette situation ? Quelle sentence ces messieurs vont-ils lui appliquer ?

Ce court roman écrit en 1956 a  été immédiatement adapté en pièce radiophonique à succès et connaîtra ensuite une adaptation pour pièce de théâtre comique en 1979.
Il a par ailleurs fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1972, par Ettore Scola sous le titre « La più belle serata della mia vita » (La Plus Belle Soirée de ma vie), avec entre autres Alberto Sorti, Michel Simon et Charles Vanel.
Elle a également été adaptée par en film pour la télévision américaine en 1982, remportant un vif succès.

Le roman est un réel petit bijou d’humour noir – on ne prend même pas Traps en pitié, on se demande seulement comment il va se dépêtrer de cet interrogatoire qui ne tourne vraiment pas à son avantage.
Pour Traps, sa vie est tout innocente, voire banale ; pour le juge et le procureur, nul sur cette terre n’est totalement innocent.
Au suspense véritable de cette histoire vient aussi se greffer un questionnement philosophique (un sujet récurrent chez Dürrenmatt) sur la nature humaine.

A lire absolument !

Ne fut-ce que pour la préface où l’auteur parle avec ironie de la difficulté d’écrire. Un régal. 

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Friedrich Dürrenmatt est un auteur et artiste suisse, né en 1921 dans le canton de Berne. Il est décédé à Neuchâtel en 1990. En dehors d’être auteur de romans policiers, il fut aussi dramaturge et peintre.
Il semblerait qu’il ait hérité de son célèbre grand-père d’un esprit provocateur ; Dürrenmatt dira d’ailleurs que toute sa vie ce grand-père l’inspira dans son écriture.

Friedrich Dürrenmatt a fait des études de littérature allemande et histoire de l’art, ainsi que les sciences de la nature à l’université de Berne. Il fera un bref passage à l’université de Zurich, toujours étudiant la littérature allemande.
Son œuvre de dramaturge s’inspire de Bertold Brecht et Frank Kafka, entre autres.
Sa première pièce de théâtre provoquera un scandale = les « Fous de dieu » une comédie apocalyptique.

Luttant pour faire bouillir la marmite et pour vaincre un diabète, il se met à l’écriture de nouvelles, romans policiers et pièces radiophoniques. Les romans policiers paraissent sous forme de feuilletons dans des journaux.
En 1952, l’une de ses comédies remporte un certain succès et il perce en tant qu’auteur et dramaturge.
Ses comédies sont généralement plutôt sombres, il estime que c’est de cette manière que l’on peut dénoncer la nature humaine dans ce qu’elle a de plus déplaisant.
Il aime la satire et la critique sociale. 

A quelqu’un qui lui demandait pourquoi ses romans et pièces étaient aussi macabres, il répondit =  « une histoire n’est pensée jusqu’au bout que si elle prend la pire tournure possible (voire imprévisible) »

Ceci est ma première incursion - mais pas ma dernière - dans le monde de Dürrematt, bien que je connaisse comme tout le monde sa pièce la plus fameuse « La visite de la vieille dame », qui est un réel étalage de personnages les plus vils que j’aie rencontrés.

01 mai 2017

VOICI REVENU LE TEMPS DU MUGUET

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Issus de mes pinceaux ou dans la réalité, je souhaite que chaque brin, chaque clochette vous apporte la joie, le bonheur pour cette année et celles à venir

27 avril 2017

PREMEDITATION, de CHI LI

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Titre original chinois = yùmóu shārén

Un  livre court qui m’a énormément plu par son humour caustique et noir, auquel je ne m’attendais pas.

Imaginez une vengeance que vous n’arrivez absolument pas à assouvir car à chaque fois que vous pensez y être arrivé, quelque chose se produit qui sauve la vie de l’objet de votre vengeance, mais par contre c’est vous qui finissez par être puni.
Avouez qu’il y a de quoi râler jusqu’à la fin de son existence.

La famille des Wang fut, il y a longtemps, fort prospère. Malheureusement l’opium, le jeu, les prostituées, ont rapidement ruiné cette famille, dont le dernier élément Wang Liegou, élevé par une grand-mère vindicative à souhait, n’arrive pas à encaisser que la famille des Ding ait prospéré pendant que les Wang gaspillait leur fortune.
La grand-mère lui a bien farci le crâne de la responsabilité des Ding dans leur infortune et lorsque une très jolie jeune fille accepte la demande en mariage de Ding Zhong Wang, la coupe est pleine et il décide de tuer celui qu’il considère comme son pire ennemi.
Comble de malheur, on lui a fait épouser une jeune fille laide, au visage abîmé par la petite vérole.
C’en est trop et voilà Wang Liegou qui part rejoindre l’armée.
Il va tenter d’utiliser le conflit sino-japonais pour assouvir sa vengeance, profiter notamment d’une mission communiste pour trahir, ce traquenard comme tout le reste va se retourner contre lui.

Il ne lui reste finalement qu’une chose à faire, retourner au village – où il apprend que sa grand-mère est morte depuis 2 ans, où son épouse vérolée est toujours là et a entretenu la maison et a aussi eu un fils suite à leur nuit de noces. Elle a élevé seule ce garçon qui a à présent 10 ans et est finalement content de rencontrer son père.
Ce que Wang Liegou n’arrive vraiment pas à encaisser, c’est que son épouse défend les Ding – après tout, la fortune ne se gagne pas en jouant et fumant de l’opium, mais en travaillant.
La sagesse finalement l’emportera et Wang Liegou veillera à ce que ses enfants aient une bonne éducation.

Sur fond d’histoire de la Chine, du conflit sino-japonais et de la guerre civile entre nationalistes et communistes chinois, la vie des Wang et Ding s’étale sur une dizaine d’années, sans que Wang Liegou n’arrive à ses fins.
L’histoire est truffée de personnages historiques avérés, qui se mélangent au conflit personnel Wang/Ding.

On aurait presque pitié de Wang Liegou dans ses tentatives manquées, s’il n’était d’aussi mauvaise foi.

Une sympathique découverte que je dois à Manu.
Un livre que je  vous encourage à découvrir, si ce n'est encore fait.

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26 avril 2017

MERCI POUR CE ROMAN, de Bernard Drion

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Par la Compagnie Alessandro Burattini

Mise en scène de Bernard Drion

Fabienne Thonon est l’auteure number one des éditions Alban Muchel – que se passe-t-il cette saison-ci ? elle avait promis son livre pour juin et elle n’a même pas encore écrit une seule page !
Au sein de  la maison d’éditions c’est la panique – ils sont fortement dans le rouge à la banque et leur auteure number one a quand même quelques exigences coûteuses, comme le champagne et autres plaisanteries.
Le problème, si son roman n’est pas édité, il va y avoir du raffut chez les aficionados de l’auteure – Marie-Louise Delphin par exemple est au bord de la crise de nerfs.

Les réunions du triumvirat formant le comité de lecture ne se passent pas au mieux non plus – et les relations personnelles au sein du couple formant les éditions Alban Muchel ne sont pas au beau fixe.
Pendant ce temps-là, la créatrice ne crée rien du tout et tout le monde panique. La directrice de la maison d’éditions est obligée de faire appel à son « coach zen », qui a le mauvais goût d’aussi réclamer de l’argent – mais qu’est ce qu’ils ont tous !

La troupe de comédiens amateurs (de grande qualité pour des amateurs !) – voir l’affiche pour les noms – se lance à corps perdu dans cette satire débridée du monde de l’édition  et des prix littéraires.

Les jeux de mots et calembours abondent – parfois un peu trop, mais soit – après tout, nous sommes dans du théâtre de boulevard et c’est fait pour faire rire.
C’est normal que ce soit un peu chargé. Le dernier acte (après entracte) est d'un rythme plus rapide, avec quelques rebondissements.
Personnellement j’ai plus souri que ri (non ceci n’est pas du chinois ), mais peut-être n’étais-je pas au mieux de ma forme pour tout apprécier.

J’ai cependant passé une amusante soirée, à voir tout ce petit monde courir dans tous les sens dans l’espoir que l’auteure unique et préférée de la maison d’éditions accouche enfin de son roman tant attendu.
Oui, mais ….

Le site alban-muchel 

JOURNAL INTIME D'UN CHAT ACARIATRE, de Sylvie Jouffa & François Jouffa

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Nous connaissions déjà « Le Chat Assassin » (ici - pas triste non plus celui-là !), le Chat Voyageur du temps (ici), le Chat de Gaston Lagaffe (ici), « Simon’s Cat » (ici), sans oublier « le Chat Hypocrite » qui a aussi plus d’un tour dans son sac (ici) ainsi que le petit CHI (ici).

A présent nous avons LE CHAT ACARIATRE.  
Prénom Edgar et surtout ne l’appelez pas « mon minou, mon minet » il déteste ça !
Et pour ce qui est de l’être « acariâtre », il l’est croyez-moi – il n’arrête pas dans ce journal intime hilarant, où il partage avec nous, lecteurs, son quotidien qui, à l’entendre, est pire qu’une prison.
Ne parle-t-il pas d’ailleurs de ses « Jours de Captivité », qui commencèrent au début d’un mois de juin, lorsqu’il fut adopté par une famille qu’il a immédiatement baptisée « les Crétin, père, mère, fille et fils » avec en prime ô horreur le chien Patapouf, baveur, emm….deur, etc. et qui a eu le mauvais goût de lui refiler des puces !

Le journal du chat se termine par son 400ème jour de captivité, toujours chez les Crétin, concluant malgré tout qu’il les aime bien.

Pourtant, il en a vu de toutes les couleurs avec eux = obligé d’aller chez un monstre en blouse blanche (traduisez le vétérinaire), obligé de manger des croquettes ou des boîtes alors qu’il préfère le poulet rôti, bien dodu.
Il le dit = il n’est pas apprécié à sa juste valeur, par exemple lorsqu’il refait la garde-robe de Séverine (mme Crétin) avec ses griffes.
Cette famille n’est pas non plus capable d’apprécier ses cadeaux = souris morte sur l’édredon, ils ne l’ont même pas remercié, au contraire ils ont hurlé qu’il était un assassin.
Pffffft, des gens comme ça, ça vous dégoûterait presque des humains.
Par contre, l’herbe à chat … ça c’est une découverte, il y est totalement accro.
Bien qu’il n’aime pas la pluie, il se « sacrifie » pour sortir au jardin, se salir les pattes et revenir s’installer sur le tout nouveau tapis beige clair – cela lui donne un tout autre cachet à ce tapis si morne !

Je ne peux pas vous résumer toutes les frasques, tous les états d’âme d’Edgar mais si l’occasion se présente, lisez son journal intime – il est très drôle. 
C'est un joli livre d'anthropomorphisme, mais que celui qui n'a jamais prêté de pensées "machiavéliques" à son chat, leur jette la première pierre.

(grand merci à l’amie qui me l’a fait découvrir)

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24 avril 2017

DRIES, de Reiner Holzemer

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 Avec la participation d’Iris Apfel, icône de la mode – Suzy Menkes – Pamela Golbin – Patrick Vangheluwe –  et surtout Harry, le chien airedale

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Version anglaise, avec sous-titres français et néerlandais

(illustrations trouvées via la photothèque google)

Le documentaire du réalisateur allemand Reiner Holzemer nous fait découvrir non seulement les coulisses du créateur belge (Anversois), mais nous ouvre aussi quelques pages personnelles et intimistes du créateur de mode.

De son bureau/maison à Anvers, jusque dans les divers défilés, Dries van Noten se dévoile un peu, tel qu’il est = amoureux des couleurs, des idées différentes des autres, de la mode qui est un concept qui change désormais.
Le spectateur assiste à quelques défilés, aux mises en scène de ceux-ci avant qu’ils n’aient lieu – mais surtout dans les coulisses du créateur.

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Dries van Noten se confie quelque peu également dans sa vie privée, qu’il partage depuis 28 ans avec Patrick Vangheluwe, lui-même créateur de mode, associé à Dries et partenaire professionnel. Leur entente fonctionne tellement bien que travailler ensemble quotidiennement n’est pas un problème pour leur  relation – ce qui est rare.

Pour se ressourcer, Dries qui est plus que pointilleux – perfectionniste selon ses dires –  se retrouve dans son superbe jardin, dans une propriété qui ferait rêver des princes par les magnifiques objets décoratifs qui s’y trouvent.
Afin de compléter ces objets, Dries et Patrick choisissent avec infiniment de précision (et de goût évidemment) les fleurs qui se marieront dans ce décor, qui seront en parfait accord avec les tissus des mobiliers.
Pour ce créateur aux idées magiques (c'est moi qui le dit =^-^=), chaque parcelle du jardin est plantée d’arbustes et plantes offrant le même charme visuel que les créations de vêtements.

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Dries van Noten a suivi les cours de l’académie d’Anvers, il est issu d’une famille de tailleurs et il aurait pu suivre la tradition familiale, seulement cette vie là ne semblait pas faite pour lui. Avec ses copains de classe, il fera partie des SIX D’ANVERS (à savoir Ann Demeulemeester, Walter van Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkenbergs et Marina Yee).

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Malgré les grandes difficultés que traverse désormais le monde de la mode, surtout celui de la création, Dries van Noten a décidé de conserver son indépendance – non sans avoir songé éventuellement à vendre son entreprise ou s’associer.
Il a aussi créé une succursale en Inde, où un de ses collaborateurs, sur place, veille à la bonne marche des travaux d’aiguille compliqués, et surtout à ce qu’une éthique professionnelle soit respectée, ce qui m’a définitivement conquise à propos de van Noten.

En 25 années de carrière, Dries n’aime toujours pas le terme de « mode » car ce mot selon lui concerne un concept qui est fini en 6 mois. Il aimerait trouver un mot où le temps n’aurait pas sa place.

Une chose me préoccupe, et je n’ai pas trouvé la réponse dans le documentaire = depuis les années 1990, les mannequins sur le « catwalk » ne sourient plus dans les défilés – c’est vraiment dommage, car montrer des tissus aussi colorés, des mélanges inspirés par les ethnies et ne pas sourire parce que ce n’est plus à la mode, cela me fait de la peine.

Pour avoir travaillé dans la mode (blue jeans) j’aurais aimé avoir l’opinion de Dries van Noten sur le sujet, mais il n’en a pas parlé.

Iris Apfel, icône de la mode - plus de 90 ans
et grande admiratrice (adoratrice) de Dries van Noten

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23 avril 2017

MADAME LA MARQUISE ET LES GENTLEMEN CAMBRIOLEURS, de Frédéric Lenormand

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Lorsque j’ai entamé ce polar historique, véritable parodie (plutôt que pastiche), des romans d’époque, je ne m’attendais pas à rire presque sans arrêt.
Il est vrai que la marquise en question -  alias la très célèbre et réelle  LUISA CASATI qui inspira nombreux auteurs et peintres, mécène, femme généreuse que sa générosité et son extravagance ruina – la marquise est tellement « vivante » grâce à Frédéric Lenormand que l’on se prend à regretter de ne pas l’avoir connue.

Lorsque l’histoire commence en 1951, à Londres, au Victoria&Albert,  notre marquise n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut au temps de sa gloire – elle est pratiquement ruinée, vit chichement même si elle tente de jeter de la poudre aux yeux d’ un photographe à la recherche d’un cliché original.
Elle va alors lui raconter son histoire, comment elle croisa Alfred Lupin (oui vous avez bien lu = Alfred, frère de l’autre) et comment elle fut la seule à ne jamais être réellement dupe de ses multiples déguisements.

Lorsqu’elle s’installa au Ritz en 1908, le directeur (Monsieur Elles) espérait contre toute attente qu’elle s’installât dans un hôtel concurrent – d’autant plus qu’elle s’obstine à l’appeler « Monsieur Ritz », parce que s’installer chez « Elles », ça ne fait pas très sérieux !
Si seulement elle était seule, mais non, elle a non seulement une suite de serviteurs noirs, un boa, un perroquet et surtout un guépard, qu’il faut surveiller car il est très tenté par les cuisses appétissantes des jeunes Parisiennes.
C’est à la recherche de ce galopin de guépard qu’elle croise non seulement Alfred (il vous fait le bonjour !), mais aussi son nemesis l’inspecteur Galuchard, hélas pas une lumière !
Ensemble, ils enquêtent sur le cadavre trouvé sur le toit du Ritz – face à la colonne Vendôme où se trouve la statue de Napoléon, statue qui attire le frère du gentleman cambrioleur.

Lors d’une soirée où chante la célèbre Melba (surtout connue pour son dessert désormais), chantant l’air des bijoux, lesdits bijoux vont temporairement disparaître. Luisa Casati va ingénieusement les retrouver, pendant que le vrai Velasquez du 1er étage est volé.
Cela continue comme cela pendant tout le roman = les « folies » de la belle marquise, les déguisements d’Alfred, les galopades incessantes de Galuchard qui court partout, sans résultat.

Je le reconnais, la marquise Luisa Casati m’a fascinée tout au cours du roman – j’ai un faible pour les personnages féminins hors du commun, et cette femme qui avait décidé d’être une œuvre d’art vivante était bien faite pour attirer l’attention, il n’est pas donné à tout le monde de se promener avec un guépard en laisse.
D’ailleurs, le jeune photographe à qui elle raconte ses exploits parle d’elle en ces termes = «  je vis pour la première fois la plus éblouissante, la plus extraordinaire, la plus renversante créature qu’il m’ait été donné de rencontrer, une chimère mi-femme mi-panthère à la crinière écarlate, à la peau d’une blancheur de neige, dont les yeux cernés de noir vous fixaient avec l’intensité d’un fauve »
Au moment de leur rencontre (1951) elle n’a toutefois plus que des pékinois. 

Le clin d’œil à Maurice Leblanc et Arsène Lupin est un sympathique hommage, c’est peut-être un tantinet impertinent – après tout nous sommes dans la parodie, mais jamais vulgaire et vraiment très drôle.
C’est le premier roman de Frédéric Lenormand que je lis – je le connais de nom pour les « enquêtes de Voltaire » et les « nouvelles aventures du juge Ti », mais son style me plaît énormément.

Le roman mélange habilement des personnages célèbres (la marquise a réellement existé, comme l’atteste le beau portrait que Giovanni BoldIni peignit, la cantatrice Melba et quelques autres personnalités de la vie parisienne du début du 20ème siècle) et les personnages inventés par l’auteur.
On y parle de faits historiques avérés, rien n’est laissé au hasard dans la vie de notre marquise, dont les beaux yeux ont fait mourir d’amour, mais pas Molière 

Comme écrit plus haut, la marquise Luisa Casati inspira des peintres comme BoldIni mais aussi Kees van Dongen,  Man Ray, Cecil Beaton et Salvador Dali.
Du côté des auteurs, c’est Maurice Druon qui la mit en scène dans « La Volupté d’être » (que j’aimerais lire) adapté au cinéma par  Vincente MInelli,  avec Ingrid Bergman.
Elle eut une relation avec Gabriele d’Annunzio qui s’en inspira également pour un roman, et Robert de Montesquiou.
Même le cynique Jack Kerouac fut fasciné au point d’accrocher une reproduction de son portrait au-dessus de sa table de travail.

Le roman de Frédéric Lenormand est  réellement distrayant à souhait – idéal pour les vacances ou un jour de grosse fatigue (comme ce fut mon cas =^-^=)

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21 avril 2017

A GRAVE MATTER, d'Anna Lee Huber

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3ème enquête de Kiera Darby & Sebastian Gage

Ecosse 1830-1831 – le pays se prépare à fêter Hogmanay, le nouvel an – une fête plus importante aux yeux des Ecossais que la fête de Noel – c’est à Hogmanay que l’on invite la famille, les amis, et que l’on offre les cadeaux. Inutile de dire que le whiskey coule à flots.

Kiera St. Mawr Darby n’a pas du tout le cœur à faire la fête – dans une aventure précédente, elle a dû se défendre contre une accusation de meurtre et la 2ème enquête à laquelle elle participa s’est terminée dramatiquement pour son ami d’enfance et professeur d’art, sa vie à elle ayant été fortement mise en danger.
Elle n’a dû la vie qu’à Sebastian Gage, avec qui elle enquêta une fois encore, cette fois pour sauver l’honneur de son ancien professeur. Hélas ils ne purent le sauver lui et Kiera, profondément affectée, est retournée à au domaine familial de son enfance, géré désormais par son frère.  Même peindre lui est pénible désormais. Quant à son frère, il s’en veut de ne pas avoir vu clair dans les manigances du premier mari de la jeune femme, traumatisée par cette expérience qui a terni sa réputation (l’homme était peut-être anobli, mais son caractère n’avait rien de noble).

Au moment où les 12 coups de minuit ont retenti et que la tradition du « first footer » - c'est-à-dire la première personne à franchir le pas de porte pour apporter les vœux de bonheur et prospérité (généralement un membre de la famille) – commence, arrive un jeune serviteur du manoir voisin, couvert de sang.
Du sang de son ami et mentor, le vieux concierge de Dryburgh Abbey ayant surpris des voleurs de cadavres en plein travail.
Le maître des lieux participant à la grande fête d’Hogmanay organisée par la famille de Kiera, il part avec l’oncle de celle-ci qui est le magistrat du comté, avec le frère et Kiera elle-même.
Pour elle, le cauchemar recommancerait-il ? les regards soupçonneux se tournent évidemment vers celle qui est la veuve d’un anatomiste qui se servait des voleurs de cadavres pour un manuel d’anatomie.
Heureusement, le comte Buchan, maître du domaine de Dryburgh souhaite seulement son aide et ce qu’elle connaît de la situation, après tout elle a déjà participé à 2 enquêtes – il lui demande d’écrire à Sebastian Gage afin de mener celle-ci.

La situation est tout de même différente des précédentes = ici, seulement le squelette  a été volé, tous les effets,  avec lesquels l’aïeul du comte Buchan étaient enterré,  sont restés dans la tombe. Les personnes superstitieuses n’hésitent pas à accuser « la nonne de Dryburgh », un fantôme qui erre la nuit dans l’abbaye à la recherche de son amour perdu (selon Walter Scott).

Lorsque Sebastian Gage arrive, il confirme à l’oncle de lady Darby et sa famille que ce vol de squelette n’est pas le premier, au contraire – deux cas similaires se sont déjà produits précédemment – à chaque fois, seul le squelette fut volé.
Le vol des squelettes est généralement suivi d'une demande de rançon si la famille souhaite récupérer les os. 

En intrigue secondaire, un homme est venu avec une exigence surprenante = qu’on lui rende le torque appartenant à sa famille. Il a pu être enterré avec le vieux comte Buchan.
Cette exigence va mettre les enquêteurs sur un semblant de piste, car tous les squelettes volés appartenaient à des membres de la société archéologique et historique d’Ecosse.

Avant de découvrir les voleurs et assassins du vieux concierge de Dryburgh, la vie de nos enquêteurs va être menacée, un rebondissement inattendu va les ramener à la case départ – et pendant ce temps, Gage aimerait bien que lady Darby accepte sa demande en mariage – il ne sait pas, hélas, à quel point la jeune femme a été traumatisée ; de plus sa réputation est tellement ternie !

Après avoir lu toutes les enquêtes de Darby & Gage, celle-ci (pour moi) se détache un peu du lot, comme la première – raison pour laquelle je la chronique.
Il règne ici une ambiance tellement « écossaise » - tant dans les relations familiales, les paysages, le temps qu’il fait.
L’Ecosse sous la neige donne réellement envie d’y aller.

L’intrigue est intéressante, pourchasser des voleurs de squelettes à travers les Borders, rencontrer un personnage plus que suspect, qui gère toute la pègre d’Edimbourg et environs, participer au bal de nouvel-an où l’on rencontre des personnes dites bien pensantes et qui n’hésitent pas à tourner le dos à lady Darby – ce qu’elle traite avec mépris, même si elle est blessée.
J’ai apprécié les relations familiales de Kiera, son frère et les nombreux cousins d’Ecosse, hauts en couleur.

Pour une fois, la formidable sœur  des St. Mawr n’est pas présente, mais l’on parle beaucoup de cette sœur aînée affectueuse, menant tout le monde à  la baguette.
Par contre ici un nouveau personnage entre en scène = au domaine familial, Kiera St. Mawr Darby a été adoptée par  un énorme matou, en principe chasseur de souris, mais qui préfère ronronner auprès d’elle dans le studio où elle tente de se remettre à la peinture. Elle l’a baptisé « Earl Grey », sans réelle raison sauf la couleur de son pelage.
(Earl Grey n’est pas que le nom d’un thé, c’est aussi celui du premier ministre du Royaume-Uni, au moment de l’enquête – ce qui fait  ricaner tout le monde)

Je regrette que la série n’ait pas encore été traduite – bien sûr ce n’est pas de la « grande littérature », mais comme disent les Anglo-saxons « what’s the heck » !
C’est joliment écrit, divertissant, mélangeant des personnages, lieux et événements réels à la fiction – dans un mélange d’humour caustique et scènes dramatiques.

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15 avril 2017

TIGERLILY'S ORCHIDS, de Ruth Rendell

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Titre français = la Maison du Lys Tigré

ABANDON

Stuart Font invite la plupart des habitants de son immeuble à une pendaison de crémaillère. Même sa maîtresse s’y invite, alors qu’il préférerait qu’elle ne vienne pas et même plus du tout le voir, étant donné que son mari a décidé de le tuer, lui Stuart, s’il continue à coucher avec son épouse.
Or, Stuart est extrêmement vaniteux, très soucieux de sa petite personne, il est très beau et ne tient pas à ce que le mari en question lui abîme le visage, surtout qu’il l’a déjà tabassé 2 fois. La seconde fois étant pendant la pendaison de crémaillère, ce qui a évidemment écourté la soirée !

Entretemps, Stuart Font est intéressé par une ravissante Asiatique habitant la maison d’en face. L’un des vieux résidents de l’immeuble l’a d’ailleurs surnommée « Tigerlily » en raison de sa beauté, de sa sveltesse, de sa délicatesse. Elle est hélas toujours accompagnée d’un homme qui pourrait être son père, parfois d’un jeune homme ou d’une femme plus âgée.
Superficiel comme l’est Stuart Font, il se dit que cette ravissante créature et lui formeraient un très beau couple. Il tente, en vain, de pouvoir obtenir un rendez-vous avec elle.

Le mari de son ex- (enfin pas encore tout-à-fait ex) maîtresse lui ayant cassé le bras, Stuart profite de la gentillesse d’une des étudiantes de l’immeuble, la moins jolie des 3, mais il est évident à ses yeux qu’elle est amoureuse de lui – Molly l’aide au ménage, non rétribuée évidemment – il est si beau, il comprend qu’elle fait cela dans l’espoir de le séduire. 

Et à ce stade j’ai abandonné !

Pourtant j’aime énormément l’écriture de Ruth Rendell – de plus le livre est présenté comme une vue humoristique, avant le crime, d’un petit immeuble de Londres. En dehors du fait que ce soit une bonne satire du comportement humain, c’est sarcastique, voire sardonique,  mais pas vraiment drôle.

De toute façon le personnage de Stuart Font n’est toujours pas mort à la moitié du livre (là où j’ai abandonné)  - or, ceci est supposé être un polar.  

Je me doute bien que la romancière souhaitait bien mettre les protagonistes en scène, mais je n’en pouvais plus du  vieux monsieur maniaque du rangement, des concierges – lui pédophile, elle cancanière, des anciens babacools, dont lui cite des extraits de « Paradise Lost » de Milton et elle étant très « new age » prône les bienfaits des plantes ; il y a aussi une journaliste qui s’essaie à son roman, et son mari nouvellement diplômé en médecine qui est hargneusement anti-plantes et médecines alternatives et préfère vitupérer contre ces dernières dans les revues médicales plutôt que pratiquer la médecine. Ainsi que de la vieille femme ivrogne qui se nourrit de gin, vodka et autres alcools forts.

Et bien sûr le couple adultère -  quant à Stuart Font, il me tapait tellement sur les nerfs que je l’aurais liquidé des le premier chapitre.  Et je ne vous parle même pas de son idiote de maîtresse, aussi superficielle que lui.
Je n’ai même pas eu envie de découvrir le secret de Tigerlily.

Voilà un polar/thriller de Ruth Rendell que je me réjouissais de découvrir et le soufflé est retombé lamentablement. Je n’ai pas accroché.
Comme je l’ai déjà dit, lorsque j’abandonne un livre, c’est un rendez-manqué avec l’auteur et c’est d’autant plus dommage quand c’est une auteure que j’apprécie.

Une version cinématographique du roman a été réalisée par Pascal Thomas, je l’avais mise à mon programme, mais je crois que je vais passer mon tour.

13 avril 2017

A CERTAIN JUSTICE, de P.D. James

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Titre français = Une Certaine Justice

10ème enquête du Commandant Adam Dalgliesh et son équipe 

Venetia Aldridge, une ambitieuse avocate, a obtenu brillamment l’acquittement d’un jeune homme accusé d’avoir assassiné la tante chez qui il vivait.
L’acquittement est obtenu à partir d’un doute raisonnable. La vie misérable du jeune homme, avec une tante appréciant la promiscuité et se faire photographier par son neveu en plein acte sexuel, cette vie aurait-elle joué en sa faveur ? pas sûr, mais ce qui est sûr c’est que le témoin proposé par l’accusation a été débouté par Aldridge Q.C.  Le jeune homme ne montre aucune reconnaissance à son avocate, après tout elle ne faisait que son boulot !

Ms. Aldridge est peu appréciée en règle générale, sa fille la déteste franchement, son amant vient de rompre avec elle, son ami – du moins ce que Venetia a de plus proche d’un véritable ami – refuse de l’aider pour parler à sa fille.
Car Octavia, désormais majeure, s’est laissé embobiner par Garry Ashe, le jeune homme à qui sa mère a évité la prison à vie. La jeune fille n’écoute pas sa mère, dont les arguments contre Ashe sont plutôt justifiés, mais Octavia est trop contente d’avoir trouvé de quoi défier sa mère et se venger de son manque d’amour.
Elle voit en Ashe une âme-sœur dans l’infortune des enfants mal aimés.

A côté de cela, Venetia Aldridge a découvert quelque chose concernant l’un de ses assistants, et il y a de fortes chances qu’il en perdra son poste, et toute possibilité d’avancement.
Quant à devenir le nouveau chef des « Chambres », c’est l’ancienneté de Venetia contre son meilleur ami qui espère ce poste et elle n’a pas l’intention de céder cette promotion d’un pouce.

Bref, les suspects ne manqueront pas quand Venetia Aldridge est retrouvée poignardée dans son bureau, une perruque d’avocat, ensanglantée, posée de manière dérisoire sur la tête de la victime.
C’est le commandant Adam Dalgliesh et son équipe qui sont appelés sur les lieux, dans un esprit de collaboration avec la police métropolitaire.
On leur fait comprendre qu’ils doivent agir avec précaution compte tenu du milieu où ils vont évoluer – ce que Dalgliesh écoute avec un haussement de sourcils – il est à l’aise partout et pour lui, seule la vérité compte, peu importe le milieu.

Une enquête des plus intéressantes, située dans le monde de la justice, des avocats, juges et autres membres du Inner Circle – j’ai eu un peu de difficulté à comprendre les diverses variétés d’appellation du monde d’Old Bailey – le système juridique britannique étant, il me semble plutôt différent du nôtre (que je ne connais pas mieux d’ailleurs) – il y a l’accusation, la défense, le juge, mais aussi des assistants qui portent aussi un titre juridique.
Pourquoi faire simple, si typiquement british = je pense avoir compris  qu’un « solicitor » donne un conseil, tout comme le « barrister » mais ne plaide pas – il adresse son client à un « attorney at law » qui plaide en cour d’assises – il y a le « prosecutor » (le procureur). 
Mais tout ceci nous éloigne un peu de mon avis sur ce polar d’excellente facture. 

Comme dans la plupart des romans de P.D. James, celui-ci est découpé en 4 grands chapitres, on pourrait presque parler « de grands actes » (comme au théâtre), le premier étant comme souvent la mise en place des protagonistes, avec leur histoire depuis l’enfance.
C’est parfois légèrement fastidieux à lire, mais pour Ms. James indispensable, apparemment, à la compréhension de l’acte criminel et/ou de la psychologie des personnages.

En tout cas, le meurtre de Venetia Aldridge semble trouver sa justification dans son caractère extrêmement difficile, une femme ambitieuse dont la vie ne laisse pas beaucoup de place aux sentiments – sa fille en est un vibrant exemple.
Même les hommes dans la vie de Venetia Aldridge sont des « accessoires », non pas à sa réussite mais pour conserver un semblant de vie sociale. Je dirais presque un « semblant d’humanité » pour une femme qui a appris à ne pas laisser les émotions envahir son existence.

L’équipe d’Adam Dalgliesh est sur le terrain, avec Kate Miskin toujours envahie par ses souvenirs de jeunesse, dominés par la pauvreté, et légèrement en compétition avec l’autre assistant de Dalgliesh, Piers Tarrant.

Je ne peux qu’encourager à lire cet excellent thriller, une enquête qui va paraître longue ; quelques  indices mettront nos enquêteurs sur la piste, même si la procédure policière s'avère longue. 

En dehors de l'intéressante étude de caractères, où pour certains la réussite sociale domine la vie privée et aussi quelques réflexions sur le politiquement correct, sur la place des femmes dans une société essentiellement masculine, le roman appelle aussi à une autre réflexion = celle de la position de l'avocat de la défense, qui est là pour contrer l'accusation, pour éventuellement mettre en évidence les déficiences des théories de l'accusation. Que la personne que l'on défend soit coupable ou non, n'est pas le but de l'avocat de la défense, n'est pas essentiellement son problème.

Et quelques promenades dans Londres.

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11 avril 2017

THE ASHARTON MANOR MYSTERIES, de Celina Grace

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Alors que les (très) courts romans sont présentés comme des romans individuels, comme des « novellas », je préfère dire qu’il s’agit en réalité de 4 chapitres de l’histoire d’un manoir que l’on peut considérer comme maudit, vu les drames qui s’y sont produits.

Comme dans les courts-métrages, le fil rouge des histoires est le tout premier chapitre, celui où Joan Hart joue à la détective-amateur avec sa meilleure amie.

Asharton Manor est une grande propriété, bordée par un petit bois de bouleaux et une forêt de pins – passé le petit bois de bouleaux, le lieu devient plutôt sinistre. Il est vrai qu’aux temps très anciens, la forêt de pins abritait un temple dédié à Astarté où des sacrifices étaient parfois pratiqués – la plupart des sacrifiés étaient des animaux, mais parfois aussi des êtres humains.

Chaque chapitre peut être considéré comme un court roman en soi, puisque chacun d’eux aborde le manoir dans ce qu’il a de sinistre à différentes époques, tombant au fil du temps de plus en plus en déliquescence.
Même si j’ai trouvé l’idée intéressante de se servir de ce manoir comme fil conducteur, les 2 derniers chapitres sont plutôt faibles à mes yeux.

DEATH AT THE MANOR – Angleterre 1929 – la jeune Joan Hart arrive à Asharton Manor, elle a été engagée comme première fille de cuisine, celle qui est sous les ordres de la cuisinière et peut aider aux plats plus sophistiqués. L’ambiance du manoir - une impressionnante bâtisse où il est très facile de se perdre si on emprunte le mauvais escalier – n’est pas très agréable. La maîtresse de maison, Delphine Denford, est une femme de santé fragile, prompte à des crises nerveuses, surtout en présence de son époux, qui travaillant à Londres, est souvent absent. Logent aussi à Asharton, le frère de Mrs. Denford, revenu d’Afrique, et une vieille tante de Mr. Denford, habitant là depuis son veuvage.
La caustique Joan se dit que si ces gens avaient à travailler plein temps comme leur personnel, ils n’auraient pas autant d’états d’âme. Lorsque la santé de Mrs. Denford prend un très mauvais tour et qu'elle meurt, Joan se souvient d’une conversation qu’elle eut avec le frère de la morte. Pour la jeune cuisinière, il ne fait aucun doute que sa patronne a été assassinée. Douée pour l’écriture, elle a déjà écrit maintes fois à sa meilleure amie, femme de chambre à Londres. Ensemble elles vont tenter de trouver des preuves de ce que Joan Hart avance.
Mon avis – une ambiance qui m’a fait totalement pensé au film « Gosford Park » (et non à Downton Abbey comme on pourrait le croire) – j’ai trouvé les réflexions de Joan (en son for intérieur) piquantes et amusantes. Le nom de son amie est un clin d’œil au lecteur également = l’amie de Joan se nomme Verity Hunter (= chasseur de vérité).

A PRESCRIPTION FOR DEATH – Asharton Manor en 1947, le manoir n’a pas été bien entretenu, mais suffisamment en état de devenir un lieu de convalescence pour soldats blessés – Vivian Holt, une jeune veuve de guerre, décide de faire du volontariat au manoir – travail dont elle a besoin pour se guérir de son chagrin, pour être d’une certaine manière fidèle à la mémoire de son mari. Son aide est précieuse, car Vivian ne recule pas devant la tâche = nettoyer, aider à soigner, et apporter un peu de réconfort aux blessés. L’un d’entre eux notamment, Norman Winter, qui a connu aussi la première guerre mondiale, est un vieil homme plein d’humour malgré ses blessures et Vivian et lui ont de longues discussions concernant les livres. Il aime les romans policiers, comme par exemple celui écrit par Joan Hart = Death at the Manor (je vous l’avais dit que Joan avait un grand talent d’écriture).
Celui qui inquiète le plus Vivian est le jardinier du manoir. Il l’observe presque sans arrêt quand elle arrive ou repart, elle l’a même surpris devant sa maison.
Un matin lorsque Vivian arrive au manoir, elle réalise que Norman a disparu. Selon les membres du personnel, il aurait mis fin à ses jours. Or dans son comportement, Vivian n’a nullement détecté des signes annonciateurs. Pourtant il a laissé un mot. C’est ce mot qui met la puce à l’oreille de la jeune femme = il a été écrit avec l’encre habituelle de Norman, mais il n’avait plus d’encre et avait emprunté le porte-plume de son amie qui n’est pas du tout de la même couleur.  De plus, une photo a disparu, photo-souvenir pour le vieux soldat. L’ennui lorsqu’on joue les détectives-amateurs, c’est que l’on se met en danger.
Mon avis – une belle histoire d’amitié, également un pamphlet contre la guerre et ses drames. Joliment écrit, comme le chapitre précédent.

THE RHYTHM OF MURDER – l’année est 1973 - Eve et Janey sont deux étudiantes en balade à travers l’Angleterre, robes longues et fleurs dans les cheveux, pas farouches.
Elles s’arrêtent dans un pub du village de Midford, où habitait Vivian, la tante d’Eve ; elles s’installent à la terrasse du pub, où un séduisant jeune homme les interpelle et leur propose la visite du manoir d’Asharton, désormais propriété du groupe rock « The Dirty Rumours ».
Flattées de cet intérêt, voilà nos deux hippies qui suivent l’homme en question, avec la promesse de rencontrer Blue Turner, le leader du groupe, l’idole de toutes les groupies. Il a peut-être acquis le manoir et ses terres, mais il n’a certes pas, malgré sa richesse, décidé de le remettre quelque peu en état. Au contraire, l’intérieur est aussi pitoyable que la façade. Les filles sont tombées dans la typique ambiance « Drugs Sex & Rock&Roll ». Immédiatement la gracieuse Janey attire l’œil du leader et devient sa maîtresse, pendant qu’Eve, le premier effet d’un joint et de l’alcool passé, commence à se sentir très mal à l’aise, trouvant l’atmosphère quelque peu sinistre. Surtout ce bois de pin où elle s’est aventurée un jour. Comme elle s’ennuie, Eve cherche de quoi lire, elle découvre que l’un des occupants lit le roman « Death at the manor » de Joan Hart ; la jeune Eve se souvient que sa tante lui avait prêté ce livre, un bon petit polar, basé sur des faits réels.
Puis un jour, sans coup férir Janey disparaît – sans un mot, sans un petit billet destiné à son amie, or leur périple dans le sud de l’Angleterre n’est pas terminé et l’université ne reprend que dans un mois.
Eve se met à la recherche de signes prouvant que quelque chose de très mauvais est arrivé à son amie.
Mon avis – alors là, on est tombé totalement dans le cliché « sex drugs and rock&roll », au point que cela en devenait fastidieux à lire. Les personnages ne sont pas particulièrement sympathiques et la fin est particulièrement dramatique, mais tellement prévisible.

NUMBER 13, MANOR CLOSE – en 2014, Beatrice et Mike Dunhill ont enfin trouvé la maison de leur rêve, à deux pas de Midford où elle a toujours vécu = un ravissant cottage, reconstruit bien sûr, mais réellement confortable, situé sur ce qui fut le domaine d’Asharton Manor, qu’un incendie a complètement ravagé dans les années 1970.
Bea est une jeune femme aux nerfs fragiles, en surpoids et complexée, ayant été en forte dépression après la mort de sa mère. Pour elle cette maison est un nouveau départ et elle se sent déjà mieux dans sa peau, au point d’avoir entamé une vraie cure d’amaigrissement. Il n’y a pas encore beaucoup de voisins dans « Manor Close », aussi Bea est-elle heureuse lorsqu’une jeune femme vient s’installer au n°15. Mia est sympathique et elles deviennent bonnes copines. Est-ce trop beau pour durer ? Mike s’absente régulièrement pour son travail, et les soirs où elle est seule, Bea expérience quelques désagréables phénomènes = ombres suspectes, objets déplacés, bref de quoi retomber dans ses angoisses. Notamment le soir où elle regarde l’adaptation télévisée  du roman de Joan Hart « Death at the manor ».
Mon avis – alors là, j’avais absolument TOUT deviné dès les premières lignes – c’était réellement TROP prévisible, je n’ai même pas été contente d’avoir tout deviné, car comme le court roman fait très peu de pages, inutile de dire que je suis restée sur ma faim. De plus, il y avait comme une lassitude dans l’écriture, car c’était – pour moi du moins – moins bien écrit que les chapitres précédents.

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10 avril 2017

LA VIE QUOTIDIENNE EN DEUX DESSINS

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que ce soit Vincent van Gogh pour "Femmes travaillant dans les champs" ou Rik Wouters croquant "Nel à la lessive", ces scènes de la vie quotidienne présentent toutes deux les facettes d'une vie souvent difficile, que seuls des artistes extraordinaires parviennent à sublimer

celui de van Gogh est à la mine de plomb, celui de Rik Wouters à l'aquarelle rehaussée de traits à l'encre de chine

Posté par sheherazade2000 à 17:30 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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