mon bonheur est dans la ville

01 mars 2021

THE POSTSCRIPT MURDERS, d'Elly Griffiths

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Shoreham-by-sea – dans son petit appartement de la séniorie faisant face à la mer, Peggy Smith, une nonagénaire aime passer son temps à observer les promeneurs avec des jumelles, mais pas seulement ; elle marche aussi au moins une heure par jour, s’arrêtant pour discuter avec Benedict Cole, le jeune homme possédant une cabane/petit café sur la digue.
Elle passait aussi du temps avec son ami Edwin Fitzgerald, 10 ans plus jeune – ils aimaient converser et s’amuser à des jeux d’esprit comme les mots croisés, anagrammes et autres moyens pour entretenir les petites cellules grises. Mais Peggy Smith a une autre don  = elle est extrêmement douée pour imaginer des intrigues policières.

Un matin, son aide familiale Natalka Kolisnyk retrouve Peggy morte. Pour la jeune Ukrainienne cette mort est suspecte, même si le médecin conclut à une crise cardiaque. Comment aurait-elle pu succomber à une crise cardiaque ? elle montait les 3 étages sans même être essoufflée, marchait d’un pas martial au cours de sa promenade quotidienne… 
Pour le fils de Peggy, Nigel Smith, il n’est pas question d’autopsie, la situation étant claire à ses yeux. Il a surtout très envie de rapidement vendre le petit appartement et commence déjà à empiler les objets à vendre et ceux à donner à Oxfam. 
En mettant de l’ordre, Natalka trouve une carte de visite au nom de Mrs. P. Smith, « murder consultant »… 
Et les livres du célèbre Dex Challoner portent tous une dédicace/remerciements = PS for PS ou Thank you for the murder.
D’autres auteurs de polars, à la manière des polars de l’âge d’or  ont aussi bénéficié des conseils littéraires de P.S. (Peggy Smith) notamment 

Natalka rameute Edwin et Benedict afin de découvrir qui aurait eu intérêt à tuer Peggy – leurs soupçons vont au fils, évidemment. Ils en parlent à la détective-sergente Harbinder Kaur, mais pour celle-ci il n’y a rien de suspect, il n’y a pas eu nécessité d’autopsie de la part du généraliste et la cérémonie d’incinération est terminée.
Un incident va toutefois faire en sorte que DS Kaur et son adjoint Neil Winston interrogent les voisins et autres connaissances, notamment l’écrivain célèbre.

Lorsque le trio des détectives-amateurs apprennent que deux des autres auteurs à qui Peggy Smith donnait des conseils seront au festival du polar à Aberdeen, Natalka décide sur le champ qu’ils doivent s’y rendre. Edwin est partant, à son âge on a peu d’excitation, mais Benedict est réticent, il n’est pas très courageux (du moins le pense-t-il).

Natalka, au risque de paraître paranoïaque, est certaine d’être suivie – après tout elle a quitté son Ukraine natale il y a longtemps mais avec une petite tache sur son CV. Son frère a disparu dans la guerre Ukraine-Russie ; et si on tentait de la tuer elle aussi ?

A Aberdeen la situation va quelque peu dégénérer lorsque l’un des participants au festival, qui faisait partie des « amis » de Peggy Smith, est tué. Quant à Harbinder Kaur elle a le meurtre du célèbre romancier de polars sur les bras.

Pour la détective-sergente comme pour le trio des détectives-amateurs, tout cela est lié. Vraiment ?

Ce que j’en pense = cela m’a fait très plaisir de retrouver la détective Harbinder Kaur, Indienne de la 2ème génération, noire et homosexuelle. On l’avait découverte dans « The Stranger’s Diaries » (le titre mal traduit en « le journal de Claire Cassidy » - d’autant plus que le prénom est Clare) – je sais je suis une pinailleuse =^-^=
J’ai aussi été contente de retrouver, même très brièvement, Clare Cassidy, sa fille Georgie et le chien Herbert, qui sont devenu.e.s de grands amis de la détective et avec qui elle aime discuter littérature, Clare enseignant l’écriture créative dans le collège dont elle est aussi la directrice.
Il n'est pas obligatoire d'avoir lu cette première enquête d'Harbinder Kaur pour apprécier ce polar-ci, les histoires étant indépendantes.

Dans ce polar-ci, Harbinder Kaur est nettement plus plaisante que dans le polar sus-nommé. Elle a un humour caustique qui m’a souvent fait rire – par contre son adjoint Neil Winston est totalement imperméable à ce type d’humour, lui il prend tout au premier degré, ce qui demande beaucoup de patience à Kaur.
Une autre situation qui lui demande de la patience est le fait qu’elle vive toujours, à 36 ans, chez ses parents, et que son orientation sexuelle ne leur est pas encore connue, du coup sa marieuse de mère lui conseille les rencontres sur internet !

Quant au trio de détectives-amateurs, on en apprend un peu sur leur vie personnelle en cours de lecture, et cela n’a pas grand-chose de mystérieux, sauf pour Natalka, l’efficace aide-soignante, un peu surexcitée par cette enquête.

En dehors de ces petites touches personnelles, j’ai apprécié ce polar sympathique qui est un bel hommage aux auteur.e.s de l’âge d’or du roman policier – c’est d’ailleurs un polar sans beaucoup de sang, pas gore du tout donc, mais avec un excellent suspens et une sous-intrigue d’espionnage.
Un sympathique étude de caractères, doublée d’un suspens efficace.

A lire, absolument, car je ne doute pas qu’il soit bientôt traduit, « le journal de Claire Cassidy » ayant obtenu un franc succès parmi les lectrices et lecteurs (et un petit suspens pour moi = comment vont-ils traduire ce titre si explicite en anglais =^-^=)

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27 février 2021

HOTEL MEUBLE, de Thomas Owen

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On a assassiné le vieux Oswald Stricker, expert  en vieux objets, mais surtout usurier – tout le monde est convaincu qu’il cache un gros magot dans son deux-pièces.
Pour le propriétaire, Julius De Geyter,  brocanteur (il préfère le terme « antiquaire »), l’intrusion de la police dans sa maison n’est pas un moment agréable, d’autant plus qu’il avait discuté avec Stricker pour acheter le torquetum qui se retrouve comme par hasard dans sa boutique !  il n’en faut pas plus à l’inspecteur Maudru pour le mettre en tête de liste des suspects.

Tous les habitants de cet « hôtel » figurent sur la liste des suspects = la cartomancienne, se disant voyante, Mme Vianna – le vieux photographe Maurice Wermbter – Ange Auber, laveur de cadavres, surnommé « l’ange des ténèbres » par les frères Queyrat  – les frères  Queyrat, MaX le comédien et Raoul l’artiste peintre – Paulina, la nièce de la voyante, amoureuse du peintre – une belle panoplie de bras cassés, personnages un peu minables, un peu grotesques.
Auxquels va se joindre la jolie Mme Aurelia, journaliste à ses heures,  devant sa richesse aux instituts de beauté qu’elle gère habilement.
Et surtout, ce qui met l’inspecteur de très mauvaise humeur, détective-amateure. Elle va encore lui mettre des bâtons dans les roues, il le sent l’inspecteur.

Pourtant non, elle s’est installée dans l’appartement deux-chambres d’Oswald Stricker, puisqu’il était libre, ainsi peut-elle observer de près tout ce petit monde pas très ragoûtant, à l’image de cet immeuble à la propreté douteuse. 
Bien sûr la curieuse voyante, qui n’a rien vu du tout, qui est déjà envieuse de cette charmante personne, en profite pendant son absence pour fouiller  l’appartement ; mal lui en a pris, on va l’y retrouver morte elle aussi. Seulement elle, elle a vraiment été assassinée, alors que l’autopsie a prouvé qu’en réalité Stricker est mort d’une crise cardiaque pour avoir surpris celui (ou celle) qui fouillait son appartement.
La cartomancienne ne sera pas le dernier cadavre de cette enquête où l’inspecteur Maudru piétine un peu.

Aurelia va apprendre à ses dépens que jouer les détectives-amateur.e.s peut s’avérer dangereux.

Ce que j’en pense = j’ai adoré (avec seulement un petit bémol, voir plus bas) - polar très court, mais plein d’humour caustique, d’ironie acerbe à l’égard des locataires de cet hôtel meublé. Le terme « hôtel » est celui que l’on donne à ce type de maison où chaque étage est divisé en petits appartements (très petits) meublés afin d’y loger un maximum de monde.
Ce qui m’a frappée dans la description de l’immeuble et ses habitants est l’image de crasse que l’auteur y donne.
Du coup, l’image de Madame Aurelia, bien que vêtue selon la circonstance, est tellement fraîche et propre, que l’on se dit qu’elle détonne quand même un peu. Pas étonnant que la grosse-grasse voyante ait envie de découvrir l’appartement lorsqu’Aurelia s’y est installée.

Parmi ces locataires il n’y en a pas vraiment un pour rattraper les tres, tous sont assez veules,  se méprisent mutuellement, sont assez contents lorsque l’un d’eux se fait raccourcir (on n’est pas plus sympathique !)

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J’ai découvert l’auteur Thomas Owen par ce roman ; il a écrit cette histoire en 1942, mais pour moi cela n’a pas pris une ride. Il utilise un ton caustique que j’ai vraiment apprécié, mais il a l’ironie méchante lorsqu’il décrit les locataires de l’hôtel meublé, sans complaisance aucune.
Thomas Owen, pseudonyme de Gerald Bertot,  est né à Louvain (Belgiue) en 1910 et est décédé à Bruxelles en 2002.  Il a commencé sa carrière d’auteur, en 1930,  sous le pseudonyme de Stéphane Rey pour la rédaction de critiques d’art. Enseuite il s’est lancé dans l’écriture de romans policiers, de contes et nouvelles fantastiques et science-fiction.

Je suis désolée que ses romans policiers ne soient plus édités, à part cet « Hôtel Meublé » datant de 1942 – d’autant plus désolée que le personnage de Madame Aurelia apparaît dans 3 autres polars – elle est aussi amusante, ironique, que charmante physiquement, d’où le contraste évident avec les habitants du meublé.

Ce qui m’a dérangée est la description de l’usurier Stricker et du propriétaire De Geyter, tous deux ressemblent à des caricatures du Juif (nez et doigts crochus, attitude un peu veule face à l’autorité, mais légèrement menaçante vis-à-vis de leurs co-locataires) – cela m’a un peu gâché la découverte de ce polar.
Le roman ayant été écrit dans les années 1940, il était dans l’air du temps de penser ainsi la manière de voir les Juifs, mais ce n’est vraiment pas une excuse. Dans l’intéressante postface de Rossano Rosi, il fait la comparaison avec le Juif dans Tintin (l’étoile mystérieuse) ou Michel Simon dans « le jour se lève ». Mëme Jean Ray n’y a pas échappé à donner une image caricaturale à la Shylock d’un personnage juif dans ses romans.
Bon, la perfection n’étant pas de ce monde, je tenais tout de même à citer ce trait négatif dans un roman où l’ironie le dispute au suspens bien réel.

Comme je le disais, je regrette que seul cet « Hôtel Meublé » ait été ré-édité, car j’aurais aimé retrouver Aurelia.
Tout comme j'aimerais voir l'adaptation cinématographique réalisée par Marc Lobet - réalisation franco-belge, où les rôles principaux étaient tenus par Anny Duperey et Bernard Giraudeau, mais aussi quelques comédiens belges que j'ai eu l'occasion de voir au théâtre. Dans la postface (encore !) Rossano Rosi n'a guère apprécié cette adaptation.

J’ai aussi fait, grâce à ce livre, la découverte de cet instrument de mesure astronomique médiéval, dont je n’avais jamais entendu parler = le torquetum ou turquet (dixit wikipedia) –

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26 février 2021

L'ALLEE DU ROI, de Françoise Chandernagor

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Elle eut plusieurs surnoms = « Belle Indienne », par le chevalier de Méré, « Lyriane » dans les salons de Madame de Scudery, « Iris » par Paul Scarron dans un poème lorsqu’elle avait 16 ans, « Madame de Maintenant » par les courtisans,  « la vieille conne » par la princesse Palatine, qui la détestait et la jalousait, « Votre Solidité » par Louis XIV.

Née dans une prison, en raison des énormes dettes de son père d’Aubigné,  élevée par une sœur de sa mère, la tendre tante de Villette, puis emmenée avec ses frères par leurs parents vers les îles, son père s’étant fait nommer gouverneur de Marie-Galante où ses rêves de fortune s’en allèrent comme lui.
Retour en France où sa mère et ses frères et elle vivent dans une misère noire, les enfants étant obligés de mendier. Sa mère avait peu, sinon aucune, affection pour elle, préférant son fils aîné.

Enfin,  retour heureusement à Mursay, auprès de la famille de Villette, une famille huguenote qui l’éduquèrent dans cette foi,  jusqu’au jour où apprenant cela, sa marraine  Françoise  de Neuillant, fervente catholique,  l’arracha à une famille aimante pour bien lui faire sentir qu’on lui faisait la charité ; rebelle, Françoise d’Aubigné tiendra tête à cette femme avare, méchante, qui  l’obligea à se convertir à la foi catholique car elle la réservait au couvent, seul endroit où elle pourrait entrer sans dot, un mariage sans dot étant exclu.
Au couvent des ursulines elle découvre la douce sœur Céleste, qui ne l’oblige pas non plus à être plus dévote qu’elle ne le peut ; cette jeune religieuse adoucira la jeune Françoise qui accepte finalement la religion catholique, obligation pour fréquenter les salons parisiens.

Entre en scène le poète Paul Scarron,  vivant dans une sorte de chaise-sabot, sérieusement  handicapé et pas fort en « odeur de sainteté » auprès de la cour de France pour avoir raillé Mazarin, la reine et le jeune roi. Il a vingt-cinq ans de plus qu’elle mais l’épouse ;  malgré ce mariage qui donnera à la jeune femme le dégoût des relations intimes, car Scarron est peut-être impuissant de par sa maladie, mais compte bien obliger sa jeune épouse à certains actes peu ragoûtants.
Chez Scarron, on tient salon, un salon très à la mode, où la jeune femme rencontre Ninon de Lenclos, le chevalier de Méré, le marquis de Villarceaux, et quelques autres beaux esprits – grâce au poète, elle va éduquer son esprit, qu’elle a vif, elle est curieuse aussi et aime apprendre, il lui fait lire des écrits philosophiques, il lui donne des rudiments de grec et latin, bref elle s’épanouit.

Elle n’est pas une beauté classique car la mode est aux blondes et elle est brune, mais elle a de très beaux yeux. Elle apprend un peu à flirter, mais son mari la raille dans certains de ses écrits, elle décide donc de redevenir la sage jeune femme qui repousse tous ses soupirants.

La mort de Scarron la laisse totalement démunie, couverte de dettes, car le poète rêvait aussi des îles et ne faisait pas des placements d’argent très judicieux. Elle se retire à nouveau dans un couvent, mais grâce à sa culture et quelques relations qui  plaideront en sa faveur auprès de la reine Anne d’Autriche, qui lui octroie une pension.
Parce qu’elle aime les enfants, elle s’occupe de ceux de ses amies et finalement sa renommée d’excellente gouvernante vient aux oreilles de Madame de Montespan, favorite en titre de Louis XIV, afin qu’elle s’occupe de leurs bâtards.
Ce dont Françoise, désormais veuve Scarron, va s’acquitter avec énormément de talent.

Le marquis de Villarceaux la fera fléchir de ses résolutions à rester sage, mais un jour découvrant que cette relation commençait à donner la parole aux ragots, elle arrêta tout net.

Puis commence sa lente mais certaine ascension vers Versailles, mais avant cela que d’humiliations elle subira de la part de la marquise de Montespan, une réelle relation d’amour/haine, car la « sublime Montespan » aime humilier, surtout lorsqu’elle découvre l’amitié que Louis XIV commence à porter à la gouvernante de ses bâtards.
A la cour, elle rencontre madame de Sévigné, souvent gentille mais aussi souvent langue de vipère. Beaucoup la méprisent, mais d'autres l'apprécient réellement pour la vivacité de son esprit et sa culture.
Tout cela semble désormais montrer à Madame Scarron qu’elle a une place à tenir, les beaux esprits aimant reconnaître une des leurs.

Grâce à des placements bien étudiés – elle a le don des affaires – et grâce à des dons faits par le roi, elle acquiert le domaine de Maintenon, dont Louis XIV lui donnera le titre.
Comme beaucoup de dames de l’époque, elle a un confesseur, elle était déjà dévote, mais là elle le devient encore plus. C’est ce qui lui vaudra, ultérieurement, une réputation de bigote, mais « dévote » au 17ème siècle n’a pas la même signification de bigoterie qu’on attribue à ce terme de nos jours.

A la mort de la reine Marie-Thérèse, qui l’apprécie beaucoup car elle encourage le roi à se rapprocher de sa reine, c’est finalement elle, Françoise d’Aubigné, veuve Scarron, marquise de Maintenon, que le roi épouse en secret. Secret qui va devenir rapidement un « secret de polichinelle » et les courtisans qui la méprisaient, ne seront que trop contents de la solliciter.

A la mort du roi, Françoise de Maintenon se retire à St-Cyr, dans l’école qu’elle a fondée pour les jeunes filles de la noblesse pauvre, afin qu’elles aient une éducation digne de leur naissance. C’est là qu’elle s’éteindra à 84 ans.

Ce que j’en pense = voilà des années que ce livre dormait dans ma pal – comme il s’agit d’un pave de plus de 500 pages, j’ai eu des difficultés à m’y mettre. Je l’ai pris et abandonné, repris et re-abandonné, mais là j’ai décidé qu’il était temps et je suis bien contente de m’y être mise sérieusement.

Françoise Chandernagor, par ce roman, redresse l’image de cette femme intéressante, dénigrée dans leurs écrits par Saint-Simon et la princesse Palatine. Françoise d’Aubigné était ambitieuse, à 14 ans elle décida que d’une façon ou une autre elle deviendrait suffisamment riche pour ne plus jamais devoir mendier ; un véritable orgueil mêlé à cette ambition mena la jeune femme jusqu’aux marches de Versailles. 

Non madame de Maintenon, la dévote, n’est PAS à l’origine de la révocation de l’édit de Nantes – c’est mal connaître Louis XIV, il est un roi qui, s’il aime discuter avec elle, n’a pas du tout l’intention de la mêler à la politique.
On ne donne pas son avis à un tyran, surtout si on veut garder son estime ; elle tentera, parfois vainement, de faire en sorte que les punitions des huguenots ne soient pas trop sévères. Qu’elle ait apprécié les conversions, c’est indéniable. La révocation de l’édit de Nantes était un processus que Louis XIV avait initié bien des années auparavant, selon lui « un pays ne doit avoir qu’une seule religion ».

L’auteure a conçu le livre comme une longue lettre que madame de Maintenon écrit à sa jeune pupille Marie de la Tour « quand elle aura vingt ans ». 
Le roman est basé sur la grande correspondance que la « reine secrète » écrira tout au long de sa vie. La manière dont Françoise Chandernagor met les lettres en scène avec des termes bien de l’époque,  crée une belle unité. Souvent en bas de page, on trouve une petite explication sur certaines expressions typiques du 17ème siècle.

La cour du « Grand Siècle » prend réellement vie sous les deux plumes unies dans un seul roman.

Cette histoire a fait l’objet d’une belle adaptation de deux téléfilms de 2 heures chacun par Nina Companez, très bien interprétée par Dominique Blanc. J’ai finalement bien apprécié le roman, comme l’adaptation télévisée découverte récemment.

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18 février 2021

QUAND LE VENT EMPORTE LES SENTIMENTS

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La poésie qui émane des écrits de Pierre Magnan et son amour de la Haute Provence ne sont plus plus à démontrer – que ce soit au travers des enquêtes du commissaire Laviolette ou comme dans cette « Maison assassinée ». Même le vent qui fait rage devient beau dans ses textes.
Je partage ci-dessous quelques extraits concernant le vent dans  ce roman qui m’a plu.

La montagnière s’était mise à souffler – c’était ce vent qu’on prend pour le mistral, sauf qu’il descend du nord-est et qu’il ne cesse pas durant la nuit.
Pendant tout le temps qu’il sévit sur le pays, il est difficile de penser à autre chose. Il ne souffle pas par rafales mais comme un fleuve, à jet continu.
Les gens de la plaine seuls peuvent en parler. S’ils ont trois platanes devant leur ferme, ils doivent se résigner à leur laisser la parole,  à ne plus entendre qu’eux…

Les bergers, qui ne croient à la force de la nature que lorsque ça les arrange, s’obstinent, alors on ne rencontre que troupeaux formant la spirale, têtes contre fesses, qui refusent de manger, de boire, d’avancer ou de reculer.

Et quand par surcroît il souffle en automne, ce vent, il va ramper par les joints éclatés des portes trop sèches, jusqu’aux profondeurs noires des caves. Alors le vin lui-même, au fond des vaisseaux mal « ouillés », grommelle contre lui comme un grand-père grincheux.

Pontradieu était devenu le rond-point de ce tumulte. La montagnière y vrombissait à travers bois comme un buffet d’orgues ? Elle y écrasait son accord tonitruant qui n’en finissait pas de s’amplifier. Toute la malédiction de la nature déchirait cette rumeur continue qui se déversait en cataracte dans les oreilles et rendait chacun prisonnier de soi-même.

Au quatrième jour, la montagnière atteignit son paroxysme.  Sa plainte rauque ravivait les plus mornes regrets. Les arbres craquaient comme des mâts de navire. Sur les branches fracturées comme des ailes, et qui pendaient lamentablement, les nids vides des oiseaux s’effilochaient, partout, à la dérive.

Fin de citation

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LA MAISON ASSASSINEE, de Pierre Magnan

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Tout à la fin du 19ème siècle, à Lurs en Haute-Provence, dans le relais-poste nommé La Burlière s’est produit un massacre dont seul un nourrisson de 3 semaines a été épargné. Trois hommes à l’époque furent condamnés et guillotinés, trois ouvriers herzégoviens qui clamèrent leur innocence jusqu’au moment de leur mort. L’enfançon fut confié aux sœurs de la charité.

Une vingtaine d’années et une guerre plus tard, le jeune Séraphin Monge a reçu les clés de La Burlière d’un notaire qui lui expliqua en long et en large que c’était ce qui restait de son héritage Monge, car il fallait pourvoir à son éducation. Le jeune homme est devenu cantonnier, a reçu un petit logement au centre ville et n’a guère d’intérêt dans cet héritage.
Au cours d’un orage où il se réfugie avec son collègue le vieux cantonnier Burle dans La Burlière qui se trouvait tout près, le vieux lui raconte l’histoire de cette maison maudite, c’est ainsi que Séraphin Monge apprend le drame de sa famille, et comment mourut cette mère qu’il n’a jamais connue mais qui se traîna jusqu’à son berceau pour le protéger avant d’y mourir, comme tous les autres Monge (l’aïeul, le Félicien et les deux jeunes garçons)  sous les coups de couteau qu’on nomme tranchoir.
Il parle aussi des trois hommes qui payèrent ces crimes de leur vie, mais le vieux Burle était persuadé de leur innocence, mais qui l’aurait crû ?
Peu après, c’est un moine qui vient chercher le jeune Monge pour que leur prieur, mourant, puisse lui raconter la même histoire et lui demander de lui pardonner car il était trop jeune et trop peureux pour en parler. 

Dès lors Séraphin Monge décide de démolir du toit à la cave cette maison maudite. D’abord le mobilier, puis le toit et les murs. Le jeune Patrice Dupin, une « gueule cassée », rescapé comme lui de la guerre,  vient régulièrement bavarder avec lui, il aimerait s’en faire un ami, tout comme poursuivent Monge de leurs assiduités Marie Dormeur et Rose Sépulcre.  
Pendant ces travaux de démolition, il a l’impression d’être surveillé, mais qui d’autre que des curieux du village ou des promeneurs du dimanche pourrait le surveiller ?
Plus tard, ce sera la sœur de Patrice qui voudra en faire son amant, le spectre de sa mère l’empêche de donner suite à ces avances. Monge n’a qu’une envie abattre cette maison.

C’est lorsqu’il s’attelle à la démolition de la cheminée qu’il trouve une boîte en métal comprenant des louis d’or et trois reconnaissances de dettes. Et ces papiers sont signés = Dupin, Dormeur, Sépulcre. C’était donc vrai ce qu’avait dit le vieux Burle, les trois ouvriers retrouvés ivres et les bottes couvertes de sang étaient innocents.

A partir de cette découverte, Séraphin Monge n’aura plus qu’une envie, venger sa mère. Seulement, à chaque fois qu’il décide de tuer un des trois coupables, quelqu’un devance ses intentions et le prive de sa vengeance en tuant le coupable avant lui.

Alors qui ?

Ce que j’en pense = ouvrir un livre de Pierre Magnan c’est comme ouvrir un livre de poésie en prose. Il parle de sa Provence, qui est aussi celle de son ami Giono, avec une telle beauté que, malgré la dureté de ce drame-ci, on oublierait presque cette vengeance de la part du jeune Séraphin Monge, revenu de la première guerre mondiale, où il pensait avoir côtoyé les pires horreurs, mais il est d’autres horreurs qu’il découvre en revenant au pays.
Il s’était bien rendu compte que les gens l’évitaient, mais il ne comprenait pas trop pourquoi jusqu’à ce que parle son collègue cantonnier.

La force de la nature, la Durance où il jettera  toutes les pierres de cette maison maudite, la violence des sentiments, mais aussi des éléments lorsque la nature se déchaîne, lorsque souffle la montagnière, les senteurs de la terre, tout cela contribue à renforcer la noirceur du drame qui se produisit plus de vingt années auparavant.
Le personnage de Séraphin Monge n’est même pas vraiment sympathique, il rejette tout le monde d’un même visage fermé, on a pitié de ce qui arriva à sa famille, mais c’est tout, du moins ce fut tout pour moi. Son histoire, c’est vrai, est poignante si seulement il ne se comportait pas comme une brute avec ceux qui tentent, vainement, de l’approcher pour son affection voire son amour.

Les paysages et les sentiments sont âpres, les mœurs villageoises ne sont guère aimables, elles traînent dettes et rancoeurs et empêchent de vivre « normalement ». Quand les temps sont trop durs, même le chant des oiseaux se tait.

Le réalisateur Georges Lautner a adapté le roman au cinéma en 1988 (ici), il a rendu le personnage de Séraphin Monge bien plus humain que dans le roman. 

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13 février 2021

UNE ROBE DE LA COULEUR DU TEMPS, de Jacqueline Kelen

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Le sens spirituel des contes de fées

Si on commençait par la fin pour parler d’un livre qui m’a éblouie =

Epilogue – extraits du livre
Juste avant de passer le seuil de l’invisible, l’âme pérégrine embrasse tous ceux qu’elle a rencontrés. En une ronde folle, une ronde de sagesse, défilent les nombreux êtres, objets et créatures étranges qui ont accompagné sa longue épopée = la grenouille et la fée, l’ogre et le rossignol, la galette et la pomme empoisonnée, le coutelas et le fuseau, la sirène et l’âne gris.

Rien n’est banal en ce monde ni en l’autre. C’est l’homme rationnel, suffisant, qui – voulant écarter illusions et rêveries – assène des concepts froids et des explications qui ont pour effet de tuer l’imagination et de ruiner tout élan amoureux.
Les contes de fées sont inoubliables parce qu’ils transmettent une Sagesse sans âge et une Parole qui relie à l’immémorial.

L’histoire n’est pas finie tant que passe la Parole enchantée, celle qui donne souffle et vie à toute chose.

fin de citation

Ce que j’en pense = j’ai eu la chance et le plaisir de faire, au cours de ma vie, des rencontres marquantes – que ce soit dans le cadre des cours et conférences que j’ai eu le bonheur de suivre. Comme par exemple monsieur Claude Sterckx grâce à qui j’ai pu approfondir mes connaissances à propos des Celtes, moi qui suis passionnée par les civilisations anciennes ; mais également d’autres personnalités de l’ulb qui m’ont ouvert la porte vers des livres pour approfondir des sujets qui m’intéressaient, parmi eux je cite avec plaisir la romancière belge Martine Cadière qui mélange habilement intrigue policière à la vie d’une personnalité célèbre du passé (George Sand, Jacques Prévert, Sarah Bernhardt, et bien d’autres).

Il y a toutefois une personnalité qui m’a le plus profondément marquée que toutes les autres = il s’agit de Jacqueline Kelen, découverte lors d’un colloque sur la spiritualité ; c’est  sa manière claire de s’exprimer bien sûr, mais surtout la lumière qui émanait d’elle - elle irradiat littéralement d’elle - qui m’avait subjuguée.
De plus, lorsque timidement au cours de la pause je lui exprimai mon admiration, elle me remercia avec une gentillesse dont je garderai le souvenir pour toujours.

C’est donc avec un immense plaisir que j’ai découvert cette « Robe de la couleur du temps »
 Où elle aborde les contes de la manière totalement différente de la manière dont les abordent et interprètent les psychologues.
Jacqueline Kelen les aborde par l’aspect spirituel de la quête héroïque (pas aspect religieux) qui l’intéresse mais comment l’âme – cette partie spirituelle de notre personnalité – s’élève.

S’inspirant de Perrault, Grimm et Andersen, elle analyse 18 contes célèbres. Elle nous donne une vision personnelle et au risque d’exagérer, j’ai trouvé cela sublime.

Contes abordés = le vilain petit canard – la petite fille aux allumettes – le roi grenouille – la Barbe-bleue – les musiciens de Brême – le vaillant petit tailleur – la princesse au petit pois – le petit Poucet – le petit chaperon rouge – les habits neufs de l’empereur -   le rossignol – histoire d’un qui s’en alla pour apprendre le tremblement – la petite sirène – la belle au bois dormant – Cendrillon – Blanche-neige – Peau d’âne.

Je vous recommande également un autre livre de Jacqueline Kelen = l’esprit de solitude (billet ici).

Un autre avis sur « une robe de la couleur du temps » chez tania-textes&prétextes.

03 février 2021

GLASS HOUSES, de Louise Penny

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Titre français = Maisons de verre

13ème enquête d’Armand Gamache, superintendant en chef de la sûreté de Quebec

Juillet à Montréal – dans la salle d’audience du palais de justice, dans la vieille ville, il fait tellement étouffant (l’airco est éteint pendant les audiences en raison du bruit) que juge, accusé, procureur et avocat de la défense sont impatients à ce que la journée d’interrogatoires se termine.
Pour l’instant, c’est Armand Gamache qui se trouve dans le fauteuil des témoins, il est le témoin de l’accusation. Cependant, la juge chargée du procès se demande pourquoi le procureur est aussi agressif avec son témoin, on pourrait à la rigueur le comprendre s’il s’agissait de l’avocat de la défense mettant Gamache sur la sellette.
L’attitude du procureur est telle que, finalement, la juge convoque le procureur et son témoin dans son bureau pour le lendemain.

Par une analepse, on se retrouve six mois auparavant dans le charmant village de Three Pines, om Armand Gamache et son épouse Reine-Marie se sont intallés définitivement, avec seulement un pied-à-terre à Montréal, pour les cas particuliers.
Dans le village, Halloween bat son plein le 31 octobre, mais c’est le lendemain qu’apparaît un personnage masqué et totalement habillé de noir, une sorte de manteau/cape le couvrant de la tête aux pieds (genre Dark Vador disent certains pour faire de l’humour).

Cette figure mystérieuse reste là, à regarder vers le bistro(, sans bouger, et elle commence à fameusement inquiéter les habitants. Au bout du 2ème jour, ils deviennent hargneux, la peur on le sait rend violent.
On reproche à Gamache de ne pas intervenir.
Que pourrait-il faire, l’homme (ou la femme, allez savoir avec ce déguisement) ne fait rien de mal, il ne bouge pas, il se contente de regarder vers le bistrot.

Une bande d’amis, se connaissant de puis l’université, vient chaque été passer quelque temps à Three Pines. Cette année, à l’étonnement de tous, ils sont arrivés à Halloween. Au bout des quelques jours de la présence du mystérieux personnage, l’un des amis, le journaliste Matheo,  vient parler à Gamache.
Après quelques recherches, il  en est venu à conclure que le personnage est un « cobrador », mais non pas le « cobrador del frac » tel qu’il est encore courant en Espagne, une sorte d’huissier qui poursuit les mauvais payeurs de sa présence, il les poursuit jusqu’à ce la la dette soit apurée.
Celui de Three Pines ressemble plutôt au cobrador historique (masqué et couvert de la tête aux pieds), représentant une « conscience »  - pas nécessairement d’une dette en espèces sonnantes et trébuchantes, mais un acte pour lequel le coupable n’a pas été puni ; la figure du cobrador reste alors à proximité du coupable, l’observant sans bouger. 
Mais qui donc cette « conscience »-ci observe-t-elle ? si on gratte bien, nous avons tous quelque chose à nous reprocher, mais pas à ce point tout de même !

La tension monte, les enfants ne jouent plus sur la prairie au centre du patelin puisque le personnage y demeure.

Après quelques jours, Reine-Marie Gamache, cherchant un vase dans la cave de l’église, trouve le cadavre de Kathleen (Katie) Evans, l’une des quatre du groupe, recouverte du déguisement, mais surtout couverte de sang. Était-elle la « conscience » ? assassinée par le coupable ? Celui-ci a-t-il fui, ou est-il toujours dans Three Pines ?

Ce que j’en pense = les chapitres du roman passent, en alternance, de la salle d’audience où l’on juge la personne coupable du meurtre de Ms. Evans, avec les événements des 6 mois précédents dans Three Pines.

J’ai failli ne pas poursuivre après le premier chapitre car je ne suis pas très amatrice de romans judiciaires. J’aurais eu bien tort, car passé ce premier chapitre un peu ennuyeux, la tension monte fortement.
Déjà en raison de ce qu’explique Gamache à propos du personnage étrange apparu dans Three Pines, mais surtout parce que le lecteur assiste petit à petit aux événements qui se situeront dans le patelin, après quelques réunions entre Armand Gamache et l’équipe de policiers en qui il a toute confiance. Il se laisse même quasi insulter par les journalistes de télévision parce qu’il semble n’attacher aucune importance à une certaine criminalité. Gamache que tout le monde admirait est en train de perdre sa crédibilité aux yeux du public.

Tout cela fait partie d’un plan bien ordonné pour lutter contre la drogue qui prend de plus en plus d’ampleur dans la province de Quebec. Je n’en dirai guère plus car je ne tiens pas à gâcher le plaisir de lecture de cet excellent polar, dont le suspense va crescendo jusqu’à une fin fort dramatique dans ce petit village non loin de la frontière entre le Canada et les USA.

J’avais compris qui était la personne coupable, dès son apparition dans le roman – je suis méfiante et cynique, je  sais, mais son air si sympathique ne pouvait pas être sincère (j’ai une longue expérience de personnes sympathiques qui vous plantent un couteau dans le dos =^-^=)

Le contraste entre la violence de ce contre qui et quoi luttent Gamache et son équipe avec la quiétude d’un village bucolique à souhait est fort bien amené.

On retrouve, bien sûr, pour qui suit les enquêtes d’Armand Gamache, tous les habitants de Three Pines, de la poétesse complètement barrée et Rosa sa cane, le couple en charge du café et du B&B, la peintre Clara, à Myrna, la psychologue qui a connu le groupe des 4 amis au temps de l’université et qui désormais s’occupe de la librairie. Sans oublier son adjoint et beau-fils, Jean-Guy Beauvoir. 
Chaque personnage a sa personnalité, qui inspire souvent Gamache dans ses discussions et ses enquêtes.

En dehors des personnages du village, j’ai aussi apprécié le portrait de la juge, dont c’est le premier procès criminel, et le procureur, qui n’hésitent pas à suivre Gamache malgré le risque pour leur carrière.

A propos du « cobrador del frac », (le moderne) un tel personnage existe réellement, je l’ai découvert par ce polar. Voici un ancien article du quotidien Le Monde qui en parle (ici)

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30 janvier 2021

MRS. JEFFRIES DEMANDS JUSTICE, d'Emily Brightwell

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39ème enquête de Mrs. Jeffries et de l’inspecteur Witherspoon 

L’inspecteur Nigel Nivens, nemesis de l’inspecteur Witherspoon, est accusé du meurtre d’un homme qu’il aurait payé afin de témoigner en faveur d’un trio de voleurs et qui croupissent  à présent en prison. 
L’inspecteur Nivens est le prototype du faux jeton ; lors d’une enquête précédente, il a carrément conservé pendant plusieurs heures des preuves qui ont failli faire rater l’arrestation d’un dangereux criminel.

A cause de ce sale coup qu’il voulait faire à l’inspecteur Witherspoon, Nivens a été transféré dans un commissariat de l’East End, la partie la plus violente de ce Londres du 19ème siècle ; rappelons que c’est dans le quartier de Whitechapel dans l’East End que Jack l’éventreur commit ses horribles crimes. 
Comme on n’a jamais trouvé qui était the Ripper, les langues ont été bon train = on a étouffé ces crimes, les policiers se protégeant entre eux.
La réputation de la police ne s’en est pas totalement remise.

Aussi est-il absolument nécessaire de prouver ou non que l’inspecteur Nivens soit innocent ou coupable, déjà la presse à scandales n’hésite pas à dire que la police une fois encore va protéger ceux de « la maison ».
Nigel Nivens clame son innocence, bien que ce soit une arme lui appartenant qui a été trouvée à côté du cadavre. Une arme de prix, un pistolet faisant partie d’un jeu de deux pistolets de duel, que l’inspecteur avait un jour amené avec lui, clamant à quel point l’arme avait de la valeur avec ses poignées en nacre et incrusté d’or.   Selon lui, l’arme lui a été volée, probablement dans le pub où il avait l’habitude de boire un verre après le service.

L’homme qui a été tué,  un certain Bert Santorini, n’était pas particulièrement aimé lui non plus ; il était vendeur de glace qu’il livrait aux pubs désireux de servir des boissons fraîches. 
Mais sa jolie charrette et le poney avaient été obtenus de manière malhonnête. Par un mensonge Santorini avait envoyé le propriétaire de la cariole en prison et s’était approprié ses biens.
L’homme était aussi un coureur de jupons, paraissant avoir plus d’une « dame de cœur », souvent des  propriétaires ou serveuses des pubs.
Il avait probablement aussi été payé pour faux témoignage par Nivens, afin de mettre en prison le trio des frères O’Dwyer.  Leur mère a aussi décidé de se venger.

Donc plusieurs raisons de tuer Santorini, et par la même occasion, se débarrasser d’un flic détesté de tous.

L’inspecteur en chef à Scotland Yard décide de mettre l’inspecteur Witherspoon sur l’affaire, bien que ce ne soit pas du tout son district – et mener une enquête dans l’East End, cela revient à tenter de faire parler une huitre. 
Mais comment refuser, ce n’est pas parce que son collègue est un sale type qu’il faut le laisser accuser d’un crime, s’il est innocent.

C’est ici qu’intervient sa gouvernante, Mrs. Jeffries. Elle et toute la domesticité de l’inspecteur, un homme bon et généreux, l’aident toujours indirectement à trouvers des indices afin qu’il mette les coupables sous les verrous.
Cela fait d’ailleurs des années que Nivens essaie de prouver ce fait et mettre ainsi Witherspoon dans l’embarras, voire le faire virer du Yard.

Ce ne sera pas facile effectivement de faire parler les gens de l’East End – dans ce quartier où l’on n’apprécie guère la police, les gens ne parlent que si on les paie – non pas que cela dérange Witherspoon et son assistant Barnes, mais par où commencer. 
Le mieux sans doute serait par les pubs.

Le personnel de Witherspoon et Ruth lady Cannonberry font appel à leurs connaissances, à leurs méthodes personnelles pour trouver des preuves.
Ils le reconnaissent tous, ils n’ont aucune envie d’aider à innocenter le sournois Nivens, mais la justice c’est la justice. 

Ce que j’en pense = j’ai été ravie de retrouver la maisonnée de l’inspecteur Witherspoon ; c’était comme retrouver une bande d’amis, ce qu’ils sont d’ailleurs devenus au fil du temps en aidant « leur » inspecteur. 
Dans ce 19ème siècle où le personnel est souvent très mal traité, chez Witherspoon les gages sont vraiment bons, ils ont droit à une journée de repos, ils mangent à leur faim, aussi ils estiment que c’est dans leur intérêt d’aider un homme honnête, peut-être pas très brillant.

Je trouve cependant que l’inspecteur Witherspoon, suite à pas mal de résultats positifs obtenus au cours de ses enquêtes, commence à devenir plus fûté. Il est vrai que Mrs. Jeffries, sa gouvernante, l’oblige à lui rapporter ses journées et à lui demander quelles sont ses réflexions à propos d’une enquête, par plusieurs petites phrases elle l’amène à creuser ce qu’il ressent. Tout comme le fait Ruth lady Cannonberry, la dame de cœur de l’inspecteur.

L’auteure Emily Brightwell décrit à la perfection la misère, mais aussi la méchanceté, qui règne dans le quartier le plus misérable de Londres, où même les pauvres n’hésitent pas à exploiter plus pauvres qu’eux.

Cet opus est le 39ème dans la série, j’en ai lus pas mal, mais j’ai tout de même quelques enquêtes de retard, précédant celle-ci.

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THE TESTAMENT OF MARY, de Colm Toibin

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Titre français = le Testament de Marie

Elle vit désormais en recluse à Ephèse, loin de Jerusalem où elle risque l’arrestation pour être la mère de celui qui se disait le fils de dieu.

Et si toute cette histoire avait été montée de toutes pièces par la bande de marginaux qui s’accrochèrent à son fils,  le détournant finalement de sa vie simple de charpentier.
Si tout cela n’avait été que des histoires = eau se changeant en vin, pains et poissons à volonté lorsque les paniers sont vides, résurrection de Lazare … tous ces « miracles » montés en épingle et qui feront que petit à petit les Anciens, le sanhedrin et les Romains se mettront à vouloir la disparition de ce fauteur de troubles et ses disciples.

Marie n’a pas assisté à toute la crucifixion, ce martyre inventé par les Romains pour montrer que Rome ne rigole pas avec ceux qui disent être « fils de dieu » ou « roi des juifs ».  Ceux qui se permettent de mettre la puissance de Rome en doute.
Avec Madeleine, la sœur de Marthe et Lazare elle se retrouvera au pied de la croix avec un des amis de son fils qui, après avoir aperçu ceux qui répertoriaient tous les fidèles du crucifié, prit les deux femmes avec lui, sans leur laisser le temps de prendre des effets, et fuir immédiatement par la mer.
Le voyage fut difficile, la mer et le vent  manquèrent souvent de faire capoter la frêle embarcation.

A présent, elle est vieille, elle accepte cette vie cachée parce qu’elle ne veut plus voir ceux qui influençèrent son fils à prêcher un autre monde, meilleur.  
Ici à Ephèse elle se rend parfois au temple de la déesse Artemis, en se cachant dans la pénombre, mais où au moins on la laisse en paix. 
Si elle allait à la synagogue, elle risquerait d’être reconnue par ceux qui continuent à la pourchasser, non pas les marginaux qui suivaient son fils, mais les espions des Romains et du sanhédrin.

Marie Madeleine l’a quittée, elle a accepté de témoigner, elle Marie ne le souhaite pas, elle préfère se souvenir de l’enfant que son fils a été, de leur tendresse et complicité.
Elle reçoit de temps à autre la visite de deux disciples, exaspérés par sa volonté de ne pas témoigner de ce que son fils prêchait. Ils l’aident à assumer le peu de besoins matériels qu’elle a encore, en échange ils veulent son témoignage écrit.

Ce que j’en pense = ce roman très court – une novella en fait – est une intéressante ré-écriture de l’histoire archi-connue de la vie du christ, telle que l’ont raconté les évangiles (ce qui signifie bonne nouvelle).

J’ai l’impression que le but de Colm Toibin, en écrivant cette histoire, a été de donner une image plus réaliste de l’icône qu’est devenue la mère du Nazaréen. Racontée au travers des évangiles (dont deux seulement furent écrits par des contemporains de Jesus), la mère du christ est devenue une image sainte, mais loin de la réalité.

Comme elle le dit elle-même dans le court roman, les évangélistes étaient moins intéressés par la vérité historique que par la promotion d’une nouvelle religion.
Le ton qu’elle utilise pour parler de toute cette situation est parfois amer, elle n’est pas d’accord avec les religions qui relèguent les femmes au second plan.

Je me demande ce que penserait une personne très croyante de ce roman – personnellement je l’ai trouvé vraiment intéressant, loin des dogmes, mais je pense qu’un catholique intégriste risquerait d’en avaler son missel.
L’histoire devrait néanmoins plaire aux protestants qui ont toujours estimé que Marie n’était pas vierge et que le dogme marial ne pouvait exister pour cette raison.

Colm Toibin a une belle plume, l’anglais est superbe et du coup j’ai fort envie de découvrir d’autres romans de cet écrivain.

un autre billet sur ce roman chez eireann-littétature d'irlande et d'ailleurs

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28 janvier 2021

ORPHEE, de Jean Cocteau

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Scénario, dialogues et mise en scène de Jean CocteaU

Orphée est un poète reconnu, il se rend régulièrement au café des Poètes de la ville où il habite. Cégeste, un jeune poète débutant, arrive un jour totalement saoul au café, en compagnie d’une très belle femme toute habillée de noir. 
Fortement imbibé Cégeste provoque une bagarre générale et dans le tumulte sort du café où il se fait renverser par un motard. La femme en noir (que l’on nomme « la Princesse » )le fait porter dans sa rolls et ordonne à Orphée de les accompagner. Dans la maison de la Princesse, Cégeste se réveille et elle lui ordonne de la suivre au travers du miroir qui mène à l’autre monde, le jeune poète étant mort.

Orphée a assisté à toute la scène et devient obsédé par la mort qu’incarne la Princesse. Il tente de les suivre au travers du miroir, mais sans succès ; peu après il se retrouve dans la rolls, en pleine campagne, avec Heurtebise le chauffeur.
Revenu chez lui, Orphée retrouve Eurydine son épouse, fort inquiète, en compagnie du commissaire de police et d’Aglaonice, amie d’Eurydice, mais à qui Orphée a défendu sa maison. 

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Etrangement, le comportement d’Orphée se modifie, il devient désagréable avec son épouse alors qu’ils formaient un ménage exemplaire dont l’amour mutuel faisait l’admiration de tous.
Orphée passe ses journées dans la rolls qu’Heurtebise a garée dans le garage, Heurtebise  passant du temps auprès d’Eurydice pour la rassurer. Orphée note des phrases qui passent à la radio de la rolls, et seulement là.  En fait, ce sont des phrases conçues par le jeune poète mort, que la Princesse force à diffuser pour éloigner Orphée de son épouse.
Désespérée, celle-ci  est tuée par la Princesse, jalouse de cette femme aimante et compréhensive. Heurtebise, qui est tombé amoureux d’Eurydice, prévient Orphée qui est désespéré, le jeune chauffeur, spectre d’un amoureux qui s’est suicidé,  emmène Orphée dans la maison de l’autre monde.

Là un tribunal accuse la Princesse d’avoir tué Eurydice tout comme Heurtebise doit reconnaître l’amour qu’il porte à Eurydice. Le tribunal cependant autorise le couple marié de retourner sur terre à condition que plus jamais Orphée ne regardera Eurydice sinon elle mourra à jamais.

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Ça va être d’un pratique pour la vie de tous les jours.  Eurydice comprend bien vite que cette vie est intenable et elle fait en sorte qu’Orphée croise son regard dans le rétroviseur de la rolls.
Pendant ce temps les copains du jeune poète Cégeste vienne réclamer leur ami chez Orphée, une bagarre éclare et Orphée est tué par une balle perdue. Le revoilà parti dans la maison de l’autre monde où il avoue son amour à la Princesse. Celle-ci cependant a été prise de remords et demande à Heurtebise de remonter le temps pour que le jeune couple puisse ne se souvenir de rien et être heureux.

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Ce que j’en pense = j’ai adoré cette version moderne d’un mythe fort connu, et qui dans cette version-ci se termine bien, j’ai un cœur de midinette et j’aime bien quand une histoire finit bien (je n’ai aucun scrupule à divulgâcher => nouveau terme à la mode pour « spoiler »)

Jean Cocteau était un formidable cinéaste, en plus d’être un grand poète. Il a attribué le rôle d’Orphée à Jean Marais, qui n’est pas mal du tout en poète exigeant, râleur, obsédé par les phrases qu’il entend sur les ondes de la superbe rolls.
La très belle Maria Casares est une Princesse fascinante, mystérieuse à souhait, la douce Eurydice, jouée par Marie Déa, semble bien fade à côté d’elle. Le jeune poète Cégeste est interprété par Edouard Dermit, qui a joué dans d’autres films de Cocteau ; il apporte une touche d’humour à cette histoire d’amour et mort (les deux étant paraît-il fortement liés). Le poète qui veut savoir  ce qu’est devenu Cégeste est joué par Roger Blin. Juliette Gréco est une Aglaonice ayant peu de sympathie pour Orphée, elle apporte une touche personnelle au rôle.

Mon préféré dans cette histoire, vous vous en doutez peut-être, est le tendre Heurtebise, interprété avec une belle sensibilité par François Périer. 

Les décors sont assez simples, dus à Jean d’Eaubonne, quant aux costumes de Marcel Escoffier ce sont surtout ceux de la Princesse que j’ai aimés, les autres sont assez banals.

En résumé, une belle légende joliment mise au goût du jour (1950), mais qui pour moi n’a pas pris une ride – et le noir & blanc y ajoute un belle touche.

26 janvier 2021

ELEGY FOR APRIL, de Benjamin Black

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Titre français = la Disparition d’April Latimer

Dublin au mois de février est comme écrasé sous un brouillard qui ne se lève pas. Phoebe Griffin est inquiète, son amie April Latimer, jeune docteure interne à l’hôpital Holy Family où travaillent Malachy Griffin et Quirke, n’a plus donné de ses nouvelles depuis une semaine.
Or, les amies se parlaient tous les jours, quand elles n’avaient pas l’occasion de se rencontrer avec les autres membres de la « petite bande » = la comédienne Isabel Galloway, le journaliste Jimmy Minor et le jeune médecin étudiant la chirurgie Patrick Ojukwu.
Elle en parle à Quirke, revenu d’une cure de désintoxication au centre de réhabilitation St-John of the Cross.
Car bien qu’il ait tenté de se désintoxiquer de l’alcool par lui-même, Quirke est retombé et pendant six mois a tellement bu qu’on l’a éjecté de la plupart des pubs où il faisait du chambard et quand on l’a retrouvé dans la rue ; comme beaucoup d’alcooliques, Quirke refuse cet adjectif, mais là il a compris qu’il avait besoin d’aide.

Quirke comprend l’inquiétude de sa fille – qui bien qu’elle ne se confie pas à lui – semble avoir accepté la situation étrange dans laquelle la famille se trouve = élevée par Sarah et Malachy Griffin, mais en réalité la fille de Quirke et Delia, son épouse décédée. 

Afin de la rassurer, il s’adresse à l’inspecteur Hackett avec qui il a noué des liens de sympathie. Ce dernier se rend avec Quirke dans l’appartement d’April, où règne un fameux désordre sauf, étrangement, le lit parfaitement fait. Phoebe n’est pas très contente que son père se soit adressé à l’inspecteur, mais au moins ont-ils essayé de trouver des raisons de la « disparition » de la jeune femme.
Ils se rendent même chez la mère d’April Latimer qui leur dit que les liens avec sa fille sont rompus de puis de nombreuses années et qu’elle n’a aucune nouvelle et n’en souhaite d’ailleurs pas. Elle est aussi au courant que Quirke a rencontré Oscar, le frère d’April, qui ne lui en a pas plus appris ; de plus elle a demandé que passe son beau-frère, le ministre de la santé Latimer.

Après avoir rencontré les amis de Phoebe (et d’Alice Latimer), Quirke apprend qu’en fait la jeune femme avait l’habitude de disparaître ainsi sans prévenir, mais au moins revenait-elle toujours assez rapidement. Là, plus le temps passe, moins elle semble décidée à revenir. Elle signait elle-même ses certificats d'absence.
Alice Latimer était très imprévisible, aimait bien la compagnie des hommes, mais à l’hôpital elle ne semblait pas avoir de contacts avec ses collègues.
Et Phoebe, selon différents petits indices, se demande si elle connaissait finalement aussi bien son amie qu’elle le pensait.

Quirke n’est pas quelqu’un qui aime abandonner une piste, cela l’occupe mieux que son travail de légiste – il devrait se méfier de ce côté-là car son adjoint Sinclair brigue son poste. Quirke contacte les amis de « la petite bande », le petit journaliste à qui on a intimé l’ordre de ne rien écrire à propos d’April Latimer, c’est une affaire de famille, rien de plus. Isabel Galloway, par contre, est très attirée par l’allure sombre, ténébreuse de Quirke et une idylle se noue mais avec Quirke rien n’est jamais simple.
Il contacte encore Patrick Ojukwu, étudiant en chirurgie, dont la situation n’est pas très enviable vu sa couleur de peau, il est confronté au racisme quotidien régnant à l’hôpital ; mais surtout il a très peur que la police se mêle de l’affaire Latimer.

Où est passée April, lui est-il arrivé quelque chose ? de très légères traces de sang trouvées sous le lit de l’appartement  sembleraient pencher en ce sens. Plus le temps passe, plus l’affaire prend une bizarre tournure. Pourtant, pas de cadavre.

Ce que j’en pense = une fois encore j’ai été conquise par ce polar neo-noir,  où Quirke se bat contre l’alcool, sans lui opposer beaucoup de résistance il faut bien le dire. Après sa première cure personnelle ayant très mal tourné, il a tenté l’expérience du centre de désintoxication, avec hélas aussi peu de succès. Après quelques semaines de sobriété, l’appel de l’alcool est trop fort.

Le thriller est intéressant, j’apprécie cette recherche concernant une jeune femme indépendante, trop selon certains – notamment sa famille. Une famille au lourd passé, qui a fait fuir la jeune docteure.

Il y a malheureusement  à mes yeux un peu trop de scènes de pubs et de moments de boisson se terminant en stupeur ethylique proche du coma.  Ainsi que les difficultés relationnelles de Quirke avec les femmes qui sont attirées par lui = ici Isabel, la copine de sa fille, mais aussi Rose Crawford, ayant quitté Boston pour Dublin.

Par contre, j’ai trouvé intéressant que Phoebe Griffin (qui n’a pas changé son patronyme en Quirke) semble avoir décidé de ne plus en vouloir à son père biologique et est moins acerbe en lui parlant.
Ceci dit, ils ne sont pas non plus une famille qui communique beaucoup les sentiments, surtout Quirke qui semble réellement handicapé de ce côté-là, la faute sans doute à ces années d’enfance passées dans un abominable orphelinat avant d’être adopté par le Juge Griffin.

Concernant la jeune Phoebe, dont la naissance coûta la vie à sa mère ce qui poussa encore plus Quirke vers la boisson, elle est touchante dans son désarroi.
Entre ces deux pères, celui qui l’a élevée et celui qu’elle pensait être son oncle, elle me fait beaucoup penser à Angelica Bell, épouse Garnett, née d’une aventure entre sa mère Vanessa Bell (sœur de Virginia Woolf) et Duncan Grant.
Apprenant la vérité à l’âge adulte, répondra à la personne lui disant qu’elle avait de la « chance » d’avoir deux pères (Clive Bell dont elle portait le nom et le peintre Duncan Grant, son père biologique) = « en fait je n’ai pas deux pères, je n’en ai aucun ».

L’ambiance hivernale est fort glauque tout comme l’est cette histoire où les familles méritent vraiment la citation « Familles, je vous hais » d’André Gide à laquelle Hervé Bazin répondit bien plus tard par « Familles je vous ai », qui n’est pas plus positif.

Il reste encore le caprice de Quirke, l’achat d’une voiture que dans son inconscience il n’a même pas pensé à assurer (je reconnais qu'il m'agace un peu avec son laisser-aller).

Inutile de dire que je vais poursuivre la série, qui me plait énormément.

un autre billet sur ce roman chez cecileSblog

24 janvier 2021

SI CARTON M'ETAIT CONTEE...

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J’ai le grand plaisir pour le moment de lire des essais sur les contes de fées (marie-louise von franz, jacqueline kelen, alison lurie)

En plus de ces dames fort bien documentées, qu’il est un réel plaisir de lire et découvrir quel est leur avis, quelles sont leurs théories, sur les contes de Grimm, d’Andersen, de Perrault, j’ai aussi découvert dans le livre « Histoires de cinéma » de Pauline Carton, que je viens de terminer, dans son chapitre « pudeur et morale », l’opinion de cette femme pleine d’humour, ce qu’elle pense des contes.
En effet, ce chapitre abordant la pudeur de cinéma, qui ne ressemble pas vraiment à la pudeur courante.
On interdit parfois au moins de 16 ans un film où figurent une brochette de filles nettement plus habillées que les mères à la plage, par contre on autorise sans sourciller un film rempli de violence, mais aussi des histoires médiocres qui  n’élèvent pas le niveau.

Je cite Pauline Carton = d’ailleurs n’accusons pas uniquement le 7ème art, il n’y a pas que sur les écrans que l’on apprend la bonne conduite. Les contes de Perrault sont d’une immoralité qui dépasse les romans russes – certains personnages de Dostoïevsky sont des petits saints comparés aux gentils héros des fables enfantines qui ont embelli nos 6 ans.
Avez-vous déjà pensé à la mentalité des parents du petit Poucet ? ils sont dans la dèche, le boulot se fait rare et l’hiver désagréable. Houp là, les voilà qui abandonnent leurs rejetons en pleine forêt, pour qu’ils claquent de faim et froid en plein air !

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Le petit Chaperon Rouge porte du ravitaillement à sa grand-mère – récompense = le loup la mange. La même grand-mère a déjà été dans la situation peu enviable de « comestible » puisqu’elle a répondu « entrez » à un visiteur inconnu qui frappait à sa porte. 

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Quant au Chat Botté, c’est bien l’arriviste le plus éhonté, le plus indélicat de la littérature. Il fait l’usurpation d’un titre nobiliaire en bombardant de Marquis de Carabas un humain flemmard.
Ce Chat ment sans arrêt. Il attribue à son incapable patron toutes les propriétés que son œil aperçoit…
… Chez le Chat Botté, le jeune homme camouflé triomphe, on lui colle la main de la fille de roi, situation pleine d’agrément, et chacun s’extasie sur l’activité et le dévouement de ce chat, aussi malhonnête qu’ingénieux.

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Fin de citation

HISTOIRES DE CINEMA, de Pauline Carton

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Avec quelques dessins humoristiques de Paul Perret

Dans ce livre-document, la comédienne-chanteuse-auteure de théâtre  Pauline Carton,  partage en 19 chapitres, sur un ton savoureusement caustique,  des souvenirs de comédienne, mais surtout de ce que fut le cinéma(tographe) et ses débuts balbutiants. C’est à la fois un travail de « mémoire », rempli de détails historiques, exacts, puisque pris sur le vif.

Intitulés des Chapitres  =  poncifs – truquages – lardons de l’écran (=> enfants) – les amoureuses – pudeur et morale – débuts (ceux du cinéma, pas de l’auteure) – extérieurs – plus ça change – mais … - gloires et soucis de vedettes – ici, l’on paie … - commanditaires -  habilleuses et maquilleurs – spectateurs – pépins et étrangetés – les petits, les obscurs – féeries – scénarios ingénus – destination inconnue –

Dire que le document m’a fait rire, ce n’est pas lui rendre l’hommage qu’il mérite, j’ai carrément éclaté de rire à certains passages, mais aussi été émue par ces souvenirs – si on a eu la chance de voir Pauline Carton au cinéma, dans les rôles qu’elle préférait (concierge, soubrette, ou mégère), on comprendra aisément le ton pince-sans-rire qu’elle utilise pour donner son avis ou partager ses souvenirs.

Dans le chapitre « spectateurs », elle n’hésite pas à dire que le genre qu’elle préfère c’est le roman noir ! vous pensez si dès lors elle m’a conquise, moi qui suis une avide lectrice de polars (mais pas que =^-^=).
Je la cite = quelle que soit la profondeur de monsieur Sartre, le clacissisme de monsieur Prévert et la « jovialité bien connue » de monsieur Genet, le genre de production moderne qui m’épate et me séduit, c’est le roman noir.

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Dans « féeries », elle rend un vibrant hommage à Georges Mélies, ce véritable magicien qui avait voulu acheter l’invention des frères Lumière, qui avaient refusé, et dès lors Méliès bricola tout ce qui était nécessaire pour filmer des petites histoires de son invention, non pas des « trains entrant en gare » ou autres documentaires, mais de véritables petits scénarios humoristiques, dont il était l’auteur mais aussi l’un des interprètes avec son épouse et des amis.
Oublié après la guerre 14-18, un journaliste redécouvrit Méliès et il fut fêté, félicité, décoré.  D.W. Griffith déclarait que le cinéma lui devait tout. (un bel hommage à Mélies est aussi le film de Martin Scorsese sorti en 2011 « Hugo Cabret »)

Dans « scénarios ingénus », c’est à Max Linder qu’elle rend hommage, citant notamment qu’il inspira Charlie Chaplin. 
Et à propos de ce pluriel, Pauline Carton reconnaît que le pluriel serait « scenarii », mais comme elle ne parle pas italien, elle ne voit pas pourquoi elle devrait frimer de cette manière.

J’ignore si le livre est encore disponible, le mien a été trouvé dans une bouquinerie il y a bien longtemps et j’ai décidé d’un peu nettoyer ma pal.
De plus en ces jours pénibles de pandémie, rien de tel pour retrouver le sourire.
En tout cas, si vous le trouvez, surtout n’hésitez pas à l’acheter car il en vaut la peine – l’auteure utilise parfois des expressions argotiques, mais elles sont très faciles à comprendre, d'autant plus qu'elles sont peu nombreuses.

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A propos de Pauline Carton = je ne citerai pas ici une biographie de cette femme talentueuse, mais je veux absolument mettre l’accent sur sa grande culture, qui fit dire d’elle par Sacha Guitry « qu’elle était sa bibliothèque ambulante (et particulière). Elle était devenue sa confidente et il la chargeait généralement du casting « non officiel », il la laissait choisir qui elle pensait ferait l’affaire pour un rôle,  ensuite l’affaire suivait son cours officiel. Elle était aussi sa secrétaire pour les films historiques ; elle était chargée des recherches afin que le tournage d’histoires historiques soient les plus vraisemblables possibles, même si romancées.
Certaines correspondances entre ces deux personnages montrent qu’elle n’hésitait pas à lui donner son avis, et même ses critiques, sur les mises en scène au théâtre. 
Pauline Carton se vit offrir pas moins de 22 rôles par Sacha Guitry, toujours dans le registre qu’elle appréciait = soubrette, concierge, mégère.

J’aime par-dessus tout une citation d’elle = « quand j’étais jeune j’avais le visage lisse et des robes plissées ; maintenant c’est le contraire ! » 

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23 janvier 2021

BERENICE, de Jean Racine

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Adapté pour la télévision par Jean-Daniel Verhaegen

Scénario de Jean-Claude Carrière d’après Jean Racine

Bérénice, reine de Judée, vit à Rome depuis 5 années auprès de Titus – Antiochus, secrèteent amoureux de la reine depuis ces 5 années, décide de partir vers son pays, mais avant son départ et persuadé qu’il ne la verra plus, confie ses sentiments à Bérénice. Le doute toutefois s’est immiscé dans l’esprit de la reine car depuis la mort de Vespasien, père de Titus, ce dernier est devenu empereur. Pendant les huit jours de deuil, la reine n’a pas vu Titus, elle l’espère et surtout espère qu’enfin il va pouvoir l’épouser.

C’est oublier un peu vite que Rome n’aime pas les étrangers, ou les étrangères, surtout si celle-ci devrait devenir leur impératrice.

Titus subit l’influence du sénat et surtout de Paulin, représentant Rome dans toute son arrogance - de tourments  en hésitations, Titus charge Antiochus de dire à la reine que finalement  malgré tout son amour il ne pourra l’épouser  - la reine ne le croit pas et se précipite dans les appartements du nouvel empereur, obligé de confirmer - Bérénice décide de mourir, pour tout de même changer d’avis et après un dernier éclat où elle lui crie non seulement son amour mais surtout son chagrin, Bérénice s’en va.

Ce que j’en pense = j’ai adoré ce film pour la télévision que je viens d’avoir le plaisir de voir.

L’interprétation est magistrale = Carole Bouquet est une Bérénice tout à la fois amoureuse radieuse, puis déçue, clamant son désespoir, confiant ses tourments à Phénice, sa suivante, interprétée avec sensibilité par Isabel Otero.
Titus c’est Gérard Depardieu, qui est excellent – ce comédien est capable du pire comme du meilleur, et ici c’est du meilleur ; il rappelle par ce rôle de Titus, à quel point il peut jouer des rôles classiques (pensez encore à son Cyrano). Jacques Weber est Antiochus, roi de Commagène, lui aussi fort tourmenté par son amour qu’il a dû taire. Son serviteur Arsace est interprété par Hughes Quester.
Quant à Paulin, le sénateur romain qui n’est que trop heureux que Titus doive répudier Bérénice, il est fort bien joué par Jean-Marie Winling – il n’est pas loin d’être ignoble lorsqu’il se rend compte que Rome a gagné, que la reine ne sera jamais impératrice.

Les décors sont joliment peints, on se croirait dans une villa de Pompéi, restituée. Quant aux costumes ils sont sobres et élégants.

Amour, passion, lâcheté, tourments, haine, menace de suicide, révolte contre le sort et contre un empire qui ne tolère personne – l’intrigue comporte quelques retournements de situation (je l’aime, il m’aime, elle m’aime, je reste, non je pars, etc).

C’est la lâcheté de Titus qui m’a le plus frappée dans cette histoire d'un trio amoureux.

Contrairement à la version de Pierre Corneille, celle de Jean Racine s’éloigne des faits historiques – ceci n’est guère différent de ce qu’à notre époque on utilise dans les films dits historiques, qui utilisent certains faits pour broder tout autour. Je n’ai pas lu la version de Racine, mais j’imagine bien que le terme « broder » doit convenir.
Heureusement Jean-Claude Carrère, scénariste de génie (et merveilleux écrivain), a « écrémé » la pièce pour en retenir l’essence et cela donne réellement une version que l’on a envie de voir et de revoir (pas immédiatement tout de même =^-^=).

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Je ne sais combien de temps dure la pièce de Jean Racine, mais j’imagine que cela doit être beaucoup plus long que l’heure et demie que dure le téléfilm et où tout est dit, à la perfection.

L’amour d’un empereur et sa reine, qui aurait pu être somme toute une histoire assez banale – même si Suétone l’avait aussi racontée – est portée au pinacle par son auteur du 17ème siècle.

 

19 janvier 2021

THE HUNTING PARTY, de Lucy Foley

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Ecosse, les Highlands, au pied du mont Munro - Trois jours avant la fin de l’année  - un  groupe de joyeux trentenaires débarquent avec la ferme intention de fêter dignement cette fin d’année. 
Le « Lodge » est un lieu élégant, tout en verre et métal, très mode, au contraire de l’ « Old Lodge », l’ancien pavillon ayant brûlé quelques années auparavant. Un Anglais plein aux a construit le nouveau pavillon-hôtel, tellement recherché qu’il faut réserver au moins un an à l’avance, les places étant limitées.
Pour cette fin d’année-ci, c’est à Emma qu’a incombé le choix du lieu où tous les amis vont pouvoir s’éclater pendant trois jours.
Ils se connaissent depuis l’université – 2 des filles se connaissent même depuis l’enfance, ce sont des BFF (best friends forever).

Deux Islandais ont aussi réservé un pavillon, ce qui ne plaît pas trop à la « fine équipe », mais soit. Des randonneurs, pas trop leur genre.

Quatre couples = le très beau, à la mode – les jeunes parents – le beau gosse et son amant américain et finalement le couple plus récent, même si cela fait tout de même trois ans qu’ils sont ensemble.
Sans oublier, la solitaire, qui n’avait pas trop envie de venir, mais son amie a insisté et quand Miranda décide quelque chose, vous ne pouvez pas refuser.

Miranda est la plus fascinante des jeunes femmes, elle est ce que l’on appelle une « It girl » (une « locomotive » en quelque sorte), la plus branchée, la plus belle, celle que tout le monde envie pour sa vivacité, son élégance, mais il y a tout de même un revers à cette fascinante médaille, elle est aussi celle qui peut, d’un seul mot, vous virer de son petit cercle.
Bien qu’elle n’ait pas organisé les 3 jours de fête, elle a bien l’intention de faire en sorte que tout le monde la suive sur la voie du champagne et des petites pilules illicites.
Elle ne comprend pas pourquoi Katie, sa BFF, est aussi distante avec le groupe – peut-être a-t-elle mûri plus vite que les autres ?

Le « Lodge » est géré par une jeune administratrice compétente, qui s’est installée là suite à son veuvage – pour l’assister, il y a un certain Iain, dont la famille vit en ville, qui s’occupe plus de l’intendance que de l’administration ; il y a aussi le séduisant garde-chasse, Doug, un ancien marine, qui souffre de stress post-traumatique. Lui, tout ce qu’il demande c’est qu’on lui fiche la paix.
Il sera là pour organiser une chasse au cerf, comme prévu dans la publicité. Miranda ne dirait pas non à se la  rejouer « l’amant de lady Chatterley » avec lui. Oui elle est mariée, et alors !
Le propriétaire vit à Londres et laisse carte blanche à son personnel. Du moment que l’argent rentre, que vouloir de plus.

Le premier jour, les choses ne se passent pas trop mal, même si le repas typiquement « highlands écossais » ne leur plaît pas des masses.
Mais Emma, la petite dernière addition au groupe, leur promet un repas de St-Sylvestre particulièrement choisi.
Le soir, bien sûr, le champagne coule à flots, Miranda tente de faire comprendre à sa BFF qu’elle devrait se confier à elle si elle a des problèmes, ce que l’autre refuse, elle est simplment fatiguée étant une avocate en vue et ayant pas mal de travail.
On le sait, l’alcool révèle bien vite la vraie nature des gens – un verre de trop et le vernis de la civilisation est rapidement entamé.

De remarques désagréables en moments carrément de dispute, des moments de la vie de ces gens qui se connaissent depuis tant d’années vont être révélés, certains pas vraiment agréables, quand on se connaît depuis vingt ans, il est évident que l’on connaît des petits secrets qu’il vaudrait mieux garder pour soi.
Le jour de nouvel-an, Miranda a disparu après quelques moments particulièrement dramatiques – son corps sera retrouvé par Doug, le garde-chasse, au pied d’un petit pont, près d’une cascade. La beauté du paysage en prend un sacré coup, la tempête de neige fait rage et il faudra attendre quelques heures que cela se calme pour que l’hélicoptère de la police puisse arriver au Lodge.

Ce que j’en pense = un très bon suspense, une satire bien faite de certains gens aisés, qui ont réussi dans la vie, mais qui gardent une certaine nostalgie de leur jeunesse.
Même s’ils ne se retrouvent plus que peu de fois par an, notamment à l’occasion de la nouvelle année, il FAUT qu’ils fassent la fête, comme pour oublier que la vie avance. Ressasser les souvenirs de l’époque universitaire semble être leur seul sujet de conversation, lorsqu’ils tentent de parler d’autre chose, quelqu’un les ramène toujours à « hé on est là pour s’amuser » !

Celle qui est particulièrement accrochée à cela est Miranda, elle est assez pathétique dans son besoin que tout le monde l’aime, et peut être très méchante si on ne fait pas ses caprices – elle le paiera chèrement.

Sur un canevas d’écriture semblable à l’autre roman que j’ai lu de Lucy Foley (ici), elle propose des chapitres courts, où chacun parle de soi, entrecoupés par le « maintenant » parlant de la situation au présent – le crime et l’attente de la police. 
Cela rend la lecture très vivante et j’apprécie cette façon d’écrire.

L’étude des personnages, fort superficiels, est bien observée – c’est évident qu’il s’agit d’un cercle de personnes n’ayant aucun problème d’argent, cela crée un certain malaise, on aimerait gratter pour découvrir qui il y a là-dessous, hélas lorsqu’on gratte le vernis, c’est bien autre chose que l’on découvre.
Psychologiquement, c’est réellement intéressant :

De plus, aimant énormément l’Ecosse, j’ai réellement aimé la description du paysage du mont Munro.

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15 janvier 2021

L'AFFAIRE DU COLLIER, d'Edgar P. Jacobs

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Petit condensé de la « vraie histoire » - rappelez-vous = en 1785, un scandale éclabousse la reine Marie-Antoinette, dont la réputation était déjà particulièrement mise à mal par la population française. C’est le cardinal de Rohan qui est la grande victime de cette escroquerie. Au départ le collier était une commande de Louis XV destiné à sa maîtresse, la du Barry, toutefois cette magnifique pièce de joaillerie est faite de diamants d’une pureté exceptionnelle. Louis XV mourut avant la livraison.   Jeanne de la Motte, qui se prétend une descendante des Valois, est une jeune intrigante qui veut absolument être introduite à la cour. Par le biais de fausses lettres, brillamment exécutées par un maître faussaire,  amant de Jeanne,  ils finissent pas appâter le cardinal qui est amoureux de la reine et ne sait comment lui plaire, d’autant plus qu’elle le méprise. Avec une jeune comédienne qui offre une lointaine ressemblance avec Marie-Antoinette, les escrocs arrivent à tromper Rohan et il s’endette pour acheter le collier.  Le roi sera prévenu de l’escroquerie, fera arrêter le cardinal et Jeanne de la Motte. Le cardinal sera reconnu innocent et la soi-disant comtesse sera marquée au fer rouge du V de voleuse. Bien que la reine ait été totalement étrangère à cette affaire, c’est elle qui sera la plus éclaboussée par ce scandale, tout le monde lui étant hostile, cela  jouera un rôle dans la révolution ; étant très dépensière, la reine avait déjà pas mal entamé les finances du royaume, ce qui évidemment jouera en sa défaveur. Quant au collier, il semblerait que l’on n’en ai jamais retrouvé la trace.

 RELECTURE

Passons à présent à cet excellent thriller issu de la plume d’Edgar P. Jacobs – un roman graphique (ou une bédé si vous êtes moins nouvelles définitions que moi =^-^= - pour rappel = une bédé est une bande dessinée, par nécessairement une histoire complète comme ici)

10ème album de la série « Blake & Mortimer » - thriller sans science-fiction ni anticipation ni espionnage

Paris, début des années 1960 - Sir Williamson, un britannique, a découvert le célèbre collier dit de la reine Marie-Antoinette, perdu depuis 178 années. D’après les journaux, il aurait l’intention de l’offrir à la reine d’Angleterre, ce qui cause un joli scandale parmi la population française, ce dont se régalent les scribouillards – tout pour vendre leur feuille de chou.

Blake & Mortimer sont à Paris pour se rendre au palais de justice afin d’y être confronté à cette canaille d’Olrik ; ils reçoivent une invitation personnelle de se rendre à la soirée que donnera  Sir Williamson pour la présentation du collier rétabli dans son état original par le joaillier Duranton-Claret. Parmi le personnel engagé pour servir les cocktails, les lecteurs ont rapidement repéré l’infâme Sharkey, bras droit d’Olrik. Cela n'augure rien de bon. La preuve = à peine arrivés, le commissaire Pradier informe nos amis qu’Olrik s’est évadé.

Ce dernier va envoyer des messages à Blake & Mortimer, enveloppés dans une pierre qu’il envoie dans les fenêtres de leur chambre d’hôtel. Il va voler le collier et les met au défi de les retrouver lui et le collier. 
Commence alors une chasse à l’homme dans Paris, où certaines personnes ne sont pas ce qu’elles semblent être. La chasse à l’homme et au trésor va envoyer les enquêteurs et nos amis à travers tout Paris, jusque dans les catacombes et un ancien poste de la résistance, devenu le repaire des bandits.

Ce que j’en pense = j’ai bien aimé relire ce roman policier dessiné, dans un Paris très années 1950-60, avec les vieilles voitures comme des Simca, Peugeot 404, Citroën DS – de plus le car de police est encore un fourgon Citroën également. Les policiers portent encore le képi et les ouvriers ont le béret sur la tête. les dames ont des gants et un sac à main au bras, et lors de la soirée chez Sir Williamson, elles ont des robes de cocktail très Christian Dior. Délicieusement rétro. Et tout cela est très joliment dessiné.

Les catacombes ainsi que le sous-sol parisien, comportant beaucoup de galeries rendant le sol souvent dangereux sont intéressant.e.s à découvrir – je n’ai jamais visité les catacombes lorsque j’étais à Paris, et je n’ai pas vraiment l’envie de le faire, il paraît qu’on s’y perd facilement, et bien que ce soit un lieu où l’on ensevelissait les corps, je préfère qu’on n’y retrouve pas mon squelette.

Le commissaire Pradier ressemble à s’y méprendre à Jean Gabin, cigarette aux lèvres, caractère assez bougon, mais il a des raisons le pauvre homme, tout le monde lui tombe sur la bosse, car évidemment à peine ses hommes et lui ont-ils repéré Olrik que ce dernier leur joue un tour à sa façon. 
J’ai bien ri à la séquence où Blake & Mortimer reçoivent un caillou avec message autour, jeté à travers la fenêtre de leur chambre d’hôtel – on est loin de la mode des textos avec téléphone soi-disant intelligent – le pavé dans la fenêtre, ça fait cher le message !

Il y a une  surprise en cours de lecture, que je ne vous dévoilerai pas, c’est un rebondissement que j’avais deviné, mais soit !

Un album à découvrir si vous ne le connaissez pas; 

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13 janvier 2021

RIVER OF DARKNESS, de Rennie Airth

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Titre français = Un Fleuve de ténèbres

1ère enquête de John Madden 

Angleterre début des années 1920 - Highfield, pittoresque village dans la campagne anglaise du Surrey, somnole dans la torpeur de l’été. Le réveil va être brutal = dans Melling Lodge, le manoir un peu à l’écart du village, toute la famille Fletcher et une domestique ont été les victimes d’un véritable massacre. Le colonel Fletcher  et deux domestiques sont retrouvés tués au couteau, son épouse Lucy par contre a eu la gorge tranchée au rasoir.  
Le seul témoin de ce massacre est la petite fille du couple Fletcher, blottie sous le lit, collée au mur ; totalement mutique. La jeune doctoresse du patelin, Helen Blacknell, défend formellement aux enquêteurs de questionner l’enfant. Elle l’emmène chez elle et qu’on n’essaie surtout pas de lui faire changer d’avis.
Les enquêteurs font marche arrière face à ce joli dragon.

L’inspecteur John Madden de Scotland Yard a été appelé sur les lieux pour soutenir les policiers locaux, il est accompagné d’une jeune recrue Billy Styles, débutant détective.
Ils sont soutenus par l’inspecteur en chef Angus Sinclair, qui a une excellente opinion de Madden, ce que sa hiérarchie du Yard ne comprend pas totalement car Madden est un homme revenu, comme tous les soldats, profondément blessé moralement et il était déjà meurtri par le décès juste avant la guerre de son épouse et leur petite fille de six mois.

Il n’y a quasiment aucun indice, sauf des mégots de cigarettes trouvés dans les bois, d’où l’on pouvait observer le manoir. De plus, le cadavre d’un braconnier local a aussi été trouvé dans ce même bois.
Madden, qui a une excellente vue, découvre toutefois une semelle de bottes dont manque un petit morceau. Ce n’est pas grand-chose. Interrogeant les gens du village, une jeune fille dit avoir entendu « comme un sifflement » et un bruit de moto.
Pour Madden, il s’agit du crime d’une seule personne, ayant étudié les allées et venues de la maison, ayant ensuite agi méthodiquement, à commencer par l’empoisonnement du chien de la maison.
Pour lui, il ne s’agit nullement d’un cambriolage ayant mal tourné, les objets disparus n’étant pas de grande valeur à côté de ce qui est resté dans la maison.

Le jeune Styles râle parce qu’il a l’impression qu’on n’utilise pas ses capacités, il faut dire qu’il pose quelques questions fort maladroites, au point que l’un des « bobbies » du village lui conseille de mieux observer, car tout est dans les détails.

A Scotland Yard, Londres, où les détectives doivent faire un rapport à l’assistant du commissaire, ils sont accueillis avec un certain mépris par le superintendant, supérieur de l’équipe  Sinclair-Madden, un arriviste qui brigue le poste d’assistant-commissaire, qui est au mieux avec un journaliste, véritable charognard insistant lourdement sur le fait que la police piétine.
Madden a l’idée de placer un petit article dans le journal de la police, et l’équipe des enquêteurs reçoit un retour rapide = un crime similaire a été commis dans un village, où là aussi l’épouse a eu la gorge tranchée au rasoir, alors que le mari a été tué d’un coup de couteau,  et le chien empoisonné peu avant. Bref même modus operandi.

Etudiant les plaies, Madden est convaincu qu’il s’agit d’une baïonnette, ce que confirme le légiste. Les enquêteurs vont donc poser des questions au ministère de la guerre, afin d’avoir de plus amples renseignements sur certains soldats qui seraient revenus traumatisés et capables d’actes pareils.
Le ministère est plus que réticent à cette idée, mais finalement est obligé d’accepter de coopérer. Si seulement ils agissaient plus rapidement, ils ne semblent pas réaliser que l’on a à faire à un tueur en série. 

Pour Madden-Sinclair, il s’agit bien de l’œuvre d’un psychopathe. Ils n’ont pas tort, car pendant que les enquêteurs tentent de découvrir plus d’indices, l’homme en question est déjà occupé à observer sa future nouvelle  cible.

Ce que j’en pense = contente d’avoir découvrir ce polar qui pose plus la question du « pourquoi » plutôt que de « qui », car les lecteurs connaissent le tueur, pendant que l’enquête se poursuit, le psychopathe poursuit aussi ses objectifs.
Ce polar est aussi une jolie histoire d’amour naissant entre deux des protagonistes (l’enquêteur taciturne et la doctoresse du village), autant qu’une enquête palpitante.

La fin est un coup de théâtre fort dramatique.

Le personnage de John Madden est émouvant, on sent que l’homme a beaucoup souffert, non seulement de la perte de sa famille, mais aussi de la perte de quasi tout son bataillon dans les tranchées de la Somme.
Son supérieur direct, Angus Sinclair, un inspecteur en chef est à l’écoute de ses hommes, au contraire de son supérieur à lui, le superintendant plein de morgue, à qui heureusement on rivera son clou. Ce passage m’a fait fort plaisir.

On assiste ainsi aux petites luttes mesquines et intestines au cœur des départements de police. Ainsi qu’aux déceptions des jeunes, comme Billy Styles, qui ont tout à apprendre et se sentent mis à l’écart.
Ce qui n’est pas sans intérêt est la manière dont les compétences des policiers de villages, les « bobbies » sont bien utilisées – ils connaissent tout le monde et sont d’une aide considérable dans cette enquête.

La première guerre mondiale est quelque peu en toile de fond du roman, les cauchemars de Madden lui laissant peu de répit dans ce domaine.

Les lecteurs connaissent rapidement le tueur, et même son identité – c’est un être inquiétant, agissant selon ses pulsions et celles-ci augmentent au fil des pages.
Comme l’a expliqué un conférencier viennois, émule de Freud, ami de la doctoresse, le fleuve des ténèbres remonte fort loin dans la psyché et les pulsions sexuelles d’une personne ; lorsque le moment est venu, il déborde de manière dramatique.

Comme les enquêtes de John Madden consistent en une trilogie dans les polars de Rennie Airth, auteur sud-africain, je ne tarderai à lire les 2  polars suivants – Madden apparaît encore dans les autres polars, mais plus en personnage principal.

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10 janvier 2021

THE SILVER SWAN, de Benjamin Black

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Titre français = la double vie de Laura Swan

2ème enquête de Quirke, médecin légiste

Deux années ont passé depuis les événements de Boston, la révélation de certains secrets de famille, mais aussi le trafic d’enfants, dont la famille de Quirke était en partie responsable. Quirke, ayant désormais décidé de cesser de boire de l’alcool, ne se sent pas nécessairement mieux, au contraire.
Au lieu de passer ses soirées au pub, il erre à travers les rues de Dublin, mal à l’aise, mal dans sa peau comme toujours, et ne sachant comment aborder Phoebe, sa nièce, en réalité sa fille, qui  n’hésite pas à lui montrer tout son mépris.

Lorsqu’un certain Billy Hunt vient le trouver, au bord de la dépression, il lui rappelle qu’ils étaient à l’université, en classe de médecine mais à une couple d’années de différence. Hunt n’a pas poursuivi les études de médecine, mais est devenu représentant en produits pharmaceutiques.
C’est ainsi qu’il fit la connaissance de Deirdre, son épouse décédée. Il demande expressément à Quirke - au nom de leur vieille amitié (le légiste ne se souvient même pas de lui - de ne pas effectuer d’autopsie, il ne veut pas que le corps de son épouse soit abîmé.
A son propre étonnement, Quirke accepte, mais c’est pour la forme car il est intrigué, pourquoi refuser une autopsie, y aurait-il quelque chose d’anormal dans le suicide par noyade de cette jeune femme, ayant adopté le pseudonyme de Laura Swan ? ce nom étant plus approprié à son salon de beauté « the Silver Swan ».
Sans rien dire, il pratique une autopsie pour en avoir le cœur net et découvre une petite trace de piqûre au creux du bras.

Dès lors, le suspicieux Quirke va se mettre à fourrer son nez partout, c’est plus fort que lui, il ne peut s’en empêcher. Il va en discuter avec l’inspecteur Hackett, c’est un bon prétexte pour renouer leurs relations.
L’enquête que Quirke avait menée deux ans auparavant avait été remise dans les mains d’Hackett, à qui l’affaire avait été retirée et classée sans suite. 

Pendant qu’il cherche des raisons au suicide par noyade de Deirdre/Laura, Quirke se bat encore et toujours contre ses démons personnels ; Sarah, la belle-sœur dont il était amoureux, a été emportée par une tumeur au cerveau ; son frère adoptif et beau-frère, Malachy, désormais veuf, lui en veut pour Phoebe, et cette dernière est agressive avec Quirke, qu’elle n’accepte absolument pas comme père. Leur complicité du temps où il était son « oncle » est terminée.
Quant à son père adoptif, le « Juge » Garrett Griffin, personnage haut en couleur et respecté de tous, il fait un AVC et est désormais paralysé, allongé dans une chambre dans un hôpital-couvent.
Quirke lui rend régulièrement visite, mais les yeux de l’homme expriment la haine qu’il lui voue désormais. 

Lorsqu’il réalise que Phoebe est tombée, elle aussi, dans les rets d’un personnage peu recommandable, l’associé dans le salon de beauté de Deirdre/Laura, Quirke a bien l’intention d’intervenir, mais pour cela il faut des preuves, aussi le légiste décide-t-il d’interroger toutes les personnes qu’il pense être concernées par ce malheureux suicide, qui pour lui n’en est pas un.
Même si elle lui en veut, Quirke veut protéger Phoebe.

Ce que j’en pense = j’ai retrouvé avec plaisir le misanthrope et ténébreux Quirke, médecin légiste à l’hôpital  Holy Mary de Dublin. Il tente de se sevrer de l’alcool, avec toutes les affres et tourments que cela comporte, à commencer par l’ironie de ses anciens compagnons de l’alcool, mais surtout le terrible manque qui risque de le faire retomber.
Il faut reconnaître que, vu les circonstances de sa vie privée, il a un mérite certain à tenter de se désintoxiquer. 

Ce thriller fait découvrir aux lecteurs, par de multiples analepses, la vie de Deirdre Hunt devenue Laura Swan, le nom lui semblant plus approprié à son statut de femme d’affaires.
Le pervers narcissique et ô combien manipulateur qu’est son associé est un personnage décrit avec beaucoup de détails également, tout comme est décrit de manière intéressante le « guru » soignant de manière holistique, mais qui comme chacun dans ce roman n’est pas ce qu’il y paraît.

L’été à Dublin ne semble pas particulièrement plaisant, sauf sur les bords de mer ou le long du canal qui traverse la ville. Benjamin Black décrit tout cela avec beaucoup de réalisme, tout comme sa description des protagonistes de son roman. 

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Une conclusion s’impose à lire ce bon thriller = les gens que l’on côtoie ne sont jamais tels qu’on les voit, dès lors à qui faire confiance ?

un autre avis sur ce thriller chez cécileSblog

07 janvier 2021

LE CHAT QUI EN SAVAIT TROP, de Frédéric Lenormand

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Une enquête de CHARLOCK, le chat

Que feraient les humains sans les chats ?

Cette question totalement existentielle – et dont la réponse est dans la question – est une affirmation de Charlock, aussi parfois appelé Charlie par son humaine Lucille. Enfin, lui il ne l’appelle pas son humaine, pour lui Lucille c’est la femme de sa vie, sa douceur, sa tendresse, bref son amour quoi !

Régulièrement Charlock se réunit avec quelques compères, et une consoeur, afin de faire le point. Il y a malgré le status quo une certaine méfiance de la part du canari et aussi d’Allan Poe, le corbeau, mais aussi de la part de Barbery, le hérisson et Steinbeck le rat ; après tout status quo ou pas, ce sont tout de même des proies pour les chats. Et Marcel Aymé ainsi que Charles Perrault n’ont pas la même vision des relations chats et proies éventuelles.

Un jour c’est le drame = le canari a disparu – les soupçons se portent sur Charlock, qui proteste vigoureusement, mais le doute s’est installé.
Lorsque Barbery le hérisson vient demander à Charlock d’enquêter sur cette disparition, le matou accepte malgré la suspicion dont il est l’objet.
Il a pourtant des soucis très personnels notre Charlock-Charlie – sa Lucille le trompe désormais avec un deux-pattes ridicule, un mec idiot nommé Kevin, qui n’a même pas de poils partout, qui tente de lui faire des guiliguilis. Lucille s’étonne de la réaction de son matou adoré, les humaines ne comprennent donc pas la jalousie entre espèces ?

Hélas Barbery se fait tuer par une camionnette, cela limite les possibilités d’interrogatoire pour avoir des indices – un indice de taille cependant = depuis quelques jours, hérisson, canari, rat, corbeau et le cricket Pinocchio se gavent d’une nourriture dont ils n’ont pas dévoilé l’origine. Charlock, toujours regardé avec méfiance par ses anciens acolytes, poursuit l’enquête, surtout après avoir discuté avec Homère, le chien fidèle percuté lui aussi par un véhicule et emmené chez le vétérinaire.
Etant un chat qui ne recule devant aucun sacrifice pour découvrir le coupable et blanchir sa réputation, Charlock consulte la psy Katherine Pancol, une tortue pleine de sagesse ancestrale.

Ce que j’en pense = un amusant petit polar pour ados, un moment de typique anthropomorphisme, surtout pendant l’enquête menée par Charlock le chat lorsqu’il raconte son histoire – sinon, les autres chapitres sont à la 3ème personne.

C’est fait pour distraire, pour amuser,  ce n’est cependant pas sans intérêt littéraire, avec les noms des animaux – mieux vaut avoir un petit aperçu de la littérature, ne fut-ce que pour savoir pourquoi le corbeau se nomme Allan Poe ; il y a aussi des références aux titres de romans, comme ceux écrits par Katherine Pancol qui donne son nom à une tortue.
Je ne sais pas si les jeunes iront jusque là, mais on peut espérer que certains d’entre eux auront un petit peu de curiosité pour s’informer.

L’humour est parfois déjanté mais pas trop, on aime beaucoup ce chat qui a tout de même une haute opinion de lui-même et de la race féline, parfois la chatte Colette (vous voyez ici le clin d’œil bien sûr =^-^=) le remet vertement à sa place car elle le méprise pour son manque d’indépendance.

Dangers en tous genres et rebondissement final font de ce roman jeunesse un petit polar sympathique.

Vous l’aurez compris, Charlock m’a conquise, je lirai avec plaisir la suite de ses exploits relatés par Frédéric Lenormand, que l’on a comparé ici à Terry Pratchett – là j’avoue ne pas être totalement d’accord, Pratchett était beaucoup plus déjanté. 

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04 janvier 2021

THE MONK'S TALE & THE CONFESSION OF BROTHER ATHELSTAN, de Paul Doherty

Deux courtes nouvelles dans la série « The Sorrowful Mysteries of Brother Athelstan & John Cranston »

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1. THE MONK’S TALE – Sommé par le supérieur de l’ordre dominicain auquel il appartiente de rédiger un journal intime, le frère Athelstan expie une grave faute de jeunesse dans la petite paroisse de St-Erconswald et il note ces faits dans ce journal.
La punition est sévère, la paroisse étant laissée à l’abandon, l’église a un toit qui fuit, les paroissiens n’ont aucunement la foi et ne viennent dans l’église que pour s’abriter (on se demande de quoi vu l’état du toit) et n’ont aucun respect pour leur prêtre, la demeure du frère est pauvre mais propre, il ne possède aucun bien personnel sauf un très vieux cheval. Heureusement pour lui, il est aussi obligé de servir de secrétaire à sir John Cranston, le coroner (une sorte de policier au service du prince régent), Athelstan,  qui utilise la logique et ses connaissances en plantes médicinales, l’assiste et cette obligation est finalement un dérivatif intéressant. 

Cette fois Cranston vient le chercher pour qu’ils se rendent à l’abbaye de Bermondsey où le père abbé a été retrouvé mort ; verdict = empoisonnement à la belladone. Dans la petite communauté de l’abbaye, la présence des 2 hommes n’est pas très bien vue, notamment par le prieur, qui devrait en principe, succéder à l’abbé Hugo.
Ce serait une bonne raison pour assassiner le vieil homme non ? après tout il avait décidé de prendre sa retraite, alors pourquoi ne pas hâter quelque peu le mouvement ? Bien que le prieur soit hautain et méprisant à l’égard d’Athelstan (dont il connaît le secret), et que pour John Cranston il soit le coupable idéal, le frère-secrétaire n’est pas convaincu. Après de longs interrogatoires au sein de la communauté, c’est presque par hasard qu’Athelstan élucidera ce mystère.

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2. THE CONFESSION OF BROTHER ATHELSTAN – Le printemps est arrivé à Londres, et avec lui les foires et divertissements proposés par la couronne, à savoir des tournois, il faut bien amuser le peuple, car les guerres ont fortement appauvri le pays et le peuple n’est pas content du tout – rien de tel qu’une foire et un tournoi pour qu’il arrête de gronder et se révolter.
John Cranston, son épouse et Athelstan ainsi que Benedicta, l’amie de frère Athelstan (en tout bien tout honneur, il est quand même frère dominicain et prêtre d’une paroisse) se rendent au tournoi, une obligation pour Cranston qui est appointé par le prince régent.

Le tournoi sera simplement « pour l’honneur », donc pas de sang versé, seulement quelques contusions pour les participants, leur lance ne pouvant pas porter de pointe. Deux jeunes chevaliers, nobles et désargentés, vont s’affronter pour les beaux yeux d’une jeune damoiselle, le gagnant aura droit à une belle prime qui lui permettra de demander la main de la jeune fille.
Lorsque commence le tournoi, le premier tour se passe sans trop de casse, mais au deuxième tour, sir Robert Woodville tombe de cheval et meurt. Bien vite on constate que la lance de son opposant, le jeune Olivier Le Marche a une pointe métallique qui a tué sir Robert. Il clame son innocence et c’est à Cranston et Athelstan de la prouver, si c’est le cas, et découvrir le coupable.

Ce que je pense de ces deux nouvelles = les nouvelles sont un genre littéraire que j’apprécie particulièrement, car en peu de pages tout est dit et je considère que c’est un tour de force pour les auteur.e.s d’arriver en peu de pages de poser une atmosphère et de brosser tout un tableau avant d’en arriver à l’enquête et la résoudre.

Paul Doherty qui un un grand spécialiste du moyen-âge décrit avec moultes détails le Londres de l’époque, et sincèrement ce n’est pas toujours ragoûtant = pauvreté et crasse sont partout, les atours par contre des nobles sont fastueux – dans a première nouvelle, l’atmosphère pesante de l’abbaye est bien amenée, on sent que dans cette communauté renfermée sur elle-même, les étrangers à la communauté sont malvenus.

Dans la seconde nouvelle, on ressent la joie et l’insouciance de la foire de printemps, avec tout de même ses pickpockets qui n’hésitent pas à trancher la bourse de la ceinture des imprudents, on assiste au chatoiement des étoffes, des étals, et même les odeurs sont un peu moins déplaisantes que lorsque Paul Doherty parle de la crasse.

Je suis une adepte de cet auteur depuis de longues années, bien avant d’avoir eu un blog et j’ai suivi bien des enquêtes de John Cranston & frère Athelston (dont j’ai enfin découvert le secret car malgré toutes mes lectures de leurs aventures, je ne le connaissais pas) – ceci dit, je ne comprends pas le titre de la 2ème nouvelle = la « confession » d’Athelstan – il n’est aucunement question de confession ici, au contraire, tout le monde est content ou presque ; j’aurais trouvé ce titre plus approprié à la première nouvelle où dans son journal intime le frère raconte ce qui l’a amené à être relégué dans une paroisse en déréliction.

Paul Doherty a écrit de nombreux polars historiques sous différents pseudonymes – si cela vous intéresse vous en trouverez la liste ici. La raison de ces pseudonymes était qu’au début où il s’est mis à écrire, l’Angleterre se remettait de la guerre et le papier était considéré comme un luxe, et distribué aux auteurs avec parcimonie, aussi pour en avoir suffisamment, il adopta plusieurs pseudonymes. En tout cas c’est ce qu’il a expliqué un jour d’un interview, savoir si l’anecdote est vraie, lui seul le sait.