mon bonheur est dans la ville

20 mars 2017

A FLAW IN THE BLOOD, de Stephanie Barron

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Windsor - novembre 1861

Pourquoi la reine Victoria poursuit-elle Patrick Fitzgerald de sa vindicte ? tout d’abord parce qu’il est irlandais, comme John Conroy, gouverneur (et probablement amant) de sa mère la duchesse de Kent, dont l’ambition fut de régner à travers la jeune Victoria et qu’il n’hésita pas à maltraiter.
Ensuite, parce que Patrick Fitzgerald, alors qu’il était encore un jeune avocat il y a 20 ans, prit la défense d’Edward Oxford, après l’attentat de celui-ci contre la reine – il semblerait qu’à l’époque on ait considéré Oxford comme un malade mental et Fitzgerald estima qu’il avait autant le droit qu’un autre à être défendu.
Plus, bien sûr, la détestation viscérale des Anglais à l’égard des Irlandais qu’ils ont toujours considérés comme des rustres, des gens non éduqués, des ivrognesn sans principes, sans respect à l’égard de la couronne.
C'est pour cette raison que 20 ans plus tard, la reine Victoria somme Fitzgerald à Windsor, alors qu’Albert, le prince consort, est à l’article de la mort à cause de la fière typhoïde.
Elle veut que Fitzgerald signe des documents dans lesquels il reconnaît avoir voulu fomenter un complot contre la reine et sa famille. Fitzgerald refuse et remonte dans la calèche royale, qui l’a amené quasi de force – il y est accompagne de sa pupille, la doctoresse Georgiana Armistead.

Sur le chemin du retour, un grillage a été jeté devant les chevaux, faisant capoter la calèche – sous le regard d’un homme caché dans les fourrés, le comte  von Stühlen, ami de jeunesse du prince consort et désireux de faire de Georgiana sa maîtresse, ce qu’elle a « osé » refuser.
Elle aussi doit donc mourir.
Non seulement ils échappent à cette tentative de meurtre, mais la demeure de Georgiana a été saccagée par des hommes du comte à la recherche de papiers compromettants. Ils ont trouvé des lettres du prince consort, mais seulement pour discuter science, Albert de Saxe-Cobourg étant un grand défenseur des sciences et ayant l’intention d’ailleurs d’assainir Londres dont l’eau provoque des maladies comme le choléra et le typhus. Puis ce sont les bureaux des avocats qui sont mis à mal, avec une tentative d’assassinat de l’associé de Fitzgerald.

Quelle est donc l’emprise de ce comte sur la reine Victoria, surtout dès la mort du prince consort.
La reine s’écroule littéralement, laissant complètement aller les affaires du pays, critiquant violemment sa fille Alice, qui a veillé son père et à qui la reine reproche de ne pas assez s’occuper d’elle.
Tout, absolument tout et tout le monde, doit tourner autour de Victoria. Elle est la Reine !

La vindicte de Victoria et du comte va poursuivre Patrick Fitzgerald et Georgiana à travers non seulement Londres, mais aussi le sud de la France – à Cannes où vit le plus jeune fils de la reine, le prince Leopold – et ensuite en Allemagne.
La question est pourquoi ? qu’ont-ils fait, quel secret ont-ils découvert qui vaille la peine qu’on les tue ?

Le roman montre  les préjudices à l’égard des Irlandais, ces buveurs, ces papistes, et à l’égard des femmes qui se veulent éduquées comme cette Georgiana qui se dit doctoresse.
Celle-ci soignait surtout les plus pauvres, ceux qui n’ont pas les moyens de s’adresser à un médecin reconnu, elle a voulu sauver une petite fille ayant subi une boucherie d’avortement – rien que pour cela, il faut l’emprisonner (ou la faire mourir).

Voilà un thriller historique passionnant – le récit passe, d'une chapitre l'autre,  de la 3ème personne pour raconter les mésaventures de nos 2 héros atypiques et à la 1ère personne, via le journal intime de la reine Victoria. Un exercice de style qui n’est pas toujours facile, mais que l’auteure réussit fort bien.

Stephanie Barron ne lui fait aucune concession à cette Victoria – on est loin de l'image que des esprits romantiques ont voulu lui attribuer -  elle la dépeint telle qu’elle semble avoir été = arrogante, vindicative, mesquine, refusant le progrès qu’aimait tant son époux, méchante à l’égard de ses enfants - elle déteste le prince Leopold qui fut un enfant difficile, n’apprécie nullement Alice qui a un caractère indépendant et surtout elle hait littéralement l’héritier du trône, « Bertie » - le futur Edward VII – dont la vie de jouisseur la dégoûte – et elle envisage très mal les dispositions artistiques de la princesse  Louise qui montre de vrais talents (elle deviendra une sculptrice renommée).
On pourrait croire que Ms. Barron exagère, mais un documentaire récent de la BBC a démontré qu’effectivement la reine Victoria n’appréciait nullement ses enfants – pour elle ses filles auraient dû se contenter de lui tenir lieu de dames de compagnie, elle leur aurait refusé une éducation si elle avait pu -  sauf Vicky mariée au prince de Hesse ;  elle fut une mère totalement castratrice à l’égard de ses fils.

Autant elle adora le prince Albert, le père de ses 9 enfants, autant elle les détesta pratiquement tous.
Pour Victoria, une femme qui aimait les plaisirs de la chair et mangeait comme une gloutonne, les relations sexuelles n’auraient pas dû donner naissance à tant d’enfants (déclaration avérée).

Patrick Fitzgerald a un comportement typiquement irlandais – quand ça ne va pas comme il veut, il boit – et dans cette aventure il a quelques occasions de boire.
Il est cependant touchant face à son fils qui lui crache littéralement à la figure, lui reprochant d’être à moitié irlandais ce qui lui ferme des portes en société.
Il lui reproche la folie de sa mère, alors que celle-ci a attrapé la syphilis dans d’autres bras que ceux de son mari.
Bref ambiance familiale type du 19ème siècle.
On comprend que les malentendus entre Anglais et Irlandais se soient développés et déchainés au cours des années, lorsqu’on lit les préjudices, certains teintés de haine, à l’égard de Fitzwilliam (à commencer par la reine).

Quant aux préjudices aux femmes qui travaillent, qui plus est en tant que médecin (des pauvres puisque les autres portes leur sont fermées), on se dit qu’heureusement  il y eut des suffragettes !
Non seulement la doctoresse Georgiana Armistead doit faire face à quelqu’un qui veut absolument ruiner sa réputation en qualité de dame aux yeux de la société, elle est accusée de tous les maux possibles qui finissent par l’amener en prison,  mais de plus elle aussi est poursuivie par la haine de la reine, la fin révélera pourquoi.

Le suspense est total pratiquement jusqu’à la fin du roman que j’ai vraiment apprécié.

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19 mars 2017

CODE LUPIN, de Michel Bussi

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Parce qu’un touriste a déposé à l’office du tourisme de Valery-en-Caux en Normandie une pièce d’or qu’il avait trouvée, et parce que la jeune employée, étudiante espagnole en Erasmus, communiqua cette trouvaille comportant 1905 comme chiffre, au professeur Roland Bergton, celui-ci décida de partir à la recherche d’un trésor.
En proposant à Paloma Cortez de l’accompagner à travers la côte normande sur les traces d’Arsène Lupin et surtout Maurice Leblanc.
Paloma est un élément brillant en histoire, même si elle ne connaît pas trop bien les romans de Maurice Leblanc, elle a un remarquable esprit de déduction – bref l’intelligence alliée à la beauté et l’humour.

Pour le professeur Bergton (attention = on prononce à l’anglaise, comme Washington et pas à la française comme le thon !), il ne fait aucun doute que toutes les aventures d’Arsène Lupin écrites par Maurice Leblanc recèlent un code qui permettrait d’accéder à un fabuleux trésor. Celui des templiers ? pas vraiment non, cela amuse beaucoup le professeur que dès qu’il est question de trésor, on pense aux templiers.
Il  n’a que 24 heures devant lui pour arriver à découvrir ce code et peut-être le trésor s’il existe, après il part sur un chantier archéologique dans l’est de l’Europe.

En voiture, en avion, en bateau, à vélo et à pied, voilà nos 2 complices sur les routes de Normandie, sur tous les lieux fréquentés non seulement par Maurice Leblanc mais aussi par son héros, Arsène Lupin.
Néanmoins, ce jeu de piste, cette chasse au trésor, ne va pas aller sans mal car quelqu’un est bien décidé à leur mettre des bâtons dans les roues, en tentant de les effrayer via textos sur téléphone portable.

Lecture ludique, parfaite pour un week-end gris et ennuyeux, qui fait visiter le pays de Caux, avec comme indice le chiffre 12, avec comme aide précieuse une carte de la région, sur laquelle Paloma tracera des lignes à partir des conclusions qu’elle tire de ce que Bergton lui raconte des romans de Leblanc – car non seulement il les a tous lus, mais de plus il a une excellente mémoire qui fait qu’il cite par cœur des passages entiers des romans, pour expliquer à l’étudiante pourquoi ils doivent se rendre à tel ou tel endroit.

Le roman fonctionne non seulement comme une chasse au trésor, un jeu de piste littéraire mais offre aussi une forme de biographie de Maurice Leblanc et de son personnage de fiction.

Dois-je spécifier que j’ai énormément apprécié – j’ai passé un moment de lecture fort divertissant et délassant. Qui, de plus, m'a donné une grande envie de découvrir toutes les aventures d'Arsène Lupin.

(la comparaison des éditeurs avec le Da Vinci Code de Dan Brown est un peu complaisante, selon moi pour faire vendre, toutefois elle n’est pas entièrement fausse sur le principe de base même du roman)

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18 mars 2017

IN MEMORIAM TORGNY LINDGREN

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L’auteur suédois, dont je venais de terminer « Le chemin du serpent » et dont j’avais particulièrement apprécié sa « Bethsabée » est décédé ce 16 mars 2017, à l’âge de 79 ans, sans que j’en aie connaissance via la presse francophone, mais via le journal néerlandophone « De Volkskrant ».

Dans son autobiographie  de souvenirs, il explique d’où il puisait les sujets de ses romans.
Il lui donna d’ailleurs le terme de « roman », car  il se demandait avec humour si ces souvenirs étaient tous bien exacts.

Je suis choquée de ne rien avoir lu à ce sujet dans la presse francophone, après tout son roman « Bethsabée » avait obtenu le prix Femina des auteurs étrangers en 1986.
Ce prix ne fut pas le seul qu’obtint cet auteur.

Depuis 1991 Torgny Lindgren occupait le siège #9 de l’académie suédoise de Stockholm qui, annuellement, décerne le lauréat du prix Nobel de littérature.
Il citait à ce propos « je représente de cette manière tous les écrivains qui en fait n’ont pas leur place dans l’académie ».

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17 mars 2017

WILLIAM BLAKE

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Comme vous avez déjà pu le constater, lorsqu’une couverture de livre montre un tableau, je me renseigne sur l’artiste.
Dans ce cas-ci, ce ne fut pas une longue recherche vu que William Blake figure en bonne place dans mon édition Thames & Hudson « English Painting ».

William Blake, peintre, graveur, poète, n’a peint que très peu de tableaux à l’huile, sa préférence allant plutôt au dessin et à l’aquarelle, aussi à la lithographie.
Il naquit à Londres en novembre 1757, il y mourut en 1827.
Son œuvre s’inspire fortement de sujets bibliques, comme la couverture du roman de Torgny Lindgren « le chemin du serpent ».

 

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Il montra très jeune des dispositions pour le dessin, au point que ses parents l’envoyèrent à 10 ans dans une école de dessin où il écrivit aussi de nombreux poèmes.
A 14 ans, il fut chargé de dessiner des antiquités à l’abbaye de Westminster ainsi que d’autres édifices, et la mélancolie des lieux influencera sa nature hypersensible.
Plus tard, marié à une jeune femme, fille de maraîcher,  à qui il apprendra à lire et écrire, il devint son propre éditeur, trop pauvre pour faire face aux frais d’impression de ses œuvres.
Durant tout le temps de leur mariage, les époux Blake furent dévoués l’un à l’autre, elle le soutint dans les moments les plus durs.
Au  décès de son épouse,   il partira vivre dans le Sussex chez le poète William Hayley, il exécutera plusieurs dessins pour celui-ci, peignit quelques portraits, puis revint à Londres au bout de 3 années.

Il s’attela à illustrer « la divine comédie » de Dante, mais ne put achever ces illustrations en raison de son décès.

En dessin, il dira avoir été influencé par Raphael, Michelangelo, Albrecht Dürer, entre autres. En poésie, on sentait l’influence des psaumes, de Ben Johnson et Edmund Spenser.
Le « créateur » sera la figure archétypale de son œuvre dessinée et peinte.

Le caractère de William Blake n’était pas des plus faciles et il se disputait assez facilement ; il fut même conduit devant le tribunal pour s’être battu avec un soldat, choqué d’avoir entendu Blake juré contre le roi et traiter tous les soldats d’esclaves.
Il porta aussi quelques attaques contre la religion conventionnelle, rejetant la religiosité, la bigoterie tout en affirmant qu’il ne rejetait pas la religion en soi.
La Royal Academy et Joshua Reynolds ne trouvèrent pas non plus grâce à ses yeux, il les traita de d’imposture, tout comme l’institution du mariage qu’il traitait de réelle hypocrisie.

C’est la peinture « The Ancient Days » (figurant dans la bible au livre de Daniel) qui illustre le livre de Lindgren – la peinture se trouve au British Museum.

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Comme beaucoup d’autres artistes, les sujets de légendes l’inspirèrent également, comme cette illustration du « songe d’une nuit d’été » de Shakespeare = Oberon, Titania et Puck dansant avec les fées.

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source photothèque google

BETHSABEE, de Marek Halter

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Ou = l’Eloge de l’Adultère

Bethsabée, épouse d’Urie, général hittite dans l’armée du roi David, se morfond – voilà 3 mois que son époux guerroie pour le roi contre la cité de Rabba où les ennemis ne semblent pas décidés à se soumettre, second de Joab, Urie ne semble pas du tout décidé à revenir.
Les pensées de son épouse sont loin d’être sereines, elle en veut à un mari de préférer la guerre et le roi à sa maison et son épouse.
Un jour, elle croise une femme que son mari prétend adultère et elle est lapidée en place publique, après avoir subi l’humiliation des vêtements arrachés, sous les hurlements et les crachats d’hommes, jeunes et vieux, unis dans un jugement dont les femmes seules sont victimes.
Lorsqu’un bruit ressemblant à un char revenant dans sa ruelle, Bethsabée est convaincue qu’il s’agit de son époux revenant enfin de guerre – non, il s’agit seulement du roi David, voulant connaître l’endroit où habite cette femme qu’il aperçoit de son toit – car du haut des toits de son palais, le roi peut voir la plupart des terrasses de la ville et des femmes faisant leurs ablutions – c’est de cette manière qu’il choisit ses compagnes d’une nuit, malgré ses épouses et concubines vivant au palais.

Refusant d’être traitée comme cela, redoutant le sort qu’elle pourrait subir la lapidation en raison de cette loi totalement injuste aux femmes dans un monde dirigé seulement par les hommes et les lois de YHWH, Bethsabée refuse d’abord de se rendre au palais lorsqu’elle y est invitée.
Seulement, elle a vu la passion, le désir dans les yeux du roi lorsqu’elle s’est jetée devant le char, croyant accueillir son époux.
Depuis, elle fait ses ablutions sachant qu’il la regarde, en sentant le regard fiévreux du roi, elle-même se sentant prête à céder à ce désir qu’elle a ressenti.
Finalement elle cède et David et elle commettent l’irréparable – dont elle portera le fruit quelques semaines plus tard. Une seule solution = faire revenir Urie, pour qu’il passe une nuit avec son épouse, afin que l’enfant ne soit pas un bâtard.

Mais les volontés du très-haut ne sont pas celles des humains et Urie, revenu chez le roi pour parler des combats mais surtout pour passer au moins une nuit auprès de sa femme, ne va pas se comporter comme on s’y attendrait = il refuse le bonheur des bras de Bethsabée, alors que ses soldats sont toujours au creux des batailles.
David alors va le renvoyer au combat, avec une missive destinée à donner à Joab l’ordre de mettre Urie à l’avant des batailles.
Comme prévu, il se fait tuer, comme personne ne sait qu’il n’a pas partagé la couche de son épouse, on pense que son enfant est de lui – seul Nathan le prophète accuse David du crime de son général et d’adultère.
Le prophète prédit aussi la mort de l’enfant, malgré le mariage de David et Bethsabée. Mais leur annonce toutefois qu’après toutes ces épreuves, ils concevront un autre fils et celui-là deviendra un grand roi d’Israel.

Quand on sait que ce sont des moines du moyen-âge qui rédigèrent les légendes arthuriennes, basées aussi sur les histoires des bardes celtes, et les légendes bibliques, on comprend d’où vient l’histoire d’Arthur, conçu lui aussi par traîtrise, Uther Pendragon ayant convoité Ygraine la femme de son général-duc des Cornouailles  tué à la bataille pendant qu’Uther et Ygraine commettaient l’adultère.

Ceci dit, le portrait du roi David n’est pas fameux, il est loin d’être un roi très honnête, il est en butte aux jalousies de ses fils et ses multiples concubines – ses courtisans bien sûr s’inclinent devant Bethsabée et sa grande beauté, un courtisan sait toujours d'où souffle le vent de son profit.

Toutefois, j’ai – et de très loin – préféré la version de Torgny Lindgren - à propos de l’histoire de la très belle épouse du roi, ambitieuse et ayant bien décidé que ce serait leur fils Salomon qui deviendrait roi.
Elle agira toujours en ce sens, et la Bethsabée de Lindgren est plus ironique, même sarcastique que celle de Marek Halter qui est surtout une jeune femme désirable et désirée,  en colère contre des lois qui ne favorisent que les hommes, dont les femmes sont avant tout les victimes, car dans un cas d’adultère on n’écoute généralement que la version du mari.
Tout le talent de Marek Halter réside dans ce portrait, très peu flatteur du roi David et indulgent à l’égard d’une femme dont le destin lui échappe.

Un livre fort court, très vite lu – en même pas l’espace d’une soirée car quel que soit le personnage, Marek Halter est un excellent conteur.

« Bethsabée au bain » a inspiré de multiples peintres à la Renaissance, néanmoins j’ai privilégié celle de Gustave Moreau, car j’apprécie énormément cet artiste. 
De plus, il a peint la jeune femme seule au bain, car c’est seule qu’une femme fait ses ablutions – les autres peintres l’entourent de nombreuses servantes, ce qui dénote une richesse que même une femme de général ne possédait pas. 

Au cinéma ce fut la superbe Susan Hayward qui interpréta Bethsabée, avec Gregory Peck pour roi David, dans un peplum hollywoodien dont on se demande un peu ce qui est passé par la tête des scénaristes tant c’est un nanar (mais vous me connaissez, je ne résiste jamais à un peplum même – surtout - nanar =^-^=)

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16 mars 2017

HIPPOLYTE BOULENGER

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portrait d'hippolyte boulenger par guillaume vogels
(utilisée pour l'affiche de l'exposition)

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hippolyte boulenger - dessin de camille van der camp

Exposition à l’Association du Patrimoine Artistique, une rétrospective comportant  une cinquantaine d’œuvres issues exclusivement de collections privées belges  - commissaire de l'exposition = Constantin Ekonomides

(chronique basée sur le petit catalogue de l’exposition,  illustrations = certaines prises par moi mais aussi trouvées sur le site de l’A.P.A., que je remercie de m’avoir autorisée à prendre quelques clichés, pour lesquels votre indulgence est requise)

Je connaissais Hippolyte Boulenger de nom et pour l’une de ses toiles dans la collection permanente du joli musée d’Ixelles – en dehors de cela, hélas, je n’avais que peu d’informations sur ce peintre belge né en 1837 à Tournai et décédé en 1874 – voici une lacune que je suis heureuse d’avoir pu combler, tout comme j’avais pu découvrir Henri Evenepoel grâce à la rétrospective chez la même A.P.A.

Qui était Hippolyte Boulenger – un être farouche, solitaire, mais surtout un formidable paysagiste – les gens qui aiment bien les étiquettes n’ont pas hésité à le nommer « le Corot belge ». (je suis généralement peu friande de ces comparaisons qui, on le sait, ne sont pas raison, c’est toujours un peu réducteur)
L’écrivain Edmond Picard pour sa part a écrit dans « Courbet, Boulenger et Coosemans » = « un peu de légende s’attache aux belles individualités – gardons-nous de rétablir la vérité : nous serions, apparemment, moins vrais »

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L’œuvre de Boulenger est considéré comme l’un des plus novateurs des années 1860-70 en Belgique. Il a développé l’art du paysage et a influencé des paysagistes comme Rops, Stevens, Van Rysselberghe, Lemmen, Claus et Evenepoel.

Et malgré la reconnaissance de cet immense talent, l’œuvre d’Hippolyte Boulenger reste méconnu = la dernière monographie qui lui fut consacrée date de 1934, et sa notoriété en dehors de la Belgique est quasi inexistante.

Une autre raison pour ce manque de reconnaissance est probablement due à l’artiste lui-même = esprit intransigeant, rebelle, doué d’une intelligence plastique exceptionnelle, il exprimait des convictions artistiques personnelles sans tenir nullement compte de l’opinion dominante. Cette franchise fut probablement la cause de son isolement.

Il n’hésitait pas à qualifier certains artistes de « gratteurs de palette » ou de « vendeurs de pacotille ».
Les marchands d’art n’apprécient guère ces commentaires peu flatteurs et cela mit la carrière et la réputation de Boulenger en péril ; il dut toute sa vie faire face aux difficultés matérielles.
Malgré cela, en tournant le dos aux marchands les plus influents de l’époque (comme Breckpot), Hippolyte Boulenger ne put empêcher la spéculation sur son œuvre – lorsque en 1874 les rumeurs de sa mauvaise santé se firent jour, le prix de ses tableaux monta. 
Après sa mort, les prix atteindront des sommets.

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Il passa une partie de sa jeunesse à Paris, où il reçut des cours de dessin. En 1853  , Il revient à Bruxelles où il travaille dans l’atelier d’Hubert Colleye et suit des cours du soir de peinture paysagiste à l’académie des beaux-arts de Bruxelles.

De 1857 à 1860 Boulenger est sur les routes, aussi bien d’hiver que d’été, passant les nuits à la belle étoile ; il préfère quitter la ville et les petitesses qu’elle entraîne. Il quitte aussi l’académie et ses camarades, il ne veut plus peindre des sujets religieux. Durant presque 3 ans il dort à la belle étoile ou dans des auberges minables, mêle sa vie à celle des paysans et des ouvriers saisonniers. Il sillonne Uccle, Ruysbroeck, Auderghem, Linkebeek, Tervueren et d’autres communes de la périphérie bruxelloise.
En 1860, il arrive chez le peintre et graveur Paul Vandervin, à Ixelles ; il n’est pas mort, mais il est épuisé, tenant à peine debout, joues creusées par la famine et le froid.
L’atelier de Paul Vandervin est la bonne porte où il fallait frapper, chez lui Hippolyte Boulenger apprend les bienfaits de la discussion, du partage, des échanges de points de vue avec des artistes qui partagent ses idéaux.
Beaucoup d’artistes bénéficient de l’ambiance chaleureuse de Vandervin – écrivains et musiciens s’y retrouvent parmi les peintres et sculpteurs.
Les discussions se prolongent tard dans la nuit, on évoque Hugo, Balzac, Baudelaire …

Depuis leur rencontre dans l’atelier Vandervin, une belle amitié se noue entre Camille Van Camp et Hippolyte Boulenger, basée sur l’estime réciproque et la passion commune pour l’art et la peinture de plein air. Van Camp sera non seulement son ami mais aussi son mentor et mécène.

Ces peintres appréciant la nature (Coosemans, Asselberghs, Raymackers) forment un petit groupe et  s’intitulèrent « l’école de Tervueren » - pourquoi Tervueren ?
Selon l’historien Gustave Vanzype = « Tervueren c’est la campagne lointaine où se promène rarement un citadin. Il y a là toutes les beautés : forêt, parc seigneurial, chemin creux, vieille allée de château, prairie, champ, eau et lumière mystérieuse des sous-bois, rangées de peupliers, plaine bosselée, etc. – tous les aspects de nos contrées s’y sont réunis. »

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En 1872, sa santé se détériore, des crises d’épilepsie se font de plus en plus fréquentes, il se réfugie à Bruxelles pour suivre un traitement rigoureux ; il passera l’hiver dans une solitude hargneuse. En été 1873, il est repris par un nouvel élan de créativité et il quitte Bruxelles pour la vallée de la Meuse.
Hélas, il est atteint de convulsions nerveuses et doit être ramené d’urgence à Bruxelles où sa famille lui trouve un logement près de son médecin traitant. En vain, le 4 juillet 1874 Hippolyte Boulenger meurt.

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14 mars 2017

LE SECRET D'AIGLANTINE, de Nicole Provence

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Messimy, au 19ème siècle - Lorsqu’il revient de sa forge en cette froide journée de novembre,  Firmin Metailler, maréchal ferrant, découvre son épouse Amélie morte, prostrée sur son métier.
On pense d’abord à une crise cardiaque, la pauvre femme – si belle dans sa jeunesse – étant devenue obèse, ne sortant pratiquement plus de chez elle, passant ses journées à son métier de tisserande de velours.  Hélas, la tisserande a bel et bien été étranglée.
Personne n’a vu un étranger dans les parages ce jour-là, alors qui aurait voulu tuer une veloutière, une femme qui ne quittait plus jamais son village ?
Lorsqu’elle revient de Craponne, Aiglantine, la fille du couple fait appel à la maréchaussée – c’est le maréchal-des-logis en chef, Emilien Gontard qui est chargé de l’enquête ; son œil exercé découvre de maigres indices sur les lieux = un bouton très particulier auquel reste accroché un bout de jacquard, une épingle de cravate, dont la tête a un dessin particulier. 

Les méchantes langues du village, qui jalousaient et détestaient Amélie dans sa jeunesse, n’hésitent pas à jaser sur le fait que la jeune femme était partie à Lyon et revenue seulement un an après. 
Elle avait alors épousé Firmin Métailler et le couple semblait heureux, puis vint la naissance de leur petite fille. Peu à peu elle s'était laissée aller et était devenue cette masse de graisse, ne s'intéressant plus à rien.
Lorsque  Aiglantine, aussi belle que sa mère l’était dans sa jeunesse, décide elle aussi de tenter sa chance à Lyon, pour apprendre le tissage du jacquard, tellement prisé mais fort difficile à tisser, elle est confiée à son demi-frère. A qui elle confie la raison de ce départ.
Elle aussi reviendra au village, au bout de 3 années, avec un petit pécule lui permettant l’achat d’une maison dans le village, une fois encore les langues iront bon train.

Ensuite c’est le bon Firmin qui meurt, ayant perdu son Amélie, il a perdu le goût de vivre.
Afin de libérer la maison, vendue, Aiglantine  vide le coffre appartenant à sa mère, elle y  découvre des objets personnels et une lettre qui ne fut jamais remise à son destinataire.
Emilien Gontard, lui-même marié à une veloutière, malgré le peu d’indices, veut faire toute la lumière sur cette affaire.
Un autre accident, dans la famille de ceux chez qui Aiglantine travailla avant de revenir au village, va le convaincre qu’il est temps de découvrir le coupable de ces crimes, d’autres vies semblant en danger.

Des jeunes femmes sachant ce qu’elles veulent, ce qu’elles refusent, comme les moules dans lesquels la société veut les enfermer – dans ce cas-ci, en plus d’être tisserande (canuse), être une femme obéissante s’occupant des enfants et de la maison, mais certainement pas voulant vivre libres (et heureuses en plus !). A ces femmes – qui ressemblent plus à des héroïnes de notre époque qu’à celles du 19ème siècle, bien qu’heureusement il y eu des pionnières – s’ajoutent des drames familiaux, des secrets de famille bien gardés et un meurtre abject par-dessus.
Tous les ingrédients nécessaires à un excellent polar historique sont réunis sous la plume habile de Nicole Provence – cette romancière, dont j’ai lu la plupart des romans,  a le don de vous dépayser par quelques phrases simples au point que l’on a parfois l’impression de se promener dans la campagne en compagnie des protagonistes, de sentir le vent de novembre ou le froid d’un rude hiver.
J’ai pratiquement lu tous les polars écrits par l’auteure, tous m’ont toujours beaucoup plu.

Celui-ci toutefois a quelque chose de plus puisqu’il parle d’une page d’histoire de la région lyonnaise et Nicole Provence se documente toujours avant d’écrire ses romans, ici c’est  sur la vie des tisserands et canuts, leurs difficultés pour subsister dans une époque où petit à petit la technologie s’opposait au travail manuel.

Je ne peux que vous encouragez à découvrir ce polar historique, joliment écrit et suffisamment passionnant pour vous donner l’envie de le terminer, une fois entamé.

 d'autres avis sur le roman = babelio, critiqueslibres, lamaisondemilly,  leslivresd'aline

Metier

12 mars 2017

LE CHEMIN DU SERPENT, de Torgny Lindgren

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Titre original suédois = Ormens väg på hälleberget

Titre anglais = the Way of the Serpent

Au 19ème siècle – quelque part dans un village suédois de la province de Västerbotten – il semblerait que le temps se soit arrêté comme au moyen-âge.
Les fermiers sont exploités comme des serfs, s’ils ne peuvent payer les fermages, ils sont jetés dehors.
Peu importe ce qui leur arrivera.
Leur dénuement, leur infortune face à ces injustices sont exprimées dans le long monologue qu’adresse Johan Johansson à dieu – ce dieu qu’il ne comprend pas parce qu’il ne vient pas à leur secours.
Lorsque son père mourut, le propriétaire des lieux vint se faire payer en nature par l’épouse ; lorsque à son tour mourut le propriétaire, son fils prit la relève en utilisant la femme comme moyen de se dédommager.

Pendant quelque temps, la mère de Johan vécut avec un homme qui l’aida – les paysans furent à l’abri pendant quelques années, le fermage étant payé régulièrement.
Puis cet homme fut emmené par la police pour des fautes commises par le passé et à nouveau, Karl Orsa soumit les femmes de cette famille à son odieux chantage = payer le fermage en nature ou être mis à la porte.
Toutes les femmes de la famille y passèrent, après la mère, les filles – même celle qui était la demi-sœur d’Orsa (ce qu’il refusa de croire).

Johan est donc le dernier de cette malheureuse famille et son dieu qu’il interpelle dans son désarroi ne répond pas bien sûr.
Eux qui respectaient si bien les principes des écritures saintes, pourquoi dieu a-t-il permis tant d’injustice, tant de honte, d’avilissement ?

Dans un prélude, on apprend que les lieux ont été englouti dans un glissement de terrain, effaçant toute trace de ce qui va se raconter.

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De Torgny Lindgren j’avais  beaucoup apprécié « Bethsabée », une réécriture du célèbre mythe biblique, une réécriture où beaucoup ont vu un pamphlet féministe.
Je sais en tout cas, que la manière de conter son histoire donnait à cette Bethsabée-là un ton assez ironique qui m’avait plu.
Nous sommes ici dans un ton très différent, je serais presque tentée de dire « larmoyant », malgré la révolte du jeune homme.
Décidément de tous temps les femmes sont les principales victimes des hommes = humiliées, bafouées, corvéables à merci. 
Comme on comprend la révolte du fils, impuissant devant la situation.

Lindgren aime parler de la nature, il commença d’ailleurs sa carrière dans l’écriture par la poésie.

Son « Chemin du serpent » réunit les thèmes qu’il aime aborder = les injustices sociales, la nature (même si ici j’ai trouvé qu’elle passât au 2ème plan), la dureté de la vie des plus pauvres.

Le livre est petit, pratiquement une novella, plutôt qu'un roman.

J’ai apprécié cette lecture mais je reconnais ne pas avoir été totalement enthousiasmée.
Par contre je vous recommande la lecture de Cécile, qui a nettement plus apprécié que moi = cécileSblog,

un autre avis chez critiqueslibres 

11 mars 2017

LA COTE 512, de Thierry Bourcy

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Une enquête de Célestin Louise, flic et soldat pendant la guerre de 14-18

Paris, veille de la 1ère guerre mondiale – Célestin Louise relâche un cambrioleur qui opérait dans le palais de la cantatrice Melba – il le relâche car pour « La Guimauve », la déclaration de guerre lui permet de partir au front.
Les journaux l’annoncent bien grand = l’Allemagne a déclaré la guerre à la France et la Russie.
L’inspecteur Louise pourrait ne pas partir s’il en fait la demande à ses supérieurs mais il veut faire son devoir.
Après avoir salué sa sœur et son beau-frère, il fait une dernière balade de civil et une nuit tendre en compagnie d’une jolie jeune femme.

Sur les quais, il tombe sur un petit pickpocket qu’il avait déjà arrêté – le jeune Germain Béraud, qui désormais refuse son prénom puisque « germain » = « allemand » (ou boche), s’accroche à Célestin Louise, ils sont du même régiment et Célestin prend pitié du jeune garçon totalement terrorisé.
Les voilà en route pour Verdun, en compagnie de ceux qui deviendront bientôt des compagnons d’infortune.

Sur les quais, Célestin Louise fait aussi la connaissance de leur lieutenant, Paul de Mérange, sympathique, courageux, n’agissant pas comme un « planqué ».
Dans leurs bureaux, loin du front, à l’abri de tout, ces messieurs les planqués justement, les stratèges mettent des stratégies au point qui n’ont aucun rapport avec ce qui se passe au front, nos amis ne tarderont pas à s’en apercevoir, avec la crasse, la peur, et la gnôle pour faire passer tout ça.

Au cours d’un assaut, qui ressemble aux autres, Célestin Louise réalise que le lieutenant Mérange est mort – mais pas de façon disons normale au front – il a été tué d’une balle dans le dos.
L’enquêteur de la brigade criminelle de Paris qu’est Célestin reprend le dessus et lorsque lui-même échappe à une tentative d’assassinat, il décide d’enquêter.

Inutile de dire que cela ne va pas sans mal car un homme mort à la guerre est une mort dite normale au vu des circonstances.

Louise s’accroche à sa théorie, il estime que le lieutenant ne mérite pas d’être assimilé, réduit, à une mort au front, pour le jeune enquêteur il y  va de rendre justice à un jeune homme qui lui témoigna une certaine camaraderie.

Il y avait très longtemps que je n’avais pas refermé un roman avec une telle boule d’émotion dans la gorge.

Le polar finalement passe au second plan, mais la description que fait Thierry Bourcy de la vie dans les tranchées, de la crasse, les soldats blessés, tués, ravagés par la peur, est tellement bouleversante que m’est revenu en mémoire mon grand-père adoptif qui fut pris dans cette tourmente atroce (il en revint, mais on sentait bien que cet homme si sensible, si tendre, ne s’en était jamais vraiment remis).
Toutes ces vies abîmées, tous ces morts, pour rien – car les guerres ne servent A RIEN. Si ce n’est à enrichir les fabricants d’armes. 

A un moment dans le roman, Célestin Louise se dit « cette guerre ne ressemble à aucune autre », je trouve qu’il a tort car toutes les guerres se ressemblent = toutes sont des machines monstrueuses dont les civils (femmes, vieillards, enfants) sont les premières victimes.
Toutes les guerres sont des boucheries abominables, et l’auteur décrit fort bien les paysages sinistrés, les ravitaillements répugnants et l’alcool que l’on apporte pour que les soldats puissent s’abrutir avant les attaques successives des ennemis ou les leurs, quand il s’agit d’attaquer à la baïonnette la peur au ventre, celle qui ne vous quitte jamais, même en plaisantant avec les camarades d’infortune.

Dès que je l’ai entamé, j’ai su que je ne pourrais pas lâcher le livre avant de l’avoir terminé.

Merci à Manu qui m’a fait découvrir ce roman policier d’un genre différent.

une autre avis chez aifelle-legoutdeslivres

LA FOIRE DU LIVRE DE BRUXELLES 2017

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je crois qu'il sera grand temps que je m'achète un nouvel appareil photo car celui que j'ai étant tombé récemment, une grande partie de mes photos étaient floutées ou carrément ratées - c'est très frustrant -

je vous livre (=^-^=) les moins mauvaises et requiert votre indulgence pour les autres - de toute façon, je ne fus jamais une émule de mapplethorpe (hélas pour moi)

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j'ai eu le plaisir d'y retrouver un auteur que j'apprécie et que je vous encourage à découvrir, olivier démoulin

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je n'ai même pas été capable d'avoir une photo valable d'alain berenboom et eric-emmanuel schmitt - c'est pathétique

09 mars 2017

THE INFERNAL WORLD OF BRANWELL BRONTE, de Daphne du Maurier

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Titre français = Le Monde infernal de Branwell Bronte 

Parce qu’elle avait une grande admiration pour Branwell Brontë, le surdoué de la famille Brontë, dont les sœurs sont désormais reconnues à travers le monde, Daphne du Maurier eut envie d’écrire cette biographie, qui malheureusement fut éditée pratiquement en même temps que celle que publia Winifred Gerin, une biographe de la famille Brontë elle aussi.

Daphne du Maurier a toujours dit à quel point elle s’était sentie proche de Branwell, être tourmenté s’il en fut, elle-même (du Maurier) disant avoir aussi de tels tourments.
Comme tous ceux et toutes celles qui eurent envie d’écrire sur la famille Brontë, la biographie d’Elizabeth Gaskell fut une fois encore le point de référence (finalement c'est à se demander pourquoi tant d’autres se sont frottés à une bio, puisque c’est toujours celle écrite par Gaskell qui semble être la source d’information et inspiration).

Le fait qu’il mourut à 31 ans, emporté par la tuberculose, après avoir littéralement brûlé la chandelle par les deux bouts, a bien sûr ajouté à la légende « maudite » du frère. Oui Branwell était un surdoué et malheureusement comme beaucoup de surdoués, il fut incapable de vivre dans la réalité.
Sans cesse aux prises aux tourments de l’âme et de l’amour impossible pour l’épouse de son employeur, se noyant dans l’alcool et la drogue pour oublier ses ratages. Amour que l'on pense désormais avoir surtout été dans son imagination à lui.
Impressionné aussi par la mort de ses proches, ce qui ajoutait à l’ambiance sombre et parfois morbide du presbytère, contre lequel s’appuyait le cimetière paroissial.

Il était l’enfant préféré du père, forcément un garçon, celui sur qui reposaient tous les espoirs – pour les filles il aurait dû être le prochain pilier sur lequel elles pourraient s’appuyer à la mort du père.
Seulement voilà, il fut incapable de répondre aux attentes (peut-être en attendait-on trop) de garder des emplois, probablement pas assez « flamboyants » pour ce jeune homme qui rêvait d’être peintre et écrivain. Incapable d’accepter le rejet de l’académie des beaux arts, il se mit à boire.
Après avoir été le précepteur du fils des Robinson, il perdit cet emploi lorsque Mr. Robinson réalisa qu’il faisait une cour assez pressante auprès de son épouse.

Pour sa sœur Anne, le plus dur fut que Branwell était totalement impie, se moquant d’elle et de sa profonde piété.
Pour Charlotte, il fut hélas un raté et combien elle ressentit de l’amertume en réalisant que leur père continuait à lui donner de l’argent, qui automatiquement était gaspillé au pub, alors que ses filles devaient se placer comme gouvernantes pour faire « bouillir la marmite ».
Quant à Emily, elle se sentit la plus proche de son frère et de ses tourments – on pense même que c’est lui qui jeta les bases de « Wuthering Heights », seul roman écrit par Emily Bronte, en dehors de ses très beaux poèmes.
Il est probable qu’ils aient collaboré pour jeter les bases du roman, le personnage d’Heathcliff étant basé sur lui, tout comme il sera l’inspiration à l’un des personnages créés par Anne Brontë.
On dit aussi qu’il aida à une première rédaction du « Professeur » de Charlotte.

Personnellement je ne suis pas convaincue par cela, et le fait que Branwell Brontë reçut avec un brin de mépris et condescendance  que ses sœurs devenaient connues, ne contribue pas à me le rendre sympathique.

Branwell Brontë, tout jeune, avait prouvé à quel point il était talentueux, en inventant les contes d’Angria, qu’il écrivit avec ses sœurs, dans ce presbytère sombre et froid, avec un père qui se réfugiait dans son bureau pour travailler, avec une mère morte trop jeune, avec d’autres sœurs mortes encore enfants et tout de même, la tante Branwell qui remplaça sa sœur pour aider à la bonne marche du foyer mais regrettant aussi le dilettantisme de son jeune neveu.
Qui mourut de tuberculose, abruti par l’alcool, à 31 ans dans une agonie que l’on n’imagine même pas.

Je comprends la fascination exercée par la personnalité de Branwell Brontë – et je vais une fois encore nager à contre-courant – je n’apprécie pas vraiment ce personnage, sans force de caractère, rejetant la faute sur les autres de ses propres faiblesses.

Daphne du Maurier est une romancière formidable, sa force d’écriture fait transparaître son admiration pour le jeune homme « maudit ». Admiration, je le reconnais, que je ne partage nullement. Je suis persuadée que Branwell Brontë était maniaco-dépressif (actuellement on dirait « bi-polaire), ce qui malheureusement ne se soignait pas à l’époque.

Le livre de Daphne du Maurier est fort bien documenté, de nombreux détails le jalonnent, avec des écrits de Branwell, des extraits de lettres entre Charlotte et son amie Ellen Nussey.
J’ai hélas trouvé qu’il y avait un peu trop d’extraits de lettres et autres écrits, cela a rendu cette lecture assez fastidieuse – mais peut-être ne suis-je pas assez indulgente à l’égard de Branwell pour accepter tous les détails de la biographie.

Quel gâchis que cette vie, quelle tristesse aussi quand des êtres jeunes ne trouvent pas leur place dans le monde.

une bonne critique de critiqueslibres ici, un autre avis sur le  blog de miss popila

le célèbre portrait des soeurs brontë par leur frère branwell
qui s'effaça à la térébenthine, alors qu'il figurait dans le fond
comme un sentiment prémonitoire de sa fin si proche

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08 mars 2017

JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES

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reléguée au rôle réducteur d'être l'épouse de l'écrivain
Francis Scott Fitzgerald

Zelda Sayre, née en juin 1900
était bien plus que cela

elle écrivait elle aussi et son mari n'hésita jamais
à se servir de ce qu'elle écrivait dans ses journaux intimes
pour les mettre dans ses romans à lui
Ernest Hemingway ne la supportait pas car elle lui tenait tête
et il l'accusa de castrer le côté écrivain de son mari

sa personnalité servit de bien des modèles des personnages féminins
dans l'oeuvre de Scott Fitzgerald

Zelda n'était pas du tout une femme conventionnelle
comme on le souhaitait à l'époque
elle ne correspondait en rien à ce que l'on attend 
d'une "belle du sud"
elle détestait les tâches ménagères, y compris la cuisine

elle poursuivit son travail d'écriture,
publia quelques nouvelles
l'un de ses livres, semi-autobiographique qui fut un grand succès,
provoqua la colère de son mari

jeune femme fragile, elle supporta mal qu'un autre de ses romans
fut mal accepté tant par la critique que par le public
elle passa une grande partie de sa vie en maison de santé
et y mourut de manière dramatique,
lorsqu'un incendie éclata, elle était enfermée dans la chambre
où elle devait subir un autre électro-shock

grâce à Nancy Milford qui rédigea une fort belle biographie
de Zelda Fitzgerald
l'oeuvre de Zelda fut revue par bon nombre de critiques
lui rendant enfin justice

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07 mars 2017

LE GRAND MECHANT RENARD, de Benjamin Renner

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Si vous pensez qu’il est très facile de faire peur pour un renard, qui se veUt « très méchant », je vous suggère d’y réfléchir à deux fois. 
Ce renard-ci malgré tous les efforts qu’il fait dans l’espoir de se mettre un petit morceau de poule sous la dent est systématiquement pris à partie par la poule en question, qui le traite de « psychopathe roux » mais elle, elle est carrément caractérielle !
Renard s’en va systématiquement bredouille, non sans avoir essuyé quelques coups de la part de la cocotte en question – comme dans la « lutte » (dont le renard sort systématiquement perdant), il doit en plus nettoyer le désordre laissé derrière lui. Car le chien de la ferme est du genre feignant !
La poule le lui reproche d’ailleurs, mais que voulez-vous, on ne peut pas être partout à la fois quand on est chien de garde …

Il en est toutefois qui ont pitié de notre renard = le cochon jardinier, qui lui prépare à chaque fois un panier de navets et son copain le lapin, pas le genre futé ce lapin, mais brave bête quand même.
Dans le bois, non loin de la ferme, il y a un Grand Méchant Loup qui lui se mettrait bien aussi quelque poulette bien rondelette sous la dent.
Il essaie d’enseigner les rudiments pour être « un très Méchant Renard » à son compère, mais la partie est loin d’être gagnée.

Petite suggestion du loup = et si on volait les œufs de la poule surexcitée ? enfin quand on dit « on », il va de soi que cette tâche ô combien ingrate incombe au renard.
Après tout, des œufs cela veut dire des poussins – après le chahut causé par le rapt, notre renard doit  s’acquitter d’une tâche plus humiliante encore pour un renard = couver les œufs afin d’avoir des poussins bien dodus à croquer.
Rien ne lui sera donc épargné à ce Renard ?
Et bien non, en effet, car quand les œufs éclosent, les poussins le prennent pour leur maman – et là, la vie de Renard devient un enfer. Sans oublier que la poule, de son côté, a décidé de prendre les choses en main puisque ce chien paresseux ne fiche rien pour retrouver ses œufs.

J’arrête là, car la suite des événements est un véritable petit morceau d’humour – bien que généralement j’aime les dessins plutôt « léchés », ici rien que la bouille de tous les protagonistes (renard, loup, poules, cochon, lapin, chien et poussins évidemment) m’a fait glousser et rire à chaque mésaventure.

Il fait vraiment pitié ce Renard et il est touchant lorsque les poussins lui manquent. Mais chut, là j’en dis presque trop.
On n’est pas dans Walt Disney ici, mais c’est ô combien plus drôle. 

Ne passez pas à côté – c’est un véritable arc en ciel de bonne humeur que ce Roman de Renard, j’en ai fini par détester la poule hystérique, colérique, limite psychopathe et me dire que finalement elle mériterait d’être croquée (je sais, je suis cruelle avec les poules =^-^=)

Toutes celles et ceux qui ont dévoré – non pas la poule – le roman graphique de Benjamin Renner ont été enthousiasmés.

Au cours de la semaine Anima (semaine des congés de carnaval traditionnellement consacrée aux films d’animation),  un « making of » du futur dessin animé a été proposé – je l’ai malheureusement raté, mais je me promets de découvrir le dessin animé.

En tout cas, à mes yeux le livre est un incontournable et je sens que je vais le lire, relire, re-relire, à foison. C'est un parfait remède contre les contrariétés de la vie.

d'autres avis sur ce livre = aifelle-legoutdeslivres, labibliothèquedudolmen,  sylire

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RAGNAROK, THE END OF THE GODS, d'A.S. Byatt

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 Titre français = La fin des dieux

17ème novella faisant partie de la série « The Canongate Myths »

La guerre et son chaos inhumain font rage en Europe en ces années 1940 – une frêle enfant a été évacuée à la campagne avec sa mère, loin de Londres et des raids aériens meurtries.
Son père fait partie de la RAF et chasse ces porteurs de mort.
La frêle enfant est toute jeune au début de l’histoire et ne comprend pas trop bien ce qui se passe, son père lui manque.
Malgré les événements dramatiques, sa mère est plus tendre avec elle ; elle enseigne aux enfants du village.
L’enfant se réfugie dans la lecture d’un livre qu’elle a reçu = Asgard and the gods.

Peu à peu, passionnée par cette lecture, elle ne peut s’empêcher de comparer la réalité et le chaos actuels à ce que vivent les dieux de la mythologie nordique.

Lorsque la guerre se termine, le père revient, la famille est réunie à Londres, mais pour la mère, ce retour à la paix est un  retour à l’ennui ; elle redevient femme au foyer après avoir été une femme seule, indépendante.

La petite fille (la frêle enfant du début) regarde cela avec désolation. Ainsi donc la paix ne serait pas réellement le bonheur ?

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Intrigant, émouvant et forcément fort bien écrit comme à l’accoutumée – l’écriture d’A .S. Byatt m’avait déjà séduite dans « Possession » - ici le charme opère à nouveau.

Bien que je ne connaisse les mythologies nordiques que dans les grandes lignes ayant inspiré "le Crépuscule des dieux" de Wagner, ce parallèle entre ce que vit « la petite fille » (ou la frêle enfant) et le monde en guerre, dont elle n’a que des échos et qu’elle ne comprend pas toujours, est une lecture qui vous saisit et ne vous lâche plus.

Cette écriture autobiographique, basée sur les souvenirs de l’auteure, a été traitée, par certains critiques d’ « écriture évasion ou échappement » (Tolkien lui parlait d’ « évitement » dans le sens positif)  une manière  délibérée de chasser la réalité de son univers pour se réfugier dans la mythologie ou la fantasy.   Ces critiques n’étaient pas positifs à l’égard du livre – j’avoue ne pas avoir compris pourquoi – quand on est enfant (et même adulte) la lecture est un excellent moyen pour échapper à une réalité qui est parfois pénible. 

D’autant plus que A.S. Byatt explique en fin d’histoire ce qui l’a amenée à ajouter cette participation à la série « Canongate Myths » - contrairement aux autres auteurs de la série, elle ne s’est pas contentée de réécrire un mythe connu, mais comment plutôt le mythe fut introduit dans sa vie.

Par contre, le court roman a été fort bien reçu, quasi à l’unanimité, chez  les lecteurs et lectrices.

Personnellement je ne peux que vous encourager à découvrir cette novella. 

la critique du Telegraph ici

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05 mars 2017

LE BLOC, de Jerôme Leroy

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Un livre que l’on présente comme un « thriller noir coup de poing », d’accord pour le thriller noir, la politique étant devenu quelque chose de très sombre actuellement.
Le livre est court, j’ai pu le terminer en un weekend, comme une sorte de « récréation sombre » dans des livres plus sérieux.

Le thriller se présente comme un  journal à deux voix = celle d’Antoine Maynard, époux de la présidente du parti d’extrême-droite le Bloc Patriotique -  et celle de Stéphane Stankowski, dit Stanko, ex-skinhead, sauvé de la rue par Antoine. 
Stanko est – ou plutôt était – le chef du groupe Delta, le groupe d’intervention du Bloc, s’occupant des sales besognes. Parce qu’un flic cherchant à se venger a mis une condition sine qua non à la réussite des discussions pour que le Bloc obtienne les sièges qu’il souhaite, Stanko doit être sacrifié. Bien qu’ils soient amis depuis de longues années, Antoine se laisse convaincre par Agnès Dorgelles, son épouse. Stanko sera donc sacrifié sur l’autel du parti.

Tout le roman se passe en l’espace d’une longue nuit où les lecteurs découvrent la vie des deux protagonistes, de la jeunesse de Maynard à Rouen à celle de Stanko dans  le Nord.

Je ne dirai pas que j’ai été enthousiasmée par ce roman, mais je reconnais qu’il est bien, à  l’heure actuelle, de dénoncer autant que possible ce qui se passe de foncièrement mal dans le monde.
A savoir si ce livre convaincra, je ne sais pas. Selon moi, il ne convaincra que ceux et celles (dont je suis) qui sont farouchement opposés à la droite sous toutes ses formes.

L’auteur, Jérôme Leroy, est journaliste – personnellement je n’ai pas trouvé que le personnage de Maynard soit tellement critique à l’égard du Bloc, malgré ce qu’en dit l’auteur. Il semblerait que celui-ci soit communiste, tout en travaillant pour des journaux qui ne sont pas nécessairement de la même « confession » politique. Il semblerait aussi que cela se fasse très régulièrement dans le monde journalistique et politique. Cela  va confirmer tout le mal que je pense des scribouillards en tout genre.

Le thriller fonctionne bien, on se demande vraiment si Stanko a une chance, même minime, de s’en tirer – il y a un petit rebondissement, que je voyais venir à cent lieues. Pas très original tout ça.

J’ai eu envie de lire ce thriller parce que le film « Chez Nous » de Lucas Belvaux est inspiré du roman, sans toutefois en être une adaptation fidèle,  Jérôme Leroy a participé au scénario. 
Film que j’irai probablement voir et qui, selon moi, sera plus convaincant que le roman – voir quelqu’un subir une sorte de lavage de cerveau jusqu’à l’enrôlement dans un parti odieux est certainement plus convaincant par les images.

Je suis convaincue qu’il faut dénoncer toutes les dérives autant que possible mais le roman ne m’a pas convaincue en ce sens, c’est un bon thriller, qui dévoile aussi comment on peut se laisser aller à s’inscrire à un parti politique, pour « bouffer » du noir, du youpin, du musulman même s'il n'est terroriste islamiste, bref tout ce qui n’est pas de race blanche pure (hahaha, comme si cela existait).

J’ai parfois le sentiment que certains livres ne vont pas aussi loin qu’ils le pourraient, même si ici on a tout de même droit à quelques scènes de violence.  
Et on sent le mépris de cette caste qui se croit supérieure, toutefois, je le répète, je n’ai pas été réellement convaincue par les personnages et le roman en général.

01 mars 2017

AGATHA CHRISTIE'S NOTEBOOKS, de John Curran

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Fifty Years of Mysteries in the Making

Titre français = les Carnets secrets d'Agatha Christie

Edité en 2000, ce document de John Curran m’avait fortement attirée lorsque je le découvris dans une librairie anglaise.

Lorsque « Greenway » la demeure d’Agatha Christie dans le Devon fut transférée (donation) au National Trust, ceux-ci avaient décidé de la remettre « à neuf », car des travaux y étaient nécessaires avant de rouvrir les lieux au public.
Ces carnets de la romancière, n’ayant été montrés qu’une seule fois en public lors d’une rétrospective consacrée à Agatha Christie, captèrent l’attention de John Curran.
Avec l’aval de Mathew Pritchard, le petit-fils de la Duchesse du Crime, John Curran se mit à l’ouvrage, résidant de temps à autre chez les Pritchards.
Il a fait un travail titanesque pour déchiffrer tous les 73 carnets remplis d’une écriture quasi-illisible de Ms. Christie, mais à cœur vaillant rien n’est impossible dit le proverbe.

Je l’avoue, le livre est une déception pour moi – non pas que ce ne soit pas important de lire les notes (mises au net), mais cela n’apporte finalement pas grand-chose de plus que l’excellente biographie de Charles Osborne « The Life and Crimes of Agatha Christie ».
Je ne dis pas que le document de John Curran ne soit pas intéressant du tout, il nous offre en impression « claire » les notes jetées dans les carnets par Agatha Christie, les maniements et remaniements qui mènent au roman.
Seulement Charles Osborne, dans la biographie, avait déjà proposé cela, de manière plus simplifiée et il replaçait également les romans dans le contexte et l'époque.
Bref le livre de Curran est une répétition, pas inintéressante si on n’a pas lu Charles Osborne, mais sinon une resucée.

Ce livre qui a réellement dû être un travail de titan m’a déçue parce que rien de neuf pour moi, on pourrait presque parler de "radiographie" d'une oeuvre.

Il y a toutefois un intérêt non  négligeable, John Curran a obtenu la permission des héritiers d’Agatha Christie de publier 2 nouvelles inédites, 2 enquêtes d’Hercule Poirot, dont je vous livre brièvement le synopsis ci-dessous =

Le 12ème des Travaux d’Hercule « The Capture of Cerberus » - une nouvelle totalement différente de celle qui parut dans le recueil « the Labours of Hercules » – ici l’action se situe en Alsace-Lorraine, où Hercule Poirot a ingénieusement découvert la retraite d’un homme supposé avoir été abattu en public. L’homme en question est réellement la caricature d’Hitler (mais bien sûr il y a un rebondissement, sinon ce ne serait pas Christie) – Hercule Poirot s’est intéressé à ce cas parce que le père du jeune homme qui aurait abattu le dictateur des dictateurs sait que son fils était innocent de ce meurtre.

« The Incident of the dog’s ball » a exactement la même trame que le roman « Dumb Witness » où une vieille dame ayant écrit à Poirot.
Il ne reçoit la lettre qu’après son décès. Intrigué par ce qui est stipulé dans la lettre, Hercule Poirot, sous l’œil ironique d’Arthur Hastings, décide de s’intéresser à cette histoire – meurtre ou simple mort accidentelle la vieille dame ayant été fort malade ?
Dans cette nouvelle, tout est dit – on se demanderait presque pourquoi Agatha Christie a repris les éléments dans un roman.

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28 février 2017

CARNAVAL DES ANIMAUX

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puisque aujourd'hui c'est mardi gras
j'ai eu envie de partager avec vous
ce carnaval des animaux, écrit par camille saint-saens
oeuvre composée en 1886
à l'occasion d'un mardi gras

le compositeur désirait amuser et faire rire,
sans tomber dans la mièvrerie ou le puéril

après avoir été présentée à la mi-carême de 1886
chea Pauline Viardot et en présence de Franz Liszt qui l'admira,
Saint-Saens en interdit l'exécution en public de son vivant,
sauf "le cygne"
il fallut attendre la lecture du testament du compositeur
pour que ce sympathique "carnaval" puisse à nouveau être interprété
en public dans son entièreté
il semblerait que cette auto-censure ait été dictée par le fait que
Saint-Saens se considérait comme un compositeur sérieux
et cette pièce-ci était un "amusement"

"le cygne" qui avait échappé à la censure de son compositeur
devint un "tube" de son époque,
interprété par de nombreux violoncellistes

Camille Saint-Saens qualifiait cette oeuvre de
"fantaisie zoologique"

il semblerait que l'oeuvre soit une parodie d'oeuvres de 
Berlioz, Offenbach, Mendelsshon et quelques autres

 

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LA MOMIE QUI FREDONNAIT, d'Ewan Blackshore

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dans la série "Les Mystères de la Tamise"

Londres – 1904 - D’importants hommes d’affaires, banquiers de la city, ont disparu depuis quelque temps. Scotland Yard est sur les dents et y perd son latin.
Ted Scribble, au contraire, a tout son latin bien en main mais reçoit surtout fruits et légumes sur la tête à Hyde Park Corner lorsqu’il partage ses pièces de théâtre en ladin. Scribble doit sa célébrité à la résolution d’une énigme et grâce aux feuilletons parus dans « The Shore » , feuilletons relatant ses (més)aventures.
Lui qui ne rêve que de vivre de sa plume en digne latiniste, le voilà réduit à l’état de scribouillard, quelle vulgarité ! Ce que c’est que d’une réputation. Même son jeune protégé, Tom Cope, est tombé sous la coupe de Brackwell, le rédacteur en chef du « Shore ».

Une jeune Américaine, Hatty, fille d’un magnat du pétrole, suffragette de son état, ayant décidé à la mauvaise humeur de son milliardaire de père qui veut qu'elle se marie, de devenir détective privé auprès du grand Sherlock Holmes qui la fait rêver depuis qu’elle a découvert les écrits de John Watson. Qui sait, peut-être le grand Sherlock tombera-t-il amoureux d’elle et ils pourront enquêter ensemble … rien que ça ! La voilà donc à Londres.

En fait, Sherlock Holmes n’est plus que l’ombre de lui-même. John Watson vit heureux auprès de son épouse et Sherlock s’adonne de plus en plus à la drogue.
Quelle déception pour notre suffragette/future détective et peut-être épouse…. Tant pis, qu’à cela ne tienne, elle propose une association à Ted Scribble = enquêter sur la disparition des banquiers disparus.

Ajoutez à cela =
une mystérieuse secte égyptienne « les Invités d’Osiris », sous les ordres d’un non moins mystérieux guru ;
une salle de sports très huppée ;
des crocodiles affamés en balade dans Londres ; un Sherlock Holmes qui n’est plus que l’ombre de lui-même, complètement soumis aux drogues ;
un superintendant de Scotland Yard au bord de la crise de nerfs –
sans oublier d’étranges disparitions autour de l’aiguille de Cléopâtre (non Cléopâtre ne s’adonne pas à la broderie ! il s’agit du célèbre obélisque sur les bords de la Tamise)

Et vous aurez tous les ingrédients de cette parodie policière loufoque, pleine de clins d’œil aux aventures de Sherlock Holmes, avec un anti-héros Ted Scribble) qui ne rêve que d’odes latines, qui ne nourrissent hélas pas leur homme,  et se retrouve à devoir écrire des feuilletons. Que voulez-vous les arguments en livres sterling du rédac’chef sont plutôt convaincants.
Avec l’intrépide Hatty, il formera une équipe bien sympathique, mais vu la tendance de la jeune femme à se jeter tête baissée dans les problèmes, Ted aura fort à faire pour les sortir du guêpier où ils se trouvent.

Les courts romans d’Ewan Blackshore ne sont pas du tout à prendre au premier degré – ils sont pleins d’humour parfois légèrement trash, mais qui fonctionne bien.

Ewan Blackshore – pseudonyme anglophone pour un écrivain bien français Bertrand Puard – semble s’être bien amusé en écrivant ces pastiches parodiques = les Mystères de  la Tamise, dont le seul but est de divertir les lecteurs (bien que les puristes d’Holmes n’apprécient pas trop paraît-il).

Cette 5ème enquête de Ted Scribble m’a attirée, vous devinez pourquoi = mon engouement pour les momies et le chant de celle-ci fut comme un chant de sirène à mes oreilles de lectrice (ou devrais-je plutôt dire "mes yeux" ?).
Celle-ci est la 2ème enquête que je découvre, j’ai la mauvaise habitude de souvent lire les séries dans le désordre.
Dans ce cas-ci, cela ne porte pas trop à conséquence, bien qu’il soit fait de temps à autre référence à une enquête précédente.

Il y a également un petit clin d’œil à Agatha Christie (mais très petit) en la personne de l’amie suffragette d’Hatty, qui réside aux USA et qui se nomme Anne Beddingfeld.

Encore une lecture divertissante, vite commencée et vite terminée, parfaite entre 2 livres nettement plus sérieux.

J’ai cependant noté un petit anachronisme = Ted et Hatty se rendent dans un pub londonien nommé « Cluny Brown » - or Cluny Brown est l’héroïne d’un roman de Margery Sharp, paru en 1944 et dont l’intrigue se situe dans les années 1930. Donc, en principe, techniquement parlant, le pub ne peut se nommer ainsi.

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27 février 2017

LES HERITIERS (LES NOUVELLES AVENTURES D'ARSENE LUPIN), de Benoît Abtey & Pierre Deschodt

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Paris 1897 - Arsène Lupin, un nom que dans Paris l’on prononce avec une certaine tendresse. Hélas, des forces mauvaises se sont liguées contre lui – notamment par son abominable nemesis Bérenger de La Motte – il avait juré la perte d’Arsène Lupin et il y est arrivé = non seulement il a provoqué l’incendie du Bazar de la Charité où périt le grand amour de Lupin, mais surtout de La Motte a fait en sorte qu’Arsène Lupin soit accusé d’avoir provoqué ce drame où périrent plus de 120 personnes.
Déjà Arsène avait été accusé d’avoir lâchement assassiné son bienfaiteur et père adoptif, du coup sous une autre identité, Lupin était revenu – seulement voilà, quand la poisse vous poursuit, elle ne vous lâche pas.
Comment pourrait-il se laver de toutes les turpitudes dont on l’accuse ?

Dix ans plus tard,  lorsque les menaces de guerre entre la France et l’Allemagne se font plus précises, il sera encore plus noirci car on l’accuse d’espionnage pour le compte de l’Allemagne. C’est beaucoup pour un seul homme ! Il a d’autant plus de difficultés à lutter contre Bérenger de la Motte que celui-ci manipule la population via les 2 journaux dont il est le propriétaire et l’éditeur en chef.

Un duel sans merci entre 2 ennemis irréductibles est engagé. Qui gagnera ?

Ce bon pastiche des aventures du célèbre gentleman cambrioleur est particulièrement difficile à résumer car il est riche en rebondissements, en intrigues, en personnages multiples où se mêlent des personnages historiques comme « le Tigre » Clémenceau, ou comme des événements avérés, tel ce dramatique incendie du Bazar de la Charité, où périrent entre autres bienfaitrices la duchesse d’Alençon, sœur de l’impératrice d'Autriche Sissi.
L’incendie fut dû aux vapeurs d’ether, produit nécessaire à l’époque au tout nouveau cinématographe, qui projetait « l’entrée du train du train en gare de la Ciotat » des frères Lumière.
Inutile de dire que les lieux étaient fort mal protégés, de plus pour éviter de gêner les spectateurs, une toile goudronnée avait été installée.
Bref, tout était réuni pour qu’un drame éclatât, l’histoire nous a prouvé que les plus pessimistes à l’époque avaient eu raison.

Arsène Lupin n’est pas en reste, vu le nombre d’identités différentes qu’il adopte, toujours aussi doué pour les déguisements. On s’y laisse aisément prendre, comme les protagonistes auxquels il s’attaque, jusqu’à ce qu’il se dévoile.

Venir au secours de la veuve et l’orphelin, des plus démunis, volant aux riches pour aider les pauvres, tel était l’Arsène Lupin de Maurice Leblanc.
N’ayant plus lu les aventures écrites par ce dernier, je me suis laissée prendre au jeu avec ce roman-hommage écrit par 2 auteurs de bandes dessinées et romans, dont la jeunesse fut bercée par les histoires de Maurice Leblanc.

Ecrire un pastiche, faire revivre un personnage aussi célèbre qu’Arsène Lupin,  est sinon un piège, souvent un travail hasardeux - ici les auteurs ne s’en sont pas trop mal tirés, leurs « nouvelles aventures d’Arsène Lupin » est un bon divertissement, dans lequel il faut toutefois rester attentif car comme je l’ai écrit ci-dessus, les rebondissements sont fort nombreux.
La trame est ingénieuse (bien que compliquée) et l’écriture élégante.

Benoit Abtey & Pierre Deschodt ont voulu prouver que Lupin était immortel  - je ne sais si les grands admirateurs du personnage créé par Maurice Leblanc s’y retrouveront ou s’ils n’apprécieront pas, mais je conseille tout de même cette lecture.

Ces auteurs ne sont pas les seuls à faire revivre Arsène Lupin, Adrien Goetz s’y est aussi aventuré avec « La nouvelle vie d’Arsène Lupin ».
Quant au cinéma, il nous a surtout montré un Arsène Lupin ironique, aux aventures souvent drôles, grand séducteur de belles dames, parfois espionnes, parfois aussi voleuses que lui.
J’ai toujours trouvé que ce bel Arsène de cinéma ou télévision, bien que séduisant, n’avait pas la même humanité que celui des romans de Maurice Leblanc.
Le cinéma lui a d’ailleurs donné des fils illégitimes dans « Arsène Lupin contre Arsène Lupin » avec les séduisants Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel.
A la télévision, Georges Descrières lui donna un charme inimitable.  Jacques Dutronc l'a immortalisé en chantant la B.O. du feuilleton télévisé.

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