mon bonheur est dans la ville

06 décembre 2016

EMILE VERHAEREN, de Stefan Zweig

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Immense coup de cœur que cette biographie, non seulement parce qu’elle parle d’Emile Verhaeren que j’aime tellement, avec une approche philosophique.
Qu’attendre d’autre d’ailleurs d’un écrivain comme Zweig.

C’est un hommage magnifique, il n’y a pas d’autre mot – on sent non seulement l’admiration mais aussi l’affection que le jeune Stefan Zweig porta à son aîné.  Non seulement il traduira les poèmes de Verhaeren, mais une correspondance réunira les deux hommes, jusqu’à ce qu’hélas certains écrits d’Emile Verhaeren, au début la première guerre mondiale, le séparèrent de Stefan Zweig. Ils ne purent jamais se réconcilier, lorsque Verhaeren, détaché enfin de la haine, décida de se faire l’avocat de la paix, un train mit fin à ses jours en gare de Rouen.
Pourtant, la force vitale qu’il avait perçue chez Emile Verhaeren continua à influencer son jeune admirateur.

Stefan Zweig est un magnifique biographe, il brosse à chaque fois de ceux dont il parle un portrait plein d’émotion, mais toujours objectif.
Zweig ne tombe pas non plus dans une iconographie bêtifiante comme certains auteurs à propos de Marie Stuart ou Marie Antoinette.
Pour lui, les faits sont là, ils les expriment toujours avec une tournure de phrase fort belle.

Revenons à Emile Verhaeren – les deux écrivains se rencontrent en 1910, l’un a déjà 45 ans, l’autre 19 ans. L'aîné prend plaisir à partager des moments de sa vie avec son jeune ami et admirateur.

De la jeunesse estudiantine un peu folle à sa grande crise de dépression, où ses vers deviennent sombres, où il pense mettre fin à sa vie et puis, lorsqu’il a atteint le fond, le coup de talon pour remonter – Emile Verhaeren alors va vivre pleinement, faire un tout d’Europe, découvrir les grandes cités qui inspireront ses poèmes – c’est Zweig qui écrit, mais c’est Verhaeren qui surgit des pages à chacune de celles que l’on tourne parfois timidement, pour ne pas perdre le fil.
Stefan Zweig n’hésite pas à comparer Emile Verhaeren à Walt Whitman, ce grand poète américain ; il cite fréquemment Friedrich Nietzsche, parce que lorsqu’il pense à Verhaeren, c’est Nietzsche qui soudain surgit.

Personne n’a mieux parlé de la Belgique, de la nature, des villes,  qu’Emile Verhaeren.
Et l’amour dans tout cela, mais tout est amour chez Verhaeren – et pour sa Marthe, épousée en 1891, il écrira,  « Les heures claires », « les Heures d’après midi », « les Heures du soir ».

Il est des livres dont je sais que je parle mal – celui-ci en est un. Comme si je n'arrivais pas à traduire tant de beauté. Il est si bien écrit, tellement rempli d’émotion, d’amitié, que je me suis demandé si j’allais écrire cette chronique.

Pourtant j’ai tant envie de faire connaître cette biographie que je n’aurai qu’un seul mot = lisez-là, vous y découvrirez un magnifique Emile Verhaeren, si proche de ses rêves et parfois de ses tourments, vous y découvrirez (si ce n’est déjà fait) quel bel écrivain est Stefan Zweig,  mais surtout lisez ou relisez la poésie d’Emile Verhaeren. Ce sera le plus bel hommage.

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05 décembre 2016

LES NYMPHEAS NOIRS, de Michel Bussi

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Qu’est ce qui relie 3 femmes = une vielle dame, un peu acariâtre, surnommée parfois « la sorcière, une ravissante trentenaire, professeur de l’école de Giverny et une petite fille de onze ans, surdouée de la peinture ?
Giverny justement, où elles habitent, où elles vécurent des drames – et apparemment ce n’est pas fini avec l’assassinat de Jerôme Morval, ophtalmologue exerçant à Paris et vivant à Vernon.

Le flic qui arrive du sud, Laurenç Sérénac - inspecteur efficace, aidé avec un tout aussi efficace second, Sylvio Benavidès, collectionneur de barbecues (mais oui cela existe, je l’ai appris par ce livre) - patauge un peu ;  l’homme a été tué de la même manière qu’un petit garçon, bien des années auparavant = la tête fracassée par une grosse pierre et noyé dans le ru qui alimente les étangs aux nymphéas de la propriété de Monet à Givenchy.
Un indice, une carte postale avec une inscription tirée d’un poème d’Aragon « les Nymphées » et avec un mot « Bon Anniversaire. Onze ans ».
Est-ce une piste ? comme ces photos envoyées par un corbeau et qui montrent que l’ophtalmologue était un invétéré coureur de jupons. 
La carte serait-elle un indice que l’homme aurait eu un enfant ?

Ou s’agirait-il d’un trafic d’art, puisque notre opérateur de cataractes collectionnait quelques belles toiles. Que sont par ailleurs ces « Nymphéas Noirs » du titre ? un tableau disparu de Claude Monet ?

La vieille dame observe tout cela du haut de son donjon, la partie supérieure d’un beau moulin devenu gîte rural.  Elle sait des choses, vous pensez = à 84 ans on a eu l’occasion d’observer, de savoir.
Doit-elle aller à la police ? elle n’a pas vraiment envie, qu’ils se débrouillent, après tout c’est leur métier !

Voilà un  polar intriguant (ou dois-je écrire un pol’art =^-^=), à trois voix, celle d’une vieille dame, d’une jeune femme et d’une petite fille, des voix qui se mêlent habilement au récit à la 3ème personne.
J’avais envie de le lire en raison du titre,  m’ayant fait penser à un polar artistique, sur un trafic d’art, à la recherche d’un tableau volé, ou perdu.

Au lieu de cela, on se retrouve au sein une intrigue policière fort bien amenée, une passion obsessionnelle meurtrière qui fait froid dans le dos lorsqu’elle est révélée.

Avec cependant des intéressants rappels de qui fut Claude Monet, de ce que furent Vernon et Giverny avant la marée touristique.
Je ne peux en dire plus car on en dévoile rapidement trop – ce que je peux vous dire c’est qu’à peine entamé, j’ai laissé tombé toutes mes autres activités pour le terminer.

A lire absolument, pour l’art et l’intrigue.

(un seul bémol = bien que le style d’écriture de Michel Bussi soit très valable, j’ai trouvé fort dommage l’utilisation régulière de « c’est con, t’es con, quelle connerie » et « putain… » - vraiment pas nécessaire comme langage)

d'autres avis sur ce livre = critiques-libres,  aifelle-legoûtdeslivres,  souslesgalets,  chez babelio

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04 décembre 2016

I'M HALF-SICK OF SHADOWS, d'Alan Bradley

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Titre français = Je suis lasse des Ombres

4ème enquête de Flavia de Luce 

Flavia de Luce, passionnée de chimie, râle un peu en cette période de fin d’année car une équipe de cinéma a envahi Buckshaw, la propriété familiale des de Luce. Certaines parties de la demeure ancestrale sont « hors limites » même pour les propriétaires, afin que l’équipe du film – parmi lesquels l’actrice principale la fascinante Phyllis Wyvern – puisse travailler en paix. Ce genre de commentaire, de la part du père de Flavia, c’est un peu comme agiter un mouchoir rouge devant un taureau = comme si elle avait l’intention d’obéir ! et surtout qu’aucun d’entre eux ne se risque à venir à l’étage de son labo !
Pour le père de Flavia de Luce, cette location de Buckshaw va permettre de vivre un peu moins chichement que d’habitude, les finances étant rares.

Un lien de sympathie de noue très rapidement entre Flavia et la vedette principale, apparemment Phyllis Wyvern a aussi eu une sœur aînée désagréable et elle prend  la défense de notre jeune amie, à tel point que Feely (Ophelia) reste loin de sa cadette.
L’autre sœur de Flavia, l’intellectuelle Daphne (Daffy) -  ou se prétendant comme telle – reste enfermée dans la bibliothèque, seul lieu digne d’elle.
Flavia, de son côté, réunit tous les ingrédients nécessaires pour faire en sorte que le père Noel reste collé à la cheminée – ainsi pourra-t-elle vérifier les dires de ses insupportables aînées prétendant que le père Noel n’existe pas !

La neige étant tombée dans arrêt depuis plusieurs jours, Bucksham est assez inaccessible, pourtant lorsque Phyllis accepte qu’une scène soit jouée dans le grand hall d’entrée, la moitié du village parvient à arriver sur place. Après tout, il s’agit de réunir des fonds pour le toit de l’église du village.

La représentation se passe presque bien, un seul petit incident = une lampe n’a pas bien fonctionné, ce qui a dérangé quelque peu l’entrée en scène de la diva !  Toutefois, tout le monde est ravi de la performance et se prépare à quitter le domaine – hélas trois fois hélas, un blizzard empêche les personnes présentes de retourner chez elles, on loge tout ce petit monde tant bien que mal. Après tout, ce n’est que pour la nuit.
Une nuit que le futur bébé d’une copine de Flavia va choisir pour venir au monde, alors qu’il lui restait encore quelques jours d’attente !!!

Le lendemain arrive sur les lieux l’inspecteur Hewitt, qui semble en vouloir à Flavia pour un incident passé, mais qui surtout ne veut pas qu’elle se mêle de l’enquête selon son habitude.

Allons, inspecteur Hewitt, vous devriez le savoir, depuis le temps, que ce type d’injonction est inutile.

J’ai été ravie de retrouver l’amusant  bien que parfois exaspérant petit prodige qu’est la jeune Flavia de Luce, experte en chimie et détective-amateur lorsque l’inspecteur Hewitt le permet (ou pas d’ailleurs).
Ici elle veut résoudre deux énigmes d’égale importance pour elle = qui a tué l’actrice Phyllis Wyvern avec qui elle avait noué des liens sympathiques et découvrir – enfin ! – si le Père Noel existe. 

C’est fort drôle, même si comme toujours la fin est dramatique car notre astucieuse jeune personne découvre une fois de plus qui a tué l’actrice, l’ennui c’est qu’elle n’hésite pas à confronter l’assassin.

Ce livre-ci, vous le constaterez est le quatrième opus de la série, comme à ma mauvaise habitude, j’ai décidé de ne pas lire les romans dans l’ordre, celui-ci m’ayant plus particulièrement attirée vu qu’il est « de saison » - mais il faut se méfier de cette manie car dans chaque histoire, il est fait une petite référence aux histoires précédentes (heureusement sans dévoiler l’assassin).

Cela se lit très rapidement, le rythme et l’histoire donnant envie de découvrir la suite de chaque chapitre.

Et puis, je me suis prise de tendresse pour Flavia de Luce, agaçante mais craquante, qui a de la répartie et un grand cœur, souvent empli de tristesse en pensant à sa mère, disparue lors d’une escalade en montagne, avec un père qui semble indifférent, avec un ami de la famille qu’elle est seule à savoir comment calmer lorsque les « fantômes » de son passé à la guerre ressurgissent et le tourmentent.
Sans oublier les deux chipies de sœurs qui me font pousser un soupir de soulagement à être fille unique.

Et la plume élégante d’Alan Bradley me plaît beaucoup également.

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03 décembre 2016

THE HELMET OF HORROR, de Victor Pelevin

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Titre français = Minotaure.com, le heaume d’horreur

4ème « novella » faisant partie de la série « the Canongate Myths »

Dans ce récit fort  étrange, particulièrement complexe, voire difficile à comprendre – je me demande s’il ne faudrait pas plusieurs lectures pour en comprendre tout le sens, et encore …

A la base, le mythe de Thésée et son combat contre le minotaure, ce monstre mi-homme, mi-bovidé. La ressemblance s’arrête là, car dans ce labyrinthe d’internet, les jeunes gens et les jeunes filles qui y sont enfermés, discutent entre eux, mais ne semblent pas être disposés à s’en sortir. Ils se posent des questions sur ce qu’est l’existence (certains lecteurs ont même fait référence à Sartre et son étouffant « Huis-clos »).
J’avoue que cette référence n’est pas fausse, car un moment donné les participants du forum paraissent étouffer dans leur cellule (et moi de même en tant que lectrice).
Si le but de l’auteur est de nous prouver qu’internet est un lieu qui prend en charge, puis supplante, la réalité, le livre a atteint son but.
Mais à mon avis, ce n’est pas ce qu’il y a de plus effrayant, quoique ….

Un certain nombre (restreint) de jeunes gens et jeunes filles se retrouvent dans une chambre (qui ressemble à une cellule aux murs dépouillés, avec un écran d’ordinateur et le clavier, ils ont  pour seul vêtement un chiton et n’ont aucun autre contact les uns avec les autres que via l’écran d’ordinateur – tous se posent des questions sur « l’extérieur », d’abord comment sont-ils arrivés là, ils n’ont pas de fenêtre, seulement une porte qui s’ouvre sur un « paysage » différent pour chacun d’eux – ce « paysage » étant généralement un labyrinthe, différent pour chacun d’eux = l’un est un labyrinthe des cathédrales du moyen-âge,  un autre ressemble à un labyrinthe grec, etc .

Le fil de discussion, unique, a été  instauré par Ariadne, qui leur raconte ses rêves étranges  de nains à tête masquée et coiffés d'un heaume ressemblant à une tête de bovidé.

Ce fil est leur seul et unique contact,  aucun autre sujet n’est possible, toutefois peu à peu ils apprennent à se connaître, tentent de découvrir ce qui se passe et comment ils pourraient s’en sortir.
Chacun d’eux a, comme sur tous les forums, un pseudonyme qui ne peut en aucun cas être modifié.

Honnêtement j’ai eu l’impression que l’auteur nous propose un exercice de style, dans lequel chacun trouvera ce qu’il veut – c’est plutôt philosophique et ne vous attendez surtout pas à des rebondissements comme dans un polar.
C’est un livre de science-fiction et si le genre ne vous attire pas, ne vous lancez pas dans cette lecture.

Ce récit est le 4ème dans la série « Canongate Myths » et comme je l’ai dit, il est fort insolite. Il m’a plu, mais il m’a souvent fallu relire certains passages. 

Pour rappel, le récit initial dans la mythologie classique = le Minotaure, fils d’un roi dont l’épouse fut infidèle et eut un monstre à la suite de cette union, est enfermé dans un labyrinthe construit par Dédale. Chaque année, des jeunes gens et jeunes filles sont envoyé(e)s dans le labyrinthe pour nourrir le monstre – afin de mettre fin à cette horreur, Thésée le héros, aidé de la demi-sœur du Minotaure, le guide à l’aide d’un fil, afin qu’il puisse ressortir du labyrinthe après avoir tué le monstre et délivré les jeunes.

Métaphoriquement si les jeunes du « Heaume d’horreur » (porté par un nain) parviennent à comprendre comment fonctionne leur forum, ils pourront quitter leur cellule.

Victor Pelevin est un  auteur russe, écrivant de préférence des romans d’anticipation ou de science-fiction.
Ses romans sont paraît-il construits en de multiples « couches » - il se dit post-moderniste, inspiré à la fois par la culture pop et par l’ésotérisme – (ce qui n’est pas sans rappeler Salman Rushdie selon moi)

Il a une intéressante (et belle) théorie sur la lecture = lire est un contact humain et ce sont les différents types de contacts humains qui nous forgent. Les livres que nous lisons sont des voyageurs pris en stop par un conducteur qui les emporte dans différentes contrées et cultures.

28 novembre 2016

SPHINX, de Christian Jacq

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Qui gouverne notre monde ? (malheureusement ce n’est pas moi =^-^=)

Un roman d’action et aventure qui, contrairement à ce que laisserait penser la couverture, n’a qu’un lointain rapport avec l’Egypte antique. Il s’agit d’un thriller bien contemporain, qui hélas ne pêche pas par son originalité, qui louche considérablement vers les romans teintés d’ésotérisme et de symbolisme de Dan Brown  et autres romanciers anglo-saxons qui ont compris à quel point le public (dont je fais partie) est friand de ce type d’histoire.

Bruce Reuchin, journaliste d’investigation, grand ami (unique ami en fait) de Mark Vaudois, fils d’un maître d’empire financier, lui-même propriétaire d’un magazine d’information  auquel Bruce réserve la primeur.
Là, selon ses dires, il a découvert du « lourd ».
Comme d'habitude, Mark lui donne carte blanche pour découvrir cette société secrète qu’est « Sphinx ».
Contrairement à ce qu’il en pensait tout d’abord, « Sphinx » n’est pas  du côté des « méchants », mais est au contraire une société fondée il y a au moins 5.000 ans, neuf sages de siècles en siècles, ayant pour volonté de protéger le monde désormais régi par l’argent, où seuls le pouvoir des riches et de la technique de pointe informatique règnent en maître.

Lorsqu’à travers le monde des intellectuels, archéologues, hommes de savoir sont brutalement assassinés les uns après les autres, y compris le père de Mark Vaudois – qui du coup hérite de son empire financier – les 2 hommes savent qu’il faut lutter contre ceux qui ont juré la perte de « Sphinx » et probablement de la paix mondiale.
Avec  l’aide d’Apsara, une Cambodgienne dont le père, l’un des 9 grands « sages » de Sphinx a aussi été assassiné, ils se retrouvent à 3 seulement contre une organisation mondiale dont ils ne connaissent pas le chef, le donneur d’ordre, qui a lancé son meilleur mercenaire-assassin à leur poursuite. Surtout  ne se fier à personne, n'importe quel assassin peut se cacher derrière les traits les plus anodins.

Ce que je trouve réellement dommage de la part de Christian Jacq, qui a une belle plume lorsqu’il s’agit de ses romans sur l’Egypte antique ou dans ses essais-documentaires sur ce même sujet, il adopte un style parfois à la limite de la vulgarité pour ce thriller, où le pouvoir et l’argent sont en lutte contre le bien.

Tout comme dans les thrillers de Michael Crichton, la nanotechnologie, l’informatique de pointe, sont au centre du roman et comme dans les romans de Steve  Berry, Robert Ludlum, Clive Cussler et Dan Brown, déjà mentionné, on baigne dans l'ésotérimes. Et même Serge Brussolo ou Matilde Asensi et David Gibbins.

Cela se lit très vite, il y a de temps à autre quelques moments d’humour grâce à Bruce, ce journaliste intègre, mais pas du genre délicat.
Bien sûr on a envie de savoir qui est le « deus ex machina » tant pour le Bien que pour le Mal, mais sincèrement ce n’est pas joliment écrit et à ce point de vue-là ce fut une déception.

Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, je n’aime pas abandonner une lecture et je dois reconnaître qu’en cours de lecture cela s’améliore un peu.

Du divertissement, rien de plus, mais se divertir fait aussi partie d’une vie de lectrice.


27 novembre 2016

THE SLEEPER AND THE SPINDLE, de Neil Gaiman

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Dans ce court roman (novella) se découvre avec ravissement une réécriture de deux contes légendaires « La Belle au bois dormant » et « Blanche-Neige » - avec l’habituelle imagination de Neil Gaiman et les fort jolies illustrations de Chris Riddell.

Une jeune reine, aux longs cheveux noirs comme les plumes du corbeau et  à la peau blanche comme la neige, est à la veille de son mariage.
Des nains amis lui ont rapporté un tissu magnifique pour sa robe de mariée, mais la jeune reine semble se poser des questions.
Comme tout un chacun elle a entendu parler d’une jeune princesse, prisonnière d’un enchantement, depuis de nombreuses années.
Puiqu’il lui reste quelques jours  avant son mariage, elle décide de partir dans ce pays voisin du sien afin de voler au secours de la princesse sous l’emprise de la magie noire.
Elle est très brave cette jeune reine, ne se laisse guère impressionner par les ronces qui bordent le pays et arrive avec ses amis les 3 nains, dans la plus haute tour du château. Arrivera-t-elle à sauver la jolie princesse aux longs cheveux blonds, endormie depuis si longtemps ?

J’adore Neil Gaiman et cette fois encore je suis tombée sous le charme de son écriture. Mêler habilement deux contes célèbres pour en faire ce moment de pur fantaisie et magie – petite pointe de suspense dans la tour car la maléfique magicienne n’a pas dit son dernier mot.
Dans ce royaume endormi, tout n’est pas ce qu’il semble.

C’est une novella, c’est donc très court, mais il n’en faut pas plus pour créer un récit plein de vie et d’humour, un peu noir.

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C’est magique, je n’ai pas d’autre conclusion – c’est magique et bien écrit, avec de jolies illustrations. Que souhaiter de plus le soir avant de s’endormir.

23 novembre 2016

THE WHITE GARDEN, de Stephanie Barron

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Titre français = le Jardin Blanc

La paysagiste de jardins, Jo Bellamy, est particulièrement enthousiaste d’avoir reçu une nouvelle commande de la part du richissime couple Westlake = reproduire dans leur nouvelle propriété le Jardin Blanc de Sissinghurst. Malheureusement ce bonheur professionnel est terni par un malheur personnel = après qu’elle lui eût annoncé ce nouveau travail, le grand-père de Jo s’est pendu, sans laisser d’autre mot d’explication d’une vieille lettre concernant des excuses pour la « Lady ».
Elle découvre qu’il a vécu dans le Kent, avant de s’enrôler dans l’armée en 1941, puis venir s’installer aux USA avec celle qui deviendra sa grand-mère.
Désormais, Sissinghurst devient plus que l’objet d’un jardin dont s’inspirer, à copier, mais aussi savoir ce que faisait son grand-père. Et ce, jusqu'à l'obsession.

La responsable du jardinage, Imogen Cantwell,  ne raffole pas beaucoup de ces touristes (surtout américains) qui viennent sans scrupules parfois voler des boutures, prendre des photos. Jo cependant lui fait une relative bonne impression, il est évident que cette jeune femme s’y connaît en jardinage et horticulture.

Jo découvre que son grand-père qui avait été apprenti-jardinier à Knole House, avait été « prêté » à Sissinghurst lorsque la 2ème guerre mondiale est déclarée, pour aider l’équipe dont les effectifs étaient réduits.
En aidant Jo à trouver des notes éventuelles, conseils pour son travail, Ms. Cantwell ouvre une boîte d’archives et à la surprise des deux femmes, y trouve un carnet, aux pages jaunies, ayant été écrit en 1941 et dont le texte est celui d’une femme, en apparence, pourchassée – par des personnes lui voulant du mal ou par ses propres fantasmes ?

Jo demande à pouvoir emporter ce carnet pour la soirée, le lire à l'aise – seulement voilà, pour être certaine qu’il s’agit d’un carnet de notes écrit par Virginia Woolf, il faudrait l’avis d’un expert et la jeune femme décide – sans en référer à Imogen Cantwell – de s’adresser à un expert en livres rares chez Sotheby’s.
La rencontre avec Peter Llewellyn, l'expert,  va s’avérer désastreuse dans une certaine mesure car ce naïf jeune homme a l’idée de s’adresser à son ex-épouse, obsédée par Virginia Woolf, une des têtes pensantes d’Oxford.
Or cette jeune femme est sans scrupules et a bien l’intention de faire en sorte que ce soit « sa » découverte.

A partir de là, l’histoire de Jo Bellamy devient une véritable chasse au trésor, une course contre la montre également, avec non seulement les peu scrupuleux personnages de Sotheby, d’Oxford, sans oublier le commanditaire de Jo, venu dans l’espoir de la séduire, et Ms. Cantwell qui veut récupérer son bien – et celui de la famille Nicolson – à tout prix.

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portrait de virginia woolf par roger fry

Et si Virginia Woolf ne s’était pas suicidée en ce jour de mars 1941, mais avait seulement voulu échapper à l’emprise de son mari, Leonard, qui l'étouffe dans sa solicitude, convaincu de sa folie ?

Partant de ce postulat, la romancière Stephanie Barron construit une uchronie – genre littéraire  que j’aime beaucoup = partir d’une situation, d’un personnage connu, pour bâtir une théorie aboutissant à une toute autre histoire, aussi plausible, à condition de jouer le jeu.
Comme je suis bon public, je joue ce type de jeu avec plaisir.

« The White Garden » parle de la « double » construction du  superbe jardin blanc de Sissinghurst = celle à l’origine, par Vita Sackville-West et celle qui doit en être la copie pour les Etats-Unis – c’est un roman qui a bien des points intéressants pour lui, en dehors de la relation Woolf-West-Nicolson, on y parle jardinage, les saisons à Sissinghurst  défilent à travers  les pages, le printemps et l’automne anglais, pluvieux, parfois nébuleux, comme le sujet qui se développe au fur et à mesure.

La quête pour savoir ce qui mena au suicide de son grand-père se poursuit lentement, jusqu’à la découverte de ce qui sera un  rebondissement à la fin, dévoilant enfin  tout aux lecteurs  sans doute légèrement perplexes comme moi.
On y va du Kent à Londres, puis Oxford, Cambridge et le Sussex où vivaient les Woolf et la sœur de Virginia, la femme peintre Vanessa Bell.
C’est non seulement passionnant à suivre, mais aussi divertissant.

En dehors de l’enquête littéraire, on y trouve aussi une mise en abyme avec des extraits de ce court journal de Virginia Woolf, dont le corps ne sera retrouvé dans la rivière Ouse qu’un mois environ après son suicide.
C’est ce mois "de vide" qui est exploité dans ce roman.

J’ai un petit peu regretté que l’auteure fasse de Jo Bellamy une femme si « typiquement américaine », c'est-à-dire peu intéressée par la culture, sauf celle des plantes – je comprends qu’une architecte-paysagiste ait d’autres préoccupations, mais ici ce sont des références littéraires basiques (comme Bloomsbury) qu’elle ne connaît pas – or comment peut-on se rendre à Sissinghurst, s’intéresser à Virginia Woolf et ne rien savoir de cette riche époque littéraire ?

Le livre est une chasse au trésor littéraire passionnante, on passe d’un lieu « woolfien » à l’autre, on y lit des extraits du journal que Virginia a écrit pendant ces journées où elle se réfugie à Sissinghurst ; par contre, j’ai été moins intéressée par les atermoiements pseudo-amoureux des protagonistes, qui n'ajoutent pas grand-chose à l’histoire, qui est avant tout une  bonne enquête littéraire  (à la manière de « Possession » d’A.S.Byatt) et qui devient un thriller lorsque des  personnages peu scrupuleux posent leurs mains indiscrètes sur le manuscrit, cette partie-là est plutôt un thriller psychologique, tandis que savoir ce qui arriva réellement à Virginia Woolf en ce printemps 1941 est  un vrai thriller qui nous fait trembler pour la romancière si perturbée.

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Stephanie Barron est une romancière américaine, qui a écrit plusieurs polars historiques ayant Jane Austen en guise d’enquêtrice.
Elle naquit Francine Stephanie Barron en 1963 dans l’état de New York, la dernière de 6 filles. La famille passait ses vacances à Cape Cod ; elle a une passion pour Nantucket et la côte du New England.
En 1981 elle entre à Princeton ; elle devint membre de l’équipe d’escrime et commença à écrire des informations pour le Daily Princetonian. Ce passetemps-là la mena à devenir journaliste mener de front 2 jobs à temps partiel pour le Miami Herald et le San Jose Mercury News. C’est le cours de littérature de John McPhee « Literature of facts » qui aura la plus grande influence sur Barron.
Elle poursuivit des études pour un doctorat d’histoire – elle travailla pendant quelques années pour la CIA (j’avoue ne pas avoir compris ce qu’elle y fit, en tout cas cela lui donna l’envie et le temps d’écrire).
Stephanie Barron s’est lancée dans l’écriture en 1992 et quitta l’Agence un an plus tard. 

Depuis 15 livres ont paru, entretemps se sont ajoutés à sa vie des maisons, des chiens, des enfants (pas nécessairement le bon ordre de citation =^-^=).
Elle aime le jardinage, ce qui se sent dans ce roman « The White Garden ».

l'avis de milly-lamaisondemilly, par qui j'ai découvert ce roman

sissinghurst, comme je le découvris en 2010
(j'aurai le plaisir d'y retourner en 2013)

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22 novembre 2016

I DON'T BELONG ANYWHERE, de Marianne Lambert

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LE CINEMA DE CHANTAL AKERMAN

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DANS LE CADRE DU FESTIVAL
"BRUSSELS IN LOVE"
en collaboration avec le Centre du Film sur l'Art

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Née en 1950, Chantal Akerman a mis fin à ses jours en 2015 – entre ces 2 événements, elle a été l’une des plus importantes créatrices du cinéma belge, français et américain – avec des films d’auteur et expérimentaux, dont beaucoup ont été inspirés par sa vie.

Elle a été et sera toujours une figure majeure du cinéma, qui n’ aura pas toujours été comprise notamment dans les années 1980, où avec « Les Rendez-vous d’Anna », le film fut hué, à tel point qu’Aurore Clément quitta la salle à la fin de la projection, sous des insultes, protégée par la veste d’un ami !

Avec des témoignages de Gus Van Sant ,  réalisateur US - d’Aurore Clément, comédienne  et de Claire Atherton, monteuse.
Ainsi que de Chantal Akerman en personne. 

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Il est très émouvant d’entendre cette dernière dire qu’à travers son cinéma, c’est sa mère qu’elle a filmé – et que lorsque celle-ci est décédée,  Chantal Akerman dit avoir perdu son point de repère, son ancrage dans la vie. Elle parle de sa vie avec pudeur, elle qui était secrète et parfois timide,  elle parle de Bruxelles où elle est née, à Paris où elle a vécu  tout comme New York où elle partit très tôt « vivre un autre cinéma » - celui du film expérimental.
La vie des femmes est au centre de ses films. 

On a dit des films d’Akerman qu’ils étaient filmés en « temps réel » - pour elle, ce temps réel est une fausse valeur – ce qu’elle veut (voulait) c’était que les spectateurs passent 2 heures et les ressentent comme telles, que ces heures ne soient pas « deux heures que l’on n’a pas vu passer » - pour Chantal Akerman, si on n’a pas vu « passer les heures », c’est que le film n’a pas été compris.

Ce documentaire de Marianne Lambert est non seulement techniquement bien fait mais aussi fort émouvant – 
Il se termine sur une image de Chantal Akerman sur une route d’Israel, dans un désert aride et soudain elle se retourne une dernière fois vers la caméra elle y apparaît lumineuse, détendue, en paix.

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20 novembre 2016

GETTING THE REAL STORY - NELLIE BLY & IDA WELLS, de Sue Davidson

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Les biographies de NELLIE BLY & ISA B. WELLS, pionnières du journalisme et des mouvements des femmes et des Afro-américains

Lu il y assez longtemps déjà, je n’avais jamais chroniqué ce livre, relatant les biographies de deux femmes extraordinaires, toutes deux journalistes, toutes deux pionnières dans le mouvement des femmes.
Surtout Ida B. Wells, qui fut également une pionnière pour l’égalité des droits des Afro-américains.

Dès que j’entrepris la lecture, je compris mon erreur = l’auteure Sue Davidson s’adresse aux jeunes avec ce livre – non pas que  les adultes ne puissent pas le lire, mais le ton du livre est bêtifiant, disons les choses comme elles sont.

Il y a bien longtemps que j’ai découvert NELLIE BLY, née Elizabeth Cochran; depuis mes 11 ans en fait – un petit livre lui était consacré dans la collection « Marabout Mademoiselle », et je me pris immédiatement d’affection mais surtout d’admiration pour cette jeune femme qui n’hésita pas à se faire enfermer dans un asile d’aliénés, pour dénoncer les  horribles méthodes dont les femmes y étaient traitées. Son courage me bluffa à l’époque, et me bluffe encore et toujours.

C’est pourquoi je me précipitai sur le livre de Sue Davidson, dans l’espoir non seulement que ce fut écrit pour des adultes, mais que de plus on y trouverait des extraits de « TEN DAYS IN THE MAD-HOUSE ».
 Ce ne fut pas du tout le cas ; le livre évoque d’ autres défis de Nellie Bly, journaliste = « le Tour du Monde en 72 jours » à l’instar du Phileas Fogg de Jules Verne, entre autres.
Elle se retirera du journalisme lorsqu’elle épousa le fabricant  Robert Seaman (de 42 ans son aîné), devenant par la même occasion la présidente de l’usine Iron Clad.

Le livre de Sue Davidson m’a permis, par contre, de découvrir cette autre grande dame du mouvement anti-ségrégationniste, suffragette, journaliste, activiste politique, à savoir IDA B. WELLS.  
Elle relatera dans un livre les tristement célèbres « records » des lynchages aux Etats-Unis.

Sur un site de lecture (Goodreads), j’ai donné 4 étoiles au livre de Davidson en raison des 2 femmes formidables qu’il permet de découvrir par ceux et celles qui ne les connaissaient pas – mais l’écriture du livre même ne vaut pas plus de 2 étoiles, tant le ton est condescendant  – comme si les jeunes avaient encore besoin qu’on les traite de cette manière en leur faisant découvrir des personnages aussi intéressants.

Tout ne fut pas totalement perdu pour moi puisque cette biographie combinée m’a permis de découvrir IDA B. WELLS.

Lorsque je commandai le livre, il n’était fait nulle part mention d’une  « lecture pour les jeunes », cela m’a bien induit en erreur et, je le reconnais, j'en suis encore fort agacée.

Je recommande donc de plutôt lire les écrits de NELLIE BLY, que j’espère découvrir  un jour. 

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19 novembre 2016

RAVEN BLACK, d'Ann Cleeves

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Titre français = Noire Solitude

Début janvier sur Shetland – Fran Hunters, récemment installée sur l’île où elle suivit le père de sa petite Cassie, voit un groupe de corbeaux volant autour d’un corps. Celui-ci est le cadavre, étranglé, de la jeune Catherine Ross, une adolescente atypique, intellectuellement brillante, ayant récemment perdu sa mère et dont le père ne s’occupait plus, enfermé dans son chagrin comme il l’était.
Immédiatement les habitants se focalisent sur un habitant solitaire, vivant à l’écart, souffrant d’une forme d’autisme, qui fut accusé il y a quelques années de la disparition d’une petite fille.
Ce drame ne fut jamais résolu, mais les habitants restent persuadés que Magnus Tait est coupable.

L’enquête amène sur l’île un inspecteur d’Aberdeen et son équipe, qui doivent éviter les bavures à l’égard de Tait, comme cela se passa lors de la disparition de la petite Catriona. Ils sont chargés de l’enquête et l’inspecteur Jimmy Perez est prié de les aider, c’est-à-dire faire ce qu’ils disent.

La meilleure amie de Catherine, la jeune Sally, tout à coup devient le centre d’intérêt (légèrement malsain) de ses condisciples, alors que jusque là, elle était tenue à l’écart, parfois  subtilement brusquée, moquée – il ne fait jamais bon d’être la fille d’un professeur donnant cours dans la même école et amenant sa fille chaque matin.
Seule Catherine appréciait Sally, tentait de la faire ruer un peu dans les brancards de l’éducation très stricte de sa mère.
C’est ainsi que Sally est tombée amoureuse d’un jeune homme, fils d’un homme riche, également habitant de l’île.  Elle essaie d’échapper régulièrement à la vigilance étroite de sa mère pour le rencontrer.

L’enquête dévoile que Catherine avait un projet artistique, dans lequel plusieurs personnes de l’île figurait sous un jour peu avenant. Ce projet lui tenait particulièrement à cœur, elle mettait l’île en scène, en filmant ou photographiant les personnes qu’elle interrogeait. L’une d’entre elles aurait-elle pu en prendre ombrage au point de l’étrangler ?

Cela avance très lentement et – est-ce pour calmer le jeu – les inspecteurs arrêtent le malheureux Magnus Tait, dont le seul défaut est de se taire car il ne sait pas s’exprimer correctement.
Sa maison est saccagée, son corbeau apprivoisé meurt chez une voisine qui l’avait pris pour le soigner. Pourtant il faudra bien relâcher Tait, faute de preuves, à la colère des habitants. 

Lorsque la petite Cassie, la fille de Fran, est enlevée, Jimmy Perez – attiré par la maman, une artiste, vivant à l'écart des autres elle aussi – lui promet de retrouver sa petite fille.
C’est aussi lui qui découvrira l’assassin de Catherine.

Ayant eu le plaisir de découvrir la série télévisée « Shetland », je me promettais de découvrir les thrillers d’Ann Cleeves, également auteure des polars « Vera », que je dois encore découvrir.
Elle fait de son personnage principal, Jimmy Perez, homme divorcé,  solitaire, quelqu’un d’attachant, d’assez mélancolique.
On comprend que l’attraction entre la  jeune femme artiste et lui soit mutuelle.

Ann Cleeves installe  dans cette île du nord de l’Ecosse, avec des habitants repliés sur leur vie comme le sont souvent les insulaires, une ambiance à la fois froide et mélancolique, cette froideur n’est pas due uniquement à ces jours d’hiver, quelque chose dans les habitants de la petite ville donne aussi cette impression de froideur et de solitude.

L’auteure décrit les lieux, les paysages avec  précision et  talent au point qu’on ait envie de prendre le premier ferry en partance pour les Shetlands. 
Avec elle, nous partageons la pitié éprouvée à l’égard d’un homme, incapable de s’exprimer correctement, dont un léger défaut physique donne l’impression qu’il se moque des autres, alors que c’est seulement la peur des autres, la timidité et le souvenir d’avoir été malmené, qui lui donne cette apparence.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié le roman, dont la découverte du coupable fut une totale surprise pour moi – un bon rebondissement à la fin de l’histoire.
De plus, pour une fois, je trouve le titre français parfaitement choisi.

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18 novembre 2016

THE MISTLETOE MURDER & OTHER STORIES, de P.D. James

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Quatre nouvelles, courtes,  aux intrigues ingénieuses, la 1ère qui donne son nom au recueil étant autobiographique ; la 2ème un thriller, particulièrement sombre et les 2 dernières, sont des enquêtes d’Adam Dalgliesh, plus jeune,  avant qu’il ne devienne commissaire en chef de Scotland Yard.

« The Mistletoe Murder » - contrairement à ce que prétend l’éditeur - a déjà fait l’objet d’une édition précédente, dans un recueil de nouvelles consacrées au thème de « noel » - la seule différence avec cette première édition est la préface de l’auteure de thrillers Val McDermid, qui exprime toute son admiration au talent de P.D. James.

Voici ce que j’écrivais à l’époque =
The Mistletoe Murder – En 1940, P.D. James a 18 ans et vient de perdre son mari à la guerre. Sa peine la pousse à accepter l’invitation de sa grand-mère maternelle avec qui la famille était en dispute depuis longtemps. A ce noël où elle est conviée se trouvent également son cousin germain, Paul, et un lointain cousin, homme arrogant engagé à la RAF et antiquaire dans le civil ; il est là pour évaluer des pièces de monnaie rares. Le lendemain de noël, il est retrouvé mort, frappé à la tête, dans le bureau pourtant fermé à clé. Seuls indices = quelques baies de gui et une petite flaque d’eau.
Mon avis = P.D. James conte avec talent un mystère de « chambre close », dont elle fut témoin jeune et qui détermina sa vocation future de romancière de polars. Un lendemain de noël qui ressemblera très vite à un roman d’Agatha Christie, situé dans la campagne anglaise, avec même un chief constable choqué qu’une jeune dame s’intéresse à un crime. 

J'ai découvert avec plaisir 3 autres nouvelles, dont 2 étant des enquêtes d'Adam Dalgliesh avant qu"il ne devienne commissaire en chef du Yard =
A Very Commonplace Murder – un homme âgé, d’allure peu avenante, reçoit la clé d’une employée d’agence immobilière afin de visiter à l’aise un immeuble ayant connu des jours meilleurs qui n’attire pas de clients. La jeune femme ne se fait guère d’illusions mais peu lui chaut, elle ce qu’elle veut c’est terminer sa journée à 18 heures comme toujours. L’homme visite, effectivement, notamment l’étage qu’il connaît bien et de la fenêtre duquel il regarda, 16 années auparavant,  ce qui se passait en face. Où il assista à une scène d’un couple, dont la vie se terminera en drame. A l’époque il se tut, car en fait à l’heure où il assista au drame, il n’était pas supposé être dans l’immeuble où il travaillait. Il y revenait régulièrement, en cachette, pour y lire les livres pornographiques qu’il avait découverts dans le tiroir de son patron. Le lendemain les journaux relatent l’assassinat de la femme ; persuadé que le jeune homme accusé sera rapidement relâché faute de preuves, l’employé-voyeur se tait – hélas le jeune sera pendu, malgré ses cris d’innocence.

Mon avis = un bon suspense, une histoire où le personnage principal est lâche, où les conséquences de son silence conduisent un innocent à la mort. Avec un excellent rebondissement (que j'avais toutefois deviné), dont P.D. James avait le secret.

The Boxdale Inheritance – Adam Dalgliesh, inspecteur en chef du Yard, est en visite chez son parrain, chanoine de l’église anglicane. Celui-ci explique à son filleul qu’il devrait, en principe, hériter de 50.000 £, mais il hésite à accepter cet héritage de la grand-tante Allie, dont les mœurs étaient plutôt légères et qui fut accusée dans sa jeunesse, au début du 20ème siècle, d’un crime. Tant que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire, le parrain de Dalgliesh ne se sent pas moralement prêt à accepter cet héritage. Adam Dalgliesh veut bien essayer de trouver ce qui s’est passé, mais c’est tout de même une affaire datant de plus de 60 ans ! Pourtant, son parrain étant un homme très bon, qui mérite cet argent, Dalgliesh rencontre un criminologue ayant assisté au procès dans sa jeunesse ; ensemble ils vont aussi jeter un coup d’œil à l’ancien domaine où se produisirent les faits. C’est là que Dalgliesh trouvera la solution du problème.
Mon avis = EXCELLENT – une histoire bien sympathique, avec une touche d’humour, et beaucoup de mystère, bien différente de la nouvelle précédente.

The Twelve Clues Of Christmas – un jeune Adam Dalgliesh, nouvellement nommé sergent au Yard, se rend chez sa tante pour un repas de noel traditionnel dont il se réjouit. Un peu trop vite hélas car peu avant d’arriver, il est arrêté par un homme lui demandant de le conduire à un plus proche téléphone = son oncle vient de se suicider et il faut prévenir la police. Dalgliesh, bien que loin de sa juridiction, aide à trouver le téléphone puis reconduit l’homme au manoir connu dans toute la région. Il se sent obligé de rester avant l’arrivée de la police – le constable le lui reproche d’ailleurs = qu’avait-il besoin de faire cela puisque c’est un suicide. Le lendemain matin, Adam se prépare à déguster le délicieux repas de sa tante, quand arrive l’inspecteur du district, qui l’oblige à le suivre. En fait il voudrait connaître les raisons des soupçons de Dalgliesh à l’égard de ce qui ressemble pourtant à un suicide. Dalgliesh lui explique lesdites raisons, qu’il énumère comme cette comptine des « 12 Days of Christmas », ce qui fait dire ironiquement à l’inspecteur qu’avec de tels raisonnements il n’ira jamais plus loin que le grade de sergent !
Mon avis = tout aussi excellent que la nouvelle précédente, avec un petit plus d’humour caustique, et un grand clin d’œil à Agatha Christie, que P.D. James admirait.

17 novembre 2016

LES MYSTERES D'ALEXANDRE LE GRAND, de Michel de Grèce & Stéphane Allix

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REVELATIONS SUR UNE LEGENDE

Cette biographie d’Alexandre de Macédoine, écrite par Michel de Grèce, n’apporte pas grand-chose de neuf à un conquérant tellement charismatique que ses soldats le suivirent pendant au moins 10 ans, si pas plus à la conquête de l’empire perse – et au-delà.
L’auteur nous dit « entre mythe et réalité », dans le cas d’Alexandre, les deux sont intimement liés puisque les écrits d’époque à son sujet ont tous été détruits, soit volontairement, soit par accident.

Pour Valerio Manfredi, l’historien-archéologue-romancier italien, il fera l’objet d’une intéressante biographie romancée et déjà fort complète.
Pour Michel de Grèce, il fait l’objet d’une biographie, paraissant parfaitement réaliste, mais je reste convaincue que la meilleure biographie concernant Alexandre le Grand est celle de Robin Lane Fox, dont Oliver Stone s’inspirera pour son film « Alexander » et que je me promets de lire depuis bien longtemps.
La biographie écrite par Maurice Druon est aussi digne d’intérêt.

Alexandre de Macédoine, fils de Philippe II et Olympias, l’une des nombreuses femmes du tyran de Macédoine, fut un enfant avide de connaissances, précoce en tout, digne élève d’Aristote.
Le jeune homme héritera du caractère de ses deux parents = colérique, buveur, ripailleur, mais aussi excellent stratège comme son père, qui n’hésitera d’ailleurs pas à  l’associer au pouvoir politique, tout en s’en méfiant.
Et le jeune homme fut aussi enclin à s’intéresser aux forces mystérieuses et mystiques du monde comme Olympias. Celle-ci, en Epire, faisait partie des prêtresses, participant aux mystères des dieux dans des fêtes orgiaques que certains dans l’entourage de Philippe utilisèrent comme argument pour prétendre qu’Alexandre n’était pas son fils.
Ambigüité entretenue par Olympias prétendant que leur fils, SON fils, était fils d’un dieu.

Les relations avec le père furent souvent tumultueuses, mais Philippe avait bien compris l’intelligence de ce fils, qu’il aimait sincèrement, contrairement à ce que certains biographes prétendirent, disant que le père avait peur du fils.
Ce qui est évident c’est qu’il avait surtout peur de la mère, qui – il en était convaincu – était une magicienne !
Quant aux relations d'Alexandre avec Olympias, elles furent à la limite de l’inceste ; néanmoins le fils se distança de sa mère lorsqu’il comprit qu’elle voulait l’utiliser pour gouverner à travers lui.

Personne, jamais, n’aurait pu gouverner à la place du jeune et ambitieux garçon, que l’assassinat de Philippe par Pausanias mit sur le trône à 20 ans.
Après avoir rallié les nombreux petits royaumes grecs, il se mettra en route avec ses amis du lycée d’Aristote, des jeunes gens issus des meilleures familles macédoniennes et qui lui restèrent fidèles (ou presque) à travers ses voyages de conquêtes.
L’intelligence d’Alexandre fut de s’entourer d’anciens généraux de son père, comme Parmenion, Alexandre écoutait les conseils, mais n’en faisait qu’à sa tête après cela.

La dualité des forces dans le caractère d’Alexandre de Macédoine est le clair et l’obscur, et au risque de citer une série de films hollywoodiens bien connus (=^-^=), lorsqu’il se laissera complètement séduire par la force obscure, il basculera alors dans la tyrannie la plus sanglante.
Cette dualité faisait de lui un être à la fois magnanime, mais aussi un « ange vengeur », dont  Thèbes qui se révolta, fit les frais = carnage, esclavage, et ville complètement rasée. Il fallait un exemple !

Par contre, après avoir conquis l’empire achéménide, dont le roi, Darius, se moquait ouvertement de ce « gamin » - ce « gamin » ne fit qu’une bouchée de l’empire et se déclara alors roi des rois.
Cela mécontenta vivement ses amis d’enfance, qui profitaient cependant des conquêtes, et largement ; et dans une de ses crises de rage dont il avait le secret, Alexandre, contrarié, tua l’un de ses généraux, Kleitos qui avait osé le critiquer.
Il tuera aussi, après torture, Philotas, fils de Parmenion.
Un complot devait éliminer Alexandre ; il semblerait que Philotas ait eu vent du complot, sans y être impliqué mais le fait qu’il ne prévient pas son chef, était suffisamment pour l’accuser de traîtrise. Et en tuant le fils, il fallait éviter la vengeance du père, un général puissant.

Avec la mort de déjà deux des Compagnons, sa troupe d’élite, Alexandre veut montrer à tous que même l’amitié n’a pas à lui dicter sa conduite.
Bref, il n’y a qu’un chef et c’est lui.
N’a-t-il pas prouvé à quel point il était indispensable et fort, se jetant généralement dans la mêlée, à l’avant même des attaques !

Il n’y a réellement rien de nouveau dans cette biographie, sauf peut-être le fait qu’Alexandre, bien que très inspiré par les « mystères », ait eu peur de l’obscurité, celle qu’il ne peut jamais vaincre.
Pourtant, il ne sera pas inquiet lorsqu’il ira en Egypte se faire reconnaître par les prêtres de Zeus-Ammon, trop heureux de confirmer qu’il était le fils du dieu, cela leur permettait de conserver leurs privilèges.
Vous l’aurez compris = Alexandre était un être totalement contradictoire. 

Bref Alexandre de Macédoine mourut à 33 ans – aux portes de l’Indus – lorsqu’il sembla prêt à s’aventurer au-delà, l’armée lui cria « assez » - beaucoup de ses soldats du début étaient trop vieux, d’autres (jeunes recrues) trop inexpérimentés, et tout le monde avait envie de retrouver la Grèce.
Personne ne partageait son engouement pour l’orient. 

L’idée de cette biographie est venue à Michel de Grèce, dans sa jeunesse, lorsqu’il fit la connaissance d’un historien britannique – il prit alors des notes au cours des discussions avec cet érudit.
Le livre naîtra plus tard, avec Stephane Allix, qui vécut une expérience fantasmagorique, qui plus tard deviendra une vocation ; il a fondé en 2007 l’institut des recherches sur les expériences extraordinaires. La « naissance » de cette vocation est une rencontre en l’an 2000 avec un disciple du dalaï lama, lui parlant de vies extraterrestres.

Ceci dit, les deux hommes, l’historien-écrivain et le journaliste se rencontrèrent et décidèrent de rédiger ensemble ce qui ne devait pas être une « nième biographie » du conquérant.
Je me demande bien, si ceci n’est pas une biographie, qu’est ce qui en est une ?
Devrais-je citer Magritte et dire donc « Ceci n’est pas une Biographie », en tout cas cela y ressemble fameusement – et elle ne m’a rien apporté que je ne savais déjà.
Il manque des éléments importants, comme le ralliement de Memnon d’Ephèse, excellent général et stratège grec,  qui s’était mis au service de Darius et dont l’épouse, Barsine, sera l’une des maîtresses d’Alexandre.

Le but du livre semble, à mes yeux, d’avoir mis en exergue le caractère difficile, orgueilleux, vengeur, souvent ambigu de celui qui fut admiré par Jules César et Napoléon qui rêvaient de l’égaler.
Ceci sera aussi mis en évidence dans l'émission "Secrets d'histoire" de Stéphane  Bern.

Quant au sous-titre à la limite racoleur « Révélations sur une légende », alors là ! franchement rien de neuf dans ces soi-disant révélations.

Comme c’est bien écrit, ce fut intéressant. Sans plus.

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 (source wikipedia)

13 novembre 2016

THE PENELOPIAD, de Margaret Atwood

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Titre français = L'Odyssée de Pénélope

Une "novella" faisant partie de la série  "the Canongate Myths"

Je suis convaincue qu’il vous est déjà arrivé de choisir un livre, sans réellement savoir à quoi vous attendre, et dès les premières lignes ne plus arriver à vous en détacher.

C’est ce qui m’est arrivé avec ce court roman (novella) de Margaret Atwood, une romancière canadienne que je rêvais de découvrir (merci teki).
Non pas que je ne savais rien d’elle ni de ses romans, mais je n’avais pas accroché à la « Servante écarlate », j’avais donc décidé de lui redonner une chance ultérieurement.

Comme vous le savez -  du moins si vous me faites le plaisir de découvrir mes billets – j’aime beaucoup les mythes et les contes & légendes du monde entier,  la mythologie grecque plus particulièrement, même si je ne suis pas du tout une « fan » d’Homère, ni de Robert Graves.
Ce dernier a d’intéressantes théories concernant la « terre-mère » et la « déesse blanche » universelle, mais reconnaissons-le, ses « Greek Myths » sont particulièrement « rasoirs » même s'ils sont considérés comme des incontournables. C’est écrit tellement sérieusement, qu’on a l’impression que même Zeus doit en  pleurer d’ennui dans son chiton.

En 1999, un éditeur écossais, indépendant, eu  l’idée de demander à divers auteurs contemporains de réécrire à  leur manière des mythes du monde. Dix-huit livres ont été édités à ce jour, allant des mythes russes, des légendes nordiques jusqu’à  la Chine, le monde babylonien, le monde juif antique et aussi le légendaire « Aengus » des légendes celtiques.
Chaque fois  un héros légendaire est choisi et mis en scène dans un nouveau contexte, voire même un contexte moderne.

J’en reviens à « the Penelopiad » - un excellent choix par Magaret Atwood, relatant les mémoires de Pénélope qui est désormais dans l'Hadès avec les 12 jeunes filles -  depuis sa plus tendre enfance dans le palais de son père, l’un des rois de Sparte – elle est aussi fille d’une naïade et les naïades, c’est bien connu s’intéressent très peu à leurs enfants. Sa mère préférait s’amuser avec les dauphins qu’avec sa petite fille, que son père d’ailleurs précipita un jour dans les flots, espérant s’en débarrasser (et vive la famille !).
Son père n’est pas le seul dont notre Pénélope se méfie – sa cousine, la ô si célèbre belle Hélène se trimbale aussi dans ce palais, attirant absolument tous les regards masculins, et n’hésitant pas à rabaisser sa petite cousine, plus jeune, plus timide. Comment pourrait-on se sentir ne fut-ce que simplement jolie, face à quelqu’un qui se prétend « fille du dieu des dieux ».
Même le jour du mariage de la jeune Pénélope avec Ulysse, roi d’Ithaque, sa cousine ne pourra s’empêcher d’attirer tous les regards et tous les compliments – se moquant ouvertement de la petite mariée de 15 ans.

Pénélope est peut-être jeune, moins jolie (quoiqu’elle était aussi célèbre pour sa beauté) qu’Hélène de Sparte, mais a nettement plus de jugeote – elle a l’intelligence vive, la parole rare mais juste et Ulysse l’apprécie très rapidement.
Il est bien le seul hélas, car son père Laërte s’en fiche de la gamine et sa belle-mère Anticleia se comporte comme … une belle-mère !
Quant à Eurycleia, la nourrice d’Ulysse, elle n’est pas méchante mais totalement possessive et considère la jeune épouse – et reine quand même – comme une incapable.
Heureusement il y a le tissage, dans lequel Pénélope excelle. 

Le court roman est évidemment le contraire d’un récit épique comme l’Illiade et l’Odyssée.
On y retrouve toutefois, comme dans le théâtre antique,  le chœur des vierges, les malheureuses jeunes femmes, servantes du palais d’Ithaque, qui furent tuées par Ulysse et Télémaque pour avoir eu des relations avec les prétendants. Sans savoir qu'elles espionnaient pour le compte de leur reine.
Télémaque donne aussi du fil à retordre à sa mère (normal me direz-vous puisqu’elle est célèbre pour ses tapisseries).
Le jeune adolescent se prend particulièrement au sérieux, méprise sa mère comme tout bon petit macho méditerranéen. 

En dehors du récit, entrecoupé du chœur des jeunes filles sacrifiées, le récit nous transporte aussi dans les champs élyséens, où Pénélope retrouve quelques têtes familières, comme son père.
Apparemment ces champs élyséens ne sont pas vraiment si agréables que cela = on n’y mange que des asphodèles blancs à tous les repas !

Le ton de la novella est totalement moqueur, on sent que l’auteure s’est amusée avec cette ré-écriture, et au travers de Pénélope partage quelques-uns de ses thèmes préférés, comme le féminisme et la modernité (un amusant anachronisme) – mais aussi une « justice narrative » dans la manière dont Pénélope critique le portrait que fit d’elle Homère, réservant tous ses compliments à l’odieuse Hélène et à ce beau parleur d’Ulysse.

Oui c’est court, et parce que c’est court, c’est excellent ! plus aurait été trop et aurait pu devenir ennuyeux.
Tandis que là je n’ai pas arrêté de glousser tout au long de ma lecture.

CLOSED CASKET, de Sophie Hannah

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Titre français = La Mort a ses raisons

# 2 dans la série "The New Hercule Poirot Murders"

Octobre 1929 - L’inspecteur Edward Catchpool se retrouve dans le comté de Cork, en Irlande, dans la superbe propriété d’une vieille dame, lady Athelinda Playford, auteure de romans policiers à succès pour la jeunesse. Il y retrouve, avec un peu de surprise, son ami Hercule Poirot qu’il avait quelque peu évité après leur succès dans l’enquête des « monogrammes », où la presse se moqua du jeune inspecteur du Yard, questionnant les raisons pour lesquelles un bon inspecteur avait eu besoin de faire appel à un « étranger » pour son enquête ! on reconnaît bien là l’esprit quelque peu xénophobe des Britanniques.
Les deux hommes se demandent pour quelle raison ils ont été invités à ce dîner de famille, où se retrouvent la romancière, son secrétaire en mauvaise santé, l’infirmière de celui-ci ainsi que le fils et la fille de lady Playford et leurs conjoints respectifs.

Sont également présents les avoués de Mrs. Playford, dont l’un des deux ne semble réellement pas à l’aise.
On en découvrira rapidement la raison = lady Athelinda Playford a modifié son testament, désormais son légataire universel sera son secrétaire, Joseph Scotcher, même si celui-ci souffre d’une maladie des reins qui l’emportera sous peu. On imagine aisément le tohu-bohu à la table du dîner, cela vous couperait l’appétit pour moins que cela.
L’épouse du fils, le vicomte Playford (en titre seulement), est particulièrement remontée contre sa belle-mère. 

Quant au secrétaire, qui semble tout de même quelque peu gêné par cette annonce, il en profite pour immédiatement demander son infirmière en mariage.
De toute façon, comme l’a dit lady Playford, il y a de grandes chances (si on peut dire) que Scotcher mourra avant elle, puisque sa maladie des reins est mortelle et ne lui laisse que quelques mois au mieux, quelques semaines au plus.

Poirot et Catchpool font une petite promenade après ce dîner mouvementé et Poirot dit comprendre qu’ils ont été invités pour prévenir un meurtre – c’est lady Playford qui de toute évidence est menacée.
Lorsqu’lls s’en retournent dans la demeure, il ne leur faudra pas attendre longtemps pour le meurtre en question, mais ce n'est pas celui que Poirot redoutait.
C’est en fait le secrétaire Joseph Scotcher que l’on retrouve assassiné, le crâne enfoncé par un objet et l’infirmière pointe le doigt vers la coupable = Claudia, la fille d’Athelinda Playford. Qui nie évidemment !
En fait, le secrétaire est allongé au sol dans une position étrange (bon quand on vous assassine vous ne tentez pas d’avoir l’air esthétique).
L’explication en sera donnée lors de l’enquête préliminaire et des conclusions de l’autopsie.

Arrivent sur place, l’inspecteur du comté et son sergent. L’inspecteur met immédiatement les choses au point = il n’y aura qu’un seul enquêteur dans cette affaire, lui et son sergent (en fait cela fait 2), et ces « messieurs  de Londres » ne doivent pas s’imaginer qu’ils auront les coudées franches pour enquêter à leur manière.
C’est mal connaître Poirot qui sous des airs doucereux va quand même parvenir à donner son avis, comme si celui-ci venait de l’inspecteur du comté.
C’est aussi Poirot et Catchpool qui trouveront la solution d’un crime particulièrement audacieux, qui se produisit exactement sous leurs yeux.

Un meurtre audacieux, en effet, qui va dévoiler une longue série de manipulations de la part d’un mythomane, qui cachait bien son jeu.

Au risque de faire hurler les puristes (dont je suis souvent notamment pour la série télévisée « Marple » où on est dans le grand n’importe quoi) concernant le Poirot créé par Sophie Hannah, je reconnais sans fausse honte que j’ai apprécié ce petit polar sans autre prétention que de distraire le public.
Dans ce 2ème opus, l’auteure a « gommé » une partie des tics et manies de notre Hercule national et il me paraît, du coup, nettement moins caricatural que dans le premier pastiche  (the Monogram Murders) où comme je l’avais écrit dans mon billet, le détective belge, via Ms. Hannah,  en faisait des tonnes et c’était parfaitement inutile.
L’inspecteur Catchpool est également moins caricatural – il n’est toujours pas une « lumière », mais Sophie Hannah lui a tout de même ôté ce qu’il avait de plus exaspérant, à savoir = être un avatar (pas trop bien conçu) du capitaine Hastings.

Ici les deux personnages agissent comme certains détectives que l’on retrouve dans d’autres polars et de fait, si on élimine le fait qu'il s'agit d'un pastiche de Poirot, et que on regarde cette histoire comme un bon petit polar (ce qu'il est), sans vouloir y retrouver LE Poirot de nos souvenirs, on passe un agréable moment de lecture sans prise de tête.
Je peux donc dire sans fausse honte que j’ai apprécié.
D'autant plus qu'il y a quelques passages sur l'art de l'écriture qui sont intéressants à lire.

Généralement lorsque j’apprécie un polar, je le recommande à mes copines/copains lectrices/teurs, mais comme je sais que parmi vous il y a des puristes bon teint, c’est à vous de voir.
En tout cas, cela se lit très facilement – je l’ai terminé en une soirée et une journée.

Le coupable était celui auquel j’avais pensé, mais sans certitude.

11 novembre 2016

LE PONT, de Laurent Van Wetter

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l'auteur Laurent Van Wetter

Mise en scène de Martine Willequet

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Décor sonore de Dominique Bréda
Scénographie/Décor de Morgane Steygens

Sur un pont au-dessus d’un canal, non loin d’une route, un homme jeune arrive traînant les pieds, râlant, mal fagoté, regardant vers le bas comme s’il voulait se jeter à l’eau. Ce que confirme l’arrivée d’un autre  homme, jeune lui aussi, plutôt habillé BCBG et qui confirme que lui aussi est venu là pour mourir mais que c’est plus facile à dire qu’à faire – il a déjà essayé plusieurs fois, mais comme il est bon nageur, il retourne instinctivement vers la berge.
L’autre homme n’apprécie vraiment pas cette incursion dans son spleen suicidaire ; il ironise d’ailleurs sur la vie probablement ouatée et surprotégée de ce jeune homme, directeur de société. Lui par contre il est syndicaliste.

Ainsi de fil en aiguille vont-ils manger une pizza ensemble, jouer aux échecs, invectiver la lune au point de pointer un revolver en sa direction et tirer ! et elle disparaît ! il y a de quoi flipper sérieusement. Comment arriver à se suicider quand à chaque fois, vous avez l’autre quidam qui vous fait une remarque !
on ne peut vraiment pas se suicider en paix sur ce pont.

Je ne vous dirai pas comment cela finit, car c’est encore plus « hénaurme » que vous ne l’imaginez. Je ne peux que vous conseiller – si vous êtes dans les parages du Théâtre des Riches Claires (dans le centre de Bruxelles) – d’assister à ce qui devrait être un double suicide.

Cela va peut-être vous surprendre, mais cette comédie d’humour noir – totalement cynique - est absolument hilarante, les bons mots fusent les uns après les autres, les zygomatiques s’en remettent à peine, que d’autres éclats de rire les bousculent.
C’est réellement d’un humour ravageur.

On joue sur tous les tableaux = les conflits personnels, les conflits de société, les différences de société, les remarques sur la vie privée de l’un comme de l’autre, sur l’amour inaccessible.
On a tous soif d’aimer, parfois cela conduit à vouloir en mourir. 

Les 2 comédiens = Jean-François Breuer et Thomas Demarez (que j’ai souvent pu applaudir au TTO) sont absolument excellents dans leurs rôles respectifs ; le premier étant le jeune directeur, fils de bonne famille, n’ayant à se plaindre de rien – en principe. L’autre, le prolo amoureux de sa femme, qui lui a préféré quelqu’un d’autre est totalement dans le ton également.

Le décor était fort bien aussi, un simple montage en bois, mais un "vrai" pont quand même.

Tout cela sonne totalement vrai – alors mourir or not mourir, that’s the question.
Mais ce qui n’est pas la question c’est de courir au théâtre, découvrir cette pièce.

PONT

10 novembre 2016

AN AWFULLY BIG ADVENTURE, de Beryl Bainbridge

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(Bien que beaucoup de ses romans aient été traduits, je n’ai pas trouvé de titre français correspondant à ce roman)

Depuis toujours Stella Bradshaw aimait faire des caprices à propos de tout et de rien ; sa famille adoptive, l’oncle surtout, lui passait cela facilement, mettant tout sur le compte de son « tempérament artistique ». 
Stella est ambitieuse et est prête à tout pour arriver, tant pis si elle piétine quelques cœurs au passage. En tout cas, travailler dans un grand magasin comme vendeuse est absolument exclu !
Son oncle lui a offert des leçons de diction et fait jouer ses relations pour qu’elle puisse obtenir un poste.
Elle parvient à se faire engager, non comme comédienne (elle n’est pas si valable que cela), mais afin d’aider dans les coulisses d’un théâtre pas très reluisant hélas.
Elle espère gagner l’attention du directeur de la troupe, Meredith Potter, un homme totalement égoïste, qui n’aime que lui-même.
La manière dont il traite certaines personnes de la troupe ne laisse guère de place à l’imagination sur sa façon d’apprécier les autres. On met aussi cela sur son « tempérament artistique » !

Le théâtre produit (entre autres) la pièce « Peter Pan » à l'occasion de noel, et lorsqu’arrive le comédien O’Hara, qui interprétera « Mr. Darling », Stella – opportuniste comme toujours- y voit, en flirtant avec lui, une manière de se rapprocher de la scène et donc de Potter qu’elle convoite, sans comprendre pourquoi il ne s’intéresse pas à elle !

J’ai été étonnée de ne pas trouver l’équivalent en français, car cette satire du monde théâtral, et de l'espèce humaine en particulier, est finement observée.
On a l'impression d'être transposé(e) dans ce théâtre, limite minable, avec ces comédiens, metteur en scène, etc, à la limité du pathétique.
Dans lequel on a l’impression que personne n’aime personne, tous ces personnages sont profondément égocentriques, surtout la jeune Stella qui voudrait que chacun danse de la manière dont elle siffle.
Je n’ai eu aucune sympathie pour cette jeune femme, bien qu'elle, comme d'autres,  trimballe des secrets dans ses « valises ».

Ce roman – sans être autobiographique – est basé sur les souvenirs de l’auteure lorsqu’elle travaillait au « Liverpool playhouse » dans sa jeunesse.

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Plusieurs fois nominée pour le « booker prize », un prix littéraire anglais très convoité, et qu’elle aurait amplement mérité, Beryl Bainbridge le recevra finalement,  non pour un livre en particulier, mais pour l’ensemble de son œuvre à titre posthume. (c’est ce que le chanteur Mark Knopfler nous raconte dans la chanson-hommage qu’il lui a dédiée - par ailleurs wikipedia explique erronément que c'est pour ce roman-ci qu'elle l'obtint).

Les Britanniques du monde littéraire la surnommaient « the Booker Prize bridesmaid », ce qui pourrait s’apparenter à être le « poulidor de la littérature » - toujours nommée, jamais choisie, ou alors choisie, puis perdante car un autre sera choisi pour l’un ou l’autre fallacieux prétexte.
Heureusement, cette femme possédait un grand bon sens et pas mal d’humour, estimant qu’un prix ne signifiait pas grand’chose finalement, sauf peut-être une rentrée financière !

De toute façon elle obtint d’autres prix, tout aussi prestigieux, elle fut nommée Dame Commander of the British Empire, et certains de ses romans furent adaptés au cinéma, comme cet « Awfully Big Adventure ».

Je connaissais Beryl Bainbridge de nom et renom, mais je n’avais jamais eu le plaisir de la lire – je savais que de toute façon, ses romans (souvent courts) me plairaient car elle pratiquait avec talent humour noir,  satire de la société. Beaucoup de critiques littéraires considérèrent l’un de ses premiers romans comme déplaisants avec des personnages  très peu « engageants » (je confirme), n’attirant pas vraiment la sympathie et le succès en librairie ne fut pas au programme.  
En dehors de ses romans psychologiques, elle se mit aussi à l’écriture de romans historiques, là par contre le public enfin lui apporta la reconnaissance qu’elle méritait.

Sa carrière littéraire ne commença que vers la fin des années 1950, l’écriture étant d’abord une manière de passer le temps – avant cela elle fut comédienne, afin de faire bouillir la marmite, son divorce l’ayant laissée seule avec 2 enfants. Elle a aussi écrit un scénario et a été critique de théâtre. 

(merci à teki pour m'avoir donné l'occasion de découvrir ce roman)

 

MISS PEREGRINE'S HOME FOR PECULIAR CHILDREN, de Tim Burton

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l'auteur et le metteur en scène

Scénario de Jane Goldman, d’après le roman de Ransom Riggs

En véritable magicien du cinéma qu’est TIM BURTON, il a parfaitement adapté le roman de RANSOM RIGGS, qui propose une histoire originale (même si j’ai trouvé le style d’écriture plutôt simpliste).
La version de Burton est relativement fidèle au roman, il y a toutefois quelques changements qui n’enlèvent rien à l’histoire, au contraire. Ils ajoutent du visuel à une histoire qui effectivement l'est.

Pour rappel = le jeune Jacob Portman a écouté tout au long de son enfance les histoires que lui contait son grand-père Abe, à propos d’une magnifique maison où vivaient des enfants « particuliers », aux dons extraordinaires où il vécut une partie de son enfance alors que les nazis exterminaient les juifs en Europe. Il lui montra même une boîte contenant des photos de ces enfants – au cours d’une journée à l’école, Jake montra ses photos et fut la risée de sa classe, dès ce jour il décida de ne plus croire aux histoires de son grand-père.
Puis un jour d’été, alors que Jake travaille dans l’un des supermarchés de sa famille, il reçoit un appel de son grand-père mais lorsqu’il le retrouve, il est déjà trop tard – bouleversé, traumatisé, par cette découverte et par l’image d’un monstre tout proche, qu’il a été le seul à voir, les parents de Jake l’emmène chez un psychiatre, qui après quelques séances conseille de se rendre sur cette île au large du pays de Galles.

Arrivé sur l’île, avec son père qui observe les oiseaux puis se décourage car un autre ornithologue est sur les lieux, Jake part à la recherche de la maison – il ne retrouve que des ruines, sauf qu’un autre jour, il découvre un « portail » et découvre enfin la maison telle que Abe la lui décrivait, puis il fait la connaissance de Miss Peregrine et de tous les « particuliers », dont la jolie Emma  - qui lui expliquent la situation, et la boucle temporelle. Le seul qui lui est hostile est Enoch, sinon tous les autres souhaitent qu’il reste avec eux.

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Hélas, les « hollowgasts » (les creux) ont retrouvé la trace de Jake, il va falloir mettre tout le monde à l’abri et Jake va devoir faire un choix.

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Bien sûr, en vous racontant cela, je ne vous donne pas tous les détails de cette histoire teintée de beaucoup d'onirisme, qui sont autant de rebondissements et de découvertes pour Jake Portman, interprété par Asa Butterfield.
Son grand-père est interprété par Terence Stamp, que j’ai pris plaisir à retrouver au cinéma, cet acteur se faisant rare.
Le père de Jake, personnage un peu fâlot, surprotecteur est interprété par Chris O’Dowd, pas mal dans son rôle (un peu tête à claques).

Miss Peregrine est la superbe Eva Green, une actrice que j’aime beaucoup, qui interprète pas mal de rôles dans le domaine de la fantasy ou du fantastique. Quel que soit le rôle qu’elle joue, Eva Green est à la hauteur.

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L’autre « ymbryne », Miss Avocet, est interprétée par Judi Dench et le tout méchant métamorphe de l’histoire est interprété par Samuel L. Jackson, qui a l’air de s’amuser beaucoup dans ce rôle.

Je citerai encore Ella Purnell en Emma, qui aimait Abe et dont Jake, à son tour, tombe amoureux. Dans le film, ils ont échangé ses pouvoirs spéciaux (le feu) avec ceux (l'air)  d'Olive (jouée par Lauren McCrostie). C'est l'un des quelques changements du scénario par rapport au roman.

Comme  dit, pas mal de rebondissements et d’action vers la fin de l’histoire et du film, que je vous recommande vivement.

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le "torenhof" près d'anvers en belgique
demeure choisie pour la maison des "particuliers"

08 novembre 2016

EN NOVEMBRE AVEC EMILE VERHAEREN

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(gravure de Félix Vallotton)

Le vent

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre ;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs ;
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent ;
Aux citernes des fermes.
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort, dans leurs mélancolies.

Le vent rafle, le long de l'eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d'oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne, au loin, les avalanches,
Rageusement du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitres et de papier.
- Le vent sauvage de Novembre ! -
Sur sa butte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d'éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église.
Sont ébranlés sur leurs bâtons ;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent, comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.

Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d'ahan,
L'avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes ;
L'avez-vous vu, cette nuit-là,
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n'en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient, comme des bêtes,
Sous la tempête ?

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.

(un poème que je connaissais par coeur, il y a bien longtemps)

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04 novembre 2016

AVEC LE MEME AMOUR QUE TU ME FUS JADIS, d'Emile Verhaeren

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HOMMAGE

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En ce mois de  novembre 2016, se célèbre le triste anniversaire (le 26 pour être exact) du décès de ce grand poète belge qu'était Emile Verhaeren (ici avec sa compagne Marthe Massin, une aquarelliste connue, pour laquelle il composa trois recueils de poèmes d'amour).

Né à Sint-Amands, petite cité au bord de l'Escaut (province d'Anvers), Il évoque souvent dans ses textes les grandes villes tentaculaires, oppressantes. Ses idées furent proches de l'anarchisme et dans les textes, il traduit l'effort humain, le courage de celui qui se bat ; toujours il s'intéressa aux questions sociales.

Il fut reconnu par bon nombre d'artistes (Theo van Rysselberghe, Edgar Degas, Auguste Rodin, Paul Signac), et aussi de poètes et d'écrivains, avec qui il entretiendra une correspondance suivie pendant de longues années (Rainer Maria Rilke, Stefan Zweig, Stéphane Mallarmé, André Gide, et tant d'autres).
Il fut aussi un critique d'art dont "Les Impressions" (en 3 volumes) reprennent ses textes et articles critique.

Au début de la première guerre mondiale, réfugié en Angleterre, il écrira des textes superbes, des poèmes pacifistes et luttera avec sa plume, en écrivant des textes dans des anthologies lyriques, tout comme il publiera des textes dans des revues de propagande anti-allemande.
Par ses conférences il tentait de renforcer l'amitié entre la France, la Belgique et le Royaume-Uni. C'est ainsi que le 27 novembre 1916, après avoir visité l'abbaye de Jumièges, il se rendit à Rouen pour une nouvelle conférence. Un mouvement de foule nombreuse l'entraîna et le poussa, sous les roues d'un train qui partait.

Emile Verhaeren a écrit de nombreux essais sur l'art, en dehors de ses poèmes - d'autres écrivains lui ont consacré des livres, tel Stefan Zweig, Rainer Maria Rilke, Charles Baudouin, Jacques Marx. Je recommande vivement celle de Stefan Zweig.

J'ai toujours été profondément émue par les poèmes d'Emile Verhaeren, mais aussi par son regard d'où s'échappe, je trouve, une immense mélancolie. Il ne me fut guère aisé de choisir parmi tous ses poèmes, ils sont tous beaux - j'ai choisi l'un de ceux qui évoquent l'amour pour Marthe.

Avec le même amour que tu me fus jadis 
Un jardin de splendeur dont les mouvants taillis 
Ombraient les longs gazons et les roses dociles, 
Tu m'es en ces temps noirs un calme et sûr asile.

Tout s'y concentre, et ta ferveur et ta clarté 
Et tes gestes groupant les fleurs de ta bonté, 
Mais tout y est serré dans une paix profonde 
Contre les vents aigus trouant l'hiver du monde.

Mon bonheur s'y réchauffe en tes bras repliés 
Tes jolis mots naïfs et familiers, 
Chantent toujours, aussi charmants à mon oreille 
Qu'aux temps des lilas blancs et des rouges groseilles.

Ta bonne humeur allègre et claire, oh ! je la sens 
Triompher jour à jour de la douleur des ans,
Et tu souris toi-même aux fils d'argent qui glissent 
Leur onduleux réseau parmi tes cheveux lisses.

Quant ta tête s'incline à mon baiser profond,
Que m'importe que des rides marquent ton front
Et que tes mains se sillonnent de veines dures
Alors que je les tiens entre mes deux mains sûres !

Tu ne te plains jamais et tu crois fermement 
Que rien de vrai ne meurt quand on s'aime dûment, 
Et que le feu vivant dont se nourrit notre âme 
Consume jusqu'au deuil pour en grandir sa flamme.

le poète Verhaeren peint par son ami le néo-impressionniste Théo van Rysselberghe

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01 novembre 2016

MISS PEREGRINE'S HOME FOR PECULIAR CHILDREN, de Ransom Riggs

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1ère aventure de Jacob Portman dans le monde des particuliers

Titre français = Miss Peregrine et les Enfants Particuliers

Pendant toute son enfance, Jacob Portman a été fasciné par les histoires de son grand-père Abraham, qui lui parlait d’une île merveilleuse où vivaient des êtres particuliers dans l’orphelinat de Miss Peregrine.
En grandissant, Jacob a cessé de croire à ces histoires, même à s’en moquer un peu à présent qu’il a 16 ans, jusqu’au jour  où son Abraham lui téléphone, celui-ci meurt sous les yeux horrifiés de son petit-fils, non sans avoir dit de « trouver l’oiseau, de se rendre sur l’île ». 

Après ce dont il a été témoin, Jacob perd les pédales et sa mère, qui est du genre superficielle, l’oblige à aller chez un psychiatre – il en verra plus d’un d’ailleurs.
Dans les affaires de son grand-père, il a trouvé une boîte dans laquelle se trouvent des photos de personnages étranges.

Un certain dr Golan (encore un psy !) conseille aux parents que ce serait une bonne chose de laisser le jeune homme se rendre au Pays de Galles, là où se situait probablement l’orphelinat. Alors que son père observe avidement les oiseaux, Jake découvre les ruines de l’orphelinat en question ; il s’adresse aux gens du village, qui lui disent que tout cela est arrivé un jour de septembre 1940, quand les Allemands ont bombardé la région.
Dans les ruines, il trouve un coffre dans lequel se trouvent des photos tout aussi étranges, dont certaines lui rappellent celle de la boîte à cigares.

Finalement, il retourne au cimetière et soudain se retrouve dans le même village que celui où il loge, mais dans un tout autre espace temps. Les villageois sont d’ailleurs très suspicieux et le poursuivent avec colère.
Il est sauvé par deux personnages « particuliers » - qui l’emmènent chez Miss Peregrine, qui lui explique qu’ils vivent dans une « boucle temporelle » ; elle lui explique aussi que ce qu’il a vu lors de la mort de son grand-père n’était pas une illusion. Il existe effectivement des êtres différents eux aussi qui cherchent à détruire les « enfants particuliers ».
Jacob n’est pas au bout de ses découvertes surprenantes, certaines n’étant pas sans danger pour lui et les « particuliers ».

Je n’ai pu m’empêcher de faire la relation avec d’autres romans de ce type pour la jeunesse ou jeunes adultes (j’avoue que l’appellation « jeunes adultes » ne me plaît pas trop, les jeunes sont parfaitement capables de lire une littérature bien faite et pas nécessairement ciblée sur leur tranche d’âge).

La comparaison s’est faite spontanément avec deux autres séries célèbres = « Harry Potter » et « Percy Jackson » - en effet tout comme dans le roman de Ransom Riggs, nous avons  = des jeunes « différents », que l’on regroupe car ils sont moqués, tyrannisés par d’autres jeunes et par les adultes.
Ensemble ils luttent contre le Mal qui est partout et qui veut dominer le monde.

Ils ont des noms particuliers, qui les distinguent du reste de la société. Ils sont pourchassés par des créatures plutôt monstrueuses, envoyées par le Mal.

Que l’on ne se méprenne pas sur mes propos, parce que je fais ces comparaisons – j’apprécie énormément ce type de romans, où des jeunes, aidés par des adultes intelligents, prennent leur destin en mains.
Où ceux que l’on croit des amis, ne le sont pas toujours et ceux que l’on redoutait s’avèrent des alliés.
Je n’ai pu m’empêcher de faire la comparaison car j’ai terminé cette année la série « Percy Jackson », et « Harry Potter » est encore bien dans ma mémoire.

J’aime aussi la manière dont l’auteur nous parle de la famille Portman – les relations père/fils y sont mises en exergue.

Après ce premier volume, je vais  poursuivre la série, je suis évidemment curieuse de savoir ce qui arrive à ces « Peculiar Children » que j’ai trouvés bien originaux et sympathiques.

Les romans viennent d’être adaptés pour le cinéma par  Tim Burton, film que j’espère voir – Burton est un magicien de cinéma, qui est parfait pour la mise en scène de telles histoires.

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Cette série est la première incursion dans le monde de l’écriture de Ransom Riggs, auteur américain, vivant en Californie.

Les photos figurant dans son roman sont des photos  authentiques, dont il s’est servi pour la narration de l’histoire des « Enfants Particuliers ».
Au départ il souhaitait simplement en faire un livre de photographies, avec légendes, mais l’éditeur lui a suggéré de s’en inspirer pour écrire un roman.
Il est également l’auteur d’un livre de non-fiction, inspiré par des photos du passé.
Sa compagne est aussi  romancière de livres pour jeunes adultes (une appellation qui, vous l’aurez compris, ne me satisfait pas beaucoup =^-^=)