mon bonheur est dans la ville

25 juin 2017

THE MANGLE STREET MURDERS, de M.R.C. Kasasian

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Titre français = Petits Meurtres à Mangle Street

1ère  des enquêtes de Gower Street

Angleterre en 1882 – la jeune March Middleton doit quitter la « Grange », demeure familiale depuis des années, où elle vécut avec son père, après l'avoir accompagné en Inde  mais aussi en Afrique du Sud, bref partout où ses soins de médecin militaire étaient requis, puis il a exercé le métier de dentiste, lorsqu’ils revinrent en Angleterre.
A cause des hypothèques sur la maison, la jeune fille est ruinée – elle pourra entrer en possession du fonds organisé pour elle par son père mais pas avant 25 ans – encore 4 ans de patience avant d’être indépendante.
En attendant, elle se rend à Londres, est confiée à son tuteur, le détective personnel (pas privé) Sidney Grice, qui a accepté d’être son tuteur.
La rencontre de celui-ci avec sa pupille n’est pas des plus chaleureuses, l’homme estime faire son devoir mais n’a pas envie de se charger d’elle – il faudra qu’elle sache comment occuper son temps. Et qu'elle ne fume pas surtout, il ne supporte pas - or March Middleton aime fumer et boire une bonne rasade de gin de temps à autre.

Il s’avère que March Middleton s’est mis en tête qu’elle serait tout à fait capable de l’assister dans ses enquêtes, cela le fait bien ricaner, mais il doit reconnaître qu’elle n’est pas une « faible femme » puisqu’elle ne tombe pas dans les pommes à la morgue, face aux cadavres qu’il inspecte pour les enquêtes.
Du moins pour cette enquête-ci = une dame est venue demander l’aide professionnelle de Grice pour sauver la peau de son beau-fils accusé du meurtre sauvage de sa fille. La dame n’étant pas riche, Grice refuse, il ne fait pas dans la charité !
c’est Miss Middleton qui parvient à le convaincre – grâce à quelque argent qu’elle possède en propre – à accepter l’enquête.
Sur les murs du salon où a été retrouvé le cadavre de la jeune femme, poignardé plusieurs fois, figurait l’inscription « Rivincita » (revanche, en italien).

L’enquête de Grice va hélas se retourner contre William Ashby ; bien que celui-ci clame son innocence, Sidney Grice parvient à prouver des inconsistances dans ses affirmations et, au contraire, de prouver l’innocence de l’homme, il prouve qu’il est coupable. Malgré le fait que Ashby demande que l’on recherche un « Italien » qui avait acheté un des poignards de la collection du quincailler.
March Middleton est écoeurée par son attitude suffisante à la fin du procès, par sa joie – il n’y a pas d’autre mot – de faire pendre un être humain haut et court.

Quelque temps plus tard, l’inspecteur Pound, qui s’est pris de sympathie pour Miss Middleton et son franc-parler, arrive à Gower Street et confirme que la perruque d’un homme, répondant à la description qu’Ashby avait faite, a été retrouvée.
Ensemble ils se rendent sur les lieux et y retrouvent le cadavre de « l’Italien » - en fait un acteur – dans la poche, une lettre où l’homme avoue être seul coupable de la mort de Sarah Ashby. Le mari était donc innocent ? il y a donc eu erreur judiciaire, et qui plus est une erreur de Sidney Grice, l’homme qui se croit supérieur à l’humanité toute entière !

Il va devoir sauver sa réputation et vite encore bien, car la population grogne.

Les parodies et pastiches de Sherlock Holmes abondent depuis pas mal de temps, que ce soit en littérature, au cinéma et à la télévision. Ici c’est tout aussi flagrant que dans d’autres pastiches, sauf que c’est très parodique en plus.
Avec une volonté avérée de rendre le détective personnel (ne l’appelez surtout pas « détective privé », il vous en mépriserait d’autant plus !) encore plus antipathique et excentrique, sans la moindre dose d’empathie. 
Son assistant ici, est une assistante qui s’impose à Sidney Grice avec un certain culot. March Middleton a, aux dires de tout ceux qui la rencontrent – Grice y compris évidemment – un physique plutôt quelconque et pas étonnant qu’à 21 ans elle soit toujours célibataire, car elle n’a pas de fortune pour compenser son manque d’attraits physiques – on n’est pas plus aimable !
Miss Middleton n’est peut-être pas jolie, mais en tout cas elle a un esprit de répartie que rien ne prend en défaut, elle rive son clou à tout ceux qui veulent la traiter comme une faible petite bonne femme un peu bébête.

Par ailleurs,  bien que autodidacte, elle a une connaissance, sinon approfondie,  du moins bonne sur pas mal de sujets intéressants pour le commun des mortels, mais pas du tout  intéressants aux yeux de Sidney Grice.
Il lui conseille vivement d’abandonner philosophie et poésie et de plutôt s’intéresser aux livres de sa bibliothèque, de préférence en commençant par les  monographies que lui, Grice, a consacré à des sujets comme les cendres, le tabac, etc.  
March Middleton songe souvent à se trouver une chambre ailleurs en gagnant sa vie comme dactylo, hélas les rues de Londres grouillent de ce type de jeunes femmes, mais que ne ferait-elle pas pour quitter la maison de Grice où elle se sent comme un poisson hors de l’eau.

La bonne de la maison se nomme « Molly » et c’est un personnage d’heureux caractère, surtout avec un patron aussi désagréable. Elle encaisse ses remarques avec une certaine bonhommie, perd rarement le contrôle de ses nerfs, bref elle a du mérite.

Je le reconnais, en commençant la lecture, j’ai été agacée par le personnage de Sidney Grice, son mépris à l’égard de sa pupille, dont il a accepté de s'occuper mais sans aucun enthousiasme bien sûr.
Il est pompeux, bourré de tics et manies – encore pire qu’Hercule Poirot – et contrairement à Holmes, il est ordonné au point d’en être maniaque.
De plus il est d’une impolitesse frisant la grossièreté, même à l’égard d’un potentiel client – il mériterait une bonne gifle de temps à autre ! 

L’accent est évidemment souvent mis sur le comportement « correct » d’une jeune femme de l’ère victorienne, ce qui ne correspond pas à Miss Middleton, elle n’est guère délicate comme le devrait l’être une jeune fille de la bonne société, s’intéresse à des sujets bien peu féminins (vous pensez = elle ne s’évanouit pas face à un cadavre !) et surtout elle rabat le caquet à qui lui fait des remarques en ce sens.
Parfois, en cours de roman, les lecteurs ont un petit aperçu de lettres et/ou journal intime de March, prouvant qu’il y eut une histoire d’amour et fiançailles dans sa jeune vie.

Quant au 3ème personnage important, il s’agit de l’inspecteur Pound, qui accepte avec plus ou moins de bonne volonté, la présence de Sidney Grice lorsqu’un client lui a confié une enquête.
Proud est surtout intrigué, et quelque peu impressionné, par Miss Middleton qui n’a pas sa langue en poche et montre une force de caractère peu commune.

Pour compléter le pastiche, Sidney Grice se rend régulièrement à son club = le "Diogene". Petit clin d'oeil supplémentaire = lorsque March Middleton se foule le poignet, le docteur qui la soigne se nomme Conan Doyle.

Le Londres du 19ème siècle, surtout l’East End, est fort bien décrit, un peu trop bien à mon gré car par instant, c’est vraiment trash.

Pas vraiment un coup de cœur que cette histoire, qui m’a surtout plu pour les répliques et échanges verbaux entre les protagonistes, mais malgré tout une affaire à suivre … ou pas.

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23 juin 2017

LES OMBRES DE TORQUAY'S MANOR, d'Anne Beddingfeld

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2ème enquête de Beth Huntly

Été 1900 – la famille Hewes et sa domesticité se retrouvent à Torquay, dans le Devonshire pour la saison des régates – si elle est heureuse de cette proximité avec la mer, Beth Huntly rechigne un peu en raison de la distance entre le manoir que loue la famille et la petite ville où s’approvisionner des denrées fraîches qu’il lui faut pour sa cuisine.

Tout le monde ne parle que de l’horrible mort d’une amie d’enfance de lady Hewes – en effet, sur le haut des falaises, la voiture de la lady a été arrêtée par des « fantômes blancs » et horriblement assassinée avec son cocher – il était connu que lady Hatherley et son cocher étaient amants. Le seul témoin est un jeune berger, c’est lui qui parle de « fantômes blancs assassins » à la police qui le considère comme coupable. Comme si un enfant de 11 ans pouvait avoir commis ce crime, Beth fulmine.

En route vers le marché, Beth a été approchée par une certaine Eleanor Rigby, une jeune et intrépide journaliste qui lui dit faire un reportage sur les régates et les manoirs, mais si en plus elle pouvait y ajouter des informations sur le meurtre de lady Hatherley, elle avancerait d’un pion dans la vie de journaliste où on la cantonne dans des « événements féminins et culturels ».
Elle se recommande de Lilian, la journaliste que Beth rencontra à Londres lors d’une enquête précédente où elle prouva l’innocence de « son Fakir », c'est-à-dire Rajiv, le valet de lord Hewes.
Ce dernier, comme son fils Alexander qui suit les mêmes voies apparemment, est toujours friand de prostituées exotiques, lui et son épouse vivent toujours en bon accord de convenance.
Lorsqu’Alexander revient, après avoir été pratiquement battu à mort et où des « hommes en robes blanches » semblent avoir mis le feu au bordel où il se trouvait, Beth accepte de s’intéresser à l’affaire. 

Beth  a enfin décidé d’apprendre à lire grâce à la cadette de la famille, la sympathique jeune Kathryn, qui vient souvent « chiper » quelque chose à manger dans la cuisine,  son anorexique de mère ne supportant pas que sa  fille mange « trop ». Depuis qu’elle a découvert le célèbre Sherlock Holmes, grâce à Kathryn, Beth a envie de jouer au détective – elle ne sait pas que Eleanor la journaliste s’en moque en son for intérieur – d’ailleurs qui est réellement cette journaliste ?
même les policiers de Plymouth enquêtant sur le meurtre de lady Hatherley et sur des vols dans la région ont des doutes à son sujet.

Malgré les dangers que cela représente, Beth Huntly va tenter de savoir qui sont ces « fantômes blancs » dont parle le jeune berger qu’elle a retrouvé par hasard caché dans une grotte et qui lui a confié un médaillon, qui est activement recherché par les meurtriers.

Double meurtre, incendie criminel, agression sérieuse, vague de cambriolages, disparitions suspectes, Torquay,  la paisible station balnéaire,  commence à ressembler aux quartiers mal famés de Londres.  
Bien vite, d’ailleurs, cette histoire de « fantômes assassins » va prouver qu’elle cache quelque chose de bien plus sordide.

J’ai été ravie de retrouver Beth Huntly, cordon bleu, qui n’aimait pas lire les recettes parce que pour elle la cuisine est quelque chose d’intuitif alors qu’une recette fige les éléments nécessaires à un plat réussi.
Par contre, elle comprend à présent qu’elle a appris à lire, à quel point l’instruction est importante et, de plus, la lecture devient son passetemps préféré, en dehors de son métier et des petits moments tendres avec Rajiv qui l’a demandée en mariage, ce qu’elle refuse pour l’instant car elle n’a pas abandonné son envie d’avoir son petit restaurant – elle économise ses gages dans ce but et ni un mari ni des enfants n’ont leur place dans ses projets !

Sherlock Holmes est son sujet préféré de lecture pour le moment et c’est pourquoi j’ai ajouté le petit logo de la S.S.H.D., bien que ce soit sans doute un peu tiré par les cheveux =^-^= mais il est beaucoup  question du détective consultant dans cette histoire.

Les personnages en dehors de Beth sont intéressants = l’aristocratique couple Hewes, où chacun vit sa vie à sa manière = lui avec les prostituées exotiques ou à son club, elle en jouant les suffragettes – leur fils est un fat qui profite, comme tous les jeunes fils de familles aisées jouant les dandys, de la fortune du père pour mener une vie sans intérêt et, comme dit Beth, si seulement il n’était pas aussi moche !
J’aime beaucoup le regard  sarcastique que la cuisinière porte sur le monde « du haut des escaliers (Upstairs) » et les comparaisons qu’elle fait avec ceux qui n’ont pas beaucoup de choix dans l’existence et doivent supporter bien des humiliations pour conserver leur emploi (Downstairs).

Il y a la jeune Kathryn qui est toute heureuse d’avoir appris à lire à celle qu’elle considère comme une amie malgré la différence de statuts, ce que méprise sa gouvernante, Miss Westmacott (merci Agatha Christie) ; il y a cette journaliste intrépide mais dont on sait peu finalement, Eleanor Rigby (merci les Beatles), mais qui se révèle petit à petit dans l’histoire.

Finalement, les monstres qui constituent une secte puritaine extrémiste, se référant au Ku-Klux-Klan désormais démantelé aux USA, mais qui semble avoir de beaux jours devant lui au Royaume Uni de l’aristocratie, soucieuse de ses privilèges et où la pureté de la race doit être conservée à tout prix !

Mon plaisir de lire cette enquête-ci confirme celui que j’avais éprouvé avec la première enquête de Beth Huntly. Anne Beddingfeld (Anne Martinetti pour l’état civil)  une belle plume, ce qui est agréable à lire et elle truffe son récit de petits clins d’œil pour qui aime la lecture.

Je suis très impatiente de découvrir les prochains polars de la série – il semblerait qu’ils ne soient pas encore édités.
Vous aurez compris, je suppose, que je recommande vivement cet excellent petit polar historique, bien fait pour les vacances.

(Petit aparté = je suis étonnée que la publicité des éditeurs ne compare pas le livre à « Downton Abbey » comme c’est devenu la mode depuis le succès de cette excellente série télévisée.)

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22 juin 2017

LA MUSIQUE, de Charles Baudelaire

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Charles Baudelaire était un important critique d'art,
en plus d'un magnifique poète et un homme torturé

Barbey d'Aurevilly le qualifiait de "Dante d'une époque révolue"
Il finira par refuser ce qu'il appelait "la Poésie de la morale"
pour se consacrer à ce qu'il appela "la poésie de la vérité"

Réfugié en Belgique en raison de dettes importantes,
le moins que l'on puisse dire est qu'il détesta copieusement notre pays
qu'il considérait comme totalement artificiel et
une caricature de la France bourgeoise

Ces "Fleurs du Mal" qui comportent tant de magnifiques poèmes
fit scandale à l'époque (19ème siècle) et fut l'objet d'un procès
le recueil ne sera réhabilité qu'en 1949
dans sa totalité - avant cela, il fut édité censuré

C'est pourtant, actuellement, considéré comme l'une
des oeuvres les plus importantes en poésie moderne
J'y découvre régulièrement bien des choses que j'aime,
comme cette "Musique"
Baudelaire  n'aimait pas que la peinture, il appréciait aussi la musique

j'aime énormément l'association qu'il fait entre la musique et la mer =


La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ; 
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

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21 juin 2017

SEPT YEUX DE CHATS, de Jae-Hoon CHOI

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Ils étaient six à avoir été invités dans ce chalet isolé par un blizzard que rien dans les prévisions météorologiques ne laissait soupçonner ; l’hôte qui devait les accueillir n’était pas encore arrivé – seul le bar est bien garni et personne n’a apporté à manger puisque l’invitation insistait sur le fait que la nourriture et la boisson étaient compris dans l’invitation.
Six qui étaient membres d’un même forum sur le net, membres aussi d’un blog tenu par « le Diable », six à avoir été choisis pour leur engouement concernant les tueurs en série.
Lorsque le chapitre se termine, il n’en reste pas un.

Après un début qui paraît sortir tout droit de « And then there were none » d’Agatha Christie, le roman prend un nouveau départ avec un nouveau chapitre, tout en ayant un fil assez ténu le reliant au chapitre précédent. Il en sera ainsi tout au long de l’histoire de ce roman fort insolite qui m’a surprise et plu.

Roman pas simple du tout à résumer, de pirouettes en  rebondissements de situations, des retours de personnages que l’on pensait disparus, tout semblant naître et disparaître de la plume d’un écrivain qui parfois ne semble plus tout à fait savoir où il en est dans son écriture mais qui a bien l’intention de dérouter son lecteur jusqu’au bout.

Il aborde des thèmes tels le sosie ou le double maléfique qui sommeillerait en chacun de nous, on y meurt aux accents de Schubert, pour renaître un peu plus loin.
Comme dans un puzzle où toutes les pièces se mettent lentement en place.
L’art d’écrire est un art subtil, une complicité entre auteur(e) et lecteur/lectrice – cette complicité est totalement nécessaire avec ces histoires .

Ainsi que je l’ai dit, un récit des plus insolites qu’il faut découvrir.

d'autres avis sur babelio, critiqueslibres,  

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20 juin 2017

THE HUSBAND'S SECRET, de Liane Moriarty

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Titre français = le Secret du mari

Lorsqu’on vous demande de ne pas ouvrir une lettre - écrite des années auparavant – et que vous l’ouvrez et la lisez, prenez-en à vous-même pour la surprise qui vous y attend et qui va complètement chambouler votre existence.
L’incipit de la lettre disait « Cecilia, si tu lis ceci c’est que je suis mort … », seulement voilà le mari de Cecilia n’est pas mort et il lui demande instamment de ne pas ouvrir et lire cette lettre écrite un jour sous le coup d’un moment de tristesse et qui se trouvait dans une boîte au grenier.

Effectivement, tout comme Pandore avait ouvert l’urne qui libéra les malheurs du monde (sauf un), la vie de Cecilia Fitzpatrick va être totalement bouleversée.
Une vie bien ordonnée, bien organisée entre son mari, leurs filles, leur école (où elle fait du travail bénévole d’organisatrice), les activités extra-scolaires de ses filles et son travail de coordinatrice Tupperware.
Cela vole en éclats – il y eut un « avant la lettre » et il y aura désormais un « après la lettre » pour les Fitzpatrick.

L’histoire nous conte aussi la vie de Rachel, l’efficace secrétaire de l’école, qui a perdu sa fille, étranglée par un amoureux que Rachel est persuadée de connaître, bien que la police n’ait jamais poursuivi le jeune homme en question.
Quant à Tess O’Leary, elle est arrivée en pleine nuit chez sa mère, à Sidney, dans le quartier de la même petite communauté de St-Angela’s church, avec son petit garçon, après que son mari et sa cousine-presque sœur jumelle, lui aient avoué leur amour.

Je me demandais sincèrement si j’allais poursuivre la lecture du livre, parce que l’efficacité de Cecilia Fitzpatrick dans sa vie quotidienne me flanquait des complexes… (=^-^=)
Puis, stupidement, elle ouvre cette lettre et la vie de tous est bouleversée.

J’ai beaucoup apprécié cette comédie des erreurs, cette étude de caractères, ces personnages bien typés d’un quartier d’une grande ville, où chacun se comporte comme dans un village, connaissant les tenants et aboutissants de la vie de tous – pas ma tasse de thé, en général, et encore moins après avoir lu le roman. L’histoire prouve à quel point on connaît mal ceux avec qui l’on vit, à quel point quelqu’un est capable de cacher un secret, même lourd, à son entourage.
Comment réagir lorsqu’on apprend quelque chose qui secoue toutes vos certitudes et que tout s’écroule ?

Liane Moriarty est une romancière australienne, qui vit à Sidney, dont « The Husband’s Secret » est le premier grand succès de librairie. Le roman a eu tellement de succès qu’une mini-série télévisée est en production.

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18 juin 2017

A UNE PASSANTE, de Charles Baudelaire

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Charles Baudelaire

grand ami d'Edouard Manet, qui adorait "les fleurs du mal"
et qui préférait ce poème entre tous

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,       
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

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dessin de gustave caillebotte

17 juin 2017

AU COEUR DE L'ETE, de Viveca Sten

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5ème enquête de Thomas Andreasson

Titre original suédois = I stundens hetta

j'avais décidé d'abandonner, puis je me suis tout de même demandé où l'histoire menait - pas loin et même si ce n'est pas un vrai abandon, on ne peut pas dire que j'ai lu cette histoire dans ses détails.

au départ j'avais également décidé de ne pas parler de ce polar qui peut en réalité se résumer à 3 mots = Sea, Sex & Sun auxquels j'ajouterais volontiers le triptyque ("trip" c'est le cas de le dire =^-^=) = Sex, Drugs & Rock&roll bookworm

et tout est dit - je sais c'est peu, mais ce livre m'a paru d'une telle platitude que je ne puis m'empêcher d'être sarcastique -

l'auteure confirme dans la postface que l'idée lui est venue, lorsqu'en l'an 2000, lors de la fête de la Saint-Jean, très populaire en Suède, elle se rendit à Sandhamn et elle constata à quel point les adolescents étaient sous l'emprise de l'alcool et toutes sortes de drogues.
Je comprends qu'elle ait eu envie de dénoncer cela, mais un article dans un journal eut suffit -
bien sûr les drogues tuent, tout comme l'alcool et bien sûr les adolescents n'ont aucune limite et n'obéissent pas à leurs parents, l'adolescence (selon les psychiatres) est l'âge où l'on s'oppose à tout, où l'on teste ses propres limites et surtout où l'on développe des sentiments contradictoires d'amour/haine, avec quelques tendances suicidaires.
J'ai retrouvé tout cela dans le roman de Viveca Sten, que les critiques littéraires d'obstinent à définir comme "la nouvelle Camilla Lackberg"

avec encore et toujours les problèmes sentimentaux de Nora Linde et les angoisses de Thomas Andreasson devenu  père d'une toute petite fille

A vous de voir, mais vous ne me reprocherez pas de ne pas vous avoir prévenus

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16 juin 2017

LES SECRETS DE L'ILE, de Viveca Sten

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Titre original suédois = I natt är du död

4ème enquête de Thomas Andreasson

Lorsqu’un jeune étudiant est retrouvé pendu, avec un simple mot imprimé, la police conclut à un suicide.
La mère du jeune homme n’arrive pas à être d’accord avec cette conclusion et demande d’enquêter.
Tout d’abord l’équipe de police de Sandhamm rechigne sauf Thomas Andreasson qui estime qu’ils n’ont peut-être pas exploré toutes les pistes possibles.
Son supérieur n’est pas ravi de cette demande, d’autant plus qu’ils sont à court d’effectifs et qu’ils ont une pile d’enquêtes en retard. Thomas, néanmoins, s’accroche. Ce  qui lui semble réellement suspect est que l’ordinateur du jeune homme a disparu, or il ne s’en séparait absolument jamais. C'est évidemment maigre comme indice.

Andreasson interroge les personnes figurant dans le téléphone portable de l’étudiant. Ces hommes disent avoir été contacté mais n’avoir pu aider l’étudiant en psychologie, qui allait remettre un mémoire sur l’attitude d’un groupe au sein d’une structure militaire et la résistance humaine face à une pression psychologique et physique intense.

Le week end suivant, deux des hommes interrogés sont retrouvés morts – là le meurtre ne fait aucun doute ; Thomas et sa collègue acceptent l’idée que l’étudiant a été assassiné -  des analyses supplémentaires sont demandées au légiste. Dans une autre ville de province, un homme a aussi été retrouvé mort de la même manière que ceux de Sandhamm.
Grâce à son amie Nora Linde, Thomas apprend que le point commun entre ces hommes est que dans les années 1970 ils firent partie d’une patrouille de 8 jeunes gens, désireux de faire partie des Chasseurs Côtiers, une section militaire maritime d’élite.

Pendant ce temps, Nora Linde attend son divorce avec impatience – en Suède, lorsqu’il y a des enfants non majeurs, un délai de 6 mois est imposé aux parents, afin de réfléchir si leur décision est effective ou non.
Pour Nora rien n’est plus certain que cette envie de se débarrasser de son ex-mar, manipulateur narcissique, bien qu’elle réalise que les enfants en souffrent.

Thomas Andreasson, après avoir failli perdre la vie l’hiver précédent, s’est réconcilié avec son ex-femme et les perspectives paraissent heureuses pour eux.

Cette enquête de la police de Sandhamm est une bonne intrigue, bien menée.
J’avais découvert l’assassin à quelques paragraphes seulement des enquêteurs, il faut dire que la romancière ne tend guère la perche au lecteur avant d’arriver aux derniers chapitres.

J’ai seulement trouvé que les pages consacrées aux problèmes de couple de Nora Linde, l’avocate amie d’enfance de Thomas Andreasson, n’ajoutaient rien à l’intrigue et rendaient la lecture un peu longue.

Les chapitres de l’enquête sont entrecoupés des entrées du journal intime de l’un des hommes assassinés et ce que l’on y lit, forcément fait penser qu’une vengeance se prépare ; comme j’ai un vrai problème avec les groupes et les structures militaires, je bouillais littéralement de rage à chaque fois que j’en lisais une page.

Ces « Secrets de l’île » sont une lecture de vacances, divertissante, mais pas indispensable.   
Un avantage, le livre se lit très vite, mais il y manque cette touche d’humour qu’ont les romans anglo-saxons.

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15 juin 2017

SOUVENIRS DE MARNIE, de Hiromasa Yonebayashi

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Titre original japonais = Omoide No Mani

Titre anglais = When Marnie Was there

Scénario de Hiromasa Yonebayashi, Masashi Ando & Keiko Niwa d’après le roman « When Marnie was there » de Joan G. Robinson

Anna est une adolescente solitaire, introvertie, douée pour le dessin, distante avec tous et notamment avec sa mère adoptive – à qui elle reproche, en son for intérieur, de recevoir de l’argent de l’administration pour aider à son éducation.
Ayant découvert ce courrier par hasard, Anna s’est retirée totalement en elle-même.
Un jour, elle fait une crise d’asthme pendant la récréation ; le médecin conseille alors qu’elle prenne des vacances à la campagne, l’air lui fera du bien. « Tata », sa mère adoptive, l’envoie chez un oncle et une tante, un couple sympathique et jovial, vivant au bord de la mer et fort content d’avoir la petite fille chez eux.

Se promenant au bord du grau (lorsque la mer est basse), elle voit une maison qu’elle semble reconnaître, qui paraît inhabitée. La marée s’étant levée, Anna ne sait comment retourner vers l’autre rive, mais un vieil homme bourru vient la chercher en barque. Un autre jour, un soir, elle aperçoit une lumière à la fenêtre bleue.
De nombreux propriétaires se sont succédés dans cette vieille maison, parfois ils ne venaient que pour les vacances.

S’enhardissant à prendre une barque, Anna retourne vers la maison du marais et elle est accueillie par une ravissante petite fille blonde, celle qu’elle apercevait parfois à la fenêtre.
Dès cet instant, les petites filles forgent une amitié que rien ne viendra entamer.
Lors d’une fête dans la petite ville, Anna qui déteste cela, tout comme elle déteste les kimonos, se dispute avec Nobuko une petite fille qui lui pose beaucoup – trop – de questions. Anna se fâche, insulte Nobuko et fuit vers la plage – là elle réalise à quel point elle a été odieuse et hurle qu’elle se déteste. 

Parfois Marnie disparaît, puis réapparaît – toujours pour aider Anna à surmonter des difficultés. Un jour une petite fille à lunettes, Sayaka, lui dit l’avoir vue souvent sous la fenêtre de sa chambre. Elle lui demande si elle est la « Marnie » dont elle a trouvé le journal intime. Il manque des pages à ce journal.  Ces pages manquantes, lorsqu’elles seront retrouvées, sont montrées à Hisako, une vieille dame qui peint souvent sur la plage, qui a bien connu Marnie et elle raconte aux deux petites filles la malheureuse histoire qui manquait au journal. 

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Anna va alors découvrir le secret de sa famille et de Marnie ; elle va pouvoir désormais exprimer ce qu’elle ressent et se réconcilier avec sa mère adoptive. 

Que de tendresse et de poésie dans cette histoire d’une adolescente mal dans sa peau et sa tête, qui n’arrive pas à exprimer ses sentiments – bref une enfant de 12 ans, avec les tourments de cet âge, plus des secrets enfouis au fond d’elle-même et qu’elle semble avoir occulté.

Une très belle histoire de résilience, entre rêve et réalité.

Cela m’a énormément touchée – je me suis retrouvée en Anna, je ne supporte pas tellement les gens moi non plus, notamment les mêle-tout. (Heureusement pour Anna tout n’est pas perdu =^-^=)

Les dessins sont réellement beaux – les seuls qui sont un peu caricaturaux sont l’oncle et la tante où Anna passe ses vacances de santé ; ils ajoutent une petite touche humoristique qui allège le récit, teinté d’une touche de paranormal.

Inutile de confirmer que le dessin animé remporta un immense succès, non seulement au Japon mais également en Chine et en Europe.

Les studios GHIBLI ont eu comme co-fondateur l’un des maîtres du dessin animé japonais = Hayao Miyazaki – les studios ont produit d’excellents dessins animés comme ce « Tombeau des Lucioles » que j’ai eu le plaisir de découvrir cette année, mais aussi « Mon voisin Totoro », dont le dessin est devenu l’emblème du studio.

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un autre avis sur ce film à lamaisondemilly

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SPARTACUS, d'Arthur Koestler

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Titre anglais = The Gladiators

En 73 avant notre ère, une 3ème guerre des esclaves menée par Spartacus, un gladiateur de l’école de Batiatus décide, un jour, qu’il en a assez de tuer pour ne pas se faire tuer, tout cela pour le seul plaisir de Romains n’ayant aucun respect pour la vie des démunis.
Il était Thrace, probablement un homme libre, après avoir déserté l’armée romaine, fut repris et vu sa force, devint gladiateur.
Au départ, il ne songeait qu’à fuir avec d’autres gladiateurs, mais rapidement ils furent rejoints par des esclaves, impressionnés par leur volonté de liberté.

Pour les esclaves il fut un libérateur, un homme porteur d’espoir ; pour les arrogants Romains, surtout les patriciens, il ne fut rien d’autre qu’un esclave-gladiateur barbare qui menaçait Rome et son hégémonie, tant sur terre que sur mer. Les mécanismes économiques et politiques y sont expliqués.

Pourquoi « la Cité du Soleil » et son espoir communautaire pour les plus démunis échoua-t-elle ? selon Koestler, c’est parce que Spartacus hésitait  à s’imposer comme dictateur.
Toujours est-il que Gracchus, sénateur assoiffé d’or (il mourra d'ailleurs d'or liquide versé dans sa bouche par ceux qui l'avaient capturé des années plus tard), décida le sénat de libérer des fonds pour lever une armée capable de vaincre ce qu’il nommait avec mépris « cette racaille » et qu’il ne fut que trop content d’appliquer la mort sur la croix (une mort extrêmement lente, douloureuse).

Le récit est entrecoupé, en italique, par les chroniques de Fulvius, un Romain décidé à écrire l’histoire.

Avant toute chose, ce roman d’Arthur Koestler n’est pas l’histoire  qui a inspiré le film de  Stanley Kubrick, celui-là s’intitulant aussi « Spartacus » a été écrit par Howard Fast.
Il s’agit toutefois égale--ment d’une biographie romancée, avec selon les historiens quelques erreurs. 

Certains diront à propos du roman de Koestler qu’il a vieilli – personnellement je n’ai absolument pas trouvé que le style ou le sujet aient vieilli, bien au contraire.
Nous vivons une époque de grandes injustices sociales et certains dialogues ou monologues dans le roman sont d’une totale actualité et j’en conseille vivement la lecture.

Ce roman est le premier opus d’une trilogie consacrée à la difficulté de rester fidèle à un idéal, aux idées qui deviennent hélas du totalitarisme.
Les autres romans sont « Darkness at noon » (le Zéro et l’Infini) et « Arrival and Departure » (Croisade sans croix).

D'autres avis sur ce roman = critiqueslibres, livres-online 

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13 juin 2017

WATERMAEL-BOITSFORT PAR RIK WOUTERS

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Rik & Nel Wouters habitèrent toute leur vie à Boitsfort, commune de la banlieue bruxelloise - au sud de Bruxelles en fait, ce qui était recommandé pour Nel souffrant alors de tuberculose. Ils étaient près de la forêt de Soignes également.

Rik Wouters a peint, à de multiples reprises, des vues de ce qu'il apercevait de la fenêtre de son studio-grenier ou ce qu'il avait découvert au cours de ses balades.

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Il existe par ailleurs un "circuit Rik Wouters", pour se promener sur les lieux que le couple habitait - je tenterai un jour de me joindre à l'une de ces balades.

Je vous livre,  ci-dessous, quelques-unes des photos que j'ai prises lors de mon retour à la rétrospective, dont je reste totalement sous le charme.

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12 juin 2017

THE MUMMY 2017, d'Alex Kurtzman

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Titre français = la Momie (comme vous vous en doutiez j’imagine)

Scénario de D.Koepp, C. McQuarrie & D. Kussman, d’après une histoire imaginée par A. Kurtzman, J. Spaihts  & Jenny Lumet (moins il y a d’idées plus ils sont nombreux  à écrire une histoire !) 

Vous n’êtes pas sans savoir que j’adore les momies et surtout les films avec momies qui reviennent pour se venger après une mort atroce 3000 ans avant notre ère.
Ici cela commence avec les templiers qui, au 12ème siècle de notre ère, enfouissent un joyau de grande valeur dans la tombe de l’un d’entre eux – un joyau trouvé en Egypte ancienne.

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De nos jours, à Londres, une équipe creusant un nouveau tunnel sous la ville découvre un immense tombeau rempli de sépultures de moines templiers ; l’équipe est arrêtée dans ses travaux et un homme un peu mystérieux décide avec autorité que désormais c’est lui et son service qui poursuivront.

Pendant ce temps, en Mésopotamie (l’Iraq actuel), deux soldats sont à la recherche de trésors qu’ils aimeraient s’approprier – l’un d’entre eux, Nick Morton a volé un plan à une jolie archéologue.

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Lorsque l’armée des talibans les attaque et que les renforts arrivent en bombardant, une tombe est mise à jour = celle de la princesse Ahmanet, mise vivante dans un sarcophage pour avoir assassiné son père, sa nouvelle épouse et leur bébé, alors qu’en principe elle aurait dû succéder à son pharaon de père. 
Arrive l’archéologue, pas contente du tout comme vous l’imaginez, ainsi que le supérieur de l’armée dont font partie les deux chasseurs de trésors. 

Le squelette d’Ahmanet a été ôté du sarcophage, il est évident que l’esprit de la princesse maléfique a été libéré – la momie se met à sucer le sang autour d’elle pour reprendre forme et s’empare de l’esprit de Nick, qu’elle a choisi comme partenaire.
L’avion dans lequel se trouve le sarcophage, Nick et les autres est pris dans une tempête de sable et dans un vol de corbeaux.
L’archéologue à qui Nick a donné le seul parachute s’en tire, tandis que l’avion s’écrase près d’une abbaye. Nick, qui en principe est mort, se réveille dans la morgue. Ahmanet a échappé aussi et transforme ses mignons en zombies, elle est à la recherche de Nick, qu’elle veut transpercer de sa dague pour que Seth, le dieu du mal, s’empare de lui.  Ensemble ils règneront sur le monde, il manque seulement un joyau à la dague pour qu’elle soit efficace.

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C’est là que les choses deviennent intéressantes = le docteur Henry Jekyll (héhé)  s’occupe de Nick et d’Ahmanet – les choses vont très mal tourner comme vous vous en doutez.

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J’ai bien ricané tout au long du film, mais c’est surtout lorsque Russell Crowe alias le docteur Jekyll entre en scène que je me suis le plus amusée – qui s’attendrait à retrouver le personnage du 19ème siècle dans une histoire du 21ème siècle.

En tout cas, cela m’a beaucoup amusée car pour l’instant je suis plongée dans le Guide du Steampunk, et justement on explique que l’une des propriétés du steampunk est de faire se mélanger des personnages d’histoires classiques différentes.

Evidemment, il y a quelques scènes très horrifiques, dont Tom Cruise/Nick Morton doit se dépêtrer, mais bon on n’est pas la vedette principale d’un film d’action sans avoir quelques égratignures.
Les deux jolies femmes de l’histoire sont = Sofia Boutella, la sculpturale Ahmanet, mais qui fait vraiment peur et l’archéologie, intelligente et jolie comme il se doit, jouée par Annabelle Wallis.
Je ne citerai pas tous les acteurs des rôles secondaires, sauf peut-être Jake Johnson, l’ami de Nick, transformé en zombie et qui lui aussi poursuit son ex-copain, pour lui faire comprendre qu’il est inutile de lutter puisque de toute façon il est quand même mort !

Je sais, ça n’est pas du cinéma très intellectuel, mais nous avons tous des péchés mignons, moi ce sont les momies et les films fantasy.

Et cela faisait tout de même très longtemps que je n’avais pas eu le plaisir de « trembler devant une momie ». J'ai aussi été amusée par le clin d'oeil aux "Oiseaux" d'Hitchcock, même si cette comparaison est dans ma tête uniquement (=^-^=)

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11 juin 2017

DEATH OF A POISON PEN, de M.C. BEATON

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 20ème enquête d’Hamish Macbeth, policier dans les Highlands

J’ai découvert les enquêtes d’Hamish McBeth, sympathique jeune policier écossais, sorti tout droit de la plume de M.C. BEATON en 1986, dès qu’elles furent éditées dans des éditions de poche anglophones.
Je dois reconnaître que je préfère le jeune constable écossais à l’autre héroïne de M.C. BEATON, la fameuse Agatha Raisin – découverte en anglais en 1992 – et devenue la coqueluche des lectrices francophones depuis l’an dernier.
Au bout de quelques livres, Agatha Raisin est rapidement devenue, à mes yeux, assez irritante et j’ai laissé tomber, ce qui ne veut pas dire que je ne lui donnerai pas une autre chance un jour. 

Par contre Hamish Macbeth ne m’a jamais déçue ; c’est un jeune homme assez séduisant, qui ne se rend pas totalement compte du charme qu’il opère sur la gent féminine, qui aime son patelin des Highlands et n’a pas l’intention de s’en aller de là.
Le problème est que le jeune constable est une « fine mouche », et résout facilement des enquêtes parfois compliquées, au grand déplaisir de son supérieur l’inspecteur en chef Blair, stationné à Strathbarn – le dénommé Blair est jaloux de McBeth et de son succès et craint qu’un jour il ne finisse par accepter la promotion qu’il refuse depuis des années.
Si cela s’avérait le cas, Blair sait parfaitement qu’Hamish deviendra rapidement l’un des enquêteurs étoiles du département.

Jusqu’à présent il n’a rien eu à craindre, bien qu’il lui mette autant que possible des bâtons dans les roues, car Hamish Macbeth se plaît vraiment beaucoup à Lochdubh, entre son cottage qui est aussi son bureau, son chien Lugs.
Il a des œufs frais grâce à quelques poules dans son jardin, il a même un mouton pour tondre le gazon. Parfois, il n’hésite pas à pêcher un gros saumon pour son dîner.
Bref pour Hamish Macbeth, rester un simple constable lui convient à merveille.

Son succès auprès des femmes lui vaut quand même parfois quelques difficultés ; il a longtemps été fiancé à Priscilla Halburton-Smythe, fille des très snobs propriétaires de l’hôtel de luxe des environs – ce qu’elle considère comme un manque d’ambition a détourné la jeune femme d’Hamish, mais lorsqu’une autre jeune femme porte les yeux sur lui, elle n’est pas très contente.
C’est ce qui s’est produit lorsque Elspeth Grant, nouvelle venue au journal local, journaliste et astrologue, s’est installée à Lochdubh. Elle plaît beaucoup à Hamish, malgré sa manière peu élégante de s’habiller.
C’est aussi ce qui se produit dans ce roman-ci – l’histoire en bref (ou presque =^-^=) =

A force d’entendre son amie Priscilla lui parler d’Hamish et des enquêtes qu’ils ont résolu ensemble, son amie la Londonienne Jenny est convaincue qu’elle pourra séduire aisément le jeune policier, aussi arrive-t-elle à Lochdubh sous prétexte de prendre des congés – elle déchante rapidement car à Lochdubh, si on n’aime pas la nature, c’est pas gagné. Surtout avec le style de tenue très « chic londonien » qu’elle arbore.
Elle déchante aussi rapidement sur l’attraction qu’elle pensait avoir sur ce « paysan » - Hamish la trouve un peu  idiote dans la manière dont elle est vêtue;  vu ce mauvais début, Jenny décide de repartir à Londres très rapidement – surtout que les gens du patelin, qui n’aiment rien tant que les ragots (la vie est parfois ennuyeuse dans les Highlands !), l’ont dans le collimateur. Son orgueil finalement la fait décider à rester, elle veut séduire ce type !  après avoir acheté d’autres vêtements, plus adaptés, elle décide d’aider Hamish dans une nouvelle enquête qui vient de lui tomber dessus.

Le village est envahi d’une série de lettres anonymes – il y en a même une qui accuse Hamish d’avoir une aventure avec l’une des vieilles résidentes du patelin, c’est vous dire la bêtise de ce type de lettre.
L’ennui c’est que des lettres anonymes finissent toujours par faire des victimes – Hamish a prévenu la population de lui soumettre toutes les lettres afin qu’il puisse mener une enquête sur qui les envoie.
Bien vite il va se retrouver avec une enquête pour meurtres – oui meurtres au pluriel – sur les bras.
La gentille dame des postes se serait pendue, mais Hamish prouve qu’elle a été droguée avant d’être pendue ; et l’ancienne directrice d’école, une vraie teigne, a été sauvagement poignardée.

Malgré son supérieur direct qui tente de l’empêcher d’enquêter, leur chef de département, le superintendent Daviot,  qui apprécie Hamish Macbeth, accepte sa participation à l’enquête.
Plus il interroge les gens du village et alentours, Macbeth trouve qu’il a tout de même pas mal de suspects et bien peu d’indices. Il pense que c’est dans le passé de la dame des postes qu’il faut chercher.
Ce qu’il fait.

Mais avec Elspeth la journaliste et Jenny la Londonienne qui s’accrochent à ses basques – à la rigueur Espeth, il peut comprendre, elle doit écrire des papiers pour le journal local, mais Jenny est une mêle-tout.
Vexée, la jeune femme s’associe avec un nouveau venu au journal, un jeune homme qui brigue de devenir le journaliste vedette du plus grand journal londonien – vous pensez s’il râle d’être à Lochdubh.
Il a vite compris que Jenny peut lui être utile.
Jenny, effectivement, est douée pour faire parler les gens, en leur témoignant une certaine sympathie, l’ennui c’est qu’elle parle beaucoup trop, qu’elle n’est pas totalement honnête puisqu’elle écoute aux portes et finalement sa vie à elle sera aussi en danger.
Heureusement Hamish Macbeth veille au grain.

Une très bonne enquête, avec quelques bons rebondissements et des secrets bien cachés depuis des années, causes de tous les meurtres.

En dehors des personnages principaux, Lochdubh est le lieu où vivent probablement les pires commères d’Ecosse – à part la télévision il y a peu de chose à se mettre sous la dent, donc les ragots vont bon train.

J’ai adoré retrouver ce village des Highlands haut en couleur, où le temps change très rapidement, passant de la tempête au soleil, en l’espace d’une journée.
Où les promenades sentent bon le thym sauvage et la bruyère, où l’air est rempli d’embruns.

Chaudement recommandé, mais j’ignore si les romans mettant Hamish Macbeth en scène ont été traduits.

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M.C. BEATON est l’un des nombreux pseudonymes de MARION CHESNEY, née en 1936 à Gasgow. Elle a écrit des romans policiers sous ce pseudonyme, mais comme elle n’en a pas moins de six, elle a aussi écrit des « Regency Romances » très sympathiques, ainsi que des enquêtes d’une jeune aristocrate de l’époque edwardienne.
En raison de la pression mise par les éditeurs qui préfèrent les séries HAMISH MACBETH et AGATHA RAISIN, Ms. Beaton a dû abandonner l’écriture de ses autres séries.

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A YEAR IN THE LIFE OF A CAT, de Simon Tofield

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aujourd'hui, comme une grosse envie de chatteries et d'amitié - avec les facéties de Simon's Cat - le Chat de Simon Tofield, un petit film que vous regarderez, je l'espère, jusqu'au bout pour sa drôlerie et sa gentillesse.

belle journée à tous

 

09 juin 2017

A TASTE FOR MURDER, de P.D. James

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Titre français = Un Certain Goût pour la mort

7ème enquête d’Adam Dalgliesh

Sir Paul Berowne a été retrouvé dans la sacristie de l’église de sa paroisse, horriblement tué – gorge tranchée, tout comme celle d’un malheureux SDF, qui s’abritait là pour la nuit.
Suicide ou meurtre de Berowne ? aurait-il tué le SDF, puis mis fin à ses jours avec son rasoir à l’ancienne ? ou quelqu’un savait-il qu’il serait dans cette église et l’a tué, ainsi que le vieil Harry pour éviter les témoins ? Pour quelle raison l’aurait-il tué d’ailleurs ?
Paul Berowne venait de donner sa démission en tant que ministre et avait décidé de renoncer à ses biens matériels pour entrer dans les ordres, après avoir éprouvé une sorte d’épiphanie.

Adam Dalgliesh est chargé d’une enquête qui va s’avérer non seulement difficile en raison du manque d’indices, mais délicate également vu la position sociale du mort. Sa 2ème épouse est enceinte, mais le trompait avec son gynécologue ; sa mère, une douairière qui prétend donner toutes informations mais qui cache tout de même certaines choses – il y a la gouvernante, désagréable, qui estime être harcelée par la police chaque fois qu’on l’interroge, il y a aussi le beau-frère du ministre assassiné, un dilettante vivant aux crochets de sa sœur, enchanté qu’elle hérite de tout.
Reste encore la fille d’un premier mariage de la victime, qui avait perdu tout contact avec son père, primo pour raisons politiques, secundo pour avoir négligé sa mère.

Vous  est-il déjà arrivé de trouver un roman totalement interminable ? c’est ce qui m’est arrivé avec ce polar de P.D. James – l’auteure est connue pour ses descriptions, pour mettre les personnages en place avant d’en arriver à l’enquête.
Ici encore, nous avons une procédure policière longue, comme j’imagine que cela se passe dans la réalité, ce n’est pas ce qui m’a paru le plus long.

Là où j’ai réellement eu un problème, c’est qu’à chaque personne suspecte ou non qui est interrogée par le commandant Dalgliesh et son équipe, P.D. James donne force détails sur l’environnement de la personne (jusqu’à nous donner la couleur du papier peint !), la romancière parle en détail de la vie des personnages avant le crime parce que cela fait partie de l’enquête, les inspecteurs ayant très peu d’indices sur lesquels se reposer dans le meurtre de ce ministre, membre du parlement, qui a été assassiné de manière absolument sordide, dans la sacristie d’une église.

Massingham est toujours l’un des inspecteurs d’Adam Dalgliesh mais comme ce dernier a dû créer une cellule spéciale pour les enquêtes délicates, concernant des célébrités ou des politiciens – sa Special Branch -  il s’est adjoint également Kate Miskin, qui fait sa première mais dramatique apparition ici.
Une entrée dans la série, des plus théâtrales s’il en fût, à la fin du roman, avec un rebondissement qui donne la chair de poule.

J’aimerais recommander la lecture de ce polar,  mais franchement j’hésite car j’ai des sentiments mitigés à son propos – l’ensemble m’a plu, mais trop de détails tuent l’histoire.
En tout cas, ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler "un roman de plage" !

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ORSON WELLES & SHAKESPEARE - 2

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Avant de vous parler de la réalisation de Orson Welles, je voudrais rappeler qu’il ne faut jamais prendre une pièce de Shakespeare à la lettre = il n’était pas du tout un historien, et ni son Macbeth, ni son Richard III ne sont des reflets fidèles de ce que furent le roi d’Ecosse et le roi d’Angleterre. Macbeth et son épouse étaient très soucieux du bien-être de leur clan et aidaient les plus démunis (voir le roman de Nigel Tranter) ; malheureusement les invasions scandinaves et certaines luttes intestines au sein des clans, firent que le fils du roi Duncan déclara la guerre à Macbeth.

Les adaptations les plus célèbres, en dehors de celle de Welles, est celle de Roman Polanski et une version d’Akira Kurosawa « le Château de l’araignée ».

MACBETH – 1948 – scénario,  adaptation et réalisation de la pièce de Shakespeare par Orson Welles
Macbeth, général ambitieux du roi Duncan, revient vers la forteresse avec son ami Banquo. Ils rencontrent 3 sorcières qui prédisent que Macbeth deviendra roi mais que Banquo ne le deviendra pas bien que sa descendance le sera.
Le roi Duncan a proclamé son fils Malcolm comme héritier du trône, puis part passer la nuit chez Macbeth. Lady Macbeth pousse son mari au crime ; lui-même décide d’occire Banquo qui pourrait témoigner contre lui.
Mais, il faut avoir les nerfs solides lorsqu’on assassine les gens et ni Macbeth ni lady Macbeth seront dévorés par la culpabilité et finalement tués par Macduff un autre général.

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Orson Welles n’a pas hésité à apporter quelques modifications à l’histoire telle que Shakespeare l’écrivit.

Par ailleurs, certains décors d’anciens westerns furent récupérés pour le tournage. Comme toujours les fonds manquèrent pour les costumes par exemple et Orson Welles fit appel à une société de location, sauf le sien et celui de lady Macbeth (d’après une interview à Peter Bogdanovich). Il voulut d’ailleurs renvoyer le sien mais comme il n’y avait pas assez d’argent, il dut s’en contenter bien que l’acteur trouvât qu’il ressemblait à la statue de la liberté !!!! Je dois reconnaître que les couronnes m'ont vraiment amusée.

Pour le rôle de Lady Macbeth, Orson Welles avait espéré avoir Vivien Leigh, mais il redouta les critiques de Laurence Olivier, mari de la belle dame. C’est donc Jeanette Nolan qui en est l’interprète ; Roddy McDowall est le jeune Malcolm ; Dan O’Herlihy est Macduff et Edgar Barrier est Banquo.
La scène de somnambulisme  et folie de la belle lady est impressionnante.

Tout cela, toujours filmé en noir et blanc, à la manière des expressionnistes allemands ; une pure merveille selon moi.

En 1936, Orson Welles avait déjà réalisé une version théâtrale « Voodoo Macbeth », avec toute une distribution de comédiens afro-américains. Il remit ça en 1947 ; il empruntera des aspects de ces 2 productions pour ce film-ci. Cette adaptation « Voodoo Macbeth » lui semblait totalement adéquate, après tout les superstitions du vaudou et celles de la sorcellerie celtique étaient bien faites pour se superposer.

Ce qui me frappe tout au long de la filmographie d’Orson Welles, c’est à quel point il s’est battu contre le temps et les budgets – il est vrai que son « Citizen Kane » ayant failli ruiner la RKO, les producteurs furent échaudés, pourtant l’homme était un génie et un génie ne peut se museler.

Si vous en avez l’occasion, louez le coffret dvd qui possède un intéressant petit livre sur « Macbeth » et Welles dont je vous recommande la lecture – ainsi que 2 versions du film = celle qui passa sur les écrans et celle d’origine, un peu plus longue d’une vingtaine de minutes. La version « tronquée » est celle qui sera diffusée jusqu’en 1980.

pour rappel, l'intéressant article sur Orson Welles sur laplumeetl'image

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Entre Welles & Shakespeare existe une histoire d’amour qui date de l’enfance – Orson Welles ne prétendait-il pas qu’il avait été capable d’interpréter une pièce de Shakespeare à l’âge de 9 ans. Vrai ? Faux ? peu importe, mais il est vrai que sa rencontre avec le barde date de l’époque du Mercury Theatre pour et avec lequel il produisit sa version de « Julius Caesar ».
Il joua, en 1934, le rôle de Tybalt dans « Romeo and Juliet », il interpréta également le truculent « Fastaff » (dans « Chimes at midnight »). En 1969, il mit en scène et interpréta le rôle de « Shylock » dans un court métrage consacré au « Merchant of Venice », dont les négatifs sont hélas perdus.
Enfin, il décida de mettre en scène « Othello » et la pièce dont il ne faut pas dire le nom car il porte malheur, à savoir « Macbeth », et qui effectivement ne lui porta pas bonheur.

 

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OTHELLO ou « The Tragedy of Othello, the Moor of Venice » - 1951 – scénario,  adaptation et réalisation de la pièce de Shakespeare par Orson Welles

Je vous l’avoue tout de suite = je déteste cette pièce, où un type relativement naïf  et honnête (Othello, général de Venise, revenu plein de gloire), se fait manipuler avec ses amis et son épouse par Iago, un être vil, écoeurant de jalousie et décidant de se venger d’une soi-disant humiliation.

Une pièce où tout le monde est perdant, puisque Othello étrangle son épouse, la belle Desdemona, fille d’un notable vénitien,  qui tente de se défendre contre ses accusations.

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Orson Welles  interprète Othello, un rôle qui pour moi n’était vraiment pas fait pour lui = Othello, malgré sa carrure, ses succès militaires, est quelqu’un d’assez fragile intérieurement, qui voudrait être aimé de tous – ce dont Welles à mon avis se fichait comme d’une guigne.

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Il a confié le rôle des autres interprètes à ses amis  = Micheal MacLiammoir est un fantastique Iago, il est parvenu à me faire détester le personnage à tout jamais (déjà je ne l’aimais pas !) ; envieux, le personnage imagine une vengeance sans précédent où tout le monde sera perdant  – Suzanne Cloutier est la belle Desdemona et Michael Laurence est Cassio.  Hilton Edwards est Brabantio, un jaloux et râleur mais qui finalement se fait aussi manipuler.

Le tour de force d’Orson Welles est d’avoir pu résumer, et même très bien résumer, en 1 heure et demie une pièce qui dure, en fait, 3 heures.

L’histoire a été filmée en noir&blanc, pour raisons budgétaires paraît-il ; la production en fut arrêtée par 3 fois, toujours pour problèmes financiers – Orson Welles tourna « le Troisième Homme » et utilisa son cachet pour finir « Othello », qui remporta néanmoins la palme d’or en Cannes en 1954.
Il faut dire qu’Orson Welles, toujours très inspiré par le cinéma allemand expressionniste, joue magistralement avec le noir et blanc, ce qui donne un cachet très esthétique au film.

Le tournage demanda 3 années car l’argent manqua rapidement, d’autant plus vite que l’un des producteurs italiens décida de se retirer du projet. Quelques solutions logistiques furent trouvées pour diminuer les frais.
Il n’y eut pas moins de 3 versions du films, 2 sous la supervision de Welles en personne et la version restaurée  qui sera supervisée par Beatrice Welles, fille d’Orson.
Son ami et acteur Micheal MacLiammoir a décrit les problèmes matériels du tournage dans une autobiographie ironiquement intitulée « Put Money in Thy Purse ». J’ignore si l’ironie du titre est voulue, en tout cas elle m’a fait sourire.

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à suivre...

07 juin 2017

LA VILLE DE LA PEUR, de Jean d'Aillon

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D’après les Chroniques d’Edward Holmes durant la cruelle et sanglante guerre entre Armagnacs et Bourguignons

Deux importants chapitres = LA CHUTE D’EDWARD HOLMES & CAUTELE ET MALAVENTURE

De mémoire de Parisiens, jamais hiver ne fut plus rude que  cet hiver de 1423 – la Seine a gelé, ce qui a amené des loups vers Paris n’hésitant pas à attaquer la population ; la famine sévit gravement, la peste, la suette, le mal des ardents emportent les plus faibles, certains mourant de froid dans les rues.
Ceux qui osent s’aventurer dans les rues enneigées et gelées risquent de vilaines blessures en tombant, ou des engelures dues au froid.

Quelque part en Normandie, une troupe a été attaquée par une meute de loups, pense-t-on, mais les loups emportent rarement des caisses d’or, comme celle que transportait le convoi.
A Paris, un loup aurait tué un homme ayant la confiance du régent, le duc de Bedford et un notaire est mort d’une crise cardiaque en ayant vu la « Mort » de près.

Du coup, les clients sont rares rue du Coq et Edward Holmes s’ennuie copieusement entre les leçons de latin aux deux  examinateurs irréguliers », les 2 orphelins faisant désormais  partie de  la mesnie et quand Holmes s’ennuie, il joue de la viole. A ce propos, Gower Watson est bien désolé de lui avoir fabriqué un petit archet, car à présent  Holmes en tire des sons ressemblant à d’horribles miaulements que même le gentil mal-nommé Gracieux a du mal à supporter !
Heureusement pour les nerfs de tous, arrive une gente dame qui a été cambriolée – de nombreuses pièces d’orfèvrerie et autres biens lui ont été dérobés.
Comme aucune trace de ces objets n’a été trouvée par les examinateurs de police, tel Grégoire Lestrade, elle vient demander l’aide de Holmes.
Un peu plus tard, on lui confie la tâche de retrouver des papiers importants qui se trouvent encore chez le notaire tué par « la Mort ». Pour Holmes, il y a eut 2 personnages coupables dans l’affaire de l’homme de confiance du régent et dans celle du notaire.
Si le notaire est mort de peur, par contre  toute sa domesticité a été assassinée par un tueur sans pitié – chez le proche du régent, il existe aussi des secrets bien cachés.
Edward Holmes et Gower Watson s’occupent habilement de ces affaires, ainsi que de celle de dame Audeloncourt, de même que celle de la reine Isabeau.

Au cours d’une entrevue avec l’un des proches du duc de Bedford, Holmes n’hésite pas à se moquer de l’astrologue du duc, qui prétend que le soleil tourne autour du soleil alors que c’est l’inverse selon Holmes.
Bref, être trop intelligent vous aliène bien des gens, Holmes va une fois encore l’apprendre à ses dépens.
C’est hélas l’affaire de dame Audeloncourt qui va lui être fatale = il est accusé d’avoir assassiné la bonne dame pour lui voler les biens qu’il avait retrouvés.
Devant tant de bêtises, Edward Holmes tente de se défendre, mais il se retrouve emprisonné au Grand-Châtelet en compagnie de son fidèle ami  Gower Watson.

Qui  les aidera et comment vont-ils pouvoir prouver leur innocence et amener les vrais coupables devant la loi ?

Inutile de dire que j’ai apprécié cette nouvelle aventure d’Edward Holmes et Gower Watson, même si j’ai évidemment tremblé pour eux, lorsqu’ils sont injustement accusés.  
J’ai, je le reconnais, une légère préférence jusqu’à présent pour « le Chien des Basqueville », lu tout récemment, mais c’est purement personnel car cette enquête-ci est également passionnante.

Comme toujours, pas mal de descriptions quant aux inimitiés entre Armagnacs et Bourguignons, entre toutes les factions ennemies prenant soit position pour l’héritier du trône de France, désormais couronné Charles VII par ses amis et cité le « bâtard » par sa propre mère la reine de France, ou ceux prenant position pour les Anglais et les Bourguignons. 
C’est parfois un peu fastidieux à lire, car il y a pas mal de noms, pas toujours faciles à retenir et des situations compliquées.
Intrigues, trahisons, suspense, tous les ingrédients d'un bon polar.

Dans ce roman
–     on apprend que Holmes est réellement très amoureux de la chambellane de la reine, la jolie Marie de Savoisy (il est tombé amoureux dans l’enquête précédente et cela se confirme ici) ;
-       on découvre aussi dans les papiers du notaire, des papiers concernant une petite fille, Jeanne, qui serait une bâtarde du frère de Charles VI, et qui a été confiée à une famille de Domrémy et, last but not least,
-        on découvre Moriarty.

Petit clin d'oeil humoristique à propos dudit Moriarty = dans le canon, Holmes le qualifie de "Napoleon du crime"; comme on est loin de la naissance de Napoléon, l'auteur le fait qualifier de "Jules César du crime" - à chaque époque ses stratèges et tyrans.

L’examinateur Gregoire Lestrade a un rôle nettement plus important que dans le roman précédent, mais il ne brille évidemment pas par son intelligence, ce en quoi l’écrivain Jean d’Aillon respecte le canon holmésien.

Encore un hommage dans le titre à Conan Doyle et sa « Vallée de la Peur ». Et un bel hommage en général aux enquêtes d’Holmes et Watson.

Un prologue nous fait plus ou moins comprendre qui est « la Mort » et en fin de roman, un lexique sur les termes médiévaux, ainsi qu’une explication sur le vrai et le faux dans le roman.

Une excellente lecture de vacances, que je vous recommande si vous aimez les polars historiques.

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SOLYENT GREEN, de Richard Fleischer

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Titre français = Soleil Vert

Scénario librement adapté du roman de science-fiction écrit en 1966 par Harry Harrison « Make room, Make room » 

L’année est 2022 – la terre va mal – 40 millions d’individus vivent dans la seule ville de New York. Le chômage est exponentiel, on manque de tout = travail, habillement, logement, et surtout nourriture.
La population subsiste grâce aux rations que distribue la société Solyent Green, contenant du plancton nourrissant et énergétique.

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Frank Thorn est policier au sein du NYPD, il vit avec son vieil ami Solomon Roth, un analyste pour la police, un homme d’un grand savoir disposant d’une formidable bibliothèque pouvant aider Thorn dans ses enquêtes. Thorn ne connaît que la nourriture synthétique malgré tout ce que lui raconte son ami.
On vient de lui confier l’enquête concernant le meurtre de William Simonson, un homme faisant partie de l’élite – un meurtre qui ressemble à une exécution car selon les dires, Simonson avait l’intention de dévoiler un secret qui ferait l’effet d’une bombe. Et le garde du corps était absent au moment des faits avec le système d’alarme défectueux.
Frank Thorn ne s’embarrasse pas non plus de scrupules et se sert de ce qu’il trouve  chez la victime, notamment des aliments qu’il partage avec son vieil ami.

Revenant chez la victime, il découvre Shirl,  le « meuble », à savoir une compagne sexuelle de Simonson ; elle sera le prochain « meuble » du nouvel habitant de l’appartement. Elle confirme à Frank Thorn, avec qui elle noue une relation, que son vieil amant semblait fort troublé les derniers temps mais disait ne rien vouloir lui dévoiler pour ne pas mettre sa vie en danger.
Quant au garde du corps, Thorn réalise qu’il vit au-dessus de ses moyens.
Le policier commence à avoir pas mal de soupçons qui ne sont pas bien vus  par les instances supérieures et il va devoir faire face à des personnages qui ne lui veulent pas du bien.

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Pendant ce temps, Sol Roth a découvert des papiers dangereux, suite à des rapports trouvés chez la victime.
Le vieil homme est horrifié et comprend à la lecture de ses éléments les raisons du meurtre de Simonson ; il décide de se faire euthanasier afin d’emporter l’horrible secret qu’il a découvert. Frank n’arrive pas à temps pour sauver son ami, et assiste au suicide assisté au son de la « Pastorale » de Beethoven.  Oui un jour la terre ressemblait à cela = pâturages, ciel bleu, beauté de la nature. Il demande à Thorn de faire toute la lumière sur la société Solyent qui n’est pas ce qu’elle paraît. La vérité est encore pire qu’on ne se l’imagine.

« Solyent Green », que j’ai découvert à sa sortie en salles dans les années 1973, est le film qui me donna l’envie de découvrir les romans de science-fiction, bien plus encore que les romans de A. Van Vogt qu’une copine m’avait prêtés pour « m’initier au genre », j’avais tellement peu accroché que j’ai failli ne plus jamais m’y intéresser.
Croyez-moi, après avoir vu « Solyent Green », il ne reste pas énormément d’espoir pour la terre et ses habitants. Il est d’autant plus d’actualité après le discours ignoble du nouveau président des USA qui prétend que l’effet de serre est une arnaque !

C’est réellement une histoire épatante qui mélange 2 genres = le futur et une procédure policière.
Vu que le roman a été écrit dans les années 1960, il est assez affolant de constater à quel point les auteurs de science-fiction avaient du futur une image très noire (pensez à « 1984 », entre autres). L’action du roman se situait à la fin des années 1990.

Le rôle du policier est tenu par Charlton Heston et je suis toujours agréablement surprise de savoir que dans les débuts de sa carrière, cet homme était un défenseur de l’écologie, des droits de l’homme – comment une personne pareille a-t-elle pu devenir un défenseur du port d’armes pour tous, je ne comprendrai jamais !
Son vieil ami l’archiviste est tenu par Edward G. Robinson, dont ce fut le dernier rôle. La dernière scène qu’il joue – le suicide assisté – est d’autant plus poignante que l’acteur se savait gravement malade et qu’il ne lui restait plus longtemps à vivre.
L’homme d’affaires qui se fait assassiner est interprété par Joseph Cotten, la ravissante Leigh Taylor-Young est  « l’objet » qui passe d’une personne à une autre, quant au garde du corps il est joué par Chuck Connors.
Ceux-ci sont les principaux protagonistes.

Certains critiques de cinéma ont décrété que « l’histoire n’était rien de plus qu’un mélo avec enquête policière, essayant de faire croire au destin funeste de notre terre » !

Personne à l’époque de la sortie du film ne semblait accepter l’idée qu’il serait temps de revoir les priorités pour la planète – on voit où cela nous mène.

C’est un film qui se situe dans la lignée des films d’anticipation comme « 2000 odyssée de l’espace », « Farenheit 451 » et « THX 1138 », ou encore « Logan’s run ».

Comment résoudre le problème de la surpopulation = dans les pays où le contrôle des naissances est normal, il ne se pose pas, sauf qu’il y a tant de pays dans le monde où la natalité est exponentielle que la limitation des naissances dans certains pays n’aide pas vraiment.
Cela me fait penser au dernier roman de Dan Brown « Inferno » ; je me demande parfois si ce qu’il dévoile comme solution dans son histoire ne serait pas la solution.

Les mers et la terre agonisent, notre monde ne va pas bien du tout, l’argent le domine.
Nous vivons une 3ème guerre mondiale qui est économique et malgré ceux qui luttent, on a un énorme sentiment d’impuissance.

On a dit à l’époque de la sortie du film qu’il s’agissait d’une exagération – le pire est arrivé, et ça ce n’est pas une exagération. 

L’auteur du roman Harry Harrison fut conseiller sur le film, c’est lui qui conseilla le montage en accéléré de l’évolution de la société industrielle du 19ème siècle à nos jours ; un enchaînement de photographies en plan fixe.

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05 juin 2017

LA REVANCHE DE VERMEER, de Jean-Pierre et Guillaume Cottet

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Texte de Jean-Pierre Cottet, dit par Pierre Arditi

Surnommé au 19ème  le « Sphinx de Delft » par Théophile Thoré alias William Bürger ou tout simplement « le maître de Delft » dans certains livres d’art, on sait peu de choses sur Johannes Vermeer, mort à 43 ans, probablement de misère, ruiné  à cause de la guerre qui opposa la France de Louis XIV aux ex-Provinces d’Espagne du Nord, indépendantes, vivant dans l’opulence et la paix, ce qui eut le don d’irriter Louis XIV, l’un des monarques les plus envieux, les plus mesquins que la terre ait porté.
En effet, la Hollande avait conquis les mers grâce à sa flotte de commerce et s’était enrichie grâce au commerce. 
Louis XIV demanda au peintre LeBrun de peindre la conquête de la Hollande sur le plafond de son château de Versailles,  offrANT une allégorie à la gloire du monarque absolutiste, où le roi est montré sous son plus beau jour et où la France a pratiquement apporté la paix à la Hollande, alors que les exactions des troupes furent aussi atroces que l’on peut se l’imaginer et la guerre elle-même dura 6 ans.
Louis XIV avait décidé de mettre la Hollande à genoux  et c’est ce qui se produisit, mais pas longtemps.
Les Hollandais refusant de céder leurs terres, préférèrent ouvrir les digues et noyer une partie du territoire conquis sur la mer.

C’était par le traité de 1648, instituant la paix de Munster, qui sépara les provinces du nord des Pays-Bas alors sous l’emprise des Espagnols que les Hollandais connurent paix et prospérité.
Les Hollandais gagnèrent des terres sur les mers, construisant force moulins qui pompaient et redirigeaient l’eau vers la mer. Des digues séparaient les terres de la mer. Par ailleurs la Hollande devint un pays très prospère grâce à ses bateaux qui sillonnaient les mers du monde – le commerce rendit le petit pays vraiment florissant.

D’un cours sur les notions d’histoire de l’art que j’ai eu le plaisir de suivre cet hiver, les 4 professeurs qui se sont succédés ont bien insisté sur le fait qu’il faut toujours replacer les œuvres des peintres dans le contexte historique de leur époque.
C’est également le propos des réalisateurs de ce très intéressant documentaire.

Tout le monde, à moins de vivre sur une autre planète, connait JOHANNES VERMEER désormais.
Il est fortement apprécié au Japon, par exemple, et cela ne me surprend guère car sa peinture toute en émotion intérieure est bien faite pour plaire à un peuple discret sur les sentiments.
Si par hasard on ne connaissait  que peu  d’œuvres, j’imagine que les suivantes ont déjà dû frapper le public = « la jeune fille à la perle », qui fit l’objet d’un roman de Tracy Chevalier, adapté à l’écran avec Colin Firth dans le rôle de Vermeer  (certainement l’une des pires erreurs de casting possible !) et bien sûr qui ne connaît pas « la Laitière » qu’une marque de desserts lactés a carrément détournée.

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Dans le livre « le Musée retrouvé de Marcel Proust », le tableau est cité comme son préféré et un extrait de « la vue de Delft » (voir ci-dessus), figure en bonne place dans « la Recherche », au point que le personnage de Bergotte en meurt pratiquement d’émotion.

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Salvador Dali fut aussi obsédé par lui et le peignit au zoo, le tableau ayant été placé dans la parcelle du rhinocéros, avec l’espoir que l’animal l’encornât ; au lieu de cela, la bête fut totalement indifférente à l’objet et Dali dut lui-même encorner le tableau.

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Edité grâce à l’exposition sur « Vermeer et les peintres de genre » au Louvre à Paris – que je n’ai pas eu le plaisir de découvrir, mais je me suis consolée en suivant ce film fort bien conçu abordant tant l’histoire qu’un pan de la vie personnelle du peintre, même si de celle-là on sait relativement peu de choses, si ce n’est qu’il naquit au sein d’une famille de commerçants, pas très riches au départ mais qui acquirent une aisance certaine grâce au père de l’artiste qui était à la fois aubergiste et marchand de tableaux.
S’il fut surnommé le « Sphinx de Delft » c’est justement par le peu que l’on connaît de sa vie, de ses apprentissages.
Il est vrai que contrairement à Vincent van Gogh, nous n’avons pas une abondante correspondance pour en savoir un peu plus, et pas d’autoportraits non plus, à la manière de Rembrandt (dont on dit qu’il est l’ancêtre des « selfies » vu le nombre d’autoportraits).

Né en octobre 1632, c’est probablement grâce aux tableaux que vendait son père que Vermeer prit goût à la peinture – comme un jeune homme, ayant des visées artistiques, se devait de faire un apprentissage d’au moins 6 ans avant d’avoir le droit de devenir indépendant selon les directives de la guilde de saint-Luc, on se doute qu’il fit ses classes chez les maîtres de son époque, qu’il changea peut-être 5 fois de maître.

En 1653, Vermeer se marie avec une jeune femme issue d’un milieu bourgeois très aisé, catholique – peu après d’ailleurs il se convertira au catholicisme, ce qui fit se demander s’il le fit par opportunisme ou par foi réelle – on ne le saura pas, mais toujours est-il que ses 3 premiers tableaux sont des scènes chrétiennes.
Le couple aura 15 enfants, dont 11 survivront et parmi lesquels il y eut 7 filles.
Il n’est pas impossible que la production artistique de Vermeer se ralentit après ces naissances car, vivant chez sa belle-mère grâce à qui le couple et ses enfants purent vivre correctement, les enfants courraient partout, pleuraient, riaient, jouaient.
Or les peintres en général, et Vermeer en particulier, ont besoin de calme et de sérénité pour se concentrer sur leurs sujets.
La belle-mère de Vermeer joua un rôle important dans sa vie, elle le mit en rapport avec des commanditaires, fit sa promotion auprès des gens de bien comme elle, vendit certains tableaux et aida le couple matériellement.

Le seul tableau où l’on pense qu’il s’est mis en scène est « l’Entremetteuse » où le jeune homme à gauche regarde le spectateur. 
Certains ont supputé qu’il aurait aussi donné ses traits à « l’Astronome » et au « Géographe », mais sans certitude.

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La peinture de genre, comme vous le savez, est une peinture de scènes de la vie quotidienne, domestique ou autre – certains tableaux de peintres de l’époque n’hésitent pas à montrer des scènes de tavernes où l’on s’enivre, d’autres montrent des scènes d’intérieur où les femmes passent leur temps à briquer ou torcher des enfants, d’autres encore nous proposent carrément des scènes de bordel, parfois explicites surtout pour un pays de protestants calvinistes et enfin des scènes « médicales », où l’on voit des malades ou des mourants visités par le médecin.
Johannes Vermeer va redonner une image nettement plus digne à ces scènes de genre. Celles-ci ne sont guère aussi appréciées que les tableaux mythologiques qui prouvent l’érudition du peintre, ou les portraits qui sont autant de commandes des grands bourgeois.
Vermeer va peindre des scènes toutes en délicatesse, avec ses codes bien à lui. Les peintres jusqu’alors utilisaient « l’Iconologia » un traité des codes et symboles de la peinture, conçu par Cesare Ripa.
Vermeer estime ces symboles-là comme ayant vieillis et étant dépassés – il veut créer ses propres symboles comme par exemple = la fenêtre à gauche, le jeu des lignes et des perspectives qui donnent « la structure Vermeer », comme le dira Maurice Merleau-Ponty.
Johannes Vermeer va prouver que la peinture de genre peut montrer des scènes dans une société de bon goût, cultivée, où hommes et femmes sont élégamment vêtus et éduqués.
La société montrée par Vermeer est modeste et pleine de dignité, de pudeur, même si parfois certains personnages ont un petit côté provocateur, comme les lèvres de la jeune fille à la perle ou celles de la jeune fille au chapeau rouge.

Certains ont critiqués sa répétitivité, comme par exemple les mêmes objets dans la plupart des tableaux = astrolabe et globe terrestre, carafe, verre à vin, tapis, rideaux, cartes géographiques au mur ou partie de tableau – c’est ce que Marcel Proust appelait, au contraire, « les fragments d’un même monde ».

Son « Art de la peinture » est une allégorie, prouvant qu’un artiste est un érudit = Clio, muse de l’histoire, se tient devant la fenêtre, sur la table se trouvent des objets montrant d’autres arts, carte géographique au mur, et le peintre de dos dans un habit démodé.
C’est une mise en abyme = le peintre et son sujet, celui-ci étant la muse, quant au peintre c’est Vermeer lui-même, mais de dos. Clio porte-t-elle le manuel de Ripa sur les symboles/codes de la peinture ? elle tient aussi une trompette représentant la renommée.

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Chez Vermeer, les personnages ont des gestes précis, ils sont absorbés par ce qu’ils font. Comme « la Dentellière » par exemple, aux gestes attentifs à ce qu’elle fait. Vermeer peint l’activité et la réflexion, le silence et la solitude, ainsi que la pensée (la seule force qui contrarie le temps).
Et cette « Jeune fille lisant une lettre », de qui émane cette lettre ? son visage ne laisse rien deviner – si l’on s’en tient aux codes de la peinture de genre, cette lettre devrait être celle d’un soupirant. Le peintre y joue avec la lumière, ce qu’il fera à travers toutes ses œuvres = du visage aux cheveux, puis la robe.

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On ne connaît que 2 paysages de Vermeer = la vue du port de Delft (ci-dessus) et une ruelle de Delft.
La ruelle a-t-elle existé ? rien n’est moins sûr – on y voit, chose rare chez Vermeer, deux enfants jouant, une dame cousant et une servante qui nettoie. A nouveau, le calme des gestes, le silence qui entoure les personnages.
Quant au port de Delft, il n’était certainement pas aussi serein et calme que le peintre nous le montre. Delft était une cité prospère et son port était fort animé.

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Johannes Vermeer mourut totalement ruiné, il fut même obligé d’emprunter pour vivre ; la Hollande ayant été appauvrie par Louis XIV, les commandes s’étaient faites beaucoup plus rares, certains fermages de sa belle-mère avaient disparu lorsque les digues furent rompues pour inonder les terres afin de noyer la soldatesque française.

Je ne peux que recommander de visionner ce documentaire, mon résumé me paraissant bien incomplet ; il apporte certaines réponses, si non toutes – mais qui, en art, connaît  toutes les réponses ?
Je terminerai par cette belle citation de Leonard de Vinci = la peinture est une activité mentale – l’artiste reconstruit le rêve – c’est sa liberté qui le différencie de l’artisan. 
Et sur une question que j’ai trouvée intéressante, voire importante = pourquoi chercher des raisons à la peinture de Johannes Vermeer ?
Cela pourrait aussi bien s’adresser à toutes les œuvres en fait – trouver un sens à un tableau est-ce nécessaire ?
Cela énervait particulièrement Jackson Pollock qui estimait que cela ne servait à rien de le savoir, ce qui était important était que l’on aime le tableau ou non.

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