mon bonheur est dans la ville

24 février 2020

EVIL GAMES, d'Angela Marsons

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2ème enquête de l’inspectrice Kim Stone

Un violeur, ayant purgé la majorité de sa peine, se retrouve libre – sans réellement l’être vu la pression sociale autour de la maison de sa mère où il habite à nouveau. Les voisins qui changent de trottoir, le pavé jeté sur la fenêtre, les mots d’insultes dans la boîte aux lettres ou les coups de téléphone injurieux ; personne ne lui a pardonné, vu la brutalité des événements et pourtant l’homme avait témoigné un véritable remords durant son passage en prison. Il n’aura pas eu le temps de « profiter » de cette soi-disant liberté longtemps car sa victime l’a poignardé, a porté plusieurs coups à son corps.

L’inspectrice de police Kim Stone est chargée de l’enquête, en compagnie de son sergent préféré, Bryant, qui est nettement plus doué pour la diplomatie qu’elle – rien ne le fait plus ricaner que lorsqu’elle lui dit, lors d’un interrogatoire « essayons la méthode souple ».

L’enquête autour du meurtre du violeur amène l’équipe des enquêteurs à croiser la route de la psychiatre qui traitait la victime – la veille Alexandra Thorpe lui avait proposé une séance de visualisation pour que Ruth se sente délivrée de sa peur, de la lumière de vie, que son violeur lui avait prise.
Alex Thorpe n’est pas seulement une psychiatre très coûteuse à titre privé, mais effectue un travail de psychiatre bénévole dans un centre pour anciens détenus ayant purgé leur peine mais très perturbés et ne pouvant encore retourner dans la soi-disant civilisation. Seulement, certains ayant été traités par ms. Thorpe commettent en peu de temps de véritables crimes.

A côté de l’affaire du violeur poignardé, Stone et son équipe s’occupent aussi d’un père ayant abusé ses enfants, où le coupable risque de s’en sortir à cause d’une bavure d’un flic.

Kim Stone et son adjoint étudient tous les cas d'Alexandra Thorpe,  rencontrent la psychiatre, qui dit ne pas comprendre ce qui s’est produit.
Stone n’est pas dupe du jeu de Thorpe, par contre, le sergent Bryant ne voit rien de suspect en elle. Si seulement il savait.
Lorsqu’elle est confrontée à la détective, la psychiatre voit là une occasion supplémentaire de briller. 

Un jeu de chat et souris s’installe.

Mon avis = un autre passionnant thriller – une partie de bras de fer entre une détective qui a compris qui elle a devant elle et une sociopathe, manipulant ses patient.e.s pour une étude qui doit encore lui valoir plus de lauriers.

La détective traîne un lourd passé, elle a élevé des barrières autour d’elle, préfère ne pas avoir de vie sociale (je me demande toujours ce qu’on entend par cela =^-^=), mais elle reste vulnérable et sa nemesis le comprend rapidement, et avec ce pouvoir décide d'en jouer.
Je ne dévoile aucun spoiler en parlant de la confrontation détective/psychiatre, le livre divulgue cela dès le début de l’histoire.

Le suspense est, comme je le dis plus haut, dans la partie de bras de fer,  formidable jusqu’à la fin – je crois que je m’en souviendrai longtemps de cette histoire, surtout par la froideur, la méchanceté pure émanant de la psychiatre censée aider les gens – elle ressemble à un serpent hypnotisant ses victimes avant de les mordre – ici les abandonner au sort qu’elle leur a réservé au cours des séances de thérapie – on croit découvrir des gens possédant une certaine empathie, au lieu de cela on se retrouve totalement manipulé et coincé sur un chemin de non-retour.

Si vous aimez les thrillers qui vous laissent le souffle court par instant, n’hésitez pas à lire celui-ci – en plus d’un excellent thriller, c’est aussi une belle étude de caractères.

Je ne comprends pas pourquoi il n’a pas été traduit alors que le premier polar d’Angela Marsons l’a été – il y a quelques touches d’humour (souvent noir) entre l’équipe policière, parfois quand l’horreur est telle, on n’a que cela pour lâcher un peu de lest et ne pas emporter l’horreur partout avec soi.

On dit de cette autrice qu’elle écrit des thrillers et polars de la veine de Val McDermit que je n'ai jamais lue et autres auteur.e.s d’excellents polars.

le black country - ainsi dénommé pour les mines d'acier et charbon,
qui n'est plus désormais qu'un lieu de randonnées ou villages abandonnés 

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22 février 2020

LE PENDU DE SAINT-PHOLIEN, de Georges Simenon

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Le commissaire Maigret est en mission à Bruxelles et son attention est attirée par un homme dont il trouve l’attitude suspecte et effectivement, l’homme – bien que pauvrement vêtu – emballe une grosse liasse de billets de banque. Intrigué, Maigret le suit, l’homme s’achète une valise et Maigret, aussi impulsivement qu’il l’a suivi, achète la même valise – un geste qu’il regrettera (un peu) plus tard.
L’homme embarque dans une train pour Brême, dans le nord de l’Allemagne, il y prend une chambre dans un hôtel minable, et Maigret – qui entretemps a échangé sa valise contre celle de l’inconnu - prend la chambre contiguë. Il observe ce qui se passe par le trou de la serrure ;   lorsque l’homme constate l’échange des valises et que celle qu’il pensait être la sienne ne l’est plus, il se suicide d’une balle de révolver dans la bouche.
Maigret ne s’attendant pas à cela, se sent un peu coupable.

Dans la valise de l’inconnu, qu’il avait donc emportée à la place de l’autre, le commissaire découvre un costume taché de sang. L’homme dont il a trouvé le passeport s’appelle Jeunet, mais en y regardant de plus près, il s’agit d’un faux. 

A la morgue du patelin allemand, Maigret qui a reçu carte blanche,  demande l’étude du costume par le laboratoire ; un homme d’affaires jovial lui adresse la parole – il s’appelle Van Damme, est liégeois, mais travaille dans le nord de l’Allemagne. Ce Van Damme l’invite à prendre l’apéro, l’invite même à dîner, trop content de parler français, dit-il. Une jovialité toute de façade, dont Maigret risque de faire les frais.

Revenu à Paris, le commissaire qui a fait passer un portrait dans les journaux, rencontre la femme, puis le frère du suicidé – dont le vrai nom est Lecocq d’Arneville.

Maigret se retrouve à Liège pour les besoins de l’enquête et manque de se faire assassiner – une fois de plus – la fois précédente, il a été bousculé par Van Damme sur les bords de la Marne en retournant en voiture à Paris avec lui – l’homme nie, évidemment ! « vous avez glissé commissaire »

Maigret est peut-être un homme placide, mais se faire tirer dessus ne le met pas de bonne humeur. Dans ce qui était une chambre d’étudiants, il retrouve 3 des personnes concernées par l’affaire, pour lui parler de Klein, l’un des leurs il y a dix ans et qui s’est pendu à la porte de l’église Saint-Pholien.

Ces « survivants » se mettent enfin à parler.

Mon avis = un peu angoissant, mais un peu simpliste aussi - Georges Simenon c’est le drame assuré, que ce soit un polar avec Maigret, ou l’un de ses romans durs (souvent très durs).

Ce roman-ci m’a immanquablement fait penser à la chanson de Jacques Brel « Les Bourgeois », avec cette histoire d’étudiants, qui avaient créé une « société secrète «  intitulée Les Compagnons de l’Apocalypse qui buvaient trop, qui mangeaient trop peu, qui invitaient des filles à partager leurs beuveries, jusqu’au jour de noel presque 10 ans auparavant – presque 10 ans, dans 28 jours il y aurait eu prescription si le commissaire ne s’était pas mêlé de leurs histoires.

Ce que je n’ai pas trop compris, est comment Maigret a substitué des coupures de journaux dans la valise du mort (avant qu’il ne meure).
Il y a dans les romans certaines lacunes qui sont parfois agaçantes  (je sais je suis une pinailleuse =^-^= ). 

Et pourquoi aussi trouver le comportement de Jeunet/Lecocq suspect ? le type ne faisait rien de spécial, d’accord il emballait des liasses de billets, mais enfin ça ne le regardait pas  Maigret (j’imagine que quand on est policier, on trouve vite que les autres ont un comportement suspect – mais tout de même, de là à échanger des valises et provoquer un engrenage quasi mortel).

Il y a dans le roman les « pauvres » étudiants d’un côté et ceux issus de bonne famille de l’autre – au total 7 gars dont les beuveries dérapent.
Les pauvres en veulent aux plus bourgeois finalement, quand on a bu et qu’on a le ventre vide, ça énerve grave – ces scènes sont décrites avec beaucoup de réalisme quand les étudiants devenus des bourgeois à leur tour racontent leurs péripéties passées.

L’atmosphère de fin d’année, l’hiver à Liège, est décrite avec l’habituel réalisme de Simenon, l’histoire n’est pas drôle, vous vous en doutez.

Je poursuis, grâce à mon cours sur « Simenon au cinéma » les enquêtes du commissaire à la pipe, qui sont finalement des romans très courts, même si lourds d’une ambiance tendue et glauque (à propos, glauque est une jolie couleur qui ressemble à un gris vert très doux, je me demande pourquoi c’est devenu un adjectif cafardogène =^-^=)

Il paraît que ce roman est inspiré de faits réels = le diacre de l’église Saint-Pholien, reconstruite depuis, découvrit un matin un pendu à la porte de l’église.

Simenon a écrit son polar en 1930-1931.

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21 février 2020

THE STRANGER DIARIES, d'Elly Griffiths

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Titre français  = Le Journal de Claire Cassidy

Clare Cassidy, 45 ans, est professeure d’anglais dans le collège Tagarth, installé dans la maison même qu’habita R.M. Holland, dont Clare espère toujours finir la biographie. Passionnée de littérature anglaise, plus particulièrement des romans gothiques de l’ère victorienne, Clare tente de faire partager cet engouement à ses élèves, mais aussi aux adultes qui suivent ses cours d’écriture créative au moment des vacances.
Sa fille Georgia ne semble pas intéressée aux mêmes choses que sa mère, ce qui semble normal aux yeux de Clare, même si elle le déplore vivement. Georgia (Georgie pour les amis) a 15 ans et comme tou.te.s les adolescent.e.s ne montre que peu d’intérêt pour ce que fait sa mère.
Le plus dur, pour Clare, sont les fins de semaines ou les vacances que Georgie doit passer chez son père, qui espère obtenir la  garde de sa fille dans sa nouvelle famille. Le couple ne s’entend réellement pas quant à l’éducation de Georgie, et certainement pas concernant son petit ami, de 6 ans plus âgé qu’elle, mais que Clare tolère parce qu’elle l’a rencontré et qu’il semble sérieux.

Et puis, il y a encore Herbert, le chien de Clare et Georgia, le style multiracial, dont on ne sait pas toujours où est la tête et où est la queue, tant il est bouclé. Il joue et jouera un rôle primordial dans leur vie.

Lorsque Ella, une bonne amie de Clare, également professeure d’anglais pour les classes supérieures, est assassinée, un mot est trouvé près d’elle  « Hell is empty » - cela est une citation qui figure dans le roman de Holland, mais aussi dans Shakespeare.

C’est la détective-sergente Harbinder Kaur qui prend les rênes de l’enquête en compagnie de son collègue le sergent Wilson.
Dans le duo « good cop bad cop » c’est DS Kaur qui joue le « bad cop » - dès qu’elle rencontre Clare Cassidy, elle la prend tellement en grippe par son élégance, ses manières sophistiquées, qu’elle a envie de la boucler.
Elle semble effectivement être la coupable idéale, car aussi bien élevée qu’elle soit, il n’est pas impossible que Clare ait pu être jalouse de son amie.
Celle-ci a eu une brève aventure avec un autre prof de l’école, qui en fait avait poursuivi Clare de ses assiduités.  La jalousie, l'envie, comme l'avidité sont d'excellents motifs.

Clare Cassidy a l’habitude de tenir un journal depuis de longues années et quel n’est pas le choc qu’elle éprouve lorsque dans le plus récent figure une phrase dont l’écriture est identique au mot trouvé chez Ella.
Celle-ci était également harcelée par un des ses élèves ayant le béguin pour elle.

Peu après, c’est Richard Lewis qui est  découvert assassiné, dans le bureau même de R.M.Holland – bureau se trouvant dans les combles de la maison Tagarth. Lewis était le prof qui en pinçait pour Clare avant Ella. 
Avec toujours un petit mot écrit de la même  main mais qui n’est pas celle de Clare, heureusement pour elle.

Quand l'ex-mari de Clare est attaqué au couteau à Londres,  la détective assouplit les angles et commence à faire plus attention à  Clare, qui risque d’être la prochaine victime. 

Mon avis = excellent thriller – j’ai l’habitude (régulièrement) d’entreprendre la lecture de plus d’un livre à la fois, et j’étais partie sur un livre que j’avais fort envie de lire depuis bien longtemps – puis, impulsivement, j’ai feuilleté ce titre-ci sur ma liseuse et j’ai été accrochée dès les premières pages au point d’abandonner temporairement l’autre roman – je n’ai réellement eu de cesse que de terminer ce « Journal », qui entre nous est erronément intitulé en français « le Journal de Claire Cassidy ».
D’abord il ne s’agit pas que de son journal à elle-seule, mais aussi des deux autres principales protagonistes, à savoir la détective chargée de l’enquête et aussi de la fille de Clare, Georgia – de plus, il est question dans ce thriller d’un autre journal, celui d’un écrivain de romans gothiques, célèbre à l’époque victorienne.
Pourquoi ne pas avoir tout simplement utilisé la traduction « Le journal de l’Inconnu » ?
Bref une fois encore je n’aime pas le titre français, cela devient une habitude chez moi, (je me demande si je ne suis pas un peu psychorigide concernant les traductions de titres =^-^=)

Quant à la trame, elle est structurée en trois couches plus des extraits du journal « The Stranger » de R .M. Holland (l’Inconnu dans la version FR).
J’ai apprécié que l’histoire s’écrive du point de vue des trois femmes importantes du roman = Clare Cassidy, Harbinder Kaur et Georgia Newton.
Avec une nette préférence pour la détective sergente  Kaur, une Indienne de la 2ème génération, qui ne mâche pas ses mots, qui vit toujours chez ses parents, qui est homosexuelle, ne le cache pas d’ailleurs.
Ceci dit, j’ai trouvé cela un peu cliché ; on dirait que désormais dans les polars, il faut nécessairement un personnage ethnique, de préférence féminin pour être politiquement correct, et que l'un des protagonistes soit homosexuel.
J’avais déjà remarqué cela dans les récentes enquêtes de l’inspecteur Alan Banks, personnage principal de Peter Robinson, qui a désormais des inspectrices noires en plus de son habituelle équipe travaillant pour lui.

C’est dans l’air du temps je suppose, tout comme le sont dans ce thriller-ci les nouvelles technologies comme les smartphones utilisés compulsivement par les adolescent.e.s, facebook mentionné également, ainsi que d’autres sites soi-disant sociaux très à la mode désormais.
Par contre ce que j’ai beaucoup apprécié dans le roman, sont les multiples références littéraires qui jalonnent l’histoire.
Une chose positive également dans ce thriller est le coupable que je n’avais absolument pas deviné, même pas soupçonné. Et un excellent rebondissement final.

Un bon point pour l’autrice Elly Griffiths dont j’apprécie la série « Ruth Galloway », une archéologie qui se retrouve régulièrement mêlée à un meurtre.

 un autre avis sur ce thriller sur lenezdansleslivres

19 février 2020

SANS TOIT, NI LOI, d'Agnès Varda

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Dans la thématique = Les Profs font leur cinéma

Réalisation d’Agnès Varda – 1985 – sur un scénario d’Agnès Varda

La marche est une  saine  occupation,  libératrice, qui ressource. Mais l’errance, sans but réel, peut conduire à la mort.
C’est le cas de Mona, retrouvée morte dans un fossé, sans papiers d’identité – la voix off nous dit « d’un fossé elle se retrouvera dans une fosse commune » – peu à peu, on remonte le temps pour savoir comment elle en est arrivée là.

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Mona est une jeune femme qui a tout quitté volontairement et parcourt les routes du Gard, sans but, tout droit où la mènent ses pas.
Avec des rencontres intéressantes, d’autres beaucoup moins.

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Mona n’est pas à plaindre, elle vit la vie qu’elle a voulue, dort sous sa tente, travaille un peu, par ci, par là pour avoir un peu de thune pour s’acheter à manger, à boire, des cigarettes surtout.

Chacun, chacune, de ceux/celles qui croisèrent sa route viennent brièvement nous dire ce qu’ils ont ressenti face à elle – la plupart ont été déconcertés, certain.e.s attendri.e.s ; d’autres exaspéré.e.s, choqué.e.s, dégoûtés comme le jeune assistant de l’universitaire impliquée dans les soins aux platanes, rongés par un champignon.
Lorsqu’on l’interroge, Mona qui était secrétaire, avoue qu’elle aimerait garder des enfants, ou éventuellement des animaux.
Mona c’est une enfant sauvage, réfractaire incomprise, dont l’humeur balance sans cesse entre insouciance et mauvaise humeur, en fait elle vagabonde d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre. En stop si on veut bien l’emmener. Car elle est sale, même très sale.

De gare en forêt, de ferme en vignoble, sa route croisera une gentille petite femme d’ouvrage chez une vieille dame au neveu infect, une élégante universitaire préoccupée par la mort des platanes, un couple d’universitaires transformés en bergers, un ouvrier  tunisien tailleur de vignes,
Et puis, la fin de l’errance, dans un squat où elle perdra ses affaires dans un incendie – elle en meurt de froid, après avoir été prise dans la fête des pailhasses.
Salie par eux, salie jusqu’au bout de son errance.

Mon avis = positif, mais coup de poing à l’estomac pour moi – je réalise à quel point Agnès Varda (la voix off) nous fait comprendre la marginalisation de ceux qui n’ont pas envie d’être conformes, qui sont sales et donc repoussés parce que considérés comme repoussants.

Mona est magistralement interprétée par Sandrine Bonnaire, 17 ans au moment du tournage, qui semble habitée par le personnage qui marche dans ce sud où, on l’oublie parfois, les nuits sont très froides en automne, ou au printemps.
Yolande Moreau dont c’est le premier rôle au cinéma est touchante en petite femme d’ouvrage, amoureuse d’un loubard profitant d’elle.
Macha Méril est la professeure d’université, qui finit par avoir comme de l’affection pour Mona. Son assistant est joué par Stéphane Freiss, que j’ai trouvé parfaitement antipathique, qui réserve d’ailleurs une surprise aux spectateurs.

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Agnès Varda a aussi utilisé des non-professionnels dans des petits rôles et cela donne au film un caractère semi-documentaire.

A propos de la Thématique = c’est la professeure de cinéma, Muriel Andrin,  qui introduit l’histoire du film et la genèse  d’Agnès Varda dont le but, lorsqu’elle décida de devenir réalisatrice, était de montrer au cinéma des personnages féminins que l’on n’avait pas l’habitude de montrer ; des femmes autres que l’image du cinéma français montrait à l’époque.
Pour exemple = Cléo de 5 à 7, tourné en temps réel.

J’aurai encore l’occasion de suivre d’autres cessions de cette thématique, et j’avoue une certaine impatience à découvrir ce que des professeur.e.s ont choisi comme illustration au cinéma de leur cours.

Anecdote = La fête des pailhasses dont il est question dans le film dure trois heures, commençant juste avant le carême, elle commença lorsqu’un village se prit de haine pour un autre à cause des chênes – ceux qui venaient pour couper des branches furent pris à partie par les habitants du village estimant que les chênes leur appartenaient.
Il y a des « Blancs », c'est-à-dire des non déguisés – ceux-ci ont des torchons imbibés de lie de vin et de boue, et salissent ceux qu’ils arrivent à coincer.
Dans le film c’est extrêmement agressif, brutal.
Agnès Varda a dû tourner la scène ailleurs que dans le patelin, n’ayant pas reçu l’autorisation des organisateurs.

16 février 2020

LA GRIFFE DU CHAT, de Sophie Chabanel

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A Lille s’est ouvert il y a quelque temps un « Bar à Chats », c’est tendance.

La commissaire Romano et son lieutenant Tellier sont appelés sur place car le patron des lieux s’est tué d’une balle dans le ventre – et RURU le persan de la maison (nom véritable Rubis) s’est fait la malle, dès qu’il a entrevu la porte ouverte !

La veuve actuelle – oui il y en a une autre qui se prétend aussi la veuve, la première épouse de Nicolas Peyrard – donc la veuve n°1 comme dit Romano est catastrophée – oui, mais pas parce que son mari baigne dans le sang,  parce que son  RURU a disparu, son magnifique chaton, son amour.
Romano sent qu’elle va bientôt s’énerver,  heureusement Tellier, son lieutenant, prend le relais dans l’interrogatoire.

Lorsqu’arrive le rapport du légiste, il semblerait qu’il s’agisse d’un meurtre et non d’un suicide comme tout le monde l’avait cru. Il est temps donc d’enquêter.

On commence par les connaissances du mort, à savoir la première épouse, la divorcée, et le meilleur ami, le seul d’ailleurs, à savoir un présentateur vedette de télévision, charmeur, beau gosse, qui n’hésite pas à faire du charme à Romano qui doit se rendre à Paris pour l’interroger.

Pendant ce temps, le lieutenant Tellier, son meilleur adjoint, a des problèmes avec la directrice de l’école où sa petite Rose, sa plus jeune fille, se fait harceler. C’est embêtant comme situation car du coup Tellier est souvent absent ou tellement préoccupé qu'il pense à autre chose qu'à l'enquête.

La commissaire cherche du côté du maire de la ville de Bailleul, contre lequel Peyrard semble avoir un fameux ressentiment. Serait-ce une vendetta, le maire aurait-il payé un tueur à gages pour assassiner Peyrard ? Après tout, ce dernier a fait capoté un projet de parc à thèmes, genre Disneyland de la première guerre mondiale.

Surtout lorsque le service des  empreintes découvre celles de Max le Fou sur le collier de RURU qui a réapparu ; Max le fou, un tueur à gages, dealer, et autres petites choses comme celles-là. L’affaire prend un tournant étrange.
Etrange peut-être, mais ça ne nous livre toujours pas l’assassin.

Mon avis = positif - sympathique petit polar, qui m'a fait glousser du début à  la fin - un ton généralement caustique qui me plaît énormément - une bonne intrigue, je n'ai découvert la personne coupable que quelques pages avant la commissaire Romano (oui je sais je fais mon intéressante, j’ai l’habitude =^-^=)

Et lorsqu'on s'appelle  CHAbanel, il est  logique que l'on se lance dans des romans où les chats sont en vedette, ou presque – ici, il fait surtout de la figuration. 

Une histoire divertissante, une commissaire sympathique, accro au junk food, mais qsui fait du sport pour se dédouaner - deux lieutenants sympas mais parfois pompants – dont on découvre les problèmes au fur et à mesure de l’intrigue. La publicité du polar prétend que la commissaire est « borderline », je n’ai pas trouvé cela du tout.
Elle est au contraire compréhensive et sympa avec ses adjoints, ce sont les suspects et/ou témoins qui l’énervent. 

De bons ingrédients = suspense, humour – c’est toujours gagnant.
Chaudement recommandé pour se changer les idées – et j’espère  lire bientôt le 2ème polar de la série.

J’ai aussi découvert, grâce à ce livre, le musée Benoît-De-Puydt à Bailleul – un musée de « textes fantômes » - si vous vous demandez ce que c’est, voyez ici.

De  plus on se promène un peu dans Lille, qui est une ville que j’aime particulièrement.

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Le billet de joëlle-labibliothèquedudolmen, qui m'a donné envie de lire ce livre.

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13 février 2020

LES TRICHEUSES, de Patricia Ide

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Une libre adaptation du court roman (novella) de George Moore « the singular life of Albert Nobbs »

Mise en scène = Michel Kacenelenbogen assisté d’Anne Sylvain, avec la collaboration de Lou Kacen

Costumes = Chandra Vellut, assistée de Cécile Manokoune & Laure Norrenberg

Scénographie & Lumières = Renata Gorka & Laurent Kaye

(les photos illustrant mon billet ont été trouvées sur le site du théâtre)

Un homme arrive sur le devant de la scène, pendant qu’un autre jeune homme promène son chien. L’homme nous raconte qu’il est arrivé  à la nage sur cette île et qu’il ne pourra sans doute pas s’en aller car il est un déserteur = brancardier pendant la première guerre mondiale, en 1917 quand son meilleur ami a été gazé, il a fui toute cette boucherie, ce sang qui vous colle au corps – il a couru puis nagé jusqu’à cette île, où il a abouti dans la pension de famille de madame Madeleine.

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La pension de famille est en piteux état et arrive William pour donner un coup de peinture aux châssis. Il est accompagne de son chien.
Dans la pension il y a monsieur Jean, le majordome et Félicie, jolie femme de chambre qui en pince pour le marchand de charbon.
Madame Madeleine était une aventurière, ayant délaissé son enfant, regrettant ne plus pouvoir faire le tour du monde « comme avant » ; Filibert le docteur ou celui faisant office de, lui fait régulièrement une piqûre pour qu’elle aille mieux.
Lorsque madame Madeleine exige que monsieur Jean accepte la présence pour une nuit de William, Jean refuse violemment – mais n’emporte pas son argument.
Pendant la nuit, sera dévoilée la raison de ce refus. William, qui se moque d’abord, lui fait comprendre que lui aussi a un secret et une épouse sur le continent.

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Jean offre un nouveau chapeau à Félicie et la demande en mariage lorsqu’elle est enceinte du marchand de charbon qui ne veut plus d’elle. Elle refuse cette affection sincère, surtout lorsque Jean dévoilera son secret. Il quitte la pension et Madeleine renvoie Félicie, ne voulant pas d’un bâtard dans sa pension.
Mais Jean n’a pas dit son dernier mot.

Mon avis = enthousiaste - j’avais regretté ne pas avoir vu l’adaptation cinématographique de la novella de Moore – l’adaptation remplie de clins d’œil de Patricia Ide lui rend un bel hommage – bel hommage aussi à toutes les femmes du début du siècle, qui tentaient tant bien que mal de briser le carcan dans lequel on les figeait.

L’interprétation est épatante = Madeleine (Patricia Ide),  monsieur Jean (Magali Pinglaut), Félicie (Chloé Struvay), Jeanne Kacenelenbogen (William), Frederik Haùgness (Filibert) – d’autres comédiennes complètent la distribution -  je n’ai hélas pas le nom du joli chien qui a tout de même un court rôle de figurant et qui est venu saluer sous les applaudissements du public.

Applaudissements amplement mérités, j’ai réellement apprécié cette comédie dramatique, comportant quelques rebondissements, mais surtout formidablement bien interprétée et totalement actuelle.

LES NEUF FEMMES DE SHERLOCK HOLMES, d'Arthur Conan Doyle

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Non, il n’est pas devenu polygame – dans ce  court recueil, les éditions « Omnibus » ont compilé neuf enquêtes du grand détective consultant, pour prouver que contrairement à sa légende, il n’est pas misogyne.
Là sincèrement je ricane, car Arthur Conan Doyle était très opposé à la cause des femmes, aux suffragettes, dont il n’avait apparemment pas capté les justes revendications – pour l’écrivain, la place d’une femme était à la maison, gérer ladite maison, élever les enfants. Ce qui se retrouve dans chacune des nouvelles.
Eventuellement, il admettait qu’une femme pouvait être gouvernante ou dactylo si la famille avait besoin d’un revenu supplémentaire, mais son « ouverture d’esprit » s’arrêtait là et effectivement les femmes dans ces nouvelles sont soit des épouses malheureuses, soit des jeunes filles devant travailler car pauvres.

La seule femme « libre et indépendante » que Doyle créa pour damer le pion à Holmes était la grande Irène Adler, LA femme.

C’est par « Un Scandale en Bohème » que commence le recueil, où l’on peut constater les tribulations de Sherlock Holmes pour aider un prince, qui finalement ne s’avère pas être un gentleman. Avec une héroïne qui s'avère plus astucieuse que le "grand" homme.
Les autres nouvelles sont = Une Affaire d’identité – la Bande tachetée – La Cycliste solitaire – Charles Augustus Milverton – Le manoir de l’abbaye – La disparition de lady Frances Fairfax – La pensionnaire voilée – La Boîte en carton.

Je ne vais pas les résumer, ce sont des courtes nouvelles faisant partie du « canon holmésien » - le fil conducteur y est toujours le même au point que c'en finit par être agaçant = soit une jeune fille est sujette au harcèlement d’un soupirant, qui en veut à son héritage ; soit il s’agit d’une femme ayant subi des violences conjugales et espérant échapper à un mari ivrogne et violent.
Il est dit dans les commentaires du recueil qu’il mettait en lumière les femmes qui ont compté dans la vie de Holmes => même pas vrai, c’est le sujet, la raison de l’enquête qui l’intéresse, la femme est simplement le prétexte de la mise en route de l’enquête.

Les deux seules nouvelles qui trouvèrent grâce à mes yeux sont évidemment le « Scandale » et aussi « La Cycliste solitaire », où une jeune femme se rendant à la gare vers son travail ou retournant vers la gare en fin de semaine, est suivie par un homme à barbe noire, qui se cache dès qu’elle s’arrête et regarde en arrière. (tous les hommes déguisés ont systématiquement une barbe noire !)

Ce qui m’a frappé en lisant ce recueil c’est la trame quasi identique d’une nouvelle à l’autre, il y a très peu d’originalité dans les nouvelles écrites par le docteur Watson/Doyle.

Finalement, j’ai compris que la seule aventure de Holmes & Watson que j’apprécie vraiment  est celle du « chien des Baskerville ».

Et j’en suis à me dire qu'en définitive  je préfère les pastiches écrits par d’autres auteurs. 

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12 février 2020

ABIGAIL MAY ALCOTT, la véritable AMY MARCH

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portrait de May Alcott par l'artiste rose peckman

Dans « Little Women » nouvelle version qui sort sur les écrans cette semaine, Jo March, dont le portrait est celui semi-autobiographique de la grande Louisa May Alcott – activiste abolitionniste, écrivaine renommée pour ses écrits sur la guerre civile américaine où elle fut une infirmière très appréciée – il y a aussi le portrait de la jeune Amy, la plus jeune des quatre filles du Docteur March, celle qui est férocement jalouse de Jo, dont elle envie le talent et la personnalité et qui n’hésita pas, dans un geste de vengeance, à brûler un manuscrit de sa sœur parce que « comme tu n’aimes pas les robes, ni rien de ce que je pourrais détruire autre que ton manuscrit, pour te blesser j’ai brûlé ce à quoi tu tiens le plus, ton écriture » ! on n’est pas plus charmante.
D’ailleurs le personnage d’Amy dans « les quatre filles » était paraît-il détesté par toutes les lectrices.

Dans l’adaptation du roman par Gerta Gerwig, celle-ci lui fait exprimer un discours des plus féministes pour l’époque – qui reflète d’ailleurs ce que le livre de Louisa May Alcott exprimait « entre les lignes » .
Néanmoins, ce portrait d’Amy dans le roman est basé sur une autre des sœurs de Louisa May Alcott = sa sœur Abigail May Alcott, épouse Nieriker. Une personnalité  bien plus sympathique dans la vie réelle, et profondément attachée à sa sœur aînée.

ABIGAIL MAY ALCOTT naquit à Concord, Massachusetts,  et décéda à Paris à l’âge de 39 ans, quelques jours après avoir mis au monde sa petite fille, qui fut élevée en grande partie par Louisa May Alcott, jusqu’au décès de celle-ci.

C’est grâce à sa sœur aînée que May (Amy dans le roman) put entreprendre des études artistiques à Paris. Le plus grand plaisir de la jeune Abby, devenant May plus tard, était de dessiner tout ce qu’elle voyait, illustrant également les textes qu’elle découvrait.

May Alcott illustra la toute première édition de « Little Women », mais hélas ses dessins ne reçurent pas un accueil positif – il est vrai qu’à l’époque la jeune femme n’avait pas encore reçu une éducation artistique et les dessins étaient un peu trop « enfantins » par rapport au texte.

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une page de "little women" illustrée par la jeune May Alcott

en-dessous une aquarelle par May Alcott représentant
la maison des Alcott à Concord, Massachussets

Elle commença par des études artistiques à Boston,  puis en visite à Paris, étudia à l’académie Julian.

Les fleurs étaient l’un de ses sujets préférés. En dehors de Paris, elle fit également des études artistiques à Rome et Londres, tout cela grâce à sa sœur aînée dont la renommée d’écrivaine florissait. May fut surprise de constater qu’en Europe les femmes avaient bien plus d’opportunités dans le domaine des études qu’aux Etats-Unis, néanmoins elles n’étaient pas autorisées à peindre des modèles nus.

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panneau floral, peinture à l'huile
il figure dans ce qui fut la chaambre de louisa alcott à orchard house

Ses natures mortes et les peintures de fleurs (entre autres) mais aussi ses portraits obtinrent des critiques favorables de la part du célèbre critique artistique John Ruskin.

En 1877 l’un de ses tableaux fut sélectionné pour figurer dans le « Salon » de Paris, en lieu et place de ceux proposés à l'époque par Mary Cassatt.

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le tableau de may alcott retenu pour le "salon" de paris

Ses œuvres témoignent d’une ouverture sur le monde ; à Concord Massachusets, elle créa un programme pour le centre d’art de la ville afin de favoriser de jeunes artistes, en même temps que le programme, elle créa les plans pour le studio du centre d’art.

Elle fit la connaissance d'Ernst Nierikerà Londres ; ils se marièrent en 1878 toujours à Londres, la famille ne fut guère enthousiaste, mais c’est – une fois encore – Louisa Alcott qui défendit sa jeune sœur en disant à tous que « May avait 38 ans et était suffisamment mûre désormais pour décider pour elle-même ».

May Alcott figure – peu de pages néanmoins – dans mon livre sur les femmes peintres du 19ème siècle (Thames & Hudson). 

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11 février 2020

AU CINEMA CES DERNIERS TEMPS

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LES TRADUCTEURS de Regis Roinsard - Scénario :  R. Campingt, D. Presley & R. Roinsard
Un bon thriller, avec pas mal de rebondissements, surtout le final – avec quelques flashbacks qui nous ramènent à chaque fois au présent – neuf personnages engagés pour traduire un best-seller qui n’a pas encore été édité officiellement. Ils sont là pour le traduire, l’endroit est luxueux mais aussi fermé qu’un bunker, avec agents de sécurité (russes évidemment) – on n’échappe pas à quelques stéréotypes (comme ces agents russes) – pourtant malgré toutes les précautions prises, le livre a « fuité », il y a donc un hacker parmi les neuf traducteurs.
Le jeu du chat et des souris peut commencer, avec ses chantages, manipulations, humiliations, tout est en place.
Avec un Lambert Wilson en pleine forme, caricature de l’homme d’affaires sans scrupules, bref typiquement « celui que vous aimez haïr ».
Avec aussi = Alex Lawther, Olga Kuryenko, Riccardo Scamarcio, Sidse Babett Knudsen, Eduardo Nortega, Anna Maria Sturm, Frédéric Chau, Maria Leite, Manolis Mavromatakis dans les rôles des traducteurs – Sara Giraudeau, assistante de Lambert Wilson & Patrick Bauchau.

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KNIVES OUT de Rian Johnson – Scénario de Rian Johnson - titre français = A couteaux tirés
Un polar des plus classiques, avec un détective privé, pas vraiment doué, et des policiers qui bien sûr arrêtent la personne qu’il ne faut pas. 
Un richissime écrivain sentant sa mort venue fête son anniversaire en compagne de ses enfants et petits-enfants qui, tous, convoitent leur part du gâteau. Une erreur dans sa posologie, administrée par son infirmière personnelle, le tue le soir même de la fête et les soupçons, bien sûr, se portent immédiatement sur elle, ce qui arrange bien toute la famille. Oui mais ….
Avec une pléiade d’acteurs, dont entre autres = Daniel Craig, Chris Evans, Ana de Armas, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon, Don Johnson, Toni Collette, Laikeith Stanfield & Christopher Plummer.

Avec pas mal d'humour et petit clin d'oeil à Agatha Christie (considération toute personnelle =^-^=)

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J’ACCUSE de Roman Polanski – scénario de Roman Polanski & Robert Harris d’après son livre « D – an officer and a spy »
L’affaire Dreyfus traitée avec sobriété, presque comme un documentaire – une victime de l’antisémitisme, le capitaine Dreyfus fut accusé à tort de fournir des documents secrets à l’Allemagne – le commandant Picquart soucieux que l’image de l’armée ne soit pas ternie, a tout fait pour trouver le véritable coupable, ce qui mènera tout de même à innocenter Dreyfus, même si Picquart pensait plus à l’armée qu’à l’homme injustement accusé et mis au bagne pour un acte qu’il n’avait pas commis.
Avec un excellent Jean Dujardin dans le rôle du commandant Picquart et Louis Garrel en Dreyfus – Emmanuelle Seigner ajoute une touche féminine dans la vie du commandant. Une distribution importante, dont je n'ai cité que les acteurs principaux, l'"affaire" ayant un grand nombre de personnages y impliqués.
Je suis allée voir ce film en compagnie d’une amie qui n’accepte pas la polémique autour de Roman Polanski – à ce sujet mon opinion est mitigée, néanmoins il est inadmissible qu’un homme ne paie pas le crime qu’il a commis, et le viol est un crime.

Je conseille également l'écoute de l'excellente émission que le grand Henri Guillemin a consacré à l'affaire Dreyfus (ici)

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LA BELLE EPOQUE de Nicolas Bedos – scénario de Nicolas Bedos
Après quelques années de mariage, la perte d’un emploi et une aversion totale pour les nouvelles techniques informatiques et les discussions « bobo », Victor, sexagénaire, s’ennuie dans sa vie – son épouse, Marianne, a pris un amant puis un soir l’éjecte de la maison – leur fils lui offre une soirée, de celles qu’organise son ami Antoine – moyennant une certaine somme (et une somme certaine) vous pouvez vous retrouver dans une époque que vous appréciez particulièrement. Du coup Victor choisit de se retrouver dans la plus belle semaine de sa vie, à Lyon – reconstitution d’époque fort bien faite, en fait tout est tellement bien que Victor veut y rester dans cette époque.
Avec Daniel Auteuil, émouvant dans le rôle d’un homme pour qui dessiner était toute sa vie et qui n’arrive pas à s’adapter à toutes les techniques modernes, pourtant il n’est pas totalement « has been », comme il le prouvera aux copains de son fils – Fanny Ardant interprète la prétentieuse épouse de Victor – Guillaume Canet est le copain dont la boîte offre les soirées que ses riches clients souhaitent et Doria Tillier est sa très belle actrice.
Le film m’a plu, parce que j’ai une âme de midinette,  on ne va pas parler de chef d’œuvre évidemment – cela pourrait même être un sympathique petit film pour la télé, mais on ne va quand même pas bouder les moments où l’on peut rire ou simplement sourire.

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FROZEN 2 de Chris Buck & Jennifer Lee – scénario de Jennifer Lee – titre français = La Reine des Neiges 2
A ses enfants petits, le roi d’Arendelle racontait l’histoire d’un traité que leur grand-père avait conclu avec une tribu voisine, Northuldra, et fit construire un pont dans la Forêt Enchantée – hélas suite à un acte peu honnête, le traité fut rompu, la bataille fâcha particulièrement les éléments Air, Feu, Eau & Terre.
L’histoire avance alors vers ce que l’on connaît de « la reine des neiges » - Elsa l’aînée est devenue reine – le pays fête l’automne avec Anna sa sœur, leur ami Kristoff (qui n’ose pas demander sa main à Anna) et Olaf l’adorable bonhomme de neige, pour qui Elsa a créé un micro-climat qui le suit partout afin qu’il ne fonde pas.
Elsa entend régulièrement comme un appel – nos amis consultent leurs amis les Trolls et ils confirment qu’il faut se rendre dans la Forêt Enchantée « pour rompre le sortilège ».
Nos amis embarquent alors dans une quête où Elsa trouvera sa vraie destinée, où les secrets de famille seront dévoilés et où Kristoff se décidera enfin à demander Anna en mariage – mais bien des péripéties attendent les amis avant d’y arriver.

Dans un film d’animation on a pas mal d’acteurs qui apportent leur voix aux personnages, je ne peux tous les citer mais je citerai tout de même Josh Goff interprétant Olaf avec humour et tendresse – maintenant, on aime ou on n’aime pas les films d’animation, moi je suis très fan.
L’histoire est plus sérieuse, plus sombre aussi que le premier « Frozen », mais je trouve qu’elle est aussi bien plus intéressante, je trouve que ce 2ème volet est nettement plus réussi.

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08 février 2020

LE SERVICE DES MANUSCRITS, d'Antoine Laurain

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Détester prendre l’avion mais n’avoir par le choix, c’est le  sort de Violaine Lepage, directrice au service des manuscrits d’une grande maison d’éditions – elle avait rendez-vous avec son idole, Stephen King ; partie en compagnie de l’une des nouvelles employées, Marie qui n’avait pas encore subi ce baptême de l’air et toutes les angoisses de sa cheffe, Violaine a pour une fois eu raison de s’affoler car un vol d’oies a endommagé un moteur de l’avion.
Atterrissage en catastrophe, avion cassé en deux, mais en dehors de Violaine et 4 autres personnes, aucun dommage en vie humaine.
Depuis Violaine était en coma, mais voilà qu’elle se réveille enfin, entourées de ses auteurs favoris – du moins dans ses rêves.

Difficile de retrouver ses repères après un tel choc,  finalement elle y arrive.
Il est temps car au service des manuscrits c’est l’affolement, le manuscrit d’une certaine Camille Desencres - pas d’adresse, pas de téléphone, seulement une adresse mail – a été retenu pour le Goncourt et ce prix littéraire « prestigieux » serait un plus pour la maison d’éditions.

Comment retrouver ce ou cette auteur.e ? lorsque Violaine envoie un courriel, soit pas de réponse, soit une réponse des plus évasives. Il faut dire que le livre est une pépite, comme on en rencontre parfois au service des manuscrits – marquée d’un soleil, l’excellence suprême pour un manuscrit, sinon c’est un carré (mauvais ça), ou un croissant de lune (éventuellement, on verra).

Le service des manuscrits, le passage obligé de tout.e auteur.e qui aimerait se voir édité.e. Beaucoup d’appelés, peu d’élus.

C’est Violaine Lepage qui tient ce verdict entre les mains – jusqu’à présent, sans réel problème. Sauf depuis ce ou cette Camille Desencres (Camille est un prénom aussi bien pour une fille qu’un garçon).
Un joli titre aussi = les Fleurs de sucre. Qui est devenu un succès immédiat dès sa parution.
La panique commence à gagner Violaine, car elle n’a aucune idée comment contacter la personne et le directeur de la maison d’éditions commence à s’énerver.

Quand paraît l’inspectrice de police Sophie Tanche, la situation se corse car des crimes se sont produits à Rouen, dont le modus operandi est exactement celui des morts dans le roman – comment expliquez-vous cela madame Lepage ?
Elle n’explique rien du tout, car elle n’y comprend rien madame Lepage. 

Mon avis =  positif (très)  – un mélange de genre que j’ai beaucoup apprécié. Cela commence assez doucement, dans la première partie surtout consacrée à ce qu’est un service des manuscrits et une maison d’éditions – dans la deuxième partie, on découvre un peu de la vie de Violaine, mais c’est quelqu’un qui se livre peu, sauf peut-être à son psy et encore !

Puis, sans prévenir, cela tourne au thriller, avec l’entrée dans le roman de l’inspectrice Tanche et son lieutenant, qui est traumatisé lorsqu’il doit annoncer une mort aux proches du décédé. Lui, il est convaincu avoir trouvé l’identité de l’auteur.e inconnu.
Finalement à la troisième et dernière partie, tout se découvre et j’avoue avoir été totalement prise au dépourvu ; un excellent rebondissement.

Cela se lit très vite, avec de légères touches d’humour et beaucoup de clins d’œil à la littérature contemporaine, mais aussi un clin d’œil très tendre à Proust (j’ai aimé surtout pour ça =^-^= mais pas que).

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05 février 2020

ETRANGE PRINTEMPS AUX GLENAN, de Jean-Luc Bannalec

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Titre original allemand = Bretonische Brandung, Kommissar Dupins zweiter Fall

2ème enquête du commissaire Georges Dupin

Les îles Glenan, au large de la pointe du Finistère – en ce matin de mai, le commissaire Dupin a à peine le temps d’avaler son café, qu’on l’appelle pour une enquête = 3 corps sont retrouvés échoués sur la plage de l’une des îles ; Dupin n’aime guère naviguer, mais nécessité fait loi, il faut bien qu’il accepte de prendre la navette des gendarmes pour se rendre sur place.

Bien vite, on identifie  2 des cadavres = Lefort et Konan, des hommes très connus des lieux – Lucas Lefort gérait l’école de voile des Glénans en compagnie de sa sœur Muriel. Il s’avère aussi que c’est un ami du préfet, qui exige des résultats rapides. L’autre homme est un associé de Lefort, un certain Konan, pas plus sympathique que son copain. Les deux hommes étaient partis naviguer sur le bateau de Lefort malgré la tempête qui menaçait. Finalement on arrive à identifier le 3ème homme, il s’agit d’un certain Pajot, homme d’affaires.

A l’autopsie, on découvre que les 3 hommes ont absorbés un médicament en même temps que l’alcool qu’ils avaient largement consommé à l’auberge des Quatre-Vents tenue par la sympathique veuve Solenn Nuz et ses deux filles.
Il s’agit donc d’un triple meurtre et non de noyages accidentelles dues à la tempête ; les navigateurs ayant absorbé le cocktail mortel ne pouvaient plus avoir aucune perception de ce qu’il y avait lieu de faire durant la tempête.
Cela ne fait aucun doute que c’est au cours de leur repas aux Quatre-Vents que les hommes ont avalé les somnifères ; qui a bien pu verser les médicaments dans leur vin ou les mélanger dans leur nourriture ?
En principe, les soupçons devraient se porter sur Solenn Nuz et / ou l’une de ses filles, mais quel motif auraient-elles eu ?

Bien vite l’enquête révèle que les 3 hommes n’étaient pas bien vus dans la région, Lefort surtout avait l’intention de transformer l’île en site touristico-sportif, avec hôtel, piscine, tennis, etc. Bref de quoi démolir tout l’écosystème de ce magnifique archipel dans l’Atlantique.
L’ancien maire  de Fouesnant (dont dépendent les Glénan) s’était violemment opposé au projet, mais le maire actuel était plus facile à convaincre, espèces sonnantes et trébuchantes à l’appui.

A ce propos, il ne faut pas non plus exclure des suspects les personnes intéressées par les épaves sur fonds marins, qui recèlent peut-être des trésors.
Ensuite, c'est le docteur Menn, une bonne connaissance de Lefort, qu'il a soigné à diverses reprises, qui disparaît.

Le commissaire Dupin ne va pas ménager ses allers et venues entre le continent et les îles afin de découvrir des indices, interrogeant tous ceux qui ont connu les victimes, trois jours de courreries, d’énervement, d’éléments naturels qui mettront aussi une tempête dans les roues des enquêteurs. En n’oubliant pas de se doper au café, selon son habitude (pas étonnant qu’il soit hyperactif le commissaire). Pour couronner les tout, il est « harcelé » au téléphone non seulement par le préfet, mais aussi par sa mère qui a décidé de venir lui rendre visite.
Elle n’est pas facile la vie d’un commissaire qui n’aime pas naviguer. 

Anecdote = je n'ai pas fait de faute d'orthographe => les glénan, lorsqu'il s'agit des îles ne prend pas de "s", par contre l'école de voile des glénans a bien un "s" dans le nom; 

Mon avis = mitigé – plutôt positif par  sentimentalisme pour la Bretagne et les Glénan, mais une  déception au niveau de l’intrigue. De belles descriptions des paysages des îles, des ciels et intempéries, un intéressante étude des caractères bretons, mais cela ne m'a pas réellement suffit.

L'enquête s'étale sur 3 jours, mais pendant 2 jours cela se tire en longueur avec beaucoup de suspects, pour finalement se précipiter le 3ème jour comme si l'auteur ne savait pas trop comment finir son roman.

Quant au commissaire Dupin, il est fidèle à lui-même, à savoir qu’il ne répond jamais au téléphone, surtout si c’est le préfet – il ne répond que vaguement aux questions de ses collègues par rapport à l’enquête – la seule à qui il daigne répondre est sa brillante secrétaire, Nolwenn, qui a réponse à tout et connaît l’histoire de la Bretagne sur le bout des doigts.

Georges Dupin est hyper-actif, il est même fatiguant à suivre pour les lecteurs tant il court de gauche à droite.

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31 janvier 2020

WAKE, SIREN, de Nina MacLaughlin

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Sous-titre = Ovid Resung 

Roman destiné uniquement à ceux qui apprécient la mythologie classique.

Les lecteurs/lectrices qui apprécient les « Métamorphoses » d’Ovide, de manière puriste, seront certainement déçus voire choqués – certaines critiques que j’ai lues en attestent.
Cependant cette ré-écriture de mythes célèbres n’est pas totalement à jeter, bien au contraire.

L’autrice a voulu donner une vision féminine et féministe de ces mythes vus essentiellement du point de vue masculin au départ.
Nina MacLaughlin donne ici la parole à toutes les victimes des dieux et déesses qui sont des êtres profondément sans pitié, vindicatifs, prêts à jeter leur furie à la  tête des malheureuses qui ont été séduites, violées, par les dieux, qui dès leur sale affaire terminée s’en lavent complètement les mains, les abandonnant à leur triste sort.

Et triste, il l’est croyez moi.
Pourtant à chaque fois qu’un acte aussi vil se produit, la victime en appelle à la déesse qui, l’espère-t-elle, la comprendra. Hélas, trois fois hélas, les déesses ne sont pas plus compatissantes que leur pendant masculin

A travers les histoires de Leucothoe, Egeria, Arethuse, Callisto – les moins connues et d’autres plus connues telles Hecube, Scylla, Procne & Philomela, Atalante, Semele, Medusa, Echo, Io, Daphne, Pomone, les lecteurs découvrent des histoires de vengeance des dieux et déesses, personnages finalement pervers, indifférents aux souffrances des humains – surtout les femmes – et des dieux tels Zeus/Jove, Apollon/Phoebus, qui convoitent les jeunes filles, les épouses trop belles et fidèles, pour lesquelles ils inventent toutes sortes de stratagèmes pour les séduire, ensuite ils les abandonnent afin d’affronter les maris, les pères mais aussi Hera/Juno qui n’en est pas à une vengeance près.

Le livre m’a beaucoup amusée, ayant lu les « Métamorphoses » d’Ovide, écrites par un homme donc biaisé et certainement pas enclin à avoir de l’empathie pour celles qu’il décrit. Comme je l’ai écrit plus haut, si vous n’aimez pas la mythologie, oubliez ce roman.

Pour ce qui est de l’écriture, c’est parfois fort caustique (mais pas autant que l’excellent « Mythos » de Stephen Fry), parfois très poétique, et parfois carrément trash.

Ecrit par une contemporaine, celle-ci utilise quelquefois des termes, des expressions, des situations modernes, dans des lieux modernes – on ne se retrouve pas toujours dans le monde grec ancien.

Une lecture totalement « de vacances », divertissante à souhait.

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la nymphe daphné se changeant en laurier
pour échapper à apollon

28 janvier 2020

CONNAISSEZ-VOUS PHLEGM ?

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L’un des murs de la bibliothèque nationale est illustré d’un hommage à PIETER BRUEGEL  par PHLEGM, artiste d’art urbain, mais aussi dessinateur et illustrateur, dans le cadre de l’exposition « Bruegel en noir et blanc » (billet à suivre).
Il tire son pseudonyme de l’une des humeurs du corps en médecine antique (le « phlegme » était supposé être responsable d’un tempérament apathique, sans émotion.

PHLEGM est né dans le nord du Pays de Galles, mais vit actuellement à Sheffield (steel-city) en Angleterre.
Ses œuvres se retrouvent principalement dans des sites urbains délabrés ou d’anciennes usines.

Sa reconnaissance est désormais mondiale, il est l’un des artistes d’art urbain le plus admiré à travers le monde. Il peint généralement en noir sur de grands murs.
En qualité de dessinateur-illustrateur PHLEGM préfère travailler à l’encre de chine noire.

On a pu découvrir certaines de ses œuvres sur des objets tels avions, bateaux, autres véhicules ainsi que lors de festivals d’art urbain.

Ici le site de PHLEGM, dont s'inspire ma petite chronique et où vous pourrez découvrir d’autres œuvres de cet artiste.

26 janvier 2020

BLONDE, de Joyce Carol Oates

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Titre français identique

Qui était-elle vraiment ? elle se souvenait de l’orphelinat, de sa mère Gladys qui lui parlait de son père qui viendrait un jour les chercher. Gladys si peu équilibrée, au point qu’elle devra être enfermée et  un jour la petite fille se retrouva dans un orphelinat, puis de famille d’accueil en famille d’accueil.
« Elle » se souvenait bien de cette petite fille à qui les plus grandes de l’orphelinat volait les friandises et les jouets.

Ce dont elle ne se doutait pas encore, c’est que tout au long de sa vie, elle sera exploitée par les autres, utilisée sans respect, par les hommes qui l’épouseront uniquement parce qu’elle était « cette » blonde célèbre qui ne lui ressemblait même pas, et non pas parce qu’elle était Norma Jeane dont la seule chose qu’elle désirait par-dessus tout était d’être aimée, pour elle-même. 

Norma Jeane/Marilyn va traverser l’orage du maccarthysme, scandalisée par le fait que des acteurs qu’elle admirait, disaient des choses déplaisantes sur d’autres acteurs, parce qu’il fallait plaire aux studios.

Elle sera critiquée pour avoir été photographiée nue ; c’était tellement indécent !
« indécent » ? non ce qui est indécent dira-t-elle, ce sont les fours crématoires, les cadavres d’enfants pris dans les guerres des adultes.
Pour ses sympathies avec des gens marqués par Hollywood, pour embrasser la cause des Afro-américains, elle arrivera dans le collimateur du FBI.

Norma Jeane ne donne jamais le nom de ceux qui partagèrent sa vie – l’un sera le « l’ex-sportif » (the ex-athlete dans la V.O.), l’autre sera le « le mari dramaturge » (the playwright).

La mort, un jour, finira par arriver chez elle,

Mon avis = l’autrice a dit elle-même de ce roman  qu’il s’agit d’un roman, d’une fiction, non pas une biographie romancée – personnellement je ne vois pas où est la différence, car il s’agit bien d’une bio-fiction parlant de la vie de Norma Jeane Baker, que le monde connaîtra sous le nom de Marilyn Monroe.

Pour qui connaît la vie de Marilyn Monroe, comme moi, il est évident qu’il s’agit, pour moi, d’une biographie romancée,  d’une œuvre d’imagination qui reste quand même biographique.
D’ailleurs Joyce Carole Oates a elle-même dit que pour écrire son livre, elle avait fait des recherches auprès des ami.e.s de Miss Monroe, de connaissances liées à son passé, dites-moi alors pourquoi nier le côté biographique ? (Philippe Besson a aussi écrit une bio-fiction à propos de James Dean (ici).

Ceci n’est nullement une critique négative, c’est seulement une mise au point personnelle.
C’est  superbement imaginé et écrit. Il faut dire que le sujet s’y prêtait.

J’ai aimé cette histoire racontée par Norma Jeane, cette vie intérieure si forte, si profonde, que seuls de vrais amis connaissaient.

Le roman est un pavé de plus de 800 pages (parfois 1000 selon les éditions) – 5 grands chapitres plus un prologue (the child, the girl, the woman, Marilyn, the afterlife)(c’est du lourd pour moi  qui n’aime pas trop lire des romans qui s’éternisent dans des détails).
Je reconnais toutefois que l’écriture de Joyce Carol Oates rend cette longueur, ce nombre de pages, supportable. 
Ce qui est amusant (en quelque sorte), dans ce que dit JCO à propos de son roman, est qu’au départ elle pensait n’écrire qu’une novella,  ces courts romans qui ne sont toutefois pas des nouvelles littéraires,  cela n’aurait dû faire que quelques 175 pages, mais tellement prise par son sujet, l’autrice arriva au roman que nous connaissons.

Comme dans ses autres romans, Joyce Carol Oates met en évidence la situation des femmes dans un monde aussi superficiel qu’Hollywood, l’injustice dont elles sont l’objet dans un monde résolument patriarcal.

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d'autres avis sur ce livre = critiquesLibres, leblogbleu, leslivresd'aline, goodreadslegrandnullepart, joelle-bibliothèquedudolmen

et un article du magazine The Guardian, posant la question de savoir si des romanciers ont le droit d'utiliser des personnages de la vie réelle ici 
intéressant article aussi concernant les bio-fictions sur les Inrockuptibles (ici)

20 janvier 2020

LES CHASSEURS DANS LA NEIGE, de Jean-Yves Laurichesse

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Une histoire d’hiver – titre de l’œuvre en flamand = Jagers in de sneeuw

Les Pays-Bas espagnols  au 16ème siècle, quelque part en Campine – Pieter Brueghel  l’Ancien, peintre ayant déjà une certaine renommée,  une commande à honorer pour un banquier, collectionneur d’œuvres d’art = « les saisons ».

Le peintre s’est arrêté dans ce petit village où il fait de nombreux croquis – au cours d’une fête, il fait la connaissance de la brodeuse Maeke, une jeune fille qui vit avec sa mère, veuve, brodeuse elle aussi. Les deux femmes sont respectées dans le village, non seulement pour leur façon de vivre, mais surtout pour leur art de la broderie.

Brueghel est  charmé par la jeune brodeuse, dont il espère pouvoir réaliser un croquis avant peinture, mais elle refuse, inquiète que l’homme ait d’autres raisons nettement moins « artistiques ».

Pendant ce temps, Brueghel, qui loge à l’auberge, impressionne les villageois par sa discrétion mais aussi sa tenue de bourgeois aisé. L’aubergiste ne refuse pas que le peintre fasse son portrait et est sidéré par la ressemblance – l’homme,  c’est évident,  a du talent ! Et pas fier avec ça, il s’assied devant la cheminée, observant tout et tous, parlant leur dialecte – vraiment pas un bourgeois arrogant comme ils en rencontrent dans les campagnes qu’ils traversent sans intérêt.

L’artiste n’a pas seulement été  charmé par l’allure générale de la jeune brodeuse, il s’est aussi rendu compte qu’elle était intéressée à apprendre et avant de quitter le village, dont il a réalisé de nombreux croquis = le chien des chasseurs qui lui jette un regard, étang gelé aux patineurs, feu devant l’auberge pour brûler le cochon, petit pont entre deux rives, nature au repos, et surtout ces chasseurs au pauvre butin, avec leurs chiens sur les talons, harassés par la marche dans la neige et la chasse peu productive. Bien qu’il n’y ait pas de montagne en Campine, le peintre les y a mises, car de son voyage en Italie, il en avait gardé un superbe souvenir.

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Pieter Brueghel, qui veut offrir des linges brodés à son épouse, demande à la mère de la jeune Maeke s’il peut emmener sa fille à Brussel, elle pourrait être une compagne pour son épouse Mayeke, née Coecke, fille du professeur de Brueghel jeune.
Il en a parlé à sa femme qui est ravie à  l’idée d’avoir une compagne de son âge – Maeyke Brueghel a vingt ans de moins que son mari et sa compagne est sa mère, une femme talentueuse, mais qui méprise son beau-fils (probablement de la jalousie).

Hélas Maeke, pourtant accueillie à bras ouverts par l’épouse du peintre, va déchanter à la ville. Au début, tout est nouveau, intéressant, voire fascinant.
Brueghel lui a donné pour professeur  un ami humaniste, qui lui enseigne des rudiments de géographie, astronomie, histoire, grec et latin ; il est agréablement surpris de ce goût d’apprendre chez la jeune fille.
Lorsqu’elle n’est pas en cours, elle s’occupe du petit Pieter, premier fils de la maison, laissant ainsi un peu de répit à la jeune épouse.
En dehors du peintre et Mayeke Brueghel, elle n’est malheureusement pas acceptée par la belle-mère qui est convaincue qu’elle est une opportuniste, prête à devenir la maîtresse du peintre.
La servante, surtout, est jalouse et n’hésitera pas à lui jouer un mauvais tour – le promis de la servante tentera de violenter la jeune fille – tout cela devient trop pour Maeke et elle demande de retourner dans sa campagne.

Ceux qui l’apprécient dans la demeure de la rue Haute, sont désolés, mais Brueghel comprend et la confie à un ami en qui il a toute confiance.
De retour dans son village, la jeune brodeuse retrouve sa mère, toutes deux sont soulagées de se retrouver.

Quelques années plus tard, Maeke, désormais mariée, retourne à Brussel pour présenter son mari au peintre et son épouse,  si bons, qui ne l’ont pas oubliée. Elle arrivera juste à temps car Pieter Brueghel est en très mauvaise santé. 
Elle aura toutefois eu l’immense bonheur de découvrir le tableau terminé, tout juste avant que les hommes du banquier viennent l’emmener.

Mon avis = ravie d’avoir découvert ce petit livre, donné par une gentille copine blogueuse.
Je dis « petit » car de peu de pages, mais l’histoire n’a rien de petit.
Bien sûr c’est un roman, mais j’ai un faible pour les romans dont des artistes sont  les héros.

J’aime « entrer » de plain-pied dans un tableau, un peu à la manière du film « The Mill and the Cross » où le peintre se promène dans son œuvre.

Ce roman fait entrer les lecteurs/lectrices dans ce qui deviendra le magnifique « Chasseurs dans la neige », dont le tableau se trouve au musée de Vienne, là où Jean-Yves Laurichesse le découvrit après en avoir eu une première vision dans un livre d’art bien des années auparavant.

Hors les croquis pour le futur tableau, tout est imaginaire, peut-être pas totalement dans les relations entre peintre et belle-mère dans la maison bruxelloise.

statue de pieter brueghel, à l'entrée des marolles
photo prise lors d'une balade dans le quartier

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19 janvier 2020

VERITE(S)

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Dans son film « the Man who killed Liberty Valance », le réalisateur John Ford et son scénariste font dire à l’un des principaux protagonistes interprété par John Wayne, s’adressant à son ami Ransom Stoddard (joué par James Stewart) = « on est dans l’ouest ici, quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ».

Cela m’a fait penser au livre de Georges Simenon « Les Mémoires de Maigret », et plus particulièrement à ce 2ème chapitre où Simenon et Maigret « discutent » de la vérité.

Maigret = je revois Simenon arrivant dans mon bureau le lendemain, content d’être lui, avec plus d’assurance encore, si possible, que précédemment, mais avec quand même une petite anxiété dans le regard.

Simenon = je sais ce que vous allez me dire – je n’ignore pas que mes livres sont bourrés d’inexactitudes techniques. Il est inutile d’en faire le compte, sachez qu’elles sont voulues, et je vais vous en donner la raison.

Maigret = je n’ai pas enregistré tout son discours, mais je me rappelle la phrase essentielle, qu’il m’a souvent répétée par la suite avec une satisfaction confinant au sadisme =>
« la vérité ne paraît jamais vraie. Je ne parle pas seulement en littérature ou en peinture. Je ne vous citerai pas non plus le cas des colonnes doriques dont les lignes nous semblent rigoureusement perpendiculaires et qui ne donnent cette impression que parce qu’elles sont légèrement courbes. C’est si elles étaient droites que notre œil les verrait renflées…. … Racontez n’importe quelle histoire à quelqu’un, si vous ne l’arrangez pas, on la trouvera incroyable, artificielle. Arrangez-là et elle fera plus vrai que nature. … Faire plus vrai que nature, tout est là, moi je vous ai fais plus vrai que nature ! …. »

Réflexion de Maigret = je demeurai sans voix, sur le moment le pauvre commissaire que j’étais, le commissaire « moins vrai que nature » n’a rien trouvé à répondre.

Ainsi ami.e.s lecteurs/lectrices, vous constaterez que ce que l’on qualifie actuellement de « fake news » sur les réseaux asociaux ne sont pas une invention de notre 21ème siècle.

En tout cas, tout le roman « Les Mémoires de Maigret » est écrit sur ce ton qui m’a  amusée.

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LES HEURES INDOCILES, d'Eric Marchal

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A Londres, au début du 20ème siècle, le monarque est désormais Edward VII.

Olympe Lovell – dont le livre de chevet est le livre d’Olympe de Gouges, ergo le prénom qu’elle s’est choisi – est une suffragette radicale, qui tente par tous les moyens de faire entendre leur voix chez les ministres, se faufilant dans les couloirs souterrains du parlement britannique.
C’est là qu’elle est sauvée des griffes de deux inspecteurs de police qui la suivaient et avaient décidé de « lui faire entendre raison » à leur manière ; ce sauveur se nomme Thomas Belamy et est le médecin en chef du service des urgences du St-Barts.
Il a pour assistante, une excellente infirmière Frances qui étudie lors de ses soirées ou jours de liberté pour devenir médecin ; son autre assistance est sœur Elizabeth, une religieuse qui est loin de partager les idées de Frances, et qui n’est pas toujours d’accord avec les méthodes nouvelles du docteur Belamy.
Un interne est joint à cette équipe, le jeune Reginald Jessop, dont le père est le principal donateur du Barts et qui est profondément opposé à la vocation de son fils, estimant qu’un Jessop ne doit pas s’abaisser à soigner ses semblables.

Belamy est un métis annamite, ayant fait ses études à Paris, mais également féru de médecine chinoise. Il aimerait faire accepter par la direction l’union entre les médecines traditionnelle et chinoise, complémentaires. Il cache un lourd secret.

C’est dans sa fonction de médecin urgentiste que Belamy rencontre le très excentrique Horace de Vere Cole, grand amateur de blagues et canulars en tous genres, de préférence de mauvais goût.
L’homme est riche et peut se permettre ses petites excentricités sans être longtemps inquiété par les autorités.

Il a pour  ami  Adrian Stephen, frère de Virginia et membre du groupe de Bloomsbury. Adrian est rempli d’indulgence pour son ami, sa sœur par contre le trouve particulièrement vulgaire. Il est vrai que de Vere Cole, légèrement atteint de surdité, parle toujours très haut et très fort et adore être le point d’attention de tout endroit où il se trouve.
Parce qu’il est un aristocrate, bien que de petite souche et irlandais de surcroît, on lui passe beaucoup, il est vrai qu’il dépense sans compter.

C’est lui qui dira, plus tard, à Thomas Belamy et Olympe Lovell = chacun de nous trois est un rebelle ; à deux nous sommes dangereux, à trois nous serons incontrôlables.

Ces trois personnes vont tour à tour se trouver dans des situations tragiques, ou parfois tragi-comiques dans le cas de Vere Cole.
Celui qui en principe a le plus à perdre est le jeune médecin, seulement soutenu par le grand directeur du St-Barts, qui lui demande la modération.
Par ailleurs, il y a dans l'ombre un personnage qui se nomme lui-même "l'apôtre", qui est-il ? qui tire les ficelles ?

Pendant plus de deux ans, ils vont se croiser, s’aimer, s’appuyer. Mais pour Thomas Belamy l’exil menace, et Olympe qu’il aime et dont il est aimé en retour, est une jeune femme qui n’est pas prête à céder le peu de liberté dont elle dispose.

Mon avis = ce roman est la preuve, une fois encore,  que je ne dois jamais dire jamais, et que j’ai parfois raison  de m’accrocher à une lecture qui ne me plaît que très modérément,  que j’envisage d’abandonner.
Comme  je le dis régulièrement, abandonner un roman est pour moi un rendez-vous manqué avec l’auteur, et je le regrette toujours – finalement m’étant accrochée à l’histoire, même si je la trouvais réellement fort longue, au tiers du roman j’ai commencé à être un peu plus intéressée, à défaut de captivée.

Il faut dire que j’ai trouvé le personnage d’Olympe Lovell passablement désagréable – je comprends qu’elle y croit à cette cause qui au début du 20ème siècle paraissait perdue, mais vouloir devenir une martyre de la cause, comme le suggère la fille Emmeline Pankhurst, fondatrice du mouvement Women’s Social and Political Union en Angleterre, n’est pas nécessairement la bonne solution.
Pour les personnes convaincues par la cause, il est évident que c’est bien d’être une martyre, mais pour les opposants, c’est une preuve de plus de leur stupidité et de leur hystérie, collective et personnelle.

L’autre personnage qui m’a profondément agacée est cet espèce d’adolescent attardé Horace de Vere Cole – personnage ayant réellement existé et se comportant dans la vie tel qu’il est décrit dans le roman – il adore avant toute chose la provocation et faire la nique à ceux qui se prennent au sérieux – ami du frère de celle qui deviendra Virginia Woolf (dans le livre  Virginia Stephen), entraînant ses amis dans ses canulars, certains pas toujours du meilleur goût.

Finalement, le personnage qui a ravi mon cœur était le docteur Thomas Belamy, métis, pratiquant la médecine chinoise (acupunture) en plus de la médecine traditionnelle au St-Barts. Il est profondément humain, se dévouant sans compter pour les pauvres autant que pour les nantis. Devant se battre pour ses idées novatrices mais aussi contre les préjugés (il n’est pas Anglais n’est ce pas).

Le roman mélange habilement des personnages historiquement avérés (roi Edward VII), ses ministres, Emmeline Pankhurst et sa fille avocate, Christabel , Horace de Vere Cole, les Stephen (Virginia et Adrian) et le groupe de Bloomsbury, même Winston Churchill et Conan Doyle (très peu favorables à la cause des femmes, dont la place est de s'occuper de la maison et des enfants),  et des personnages fictifs comme Olympe et Thomas, ou Reginald, Frances, soeur Elizabeth.

Il y a des passages intéressants au point de vue historique, comment dans la prison pour femmes  on gavait de force les suffragettes faisant la grève de la faim ; et où les femmes qui n’admettaient pas le mouvement suffragiste étaient les plus acharnées à leur perte.

L’écriture est fluide, avec beaucoup de dialogues rendant le récit vivace. Celui-ci s’étale sur deux années, avec beaucoup d’allers-retours entre le St-Barts et divers quartiers de Londres, mais aussi entre l’Angleterre et les Etats Unis.
Toutefois, je ne déclarerais pas, comme d’autres lectrices/lecteurs que j’ai eu des regrets une fois le roman terminé, car je l’ai trouvé trop long – je ne suis pas fan de pavés, néanmoins comment faire plus court dans une telle histoire (question purement rhétorique).

Un bref et trop petit retour sur l’histoire =
Les suffragettes arrêtèrent leur campagne « Vote for Women » au début de la première guerre mondiale – une pénurie de main d’œuvre étant évidente, tous les hommes étant partis au front, les femmes occupèrent des emplois traditionnellement réservés au hommes, ce fut la preuve pour beaucoup que les femmes étaient une force considérable avec laquelle il fallait désormais compter.
Emmeline et Christabel Pankhurst appelèrent à une trêve dans la campagne pour les droits des femmes, alors que l’autre fille de Pankhurst, Sylvia, plus radicale et tendance marxiste, estima qu’il fallait poursuivre.

Les suffragettes britanniques furent longtemps considérées comme des terroristes, atteintes d’hystérie, mais malgré cette considération elles n’obtinrent jamais le statut politique auquel elles auraient dû avoir droit.

Rappelons aussi qu’en 1913, une suffragette – Emily Davison – tenta au derby d’Epsom d’arrêter le cheval portant les couleurs du roi Edward VII, mais fut renversée et mortellement blessée ; la photo de l’accident parut à la Une de  toute la presse, ce qui attira l’attention du monde entier sur le mouvement suffragiste.

En 1918, enfin !, le parlement accorda le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans si elles étaient propriétaire terrienne ou locataire, ou si leur mari l’était – il fallait aussi qu’elles aient un loyer annuel de 5£ (comme quoi aucune lutte n’est jamais totalement gagnée, ni totalement finie) ; les diplômées britanniques furent comprises dans cette autorisation.
Finalement les femmes obtinrent 10 ans plus tard (en 1928) le droit de vote pour l’ensemble des femmes. L’Angleterre devenait ainsi le 8ème pays à accorder le droit de vote aux femmes. Le premier pays fut la Nouvelle-Zélande – en 1893, grâce à Kate Sheppard.

En France les femmes n’obtinrent le droit de vote qu’en 1944, à la fin de la 2ème guerre mondiale. En Belgique, la loi de 1921 permet aux femmes de voter aux communales; c'est en 1948 que le droit de vote des femmes est aligné sur celui des hommes.

Anecdote = grosse erreur sur l’intro du livre sur babelio = le roi d’Angleterre de l’époque est EDOUARD VII – et non Edouard VI, celui-ci était le fils d’Henry VIII – ce n’est pas que ce soit très grave, mais c’est fort sérieux tout de même, vu qu’Edouard VI régna au 16èmer siècle – je trouve assez surprenant qu’aucun lecteur ayant laissé un commentaire n’ait corrigé, certains ont repris la même erreur, d’autres heureusement ne se sont pas laissés prendre au piège.

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st-barts, le plus grand hôpital de londres

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18 janvier 2020

L'OISEAU D'OR de Constantin Brancusi & Mina Loy

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(trouvé dans la photothèque google)

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Parmi les nombreux poèmes écrits par Mina Loy,  il y a celui-ci inspiré par la sculpture « L’Oiseau d’Or » de Brancusi.

Et le jouet
devint l'archétype esthétique

Comme si la patience de quelque Dieu paysan
avait poli et poli
l'Alpha et l'Oméga
de la forme
à partir d'une masse de métal

Orientation dénudée
désempennée déplumée
dans la dynamique du vol
le rythme final
a élagué les extrémités
de crêtes et de serres

L'acte absolu
de l'art
accorda
à la chasteté de la sculpture
‒ nue comme l'arcade d'Osiris –
sein de la révélation

une courbe incandescente
léchée par les flammes chromatiques
dans les labyrinthes du jeu des reflets

L'hyperesthétisme
de ce gong de cuivre affiné
transperce l'air
comme

la lumière agressive
délivre
sa signification

L'immaculée
conception
de l'inaudible oiseau
jaillit
d'une superbe retenue

A propos de MINA LOY =
Mina Loy, née Mina Gertrude Löwy, en décembre 1882, à Hamstead, Londres, était une artiste, romancière, poétesse, dramaturge, peintre, créatrice d’objets décoratifs, assemblages et collages.
Elle fit ses études en Allemagne et à Paris. 
Mina changea  son patronyme de Löwy en Loy ; après un passage à Florence, elle revint s’installer à Paris . Elle devint agent artistique pour Braque, Chirico, Giacometti, Max Ernst. 

En 1917, elle se rendit à New York, devint l’amie de Picabia, Marcel Duchamp. A Paris elle avait rencontré ce qui faisait la fine fleur de  l’avant-garde artistique = Apollinaire, Picasso et Gertrude Stein.
Finalement après l’Europe, elle retourna aux Etats-Unis où elle s’installa à New-York pour être plus près de ses deux filles. Elle a continué à écrire et à faire des collages jusqu’à sa mort à l’âge de 83 ans à Aspen dans le Colorado. 

Mina Loy est également l’auteure du « Feminist Manifesto » écrit en 1914, texte virulent et polémique, contre la position subordonnée de la femme dans la société ; ce texte court ne sera jamais publié du vivant de Loy.

 

17 janvier 2020

THE FLEET STREET MURDERS, de Charles Finch

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Les enquêtes de Charles Lenox, gentleman detective – 3 

Noel 1866 – le dîner s’est fort bien passé, comme toujours, avec le frère de Charles Lenox, Edmund, son épouse Molly et leurs deux fils, ainsi qu’en compagnie de lady Jane Grey, désormais fiancée à Charles. Les frères Lenox à leur habitude restent après le dîner à discuter et se taquiner. Le lendemain matin est un peu plus douloureux après ces libations.

De l’autre côté de Londres, deux hommes ont été assassinés ; deux journalistes, l’un Pierce , homme intègre et puritain, l’autre l’opposé – Carruthers  est connu pour être totalement corrompu, aimant un peu trop la bonne chère et la boisson. L’un a été tué d’une balle, en venant à la porte, l’autre a été tué d’un coup de couteau dans le dos alors qu’il était assis à son bureau.
Bien que l’inspecteur en chef Exeter le prie de ne pas s’en mêler, après tout il a arrêté l’un des coupables (celui qui assassina Pierce), Lenox est intrigué par cette affaire.

Cependant, il va devoir abandonner l’intérêt qu’il porte à l’affaire car il a reçu une nouvelle qui le ravit, qui - si cela se réalise - sera la concrétisation de ses rêves de jeunesse = un membre du Parlement est décédé et son siège est libre – on vient le proposer à Charles Lenox.
Il se rend donc dans le nord, dans la petite communauté de Stirrington. Il y est bien reçu, son honnêteté lui vaut bien des sympathies, à commencer par le patron du pub « The Queen’s Arms ». 
Lenox découvre alors qu’une campagne politique n’est pas quelque chose de facile, il faut se mettre à la place des personnes que l’on représentera et les habitants de Stirrington ont quelques doutes à propos de cet aristocrate, vivant à Londres, dont le métier de détective consultant ne se mariera peut-être pas très bien avec ses constituants. Celui qui s’oppose à lui, un brasseur qui désire conserver la haute main sur la bière dans le pays, lui fait bien comprendre qu’il n’est pas à sa place.
Après une campagne rondement menée, où pratiquement toute la population lui a été acquise, Charles Lenox ne remporte pas le siège, à la grande surprise de ceux qui l’ont soutenu tout au long de la campagne, qui lui avaient appris qu’en politique il faut faire sa publicité, quitte à y aller de sa poche. Etre seulement sympathique ne suffisant pas.

Beau joueur, Charles Lenox retourne  à Londres et à l’affaire qui lui a aussi occupé l’esprit en même temps que sa campagne pour le siège au Parlement.
Le jeune aristocrate John Dallington, qu’il a accepté de former comme assistant détective, est convaincu qu’un des hommes arrêtés par Exeter, le jeune Gerald Poole, est totalement innocent.
Bien que la mère de l’autre homme arrêté le disait totalement innocent, un certain Smalls dont Poole aurait été le complice, est mort pendu dans sa cellule.

McConnell, le légiste ami de Lenox, est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre et non d’un suicide. Lenox visite la cellule de Smalls en prison et découvre des indices sous la couchette.
Il découvre cependant la preuve que ce Smalls était coupable.
Par contre il est aussi persuadé que Poole est innocent, ou alors il aurait été manipulé, mais par qui et pourquoi ?
le père de Gerard Poole a été condamné pour trahison et pendu ; il ne faisait aucun doute qu’il fût coupable, les deux journalistes avaient témoigné contre Poole Sr, le fils aurait-il voulu venger son père ? et quel rôle a joué la gouvernante belge de Carruthers, l’un des hommes assassinés ?

Lorsque l’inspecteur en chef Exeter est abattu d’une balle dans le dos et que ses jours sont en danger, Charles Lenox commence à soupçonner à nouveau son nemesis, le richissime George Barnard, mais comment le prouver.
Ce Barnard est suffisamment habile pour tromper son monde. Après tout, il fut pendant longtemps le directeur de l’Hôtel des Monnaies, ce qui lui avait ouvert les portes des grandes maisons. Pour Lenox la richesse de Barnard est due à des détournements, ce qu’il n’a jamais pu prouver.

Comment Charles Lenox et ses collabrateurs,  à commencer par l’inspecteur Jenkins et un détective connu sous le nom de Skraggs, ainsi que le jeune Dallington qui fonce un peu trop rapidement parfois mais n’en est pas moins assez astucieux, comment pourront-ils arriver à prouver la culpabilité de George Barnard ?

Mon avis = un événement inattendu, une passionnante course poursuite, terminent cette histoire captivante de bout en bout – que ce soit la campagne pour le siège du Parlement (dont j’avais deviné le coup de théâtre)  et la chasse aux éléments afin de prouver la culpabilité de Barnard, font une fois de plus un bon roman policier historique, qui font découvrir aux lecteurs/lectrices l’origine de l’hôtel des Monnaies de Londres, mais aussi comment se joue et se gagne un siège au parlement.

Plongée pour l’instant dans deux livres-pavés, j’avais besoin de m’aérer les neurones et je me suis donc retournée vers les enquêtes de Charles Lenox – non seulement parce qu’elles sont bien conçues,  mais parce qu’il règne entre les personnages récurrents (famille Lenox et Jane Grey, l’inspecteur Jenkins et d’autres amis de Lenox)   une réelle atmosphère d’affection, amitié et gentillesse qui font chaud au cœur.

A chaque lecture, j’apprécie l’écriture anglaise de Charles Finch, mais aussi les détails historiques dont il truffe ses histoires.
Comme par exemple, le «Ye Olde Cheshire Cheese  Inn ", le pub favori de Charles Dickens, au temps où il travaillait pour l’un des journaux de Fleet Street.

A suivre pour moi, sans aucun doute. 

RoyalMint

15 janvier 2020

LES MEMOIRES DE MAIGRET, de Maigret/Simenon

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35ème livre dans la série « Maigret » 

Voici un roman-mise en abyme que je n’hésite pas à qualifier de « ludique » - j’ai l’impression que Georges Simenon s’est beaucoup amusé à écrire cette fausse « vraie » autobiographie du célèbre commissaire à la pipe.

Pourquoi, un jour, Maigret a-t-il eu l’envie de rectifier l’image que Georges Simenon avait donnée de lui ? qu’avait-il à y gagner ?

La rencontre = un jour, le supérieur de Maigret, le commissaire Xavier Guichard,  que le commissaire respecte énormément,  l’appelle dans son bureau et lui présente un maigre jeune homme, nommé Georges Sim, se présentant lui-même comme un écrivain de romans populaires – il a l’intention d’écrire des romans plus littéraires mais veut d’abord se faire la main en quelque sorte.
Attention = il ne veut surtout pas qu’on le traite de journaliste. Maigret est donc obligé de l’accepter dans son bureau, dans un coin, où Sim l’observe, le suit comme une ombre, finit par faire partie des meubles du Quai des Orfèvres. Puis Sim disparaît du paysage mais apparaissent peu à peu des romans policiers dont il est le héros.
Ce qui l’ennuie le plus, ce commissaire vedette contre son gré, est que  au Quai ou dans le quartier du boulevard Richard Lenoir où il habite,  tout le monde sourit en le voyant, parfois ironiquement, parfois gentiment.  Lorsqu’il prend sa retraite à Meung-sur-Loire, dans la petite bicoque qu’il a retapée, il décide de rectifier l’image que Georges Sim, désormais devenu Simenon, donna de lui dans ses romans policiers.

Il y eut la jeunesse à Saint-Fiacre où son père était régisseur, respecté de tous – la mort en couches de sa mère alors qu’il n’avait que huit ans. Il sera alors confié à une tante, épouse d’un boulanger, tout prêt,  si le jeune Jules le souhaitait, à lui apprendre le métier. 
Maigret ne reverra son père que pendant les vacances, mais il garde fortement gravé en lui l’image de cet homme compréhensif.
A sa mort, Maigret doit abandonner ses études de médecine, cherchant un emploi à Paris, un voisin de palier l’oriente vers la police.
C’est là qu’il commence par le bas de l’échelle = à bicyclette, porteur de dépêches d’un commissariat à l’autre, ensuite il passe à la brigade de la voie publique, parcourant Paris dans tous les sens, se familiarisant ainsi avec les rues, les quartiers, mais aussi la foule de personnages bigarrés (apaches, prostituées, voleurs à la tire) logeant dans des quartiers miteux, dans des garnis minables.
Il passera ensuite  par la surveillance en grands magasins (ce qui actuellement est le lot des sociétés privées). 

Avec un copain, il sera un jour invité chez des gens très bien, tous orientés vers les Ponts & Chaussées. C’est au cours de cette soirée qu’il rencontre la nièce de la maison, la douce Louise, la future Madame Maigret, qui relit son manuscrit au fur et à mesure de l’écriture et qui le juge parfois fort sévère à Simenon, qu’elle continue à appeler Sim.
Cette femme au cœur tendre s’étant prise d’affection pour le petit jeune homme à l’époque.

C’est à trente ans que Jules Maigret réalise le rêve de sa vie = entrer au Quai des Orfèvres.

Ce qu’il reproche aux romans de Georges Simenon est d’avoir surtout parlé de ses enquêtes les plus exceptionnelles, alors que la vie d’un inspecteur est bien plus monotone que cela, il y a la paperasse (la bête noire de Maigret).  Pour le commissaire, la psychologie est importante, comme le lien établi avec les petites gens.

C’est sur cette nomination au Quai que se terminent les « Mémoires de Maigret ». Il aura cependant une dernière pensée à l’égard de l’écrivain Georges Simenon, devenu un ami.
Voilà donc dans les grandes lignes, l’autobiographie du commissaire Jules Maigret, avec ses réflexions personnelles sur le métier de policier.

Mon avis = je recommande chaudement la lecture de cette fausse « vraie autobiographie » qui m’a intéressée et amusée par l’aspect souvent ironique et caustique qu’emploie Maigret à l’égard de son « père putatif ».
J’aime bien aussi le fait que le portrait de Madame Maigret soit nettement moins mièvre dans ces « mémoires » que dans les romans où parfois elle m’agace par sa timidité excessive.

J’ai eu peur à un certain moment dans la série des romans policiers de Simenon consacré à son commissaire, qu’il veuille le « tuer » comme Conan Doyle supprima ce Sherlock Holmes qui l’empêchait d’écrire autre chose. Heureusement, il n’en sera rien, Maigret partira tout simplement à la retraite.

J’ai été étonnée par la virulence de certains commentaires/certaines critiques à l’égard de ce livre, ceux qui l’ont lu estimant que cela n’avait rien à voir avec la série Maigret. Ah bon ?

Comme je l’ai dit, pour moi ce fut une lecture ludique, délassante, amusante, qui se lit réellement très rapidement.

les bords de la loire où le commissaire aime pêcher

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