mon bonheur est dans la ville

23 juillet 2017

A PROPOS DE CONSUELO VANDERBILT BALSAN

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Ex-Consuelo Spencer-Churchill, Duchesse de Marlborough

Peut-être vous demanderez-vous pourquoi un billet à propos de cette richissime Américaine qui fut forcée par sa mère à épouser Charles Spencer-Churchill, 9ème duc de Marlborough ?
Probablement parce que je suis sidérée par la manière dont cette jeune femme, qui aurait pu être heureuse si elle n’avait pas eu la mère qui fut la sienne.
Car Alva Vanderbilt, dominatrice et manipulatrice,  alla jusqu’à feindre d’avoir une maladie mortelle afin que sa fille, effrayée, finisse par  céder et épouser le duc.
Mrs. Alva Vanderbilt avait une phrase préférée à l’intention de sa fille   = « Vous n’avez pas à penser, JE pense et VOUS faites ce que je vous dis de faire ».
Comment une femme qui fut l’une des suffragettes de la première heure a-t-elle pu transformer ainsi sa fille unique,  jolie, intelligente, cultivée,  en une timorée jeune personne, prête à faire tout ce qu’on attendait d’elle, cela me dépasse vraiment.
Il est vrai que je suis née un siècle plus tard.

Consuelo Vanderbilt obéit donc à sa mère et apporta au duc une dot de 2.500.000 dollars, dont il se servit immédiatement pour restaurer Blenheim Castle (image ci-dessus)  – ce fut en fait la seule raison pour laquelle il épousa la jeune fille, car il n’éprouvait aucun sentiment pour elle.
Par contre, il était profondément « amoureux » de la demeure ancestrale, dont il avait hérité et pour laquelle il n’avait pas un sou vaillant nécessaire à la restauration.
De plus, il lui fallait des fils afin d’assurer que Blenheim Palace ne soit pas hérité par les autres Churchill (Winston, par exemple).
Son vœu fut rapidement réalisé, Consuelo lui donnant deux fils, après cela il se désintéressa d’elle, mais pas des revenus de sa fortune bien sûr, son domaine étant véritablement son obsession.

Blenheim Palace fut érigé au même endroit qu’Henri II Plantagenet avait construit son domaine, dans lequel il enferma littéralement sa maîtresse, Rosamund Clifford. Le Grand Pont de Blenheim a été en partie construit avec les pierres des ruines de l’ancien château.

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Consuelo, devenue duchesse, était très aimée par les pauvres du domaine ainsi que par les locataires dudit domaine, auxquels elle rendait régulièrement visite, tentant d’améliorer leurs conditions de vie, tout comme elle avait espéré améliorer celles du personnel de Blenheim.
Effectivement, malgré toutes les améliorations apportées par le duc, qui aimait son confort, il estimait que le personnel n’avait pas à avoir l’eau courante et du chauffage et son épouse ne parvint jamais à le convaincre, au contraire il estimait qu’elle était beaucoup trop laxiste. Il citait d’ailleurs, sans arrêt, en exemple sa tante Sarah Churchill qui servit d’hôtesse avant son mariage ; le personnel – butler et gouvernante – n’eut que peu de respect pour la nouvelle duchesse, estimant que les changements qu’elle souhaitait apporter aux moins fortunés n’étaient pas de mise – je suis aussi sidérée par le manque de solidarité entre les membres du personnel comme le majordome, la gouvernante et la cuisinière (ici un cuisinier) qui étaient « l’élite » du personnel .

Par ailleurs, la duchesse  participait à de nombreuses œuvres caritatives, notamment pour améliorer la condition des mères et des enfants.

Elle était  fort appréciée par la famille royale et les aristocrates qu’elle fréquentait de par sa position de duchesse de Malborough ; intelligente, cultivée et ayant un goût très sûr pour recevoir et tenir son rang en société, ses dîners, ses soirées étant fort recherchées.

Eduquée à domicile comme beaucoup de filles de son temps, elle eut une série de gouvernantes et tuteurs ; elle parlait couramment le français, en dehors de l’anglais sa langue maternelle, ainsi que l’italien et l’allemand. Elle s’intéresse particulièrement à la géographie et excelle en mathématiques. Malheureusement, dira-t-elle plus tard, son éducation était tournée vers le paraître et on lui enseigna la danse et la musique pour briller en société. Elle montrait aussi un réel talent en dessin.

Elle fut une grande amie du jeune Winston Churchill, qui résidait fréquemment à Blenheim Palace, où il rédigeait une biographie de son père, lord Randolph Churchill. Elle restera l’amie des Churchill, même après l’annulation de son mariage avec le 9ème duc, et son remariage.

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avec leurs 2 fils, par john singer sargent

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Lorsque, finalement en 1906, le duc réalisa que le mariage ne pouvait pas continuer – il était tombé vraiment amoureux entretemps d’une autre ravissante Américaine, n’ayant pas froid aux yeux pour séduire qui elle voulait, Gladys Deacon.

Le duc et la duchesse se séparèrent donc officiellement en 1906 et le divorce fut prononcé en 1921.
Il fut également « annulé » parce que le duc souhaitait changer de religion, mais aussi parce que la mère de la duchesse confirma que ce mariage avait été voulu par elle,  qu’elle poussa sa fille au mariage avec le duc, à qui elle n’avait pas manqué de  mentionner  la considérable dot que Consuelo Vanderbilt apporterait à ce mariage.

Consuelo, redevenue Vanderbilt, fut heureuse dans son 2ème mariage avec Jacques Balsan, un pionnier de l’aviation, qui travailla pendant quelque temps avec les frères Wright.

Entre les deux guerres mondiales, Consuelo Vanderbilt Balsan, en compagnie de la princesse de Polignac, héritière des usines Singer – machines à coudre), travailla à la construction d’un hôpital de 360 lits, destiné à apporter des soins médicaux à la classe moyenne de la population ; l’hôpital comportait également une école d’infirmières.
Il est toujours considéré comme l’un des hôpitaux de pointe notamment en transplantation rénale,  dépendant actuellement de la fondation Foch.

Elle rédigea  une autobiographie intitulée « The Glitter and the Gold » - elle est un des personnages  de quelques polars historiques = ceux écrits par Alyssa Maxwell et celui que je viens de chroniquer = « Death at Blenheim Palace » de Robin Paige. (ce sont ces lectures qui m'ont permis de rédiger cette petite chronique)
Consuelo Vanderbilt  inspira un roman inachevé d’Edith Wharton « The Buccaneers » terminé par Marion Mainwaring, et a servi de modèle au livre de Daisy Goodwin « the American Heiress »

Il m'est souvent arrivé de constater que plus une mère a été odieuse avec sa fille, plus celle-ci est douce et bonne, appréciée de tous.


DEATH AT BLENHEIM PALACE, de Robin Page

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11ème et avant-dernière enquête du couple Kate Ardleigh- Charles Sheridan

Kathryn Ardlegh, lady Sheridan, a l’intention d’écrire un roman historique autour d’Henri II, sa maîtresse la belle Rosamund Clifford et la reine Alienor d’Aquitaine. Pour cela, un seul endroit = Blenheim Palace, résidence du 9ème duc de Marlborough, Charles Churchill, « Sunny » pour les intimes (jamais surnom ne fut aussi mal porté que celui de « sunny » pour un homme que rien n’amusait et qui ne souriait pratiquement jamais !).
Blenheim Palace a été construit sur l’ancien domaine  que fit bâtir Henri II Plantagenet pour sa maîtresse, il y a au fond du parc une jolie source jaillissant d’un mur de pierre, « la fontaine de Rosamund ».
De son côté, Charles, lord Sheridan, son époux, en profitera pour prendre des photos (son hobby en plus de celui de détective-amateur), mais surtout étudier les lieux, car il semblerait qu’un gang de voleurs ravagent les domaines importants de la noblesse britannique, principalement lors de fêtes lorsqu’il y a  beaucoup d’invités où les dames portent leurs somptueux bijoux.
Il a d’ailleurs aidé l’Ashmolean Museum d’Oxford à retrouver un important « trésor » archéologique, qui fut volé récemment.
C’est là qu’il a rencontré le jeune Ned Lawrence, qui l’admire et qui accepte de grand cœur de lui servir de « Watson », dans son enquête sur le gang des bijoux ; il est d’autant plus urgent de découvrir la bande criminelle que le roi Edward VII et la reine Alexandra, en compagnie de « quelques » membres de la cour (ducs, comtes, et leur personnel) seront bientôt à Blenheim Palace pour une petite visite de courtoisie ! 

L’ambiance de Blenheim Palace n’est guère joviale = « Sunny » le maître des lieux n’est intéressé que par les améliorations à son bâtiment, il est évident qu’il n’a épousé Consuelo Vanderbilt que pour la dot de 2.500.000 de dollars (de l’époque, quelque chose comme 65.500.000 dollars actuels) – il n’a aucun respect pour sa charmante épouse et n’a d’yeux que pour Gladys Beacon, une jeune femme adorant jouer à la femme-enfant, manipulatrice, intrigante, bien décidée à lui mettre le grappin dessus, marié ou pas.
Elle a même le culot – après avoir fait de Consuelo son amie – de dire qu’elle a l’intention de devenir la prochaine duchesse… Ambiance !

La duchesse est une femme intelligente, sensible, qui adore ses enfants, qui considère le domaine comme une véritable prison et qui aspire à une séparation – souhait irréaliste hélas. Du moins pour le moment.

Une des femmes de chambre a disparu depuis quelques jours et Charles Sheridan est persuadé, après avoir questionné son amoureux, qu’elle faisait partie du gang des voleurs de bijoux.
Mais comment trouver ceux avec qui elle est en cheville ? Et où peut-elle bien être ?

Puis c’est Gladys Beacon qui disparaît – alors là, c’est branle-bas de combat ! on ne s’inquiète pas pour une femme de chambre, mais le palais est sans dessus dessous concernant la jeune amie du duc – celui-ci considère que c’est à Charles Sheridan à se débrouiller pour la retrouver, tout cela sur un ton arrogant qui fait répondre par l’intéressé qu’il n’est pas l’un de ses serviteurs, mais un de ses invités, si sa seigneurie veut bien s’en souvenir !

Kate Ardleigh-Sheridan a décidé d’en savoir plus sur la disparition des deux jeunes femmes, comme elle est romancière, notamment de « penny dreadfuls » (amour et mystère), elle tente de trouver des indices afin d’aider son époux qui a recruté le jeune Ned Lawrence parmi le personnel du palais afin de savoir s’il peut glaner des informations à propos de la femme de chambre disparue.
Concernant Gladys, aucune demande de rançon n’ayant été envoyée au palais, il reste l’espoir que rien ne lui soit arrivé, mais qu’en est-il de la jeune Kitty ? on a trouvé des papiers dans sa chambre, qui semblent indiquer qu’elle se livrait peut-être à un chantage.

J’ai été très contente de retrouver le couple Ardleigh-Sheridan dans un demeure ancestrale anglaise.

L’idée de situer la 11ème enquête du couple à Blenheim Palace est venue au couple écrivant sous le pseudonyme de Robin Page après que Susan Wittig Albert ait lu l’autobiographie de Consuelo Vanderbilt Balsan.
L’idée plut immédiatement à son époux Bill Albert ayant visité Blenheim Palace plusieurs fois dans sa jeunesse, en se rendant en Angleterre (le couple est américain).

Le roman met l’accent sur la manière de vivre dans une telle demeure, où un duc ne se préoccupe de rien d’autre que de son palace, laissant les demeures de ses fermiers s’abîmer.
Où améliorer, moderniser, la demeure ancestrale est le plus important pour son confort personnel, mais se souciant comme d’une guigne de son personnel.
Lorsque son épouse voulait aider les plus démunis du domaine, il lui refusait les fonds nécessaires (qu’il avait pourtant reçus d’elle), lui disait de se conformer aux aumônes que distribuaient sa mère et sa tante Sarah Churchill.

La partie du parc, connue sous le « domaine de la belle Rosamund et sa source » sont joliment décrits, mais par contre il est peu fait question du palais proprement dit.

On rencontre  comme résident de Blenheim Palace le jeune Winston Churchill, dont c’est également la demeure ancestrale puisqu’il y est né.
Il est revenu en héros de la guerre des Boers et rédige, au moment de l’enquête, une biographie de son père, Randolph Churchill, un homme dont la réputation  semble avoir été « malmenée » par les lords.

Autre rencontre intéressante est le jeune Ned Lawrence – à savoir T.E. Lawrence, étudiant l’archéologie, intéressé par tout ce qui touche à l’Egypte et le moyen-orient – vous l’aurez deviné, il s’agit de celui qui sera célèbre sous le nom de « Lawrence d’Arabie » - il deviendra aussi un grand ami de Winston Churchill.

Le duo d’écrivains utilise la formule habituelle de ses polars historiques = mêler leurs enquêteurs fictifs à des personnages historiques avérés.

Une seule chose m’a dérangée dans l’histoire = lorsque Kate Sheridan enquête, elle le fait « en compagnie » de son double littéraire Beryl Bardwell – qui lui « parle » - les paroles de Beryl sont en italiques, mais cela donne une désagréable impression de schizophrénie de la part de lady Sheridan.
Ce petit désagrément mis à part, ce petit polar historique sans prétention m’a réellement plu – je poursuis avec un réel plaisir mes petites lectures estivales.

Bien que ce soit la 11ème enquête du couple Sheridan, c’est ma dernière incursion dans leurs enquêtes puisque j’ai lu les 11 autres (il y en a 12 au total, que j’ai évidemment eu la mauvaise idée de lire dans le désordre, comme d’habitude =^-^=)

  consuelo vanderbilt-balsan, qui disait que son plus grand plaisir dans l'existence,
en dehors de ses enfants, était la lecture dans laquelle elle se réfugiait depuis l'enfance

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20 juillet 2017

LE PAS DU RENARD, de Claude Izner

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 Paris – Année 1921 – Jeremy Nelson a débarqué à Paris avec six sous en poche ; il espère se trouver un travail de pianiste, il est particulièrement adepte du jazz, ce qui n’est pas encore très à la mode à Paris, mais fort en vogue aux USA, notamment à Hollywood et New York.

Il faut dire que Paris est encore sous le choc de la première guerre mondiale, beaucoup de morts, énormément de blessés qui n’ont qu’une maigre pension pour subsister. Une crise qui ne permet pas au gens de dépenser beaucoup d’argent pour se distraire.
Ayant fait la connaissance d’un dessinateur fort sympathique, Jeremy se rend au MI-KA-DO, un cabaret où l’on s’amuse pour pas trop cher.  Leur pianiste est souvent ivre, même à la limite ivre mort, aussi le jeune Nelson n’a-t-il pas de difficulté à le remplacer, d’autant plus que la propriétaire Doxie Maxie le trouve beau garçon. La jeune femme des vestiaires Marie le trouve aussi à son goût et bien vite ils entament une liaison.  
Marie est également caissière au Rodeo, un cinéma dont le propriétaire semblerait être parti pour Nice, mais dont on n’a plus de nouvelles depuis quelque temps.

Jeremy Nelson est venu en France, à Paris plus particulièrement, pour tenter de retrouver son père, ou du moins avoir des nouvelles de cet homme qui les abandonna sa mère et lui il y a quelques années.
Paul K. embarqua sur le Lusitania, qui fut torpillé par les Allemands et Nelson aimerait savoir si son père faisait ou non partie des 700 rescapés des 2000 victimes du navire.
Le problème est que posant beaucoup de questions pour retrouver des personnes ayant éventuellement connu son père ou des immeubles où il aurait vécu, il commence à inquiéter certaines personnes.
Qui ne vont pas hésiter à s’en prendre à lui ; certaines personnes sont déjà mortes par « accident » assez douteux et finalement, Nelson commence à se dire qu’il y a un lien entre ces gens = celui d’un immeuble ayant été incendié. 

Parmi les noms et adresses de personnes susceptibles d’avoir connu son père, il en est qui reviennent = celles des propriétaires d’une librairie rue des Saint-Pères, mais qui n’habitent plus là depuis au moins 20 ans.
Aux dernières nouvelles ces gens seraient à Londres. Il n’est pas certain que Jeremy Nelson parvienne à Londres un jour si on continue à l’agresser comme on le fait.
Et ce malgré l’aide bien sympathique des frères Jacob et Sammy.

Claude Izner avait terminé la série mettant en scène Victor Legris et son père adoptif, ainsi que son commis devenu beau-frère et associé, mais apparemment elle n’a pas décidé d’abandonner les personnages puisque tout au long de cette chasse au père perdu on retrouve des indices de personnes ayant connu la librairie Elzevier. 
Elle semble avoir des difficultés à totalement oublier ceux et celles qui hantèrent la librairie de Legris puisque la patronne du MI-KA-DO est la fameuse Eudoxie Mallard, qui en pinçait pour le père adoptif de Legris, qu’elle surnommait « mon Mikado » vu que Kenzo Mori était japonais. Ceci explique cela.

Il est évident que ce polar historique, qui a déjà une suite (La Femme au Serpent), nous les fera retrouver à Londres où ils ont pris leur retraite.

A part cela, j’ai trouvé ce roman intéressant au niveau historique, les sœurs qui écrivent sous le pseudonyme de Claude Izner disant beaucoup s’intéresser aux petites gens, leurs difficultés, leur don de la débrouille, mais hélas aussi de leur parler argotique qui n’est pas toujours aisé à suivre, même pour quelqu’un qui comme moi connait un peu d’argot.

En tout cas, l’histoire m’a permis de découvrir ce qu’on appelle  « le pas du renard » qui donne son titre au roman et qui est en fait la traduction littérale du foxtrot, une danse au temps du ragtime, très populaire pendant la période de l’entre-deux-guerres et que l’on dansa jusqu’aux années 1950.

Le polar se traîne un peu à mes yeux, il commence par un meurtre bien sanglant et chaque fois que l’on espère que ceux qui s’attaquent à Jeremy Nelson vont enfin être dévoilés, un nouveau rebondissement (et attentat sur sa personne) nous fait passer au chapitre suivant.

Les sœurs « Claude Izner » ont confirmé qu’il s’agira d’une nouvelle série, mais moins longue que celle de Victor Legris.

Encore une lecture typiquement estivale, plutôt vite lue.

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19 juillet 2017

TOUJOURS MAUDIT, de David Safier

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Titre original allemand = Mieses Karma Hoch 2

Daisy Becker est une drôle de bonne femme – apprentie comédienne, elle apparaît surtout dans des télé-réalités, pas de quoi se vanter donc. Dans sa vie privée, pas trop de quoi se vanter non plus = soûlographies à répétition, coucheries de même, et comme elle claque le peu qu’elle possède, elle n’est même plus capable de payer sa part de loyer.
Ses colocataires ont décidé que si elle ne se dépêchait pas de payer le loyer en retard, elle se retrouverait SDF.
Le seul qui lui témoigne un peu de compréhension et beaucoup de tendresse est Yannis, son meilleur ami … en fait son seul ami. Or Yannis est amoureux d’elle et aimerait qu’elle s’en rende compte.
Daisy s’en est peut-être déjà rendu compte mais vu ce qu’elle trimbale comme bagage affectif négatif, et gueule de bois,  ça ne se passe pas très bien lorsqu’elle craque un soir et se retrouve au lit avec lui.

Elle reçoit un appel de son agent = il lui aurait dégotté un petit rôle dans le nouveau James Bond, aux côtés de la star du moment, le séduisant Marc Barton. Lui évidemment comme grosse vedette, il peut se permettre de jongler avec les scenarii et il a carrément supprimer son petit rôle à elle. Il a la grosse tête ce type, c'est rien de le dire.
Du coup, elle se saoule, une fois de plus, réalise qu’elle a tué le petit chien-chien à sa vedette, qui évidemment la hait.
Pour se faire pardonner elle saute dans sa voiture, il roule comme un fou, elle vomit, il se fâche et ne voit pas le camion qui arrive en face.
Et c’en est fini de la vie de Daisy et Marc. (pas du roman, rassurez-vous =^-^=)

Vu leurs antécédents dans la vie, ils sont réincarnés en fourmis ! plus le karma est mauvais plus on se réincarne en insecte.
Marc est désespéré, ça va être pire lorsqu’il réalise qu’ils vont devoir faire la guerre à d’autres fourmis.
Cela leur permet de faire la connaissance de Casanova qui connaît bien le cycle des réincarnations – comme on dit en anglais « been there, done that » !.
Bouddha apparaît aussi évidemment, faut bien qu’il leur explique la situation.
Nos anti-héros ont même la « chance » d’assister aux funérailles de Daisy, où tout le monde pleure, mais où l’épouse ô combien séduisante et gentille de Marc console Yannis.
Non ça ça ne va plus du tout là. Daisy se sent devenir d’une jalousie féroce – elle aimerait donc Yannis ? quant à Marc, la seule idée que sa superbe Nicole, si aimante, lui préfère ce binoclard, alors là jamais !

Daisy, qui en connaît quand même un brin en karma vu que sa maman lui en a parlé avant de mourir, a une stratégie = Marc et elle vont accomplir de bonnes actions pour acquérir un maximum de bon karma, ils vont se réincarner en animal chouchou, et ils passeront le reste de leur vie auprès de leurs amours. Plus vite dit que fait. Avec l’aide de Casanova et Urrgh, son compagnon Néanderthal, ils vont s’y atteler, mais qui a dit que vouloir séparer des amoureux menait à de bons karmas ?

C’est à New York que tout  va se jouer, même que Daisy va retrouver sa maman réincarnée.

Apparitions de Bouddha, expériences karmiques dans des organismes différents (poissons, cigognes, escargots, etc), on pourrait presque dire = David Safier prend les mêmes  et recommence, car ce « Toujours Maudit » a de fameux accents de « Maudit Karma » que j’ai eu l’occasion de résumer ici.

Ce n’est pas un copier/coller, et comme en ce moment j’ai besoin de me changer les idées, ce livre drôle est parfait.
Non seulement on assiste aux premiers envols des bébés cigognes, dont entre parenthèses la mère est une vraie peste, nos réincarnés rencontrent un brochet nommé Einstein – oui LE Einstein – qui n’a qu’une idée = les bouffer, un brochet ça mange les petits poissons.
Pour finalement aboutir à New York, où il faut tout de même songer à un plan pour séparer Nicole et Yannis.

Vous l’aurez compris, la formule n’est pas follement originale puisque déjà utilisée, mais elle fonctionne – et je me suis bien amusée. J’ai notamment beaucoup apprécié les commentaires de Neanderthal – ainsi que les « bas de page » explicatifs où l’on retrouve des commentaires tirés des mémoires de Casanova et Neanderthal.

Une lecture estivale par excellence (surtout ne pas y chercher ce qui ne s'y trouve pas - la vraie philosophie c'est autre chose).

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17 juillet 2017

MARGUERITE DE VALOIS, ou MARGUERITE DE FRANCE, dite LA REINE MARGOT... le saviez vous ?

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ce surnom de "margot" lui est venu, quand petite fille elle interpréta le rôle d'une petite margot dans une pièce pour enfants avec ses frères et autres enfants de la cour, mise en scène par leur mère Catherine de Medicis.

Le surnom lui est resté avec l'un de ses frères le roi Charles IX, à la suite de ce petit intermède théâtral.
Charles IX la surnomma ainsi, par affection (dans la mesure où affection il y eut)  et Henri III aussi quand il voulait l'insulter.
Jamais absolument jamais, on appela Marguerite de Valois "margot", cette familiarité ne se concevait même pas;

C'est parce qu'il connaissait le surnom donné dans  l'enfance qu'Alexandre Dumas père (dont les "nègres" se documentaient fort bien avant l'écriture d'un roman) s'en servit comme titre de sa pièce vraiment peu flatteuse, voire même carrément insultante. Mais il n'est pas l'inventeur du terme.

En fait l'un des surnoms avérés de Marguerite de Valois fut LA PERLE DES VALOIS - Brantôme lui la qualifiait de "déesse à la beauté à nulle autre pareille"

L'essai écrit par Eliane Viennot, que j'aurai le plaisir de lire bientôt puisqu'il figure depuis longtemps dans ma pal, rend justice à cette femme intelligente et érudite, qui écrivit par ailleurs un pamphlet intéressant sur la condition féminine après avoir pris connaissance des écrits concernant "La Querelle des Femmes".
Quant à la cour de Nérac, qu'elle installa après avoir rejoint son époux Henri de Navarre (le futur Henri IV), où furent accueillis poètes et philosophes, elle aurait inspiré Shakespeare pour son "Love's Labour Lost" (Peines d'Amour perdues).

Un autre écrivain, féru d'Histoire et d'histoires, le complice d'Alain Decaux, à savoir André Castelot (dont hélas le passé ne parle guère  en sa faveur vu ses sympathies d'extrême droite), a aussi écrit une biographie intitulée "La Reine Margot". (Le livre se trouve également dans ma pal =^-^=).
Sans oublier les essais de Simone Bertière = les Reines de France au temps des Valois.

La romancière et biographe Hortense Dufour lui a également consacré un essai "Margot, la rebelle - les épreuves et les jours" que j'aimerais aussi découvrir, surtout à cause de ce titre de "Margot la rebelle".


15 juillet 2017

D'OR ET DE SANG, de Catherine Hermary-Vieille

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La Malédiction des Valois

A travers l’histoire dramatique des enfants d’Henri II et Catherine de Medicis, de nombreuses années de l’histoire de France sous les Valois-d’Angoulême défilent sous les yeux des lecteurs/lectrices.
Plus particulièrement ces années de guerre de religion, guerres civiles qui dressèrent catholiques et protestants les uns contre les autres.
Que de factions politiques différentes, que de factions religieuses intolérantes, intransigeantes, furent de ces années. 

Alors que Catherine de Medicis souhaitait établir une « paix de religions », une tolérance, il ne peut en être question entre ces catholiques intégristes et ces protestants rigides.
De part et d’autre on va trahir, changer de camp, retourner sa veste, intriguer chez les uns et les autres, mais on n’empêchera pas le carnage comme celui de la saint-barthélémy, quelques jours à peine après le mariage de la fille de France catholique, Marguerite, avec le jeune roi de Navarre (protestant mais pas plus que ça !).

Lorsque le roman débute, le jeune roi François II se meurt et la petite reine Marie Stuart retourne en Ecosse. Devient alors roi, le très jeune Charles IX (10 ans), ce qui arrange bien la dominante reine-mère qui va enfin pouvoir régner puisqu’elle est régente jusqu’à la majorité du petit roi. 
Pour rendre la royauté populaire, Catherine de Medicis décide d’un « tour de France », avec le déménagement que cela impose.
Lorsqu’il atteint sa majorité, il est évident qu’il est le roi d’un royaume divisé et les tracasseries commencent !
tout le monde se plaint chez lui, lui qui n’aspire qu’à la paix ! il a une charmante maîtresse auprès de qui il trouve un peu de cette paix, il a une épouse compréhensive, qui espère donner un héritier à la couronne.
Mais la santé de Charles IX n’est pas meilleure que celle de François II et bientôt la tuberculose aura raison de lui.

Voici enfin  le tour d’Henri III – comme il l’a attendue cette couronne de France ! entretemps il a accepté celle de la Pologne, mais vivre en Pologne lorsqu’on a connu la France et sa douceur de vivre en pays de Loire, ce n’est quand même pas la même chose. Heureusement avec lui se trouvent ses mignons – qui vont l’aider à regagner la France et commencer à abuser de leur pouvoir sur lui.  Était-il réellement homosexuel, ou simplement bi ? en tout cas, il sera toujours respectueux de Louise de Lorraine, sa reine.
Le caractère étrange d’Henri III va lui valoir le mépris de tous au fil du temps – il alterne les périodes de fastes, de bals, de fêtes scandaleuses avec un mysticisme extrême.
Un parti va se liguer contre lui « Les Mécontents » auxquels sa sœur commettra l’erreur d’adhérer, ce qui lui vaudra un exil de près de 20 années.
Lorsqu’il meurt, sans fils, il a nommé le roi de Navarre comme héritier – place à Henri IV, toujours marié à Margot – il va s’en « démarier » comme on dit à l’époque – car il y a eu quelques lacunes au moment du mariage = ne pas avoir attendu la dispense papale (ils étaient cousins), avoir forcé Marguerite par un coup à l’arrière de la tête à acquiescer au mariage.
Entretemps, les époux qui au départ étaient amis, sont devenus des ennemis, il la traite de « putain », elle le traite de paysan mal dégrossi. Cependant, couronne de France oblige, ils se réconcilient et fine mouche, Marguerite tire tous les avantages possibles de cette réconciliation et ce démariage.

Bien qu’il s’agisse d’un bon roman historique, bien documenté, basé sur des faits avérés, la romancière – qui se réfère à Maurice Druon et Alexandre Dumas pour ses exemples de romans historiques – est tombée malheureusement dans le travers d’avoir surtout retenu « la légende noire de Marguerite de Valois ».

Non seulement elle accentue dans son roman le côté « folle de son corps », « vipère lubrique » (comme la surnomma son frère Henri III), elle en fait aussi une jeune femme pas nécessairement  sotte mais surtout désireuse d’être prise pour une véritable diplomate, imbue de sa haute naissance, sous l’emprise de ses sens, en gommant (délibérément ?) le côté intellectuel de « Margot », son érudition, sa cour où viennent Montaigne et Brantôme.

Catherine Hermary-Vieille est tombée dans le même travers qu’Alexandre Dumas père, qui fit grand tort à la réputation de Marguerite de Valois « Margot », par son roman « la Reine Margot », où il la présente comme folle de son corps, incestueuse, trompant allègrement son époux, Henri de Navarre, qui ne se gênait pas de son côté de toute façon.
(Alexandre Dumas fit la même chose à l’égard de Lucrezia Borgia, tout comme Shakespeare le fit avec Richard III – à part que Shakespeare discrédita Richard III pour plaire aux Tudors, tandis qu’Alexandre Dumas père écrivit des romans feuilletons pour attirer les lecteurs des journaux d’époque et gagner de l'argent).

La romancière passe aussi sous silence le pamphlet "féministe" avant la lettre qu'écrira Marguerite de Valois-Navarre lorsqu'elle comprendra (pas trop tôt) que le monde dans lequel elle vit ne laisse aucun droit aux femmes et tous les droits aux hommes.

Ce qui ressort de la vie des enfants de Catherine de Médicis, et surtout de Marguerite, c’est ce besoin de se faire aimer, accepter.
Plus particulièrement de sa mère.
Or celle-ci n’apprécia jamais Marguerite qu’elle jugeait futile, inintéressante, têtue, orgueilleuse – il est vrai que Catherine de Medicis n’avait d’amour que pour Henri d’Anjou, qui deviendra Henri III.
Son dernier fils, François d’Angoulême en souffrira d’autant plus qu’il était laid – les mignons d’Henri III  se moquèrent ouvertement de lui, sachant que le roi les soutenait en tout. Cela eut pour résultat que François fuira alors qu’il était assigné à résidence, pour rejoindre les protestants.
Il fera quelques erreurs stratégiques lui aussi, pourtant en Flandre on lui offrira la couronne. Il espéra, un temps, épouser Elizabeth I d’Angleterre, mais la différence de religions et d’âge eut raison de ce projet – néanmoins ils restèrent amis et correspondirent durant de longues années (ceci n’est pas dit dans le roman, je le sais pour m’intéresser à Elizabeth Tudor)

Le roman, bien que fort bien écrit, d’une manière jamais fastidieuse malgré les dates et les retournements de situations,  m’a néanmoins un peu déçue par son côté « presse people » =  qui couche avec qui et pourquoi – mais  il met d’autre part l’accent sur ce à quoi ressemble un déplacement royal, avec une  munificence extraordinaire, en passant par des villes et villages où les paysans ont à peine de quoi se nourrir.
Néanmoins sont aussi développés les multiples aspects politiques, les luttes entre pays catholiques (Espagne) et protestants (Angleterre, une partie des Pays-Bas).

La cour de France est un véritable nid de vipères, où la délation est l’un des beaux-arts, encouragée par la reine-mère qui dresse ses enfants les uns contre les autres et envoie ses nains favoris espionner tout le monde.

C’est un roman que l’on peut aisément emporter à la plage = pas de prise de tête, pas compliqué et parfois fort amusant (involontairement, je pense =^-^=)

A mon avis, aucun roman policier actuel (même scandinave) n’oserait mettre autant de meurtres et de criminels en scène, on ne le croirait pas … et pourtant !

 margot et ses frères

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13 juillet 2017

QUAND SORT LA RECLUSE, de Fred Vargas

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Alors qu’il était pépère sur une petite île islandaise, voilà que Paris rappelle Adamsberg à corps et à cri, il s’agit d’une enquête concernant l’épouse d’un avocat, qui aurait été assassinée par son amant, qui nie bien sûr.
Jean-Baptiste Adamsberg écourte donc à contre cœur ses vacances, laissant d’ailleurs sur place son fils Zerk, qui a découvert la femme de ses rêves.

Inutile de dire que cette enquête sera rapidement conclue, car vous ne le savez sans doute pas mais « il n’y a pas deux pissenlits qui se ressemblent » - ça c’est de l’Adamsberg et ses brumes magiques tout pur.
C’est en bouclant l’affaire de la femme assassinée, son mari et le peut-être amant qu’Adamsberg remarque une image sur l’ordi de Voisenet, le mordu de zoologie.
Il s’agit d’une araignée, surnommée « la recluse », car on ne la voit pratiquement jamais, elle ne sort que le soir.

Or cette araignée aurait été la cause de la mort de 3 vieillards, ce qui est en principe impossible, sa piqûre n’étant pas mortelle. Du coup, la curiosité du commissaire est titillée et il veut enquêter. Pour lui les 3 hommes morts par piqûre d'arachnide ont été assassinés.
A la colère de son adjoint Danglard, qui surprend tout le monde par la virulence de son opposition au chef. Qui comprend pourquoi, mais ne dit rien, certain que Danglard va se ressaisir … hélas ! cela n’ira pas sans mal.

Entretemps, le commissaire qui s’est rendu chez un arachnologue au musée d’histoire naturelle, fait la connaissance d’une sympathique vieille dame, fine mouche (hahaha quand on parle d’insectes !) qu’il  retrouvera au sein de cette enquête, à diverses reprises.
Enquête qui mènera jusqu’à une sale petite bande qui harcelait physiquement et moralement les  autres enfants de l’orphelinat où ils étaient pensionnaires. Au vu et au su de ce qu’il découvre avec son équipe, le commissaire comprend qu’une vengeance implacable est en marche.

Retrouver Adamsberg et son équipe est toujours un moment de pur plaisir. Les revoilà tous avec leurs petits travers, leurs habitudes, leur hargne aussi.  J’ai craint que Danglard, cette fois encore, n’ait réussi à aliéner toute l’équipe contre leur supérieur, mais n’est pas Machiavel qui veut surtout face à Adamsberg, qui est tout de même un rusé renard.

Le roman balade les lecteurs/lectrices de Paris au sud de la France, Adamsberg étant qui il est divague parfois, mais toujours à bon escient.  Et des petites divagations il y en a = les problèmes de Froissy, celle qui nourrit tout le monde, une famille de merles qui s’est installée dans l’arbre de la cour et que tout le monde nourrira, toutefois, jamais on ne perd l’enquête de vue.  Ni hélas l’abominable odeur laissée par la tête de murêne de Voisenet.
Il y a encore un plaisir de plus = celui de retrouver les 3 évangélistes, mais surtout Matthias l’archéologue, qui n’est pas loin d’être séduit par Violette Retancourt.

On pourrait penser que parfois on risque une grosse déception,  que quelque chose grippe la mécanique « Vargas », mais non elle est toujours bien au point pour le plus grand plaisir des lecteurs.

A lire, absolument.

d'autres avis chez babelio,  critiqueslivres, enlivrez-vous

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11 juillet 2017

VISAGES VILLAGES, d'Agnès Varda & JR

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Titre anglais = Faces Places

Scénario = Agnès Varda

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Photos = JR

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Musique = Matthieu Chedid

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le trio au Festival de Cannes où le documentaire fut acclamé

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Gros coup de cœur pour moi que ce beau documentaire, empli de tendresse, d’humour et de complicité entre la réalisatrice-plasticienne Agnès Varda et JR, photographe ou plutôt « photograffeur », puisqu’il utilise les photos en grand format en collage sur les murs, art éphémère comme le « street art ».  Il a fait le tour du monde avec son « camion-appareil photo » et plusieurs livres ont été édités concernant son travail.

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Agnès Varda avait décidé de ne plus réaliser de film après « Les Plages d’Agnès » qu’elle considérait comme son dernier témoignage de film d’auteur(e).  Elle est âgée à présent de 89 ans (88 au moment du tournage) et a des problèmes aux yeux. C’est sa fille, Rosalie Varda, qui l’a mise en présence de JR,  le contact fut excellent dès le départ.
Comme elle le dit dans une interview « j’attends toujours qu’un sujet me parle particulièrement mais après « Les Plages d’Agnès » je voulais me consacrer à faire des expositions de mes travaux. Après le premier contact avec JR, ce fut reparti ! » ( cfr. L’interview parue dans le BRUZZ, magazine multilingue d’info sur Bruxelles et ses activités culturelles)

Trouver le budget pour leur documentaire ne fut pas une sinécure, parce que trouver des fonds pour un documentaire n’a pas vraiment la cote actuellement, l’argent est plutôt disponible pour des comédies ! - ils s’adressèrent finalement au site d’autofinancement KissKissBankBank, et lorsque les maisons de production virent ce qu’ils récoltèrent, ils acceptèrent de libérer une somme d’argent. Le documentaire débute d’ailleurs par des remerciements à tous ceux,  en dehors des maisons de production, qui collaborèrent à financer le films. Une belle et longue liste, qui mérite tous les remerciements pour avoir rendu ce beau projet possible.

Voilà donc notre sympathique duo lâché sur les routes de France, en donnant la préférence aux villages, à la campagne – pour « photograffer » ceux qui se prêtèrent avec bonne humeur à leur requête de photos à poser ensuite sur les murs.
Dans les Corons, il y eu l’émouvante Jeanine, qui refuse de quitter la petite maison où elle a grandi, car lorsque les tout derniers habitants auront disparu, le site des corons sera rasé – et quel dommage ce sera, alors que ces jolies maisons pourraient être récupérées et devenir des maisons unifamiliales … mais bon, je ne suis pas promoteur immobilier, je privilégie l’humain plutôt que l’argent.

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Le camion-photo utilise la formule « photomaton », on s’y assied mais au lieu d’une petite photo qui en sort, c’est une grande photo, qui servira au collage sur façade si le propriétaire est d’accord, ou ailleurs (JR a ainsi décoré des châteaux d’eau).

Du nord au sud, ils ont croisé un facteur, enchanté d’être mis en façade;  mais aussi un homme vivant « de rien » - un être jovial, vivant dans une cabane faite d’objets de récupération, qui est heureux de n’avoir aucun des besoins que la civilisation nous fait croire qu’ils nous sont indispensables.

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Ils sont passés par les chantiers navals du Havre, où les épouses des dockers ont été mises en vedette. Ils sont passés par des usines, où tout le monde s’est plié avec énormément de bonne humeur aux demandes de nos deux réalisateurs.

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Ils ont « habité » un village de vacances qui au lieu d’être terminé par les bâtisseurs, tombe lentement en ruines, mais pour un temps des visages sont apparus sur les façades.
Ils sont passés par des domaines agricoles, et notamment là où l’on élève les chèvres pour les fromages et le lait.

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D’une vieille photo d’un ami de Varda, JR a illustré un morceau de bunker tombé sur une plage, en faisant vite pour le collage, car le lendemain, après la marée montante hélas cette belle image disparut

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Par contre, une jeune femme qui travaillait dans un café du sud, a eu le plaisir d’être mise en façade, mais le succès de cette photo finalement – vu le nombre de visiteurs et selfies – pèsent lourdement sur l’anonymat de la jeune femme en question.

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La balade se termine avec un rendez-vous (un acte ?)  manqué avec Jean-Luc Godard, qui avait pourtant confirmé qu’il les attendait. L’absence de cet ami de jeunesse d’Agnès Varda & Jacques Demy a été un dur  moment  pour Varda.
Qui eut cependant la consolation que JR, rien que pour elle, enleva un bref instant ses lunettes noires, qui agaçaient tellement Agnès tout au long de leur périple.

Je ne peux que vous conseiller plus que vivement d’aller voir ce documentaire en salle – n’attendez pas le dvd, les images « en grand » sont nécessaires.

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09 juillet 2017

LE JOURNAL DE MONSIEUR CHATASTROPHE, de Chris Pascoe

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Ce n’est un secret pour personne, j’adore les chats et l’humour britannique – cette autobiographie romancée avait donc tout pour me plaire, et effectivement jusqu’à la moitié du livre, je n’ai pas arrêté de glousser et même de rire franchement aux gaffes et facéties des chats du ménage Pascoe = le romancier Chris et son épouse, Lorraine qui a heureusement la tête sur les épaules, ainsi que leur petite « terreur » de deux ans et demi, la jeune Maud qui, selon son papa, a des tendances psychopathes (qu’il se rassure, tous les enfants de cet âge-là en ont).

Cet été-là Chris Pascoe décide de le passer à la maison, de garder donc la petite tornade nommée Maud (il comprendra rapidement le regard ironique qu’avaient posé sur lui les gens de la garderie). De plus il aura ainsi le plaisir de passer plus de temps avec son chat Birmingham, surnommé Brum depuis toujours, et la jolie chatte Sammy.

Cet été-là, toujours, il a fait particulièrement ensoleillé, ce qui a permis à la petite Maud de souvent jouer dans sa pataugeoire personnelle – elle insiste là-dessus = cette pataugeoire ne se partage PAS, JAMAIS, un point c’est tout. Le problème est que Brum ne comprend pas le langage humain – il ne comprend pas grand’chose d’ailleurs et termine régulièrement ses chutes aussi nombreuses que grotesques dans ladite pataugeoire privée. Hurlements etc de la part de la jeune propriétaire.

Cet été-là encore, Lorraine espère que Chris montera enfin cette gloriette, en principe simple à monter, afin que le patio ait de l’ombre pour la petite Maud et ses parents.
Oh il finira par la monter cette gloriette (à la fin de l’été), après que tant de gens  intentionnés et « briefés » par Lorraine le lui aienr fait remarquer, mais hélas, Chris n’est pas plus doué pour monter une tente simple que pour vider un salon où il faut installer une nouvelle moquette – Lorraine a d’ailleurs insisté pour que ce soient des professionnels qui s’en occupent, doué comme l’est, son mari aurait probablement collé la moquette au plafond !

Tout le livre est à l’avenant = les frasques souvent irrésistibles de Brum, doué pour se mettre dans des situations invraisemblables, son humain Chris tout aussi doué pour les gaffes mais pas du tout pour le bricolage, les multiples situations invraisemblables mais humiliantes pour les parents provoquées par Miss Maud Pascoe. On se demande comment Lorraine tient le coup. Quant à sa meilleure amie, venue soigner sa mini-dépression pendant un long week-end, elle est rentrée chez elle en un seul morceau et avec le sourire aux lèvres après avoir assisté et avoir été la victime de Brum et son envie de la charmer.

Moi en tout cas, à la moitié du livre, j’ai cessé de rire, j’ai encore parfois souri – j’ai poursuivi la lecture car je me demandais où cela mènerait = toujours au même endroit, dans la pharmacie familiale ou chez le vétérinaire.
J’ai continué à sourire un peu, mais sincèrement autant de gaffes en trois mois, c’était un peu « too much », je ne pensais même pas que ce fût possible.
Je suppose que Chris Pascoe a  regroupé ses souvenirs dans un seul roman, mais après avoir beaucoup ri, j’ai commencé à beaucoup souffler en me disant « pas croyable ! ».

On croise encore dans le roman, en dehors de la jolie meilleure amie venue panser son cœur fatigué, mais qui repartira quand même avec un chemisier en soie complètement saccagé et des orteils ensanglantés, le père de Lorraine qui est la victime des gaffes involontaires de Chris (comme secouer la bouteille de ketchup en oubliant qu’elle est ouverte !) et le père de Chris, qui – on le comprendra rapidement – est l’exemple type du gaffeur, les Pascoe père et fils, même combat !

Il y a aussi un très bel oiseau – un milan (kite en anglais) qui donnera son avis sur Brum.  Petit mot typique d’anthropomorphisme – mais il est vrai qu’à ce moment-là, j’étais déjà fatiguée des gaffes félines et humaines.

Dommage, car cela démarrait vraiment bien, sur des chapeaux de roue et mes voisins, dans mon snack préféré, me regardaient avec un peu d’étonnement vu mes gloussements répétés. Cela aurait pu être une parfaite lecture pour cerveau fatigué et moral en baisse.

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07 juillet 2017

THE TESTIMONY OF THE HANGED MAN, d'Ann Granger

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Titre français = Le témoignage du pendu

5ème enquête de Lizzie Martin & Ben Ross 

Prison de Newgate en 1868 – l’inspecteur Ben Ross a dû répondre, un soir,  au dernier souhait d’un condamné à mort disant avoir des révélations à faire. Mills, qui sera pendu haut et court le lendemain matin pour un crime qu’il a commis et qu’il ne nie pas, lui confie qu’il veut mettre sa conscience en ordre et il confesse avoir été le témoin d’un crime un soir d’orage = il a vu une très jeune femme étouffer un vieillard avec un coussin.
Pourquoi n’en a-t-il pas parlé avant ? parce qu’à l’époque, il se devait d’être discret pour ne pas compromettre quelqu’un.
Ross a donc pris cette déposition-confession sous la dictée du condamné et s’est précipité chez le gouverneur de la prison qui lui dit avec un certain paternalisme que Mills a probablement compris que Ross était une bonne âme et qu’il pouvait ainsi gagner quelques heures de répit avant sa pendaison ; il lui donc de laisser tomber.

Ben Ross rentre chez lui, assez abattu, et en chemin rencontre une femme qui se cache avec un enfant sous les arcades de Waterloo station. Il prend la femme en pitié et ne l’embarque pas pour vagabondage.
Elle lui a confié son nom et lorsque le lendemain Ross arrive au poste, il dit à son adjoint Morris de le prévenir si cette personne se présente.
Il a à peine le temps d’expliquer pourquoi lorsque le superintendant Dunn le fait venir dans son bureau et aux dires de Morris, il va se faire sonner les cloches. En fait tout le poste va assister à l’engueulade car Dunn est enragé que son inspecteur se soit fait berner par un condamné.
Contrairement à ce qu’il a dit à Ross la veille au soir, le gouverneur de la prison s’est adressé aux instances supérieures de la police pour expliquer la situation.
Inutile de dire que ça n’a pas été bien vu de réveiller un haut commissaire qui venait de se mettre au lit ! Et tout ça pour un crime qui « aurait été commis il y a 16 ans » !
Comme si le Yard n’avait que ça à faire !

Comme pour lui donner raison,  voilà qu’un riche marchand de vins, de très mauvaise humeur parce qu’après tout « il paie ses taxes donc la police est à son service ! » vient signaler que son épouse et leur petite fille ont été enlevées.
L’inspecteur Ross se souvenant de la jeune femme entrevue la veille au soir, pense qu’il s’agit d’elle et bien sûr se fait taper sur les doigts pour ne pas avoir arrêté la jeune femme.
Qui sait où elle se trouve à présent. L’homme à l’évidence ne veut pas de scandale, il fait peu de cas de son épouse, mais sa fille doit lui être rendue. Elle est sa propriété !
Ross se doute qu’il s’agit là d’un cas de brutalité domestique, même si la brutalité était en paroles plutôt qu’en actes. L’épouse du marchand de vins semble avoir été une recluse dans sa maison, la seule qui lui soit favorable était la jeune nanny de la petite fille.

Puisqu’on a défendu à Ross de s’occuper du crime du passé, Lizzie Martin n’a pas de scrupules à le faire elle-même, en compagnie de la jeune bonne Bessie, qui est ravie d’enquêter. Elle est une fervente lectrice des « penny dreadfuls » que lui refile le jeune policier Briddle, qui vient de plus en plus souvent passer quelques heures dans la cuisine des Martin-Ross le dimanche.

En fourrant son nez dans cette histoire, Lizzie met en route  une machine infernale qui aboutira à un autre meurtre.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, le superintendant Dunn savait très bien ce qu’il faisait en disant à Ross de demander à sa femme de ne pas se mêler de cette affaire !

Avec cette 5ème enquête du couple Lizzie Martin & Benjamin Ross se termine la série qui attendait dans ma pal depuis la 1ère enquête lue il y a environ 9 ans – et c’est,  avec la première, celle qui m’a le plus plu.

Ici l’accent est mis sur les difficultés des femmes durant l’ère victorienne et avant, en Angleterre (et ailleurs certainement à la même époque) – cela se résume très simplement = elles n’avaient aucun droit.
Généralement, si elles étaient des orphelines sans fortune, recueillies par une parente « généreuse », elles étaient censées accepter un mariage qui, parfois, pouvait s’avérer une autre prison.
Le mari avait tous les droits, y compris de demander le divorce, ce qui était refusé à la femme – par ailleurs, il obtenait la garde inconditionnelle des enfants, avec – si l’épouse avait les moyens de se payer un bon avocat – un éventuel droit de visite annuel.
Au pire, avec l’aide d’un médecin peu scrupuleux ou dans la ligne du temps, l’épouse risquait d’être enfermée dans un asile ou une « maison de santé » pour femmes hystériques.

Si elles avaient une dot ou une petite fortune personnelle, celle-ci devenait automatiquement la propriété du mari, les propriétés y compris (maisons, fermes, terrains) – si elles étaient veuves, ayant bénéficié d’un héritage de la part du défunt mari, il valait mieux pour elles ne jamais se remarier car aussi automatiquement tous ces biens devenaient la propriété du nouveau mari.
Si elles étaient sans famille ni fortune, elles avaient le choix entre être gouvernante dans une grande maison, ou institutrice des petites filles, ou dame de compagnie sous-payée, et dans ces fonctions qui étaient d’un rang au-dessus du personnel « downstairs », elles ne faisaient néanmoins pas partie de la famille et se retrouvaient donc isolées à tous les niveaux.
Quant aux filles de familles aisées, elles servaient de monnaie dans un contrat de mariage. Rien ne devait entacher leur réputation.

Pas étonnant que les premiers mouvements pour les droits des femmes soient nés en 1876 (en France) et en 1897 en Angleterre.
Il s’agissait bien sûr d’obtenir le droit de vote pour les femmes, mais il était aussi temps de changer certaines lois. Et sans vote des femmes, comment changer les lois les concernant ?

On en est encore loin dans ce polar historique qui se passe en 1868, mais il est évident que notre Elizabeth (Lizzie) Martin y adhérera pleinement – j’aime beaucoup lorsqu’elle « mouche » le superintendant Dunn en lui disant qu’un jour les femmes entreront dans la police et deviendront des enquêtrices à part entière – comme généralement son inspecteur Ross de mari assiste à ce type d’entretien, son supérieur et lui en restent bouche bée.
Pas étonnant non  plus, lorsque Dunn demande (exige) que Ben Ross tempère l’enthousiasme de son épouse à mener des enquêtes de son côté pour l’aider, il comprenne à l’air résigné de son adjoint qu’il demande là un merle blanc. Ceci dit, Dunn est plus fûté qu'il n'y paraît = il comprend à quel point Mrs. Ross a un don très sûr pour les situations "particulières" et il sait qu'il peut compter sur son "flair" pour aider son mari.

d'autres avis sur ce roman = chez babelio, livraddict, myloubook, goodreads

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06 juillet 2017

A PARTICULAR EYE FOR VILLANY, d'Ann Granger

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Titre français = Un flair infaillible pour le crime

4ème enquête de Lizzie Martin & Ben Ross

Qui a bien pu tuer ce charmant vieux monsieur, Thomas Tapley, vivant dans une maison située non loin du couple Martin-Ross ; la propriétaire de la maison, une Quaker, n’avait que des compliments à son égard.
Bien qu’il fût évident que le brave homme n’ait pas été riche, il payait toujours le loyer avec régularité, son seul luxe semblant avoir été les livres. Peu de vêtements dans sa chambre, rien qui laissât à penser qu’il ait eu de grands moyens.
Selon sa propriétaire, chaque matin, il se rendait dans un café pour son petit déjeuner et ensuite passait ses journées dans des musées et bibliothèques.

L’inspecteur Ben Ross, qui habite tout près,  arrive sur les lieux et  immédiatement entreprend l’enquête.
Mr. Tapley avait habité avant cela à Southampton ; il semblerait qu’il soit revenu du continent, où il avait séjourné pendant de longues années.  Après que Ross ait fait publier une petite annonce dans les journaux, demandant si quelqu’un aurait des informations à propos de Tapley, son cousin, un avocat célèbre vient reconnaître le corps et lui raconte l’histoire de Thomas Tapley et sa famille.
Lizzie, l’épouse de Ross, qui n’hésite pas à fourrer son nez dans les enquêtes (selon le superintendant Dunn), mais qui a toujours des indices intéressants à communiquer, explique à son inspecteur de mari qu’il lui semblait que Mr. Tapley ait été suivi par un lugubre personnage déguisé en clown. 

Peu à peu, alors que la vie de Mr. Thomas Tapley est démêlée comme un écheveau, les suspects s’ajoutent les uns aux autres. Qui est ce couple mystérieux qui s’est permis de se rendre sur une propriété des Tapley ? et qui a-t-il pu rencontrer au cours de ses voyages sur le continent ? un ancien ami dit l’avoir rencontré à Deauville où Thomas Tapley lui expliqua qu’il était en convalescence.
Pourquoi, tout d’abord, a-t-il quitté l’Angleterre et puis pourqui y être revenu sans en parler à quiconque ?

Tout sera dévoilé en cours d’enquête et Lizzie, toujours prompte à vouloir aider son mari, va se faire taper sur les doigts pour ne pas avoir communiqué certains faits assez rapidement !

Le roman aborde différents sujets, notamment l’homosexualité toujours punie, non plus de pendaison, mais de travaux forcés particulièrement pénibles (pensez à Oscar Wilde), mais aussi les familles tellement friandes de respectabilité qu’elles n’hésitent pas à mettre un de leur membre au ban de la société.
L’Angleterre victorienne n’est pas un monde sympathique aux femmes – elles sont priées de « rester à leur place », si elles sont de bonne famille, c'est-à-dire ne pas exprimer leurs sentiments ou leurs opinions. Si elles sont pauvres, il ne reste que la rue, la promiscuité des « workhouses », ou la mendicité.
Cette arrogante Angleterre, si fière de son développement industriel, est un lieu bien sinistre pour les pauvres ou les classes laborieuses, quant à la bourgeoisie qui peu à peu monte dans la hiérarchie de la richesse, elle est aussi peu charitable que les aristocrates imbus de leurs privilèges.

J’avais deviné l’assassin, puis avais décidé que cela ne pouvait être cette personne-là – j’ai eu tort de me laisser impressionner par la personne en question.
Et j'ai été ravie de découvrir que Lizzie Martin déteste autant les clowns que moi =^-^=

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03 juillet 2017

LE GUIDE STEAMPUNK, de Etienne Barillier & Arthur Morgan

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Ce billet est un résumé, j’insiste là-dessus, et comme tout résumé, sans doute incomplet – mais je recommande vivement ce livre si l’on s’intéresse aux divers genres littéraires.

C’est une lecture que j’ai beaucoup appréciée,  j’ai  toujours eu un faible pour la sci-fi mâtinée d’uchronie, voire d’un peu de fantasy, bien que ce dernier genre n’en fasse pas totalement partie  – je faisais donc du « steampunk » sans le savoir, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.
Dans ce type de roman, on découvre des machines qui se meuvent par la vapeur, les femmes sont en crinoline, ne sortent jamais sans leur ombrelle (qui peut s’avérer utile dans certaines circonstances), les hommes sont en jacquette et haut de forme, parfois portent monocle. Et Londres est très souvent le lieu où se situe l’action.

C’est par la série « The Parasol Protectorate » de Gail Carriger que je me suis lancée de plein pied dans un genre qui me plaît vraiment beaucoup.

Grace à ce guide qui m’a paru bien complet, j’ai découvert quand se situe ce genre littéraire et quelle en est l’origine (dans les années 1980 aux USA).
Ses deux auteurs, Etienne Barillier, qui est paraît-il un spécialiste du genre, et Arthur Morgan, cofondateur de la communauté French Steampunk, (tout comme les amateurs de Sherlock Holmes sont des « sherlockians »), ont dressé un guide qui propose une vaste gamme – en indiquant ceux qui sont meilleurs que d’autres, sans pour cela exclure les romans qui seraient plus faibles. Ce guide dresse un état des lieux du steampunk aujourd’hui autour, notamment, de rencontres avec Tim Powers, K. W. Jeter, James Blaylock, Greg Broadmore ou Mathieu Gaborit.

Qu’est le steampunk = engrenages et vapeurs, automates et savants fous, hauts de forme et crinolines, le steampunk semble être partout.
On le retrouve dans la BD, les Comics, les mangas, le cinéma, la télévision et les jeux (parmi lesquels les jeux de rôles), mais aussi la musique et les costumes (le DIY – faites-le vous-mêmes, est vivement recommandé) – et bien sûr la littérature.

Ses principales caractéristiques sont l’uchronie avec point de rupture et une évolution de la technologie. Il ne s’agit toutefois pas d’une uchronie classique – les points de rupture de l’uchronie-steampunk sont liés aux genres de l’imaginaire (magie, extra-terrestres, etc) et, comme le disent les auteurs, ne pas toujours chercher à tout expliquer.
Il n’est pas un genre à proprement parler, comme la science fiction et le genre policier qui ont désormais pignon sur rue – c’est plutôt un style réunissant ces univers avec uchronie et fantastique.

Un récit steampunk se déroulant au 19ème siècle peut faire référence à des figures historiques avérées de l’époque, mêlées parfois aux personnages de fiction (comme Jules Verne et le capitaine Nemo ou Stevenson avec le docteur Jekyll).
Le steampunk est totalement dans la lignée des univers de Jules Verne et H.G. Wells.  Ceux-ci sont considérés, d’ailleurs, comme l’inspiration, la source, la référence.

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Le steampunk utilise un imaginaire futuriste et il le réactualise en y injectant des préoccupations modernes.
Les auteurs réfutent l’idée que le steampunk soit exclusivement fixé sur le 19ème siècle victorien – ce fut sans doute le cas des premiers romans, mais il ne l’est plus aujourd’hui.(Quoique…)

Quelle est l’importance de Jules Verne et H.G. Wells ? les Voyages Extraordinaires de Jules Verne, à une époque où la science-fiction n’existait pas, entre autres.
Le steampunk est une reconnaissance de l’influence de ces deux auteurs issue de leurs romans, de leurs machines extraordinaires – il est un hommage à leurs imaginaires.
C’est le 19ème siècle qui verra la naissance des principaux genres de l’imaginaire = science fiction, fantastique, policier (ex. Frankenstein, Dracula).
Avec un clin d’œil au passage à Leonard de Vinci et ses machines.

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L’esthétique steampunk = aventurier, espionne, savant, mécanicien – habillés en style 19ème siècle (haut de forme et crinolines et ombrelle) avec quelques pièces de rouage et des gadgets pour terrasserr les ennemis ou les fuir.

Le steampunk est né aux U.S.A., mais il est aussi français et anglais – ce n’est pas tout = Espagne, Italie, Europe de l’est – la communauté steampunk grandit partout.
Il souffre de ne pas avoir de définition stricte, de règles claires – un petit lexique (dans le livre) pour aider à découvrir les termes utilisés par les vaporistes (les mordus de steampunk).

Quel avenir pour le steampunk ? le pari sur son futur est risqué, mais pas impossible – il est né d’une blague de 3 jeunes écrivains californiens dans les années 1980, il est devenu une esthétique que l’on retrouve aussi bien en littérature que dans les arts plastiques et la musique. Il peut donc être réinventé … pourquoi pas ?

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A BETTER QUALITY OF MURDER, de Ann Granger

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Titre français = Un Assassinat de Qualité

3ème enquête de Lizzie Martin & Ben Ross

Londres 1867 – le tristement célèbre fog londonien, que les habitants de Londres qualifient aussi de « pea soup » (ce que nous qualifions de « purée de pois »), enferme toute la ville au point que l’on n’aperçoit pratiquement pas ses pieds, encore moins une personne devant soi.
C’est ainsi que l’inspecteur Ben Ross, rentrant chez lui, entre en collision avec Daisy, une jeune prostituée, qui crie que le spectre a failli la tuer, elle a senti ses mains fourchues autour de son cou. De plus, elle le met au défi de retrouver sa meilleure amie, disparue depuis quelques jours, puis s’en va comme avalée par le fog.

Arrivé chez lui, Ross découvre Lizzie, désormais son épouse, qui avait l’intention de partir à la recherche de Bessie leur jeune bonne ; celle-ci s’est rendue au « temple de la tempérance », qui a été fondé par un nouveau prédicateur, très charismatique.
Bessie n’a que du bien à en dire.
Par contre, ses employeurs sont moins enthousiasmés par cette « conversion » à la tempérance car la jeune bonne, qui n’a aucun style, n’hésite pas à leur faire la leçon lorsqu’une bouteille de porto est à table.

Ross ne croît pas « au spectre » qui hante les rives de la Tamise et les quartiers mal famés, pourtant le lendemain le brouillard s’est levé et une jeune femme de la bonne société est retrouvée morte étranglée dans Green Park, à part que ce n’est pas à l’aide de « mains fourchues » mais plutôt d’une forme de garrot.
Le jolie Mrs. Benedict et sa dame de compagnie étaient venues à Londres pour faire les boutiques et avaient été surprises par le fog, par lequel elles ont été séparées.
La dame de compagnie de la  belle Allegra Benedict est revenue sans elle au domicile des Benedict, en dehors de Londres.

Pendant que l’inspecteur Ross et son sergent Morris enquêtent auprès du mari, propriétaire d'une galerie d'art,  et du personnel de maison, Lizzie Martin Ross décide d’aller au « temple » afin de voir qui est ce charismatique prédicateur, qui est surtout un beau parleur selon la jeune femme et malgré l’engouement de sa bonne.
Elle y rencontre, non seulement la généreuse donatrice du prédicateur mais aussi la dame de compagnie d’Allegra Benedict et espère que celle-ci s’ouvrira à elle.
Elle n’en aura pas le temps malheureusement car Isabella Marchwood est retrouvée, le lendemain,  morte garrotée dans un compartiment de train et le vol n’a pas été l’objet du meurtre.

Lizzie a malheureusement éveillé les soupçons de l’assassin en posant des questions, il n’en faut pas plus pour que sa vie soit en danger.

Il est,  en cours de roman,  question à quelques reprises, à propos d’un des protagonistes, de la « terrible expérience de Lucknow – le siège de Lucknow en 1857 », c'est-à-dire la révolte des cipayes, où la cité de Lucknow faisait partie du raj britannique et où les militaires de la garnison anglaise ne respectait absolument pas les soldats hindous et leurs croyances, ce qui mena à une révolte de la part de ces derniers, menés par la célèbre Rani de Jhansi.
Evidemment en bonne britannique, Ann Granger a une mémoire sélective – comme tous les coloniaux qu’ils soient Français, Anglais ou Belges – elle met surtout l’accent sur les « malheurs » des Anglais, sans mentionner ce qui en fut la cause.
Il s’agit de parler de la force de caractère de la personne en question, ayant survécu aux massacres et épidémies, mais je trouve injuste, mais si typique,  de présenter les Anglais comme des martyrs.

Comme je l’ai dit dans un billet précédent, j’ai l’intention de terminer toutes les enquêtes de Martin & Ross qui se trouvent encore dans ma pal, l’été est propice, je trouve, aux polars historiques = évasion dans le temps et l’espace.
Et comme dans l’enquête précédente, je vais faire ma poseuse et confirmer que j’avais rapidement deviné qui était « la tête pensante » des assassinats.
Cette fois cela m’a un peu agacé d’avoir compris aussi vite, parce que l’inspecteur Ross tourne  en rond, mais j’ai bien compris qu’il manquait de preuves.

La référence aux polars historiques d’Anne Perry reste encore et toujours valable, à part que les romans d’Ann Granger soient moins touffus et donc lus plus rapidement.
Ceci dit, bien avant d’écrire les enquêtes de Martin & Ross, Ann Granger écrivait déjà, sous le pseudonyme de ANN HULME des romans historiques (amour et mystère), dont certains comportaient des éléments de thriller, c’est la raison pour laquelle je ne parle pas de « plagiat » vis à vis d’Anne Perry, mais je pense qu’Ann Granger a plutôt plagié « Ann Hulme ».
Sous le pseudonyme d’Ann Hulme, les romans ont été édités à partir de 1979, à la même date que le premier Thomas Pitt (éditions anglaises originales).
Je me suis dès lors posé la question à propos du manque de succès des romans historiques de Granger = peut-être le succès des romans d’Anne Perry a-t-il attiré les lecteurs vers celle-ci et ne s'intéressant pas aux autres livres.

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30 juin 2017

A MORTAL CURIOSITY, de Ann Granger

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Titre français = La curiosité est un péché mortel

2ème enquête de Lizzie Martin & Ben Ross 

Londres – 1864 – Elizabeth (Lizzie) Martin est toujours dame de compagnie chez « Aunt » Parry, la veuve de son parrain, qui s’est sentie obligée de l’accueillir et l’employer, mais cette situation n’est au goût d’aucune des deux.
De plus, depuis la précédente affaire dont s’est occupée Lizzie et où elle a retrouvé un ami d’enfance, Benjamin Ross, désormais inspecteur au Yard, Lizzie se sent encore plus mal à l’aise auprès de cette femme superficielle  et égoïste.
Comme Ben Ross et Lizzie ne sont toujours pas officiellement fiancés, et que Miss Martin semble avoir envie de changer d’air, Julia Parry lui parle d’un ami, un homme d’affaires Charles Roche, qui cherche une demoiselle de compagnie pour sa nièce, la jeune Lucy Craven dont le mari a été envoyé en Extrême-orient pour s’occuper des affaires de la compagnie (thé et soies).  Malgré les réticences de Ross, Lizzie accepte.

Miss Martin part donc vers le sud de l’Angleterre, à New Forest près de Southampton – dans le train elle fait la connaissance de l’aliéniste Marius Lefebvre, ami de la famille ; il sera là pour jeter un œil sur Lucy, dont le comportement est très confus depuis son récent accouchement.
Le bébé était mort à la naissance, mais la jeune femme refuse d’accepter la mort de son bébé et n’arrête pas de clamer que son enfant est vivante. Il semblerait que ce médecin soit là pour constater que la jeune femme est folle et devrait être enfermée dans sa clinique privée.

Les sœurs Roche, la rigide Christina et la timorée Phoebe, accueillent Lizzie avec hauteur, lui faisant comprendre rapidement où est sa place – pas question de familiarité.
Et la gouvernante de Shore House lui fait également comprendre que sa place n’est pas dans la domesticité.
Heureusement, la jeune Lucy accueille Lizzie avec gentillesse, mais a parfois des moments de vraie rage lorsqu’elle est contrariée.

Quelques jours à peine après l’arrivée de Miss Martin et du médecin, le dératiseur qui circule régulièrement dans le village et sur les terres de New Forest, est retrouvé assassiné – un poignard est retrouvé dans son cou.
Compte tenu de la famille concernée, le docteur Lefebvre n’hésite pas à suggérer que cette affaire relève de Scotland Yard et non de la police locale.
Christina Roche est contre cette idée, mais est obligée de se rendre aux arguments du médecin. De toute façon, son frère doit être prévenu.
Lorsque le superintendant Dunn est contacté, il envoie Benjamin Ross sur les lieux – un inspecteur Ross qui râle sec parce que Lizzie a refusé de l’écouter, qu’elle est partie et que la voilà à nouveau impliquée dans un meurtre.

Miss Martin n’hésite pas, de son côté, à mener sa petite enquête car bien des choses semblent être tues dans cette sombre demeure.
Comme toujours, son esprit d’observation et son franc-parler vont la placer dans une situation dangereuse.

Le mois de juin a été le mois anglais sur les blogs, j’ai eu ainsi la possibilité de redécouvrir les enquêtes de Lizzie Martin et Ben Ross.
J’ai donc repêché  le billet écrit il y a longtemps des archives de mon blog, j’ai eu envie de retrouver Lizzie Martin dont j’apprécie la personnalité. Elle est honnête, intelligente et souvent choquée par les différences sociales.
Ici, c’est plus particulièrement flagrant dans cette sinistre histoire d’enfant disparu.

Quel sort atroce que celui des enfants volés ou non désirés, les plus pauvres abandonnés dans les « workhouses » (maisons de travail) ; les enfants non désirés, lorsque la mère peut se le permettre, se retrouvent en nourrice, mais leur sort est toujours  incertain.
Pour peu que la mère perde son travail, l’enfant est alors abandonné par la nourrice et confié aux maisons de travail et orphelinats.
Toutes ces institutions dites charitables étaient parfaitement odieuses pour les enfants, tout comme leur situation dans les quartiers pauvres de Londres.

En dehors de Miss Martin qui n’est pas très conventionnelle, les autres personnages de cette histoire qui a – pour moi – de forts accents de roman gothique (à commencer par la sinistre maison, j'ai beaucoup songé à Wilkie Collins en cours de lecture), sont presque tous aussi antipathiques les uns que les autres – certainement les deux sœurs Roche, mais le personnel de la demeure est assez sinistre également et l’attitude du docteur Lefebvre est fort ambigu.

J’avoue avoir été étonnée par l’attitude de l’inspecteur Ross à l’égard de sa fiancée non officielle – il n’hésite pas à vouloir opposer son veto à ses activités professionnelles – j’espère qu’il sera moins coincé lorsqu’ils seront mariés, car cette manière rigide de vouloir la contrôler, si elle est bien dans l’air du temps, est fort déplaisante.

Bien que l’histoire ne prête nullement à sourire, j’ai été amusée au début de l’histoire par les descriptions vestimentaires des personnages et surtout des problèmes causés par les crinolines au cours des voyages et déplacements, en train ou en charrette à poney.

Un dernier point – dès que le meurtre survient, j’avais compris qui était l’assassin et pourquoi. Cela ne m’a pas empêchée de poursuivre la lecture du roman avec plaisir et je pense poursuivre les enquêtes de Martin and Ross au cours de cette saison estivale.

Je maintiens toutefois mon commentaire concernant les comparaisons avec Anne Perry et autres romancières de polars historiques au 19ème siècle.

Toutes les enquêtes de Lizzie Martin & Ben Ross peuvent se découvrir chez lou de  myloubook qui a lu toute la série

Je vous recommande également le blog Plume d'histoire qui propose un intéressant article sur les matricides aux siècles passés.

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29 juin 2017

A RARE INTEREST IN CORPSES, d'Ann Granger

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1ère enquête de Lizzie Martin & Ben Ross - aux USA, la série paraît sous "Ben Ross's Mysteries", alors qu'en Angleterre, elle paraît sous "Lizzie Martin's Mysteries"

Publié aux USA sous le titre "The Companion"

Fille d’un médecin dans la région des mines du Derbyshire, la sympathique Elizabeth Martin – Lizzie pour les amis – débarque à Londres où l’attend un emploi de dame de compagnie chez la veuve d’un ami de son père.
Sur le chemin vers Dorset Square, dans les élégants quartiers de la bonne société londonnienne, la calèche de la jeune fille croise les taudis de St-Pancras qui sont en démolition car on y construit la nouvelle gare ; un corps a été trouvé dans une maison prête à être abattue.

Arrivée chez Mrs. Parry, Miss Martin y apprend la disparition de la jeune femme qui la précédait dans cette situation ; lorsqu’elle pose des questions au dîner du soir, elle est immédiatement prise en grippe par le Révérend Tibbett, un pasteur ayant fait carrière dans l’enseignement ; l’homme est rigide, pompeux, et pique-assiette. Lizzie le soupçonne d’avoir un œil sur Mrs. Parry dont la fortune est importante. Est également présent au dîner, le neveu de la veuve, Francis, jeune employé au Foreign Office, vivant très bien grâce à sa tante, buvant un peu plus qu’il ne devrait et prêt à partir pour un poste en Russie.

Le lendemain,  l’inspecteur Ross de Scotland Yard arrive à Dorset Square pour signaler que le corps retrouver dans le taudis d’Agar Town est celui de Madeleine Hexham, la jeune femme disparue. Le crime ne fait aucun doute et le mobile est plus que probablement le fait que la jeune femme était enceinte.
Quelle n’est pas la surprise de Benjamin Ross de retrouver Miss Martin, la fille de son bienfaiteur ; il est vrai que le docteur Martin fut tellement généreux avec ses patients que sa fille est désormais obligée de gagner sa vie car il ne lui légua que des dettes. Lizzie est heureuse de retrouver quelqu’un de son village, à l’époque un jeune garçon en haillons, désormais l’un des espoirs du Yard.

Elizabeth Martin est une jeune femme qui dit ce qu’elle pense et face au révérend, prétentieux et mesquin, elle prend la défense de la jeune femme qui l’a précédée dans son emploi ; tout comme elle la défend également auprès d’Aunt Parry, lui faisant comprendre qu’elle a une certaine responsabilité vis-à-vis de son ancienne employée, à commencer par souhaiter que justice soit rendue. Hélas dans cette société victorienne aux esprits aussi étroits que les corsets sont serrés, elle ne rencontre qu’une certaine hostilité et plus particulièrement de la part de l’amie de sa patronne, une voisine qui avait recommandé Madeleine ; ladite voisine est la mère d’une fille qu’elle aimerait bien faire épouser par le neveu, et un fils qu’elle tient totalement sous sa coupe.

Pendant que l’inspecteur Ross mène son enquête sans se soucier des sourcils qui se soulèvent par ses méthodes très personnelles qui choquent ces esprits rigides, Lizzie décide de son côté d’aider à trouver des indices afin de démasquer le vil séducteur de la naïve Madeleine, d’autant plus qu’elle a découvert le journal intime de la jeune femme dans sa chambre.
Miss Martin oublie une chose : lorsqu’on est sur les traces d’un meurtrier et qu’on s’approche de la vérité, on met sa vie en danger. Heureusement, Benjamin Ross veille au grain !

Ann Granger est l’auteure de la série policière à succès située dans la jolie région des Cotswolds en Angleterre, avec Meredith Mitchell et Alan Marksby comme personnages récurrents ; elle a aussi commencé une nouvelle série mettant en scène Fran Varady, détective-amateur.

Avant d’entamer la série consacrée à l’inspecteur Marksby, Ann Granger a écrit des polars historiques mais sans succès.   Avec cette aventure d’Elizabeth Martin, dame de compagnie au 19ème siècle à Londres, Ms. Granger renoue donc avec ses premières amours, tout en poursuivant ses autres séries.

« A Rare Interest in Corpses » rappelle assez fortement les polars historiques d’Anne Perry (Thomas & Charlotte Pitt, Hester & William Monk), mais également l’auteure Rhys Bowen dont les aventures de son héroïne Molly Murphy se situent à la même époque, mais à New York, ainsi que la série « Gaslight Mysteries » de Victoria Thompson, également située dans le New York du début du siècle.

Le polar d’Ann Granger est bien étudié au niveau historique, elle y décrit avec justesse le clivage entre pauvres et riches, ces derniers se faisant une fortune sur le dos des plus infortunés de la société, vivant dans des taudis, à la merci de toutes les maladies dues au manque de salubrité ; Londres au 19ème siècle est peut-être une société en changement au niveau industriel, mais hélas la condition sociale est atroce. La jeune héroïne, Miss Martin, a déjà eu l’occasion d’observer ces conditions misérables dans la région des mines où son père était médecin, là aussi le maître du domaine des mines vit dans des richesses pendant que des enfants descendent dans les puits. Point d’éducation, point d’hygième pour ceux que Jack London appellera « Les Condamnés à vivre ».
Traités avec injustice, bien souvent par les forces de police censées être au service de la société, mais surtout de la société des nantis, il ne faut guère s’étonner si les enquêteurs ne trouvent guère de témoins.

Le roman est écrit comme un « journal à quatre mains », à la fois par Elizabeth Martin et Benjamin Ross, ce qui donne un point de vue différent sur une même situation.

Nous revoilà donc avec un nouveau "couple" d'investigateurs sur les bras de lectrice, après tous ceux dont que j'ai déjà eu le plaisir d'évoquer dans d'autres articles. (Voir les Enquêtes de Gil Cunningham et son Alys).
Miss Elizabeth Martin est pareille aux autres héroïnes : sympathique, déterminée, n'hésite pas à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas (un problème que personnellement je connais bien, je suis pareille); Benjamin Ross est un jeune inspecteur plein d'avenir, qui n'hésite pas non plus à s'imposer lorsqu'il enquête, la bonne société ne l'impressionne guère, il recherche la vérité et en ce sens, il est totalement semblable à Thomas Pitt. J'ai d'ailleurs trouvé quelques similitudes entre cette première aventure de Lizzie Martin & Ben Ross, avec la première enquête de Thomas Pitt "The Cater Street Hangman".

Dans l’ensemble, "A Rare Interest in Corpses" est  un petit livre plaisant, vite lu, mais qui n’apporte rien de nouveau dans le genre et qui donne parfois une impression de « déjà lu ».
Ce qui ne signifie pas que je ne lirai pas les autres romans de la série, au contraire.

51A4X5QK9CL__SL500_AA240_ATTENTION = très important : une fois encore l’édition américaine et l’édition anglaise ne portent pas le même titre.
Ce livre a été édité aux Etats-Unis sous le titre « The Companion » ; il est important de le savoir afin de ne pas commettre l’erreur de certains lecteurs, croyant acheter deux livres différents. J’avoue trouver assez agaçant cette mode de changer les titres que l’on soit de ce côté ou de l’autre de l’Atlantique ; c’est une manière d’induire les lecteurs en erreur qui frise, à mes yeux, un certain manque d’honnêteté car comment savoir qu’il s’agit deux fois de la même histoire tant qu’on n’a pas acheté le livre ?

Pour éviter ce problème on peut visiter le site "Stop, you're killing me" - le site reprend par ordre alphabétique non seulement les auteurs, mais aussi les personnages récurrents. En trouvant l'auteur, on trouve la liste des livres ainsi que la mention "APA" suivie d'un titre - APA signifie "Also Published As", c'est à dire "également publié sous...". Ainsi le lecteur est avisé du double titrage éventuel. Cela m'a déjà rendu bien des services, notamment dans le cas des romans policiers de Peter Robinson.

25 juin 2017

THE MANGLE STREET MURDERS, de M.R.C. Kasasian

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Titre français = Petits Meurtres à Mangle Street

1ère  des enquêtes de Gower Street

Angleterre en 1882 – la jeune March Middleton doit quitter la « Grange », demeure familiale depuis des années, où elle vécut avec son père, après l'avoir accompagné en Inde  mais aussi en Afrique du Sud, bref partout où ses soins de médecin militaire étaient requis, puis il a exercé le métier de dentiste, lorsqu’ils revinrent en Angleterre.
A cause des hypothèques sur la maison, la jeune fille est ruinée – elle pourra entrer en possession du fonds organisé pour elle par son père mais pas avant 25 ans – encore 4 ans de patience avant d’être indépendante.
En attendant, elle se rend à Londres, est confiée à son tuteur, le détective personnel (pas privé) Sidney Grice, qui a accepté d’être son tuteur.
La rencontre de celui-ci avec sa pupille n’est pas des plus chaleureuses, l’homme estime faire son devoir mais n’a pas envie de se charger d’elle – il faudra qu’elle sache comment occuper son temps. Et qu'elle ne fume pas surtout, il ne supporte pas - or March Middleton aime fumer et boire une bonne rasade de gin de temps à autre.

Il s’avère que March Middleton s’est mis en tête qu’elle serait tout à fait capable de l’assister dans ses enquêtes, cela le fait bien ricaner, mais il doit reconnaître qu’elle n’est pas une « faible femme » puisqu’elle ne tombe pas dans les pommes à la morgue, face aux cadavres qu’il inspecte pour les enquêtes.
Du moins pour cette enquête-ci = une dame est venue demander l’aide professionnelle de Grice pour sauver la peau de son beau-fils accusé du meurtre sauvage de sa fille. La dame n’étant pas riche, Grice refuse, il ne fait pas dans la charité !
c’est Miss Middleton qui parvient à le convaincre – grâce à quelque argent qu’elle possède en propre – à accepter l’enquête.
Sur les murs du salon où a été retrouvé le cadavre de la jeune femme, poignardé plusieurs fois, figurait l’inscription « Rivincita » (revanche, en italien).

L’enquête de Grice va hélas se retourner contre William Ashby ; bien que celui-ci clame son innocence, Sidney Grice parvient à prouver des inconsistances dans ses affirmations et, au contraire, de prouver l’innocence de l’homme, il prouve qu’il est coupable. Malgré le fait que Ashby demande que l’on recherche un « Italien » qui avait acheté un des poignards de la collection du quincailler.
March Middleton est écoeurée par son attitude suffisante à la fin du procès, par sa joie – il n’y a pas d’autre mot – de faire pendre un être humain haut et court.

Quelque temps plus tard, l’inspecteur Pound, qui s’est pris de sympathie pour Miss Middleton et son franc-parler, arrive à Gower Street et confirme que la perruque d’un homme, répondant à la description qu’Ashby avait faite, a été retrouvée.
Ensemble ils se rendent sur les lieux et y retrouvent le cadavre de « l’Italien » - en fait un acteur – dans la poche, une lettre où l’homme avoue être seul coupable de la mort de Sarah Ashby. Le mari était donc innocent ? il y a donc eu erreur judiciaire, et qui plus est une erreur de Sidney Grice, l’homme qui se croit supérieur à l’humanité toute entière !

Il va devoir sauver sa réputation et vite encore bien, car la population grogne.

Les parodies et pastiches de Sherlock Holmes abondent depuis pas mal de temps, que ce soit en littérature, au cinéma et à la télévision. Ici c’est tout aussi flagrant que dans d’autres pastiches, sauf que c’est très parodique en plus.
Avec une volonté avérée de rendre le détective personnel (ne l’appelez surtout pas « détective privé », il vous en mépriserait d’autant plus !) encore plus antipathique et excentrique, sans la moindre dose d’empathie. 
Son assistant ici, est une assistante qui s’impose à Sidney Grice avec un certain culot. March Middleton a, aux dires de tout ceux qui la rencontrent – Grice y compris évidemment – un physique plutôt quelconque et pas étonnant qu’à 21 ans elle soit toujours célibataire, car elle n’a pas de fortune pour compenser son manque d’attraits physiques – on n’est pas plus aimable !
Miss Middleton n’est peut-être pas jolie, mais en tout cas elle a un esprit de répartie que rien ne prend en défaut, elle rive son clou à tout ceux qui veulent la traiter comme une faible petite bonne femme un peu bébête.

Par ailleurs,  bien que autodidacte, elle a une connaissance, sinon approfondie,  du moins bonne sur pas mal de sujets intéressants pour le commun des mortels, mais pas du tout  intéressants aux yeux de Sidney Grice.
Il lui conseille vivement d’abandonner philosophie et poésie et de plutôt s’intéresser aux livres de sa bibliothèque, de préférence en commençant par les  monographies que lui, Grice, a consacré à des sujets comme les cendres, le tabac, etc.  
March Middleton songe souvent à se trouver une chambre ailleurs en gagnant sa vie comme dactylo, hélas les rues de Londres grouillent de ce type de jeunes femmes, mais que ne ferait-elle pas pour quitter la maison de Grice où elle se sent comme un poisson hors de l’eau.

La bonne de la maison se nomme « Molly » et c’est un personnage d’heureux caractère, surtout avec un patron aussi désagréable. Elle encaisse ses remarques avec une certaine bonhommie, perd rarement le contrôle de ses nerfs, bref elle a du mérite.

Je le reconnais, en commençant la lecture, j’ai été agacée par le personnage de Sidney Grice, son mépris à l’égard de sa pupille, dont il a accepté de s'occuper mais sans aucun enthousiasme bien sûr.
Il est pompeux, bourré de tics et manies – encore pire qu’Hercule Poirot – et contrairement à Holmes, il est ordonné au point d’en être maniaque.
De plus il est d’une impolitesse frisant la grossièreté, même à l’égard d’un potentiel client – il mériterait une bonne gifle de temps à autre ! 

L’accent est évidemment souvent mis sur le comportement « correct » d’une jeune femme de l’ère victorienne, ce qui ne correspond pas à Miss Middleton, elle n’est guère délicate comme le devrait l’être une jeune fille de la bonne société, s’intéresse à des sujets bien peu féminins (vous pensez = elle ne s’évanouit pas face à un cadavre !) et surtout elle rabat le caquet à qui lui fait des remarques en ce sens.
Parfois, en cours de roman, les lecteurs ont un petit aperçu de lettres et/ou journal intime de March, prouvant qu’il y eut une histoire d’amour et fiançailles dans sa jeune vie.

Quant au 3ème personnage important, il s’agit de l’inspecteur Pound, qui accepte avec plus ou moins de bonne volonté, la présence de Sidney Grice lorsqu’un client lui a confié une enquête.
Proud est surtout intrigué, et quelque peu impressionné, par Miss Middleton qui n’a pas sa langue en poche et montre une force de caractère peu commune.

Pour compléter le pastiche, Sidney Grice se rend régulièrement à son club = le "Diogene". Petit clin d'oeil supplémentaire = lorsque March Middleton se foule le poignet, le docteur qui la soigne se nomme Conan Doyle.

Le Londres du 19ème siècle, surtout l’East End, est fort bien décrit, un peu trop bien à mon gré car par instant, c’est vraiment trash.

Pas vraiment un coup de cœur que cette histoire, qui m’a surtout plu pour les répliques et échanges verbaux entre les protagonistes, mais malgré tout une affaire à suivre … ou pas.

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23 juin 2017

LES OMBRES DE TORQUAY'S MANOR, d'Anne Beddingfeld

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2ème enquête de Beth Huntly

Été 1900 – la famille Hewes et sa domesticité se retrouvent à Torquay, dans le Devonshire pour la saison des régates – si elle est heureuse de cette proximité avec la mer, Beth Huntly rechigne un peu en raison de la distance entre le manoir que loue la famille et la petite ville où s’approvisionner des denrées fraîches qu’il lui faut pour sa cuisine.

Tout le monde ne parle que de l’horrible mort d’une amie d’enfance de lady Hewes – en effet, sur le haut des falaises, la voiture de la lady a été arrêtée par des « fantômes blancs » et horriblement assassinée avec son cocher – il était connu que lady Hatherley et son cocher étaient amants. Le seul témoin est un jeune berger, c’est lui qui parle de « fantômes blancs assassins » à la police qui le considère comme coupable. Comme si un enfant de 11 ans pouvait avoir commis ce crime, Beth fulmine.

En route vers le marché, Beth a été approchée par une certaine Eleanor Rigby, une jeune et intrépide journaliste qui lui dit faire un reportage sur les régates et les manoirs, mais si en plus elle pouvait y ajouter des informations sur le meurtre de lady Hatherley, elle avancerait d’un pion dans la vie de journaliste où on la cantonne dans des « événements féminins et culturels ».
Elle se recommande de Lilian, la journaliste que Beth rencontra à Londres lors d’une enquête précédente où elle prouva l’innocence de « son Fakir », c'est-à-dire Rajiv, le valet de lord Hewes.
Ce dernier, comme son fils Alexander qui suit les mêmes voies apparemment, est toujours friand de prostituées exotiques, lui et son épouse vivent toujours en bon accord de convenance.
Lorsqu’Alexander revient, après avoir été pratiquement battu à mort et où des « hommes en robes blanches » semblent avoir mis le feu au bordel où il se trouvait, Beth accepte de s’intéresser à l’affaire. 

Beth  a enfin décidé d’apprendre à lire grâce à la cadette de la famille, la sympathique jeune Kathryn, qui vient souvent « chiper » quelque chose à manger dans la cuisine,  son anorexique de mère ne supportant pas que sa  fille mange « trop ». Depuis qu’elle a découvert le célèbre Sherlock Holmes, grâce à Kathryn, Beth a envie de jouer au détective – elle ne sait pas que Eleanor la journaliste s’en moque en son for intérieur – d’ailleurs qui est réellement cette journaliste ?
même les policiers de Plymouth enquêtant sur le meurtre de lady Hatherley et sur des vols dans la région ont des doutes à son sujet.

Malgré les dangers que cela représente, Beth Huntly va tenter de savoir qui sont ces « fantômes blancs » dont parle le jeune berger qu’elle a retrouvé par hasard caché dans une grotte et qui lui a confié un médaillon, qui est activement recherché par les meurtriers.

Double meurtre, incendie criminel, agression sérieuse, vague de cambriolages, disparitions suspectes, Torquay,  la paisible station balnéaire,  commence à ressembler aux quartiers mal famés de Londres.  
Bien vite, d’ailleurs, cette histoire de « fantômes assassins » va prouver qu’elle cache quelque chose de bien plus sordide.

J’ai été ravie de retrouver Beth Huntly, cordon bleu, qui n’aimait pas lire les recettes parce que pour elle la cuisine est quelque chose d’intuitif alors qu’une recette fige les éléments nécessaires à un plat réussi.
Par contre, elle comprend à présent qu’elle a appris à lire, à quel point l’instruction est importante et, de plus, la lecture devient son passetemps préféré, en dehors de son métier et des petits moments tendres avec Rajiv qui l’a demandée en mariage, ce qu’elle refuse pour l’instant car elle n’a pas abandonné son envie d’avoir son petit restaurant – elle économise ses gages dans ce but et ni un mari ni des enfants n’ont leur place dans ses projets !

Sherlock Holmes est son sujet préféré de lecture pour le moment et c’est pourquoi j’ai ajouté le petit logo de la S.S.H.D., bien que ce soit sans doute un peu tiré par les cheveux =^-^= mais il est beaucoup  question du détective consultant dans cette histoire.

Les personnages en dehors de Beth sont intéressants = l’aristocratique couple Hewes, où chacun vit sa vie à sa manière = lui avec les prostituées exotiques ou à son club, elle en jouant les suffragettes – leur fils est un fat qui profite, comme tous les jeunes fils de familles aisées jouant les dandys, de la fortune du père pour mener une vie sans intérêt et, comme dit Beth, si seulement il n’était pas aussi moche !
J’aime beaucoup le regard  sarcastique que la cuisinière porte sur le monde « du haut des escaliers (Upstairs) » et les comparaisons qu’elle fait avec ceux qui n’ont pas beaucoup de choix dans l’existence et doivent supporter bien des humiliations pour conserver leur emploi (Downstairs).

Il y a la jeune Kathryn qui est toute heureuse d’avoir appris à lire à celle qu’elle considère comme une amie malgré la différence de statuts, ce que méprise sa gouvernante, Miss Westmacott (merci Agatha Christie) ; il y a cette journaliste intrépide mais dont on sait peu finalement, Eleanor Rigby (merci les Beatles), mais qui se révèle petit à petit dans l’histoire.

Finalement, les monstres qui constituent une secte puritaine extrémiste, se référant au Ku-Klux-Klan désormais démantelé aux USA, mais qui semble avoir de beaux jours devant lui au Royaume Uni de l’aristocratie, soucieuse de ses privilèges et où la pureté de la race doit être conservée à tout prix !

Mon plaisir de lire cette enquête-ci confirme celui que j’avais éprouvé avec la première enquête de Beth Huntly. Anne Beddingfeld (Anne Martinetti pour l’état civil)  une belle plume, ce qui est agréable à lire et elle truffe son récit de petits clins d’œil pour qui aime la lecture.

Je suis très impatiente de découvrir les prochains polars de la série – il semblerait qu’ils ne soient pas encore édités.
Vous aurez compris, je suppose, que je recommande vivement cet excellent petit polar historique, bien fait pour les vacances.

(Petit aparté = je suis étonnée que la publicité des éditeurs ne compare pas le livre à « Downton Abbey » comme c’est devenu la mode depuis le succès de cette excellente série télévisée.)

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22 juin 2017

LA MUSIQUE, de Charles Baudelaire

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Charles Baudelaire était un important critique d'art,
en plus d'un magnifique poète et un homme torturé

Barbey d'Aurevilly le qualifiait de "Dante d'une époque révolue"
Il finira par refuser ce qu'il appelait "la Poésie de la morale"
pour se consacrer à ce qu'il appela "la poésie de la vérité"

Réfugié en Belgique en raison de dettes importantes,
le moins que l'on puisse dire est qu'il détesta copieusement notre pays
qu'il considérait comme totalement artificiel et
une caricature de la France bourgeoise

Ces "Fleurs du Mal" qui comportent tant de magnifiques poèmes
fit scandale à l'époque (19ème siècle) et fut l'objet d'un procès
le recueil ne sera réhabilité qu'en 1949
dans sa totalité - avant cela, il fut édité censuré

C'est pourtant, actuellement, considéré comme l'une
des oeuvres les plus importantes en poésie moderne
J'y découvre régulièrement bien des choses que j'aime,
comme cette "Musique"
Baudelaire  n'aimait pas que la peinture, il appréciait aussi la musique

j'aime énormément l'association qu'il fait entre la musique et la mer =


La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ; 
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

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21 juin 2017

SEPT YEUX DE CHATS, de Jae-Hoon CHOI

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Ils étaient six à avoir été invités dans ce chalet isolé par un blizzard que rien dans les prévisions météorologiques ne laissait soupçonner ; l’hôte qui devait les accueillir n’était pas encore arrivé – seul le bar est bien garni et personne n’a apporté à manger puisque l’invitation insistait sur le fait que la nourriture et la boisson étaient compris dans l’invitation.
Six qui étaient membres d’un même forum sur le net, membres aussi d’un blog tenu par « le Diable », six à avoir été choisis pour leur engouement concernant les tueurs en série.
Lorsque le chapitre se termine, il n’en reste pas un.

Après un début qui paraît sortir tout droit de « And then there were none » d’Agatha Christie, le roman prend un nouveau départ avec un nouveau chapitre, tout en ayant un fil assez ténu le reliant au chapitre précédent. Il en sera ainsi tout au long de l’histoire de ce roman fort insolite qui m’a surprise et plu.

Roman pas simple du tout à résumer, de pirouettes en  rebondissements de situations, des retours de personnages que l’on pensait disparus, tout semblant naître et disparaître de la plume d’un écrivain qui parfois ne semble plus tout à fait savoir où il en est dans son écriture mais qui a bien l’intention de dérouter son lecteur jusqu’au bout.

Il aborde des thèmes tels le sosie ou le double maléfique qui sommeillerait en chacun de nous, on y meurt aux accents de Schubert, pour renaître un peu plus loin.
Comme dans un puzzle où toutes les pièces se mettent lentement en place.
L’art d’écrire est un art subtil, une complicité entre auteur(e) et lecteur/lectrice – cette complicité est totalement nécessaire avec ces histoires .

Ainsi que je l’ai dit, un récit des plus insolites qu’il faut découvrir.

d'autres avis sur babelio, critiqueslibres,  

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20 juin 2017

THE HUSBAND'S SECRET, de Liane Moriarty

secret

Titre français = le Secret du mari

Lorsqu’on vous demande de ne pas ouvrir une lettre - écrite des années auparavant – et que vous l’ouvrez et la lisez, prenez-en à vous-même pour la surprise qui vous y attend et qui va complètement chambouler votre existence.
L’incipit de la lettre disait « Cecilia, si tu lis ceci c’est que je suis mort … », seulement voilà le mari de Cecilia n’est pas mort et il lui demande instamment de ne pas ouvrir et lire cette lettre écrite un jour sous le coup d’un moment de tristesse et qui se trouvait dans une boîte au grenier.

Effectivement, tout comme Pandore avait ouvert l’urne qui libéra les malheurs du monde (sauf un), la vie de Cecilia Fitzpatrick va être totalement bouleversée.
Une vie bien ordonnée, bien organisée entre son mari, leurs filles, leur école (où elle fait du travail bénévole d’organisatrice), les activités extra-scolaires de ses filles et son travail de coordinatrice Tupperware.
Cela vole en éclats – il y eut un « avant la lettre » et il y aura désormais un « après la lettre » pour les Fitzpatrick.

L’histoire nous conte aussi la vie de Rachel, l’efficace secrétaire de l’école, qui a perdu sa fille, étranglée par un amoureux que Rachel est persuadée de connaître, bien que la police n’ait jamais poursuivi le jeune homme en question.
Quant à Tess O’Leary, elle est arrivée en pleine nuit chez sa mère, à Sidney, dans le quartier de la même petite communauté de St-Angela’s church, avec son petit garçon, après que son mari et sa cousine-presque sœur jumelle, lui aient avoué leur amour.

Je me demandais sincèrement si j’allais poursuivre la lecture du livre, parce que l’efficacité de Cecilia Fitzpatrick dans sa vie quotidienne me flanquait des complexes… (=^-^=)
Puis, stupidement, elle ouvre cette lettre et la vie de tous est bouleversée.

J’ai beaucoup apprécié cette comédie des erreurs, cette étude de caractères, ces personnages bien typés d’un quartier d’une grande ville, où chacun se comporte comme dans un village, connaissant les tenants et aboutissants de la vie de tous – pas ma tasse de thé, en général, et encore moins après avoir lu le roman. L’histoire prouve à quel point on connaît mal ceux avec qui l’on vit, à quel point quelqu’un est capable de cacher un secret, même lourd, à son entourage.
Comment réagir lorsqu’on apprend quelque chose qui secoue toutes vos certitudes et que tout s’écroule ?

Liane Moriarty est une romancière australienne, qui vit à Sidney, dont « The Husband’s Secret » est le premier grand succès de librairie. Le roman a eu tellement de succès qu’une mini-série télévisée est en production.

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