mon bonheur est dans la ville

16 avril 2018

PROMESSES D'UN VISAGE, de Charles Baudelaire

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pour l'instant passe aux musées des beaux-arts de Bruxelles, cette intéressante exposition sur les visages dans la peinture - une occasion pour le musée de ressortir des réserves un grand nombre de beaux tableaux se trouvant dans les réserves du musée et d'enfin en faire profiter le public.
je ne résiste pas, avant de vous parler de l'expo (si j'en parle), de mettre en ligne ce poème de Charles Baudelaire portant le même titre  et figurant dans le recueil "Les fleurs du mal" = 

Les promesses d'un visage

J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,
D'où semblent couler des ténèbres,
Tes yeux, quoique très noirs, m'inspirent des pensers
Qui ne sont pas du tout funèbres.

Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux,
Avec ta crinière élastique,
Tes yeux, languissamment, me disent : " Si tu veux,
Amant de la muse plastique,

Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité,
Et tous les goûts que tu professes,
Tu pourras constater notre véracité
Depuis le nombril jusqu'aux fesses ;

Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
Deux larges médailles de bronze,
Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
Bistré comme la peau d'un bonze,

Une riche toison qui, vraiment, est la soeur
De cette énorme chevelure,
Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur,
Nuit sans étoiles, Nuit obscure ! "

 

c'est aussi beau, sinon plus beau, qu'un tableau, parce que je dois reconnaître que j'ai été peu émue par cette exposition, peu touchée par tous ces visages, tous ces regards souvent vides de toute expression - pourtant la visite avait été organisée par la guide/historienne d'art sarah cordier, qui propose toujours énormément de détails non seulement techniques mais aussi sur la psychologie des personnages -
comment explique-t-on que des tableaux ne vous touchent pas ? pour moi c'était le manque d'expression des yeux, des visages ou alors la froideur des autres -
cela m'a aussi mise mal à l'aise d'être suivie à travers toutes les salles par tous ces regards, dont certains me paraissaient critiques aussi (du moins ceux qui exprimaient quelque chose)

avant de lire mon éventuelle chronique, je vous conseille vivement le très intéressant et beau billet de tania-textes&prétextes


31 mars 2018

LE CHATEAU DES CARPATHES, de Jules Verne

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Que se passe-t-il donc sur le plateau d’Orgall en Transylvanie, là où se dresse le château pratiquement en ruines de la famille de Rodolphe de Gortz, dernier du nom ? de la fumée sort régulièrement de la tour, des bruits étranges se font entendre, le propriétaire serait-il revenu, le château serait donc à nouveau habité ? ou bien le « Chort » (alias le diable) y réside-t-il désormais ? Après qu’un colporteur juif ait vendu une lunette de longue vue à un membre de la communauté, qui l’a refilée au maire pour se faire bien voir (hahaha), celui-ci confirme que de la fumée sort du château.
Les villageois sont affolés, persuadés que des fantômes maléfiques hantent les lieux et feront désormais fuir tous ceux qui passeront par Werst, qui est pourtant un joli lieu de villégiature.
Le maire et l’hôtelier sont particulièrement embêtés car cela signifie = pas de visiteurs, pas de taxe de séjour, pas de bons repas ou de chambre louée.

Nick Deck, le jeune forestier qui aimerait épouser la jolie fille du maire, et un pharmacien un peu charlatan vantard qui se fait passer pour le docteur du patelin, décident de se rendre là-haut pour en avoir le cœur net. Hélas, ils sont tous deux victimes de phénomènes bizarres et heureusement qu’au village on a décidé de venir à leur recherche. Nick Deck a d’ailleurs reçu une sorte de décharge électrique qui lui paralyse momentanément le côté droit, la tendre Miriota est écroulée de chagrin.

Arrive sur ces entrefaits le jeune comte Franz de Telek et son serviteur. Les deux hommes sont amusés par ce que les villageois leur racontent et promettent de faire venir les gendarmes de la ville voisine, après avoir repris la route le lendemain.
Lorsque Franz apprend le nom du propriétaire du château, il éprouve un choc – le narrateur fait alors un bond dans le passé pour parler de Franz et son amour pour la Stilla, une jeune et belle cantatrice à la voix d’or.
Qui était en quelque sorte suivie et traquée partout où elle chantait – le plus effrayant était qu’elle savait qu’un homme était là, caché derrière le rideau de sa loge, qui la guettait tous les soirs.
Elle accepta donc avec soulagement la proposition de mariage du jeune comte de Telek, mais hélas au cours de sa dernière performance elle s’écroula, morte.
Quelques années passèrent que Frank de Telek employa à voyager pour oublier leur malheur. 

Revenu au présent, il décide, sans rien dire aux villageois, d’aller vérifier sur place ce qui s’y passe, surtout qu’il a entendu la voix de la Stilla ; il est convaincu que Rodolphe de Gortz et son âme damnée, Orfanik, une sorte de savant fou, ont emmené Stilla dans ce horrible château, l’enterrement de la jeune femme ayant été une « comédie ».
Bien que son dévoué serviteur demande de n’en rien faire, on le sait l’amour rend aveugle mais aussi sourd à toute raison.
Il parvient à pénétrer dans la partie qui n’est pas totalement en ruines et se retrouve, soudain, prisonnier d’une crypte.
Qui  le sortira de là ? D’autant plus qu’un piège diabolique se prépare.

Mon avis = plutôt amusée qu’effrayée – ce roman de Jules Verne a un peu vieilli mais pas trop dans son ensemble, il mélange les genres – une romantique histoire d’amour, un roman au cadre gothique, la science-fiction, un thriller au sens actuel du terme. De plus, romantisme aidant, les descriptions des paysages sont bien en rapport avec le lugubre château.

On dit que ce roman inspira « Dracula » à Bram Stoker ; ceci est fort possible si l’on s’arrête à la première partie de l’histoire qui est celle du village de Werst qui vit dans la terreur de ce qui se passe dans le château en ruines sur le haut-plateau, inaccessible, lugubre, entouré d’une forêt tout aussi inaccessible.
Superstition et imagination débordante qui mènent à la peur, voire la terreur, dominent totalement le village.

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Le vocabulaire est simple, ce qui me donne à réfléchir à la volonté de l’Académie de « simplifier » Jules Verne – je trouve cela non seulement offensant pour l’auteur, mais aussi pour ses lecteurs car le vocabulaire utilisé par l’auteur est châtié mais simple, sans être simpliste.
Bien sûr il y a un grand analepse,  qui forme d’ailleurs la seconde partie du roman, pour ensuite revenir à Werst et ses habitants terrorisés, qui entretiennent leur peur mutuellement, ce retour clôturant le roman.

Comme je l’ai écrit, mon avis est amusé car cette histoire qui se veut une histoire horrible, inspirant des histoires de vampires,  m’a souvent fait sourire aux bêtises émises par les villageois et surtout le "docteur".  Les autres ont plutôt peur du manque à gagner si plus personne ne vient à Werst.
Cependant je pense aux paroles d’Hercule Poirot qui déclarait qu’il ne fallait jamais sous-estimer le poids de la superstition.

Par contre, ce qui m’a vivement surprise, c’est la description du colporteur juif, véritable caricature de ce que l’on pensait des Juifs depuis la nuit des temps = nez crochu, ton obséquieux pour vendre sa marchandise, tous les clichés y passent.
Cela confirme ce que j’ai appris au cours de littérature que j’ai le plaisir de suivre pour l’instant = le 19ème siècle était un siècle éminemment raciste et antisémite, plus encore que précédemment.
Cela m’a peinée qu’un écrivain tel que Jules Verne soit tombé dans ces poncifs. 

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26 mars 2018

BROUILLARD AU PONT DE TOLBIAC, de Leo Malet

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9ème  enquête de Nestor  Burma dans la série « les Nouveaux Mystères de Paris »

L’action se déroule dans le 13ème arrondissement

Nestor Burma a reçu un mot de la part d’un certain Abel Benoît, lui demandant de passer à l’hôpital de la Salpêtrière. 
En s’y rendant, il réalise qu’il est suivi (ou précédé) par une jolie jeune femme, qui se nomme Belita et qui confirme que Burma perd son temps car Abel Benoît est mort.
Comme Nestor ne sait pas qui est Abel Benoît, il veut en savoir plus et à la Salpêtrière on lui confirme que l’occupant du lit est décédé et à la morgue ; là le détective découvre le commissaire Faroux. En retirant le drap du cadavre, qui a été deux fois poignardé dans le dos, Nestor réalise qu’il s’agit de son vieux compagnon des années d’anarchie, Lenantais de son patronyme de l'époque.
Si Faroux et Fabre sont déjà présents, c’est que dans les papiers du mort, ils ont trouvé tout un dossier de coupures de presse concernant les enquêtes de Nestor Burma.

Son compagnon des années de lutte, rencontré au Foyer Végétalien,  souhaitait que Burma fasse toute la lumière sur les responsables d’un ancien casse, qui rapporta beaucoup d’argent et pour lequel on accusa surtout un certain Daniel, qui  a disparu, probablement en Amérique du sud.
Le commissaire Faroux fait aussi allusion au commissaire Norbert Ballin, chargé de l’enquête à l’époque et retrouvé sur le pont de Tolbiac, mort, poignardé dans le dos.

Comment trouver des indices sur une affaire datant de 20 années auparavant ?
Pour Nestor Burma se dessinent à présent deux enquêtes = celle d’un vol en 1936 et surtout qui a tué son vieil ami.
Là-dessus se greffent aussi des problèmes concernant la jolie Belita, gitane, ayant été sortie des griffes d’autres gitans qui voulaient en faire une prostituée. Tous les mois, Lenantais payait ces mauvaises personnes pour que la jeune fille puisse se sortir du ruisseau. Burma reprend cette dette à son compte, mais cela lui vaudra quelques ennuis supplémentaires.
Et comme si cela ne suffisait pas, le commissaire Favroux, mais surtout son adjoint l’inspecteur Fabre, tombent aussi régulièrement sur la bosse du privé.

Mon avis = positif, bien qu’il s’agisse d'une histoire – comme toutes les enquêtes de Nestor Burma – remplie d’une atmosphère fort sombre, je dirais pire que chez Simenon.
Un roman où tout est gris et noir, avec pratiquement pas de blanc pour contrebalancer tout cela.
En fait, c’est à une histoire d’ambiances que me fait penser cette enquête – l’ambiance provoquée par le brouillard, sombre, épais qui empêche de voir clair, au propre comme au figuré. Puis l’ambiance créée par les ennemis de la jeune Belita et finalement, l’ambiance créée par les souvenirs de Nestor Burma. 

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Tous les critiques sont unanimes à ce propos = ce roman noir est le plus autobiographique de LEO MALET. L’intéressante préface de Francis Lacassin explique qui était Malet, ancien anarchiste, rangé des voitures, qui vécut aussi dans sa jeunesse dans le Foyer Végétalien. Leo Malet a réellement puisé dans ses souvenirs de jeunesse pour écrire cette histoire très sombre, qui – lorsque Burma fera la lumière sur les crimes et le vol – ne laisse aucune place à la légèreté.
Selon les personnes ayant connu Leo Malet, il s’agit d’un roman fondamental dans la série, pour ses références autobiographiques.

Nestor Burma est détective privé, fort cynique la vie ne l’ayant pas épargné et il ne se fait guère d’illusions sur le genre humain. Ses enquêtes ne se terminent pas toujours bien. Il a de nombreux succès féminins, bien qu’il ne soit pas beau, mais sa gouaille lui vaut généralement les faveurs des dames et des demoiselles.

Leo Malet a toujours dit s’être inspiré du Marlowe de Chandler ou de Sam Spade de Hammett – cela se sent dans le récit, qui est raconté à la première personne, par Burma ; on dit que cet anti-héros a de nombreux traits de caractère avec son créateur. Celui-ci déclarait qu’il n’était guère « flicophile » et qu’il avait l’intention de faire de son personnage un type déplaisant.
Il faut dire que toutes les réflexions de Burma sur les institutions, les nantis et profiteurs (les deux sont liés pour lui) sont celles de Leo Malet, de même que sa gouaille et les problèmes d’argent du détective, toujours fauché.
L’auteur s’est dit un peu déçu car finalement Nestor Burma est beaucoup plus sympathique que l’idée de départ.
Et de fait, je trouve Nestor Burma très sympathique, très « marlowien », mais je ne crois pas que je lui tomberais aussi facilement dans les bras que les dames des romans =^-^=.

La série « Les Nouveaux Mystères de Paris », vous l'aurez compris, sont un clin d’œil aux « Mystères de Paris » d’Eugène Sue – 15 arrondissements parisiens ont été choisis par l’auteur.
Il y a également une autre série simplement intitulée « les enquêtes de Nestor Burma ».
Les romans de Leo Malet ont été adaptés tant au grand écran qu’à la télévision – Leo Malet préféra toujours René Dary, le premier interprète de Burma au cinéma (film en noir & blanc) ; par contre il n’apprécia jamais Michel Galabru ni Michel Serrault, estimant que ces excellents acteurs n’avaient pas le « profil » qui convenait;
La série télévisée trouva un certain intérêt à ses yeux, il appréciait ce que Guy Marchand faisait du personnage.
Le dessinateur Jacques Tardi a adapté Nestor Burma en bande dessinée.

 le pont de tolbiac (source wikipedia)

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20 mars 2018

ART, VIOLENCE & SOCIETE - 3

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Les œuvres étudiées – MUSEE FIN DE SIECLE

(les illustrations ont été trouvées dans la photothèque google) - voir l'introductionchronique adaptée du texte de sarah cordier

Après des tableaux représentant une violence faite pour faire respecter les instances supérieures (clergé, noblesse) – ces représentations étant faire pour susciter la crainte – une violence plus insidieuse voit le jour dans l’art au 19ème siècle, siècle de la révolution industrielle, du progrès technique certes, permettant la montée d’une nouvelle classe sociale – bourgeoisie, haute bourgeoisie – mais aussi et surtout indifférence à l’égard du prolétariat, exclusion des plus pauvres, tout cela amenant une nouvelle forme de brutalité.
Des artistes n’hésiteront pas à montrer ce monde dans leurs œuvres.

Dans le forum du musée =
Gustave Wappers - Episode des journées de septembre 1830 (19ème sicèle) – au soir du 25 aoûtt 1830,  la représentation de la « Muette de Portici » où les Napolitains luttent contre l’envahisseur espagnol, retentit soudain un chant qui déclenche un tohu-bohu dans la salle. Des bourgeois prennent les sièges d’assaut, c’est le début de la révolution belge afin de bouter les Hollandais hors de Belgique. Les affrontements dureront 4 jours.

Le monumental  tableau de Wappers est à lui seul un manifeste  à la gloire de cette révolution récente qui amena l’indépendance de la jeune nation.
La scène a été transposée, par l’artiste, dans le décor de la grand-place de Bruxelles, riche de son passé historique, mais en réalité les combats se déroulèrent surtout dans le parc de Bruxelles.

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Les marchands de craie – Léon Frédéric (19ème siècle) – cette œuvre est l’une des plus connues de ce peintre. Elle a pour sujet le sort très peu enviable de ceux qui sont au bas de l’échelle, les exclus de la société de l’argent – ils vont de village en village avec leur roulotte.
La craie était une denrée ayant plusieurs fonctions, elle servait au nettoyage de l’argenterie notamment.

Le sujet traite de la misère extrême (dont les arbres dénudés sont un symbole bien que la saison ne soit pas l’hiver) – le tableau se divise en 3 parties = à gauche départ le matin, partie centrale du tableau à midi maigre repas, à droite retour en fin de journée vers la roulotte.

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La famille entière travaille, à cette époque les enfants n’ont aucun droit, personne ne porte des chaussures, sauf le père, le « chef » de famille. Ce n'est qu'en 1914 que l'enseignement primaire deviendra obligatoire en Belgique.

Un soir de grève – Eugène Laermans (19ème siècle) – Si la Belgique est devenue plus riche, ce n’est qu’une petite partie de la population qui vit confortablement grâce au labeur des travailleurs.  C’est à cette époque que naissent les grosses industries, le travail à domicile (artisans) disparaît peu à peu. Hommes, femmes, enfants (plus de 12 ans) travaillent dans les usines, plus de 12 heures par jour, vivant dans des habitations misérables, avec à peine de quoi se nourrir et se vêtir convenablement.

Le tableau de Laermans a-t-il pu créer une certaine compassion chez certains libéraux progressistes ? pas sûr. Actuellement il est un témoignage sur le déclassement des travailleurs, sur l’injustice de la répartition des richesses, sur la révolte qui gronde dans la société.

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Quelques dates = en 1885 création du POB, Parti Ouvrier Belge (qui deviendra le parti socialiste)
En 1886 principale révolte sociale en Wallonie (armée + police interviendront contre les manifestants = 28 morts)
1889 première loi de réglementation – le travail des enfants de moins de 12 ans est interdit en usine
1921 – durée du temps de travail limitée à 8 h/jour, 6 jours semaine

James Ensor – les Masques Singuliers (19ème siècle) – on pourrait prendre ce tableau pour une scène sympathique, joyeuse et pleine d’humour. Cependant, en y regardant de plus près, le malaise s’installe – 5 personnages bizarres sont alignés avec à leurs pieds, un 6ème personnage gisant, qui semble vidé de toute substance.
Le triste Pierrot, solitaire, à la gauche des autres, tient une chandelle – on a voulu y voir un symbole de l’artiste désireux d’illuminer le monde.

Ensor s’est inspiré des masques de carnaval, mais pour l’artiste, il s’agit en réalité de montrer l’hypocrisie de la société et non la ronde joyeuse des masques carnavalesques.
Ensor a toujours dénoncé l’hypocrisie de la société dans laquelle il évoluait, avec férocité – il en voulait aux institutions, aux critiques d’art, aux médecins, aux gendarmes, bref à pratiquement tout ce qui forme « les bien-pensants ».

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Question = l’art et l’humour sont-ils des armes contre la violence sociétale ? ou en sont-ils aussi  les victimes ? (je pense à Charlie Hebdo). 

James Ensor a été longtemps complètement incompris – il a vécu dans une grande solitude, n’arrivant pas à vendre, ni même exposer ses œuvres.
Quant à la presse, elle redoublait de hargne à l’égard de ses créations (ici je pense à Edouard Manet, cet autre grand incompris de l’art)

Auguste Rodin - Jean d’Aire (les Bourgeois de Calais) (19ème siècle) – cette sculpture est un fragment des « Bourgeois » ; la ville de Calais avait demandé au sculpteur d’immortaliser le courage de ces 6 bourgeois qui se sacrifièrent pour sauver leur ville en 1347. 
Rodin n’accepta pas que l’on installât la statue sur un socle, il désirait que les spectateurs aient le groupe à hauteur des yeux d’hommes, privilégiant ainsi la proximité et l’empathie – faire des spectateurs des « acteurs » du drame, leur faire comprendre la hauteur du sacrifice.
L’artiste inaugurait ainsi une conception nouvelle, égalitaire du monument..

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Albert Ciamberlani – Ophélie (avant 1900) – la douce Ophélie, personnage féminin malheureux de la tragédie shakespearienne « Hamlet »,  pensant que le jeune prince ne l’aimait plus, s’est noyée par désespoir.

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Ici, bien qu’il s’agisse d’un suicide, il s’agit malgré tout d’un acte de violence, retourné contre soi-même.

D’après un récent rapport de  l’OMS, l’Asie du sud-est est la région la plus touchée par le suicide, avec le Japon en première place. De plus, les différences sont frappantes au niveau du sexe = contrairement à ce que l’on pourrait penser, les hommes sont plus touchés par le suicide que les femmes.
Les facteurs associés au suicide sont la solitude, le faible niveau de revenus, le chômage. Ici on parle de  "violence sociétale".

A titre personnel, j’ajouterai un dernier tableau, totalement d’actualité,  à cette liste non exhaustive =
Eugène Laermans – Les émigrants (19ème siècle) – ici il est question des émigrants des campagnes, espérant trouver des jours meilleurs dans des villes comme Bruxelles. Certains artistes vont se sentir particulièrement concernés par ce afflux de personnes déplacées et seront désireux de témoigner à leur façon des injustices sociales du pays. 

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Comment ne pas songer à ce qui passe actuellement, où l’on voit se former des files de personnes déplacées, fuyant les guerres du moyen-orient, ou la pauvreté qui règne dans certains pays d’Afrique ; des personnes qui croient encore que l’Europe, terre d’accueil par excellence, va pouvoir résoudre tous leurs problèmes, ou leur permettre de passer vers le Royaume-Uni où ils ont de la famille.
Hélas, combien ne sont pas exploités par des passeurs – véritables esclavagistes d’un nouveau.
Parmi ceux qui se laissent berner par des paroles mensongères sur  ce qui les attend ici, combien ne se noient pas en mer, d’autres sont parqués dans ce qu’on appelle « la jungle de Calais », mais aussi au parc Maximilien à Bruxelles-nord.

ART, VIOLENCE & SOCIETE - 2

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Les œuvres étudiées – MUSEE OLD MASTERS

(les illustrations ont été trouvées dans la photothèque google) - voir l'introduction - chronique adaptée du texte de sarah cordier

La justice de l’empereur Otton – Dirk Bouts (15ème siècle) – le « récit » d’une erreur judiciaire. La lecture de l’œuvre commence par le panneau gauche du diptyque = l’épouse de l’empereur accuse un noble de la cour de lui avoir fait des propositions indécentes.
L’homme est condamné à la décollation, sans autre forme de procès. (lorsque le tableau fut donné aux musées des beaux-arts, on fit un surpeint sur le cou et le sang du mort, en y ajoutant des feuillages, le tableau ayant été jugé trop "dur" pour les visiteurs)

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Dans le panneau de droite, l’épouse de l’homme injustement accusé désire sauver l’honneur de son mari, elle accepte l’ordalie = tenir un fer rougi dans la main, sa main ne sera pas brûlée, par contre l’épouse d’Otton le sera (le bûcher est dans le fond du tableau). 

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Ce tableau était destiné à la salle d’audience de l’hôtel de ville de Louvain, et destiné à inciter les juges à l’équité en rendant leur verdict – ne pas juger sur simple calomnie.

Rendre la justice divine = obéissance à dieu et ses représentants sur terre (clergé, noblesse).

Au moyen-âge la violence est quotidienne, les hommes se promènent l’épée au côté ou pour les plus pauvres, un couteau dans les chausses. Aux temps féodaux, la justice est expéditive, au coupable à prouver son innocence. C’est la raison du « jugement de dieu » ; néanmoins il existait un organisme judiciaire où des spécialistes du droit, formés dans les universités. Ils s’inspirent du droit greco-romain et le jugement de dieu n’est plus accepté.
Actuellement, dans  la constitution, un homme est innocent tant que la preuve de sa culpabilité n’a pas été apportée.

La vierge parmi les vierges – par le maître de  la légende de sainte-lucie (15ème siècle) – Dès les débuts du christianisme des femmes – comme celles du tableau – éprouvent une foi religieuse et s’estiment mariée au christ – elles refusent donc catégoriquement d’obéir à leur père ou une autre instance dite supérieure qui désire les marier – ces mariages étaient imposés par intérêt et profit (pour le père). 
Ces jeunes filles ne se détourneront pas de leur foi et leur amour pour l’église – les hommes de pouvoir, choqués par ce manque d’obéissance et l’indifférence aux punitions, font subir à ces frêles jeunes filles des tortures à mort.

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Ainsi dans le tableau rencontre-t-on Apolline, qui tient la tenaille avec laquelle on lui a arraché les dents – Agathe tenant une tenaille avec un sein arraché – Lucie qui tient le plat sur lequel figurent ses yeux – Ursule criblée de flèches, lisant (sa robe cache une flèche posée sur le sol) – Catherine, déchiquetée par une roue armée de glaives (les roues ornent le tissu de sa robe) – Agnés, convoitée par le fils d’un préfet de Rome, un agneau est posée près d’elle.
Le tableau est une idéalisation de la souffrance, au nom des convictions;  Mais les jeunes filles servaient de modèles pour les jeunes filles de l’époque.
Le tableau est avant tout une preuve de la violence des pères ou des autorités à l’égard des femmes refusant de se soumettre à leur volonté.

Apollon poursuivant Daphné – Carlo Maratta (17ème siècle) – d’après la légende dans Les Métamorphoses d’Ovide – Apollon rendu fou d’amour par une flèche en or d’Eros, poursuit la nymphe Daphné qui elle a été touchée par une flèche en bronze, signe de discorde.
Daphné appelle son père au secours (le dieu du fleuve Pénée), celui-ci la transforme en laurier.

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La nymphe Daphné avait donc  le choix entre le viol ou la transformation !!!! En arbre en plus ! plus tard, Apollon se coiffera d’une couronne de lauriers pour ne pas oublier sa nymphe.
Le message d’Ovide est aussi qu’il vaut mieux être transformée en arbre plutôt que d’être violentée, mais pourquoi est-ce Daphné qui doit être punie ?
On peut aussi y voir un message sur la violence subie par les femmes quotidiennement, notamment leur soumission à l’homme dans le mariage, et ce pendant des siècles, mais je ne suis pas convaincue que Carlo Maratta ait eu cela à l’esprit.

Pour info – en Belgique - ce n’est qu’en 1958 que les femmes mariées pourront travailler sans l’autorisation du mari. En 1975, l’égalité totale des époux est enfin dans la loi, la femme peut alors ouvrir un compte en banque sans autorisation du  mari.
1989 - en principe, la loi réprime le viol entre époux ; jusqu’alors les relations sexuelles entre époux étaient considérées comme « le devoir conjugal ».
Ce ne sera qu’en 2000 que le principe de l’égalité des hommes et des femmes s’inscrit dans la constitution (ceci me fait sourire jaune car on en est loin)

La Chute des Anges Rebelles - Pieter Breughel  l’ancien  (16ème siècle) – inspiré par Jérôme Bosch – le tableau montre la lutte acharnée entre le bien et le mal –
L’époque est celle des guerres de religion – le très catholique Philippe II d’Espagne a envoyé le duc d’Albe qui réprime d’une main de fer tous les protestants de la région qu’on appelait alors les Pays-Bas espagnols. Ces "anges rebelles" sont une métaphore pour les protestants qui ne respectent pas la "vraie" religion.

Thème de discussion  = massacres au nom de la religion – totalement actuel, hélas – comment en finir avec la violence religieuse ?

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Prométhée – Rombouts (17ème siècle) – le mythe de l’homme qui donna le feu aux humains – Zeus ne put tolérer cette désobéissance = le feu était réservé aux dieux, il  ne fallait pas que les humains se prennent pour des dieux !!!!
Punition = avoir le foie dévoré par un aigle chaque matin, la nuit le foie se reconstituait et la punition recommençait. Il suffit de voir la douleur exprimée par Prométhée pour réaliser la violence d’une telle punition, mais bon Zeus n’est pas pour rien le dieu des dieux et il avait donc tous les droits – le message est clair = vous faites ce que je dis sinon gare !

(pour la petite  histoire = notre guide Sarah Cordier nous a expliqué que lors d’une visite avec des médecins, ceux-ci signalèrent qu’il y a une erreur fondamentale dans le tableau = le foie humain se situe à droite dans le corps humain, pas à gauche comme sur le tableau =^-^=)

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Pour terminer ce court tour d’horizon de la violence représentée dans la peinture des « Old Masters », je vous donne encore un dernier tableau montrant à quel point les dieux sont des êtres vindicatifs et dangereux.

Il s’agit de Apollon et Marsyas – Joseph de Ribera – Marsyas ayant défié Apollon en disant qu’il jouait mieux de la flûte que le dieu, celui-ci proposa un concours, s’il en sortait gagnant, Marsyas serait puni.
Evidemment Apollon, dieu de la musique, gagna et la punition fut atroce = Marsyas fut écorché vif.

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(vous constaterez que cette histoire se situe APRES l’histoire d’Apollon et Daphné car le dieu porte la couronne de lauriers, en souvenir de celle qui se refusa à lui – on n’est pas plus cynique)

à suivre ...


ART, VIOLENCE & SOCIETE - INTRODUCTION

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choisi pour présenter le dossier ART-VIOLENCE & SOCIETE
par les musées des beaux arts de bruxelles
(dossier ici)

De l’art ancien à l’art moderne

INTRODUCTION

Depuis au moins un an, le musée des beaux-arts de Bruxelles propose, tant à des groupes de visiteurs adultes, qu’aux écoles (secondaires) une visite des plus intéressantes sur la thématique de la violence en société, au travers notamment d’œuvres d’art – un intéressant dossier a été créé à ce propos, écrit par l’historienne d’art et guide Sarah Cordier et sa collègue Alexandra Baumans , - ce dossier est accessible ici -  il  a été communiqué à différentes institutions scolaires.

Le but = susciter une réflexion, un dialogue non seulement entre adultes, mais surtout entre les jeunes. Hélas, jusqu’à présent, selon Sarah Cordier, peu d’écoles ont répondu à l’appel, sur un sujet qui est pourtant non seulement d’actualité qui pourrait aussi, peut-être, engager les jeunes à visiter les musées et regarder les œuvres d’art dans leur contexte historique.

(J’ai eu  le grand plaisir d’assister à l’une des visites organisées par madame Cordier – cette petite chronique est une adaptation de son texte donné après la visite. Par ailleurs, je vous engage à télécharger le dossier mis à disposition par les MRBA (voir lien ci-dessus).

En dehors des tableaux repris dans le dossier, Sarah Cordier propose également d’autres tableaux susceptibles d’amener une réflexion.

Quelques tableaux allant  du moyen-âge jusqu’à la fin du 19ème siècle (et début du 20ème) ont été sélectionnés, accompagnés de leur contexte historique, de quelques dates-clés.
Craignant que ce soit un peu trop long à lire en un seul billet, j'ai préféré écrire plusieurs petits billets (je désire par ailleurs confirmer que certaines réflexions sont personnelles et n'engagent que moi)
Qui commencent  par une introduction =

Quelques questions  que signifie le mot « violence » pour vous ? à quoi ce mot vous fait-il pensser et quelles images se présentent à votre esprit ? quelles sont les nouvelles formes de violence actuellement ? (pour moi la réponse est presque simple = les soi-disant réseaux sociaux où le harcèlement semble être devenu monnaie courante) –

Comment les artistes ont-ils mis la violence dans leurs tableaux ? à ne pas oublier = longtemps, les tableaux ont été des commandes, par  lesquels les commanditaires voulaient faire passer un message.
Pour cela, les peintres ont puisé dans les légendes, la bible (selon moi, l’un des livres les plus violents, du moins pour ce qui concerne l’ancien testament) et les mythologies (Métamorphoses d’Ovide, Théogonie d’Hésiode).

Le mot « violence » s’oppose généralement à « paix, ordre, mesure » - il semblerait qu’il soit apparu au 13ème siècle – quant à la violence elle fait malheureusement partie de l’histoire de l’humanité ; elle est présente depuis que l’homme est apparu sur la terre, elle est d’ordre physique, moral, verbal, entre autres. Il est à noter qu’elle varie selon les cultures.
Selon un rapport de l’OMS, l’interaction de différents facteurs (relationnels, individuels, communautaires, sociétaux) expliqueraient l’apparition d’actes de violence.
La violence sociétale est le produit d’un dysfonctionnement de la société, défaillance du dialogue et de vivre ensemble. Plus les inégalités se creusent au sein d’une société, plus la violence s’y développe. Mais le pouvoir aussi peut légitimer la violence = répression lorsqu’un groupe exprime son mécontentement.
Dans les écoles, ce sont les professeurs qui sont appelés à gérer les conflits -  hélas, combien d’entre eux n’ont pas été les victimes de violence verbale notamment, sans être soutenus par leur direction, ce qui est une autre forme de violence (passive = ne pas faire de vagues).

Il paraît que dans nos sociétés occidentales dites démocratiques, la violence est en recul, nous n’y connaissons plus d’esclavagisme, de génocide, ou révoltes sanglantes.
Pourtant, pour moi,  une autre forme de violence nettement plus larvée existe = esprit de compétition (sportive, études) qui met la pression sur les jeunes;  pression économique dans les entreprises (burn-out, peur de perdre son emploi, consommation à outrance - il faut être  habillé "à la mode", posséder le dernière modèle de téléphone dit intelligent - bientôt ils seront les derniers à l'être).

Selon certaines études, il semblerait que depuis les années 1970, ll y ait une lente et relative augmentation de la violence  individuelle.
Juger les autres en fonction de certaines « normes » auxquelles on ne répond pas nécessairement avec pour conséquence, être mis(e) à l’écart est l’une des formes de violence les plus odieuses que je connaisse – et tellement courante.
En fonction de quoi est-on « obligé » de répondre à certains critères ?

Il est temps de passer à l’art et la violence, qui sont le but de ce billet.

 à suivre ...

13 mars 2018

THE DEATH OF LUCY KYTE, de Nicola Upson

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Dans la série Josephine Tey enquête (5ème enquête)

Lorsque Josephine Tey hérite de « Red barn cottage » dans le Suffolk, d’une marraine qu’elle ne connut jamais, mais qui était la meilleure amie de sa mère, elle ne réalise pas encore ce qui l’attend = une personne jalouse et haineuse a décidé de lui pourrir l’existence, tout comme elle empoisonna celle d’Hester Larkspur qui s’y était retirée, après le décès de son époux dramaturge, comédien et metteur en scène de théâtre.
Depuis la mort de Walter, Hester semblait réellement se transformer en ermite.
Il y a une clause dans le testament d’Hester, à savoir que Josephine doit s’occuper de donner sa part à une certaine « Lucy Kyte ». 
Les recherches à ce sujet n’aboutissent pas, jusqu’à ce que Josephine découvre le « journal de Lucy ».

Les personnes du village, qui ont connu Hester, confirment que les tout derniers temps de sa vie, elle se retirait encore plus du monde qu’elle ne l’avait déjà fait précédemment – elle était réellement devenue une ermite, sa vue s’était amoindrie et elle semblait aussi perdre la tête, accusant les enfants du garagiste (son seul véritable ami dans le village) d’avoir chapardé des objets de valeur.
Par contre, dans le petit musée consacré à Walter et Hester Lakspur, on parle d’eux avec énormément d’enthousiasme et de gentillesse.

Josephine Tey est bien décidée à découvrir le fond de cette histoire.

Mon avis = une  déception pour moi - j’aime cette série parce qu’elle met en scène une autrice (Josephine Tey) que j’apprécie particulièrement. Je n’ai pas retrouvé l’esprit des précédents dans la série,  (dont celui à Portmeirion), qui eux étaient excellents.

Josephine Tey est touchante dans son amour pour Marta – bien que je soupçonne Nicola Upson de transférer son homosexualité sur Ms. Tey.
Bien sûr cette dernière vécut célibataire toute son existence, mais c’était surtout parce qu’elle tenait à son indépendance.
Licence poétique ou fait avéré, on ne le saura jamais, et puis est-ce si important …
Ce qui compte, c’est la manière de conter une enquête, souvent littéraire.

Ici une fois de plus, Josephine Tey veut faire la lumière sur ce qui est arrivé à une femme qu’elle regrette ne pas avoir connue = sa marraine, une flamboyante comédienne de théâtre.
Bien que je n’aies absolument pas deviné qui était l’assassin-voleur des biens personnels de Ms. Larkspur, le bât blesse quant à l’enquête que mène l’autrice. J’ai trouvé que cela manquait de rythme. Jusqu’à ce que les soupçons de Ms. Tey se confirment - la scène où Josephine confronte le coupable donne des frissons, non pas parce que la vie de l’autrice est en danger, mais en raison de la méchanceté,  de la jalousie haineuse à laquelle elle est soudain confrontée par quelqu’un qu’elle pensait honnête.

Haine et jalousie sont des moteurs puissantS pour  mener au meurtre ou à la torture de quelqu’un, du moins dans  les romans, heureusement dans la réalité, on peut arriver à tourner le dos à ce genre de personne (parfois).

La description des paysages du Suffolk où se trouve le cottage dont hérite Ms. Tey est très agréable à lire, ils donnent envie de prendre sa voiture et sillonner les environs.

Comme d’autres polars de Nicola Upson, celui-ci est basé sur une histoire vraie qui se déroula au 19ème siècle = l’affaire Maria Marten(s) – ou « the Red Barn Murder », tout comme « Two for the sorrow », que je n’ai pas lu.
Les meurtres de la Ferme Rouge (the Red Barn murders) relatent la triste histoire de Maria Martin (ou Martens), abattue par son amant William Corder, dont elle avait eu un enfant – il lui donna rendez-vous à la ferme rouge, avec la promesse de partir pour la ville d’Ipswich afin de l’y épouser. Il poussa la malignité jusqu’à écrire des lettres à la famille de la jeune femme, en son nom, pour affirmer qu’elle était heureuse. 
En fait, il était à Londres avec sa très jeune nouvelle épouse.
Ce serait  à la suite d’un cauchemar de la belle-mère de Maria, où celle-ci disait à sa mère que c’était là qu’elle était, en montrant le sol de la grange, que l’on découvrit le corps de Maria – Corder fut appréhendé et pendu haut et court 

Dans la mise en roman de faits avérés, je trouve que les livres de Kate Summerscale sont meilleurs.

Il ne s’agit pas, cette fois, du pastiche d’un roman de Josephine Tey.

(ceci est le 2ème avis un peu mitigé sur des romans lus récemment, j’espère ne pas entamer une série =^-^=)

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CROWN OF ROSES, de Valerie Anand

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A travers la vie de Petronel Faldene, mariée à 14 ans à un voisin de ses parents, un certain Lionel, afin de résoudre un problème de terres avoisinantes et une dispute qui s’est étalée pendant plusieurs années, les lecteurs suivent avec intérêt l’histoire réelle des derniers Plantagênet, depuis le mariage d’Edward IV à Elizabeth Woodville, jusqu’à la fin de Richard III à Bosworth Fields.

Mon avis = pas mal pour une histoire sur l’Histoire, de manière très romancée. Si j’ai apprécié la description de la vie de la cour d’Edward IV et l’honnête  portrait de Richard III, j’ai été par contre très peu intéressée par la vie de Petronel (Petra), mariée trop jeune à un homme de l’âge de son père, un homme qui va rapidement s’avérer un tyran, un avare, qui la malmènera pour son propre plaisir,   ne lui pardonnant pas de ne pas lui donner d’héritier.
Il en viendra un, mais peut-être pas celui attendu …
Il est évident que jusqu’aux progrès de la médecine occidentale, les femmes étaient seules accusées lorsqu’un mariage ne produisait pas d’héritier – on ne savait pas encore, alors, que la stérilité pouvait aussi être du côté des hommes.
J’avoue ne pas avoir été intéressée par ces histoires de couple dysfonctionnel, où on mariait les filles pour des terres et des biens matériels – de toute façon ce fut ainsi jusqu’au 20ème siècle, et plutôt loin dans le 20ème siècle – les mariages arrangés pour les biens matériels ont perdurés de très longues années dans le 20ème.
Le rêve de Petronel était d’entrer dans les ordres, elle finira par obtenir ce qu’elle souhaitait, mais elle devra attendre plus de 20 ans pour y arriver.

Valerie Anand « brode » quelque peu également sur l’histoire du jeune Perkin Warbeck. 
Sa théorie en vaut une autre, je l’ai dit = il s’agit d’un roman.
Mais un roman qui ne noircit pas Richard III.
Par contre qui n’hésite pas à critiquer Margaret Beaufort, mère du futur Henry VII, ce que je n’ai pu qu’apprécier à sa juste valeur – sous prétexte de se réconcilier avec son mari à qui elle se refusait, pour raisons religieuses, elle lui commanda la suppression des jeunes princes dans la tour. C’est une des versions sur ce drame, version à laquelle j’adhère car il ne fallait surtout pas que les enfants d’Edward reviennent revendiquer une couronne qui leur revenait de droit, Henry VII l’ayant usurpée par bataille.

Le portrait d’Edward de Westminster, fils de Marguerite d’Anjou (the Bitch from Anjou), est plutôt noirci également = se basant sur des écrits de l’époque, Ms. Anand en fait un jeune psychopathe, qui n’arrête pas de dire à Anne Neville, sa fiancée, qu’il lui crèvera les yeux si elle continue à le regarder !!!!!

J’ai (re)découvert ce livre dans ma pal papier, un jour de « nettoyage » de ladite pal – avec ce livre se termine mon incursion de « ricardienne », pour aider à redresser le portrait d’un roi tellement malmené par l’Histoire, qu’on se demande pourquoi il a fallu attendre autant d’années pour y arriver.
Les « roses » du titre font évidemment référence aux roses des maisons de Lancaster et d’York.

Une lecture « récréative », sans prise de tête, pour faire passer les journées pluvieuses.

11 mars 2018

SAVEZ-VOUS CE QU’EST UN « RICARDIAN » ?

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Les Ricardians (ou Ricardiens en français) sont une association de personnes soucieuses de rétablir la réputation de RICHARD III d’Angleterre, réputation ternie, mise à mal par les Tudors et Shakespeare ; Richard III pour ces raisons est le roi le plus malmené, le plus incompris – accusé d’avoir assassiné  ses neveux,  d’avoir usurpé le trône à la mort de son frère Edward IV.

Les « Ricardians » ont multiplié les recherches et les efforts afin de restaurer la vérité historique concernant ce roi. Il faut savoir que Shakespeare s’est fortement inspiré des écrits de Polydore Vergil, qui nourrissait une passion quasi amoureuse pour Henry VII, qui était tout de même le fils d’une ligne bâtarde du Gallois Owain Tudur (Owen Tudor) et la reine douairière Catherine de Valois, jeune veuve d’Henry V et mère du malheureux roi Henry VI, qui semblait avoir hérité de la faiblesse d’esprit de son grand-père.
Le règne de Richard III ne dura que deux années et prit fin de manière tragique à la bataille de Bosworth, mettant fin à la guerre civile, appelée par les Français « la Guerre des deux Roses », mais « the Cousins’s War » par les historiens britanniques.

Les écrits des « Ricardians » comprennent des travaux d’Horace Walpole et sir George Buck, qui fut l’un des premiers à tenter de rétablir la réputation du roi, après la fin du règne des Tudors.
Au 20ème siècle, des romancières comme Josephine Tey, Sharon Kay Penman et Elizabeth Peters, ainsi que Valerie Anand, mais surtout  l’historien américain Paul Murray Kendall ont publié des écrits modifiant le portrait de Richard III.

C’est un chirurgien  de Liverpool,  Saxon Barton,  qui créa la « Richard III Society », sous la dénomination « The Fellowship of the White Boar » - l’Association du Sanglier blanc – le sanglier blanc  figurant ssur les écussons et armes de Richard.  En 1980, le prince Richard, duc de Gloucester, devint le mécène de la société . En 1986 la société mit en place le trust « Richard III and Yorkist History ».

La Fondation est une association sans but lucratif, à vocation éducative ; son but est d’encourager les études autour de ce roi et son époque, ainsi que la guerre des Deux Roses.

Le site de la Richard III society (ici)

(j'ai décidé moi aussi d'être une sympathisante "ricardienne" , non pas que je compte me lancer dans des études approfondies sur cette époque historique, mais parce que je n'ai jamais aimé que l'on accuse quelqu'un injustement, c'est ma petite croisade personnelle - certes Richard III n'était pas un saint, mais de là à en faire l'ignoble personnage dépeint par les supporters des Tudors et Shakespeare, il y a une marge =^-^=)

CHILDREN OF THE REVOLUTION, de Peter Robinson

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21ème enquête de l’inspecteur en chef Banks et son équipe

Un corps a été trouvé sous le pont d’une ligne de trains désaffectée. Le début de l’enquête confirme qu’il s’agit d’un ex-maître de conférences , limogé pour avoir eu une attitude inappropriée à l’égard de deux élèves de sa classe – attitude qu’il a vivement nié mais le collège, ne souhaitant pas faire de vagues,  a préféré renvoyer le professeur avec une  maigre pension  lui permettant tout juste de survivre comme le confirmeront les témoins interrogés par l’inspecteur en chef Alan Banks et son équipe, composée de trois jeunes femmes, très efficaces. 
Aux dires de tous, Miller vivait  dans le passé, un passé des années 1960-1970, où l’on espérait refaire le monde. L’un des témoins, et aussi son supérieur, dit avoir tenté de le défendre auprès de la direction mais leur décision était déjà prise. L’homme vivait en ermite dans un vieux cottage non loin de l’endroit où on l’a trouvé, la fouille a trouvé un peu de cannabis et de LSD, mais plutôt pour consommation personnelle que signifiant une sorte de trafic pour arrondir ses fins de mois. Comment se fait-il alors qu’un homme, au bout du rouleau, avait 5.000 £ en poche ?  L’autopsie prouve que l’homme était sous-alimenté,  sa santé se délabrant par malnutrition.

L’enquête se dirige vers plusieurs suspects, de types très différents et finalement, remontant jusqu’aux années 1970 lorsque la victime fréquentait l’université d’Essex – tout comme la femme dont ils ont trouvé une preuve d’appel dans le téléphone,  un coup de fil qui dura 7 minutes.
BanKS va donc interroger Lady Veronica Chalmers, qui dit avoir seulement été contactée pour un  don en tant qu’ancienne de l’université. Pendant 7 minutes !
Banks est convaincu que la lady en question lui cache quelque chose, aussi revient-il la voir en compagnie de l’une de ses assistantes, mais cette fois, l’avocat et le beau-frère de Lady Veronica sont aussi présents. 
Lorsqu’il revient au poste de police, sa supérieure et le chef du département  ne lui envoient pas dire qu’il doit laisser tomber cette enquête et surtout ne plus importuner des personnalités comme les Chalmers. Il n’en faut pas plus à Banks pour poursuivre son enquête,  de manière plus discrète. Ses enquêtrices, de leur côté, poursuivent les pistes qu’elles ont découvertes.

Mon avis = mitigé – c’est la première fois qu’une enquête de l’inspecteur en chef Banks  me déçoit un peu – je mets cela sur le compte de la lenteur de la procédure policière, où rien ne semble vraiment bouger ou avancer, comme je venais de terminer « le Bourreau de Gaudi », où le rythme était trépidant et haletant, du coup  j’ai eu une petite impression d’ennui. 
Les personnages ne m’ont pas tous convaincues non plus, mais cela ne signifie pas que ce soit un mauvais roman. J’ai simplement moins accroché à l’histoire que lors d’autres enquêtes.
Sinon j’ai beaucoup souri aux démêlés de Banks avec ses équipières, mais aussi avec sa supérieure qui lui fait comprendre que peut-être il serait temps de songer à la retraite ou bien d’accepter une promotion, mais cela signifierait un peu moins de travail sur le terrain et plus de paperasserie au sein du département. Banks ne se sent réellement pas prêt ! 
J’ai aussi apprécié la description des paysages du Yorkshire et du Peak District en novembre.

(j’ignore si cette enquête-ci a été traduite, en tout cas je n’en ai pas trouvé trace).

08 mars 2018

JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES

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le choix de mon illustration de cette journée internationale des droits des femmes va sans doute surprendre, mais ANITA RODDICK, (octobre 1942 - septembre 2007) fondatrice de la société The Body Shop ne fut pas uniquement concernée par la beauté de la peau - elle fut aussi une militante active pour les droits de l'homme, militante dans la protection de l'environnement, elle milita aux gôtés de Greenpeace.

elle créz la société The Body Shop, s'opposant à toute expérimentation sur les animaux - ici aussi elle fut une pionnière et ceux qui prétendent qu'elle "vendit son âme au diable" lorsqu'elle chercha une société pour absorber The Body Shop lorsque, souffrant d'un cancer en phase terminale, elle souhaita trouver une société qui s'impliquait dans les mêmes idéaux - son choix de l'Oréal ne fut probablement pas des plus heureux, suscitant une énorme controverse.
Heureusement la direction renonça récemment au contrat et actuellement, the Body Shop est à nouveau aux mains de personnes concernées par la cause et le bien-être animal.
Mais aussi le respect des personnes chez qui se fournir pour les produits nécessaires à la fabrication des produits de soin.
De plus, elle a aussi fondé "Children on the Edge", une organisation charitable aidant l'enfance défavorisée à travers le monde.

Pour Anita Roddick, le monde des affaires a une obligation morale vis-à-vis des déshérités, bien plus que la religion ou les gouvernements (pour le gouvernement je ne suis pas d'accord avec elle, un gouvernement par essence se doit de s'occuper des moins nantis de la société, mais nous sommes très loin de cela dans un monde où désormais seul.e.s règnent les finances, l'économie et le profit)

Cette petite chronique est un plaisir que je me fais, car j'ai toujours admiré Anita Roddick et même si ce sont des femmes du 19ème siècle (et avant) qui sont les grandes pionnières, les grandes figures des Droits de la Femme, chacune de celles qui y contribuèrent au cours des siècles suivants (20ème, 21ème siècles) ont droit au respect - du moins au mien =^-^=

Pour en savoir plus sur Anita Roddick, n'hésitez pas à lire son autobiographie BODY AND SOUL.

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07 mars 2018

LE BOURREAU DE GAUDI, de Aro Sainz de la Maza

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Titre original espagnol = El Asesino de La Pedrera

Un homme a brûlé vif, accroché à la façade de La Predrera, l’un des lieux mythiques d’Antoni Gaudi. L’enquête piétinant, la juge d’instruction exige le retour dans l’équipe des enquêteurs de Milo Malart. 
Celui-ci a été révoqué par mesure disciplinaire ; la décision de la juge ne plaît pas du tout aux supérieurs de la cellule d’enquêteurs, mais pour la juge, c’est non négociable d’autant plus que l’on attend la visite du pape à la Sagrada Familia.

Malart se débat dans des problèmes personnels graves, son neveu s’étant suicidé avec l’arme de service de Milo ; toutefois il est réintégré à condition de suivre les ordres de son supérieur (celui à qui il a fichu un coup de poing dans la pomette … ambiance !), de plus il doit se soumettre à une visite d’évaluation psychologique de manière ponctuelle et, finalement, il doit travailler avec une jeune sous-enquêtrice, tout droit sortie apparemment d’un stage aux Etats-Unis – elle a d’ailleurs une série de t-shirts qui agacent sérieusement Milo Malart – et si ce n’était que ses t-shirts qui l’agaçaient, mais l’inspecteur est un homme qui ne travaille bien que seul et cette jeune femme aura fort  à faire pour s’imposer.

Malart  travaille souvent à l’intuition, ici hélas elle ne fonctionnera pas suffisamment rapidement pour qu’un deuxième enlèvement ne se produise, avec 7 jours plus tard, le même scénario = l’homme est retrouvé accroché à l’une des croix au-dessus du parc Guell et puis, on lui a mis le feu.
Les enquêteurs tablent désormais sur un tueur en série, qu’ils surnomment « le Bourreau de Gaudi », puisqu’il signe du « G » de l’architecte visionnaire, la ville étant truffée de symboles maçonniques. Heureusement, le seul qui soit sympathique dans le service de Milo Malart est le jeune sergent Crespo, tràs féru à propos des symboles maçonniques.  Milo Malart comprend rapidement qu’il y a une taupe dans le service, il ne peut en être autrement, puisque des images du 2ème assassinat circulent sur les antennes télévisées.

Milo est sur le point d’être découragé, d’autant plus qu’il se sent responsable du suicide de son neveu – c’est cependant une piste de ce côté-là qui va pouvoir orienter son enquête avec sa binôme qui a quand même quelques difficultés à le suivre. Lorsque sera enlevée la juge d’instruction, très bonne copine de Milo, il est temps d’agir. Ils n’ont que peu de temps devant eux s’ils se basent sur le mode opérationnel du « Bourreau ».

Mon avis = polar formidable – je ne m’attendais pas du tout à cela, surtout après la déception que fut « Barcelona ». Non seulement j’ai eu le plaisir de « redécouvrir » Barcelone où j’ai passé une agréable petite semaine de vacances il y a quelques années, mais cette parenthèse personnelle ouverte et fermée, ce livre est surtout une formidable chasse à l’homme à travers tous les symboles d’Antoni Gaudi dans la ville.

Magouilles, traîtrise même au sein de la police, personnages corrompus à tous les niveaux, pressions politiques, système corrompu, expropriations pour mettre en place des constructions plus agréables aux yeux des touristes – bref, pour l’assassin Barcelone a vendu son âme au nom du profit.
Le roman tient en haleine du début à la fin, il n’y a pas de temps mort pour les policiers, donc pas pour le lecteur non plus - la chasse à l’homme est une course contre la montre de la première à la dernière page.

Quant au personnage de Milo Malart, il m’a beaucoup plu bien qu’il soit agaçant au possible = jamais à l’heure, ne répond pas aux questions qu’on lui pose, mais sa manière de ne pas supporter la hiérarchie, sa manière de suivre une idée qui finit par s’avérer bonne fonctionne, il n’est pas nouveau comme enquêteur « borderline », mais il travaille bien, aussi avec sa sous-enquêtrice qui a des tonnes de patience avec lui.

d'autres billets sur ce livre = liliba, dasola, babelio, critiqueslibres, dominique

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une partie du toit de la Pedrera - avec ses sentinelles casquées
(et où il fallut venir me chercher car sujette au vertige
je n'arrivais plus à bouger, accrochée comme je l'étais à une des cheminées)

03 mars 2018

LES CHIENS ENTERRES NE MORDENT PAS, de Gunnar Staaesen

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Une enquête de Varg Veum, privé norvégien

Lorsque Mons Vassenden poussa la porte de son bureau, le détective privé Varg Veum comprit que les ennuis allaient surgir à grande vitesse. Mons Vassenden est un joueur invétéré, qui a fichu 2 mariages en l’air, maison, appartement, il a absolument tout perdu à cause du jeu, même ses enfants ne lui parlent plus.
En plus d’une vie privée saccagée, Vassenden a des dettes auprès d’un personnage qui ne permet généralement pas un jour de retard au remboursement.
Vassenden a réuni l’argent, tant bien que mal, et souhaite que Varg Veum lui serve de garde du corps pendant le trajet de Bergen à Oslo, afin de rembourser sa dette. Bien que Veum ne fasse pas ce type de boulot, il prend le type en pitié et l’accompagne à Oslo.
Ils se rendent au bureau de Grorud Inkasso, dont le patron ne plaisante pas mais assez curieusement accepte cette demi-journée de retard sans supplément.
Au moment de quitter le bureau, Varg Veum reconnaît dans l’entrée une femme avec qui il passa une nuit torride dans les années 60, lorsqu’il était encore étudiant. Elle ne le reconnaît pas, et l’on pourrait penser que l’affaire est close.
Varg Veum entend aussi la secrétaire à l’accueil passer un appel à un certain Jansson. Tout ceci ne le concernant plus désormais, puisque l’argent a quitté les mains de Mons Vassenden pour celle de Grorud,
Veum ramène son « client » à la gare ; lui restera à Oslo afin de passer un peu de temps avec son fils Tomas.

Intrigué par le fait que la femme qu’il a reconnue est considérée comme morte par sa mère, Varg Veum commence à avoir envie d’en savoir plus, il se rend à l’Oslo Plaza afin de rencontrer le nommé Jansson.
Le problème est qu’au moment où il le demande à la réception, Jansson vient de passer par la fenêtre, projeté apparemment par le dénommé Grorud !!!
Bien sûr, quelqu’un l’accuse d’avoir demandé le numéro de chambre du mort par défenestration et il se retrouve au commissariat. C’est là aussi, à sa plus grande surprise, qu’il apprend que Mons Vassenden n’est jamais arrivé à Bergen – il a été trouvé pendu dans les toilettes du train.
Là ça ne va plus du tout pour Veum, cette histoire ne sent vraiment pas bon et il a l’intention de découvrir le pot aux roses.
Il va trouver « par hasard » une photo assez compromettante pour plusieurs personnages importants dans les années 70 et 80, des industries norvégiennes et sédoises.

Et commence une enquête où tout n’ira pas sans mal, au contraire ! Il va même devoir participer au marathon d’Oslo, afin de protéger (encore !) un homme dont il espère des informations … et qui est empoisonné sous ses yeux.
Pas terrible comme garde du corps le Varg !

Le problème des détectives privés est qu’ils sont généralement détestés par tout le monde = la police les méprise, les avocats encore plus, peut-être pas  leurs clients mais ils se font souvent trucider ; la seule aide que reçoit Varg Veum est d’un journaliste, qui, en plus d’informations, va lui faire découvrir Oslo-by-Night, pas drôle du tout, une autre journaliste lui donnera également des informations valables, mais son problème à Varg Veum, c’est que sa route est semée de cadavres et la police n’apprécie pas.

Mon avis – positif, même très positif, comme pour tous les polars mettant Varg Veum en scène. Ce privé norvégien, blasé, désenchanté, ancien assistant social viré pour avoir dénoncé la corruption, est l’un de mes détectives scandinaves préférés avec le Kurt Wallander d’Henning Mankell.
Cette enquête-ci est l’une des meilleures que j’aie lue.

Varg Veum n’a jamais peur de marcher sur les pieds de quelqu’un pour arriver à la vérité, ce n’est évidemment pas du goût des gens qu’il poursuit ou contacte pour obtenir des informations. Dans ce roman-ci il est confronté à  la finance et l’économie qui mènent désormais le monde, l’extrême-droite qui n’a jamais baissé les bras impliquée dans le meurtre d’Olof Palme assassiné en 1986. Quelques phrases désenchantées sur le modèle social-démocrate norvégien (pourri comme le suédois).
Ici, comme il est à Oslo,  il retrouve  son fils, qu’il n’a pas élevé mais on sent toute la tristesse dans ces relations souvent compliquées, même si avec le temps elles sont devenues presque affectueuses.

Comme beaucoup de privés, Varg Veum aime un peu trop l’alcool (aquavit en Norvège), se nourrit mal (après tout l’alcool vous nourrit son homme), il gagne à peine de quoi survivre et est payé quand son client pense à le payer.
Je le trouve touchant et sympathique avec son humour souvent très cynique et noir.

Le personnage n’est pas la seule chose que j’apprécie, l’écriture de Gunnar Staalesen est belle,  descriptions des lieux, observation des personnages, retours sur la situation politique norvégienne.

Bref = un homme et une série à suivre.

02 mars 2018

RICHARD THE THIRD, de Paul Murray Kendall

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Richard III d’Angleterre est le roi le plus controversé, le plus malmené de l’histoire d’Angleterre.

Paul Murray Kendall, historien américain, professeur d’anglais et d’histoire à l’université d’Ohio, était un spécialiste du moyen-âge, qui consacra plusieurs ouvrages sur le 15ème siècle, notamment à travers les figures de Louis XI de France et Richard III d’Angleterre.  Au départ, il se consacrait plutôt à la Renaissance et Shakespeare ; il obtint également un prix important décerné par l’université John Hopkins.

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Sa biographie sur Richard III fut éditée en 1955 – personnellement je découvris ce livre très intéressant au moment où je me mis à lire « The Daughter of Time » de Josephine Tey, dans les années 1980.

Vous vous direz que j’ai mis du temps à le résumer, en effet cette biographie est très touffue, ne se lit pas aussi facilement qu’un polar, et ne se lit pas d’une traite, bien que montrant une belle érudition sur ce roi et son temps.
J’ai toujours eu un « faible » pour les malmenés de l’histoire, surtout à travers les écrits de William Shakespeare,  qui on le sait était soutenu par les Tudors – aujourd’hui on dirait « sponsorisé », et il est évident que l’on écrit ce que le sponsor espère. De toute façon le "grand Will" n'était pas un historien mais un poète, il n'a jamais pris la peine de vérifier ce qu'on lui disait. Il s’inspira d’ailleurs des livres de More et Polydore Vergil, ce dernier surtout pratiquement « amoureux » de la figure d’Henry Tudor, qui deviendra Henry VII.

Richard III était-il le monstre montré par Shakespeare dans sa pièce de théâtre ? certainement pas.

Le mystère le plus total dans la vie de Richard III est la disparition de ses neveux dont il était le lord protecteur (tuteur) – les tristement célèbres jeunes Princes dans la Tour.

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Et Richard III n’a jamais hurlé non plus « mon royaume pour un cheval » à la bataille de Bosworth Field, au contraire il s’est battu avec fierté, défendant jusqu’au bout le dynastie légitime des Plantagenet.

Richard naquit à Fotheringhay en octobre 1452, il était le plus jeune d’une fratrie de 12 enfants dont 7 survécurent – sa mère était la célèbre « Rose de Raby » Cicely Neville et son père était Richard Plantagenet, duc d’York (j’ai toujours un peu de difficultés avec tous ces noms semblables, c’est comme pour les Charles, Philippe et Louis en France).
Il était de santé précaire, au point que chaque année ses parents recevaient un rapport sur leurs enfants restés au château, disant « Richard a survécu cette année encore ».

Richard III ne fut jamais bossu, ni contre-fait comme le prétendait Shakespeare ; grâce à sa force de caractère il accompagnait son frère le roi à la poursuite de leur ennemie, la « she-wolf from France » comme les Anglais aimaient à appeler leurs reines consorts nées en France.
Elles furent plusieurs à avoir droit à cette appellation = Isabelle de Valois, Eléonore de Provence, Marguerite d’Anjou entre autres.

Richard était toujours d’aspect fragile, mais il n’était plus l’enfant maladif qu’il était tout enfant ; face aux autres garçons, il était plus petit, paraissait moins bien formé, mais se fit fort de prouver qu’il était capable comme n’importe qui de manier épée, hâche de guerre et autres armements, qui firent qu’il développa une épaule droite un peu plus forte que la gauche et provoqua probablement  sa scoliose ; il montait particulièrement bien à cheval.

C’est à l’âge de 7 ans que Richard découvrit à quel point le monde dans lequel il vécut était dangereux, l’ami d’un jour pouvant à tout instant devenir le traître et l’ennemi de demain, il en fera la triste expérience devenu roi.
La maison d’York souhaitait mettre sur le trône un roi légitime, Henry VI, le fils de Catherine de Valois et Henry V ayant apparemment hérité de la faiblesse d’esprit de son grand-père.
L’époque était très troublée, les Lancastre et les York se disputant la couronne ; les nobles se battaient entre eux, le chaos régnait dans l’indifférence d’un roi (Henri VI) sans autorité et commençant à montrer des signes de la folie qui le frappera plus tard. Henry VI préférait prier que s’occuper de son royaume.

Je ne vais pas vous infliger l'intégralité  de mon adaptation personnelle en français (l'essai a d'ailleurs été traduit) de la lecture de cette passionnante page d'histoire, fort riche en rebondissements compte tenu des allégeances qui changeaient selon ceux qui étaient prêts à payer le prix.
Toutefois, je vais poursuivre encore en quelques paragraphes ma défense - et surtout celle de Murray Kendall - concernant ce roi d'Angleterre qui fut un monarque juste, qui promulgua de bonnes lois favorables à ses sujets.

Dans les appendices de ce document fort complet, donc à lire lentement pour tout bien comprendre dans ces luttes pour le pouvoir, le « fameux » Polydore Vergil (qui inspira Shakespeare) et qui vénérait littéralement Henry Tudor, Vergil donc explique dans l’un de ses écrits aux louanges du roi, que celui-ci avait avoué que le lieutenant Tyrrell, à sa solde, aurait avoué avoir assassiné les petits princes, afin que ceux-ci ne viennent pas réclamer la couronne d’Angleterre qui leur revenait. 
Tous les historiens des Tudors à l’époque accréditèrent les versions de More et Vergil afin de confirmer la dynastie Tudor.
Aucune preuve de la culpabilité de Richard III dans ce crime existe, par contre Henry Stafford, duc de Buckingham, qui fut l’un des probables assassins, n’hésita pas à raconter que Richard III était au courant et ne s’y opposa jamais.

Une chose – pour moi – est certaine = les Tudors ont eu la main dans la mort des jeunes princes, seuls capables de remettre en cause le pouvoir d’Henry VII.
Actuellement d’ailleurs les historiens semblent accréditer cette thèse et réhabiliter Richard III qui instaura d’importantes et justes lois au cours de son court règne.
On reconnaît enfin que Richard III fut un roi fortement calomnié, qui ne fut jamais bossu, mais qui souffrait de scoliose (ce que prouva son squelette retrouvé il y a quelque temps), qui ne noya pas son frère le duc de Clarence, qui n’empoisonna pas sa reine et ne voulut pas épouser sa nièce (désolée Philippa Gregory).

Son visage n’est pas celui, comme l’a dit Shakespeare, d’un monstre sournois, manipulateur, mauvais.

A propos d'Henry Tudor, devenu Henry VII -
Margaret Beaufort – que certains considèrent comme une sainte – était fort bigote et était convaincue avoir reçu de Jeanne d’Arc la certitude que son fils Henry était le futur roi d’Angleterre.
Edmund Tudor était le fils d’Owain ap Maredudd ap Tudur, né de la relation amoureuse entre son père et Catherine de Valois, la jeune veuve d’Henry V, venant d’accoucher du petit Henry VI nouveau roi d’Angleterre ; le duc de Bedford s’était proclamé régent et écarta Catherine des affaires de l’Angleterre, ce qui convenait à la jeune reine peu intéressée par la politique et l’enfant-roi.
Owen Tudor (prononçons à l’anglaise), descendant d’une  importante famille galloise, avait été mis au service de Catherine qui tomba amoureuse – deux fils naquirent = Edmund et Jasper.

Le mariage de Catherine et Owen eut lieu à une date non connue ; les demi-frères du jeune roi furent accueillis par ce dernier et reçurent des titres et duchés ; cela n’enlève en rien le fait que ces Tudors étaient des bâtards et c’est évident que Margaret Beaufort et son fils firent tout pour annuler ce fait.
Owen Tudor, à la mort de Catherine de Valois, ne profita pas du statut protégeant les époux de reines douairières remariées. De plus, il avait rejoint son fils Jasper au pays de Galles, ledit Jasper s’étant allié à la maison des Lancastre vaincue par la maison d’York. La « guerre des cousins », le nom officiel pour les historiens de la « guerre des deux roses » venait de commencer. Owen Tudor fut jugé et condamné pour trahison.

Ceux qui acclamèrent la mort de Richard III, eurent l’occasion de le regretter = le règne d’Henry Tudor, devenu Henry VII, fut un règne dur, sous la poigne d’un roi avare ; des procès et condamnation se succédèrent et jalonnèrent le début de son règne. Les biens des condamnés rejoignirent les caisses de la couronne.
Henry VII n’était pas vraiment capable de gouverner, il n’avait appris qu’à se battre, encouragé par sa mère ; il ne connaissait que les champs de bataille. Il gouverna d’une poigne de fer pour rester roi d’Angleterre, position – il le savait – qui ne lui revenait pas de droit, qu’il le veuille ou non, malgré les encouragements de sa mère.
Henry VII était un usurpateur.
Il était très dévoué à Margaret Beaufort – par contre il était froid et distant avec son épouse Elizabeth,, une certaine jalousie se mêlant à ces sentiments car Elizabeth était très aimée de ses sujets.
Pour Henry VII, Margaret Beaufort était le seule vraie reine ; celle-ci le fit d’ailleurs bien comprendre à sa bru qu’elle gardait en sa sujétion.
Par contre, la manière dont Henry VII s’occupa des finances du royaume était si formidable qu’il put léguer à son fils Henry VIII une caisse très riche que son héritier dilapida rapidement. Il hérita aussi du caractère de despote de son père.

Pour lire une biographie romancée de Richard et Anne, je vous propose le livre de Sharon Kay Penman = Sunne in Splendour en plus de l'enquête menée par l'inspecteur Alan Grant dans the Daughter of Time de Josephine Tey. 
Deux livres lus il y a fort longtemps, que j'ai très envie de relire à présent que j'ai terminé le livre de PAUL MURRAY KENDALL.
A propos du livre de Kendall (historien américain), un historien britannique n'a pas pu s'empêcher d'ironiser à propos des écrits de son collègue américain qu'ils étaient vraiment trop gentils !!! (élégants les érudits =^-^=)

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24 février 2018

LE MUSEE DU COSTUME & DE LA DENTELLE CHANGE DE NOM

title <= c'est fini

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Petite chronique adaptée de la présentation du musée.

Depuis octobre 2017, à l’occasion de ses 40 années d’existence,  il se nomme le musée  MODE & DENTELLE, ce qui est nettement plus adapté (je trouve =^-^=), avec ce nouveau nom le musée veut renforcer le dialogue entre MODE et HISTOIRE.

A l’origine, en 1977, la ville de Bruxelles décida d’avoir un lieu où préserver les magnifiques dentelles et les présenter au public dans leur contexte.
Entretemps, les collections ont pris de l’ampleur, grâce aux dons de vêtements de particuliers.
Finalement, cette collection offrait un vaste panorama de la mode en occident (du 18ème siècle à nos jours.

Les collections du musée, non seulement sont constituées des dons privés, mais aussi d’achats divers et répondent aux normes strictes de conservation des tissus = lumières, taux d’humidité des salles d’exposition ; les collections, pour ces raisons, ne peuvent être exposées de manière permanente.

Désormais, le musée a décidé de se tourner également vers la mode contemporaine ; les collections vont aussi s’agrandir de pièces de la mode belge et bruxelloise.

(bientôt ma petite chronique sur l'exposition en cours => 

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23 février 2018

ELVIRE JOUVET 40, de Brigitte Jaques-Wageman

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Au théâtre des Riches-Claires

Mise en scène de Christian Baggen, assisté de Françoise Osteaux & Soazig De Staercke 

Cette pièce de Brigitte Jaques a été écrite d’après les sténographies que Louis Jouvet, professeur au conservatoire de Paris faisait prendre de ses cours – ces sténographies ont été publiées sous le titre Molière & la comédie classique, un livre encore édité de nos jours.

Le sujet - En 1940, Claudia doit déclamer la scène où Elvire prévient Dom Juan qu’un danger le menace, que désormais elle n’a plus de colère pour lui, que le ciel lui donne une nouvelle chance de repentir afin de sauver son âme.  Dom Juan/Octave ne bouge pas alors que Sganarelle/Léon, loin des pitreries du rôle, s’émeut devant la jeune femme.

Claudia est régulièrement interrompue par son professeur qui lui indique les erreurs qu’elle commet. Claudia doit mieux travailler sa voix, sa gestuelle.
Ainsi en sera-t-il tout au long des leçons de la jeune femme, initiée comme le spectateur à un personnage du répertoire théâtral.

Lorsque la pièce se termine, nous sommes en septembre 1940 et Louis Jouvet part pour un très long exil, les nazis ayant envahi la France. Quant à Claudia, étant juive, elle n’aura pas le droit de  faire du théâtre.

Mon avis – Totalement enthousiaste. Je suis encore  sous le charme de cette formidable leçon de théâtre, sur l’exigence d’un rôle. Il y a tout dans cette pièce = l’art du comédien, l’art dramatique, l’art du professeur.
Il y a avait longtemps que je n'avais plus été aussi émue, plus autant vibré au théâtre. 
Un pur plaisir théâtral.

Les comédiens = Christian Crahay est le professeur, tantôt magnanime, tantôt ironique, toujours exigent.
Anabel Lopez est une émouvante Claudia/Elvire, parfois en colère intériorisée car elle ne « saisit » pas son personnage, parfois elle est convaincue qu’enfin elle l’a compris.
Sacha Fritschké est Léon/Sganarelle et Barnabé Couvrant Dom Juan/Léon.

Brigitte Jaques-Wajeman obtint le prix Arletty en 1989 pour cette pièce.

Chaudement recommandé si vous passez par Bruxelles.

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20 février 2018

THE SHAPE OF WATER, de Guillermo del Toro

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Titre français = la Forme de l’Eau

Scénario de Guillermo del Toro & Vanessa Taylor, sur une idée de Guillermo del Toro

Eliza, muette, est l’une des préposées à l’entretien dans un laboratoire dans un ville perdue ; l’époque est celle de la guerre froide. 
Lorsqu’arrive au laboratoire un humanoïde, enlevé par l’armée US à sa forêt amazonienne, Eliza réalise que l’être est torturé dans le labo, surtout pat le colonel Strickland, un véritable sadique qui a bien l’intention de disséquer ce qu’il considère comme un animal. Attirée par cet être étrange, qu’elle ne craint pas, Eliza décide de le sauver.
Elle recevra l’aide de son voisin, un dessinateur sans travail, mais aussi de sa collègue Zelda ainsi que d’un agent de Moscou, infiltré dans le labo.

Je ne peux que recommander chaudement ce conte de fée moderne, aux images fort belles, avec une histoire pleine de poésie et de tendresse, mais aussi de suspense comme peut en concocter Guillermo del Toro.

L’ « humanoïde » est présenté comme un monstre, mais le seul véritable monstre est ce colonel de l’armée US, qui veut de l’avancement et qui n’a de respect pour rien, ni personne, frustré à tous les niveaux – professionnel, personnel, sexuel. Il est fort bien interprété par Michael Shannon.
La gentille Eliza, muette, pas sotte, pleine de ressources et surtout amoureuse, est jouée avec son habituel talent par Sally Hawkins. Sa collègue-copine est jouée par Octavia Spencer et c’est Richard Jenkins qui interprète avec sensibilité le vieux voisin, artiste-dessinateur et homosexuel rejeté par la société lui aussi. Michael Stuhlgarb est le professeur de labo qui n’est pas d’accord avec le colonel et qui décide d’aider Eliza.

Le costume de Doug Jones n’a pas dû être agréable à porter, mais il est un magnifique être hybride.
Son maquillage est une réelle performance aussi, ce qui n’est pas une surprise lorsqu’on connaît les films de Guillermo del Toro (HellBoy 1 & 2 – et surtout le Labyrinthe de Pan).
Del Toro dit s’être inspiré du film « Creature of the Black Lagoon » pour la création de l’humanoïde

J’ai bien aimé également la restitution des années 1960, avec le ménage du colonel, véritable caricature de l’American Way of Life, l’épouse blonde, avec son joli tablier sur une robe fleurie, les enfants « sages comme des images » -

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17 février 2018

LES MOUSQUETAIRES DE BERTHE MORISOT

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Billet inspiré par le chapitre « LE CERCLE DES GENIES » dans l’excellente biographie de Berthe Morisot par Dominique Bona

Le saviez-vous ?
Tout comme  les  3 mousquetaires d’Alexandre Dumas père étaient 4, les mousquetaires de Berthe Morisot furent aussi 3 + 1 =  3 peintres de génie plus 1 écrivain.
Auguste Renoir, le joyeux, le pacifique, Claude Monet, roi de la Nature et des paysages jusqu’à l’obsession.
Le 3ème mousquetaire est le grognon et soupe au lait Edgar de Gas (oui avec particule, qu’il modifiera pour le populariser en Degas), qui célibataire a une réputation qu’il ne mérite pas,  de misanthrope et misogyne, il est aussi le plus fidèle, le plus assidu du ménage Manet-Morisot.

Le 4ème mousquetaire n’est pas peintre mais poète, le poète du « Cercle des Génies », hélas méconnu – il est professeur d’anglais au lycée Fontanes pour gagner sa vie – il est ébloui par l’art, il est l’un des rares qui considère et l’écrit -  qu’Edouard Manet est un génie de la peinture, totalement méconnu.  
Alors qu’Emile Zola prend ses distances avec le groupe des Impressionnistes, Mallarmé prend encore et toujours la défense d’un peintre que poursuivent critiques virulentes et quolibets d’une vulgaire et rare mesquinerie.
C’est un homme élégant, raffiné. Son nom = Stéphane Mallarmé.

Pour Renoir, Monet, Degas, Mallarmé, Berthe est « Madame » lorsqu’ils s’adressent à elle, leur égale, jamais Berthe.
Lorsqu’ils sont reçus dans le cercle de famille, ils disent « Madame Manet ». Et lorsqu’ils l’évoquent entre eux ils parlent de « Berthe Morisot ».
Elle les appellera toujours « Monsieur ».

Jusqu’à la mort de Berthe Morisot, ils resteront les amis les plus proches, les plus fervents de la jeune femme peintre. Elle les soutiendra toujours car elle a aussi l’amitié fidèle.
Lorsque meurt Eugène Manet, ce sont eux qui les soutiendront Julie et elle.

Une belle et rare amitié, comme on en rencontre peu dans le monde artistique.

THE CASE OF WILLIAM SMITH, de Patricia Wentworth

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Titre français = L’Affaire William Smith

13ème enquête de Miss Maud Silver

En 1944 William Smith, blessé en 1942, pense que ses jours vont se terminer dans ce camp de concentration où les nazis le transférèrent après guérison. Mais si son corps a guéri, sa mémoire malheureusement a disparu depuis 1942 – il ne se souvient de rien de sa vie d’avant.
Dans le camp il a noué une amitié avec le sympathique Ernie, qui lui a appris à sculpter des petits animaux.
Ernie hélas n’a pas survécu, mais  il a donné à William Smith l’adresse de son grand-père, fabricant de jouets, William s’y est présenté, a été accueilli à bras ouverts par le vieux monsieur qui l’emploie.
Il faut dire que les petits animaux pleins d’originalité, inventés par William Smith, font fureur et le petit magasin  prospère ;

William aimerait pourtant savoir qui il était avant la guerre, malheureusement lorsqu’il s’est présenté à l’adresse du vrai William Smith, on lui a ri au nez car non seulement il ne ressemble pas du tout à ce dernier, probablement mort à la guerre, mais de plus son bel accent anglais fait rigoler tous les Cockneys amis du vrai Smith. William se résigne donc à rester « Smith », c’est surtout le patronyme qui le dérange car  le prénom de « William » lui convient bien. Aurait-il été le sien avant la guerre ?
Après que le propriétaire du magasin de jouets ait été victime d’un accident de la circulation (il dit avoir été poussé), William est gérant du magasin et lorsque la jolie Katharine se présente pour le poste d’assistante, elle est engagée sur le champ.
Un vrai coup de foudre pour William. Il y a du mariage dans l’air, et pas que dans l’air.

Entretemps, William s’est rendu aux Ets Eversleigh afin de leur proposer une association pour la fabrication en série de ses  jouets mais cela a été refusé.
Ce qu'il ignore c’est que quelqu’un l’a reconnu et à partir de là, sa vie sera en péril.
Pour preuve = Frank Abbott qui passait par là, par hasard,  lui a sauvé la vie au cours d’une attaque en rue le soir.
Le hasard faisant bien les choses, Abbott conseille de s’adresser à sa vieille amie Miss Silver qui va rapidement dérouler le fil de l’enquête et sauver la vie de William et Katharine.

Mon avis = vraiment très positif. Il y avait longtemps que je n’avais plus lu un polar de  Patricia Wentworth, celui-ci m’a tenue en haleine du début à la fin, il est jalonné de quelques bons rebondissements.
Ce thriller a aussi la particularité d’être court, j’ai donc pu le lire en une soirée et une journée, j’étais impatiente de découvrir si j’avais eu raison concernant la personne que je suspectais.
Je ne m’étais pas trompée, mais en partie seulement car une autre personne suspecte était aussi coupable.

Miss Silver demande aussi l’aide, en dehors de son « cher Frank » (Abbott) de l’inspecteur Lamb qui n’est pas très emballé – il faut dire que malgré les bons résultats de la vieille dame, elle l’énerve un peu avec ses citations des grands poètes comme Milton ou Tennyson.
Je n’ai pas apprécié que l’enquête, mais aussi la manière dont Patricia Wentworh décrit les lieux, les personnages, dans un bel anglais, sans phrases pompeuses mais bien écrites. Les chapitres sont courts et tiennent bien en haleine.
Je dois aussi dire que je suis impressionnée par l’amnésie, perdre la mémoire me paraît la pire des choses, j’avais donc envie de savoir si et comment William Smith allait découvrir qui il était avant la guerre.

15 février 2018

AUX BONS SOINS DE LENINE, d'Olivier Démoulin

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De Bordeaux à Bangkok – et retour !
Les vies de cinq étudiants réunis par l’Alliance franco-thaïlandaise, afin d’étudier les possibilités économiques et/ou vinicoles des deux pays. 

Julien le violent, le tourmenté, Li Lou traumatisée par sa naissance et un viol, Margaux la sage, la raisonnable, Park Ilitch le fils d’un père communiste, admirateur de Lénine ergo le 2ème prénom du fils, et enfin Tom, fils de banquier.
Les voilà réunis pendant près d’une année, avec pour les garçons plus d’intérêt dans les prostituées et l’alcool que les études.
Pour les filles = Margaux la sage est là pour étudier, donc elle étudie et Li Lou est fascinée par les tueurs en série, comme Julien d’ailleurs.  
Julien, il faut toujours le retenir de ne pas cogner, tant de violence l’habite ; Park Ilitch lui ne pense qu’à son tout grand premier amour, Achara rencontrée à Paris.
Sinon, rien ne les lie  vraiment et pourtant ils forment l’une de ces amitiés improbables qui, certains d’entre eux l’espèrent,  perdurera.

Onze ans plus tard, Park Ilitch est devenu professeur dans l’université où ils étudièrent ; Li Lou et Tom se sont mariés parce qu’un bébé était en route ; la jeune femme déchante depuis longtemps, ce mariage non voulu, cette relation qui se délite, et toujours cette fascination pour les tueurs en série.
Julien vivote dans le sud-ouest de la France, du CDI en interim, il ne se fixe pas. Il a coupé les ponts avec ses parents adoptifs – surnommés « mes parents d’occasion ». Et Margaux est aussi mariée et mère de deux filles.
Lorsque Tom et Li Lou divorcent, ainsi que Margaux et son mari bordelais, les liens se renouent – à distance avec Li Lou, plus proches avec Julien que Margaux va aider à résoudre cette naissance qui le hante.

C’est Park Ilitch qui leur réserve la plus grande surprise !

Alors là je peux vous le garantir, comme surprise c’est en est une, pour ses amis mais aussi et surtout pour les lecteurs.
Alors que souvent en cours de lecture je me suis demandé si j’allais poursuivre car je trouvais que cela se traînait = trop de détails sur les beuveries de leur vie estudiantine, et je ne me sentais absolument pas concernée par eux, ils me déplaisaient vraiment tous ; trop de tergiversations dans la vie de Li Lou et Julien.
Puis, voilà que pratiquement au dernier chapitre, un rebondissement formidable vous envoie un punch dans l’estomac !

C’est le première fois que j’envisage de ne pas terminer la lecture d’un roman d’Olivier Démoulin, un auteur que j’apprécie particulièrement, dont ce roman est le 5ème que j’aborde. Au début de ma lecture, je n’étais pas trop d’accord avec le terme « thriller psychologique », mais  roman psychologique, ça certainement car chaque personnage a une personnalité bien à lui, qu'il  traîne comme un poids.
Cela se débloque vers la moitié du roman, et cela se termine effectivement en thriller haletant.