mon bonheur est dans la ville

18 février 2017

A GHOST IN THE MACHINE, de Caroline Graham

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7ème enquête de l’inspecteur en chef Tom Barnaby et son sergent Daniel Troy

Titre français = Machines Infernales

Dans la petite ville de Forbes Abbott, tout le monde se côtoie, se croise, s’entrecroise.
Dennis Brinkley et son bureau de courtiers gère les comptes d’une partie de la communauté depuis son bureau de Causton. Il est un ami précieux pour Benny (Berenice) Fraye, dame de compagnie de Carey Lawson. Celle-ci vient de mourir et ses héritiers sont heureux de venir s’installer là car les Lawson ont décidé de créer leur maison d’éditions – une place est réservée à la dévouée Benny et à Brinkley.
Celui-ci  nourrit  une véritable passion pour tout ce qui touche aux armes et guerres de la période médiévale, il a même créer un petit musée d’objets de tortures et guerres, qui fait peur à tous et écrit un roman sous un pseudonyme, roman qui, il l'espère, sera accepté par la nouvelle maison d'éditions.
C’est dans son musée que l’on découvrira son cadavre – il a été tué par l’une des machines de guerre, il est évident qu’il s’agit d’un meurtre, car les enquêteurs découvrent que la machine à boulets de canon a été trafiquée.
En fait, en cachette, Dennis Brinkley avait décide de jouer au détective amateur, un voisin de ses bureaux de Causton lui ayant signalé des lumières attestant d’une présence dans les bureaux bien après les heures de fermeture.

Tom Barnaby a décidé de prendre sa retraite, il est à 6 mois de celle-ci et plutôt nerveux.
Ses relations avec son sergent ne sont pas très bonnes non plus, Barnaby est cassant, autoritaire et Troy est du style à hausser les épaules devant l’autorité.
Malgré cela leur équipe fonctionne normalement dirons-nous, comme supérieur et subalterne. Ils ont peu d’indices pour le meurtre de Brinkley et encore moins pour le meurtre d’une medium, Ava Garrett, qui n’hésitait pas à dire qu’elle avait « vu » l’assassin dans une vision.

J’ai des sentiments mitigés à propos de ce roman policier, le dernier écrit par Caroline Graham et qui a mené à la célèbre série télévisée « Midsomer Murders ».
En fait, l’enquête policière ne débute que très loin dans le roman, avant cela il y a une longue, et parfois fastidieuse, mise en place des protagonistes.
Ah ! ces villages anglais où tout ne semble que plaisir de vivre, vergers, cottages, petits jardins fleuris….

Le livre est une excellente étude de caractères d’une petite communauté provinciale, mais est surtout cela – la procédure policière passe au second plan au milieu de tous les problèmes familiaux, financiers  ou de couples des personnages.
Il en est très peu de sympathiques, surtout pas la fille des Lawson, une petite prétentieuse manipulatrice, menteuse et profondément malhonnête. Sans dévoiler qui était coupable, j’aurais  aimé que ce soit elle car elle est vraiment une jeune femme détestable.

L’enquête est nettement moins importante que les caractères des personnages, leurs déboires financiers et/ou sentimentaux, ou les deux,  et leurs vies, pathétiques ou intéressantes selon leur force de caractère.
Le talent de la romancière fait en sorte que l’on n’éprouve que peu de sympathie pour eux, et j’ai toujours un peu de difficultés à apprécier un roman dont les personnages sont aussi déplaisants.
Toutefois, c’est à lire même si cela m’a paru un peu trop long, justement pour cette étude de caractères, plus finalement que pour la procédure d’enquête.
L’auteure est particulièrement douée pour décrire tous les défauts et rares qualités des protagonistes.

Ce thriller sera le dernier écrit par Caroline Graham, qui sera néanmoins conseillère sur les plateaux de la série télévisée, du moins au début – 6 de ses romans ont été adapté au début de la série, ensuite celle-ci fera appel à des scénaristes de télévision.

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16 février 2017

KNIGHTS OF THE ROUND TABLE, de Richard Thorpe

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Titre français = Les Chevaliers de la Table Ronde

Scénario = T. Jennings, Jan Lustig & N. Lamgley, d’après « le Morte d’Arthur » de Thomas Malory

Version 1953

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire, je résume =
Le pays d’Angleterre est plongé en pleine anarchie, tous les petits ducs s’affrontent dans des guerres sans merci. Arrivent ceux qui vont sauver l’Angleterre du chaos = Arthur Pendragon et Merlin, venant à la rencontre de Morgan LeFay et son champion, Mordred. Morgan exige la couronne, considérant qu’elle est la légitime reine du pays. Merlin lui rive son clou en clamant que l’héritier légitime est Arthur Pendragon. Pour Arthur, la rencontre est familiale, après tout elle est sa demi-sœur – il est évident que le jeune homme n’a jamais entendu parler des familles dysfonctionnelles.
Et ça se chicane comme ça pendant de longues minutes pour qui est le véritable héritier, pour Morgan et Mordred Arthur est le fils illégitime « né dans la honte du péché de chair » ! (yena qui ont de ces expressions !).

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Vous connaissez la suite = Arthur retire l’épée de l’enclume, alors que personne d’autre n’y arrive, il est donc le vrai roi, celui que toute l’Angleterre attend pour mettre de l’ordre, créer la chevalerie et la table ronde;
Le chevalier français Lancelot et ses hommes désirent se mettre au service d’Arthur, se battent avec les hommes de Mordred, bref ! le chevalier réalise que la fiancée du roi a été enlevée, il la sauve, la rend à son futur et tout le monde vit heureux.
Percival amène sa sœur Elaine pour devenir dame d’honneur de Guinevere.

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Pendant ce temps, Mordred et Morgan sont aux frontières d’Ecosse, d’où ils fomentent leurs sombres complots.
Lancelot, bien que marié à la jeune Elaine, tombe amoureux de Guinevere, finalement les deux sont accusés d’adultère par Mordred, Arthur est très fâché, mais se contente de bannir Lancelot et de mettre Guinevere au couvent.
A présent la guerre civile fait rage, Mordred a rallié les chevaliers contre Arthur qui est mortellement blessé ; Lancelot brise son exil pour être à ses côtés, mais c’est trop tard ; le roi a tout juste le temps de dire qu’il pardonne à tous, y compris Guinevere.

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Pour que Lancelot arrête de pleurer, Percival son beau-frère lui confirme que Galahad, le fils de Lancelot et Elaine sera celui qui trouvera le graal.

Au cas où je vous paraîtrais monomaniaque dans mes goûts cinématographiques et littéraires, concernant ces légendes arthuriennes, la faute en incombe à John Steinbeck et son adaptation des écrits de Thomas Malory.
Cela m’a rappelé toutes les versions cinématographiques que j'avais appréciées dans ma jeunesse et que je me suis amusée à revoir. Et comme un très mauvais rhume m’a clouée chez moi pendant une semaine, je me suis divertie à ma manière.

Le conteur de l’histoire est Valentine Dyall (un acteur masculin, malgré le prénom, qui était connu pour sa voix profonde, caractéristique, qui en fit un comédien de radio, populaire à la BBC).

Le jeu de ces comédiens très à la mode dans les années 1950 est bon, mais ici aussi j’ai pratiquement souri tout au long du film, à cause des dialogues pompeux, mais surtout et avant tout parce que absolument tous les protagonistes sont réellement trop vieux pour leur rôle.
Sauf Felix Aylmer dans le rôle de Merlin, qui est vieux et sage (je me demande toujours pourquoi on associe "vieillesse" et "sagesse" - cela ne va pas nécessairement ensemble =^-^=).

Il est évident que le metteur en scène Richard Thorpe a voulu utiliser les grands talents de ces vedettes célèbres, mais sincèrement il s’est trompé – l’âge est important dans le début des légendes arthuriennes et ici, on a l’impression qu’ils ont déjà tout vécu.
Ce même réalisateur avait déjà mis Robert Taylor en scène dans un film d'époque "Ivanhoe".

La distribution est bien sûr formidable, même si trop âgée = Mel Ferrer – Arthur, la somptueuse Ava Gardner – Guinevere (une Guinevere brune au lieu de la blondeur habituelle), Robert Taylor – Lancelot, Stanley Baker – Mordred.
Morgan LeFay par contre est jouée par l’actrice anglaise Anne Crawford, elle est parfaitement froide et calculatrice, et elle est blonde comme Guinevere est brune.
Je me demande s’il s’agit d’une décision affirmée du réalisateur = généralement le contraste est affirmé par la brune (et sombre) Morgan et par la blonde (et éthérée) Guinevere.
Comme cité ci-dessus, Felix Aylmer est Merlin, Maureen Swanson la délicate Elaine, et dans la distribution on retrouve des comédiens anglais et américains.
En tout cas, bien que chevalier français, ici au moins Robert Taylor n'adopte pas un accent français, mais son accent américain est à couper au couteau, pardon à l'épée !

Costumes et décors par contre n’ont pas le côté « bon marché » que ceux du film de Cornel Wilde que j’ai eu le plaisir de mettre en ligne hier.

Ce qui m’a surtout fait rire ce sont les coiffures masculines = il faut voir Mel Ferrer, interprétant Arthur, avec une perruque mi-longue et barbe blondes ; je ne sais pas si l’acteur s’est vu dans un miroir dans ce rôle, mais sincèrement je le plains d’avoir été à ce point enlaidi.
Alors qu’on a laissé Robert Taylor/Lancelot avec sa coiffure habituelle, cheveux courts et seyants.

Ceci dit, même si je suis ironique, voire sarcastique, n’hésitez pas à regarder ces séries B, fort plaisantes, qui font incontestablement partie de l’histoire du cinéma, dans la catégorie « films d’époque ».

Le film fut nominé aux oscars dans la catégorie décors et mise en scène, ainsi qu’au festival de Cannes dans la catégorie « meilleur film étranger » !!! 
Quelqu’un eut l’idée d’affirmer que si quelqu’un méritait l’oscar du meilleur acteur, ce serait le cheval de Robert Taylor qui non seulement est racé mais sort son cavalier de situations difficiles à maintes reprises.

Néanmoins, je vous le confirme une fois encore = si vous désirez une excellente adaptation des légendes arthuriennes, regardez "Excalibur" de John Boorman. Cela reste, pour moi, la meilleure adaptation de Malory au cinéma.

Afin de vous prouver qu'on ne faisait pas que se battre à mort mais que l'on pouvait aussi s'amuser à la cour d'Arthur, voici une petite capsule trouvée sur youtube =

 

15 février 2017

SWORD OF LANCELOT, de Cornel Wilde

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Titre anglais alternatif = LANCELOT AND GUINEVERE

Titre français = Lancelot et la reine

Scenario de Richard Scheyer & Jefferson Pascal (pseudonyme de Cornel Wilde) – très librement adapté de Thomas Malory « Le Morte d’Arthur »

Dans ce film de 1963, réalisé 10 années après « Knights of the Round Table » de Richard Thorpe,  qui remporta un énorme succès, l’acteur Cornel Wilde non seulement est réalisateur et scénariste, mais qui plus est interprète Lancelot, le « meilleur des chevaliers » de la cour d’Arthur.
Comme il est le fils d’un roi d’Armorique (Ban de Benoic), il est français – du coup l’acteur (américain, bien que le film soit réalisé et produit en Angleterre), a éprouvé le besoin de prendre un accent français en parlant anglais – c’est du plus haut comique.
Par contre, dans les duels à l’épée, c’est aussi Cornel Wilde qui s’y colle car il pratiquait l’escrime comme sport.

L’histoire (bien que vous la connaissiez dans les grandes lignes) - Provoqué en tant que roi d’Angleterre par le roi Leodegrance de Carmelide, à qui il a demandé la main de sa fille Guinevere, Arthur envoie Lancelot en qualité de « champion », afin de défendre les couleurs de Camelot et de ramener la belle afin qu’elle devienne sa reine.
A votre avis qui gagnera le tournoi/duel jusqu’à la mort ? évidemment ! sinon il n’y aurait pas de suite à l’histoire.
Lorsque le tournoi est remporté par Lancelot et que Leodegrance donne son accord au mariage, un guet-apens est organisé pour tuer la future reine, dont nos héros réchappent (forcément, on est au début d’un film de 2 h, cela ne doit pas se terminer au bout d’un quart d’heure).
Guinevere épouse Arthur puisqu’il le faut mais c’est Lancelot qu’elle aime. Inutile de dire que durant la scène du mariage, elle a tout sauf l’air heureuse. Elle n’arrête pas de dire à Lancelot « pitié, sauvez-moi ! » - un mariage qui début sous d’heureux auspices, d’autant plus que Lancelot ne rigole pas des masses non plus.

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Comme Lancelot est fort jalousé pour être le préféré d’Arthur, Mordred qui est déjà à la cour de son père, n’hésite pas attisé cette rancœur auprès des autres chevaliers, en épiant la reine et le chevalier.
Guinevere a vraiment des difficultés à cacher ses sentiments et montre un triste visage pendant presque tout le film. Sauf quand Lancelot lui apprend le latin (c’est là que moi j’aurais eu un triste visage).

Il ne faudrait pas non plus oublier les barbares, qui sont aux portes du palais. Ils détruisent comme d’habitude tout sur leur passage = habitants, villages, tous y passent. Rassurez-vous tout s’arrange, les tactiques guerrières des chevaliers font des miracles.
Seulement, à la suite des différentes annonces concernant les batailles, Guenevere n’arrive plus à cacher ce qu’elle ressent, Arthur commence à avoir des doutes.
Finalement, c’est Guenevere qui se jette au cou de Lancelot qui a quand même quelques scrupules car séduire une reine est passible de mort. Mais ce que femme veut … quel dilemme (on va dire ça comme ça, mais ne soyons pas dupes).
Trahis et surpris, les amants doivent affronter leur destin = le bûcher pour Guenevere  comme toutes les reines adultères. Lancelot est en fuite et Arthur est effondré ! Même Merlin ne peut l’aider.

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Guenevere est inconsciente, mais la cavalerie menée par Lancelot arrive. Quant à Mordred il a levé une armée. Bref, le monde sans guerre comme le voulait Arthur s’est envolé en fumée.
Quant aux amoureux en fuite, réfugiés dans un couvent, ils se disputent sans arrêt.

Guenevere est interprétée par l’actrice américaine Jean Wallace, très blonde,  belle et surtout mariée à l’acteur principal/réalisateur (toujours Cornel Wilde).
D’après les cancans de l’époque, l’ambiance dans le couple n’était pas au beau fixe non plus, comme Lancelot & Guenevere en fuite.

Parmi les acteurs interprétant les chevaliers de la table ronde, on trouve quelques acteurs britanniques, dont notamment George Baxter dans le rôle de Gawain (cet acteur deviendra célèbre à la télévision grâce à son interprétation de l’inspecteur en chef Reg Wexford d’après les romans de Ruth Rendell).
Sinon je ne connais guère les autres acteurs, sauf peut-être Adrienne Corri qui joue le rôle de lady Viviane (elle interpréta l’épouse au destin dramatique dans « Clockwork Orange ») et Brian Aherne, acteur américain interprétant Arthur, qu’il avait déjà interprété  dans « Prince Valiant »
Ainsi que Archie Duncan/Lamorak (cet acteur interprétait l’inspecteur Lestrade dans une des séries télévisées consacrées à Sherlock Holmes).

Quelques scènes de batailles dites médiévales, avec la hache, l’épée, les flèches et autres petites plaisanteries.
Alors qu’Arthur pensait qu’il s’agirait d’un défi de chevalerie, sous la forme d’un tournoi, Leodegrance exige une vraie bataille. Les armes sont impressionnantes dans cette bataille.

Les scènes d’extérieur ne sont pas mal du tout, les décors intérieurs un peu simplistes – et c’est aux costumes que l’on réalise que le film ne devait pas avoir un gros budget.
Le film apporte quelques touches d’humour avec la « découverte » du savon par les chevaliers, qui pensent que lorsque Lancelot se savonne,  il est en fait atteint d’une maladie grave comme la peste !! 

Mais bon, j’aime les films faisant partie d’une certaine histoire du cinéma (celle des films à petits budgets de série B), je ne pouvais donc pas passer à côté de ce film qui m’a beaucoup amusée par son côté vieillot à tous points de vue (interprétation, costumes, décors).

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10 février 2017

EVE, de Marek Halter

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Nahamma, fille de Lemec’h (ou Lamech selon les écrits) et de Tsilah les descendants de Caïn, vit dans la cité d’Hénoch, bâtie par leur ancêtre. Lemec’h est aveugle et pourtant, un jour il va à la chasse avec un jeune garçon à qui il ordonne de tirer une flèche sur ce qu’il pense être un animal – en fait il s’agit de Caïn, l’un des grands Ancêtres, en compagnie de Tubal, le fils de Lemec’h, à  qui Caïn enseigna l’art de la forge, donc des armes.

Un immense tourment secoue alors la communauté d’Henoch dans le pays de Nôd où Caïn se fixa avec Awan, sa sœur, son épouse, la mère de ses enfants. Un pays à l’est de l’Eden, une terre aride, où rien ou presque ne pousse, où l’eau est rare. Lorsqu’arrive Awan, la Grande Mère, qui a appris la mort de Caïn, elle a une terrible prédiction pour Nahamma, une prédiction qu’elle ne lui dit qu’à elle = elle doit se rendre à l’ouest, vers les Grands Ancêtres, car elle Nahamma, elle seule échappera à la terrible colère et au châtiment qu’Elohim prépare aux humains.
Elle seule sera sauvée, mais elle ne doit confier ce secret à personne.

Malgré tout, ce secret est tellement lourd à porter pour la jeune fille, qu’elle en parle à sa mère – Tsilah est une mère aimante, elle garde le secret de la Grande Mère, mais lorsque Lemec’h cause la destruction d’Hénoch et des idolâtres qu’il a provoqués, elle confie qu’il faut accompagner Nahamma vers l’ouest, où vivent Adam et Eve.
Pour éviter les dangers d’un tel périple à Nahamma, Tsilah conseille à qui le veut de venir avec elles.

Après de multiples tourments, de grandes peurs dues aux bêtes féroces, après avoir manqué mourir de soif et de faim, Elohim place une oasis sur leur route, ce que l’un d’eux qui a connu les temps anciens dit être un morceau de l’Eden.
Lorsqu’enfin, la petite troupe arrive de l’autre côté de l’un des grands fleuves, dans une terre fertile, ils sont recueillis par Seth, 3ème fils d’Adam et Eve, conçu après le bannissement du Jardin, conçu à l’image d’Adam, pour le consoler de la perte d’Abel, son fils préféré.
Seth, accompagné de son fils Noah,  se prend rapidement de dégoût pour les rescapés d’Henoch et, le moment de surprise passé, montre à l’égard de Nahamma une hostilité que nul ne comprend, jusqu’à ce qu’arrivent les Grands Ancêtres.
Et la révélation de ce qui se passa réellement ce jour-là dans le Jardin de l’Eden.

Je me demande parfois si ceux qui rédigent des résumés lisent les livres dont ils parlent car contrairement au résumé (ici) de Babelio, ce n’est pas Seth (le dernier fils d’Adam et Eve) qui prendra la défense de sa mère Eve face à ceux d’Hénoch, mais bien le fils de Seth Noah, celui à qui YHVH-Elohim destine la belle Nahamma.

Cette parenthèse ouverte et fermée, revenons à ce récit biblique réinterprété par Marek Halter.
Celui-ci est un formidable conteur, comme l’un de ces conteurs des temps révolus, passeurs d’histoires, en un temps où le verbe n’était pas encore écrit, et qui allaient de village en village pour apporter ces histoires qui s’adaptent au fil des conteurs.
Comme le firent les bardes celtiques ou les aèdes grecs. Tout comme ces conteurs  qui du moyen-âge aux temps plus récents étaient invités à la veillée pour amuser ou faire frémir dans les chaumières.

Que l’on ne se méprenne pas sur mon objectif = il n’est pas question pour moi, avec mon interprétation de cette lecture, de mépriser ou me moquer des croyances de personnes qui ont la foi.
Je ne l’ai pas, du moins pas au travers de la bible qui pour moi n’est qu’un livre de contes et légendes comme les récits grecs concernant la guerre de Troie ou les légendes arthuriennes.
Beaucoup le disent = la bible, c’est mieux qu’un thriller, on y parle d’inceste, de viol, de meurtre, j’en passe et des meilleures.
Les fils se révoltent contre les pères, les frères convoitent leurs sœurs, et par-dessus tout ça, on en accuse une seule et même personne EVE, la mère de tous, celle par qui le scandale arriva.

Mais je trouve formidable cette réinterprétation d’un mythe « vieux comme le monde » ; il me plaît énormément que Marek Halter fasse d’Eve une femme grâce à qui le monde connaît la curiosité, l’imagination – alors qu’Adam, persuadé de sa perfection puisqu’il a été fait à l’image de dieu, se complaît dans la « perfection de l’Eden », il trouverait parfaitement normal de s’ennuyer ferme jusqu’à la fin des temps ; pourquoi penserait-il autrement d’ailleurs = les fauves lui obéissent, les animaux se laissent manger quand il a faim, les fruits se mettent à sa portée lorsqu’il à soif, pourquoi se fatiguer…

Cette manière de réhabiliter celle que l’on considère comme la pire bonne femme de tous les temps, séductrice, pécheresse, désobéissant aux ordres, m’a énormément plu.
Eve, qui apparaît fort tardivement dans le récit, n’est pas uniquement une femme de grande beauté, elle est aussi drôle, intelligente, compréhensive surtout.

Eve pose la bonne question = puisque YVHV est celui qui voit tout, qui sait tout, pourquoi leur a-t-il dit sciemment de ne pas toucher à l’arbre de la connaissance ? pour se jouer d’eux évidemment – il n’aurait rien dit, que cet arbre ne les aurait même pas intéressés. Seulement voilà, les dieux (ou le dieu) aiment se jouer des humains, ce sont des marionnettes qu’ils aiment agiter en guise de distraction (mettez vous à leur place, que ce soit au ciel ou sur le mont Olympe, on s’ennuie ferme si les humains ne servaient pas à les amuser).

Les humains vivent dans la nostalgie du paradis perdu – qu’y a-t-il de plus simple que d’en blâmer une femme – mais personne ne l’a obligé ce veule Adam à mordre dans ce fruit défendu. Il pouvait refuser, mais non, c’était un faible, c’est Eve qui l’entraîna.
Personnellement je ne trouve pas que cet Eden soit si idyllique = ne pas pouvoir en sortir, ne pas pouvoir faire ci, faire ça – bonjour l’ennui !

Quant à la lutte fratricide de Cain et Abel, c’est aussi YHVH qui en est responsable puisqu’il a méprisé l’offrande peu appétissante de Caïn, par rapport à l’offrande d’Abel. Ce doit être ça qu’on appelle « diviser pour régner ». 

Ce roman de Marek Halter est une formidable épopée, pratiquement un « peplum biblique » digne de la tradition hollywoodienne.
L’homme est un tel habile conteur que l’on sent la soif et la faim nous gagner, de même que la peur, lorsque la petite troupe de l’est doit traverser les déserts vers l’ouest ; on y partage leur étonnement face à l’oasis, face aux grands fleuves qu’ils ne connaissent pas et qu’ils ne savent comment franchir, leur terreur aussi lorsqu’ils tentent la traversée.

En conclusion, que l’on soit croyant ou non, mais si l’on apprécie les contes et légendes, il ne faut pas passer à côté de la réécriture de l’histoire des « femmes de la bible » comme l’a conçue Marek Halter.
Cela se lit très vite parce que la manière de raconter est très vivante et on envie d’en savoir plus. 
Le récit est fait à la première personne par Nahamma, le vocabulaire et le style riches et vivants.

Pour la petite histoire, Caïn est aussi à l’origine de la détestation que l’on aura à travers les siècles à propos des roux, puisqu’il avait les cheveux « couleur de crépuscule », comme Eve (avant d’avoir mes cheveux gris/blancs, j’avais des reflets roux dans les cheveux, serais-je une sorcière-fille d’Eve – certains visiteurs/teuses de mon blog n’hésitent pas à le penser en me traitant de diable tentateur de livres =^-^=).

Comme vous le savez certainement, l’histoire de Caïn et Abel a été de multiples fois adaptées par les écrivains (et le cinéma) = A l’est d’eden, de John Steinbeck – Caïn de José Saramango – Caïn et Abel, premier crime de Max Gallo (liste non exhaustive). Des opéras, pièces de théâtre, se sont aussi emparés du mythe, pour en faire des réécritures.
Quant aux frères ennemis, il n’y eut pas que Caïn et Abel – pensez à Romulus et Remus, Osiris et Seth.

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08 février 2017

LE CUISINIER, de Martin Suter

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Titre original allemand = Der Koch 

Maravan, jeune réfugié  tamoul, travaille dans les cuisines de l’un des plus fameux restaurants suisses ; il n’y a pas de fonction très reluisante = nettoyer les casseroles, les pots, la cuisine après usage.
Inutile de dire que dans la cuisine, peu ont du respect pour lui.
Pourtant s’ils savaient ! Maravan est un cuisinier de génie, depuis son plus jeune âge au Sri Lanka, il travaillait aux côtés de sa grand-tante. La cuisine hindoue n’a aucun secret pour lui et il regarde souvent d’un œil critique et ironique la manière de préparer les plats dans cette grande cuisine suisse. 
Il s’est permis une remarque un jour à propos d’un curry, qui lui valut tant de quolibets qu’il préféra « oublier ». 

Maravan est très attiré par Andrea, l’une des serveuses du restaurant, une véritable beauté, intelligente et ambitieuse, ne se faisant guère d’illusions sur le monde des hommes dans lequel elle vit. Dans l’espoir de séduire la jeune femme, Maravan décide de lui concocter un repas très particulier, dont les ingrédients aphrodisiaques feront peut-être l’effet espéré.
Seulement pour pouvoir bien réaliser ce repas, il lui faut un rotovapeur, appareil de cuisine hautement sophistiqué, basé sur un appareil de chimie destiné à séparer les molécules des ingrédients.
N’ayant pas les moyens de se payer un tel appareil, Maravan l’emprunte celui de la cuisine où il travaille.

Le repas avec Andrea a été un immense succès, la jeune femme a rapidement cédé aux charmes et ingrédients « secrets » de la cuisine de Maravan.
Les choses hélas ne vont pas bien se passer le lendemain, un malheureux incident de la route va retarder Maravan et il ne peut pas remettre le rotovapeur en cuisine avant l’arrivée des autres.
Il est viré sur le champ.

Andrea de son côté n’a toujours pas compris ce qui lui est arrivé lors du dîner, en principe les hommes ne l’attirent pas physiquement.
De plus, outrée par la manière dont on a traité Maravan, elle le dit bien haut et reçoit aussi son billet de sortie.
Voulant connaître le fin mot de ce qui s’est produit, elle vient chez le jeune Tamoul, qui lui révèle le secret de la cuisine aphrodisiaque.
Les deux sont soulagés, chacun à sa manière, lui parce qu’elle lui  a avoué être lesbienne et elle ne l’a snobé que pour cette raison, elle parce qu’au moins ce n’était pas une drogue de viol dans sa boisson.

Bien vite,  Andrea qui a le sens des affaires, propose une association à Maravan ; d’abord il doit lui concocter un repas pour elle, car elle a l’intention de séduire une femme, puis ils pourraient s’associer et fonder « Love Food » - comme il est dans une situation pécuniaire difficile, elle fournira les premiers investissements tandis que lui cuisinera.
L’affaire prend rapidement des proportions intéressantes, la jeune femme qu’Andrea a séduite est conseillère conjugale. Maravan accepte « Love Food » pour aider les couples à se retrouver.

Seulement voilà, les choses les plus simples ont une manière  telle de se compliquer que Maravan et Andrea vont être quelque peu débordés par la situation, surtout lorsque des couples moins « officiels »  vont solliciter leur aide.  
D’autant plus que la politique s’en mêle sous la forme d’un client d’Andrea, trafiquant d’armes, mais aussi par la ligue révolutionnaire tamoule, qui a repéré Maravan et n’hésite pas à recourir au chantage pour qu’il leur donne une partie de ses gains.
Le jeune Tamoul accepte à contre-cœur mais il espère qu’en amadouant la ligue de résistance tamoule en Suisse, il pourra délivrer son jeune neveu des griffes de ceux qui l’ont enrôlé au Sri Lanka avec d’autres enfants soldats.

Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées, une jeune Tamoule est tombée amoureuse de lui au grand déplaisir de ses parents qui ont un mariage en vue pour elle.
Or les filles de la 2ème génération ne veulent pas se plier aux règles en vigueur « au pays » dont elle ne connaît rien et ne veut rien connaître – elle est citoyenne suisse et compte bien le rester. Elle aime son travail et n'a pas du tout l'intention de devenir une "respectable femme au foyer". 

« Le Cuisinier » de Martin Suter est un livre à divers « tiroirs » = la situation difficile des réfugiés étrangers en Suisse, la manière dont certains ressortissants d’un pays en guerre, réfugiés également, exigent de l’aide matérielle pour financer l’armée au pays, la manière dont les Tamouls, même dans un pays occidental, continuent à appliquer les règles de leurs traditions et religion.
Le personnage de Maravan même est quelqu’un de traditionnaliste quand il s’agit des femmes – celles de son pays sont pratiquement « sacrées » à ses yeux, alors que séduire une occidentale est permis.

En fait la situation politique prend rapidement le dessus en cours de roman qui, après avoir débuté comme une histoire relativement banale entre un homme et une femme, devient une sorte de pamphlet concernant les réfugiés, dont l’auteur paraît avoir les intérêts à cœur.

L’histoire se découle en l’espace d’une année – on y parle de l’élection de Barack Obama, de la guerre civile au Sri Lanka, de la chute des banques avec les subprimes.

Ce qui m’a particulièrement intéressée, en dehors de cette situation politique, ce sont les détails sur la cuisine moléculaire que pratique Maravan – même s’il ne lui donne pas ce nom.
La gastronomie moléculaire est une manière scientifique d’appliquer la chimie à la cuisine. Séparer les ingrédients pour que leurs saveurs se démultiplient.

Ceci dit, j’ai souvent eu une impression de « qui trop embrasse, mal étreint » et même si je recommande cette lecture, je reste un peu sur ma faim (pas pu m’en empêcher =^-^=)
J’avais lu quelque part que le livre était une suite de clichés (jolie et intelligente jeune femme, mais lesbienne, intelligent réfugié mais exploité, la séduction d’une Occidentale est  normale, mais pas d’une Tamoule, amour de la famille, mal du pays…) – c’est un peu sévère comme jugement, mais pas entièrement faux.

L’intéressant  billet de teki, qui m’a donné envie de lire ce livre, ici.

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07 février 2017

MARY WESTMACOTT, alias AGATHA CHRISTIE - le saviez-vous ?

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Puisque vous me faites le plaisir de venir me lire, vous n’êtes pas sans savoir que j’aime bien les anecdotes – surtout lorsqu’elles concernent l’une de mes romancières préférées en matière de romans policiers (après tout elle a donné vie à mon grand amour « Hercule Poirot » =^-^=) – je me suis demandé quand lui était venue cette envie de changer  de registre littéraire à propos de ses 6 romans psychologiques et pourquoi ne poursuivit-elle pas en ce sens.

C’est en 1930 qu’AGATHA CHRISTIE, célèbre pour ses polars, eut envie de s’essayer à un « vrai » roman, c'est-à-dire non policier.

Son premier opus sera musical = GIANT’S BREAD (MUSIQUE BARBARE) – néanmoins, elle ne se sentait pas totalement sûre d’elle (elle se serait même sentie un peu coupable de « trahir » le genre pour lequel elle était appréciée – il faut aussi savoir qu’Agatha Christie, malgré son immense talent à la fois d’écriture, en matière de poisons et en matière de musique, avait peu confiance en elle).
Elle écrit donc un roman non policier et décide de rester anonyme afin de ne pas subir de pression de la part des critiques et éditeurs – elle prend le pseudonyme de MARY WESTMACOTT.

Dans la première édition du roman « Giant’s Bread), l’éditeur présente l’auteure comme « ayant déjà écrit d’autres livres à succès, mais aborde avec ce roman-ci un angle différent. »

C’est à la fin de 1946 qu’un critique américain révèlera qui est cachée derrière le nom de plume – Agatha Christie sera fort déçue par cette révélation, elle qui comptait mener deux carrières en parallèle = la romancière « classique » et la romancière de polars.
Elle arrêtera donc d’écrire sous le pseudonyme de Westmacott, renonçant à un genre qu’elle aimait en raison des critiques peu amènes que certains critiques lui réservèrent, alors qu’ils avaient « apprécié » Mary Westmacott –

pour preuve = un critique du NEW YORK TIMES REVIEW écrivait « la personne qui se cache sous le nom de plume de Mary Westmacott peut se montrer fière de son roman. Peu importe qui elle est, le livre se situe un bon cran au-dessus des romans de fiction habituels. Chaque personnage du roman est fort bien décrit, les personnages sont humains et sonnent vrais.

Un critique de l’OBSERVER écrivait à propos de « Giant’s Bread » = le livre est ambitieux dans sa description de la vie romancée d’un musicien, véritable génie musical, mêlé malheureusement à quelques histoires sentimentales qui affaiblissent son talent, on y parle de traditions familiales et de mémoire perdue. Miss Westmacott, nouvelle venue (sic) sur la scène des romans, montre un vrai talent narratif. Ce livre sera très populaire, même si la romancière ne voulait pas montrer autant d’originalité dans ses personnages.

THE TIMES LITERARY SUPPLEMENT pour sa part considéra le prologue comme très original, and le début du roman relatant les jeunes années du protagoniste principal comme un jugement intéressant et charmant, comme observé sous l’œil d’un enfant. 

Cette envie de changer de registre littéraire de la part d’Agatha Christie m’a fait penser à l’aventure (ou dois-je dire mésaventure) de J.K. ROWLING qui elle aussi souhaitait écrire des romans différents d’HARRY POTTER – des thrillers psychologiques destinés aux adultes, écrits sous le pseudonyme de ROBERT GALBRAITH – là c’est carrément l’avocat des éditeurs qui vendit la mèche, alors que Ms. Rowling avait formellement demandé de taire son patronyme.

Tout comme elle, Agatha Christie souhaitait écrire autre chose sans subir de pression.
Ces gentes dames, hélas, oublient qu’il existe un dieu tout-puissant contre lequel on ne peut rien = l’argent, qui rend les gens peu scrupuleux.

le site agathachristie.com

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06 février 2017

UNFINISHED PORTRAIT, de Mary Westmacott

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Titre français = Portrait inachevé

Larraby, un peintre portraitiste, à succès, se promenant un jour sur la petite île où il passe des vacances, croise une jeune femme – ils échangent quelques paroles de politesse et le peintre poursuit son chemin.
Cependant, quelque chose dans l’attitude de la jeune femme le fait retourner sur ses pas – il a compris qu’elle envisage de mettre fin à ses jours et a choisi la falaise.
Il décide d’emménager dans le même hôtel, se rendant carrément dans la chambre de celle qu’il nomme « Celia » (dont il ne connaîtra jamais le nom véritable) – selon  lui elle est douce, fragile et a besoin de parler. Et elle parle – elle lui raconte ce que sa vie est devenue, ce que sont devenus ceux qu’elle aimait, elle lui parle de ses peurs les plus profondes. Comme celle de ne plus être aimée.

Toute une nuit, Celia racontera sa vie à Larraby, depuis sa plus tendre enfance auprès d’une mère adorée, jusqu’à ce divorce qui ravage sa vie, sans oublier sa fille qui est désormais mariée et ne lui écrit que de temps en temps. Sa fille lui en a voulu de ce divorce et avec la cruauté des jeunes a toujours dit que tout était la faute de Celia.
Larraby réalise à quel point Celia est une créature fragile et timide,  il espère qu’après cette longue nuit où elle s’est racontée, elle pourra poursuivre sa vie.

« Unfinished Portrait » est le 2ème roman écrit par Agatha Christie sous le nom de MARY WESTMACOTT, et aux dires de tous ceux qui l’ont connue – à commencer par Max Mallowan son second mari, c’est son  roman le plus autobiographie – bien plus encore que « Loin de vous ce printemps ».

Ce livre est un gros coup de cœur pour moi, il véhicule toute la sensibilité, toute la fragilité d’un personnage que l’on a tenu à l’abri des réalités  de la vie et qui ne sait comment s’y prendre une fois seule et face à ses démons.
Pour Larraby, l’espoir est qu’enfin elle va « grandir », car j’ai aussi eu l’impression comme lui que cette jeune femme de presque 40 ans était une femme-enfant, incapable de vivre en adulte.

L’enfance de Celia est semblable à celle que connut Agatha Christie, avec une « Grannie » pleine d’humour et une mère à l’imagination telle qu’elle lui inventait des histoires plutôt que d’en lire dans les livres destinés aux enfants. Celia attirait les hommes, tous semblant vouloir la surprotéger ; bien que décidée à épouser son ami Peter, parti avec son régiment aux Indes, c’est Dermot qui l’enlève, comme un prince charmant.
Hélas les princes charmants se changent parfois en vilains crapauds. Car les jeunes femmes généreuses et timides attirent systématiquement des  manipulateurs.  Larraby, l’artiste, lui fait comprendre ses idéaux et  peut-être, finalement, un désir de vivre.

L’histoire se termine en point d’interrogation – comme l’écrit Larraby à une amie = je ne sais pas ce qu’elle est devenue, mais j’espère qu’elle aura enfin envie de vivre en adulte désormais.

Même si parfois Celia m’a exaspérée, elle m’a profondément émue,  peut-être me suis-je un peu identifiée à la relation avec la grand-mère.  Peut-être aussi à la peur de vivre, que j’ai heureusement pu conquérir.

Un livre que je recommande vivement, dans lequel on reconnaîtra peut-être les fameux « 10 jours  manquant dans la vie d’Agatha Christie ». Une intéressante étude de multiples caractères.

 la couverture de la toute première édition

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03 février 2017

TRANCE, spectacle aux Riches Claires

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Grand moment d’émotion visuelle et musicale pour moi avec ce spectacle de musique et danse –

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Sur scène = le chorégraphe et danseur NONO BATTESTI

Danseuse = JULIETTE COLMANT

Musicien = QUENTIN HALLOY

Chanteuse = DYNA B  dont la voix passe sans aucun problème du très grave à l’aigu

Scénographie – son et lumières = CEDRIC ALEN & BENJAMIN STRUELENS

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Décor = un banc – un banc où l’on se rencontre, sans oser se toucher, un banc où l’on s’endort – un chemin sous forme de passage pour piétons (lignes lumineuses)

Petit à petit l’expression corporelle s’anime, la danse (la transe – le titre « TRANCE » est anglais, pour marquer l’universalité, voire le « bilinguisme ») peut commencer.

Une unité de mouvement, une grâce infinie, au rythme de guitares électriques ou d’un instrument de percussion.
La fusion musique/danse est complète.

Le spectacle (d’après la carte-programme) est une invitation à voir autrement, à percevoir nos points de vue et ressentis différemment.
Il m’a  laissée sans voix pour exprimer mon propre ressenti – je ne suis même pas certaine de parvenir à le partager à travers ce court billet.

Si vous êtes Bruxellois, ou si vous passez par Bruxelles, vous avez encore quelques jours pour découvrir ce moment d’émotion pure,  empreint de sensualité. 

La chorégraphie de NONO BATTESTI (son site) m’a beaucoup fait penser à PINA BAUSCH, et un petit peu aussi aux chorégraphies de Maurice Béjart, même si je suis bien consciente que "comparaison n'est pas raison". 

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Pour vous donner un aperçu de la voix de DYNA B, belgo-haïtienne, que j’ai découverte au cours de ce spectacle (bien qu'ici le régistre de voix ne change pas comme au cours de "TRANCE"

 

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01 février 2017

IMAGINE WAKING TOMORROW AND ALL MUSIC HAS DISAPPEARED, de Stefan Schwietert

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Quelle serait notre réaction si,  en nous réveillant demain, toute musique avait disparu ? Réellement disparu ? plus de Ipod, plus de Youtube, plus d’instruments, plus de disques ?
c’est la question que pose le musicien-écrivain-artiste conceptuel BILL DRUMMOND aux spectateurs en entrée de documentaire.

Autrefois, le musicien avec son groupe « The KLF » il avait tenté de conquérir – et réussi – le monde musical, avec ce  groupe punk  - esprit particulièrement anarchisant,  toujours aussi frappadingue qu’au temps du punk, il a créé la « plus grande chorale du monde »

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Il a  été suivi par le réalisateur STEFAN SCHWIETERT à travers son périple afin de former la chorale THE 17 – une chorale formée de personnes de la rue, rencontrées au hasard des chemins, des travaux de route, des amateurs pour la plupart, à qui il fait chanter quelques sons, sans partition aucune et absolument aucune répétition, sauf peut-être une toute petite juste avant l’enregistrement.

Le film montre l’artiste à la recherche de voix, toujours différentes, afin d’en faire un montage dont l’originalité à la fin, sera de tout effacer. 
Point d’orgue du documentaire, lorsque Drummond et un ami font le montage de tout ce qui a été enregistré, lorsque le final est considéré comme bon par ce « chef d’orchestre » d’un genre original, le public assistant au documentaire se retrouve dans un grand moment de silence, car pour pouvoir avoir accès au « son de THE 17 », il faut en faire partie !!!!

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En guise d’au revoir, Bill Drummond nous demande en fin de documentaire, de prendre notre pouls et de quitter la salle au rythme vocal de notre pouls.
J’ai réellement adoré ce documentaire avec un mec décalé – je n’ai eu qu’un regret, je ne suis pas parvenue à trouver mon pouls au poignet, mon fils a essayé et sa compagne aussi, aucun des deux n’a trouvé mon pouls – ce fut  notre touche humoristique familiale = fallait-il me conduire à l’hosto puisque je n’avais pas de pouls =^-^=

J’ai trouvé particulièrement sympathique toutes les personnes à qui Bill Drummond s’adressait ; toutes ont joué le jeu avec énormément d’humour et gentillesse, dans tous les domaines demandés = usines, travaux de la rue, pub,  église Church of Scotland.

Quelques documents d’archives montrent Bill Drummond au temps où il était chanteur de son groupe punk, et aussi lors de l’interview où on lui demanda pourquoi il a brûlé 1 Million de Livres Sterling.  
Un geste que Drummond  regrette actuellement, mais qu’il estimait devoir faire en 1994, même s’il n’explique pas ce geste (Serge Gainsbourg qui brûla un billet de 500 € devant les caméras de télévision est battu !) – Les cendres du million de livres furent converties en une petite brique.

Le geste de Drummond bien sûr provoqua des controverses,  un certain Julian Cope, en 2000, estima même que « ce type » (je cite) a brûlé 1 million de livres, qui ne lui appartenait même pas entièrement, une partie étant à lui, Cope.  
JULIAN COPE est également musicien, chanteur, compositeur et antiquaire.
Personnellement, le geste de Drummond m’a choquée, comme l’une des personnes assistant à l’interview, je pense qu’il aurait pu en faire cadeau à quelques œuvres caritatives. Mais soit. C’était un épisode de sa vie, et du film. 

Le documentaire nous a beaucoup plu à tous 3 – et aussi aux autres (rares) spectateurs d’un petit cinéma très intimiste dans le centre de Bruxelles, où le prix des places est réellement très bon marché.

Discutant du personnage avec mon fils aîné, qui s’y connait en culture hip hop, il confirma que le groupe THE KLF, n’était pas formidable – selon mon fils c’était du « n’importe quoi ».

STEFAN SCHWIETERT est né en Allemagne, mais possède la double nationalité = allemande et suisse. Il est réalisateur documentariste – il a surtout réalisé des documentaires musicaux, certains d’entre eux lui ont valu de nombreux prix.

De plus, le film se termine sur quelques magnifiques paysages d'Ecosse, qui m'en a donné une certaine nostalgie.

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27 janvier 2017

UNE BALADE HIVERNALE AU ROUGE CLOITRE

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DES OURS AU ROUGE CLOITRE

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Petit retour au centre artistique de l'abbaye du rouge-cloitre pour une exposition pleine de tendresse, de douceur et poésie, grâce aux oeuvres d'artistes illustrateurs jeunesse, comme Claude Dubois, Jean-Luc Englebert, Gaetan Evrard, Louis Joos, Rascal, Stibane, Gabrielle Vincent et Marie Wabbes. J'ai été autorisée à prendre des photos, hélas leur qualité n'est pas optimale.

Petit résumé de la brochure = d'Amérique du Sud au pôle nord, l'ours quitte ses lointaines contrées, Russie y compris, pour s'arrêter exceptionnellement à l'abbaye du Rouge-Cloître. A l'aide de photos et d'informations, le public peut en apprendre un peu plus concernant les ours brus et blancs. Mais cet animal si imposant est aussi à l'honneur grâce aux oeuvres originales d'illustrateurs belges (aquarelles et dessins).  pour la jeunesse.

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on s'ennuie parfois au musée 

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26 janvier 2017

THE ACTS OF KING ARTHUR AND HIS NOBLE KNIGHTS, de John Steinbeck

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 D’après le manuscrit de Winchester de Thomas Malory « Le Morte d’Arthur »

ATTENTION = sujet sérieux traité de manière irrévérencieuse 

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Je ne vais pas vous infliger  toute la légende arthurienne.

Et au fond, pourquoi pas = un jeune homme nommé Arthur, page de Sir Kay, retire une épée dans la pierre et devient le roi Arthur plein de sagesse grâce à Merlin l’enchanteur.
Dans sa jeunesse, il commet un acte incestueux, pour certains avec sa demi-sœur Morgane, pour d’autres avec sa tante Morgause, épouse de Loth d’Orkney.
Il épouse la belle Guenevere et devient le meilleur ami de Lancelot du Lac, le meilleur de tous les chevaliers à cause de qui il aura un certain problème pour passer les portes vu que Lancelot devient l’amant de sa femme.
De son inceste d’une nuit, il a un fils Mordred dont la prédiction est qu'il  le tuera et avec lui se terminera la Table Ronde et la chevalerie.

John Steinbeck, en principe, c’est synonyme de talent d’écriture non ? et bien ici c’est RATE ! il s’est contenté de traduire en anglais vernaculaire le manuscrit illisible de Malory.  Ecrit en anglo-saxon, ce qui a enthousiasmé le gamin.
C’est d’un ennui, mais d’un ennui ! c’est confondant.
En fait, la meilleure partie de ce livre est l’introduction, par John Steinbeck, qui explique pourquoi et comment il en est venu là = à 8 ans, il détestait lire – l’une de ses tantes lui offrit le livre de Thomas Malory et oh joie ! coup de foudre littéraire du gamin, qui nous infligera 50 années plus tard la version en anglais de tous les jours d’un roman qui a eu sa place au moyen-âge.
Parfois les tantes ont de ces idées !
John Steinbeck n’a cependant pas eu le temps de terminer toute l’adaptation, et son livre fut édité à titre posthume.
Il a respecté, à la lettre, les chapitres tels qu’ils apparaissent dans « La Morte d’Arthur », mais s’est arrêté juste au moment où cela devenait intéressant = quand Guenevere se jette au cou de Lancelot.

J’ai toujours adoré les légendes arthuriennes, mais je le reconnais, j’en avais surtout lu des adaptations différentes de l’original de Thomas Malory.
Car ne nous y trompons pas, tout le monde s’inspire de Malory, avec plus ou moins de succès – ma préférée restant « Mists of Avalon » de Marion Zimmer Bradley ; mais  T.H. White en a fait aussi réalisé une bonne tétralogie, dans laquelle l’humour le dispute à l’action.
Même avec l’humour de White, cela se termine toujours aussi mal rassurez-vous, personne n’a eu, jusqu’à présent, envie d’en écrire un happy end ! et au fond, pourquoi pas ?

Ce sont les pré-raphaélites qui m’ont le plus donné une image tronquée de la « réalité historique », en idéalisant le roi, la reine, et tous les autres, comme la malheureuse Elaine d'Astolat (ou Elaine de Corbenic), qui inspira aussi Alfred, Lord Tennyson et sa malheureuse Lady of Shalott (vous savez bien, celle qui a inspiré "the mirror crack'd' d'Agatha Christie).

 The mirror crack'd from side to side;
"The curse is come upon me," cried
The Lady of Shalott

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Je ne sais pas si vous réalisez parfois à quel point cette histoire est celle d’une famille totalement dysfonctionnelle = le père, Pendragon, est un séducteur invétéré, c'est connu dans toute l'Angleterre, de l'époque, il envoie son vassal à la mort pour épouser son épouse, qu’il a séduite précédemment grâce à la magie.
Cela rappelle totalement l’histoire du roi David qui envoie Uriah son chef d’armée en première ligne pour épouser Bethsabée qui est enceinte de lui.

Le fils d’Uther et Igraine est enlevé à ses parents pour être élevé ailleurs puis il retire une épée d’une pierre, ce qui en fait le futur roi d’Angleterre.
Comme par hasard il croise un jour sa demi-sœur (ou sa tante) et couche avec elle.
Il apprend alors qu’il y a eu un enfant né de cet inceste, qui le tuera et mettra fin à la chevalerie.
Et il fait quoi le « noble Arthur » = exactement la même chose que le roi Hérode = il décide de se débarrasser de tous les nouveaux-nés, pas en les passant au fil de l’épée (encore heureux), mais en les mettant tous dans un bateau, qui échoue sur des récifs, tous les bébés se noient sauf UN – pas d’bol = c’est le petit Mordred.

Quant à la belle Guenivere, celle dont tous sont amoureux, mais de loin – la « fin-amor » médiévale – et bien ne croyez-pas qu’elle soit aussi blanche que le dit son nom – elle est même plutôt du style séductrice, elle a couché avec presque tous les chevaliers de la table ronde.
C’est comme je vous le dis ! mais contrairement à d’autres, elle est hypocrite et joue les saintes-nitouches.

Pour ce qu’il en est des demoiselles en détresse, les douces et ravissantes créatures que doivent absolument défendre tous les chevaliers, elles n’ont qu’une idée en tête  = se faire épouser et avoir des tas d’enfants.
Avouez qu’il y a de quoi ne pas avoir envie de croiser leur chemin… et pourtant !
En dehors de préserver la virginité des damoiselles (avant mariage), les nobles chevaliers qui s’ennuient à Camelot, après toutes les batailles sanguinaires qui ont précédé la table ronde, ils doivent soit partir en quête, pas seulement du graal, soit débarrasser le pays des géants et des dragons, et autres malfaisants. Ils se battent aussi entre eux, jusqu’à ce que l’un soit meure, soit demande grâce – demander grâce est souvent mal vu, c’est très humiliant.

Et Lancelot du Lac ? le noble, le pur, le meilleur des chevaliers, il jure fidélité à son roi bien-aimé, ça ne va pas trop lui encombrer la conscience de se payer la femme du roi. Si ça ce n’est pas être le roi des faux-culs, je demande qu’on m’en montre un autre !

Finalement, celle qui est la plus honnête dans tout ça, c’est Morgane – bien sûr elle devient une magicienne, férue de magie noire, mais elle au moins elle est franche = elle déteste son demi-frère, sa belle-sœur, le noble Lancelot qui n’a pas voulu d’elle – et elle essaie de tuer tout le monde.
J’aime bien Gawain aussi, le neveu d’Arthur, plus de muscles que de cervelle, mais c’est surtout son frère Agravaine, qui ne pardonne pas à son oncle d’avoir séduit sa mère, il  cherche par tous les moyens de lui nuire.
Quand je parlais de famille dysfonctionnelle.

Plusieurs figures historiques furent considérées, plus tard, par les littéraires étudiant les légendes. Arthur aurait été inspiré par Henri II Plantagênet ou Henri VIII, roi fou de chevalerie. Guenièvre aurait été inspirée par Aliénor d’Aquitaine.

Quant au thème majeur (à mes yeux) de ce manuscrit, c’est la religion – bien plus encore que la chevalerie – d’ailleurs pour expier ses péchés Guinevere entre au couvent, Arthur et son fils s’entretuent, Lancelot devient ermite. L'honneur (?) est sauf.

Et le graal dans tout ça, si j’ai tout compris (et dites vous bien que c’est sans certitude), c’est le jeune Galaad qui est le chevalier le plus pur, le plus digne, à moins que ce soit Percival.

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25 janvier 2017

L'ENIGME DE SAINT-OLAV, d'Indrek Hargla

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Titre original estonien = Apteeker Melchior ja Oleviste möistatus

1ère enquête de Melchior L’Apothicaire

15ème siècle, au mois de mai en Estonie – après que les exactions des cruels pirates, les Frères Vitaliens (ou Frères des Victuailles) aient pris fin, la paix est revenue dans la ville de Tallin.
La boutique de Melchior l’Apothicaire est un lieu de rendez-vous de plusieurs personnages clés de la ville ; il fabrique une « potion » qui sans être magique, revigore cœurs et corps – par la même occasion, les potins de la ville défilent aussi dans sa boutique.
Est arrivé, il y a peu dans Tallin, un certain Clingenstain, chevalier de l’ordre des Têtes Noires ; l’homme a festoyé avec plusieurs personnes de Toompea, puis  en revenant dans Tallin il a été décapité avec force. Le meurtrier a jeté l’épée est revenu calmement dans Tallin, où il se trouve toujours.
Selon Melchior Wakenstede, n’importe quel homme un peu fort et grand pourrait être coupable.
La réputation d’ingéniosité de Melchior n’étant plus à faire, le bailli lui demande son aide afin de découvrir l’assassin du chevalier, avant d’avoir toute la confrérie des Têtes Noires sur la bosse.

Apparemment, au cours du schmekeldach (le jour où l’on teste les bières afin de déterminer si ce sont celles des frères dominicains ou celles des Têtes Noires qui sont les meilleures de l’année), au cours de cette journée donc le chevalier Clingenstain, plutôt éméché, aurait peut-être tenu des propos ayant mis quelqu’un en colère.
Et qu’est devenue la belle chaîne en or qu’il avait commandée à l’orfèvre de Tallin, qu’il a d’ailleurs lésé au moment du paiement. 

Non seulement ce chevalier s’est fait raccourcir, mais peu après, c’est le chef bâtisseur de la chapelle de Saint-Olav (enfin on y vient, je rappelle tout de même que cela s’appelle « l’énigme de Saint-Olav »!) qui perd la tête au sens propre. 
Décapité par hache celui-là. Finalement, le vieux prieur des dominicains finira empoisonné, il commence à y avoir autant de cadavres que d’habitants.
On s’impatiente, aussi bien dans la ville haute que dans la ville basse. 

En dehors de son savoir d’apothicaire, Melchior est hélas affligé de la « malédiction des Wakenstede », un mal qui frappe les mâles de la lignée, qui se transmet par les mâles et que seules les épouses peuvent aider à soigner, au prix de leur propre santé.
La jeune Keterlyne aide son mari comme elle le peut, mais les crises sont souvent violentes.
Malgré cela, malgré le poids de la religion qui conseille la prière pour arriver à la vérité, Melchior va poursuivre et trouver le (ou les ?) coupable(s).

J’ai failli écrire « va poursuivre et trouver rapidement » - quelle bêtise j’aurais dit là !
Cette histoire – que je me réjouissais de découvrir car j’aime les polars historiques – est d’une lenteur insupportable et je n’en ai poursuivi la lecture que pour connaître le fin fond de l’histoire.
Quel courage il m’a fallu ! mais comme je l’ai déjà écrit, je n’aime pas vraiment abandonner une lecture, c’est toujours un rendez-vous manqué avec l’auteur. 
Et ici il était fameusement manqué croyez-moi.

Ce n’est qu’à la moitié de l’histoire que celle-ci démarre réellement, bien qu’il y ait déjà eu le premier mort au début. Ces rendez-vous dans la boutique de l’apothicaire pour les potins « mondains », pour sa petite liqueur bienfaisante qui délie les langues et soigne les têtes, mais pitié, qu'on me l'épargne !

Je ne sais pas si c’est dû à la traduction, mais le langage des personnages n’est pas agréable à lire, ils utilisent le bon dieu à pratiquement toutes les phrases – d’accord on est encore au moyen-âge et l’Estonie est à peine christianisée – d’ailleurs, ils n’arrêtent pas de parler des « païens ».
A la longue, on serait presque contente qu’on leur coupe la tête à tous, histoire d’abréger nos souffrances de lecteurs.

Ne connaissant strictement rien de l’Estonie, de Tallin, de l’époque, je me réjouissais d’en découvrir plus, au lieu de cela j’ai été obligée de chercher sur le net le peu que j’ai appris sur Tallin, ses citadelles, les Frères Vitaliens corsaires devenus sanguinaires pirates, dont le nom seul faisait peur à tous.
La Hanse ou ligue hanséatique est aussi présente dans les conversations, parce que la Hanse est extrêmement susceptible de conserver ses privilèges, il faut donc compter avec elle lorsqu’on recherche le coupable. 
La confrérie des Têtes Noires, dont il est beaucoup question, était une association de marchands célibataires ; elle fut d’abord et avant tout militaire, mais peu à peu les activités non militaires ont pris le pas et la guilde devint surtout de prédominance sociale.

Indrek Hargla est un écrivain estonien qui aborde divers sujets = la science-fiction, le fantastique et avec les enquêtes de Melchior, le polar historique. Il est devenu très rapidement célèbre en littérature estonienne contemporaine ; il a travaillé comme pigiste avant de se mettre à l’écriture en 1989.
Pour lui la littérature doit être populaire, distraire le lecteur. Après quelques romans et nouvelles dans le genre fantastique et horreur, il s’est lancé dans le thriller médiéval. En dehors de ces styles-là, il aime les récits d'uchronie.
Je relirai probablement encore une enquête de Melchior l’Apothicaire, mais pas tout de suite. Je n’aime pas rester sur une mauvaise impression et je tiens à donner une 2ème chance au romancier.
En définitive, la seule chose positive que j’ai trouvée à ce polar, ce sont les portraits de femmes.

 l'ancienne citadelle de toompea, sur les hauteurs de tallin

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23 janvier 2017

POIROT INVESTIGATES, d'Agatha Christie - 2

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Titre français = Les enquêtes d'Hercule Poirot (2ème partie)

Pour l'introduction - voir la première partie - en conclusion, je dirai que ce recueil fut une déception pour moi, par la faiblesse des intrigues - seules les mises en boîte d'Hastings par Poirot m'ont amusées, et aussi la manière dont le très britannique Hastings trouve la vantardise de Poirot si "continentale".

The Adventure of the Egyptian Tomb (l’Aventure du Tombeau égyptien) – une expédition  archéologique vient de découvrir et ouvrir la tombe du pharaon Men-Her-Ra. Peu après l’ouverture de la sépulture de ce pharaon, l’archéologue en charge de l’expédition décède d’une crise cardiaque. Son associé et financier de l’expédition, l’Américain Bleibner décède d’une septicémie quelques 2 semaines après l’archéologue. Il n’en faut pas plus pour que les journaux parlent de la malédiction du pharaon. D’autant plus qu’à New York le neveu de Bleibner et son principal héritier s’est donné la mort. Arrivés sur place, Poirot (qui déteste le sable – il n’y a pas de sable à Bruxelles !) et Hastings (enchanté par cette aventure) apprennent en arrivant sur place qu’un autre membre de l’équipe est mort à cause du tétanos. Poirot ne croit pas aux superstitions liées aux pharaons maudits, par contre il sait qu’une force maléfique est à l’œuvre sur le chantier et il va le prouver.
Mon avis – encore une aventure digne de Poirot – ce court voyage en Egypte m’a  énormément plu.

The Jewel Robbery at the Grand Metropolitan – (Vol de bijoux au Grand Hôtel Metropole) - Hastings offre un week-end à Poirot dans un grand et luxueux hôtel. Comme le note Hercule Poirot au dîner, toutes les femmes riches présentes étalent leurs joyaux comme si elles étaient une vitrine de joaillier. L’une d’elle et son mari en discutent avec Hastings et Poirot et lui proposent de venir voir le superbe collier de perles que son époux vient de lui offrir. Hélas, trois fois hélas, le collier a disparu. Les soupçons se portent d’abord sur une camériste de l’hôtel,  qui nie évidemment. Ensuite sur la femme de chambre de la dame en question et elle est arrêtée parce qu’en fouillant les chambres, on a trouvé le collier sous le matelas de la femme de chambre. Trop facile pour Poirot ! il n’y a pas besoin d’aller loin pour découvrir le vrai coupable. 
Mon avis – vrai coupable que j’avais découvert immédiatement – vraiment, ces enquêtes sont d’un ennui !

The Kidnapped Prime Minister (l’Enlèvement du Premier Ministre) – le premier ministre britannique doit assister à Versailles à une conférence de la plus haute importance pour la paix en Europe. Il a échappé de justesse à un attentat en se rendant à la gare et n’est jamais arrivé à Boulogne-sur-mer. Le chef du parlement et un autre membre important du ministère aux armées demandent l’aide de Poirot. Il ne reste que 24 heures pour retrouver le premier ministre – 24 heures et UN QUART D’HEURE, spécifie Poirot, tout peut se jouer dans un quart d’heure. Tout le monde court en France ; Japp est catastrophé car Poirot ne semble pas trouver la moindre solution. En fait la solution est en Angleterre.
Mon avis – pas trop mal imaginé. 

The Disappearance of Mr. Davenheim (la Disparition de Mr. Davenheim) – l’inspecteur Japp, Poirot et Hastings discutent de la disparition du banquier Davenheim, dernière fois qu’il a été vu était sur sa grande propriété de campagne. Poirot, comme d’habitude, se vante de découvrir le coupable sans quitter son fauteuil – Japp le prend au mot et les 2 hommes parient 5 livres (chacun ayant pitié de l’autre = c’est comme enlever un bonbon de la bouche d’un enfant !). Poirot a tous les détails de ce qui se produisit = un certain Lowen qui est venu voir Davenheim, puis est parti sans le rencontrer puisque le banquier n’a plus réapparu. A votre avis, qui va découvrir le pot aux roses et gagner 5 livres ?
Mon avis – une disparition fort bien organisée – et un grand agacement de la part d’Hastings qui n’arrive pas à accepter les vantardises de Poirot. Pourtant il devrait le connaître, depuis le temps !

The Adventure of the Italian Nobleman (le Crime de Regent’s Court) – un médecin, voisin et ami de Poirot & Hastings passe la soirée avec eux, discutant aimablement d’empoisonnements criminels de toutes sortes, notamment à  l’arsenic.  La gouvernante du médecin arrive affolée = elle a reçu un appel téléphonique du comte Foscatini, un patient de son patron, appelant le médecin au secours. Lorsque le trio arrive chez le comte, celui-ci est mort et  bien mort, coup sur la tête avec une statuette (ça, quand on n’a pas d’ordre, c’est ce qui arrive). Trois repas avaient été commandés aux cuisines de l’immeuble (le comte vit dans une résidence où tous les services sont offerts aux locataires, qui n’ont dès lors besoin que d’un valet personnel). Celui du comte était parti lorsque les invités arrivèrent, donc pas de détails à leurs sujets. S’agirait-il d’un règlement de compte entre mafieux ? Poirot n’y croit pas du tout, ce qui l’intrigue c’est que le dessert, servi pour 3, comme tout le repas, n’a pas été terminé. C’est comme cela qu’il arrivera à la solution.
Mon avis – un peu tiré par les cheveux, mais pas trop ennuyeux, surtout dû aux théories romanesques d’Hastings. 

The Case of the Missing Will (l’Enigme du Testament de Mr. Marsh) – la jeune Violet Marsh a été élevée par un vieil oncle qui désapprouvait son envie de faire des études – selon lui, une femme ne doit connaître que des tâches ménagères et tenir un livre des comptes du ménage. Néanmoins, malgré leurs différences, l’oncle et la nièce sont restés en relativement bons termes. Mr. Marsh vient de mourir et a légué son petit manoir à sa nièce. Pour lui, elle n’a pas nécessairement les facultés intellectuelles qu’elle prônait et il la met à l’épreuve = elle a un an pour découvrir le testament dans lequel il lui lègue tout. Pendant un an, elle bénéficie du manoir et du confort que cela lui apporte, mais si au bout d’un an elle n’a pas découvert l’autre document, tout ira à des œuvres charitables. Miss Marsh vient donc solliciter l’aide de Poirot afin de découvrir le bon document.
Mon avis – amusant pour les théories ridicules que prônent les éléments masculins de cette enquête et aussi pour l’astucieuse manière dont l’oncle tente de tromper sa nièce qui est réellement plus fûtée que lui.

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POIROT INVESTIGATES, d'Agatha Christie - 1

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Titre français = les Enquêtes d’Hercule Poirot (1ère partie)

Introduction = Après avoir lu ce recueil des 11 premières enquêtes d’Hercule Poirot, je comprends mieux le maniérisme que Sophie Hannah a insufflé dans son 1er pastiche des nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot – effectivement la Duchesse du Crime aussi lui avait donné quelques tics exaspérants (comme râler parce que les poules ne pondent pas toutes des œufs de la même taille !) et sa manie de truffer ses phrases d’expression française.

J’avais trouvé que Ms. Hannah en faisait trop dans « The Monogram Murders », mais finalement elle est fidèle à l’image qu’Agatha Christie donnait de Poirot.

The Adventure of the Western Star (l’Aventure de l’Etoile de l’Ouest) – Mary Marvel, grande vedette de l’écran, consulte Poirot à propos de lettres de menaces, qui auraient été envoyées par un Chinois, concernant son fabuleux diamant « Etoile de l’Ouest », qui doit absolument être réuni avec son pendant « Etoile de l’Est ». Gregory Wolf, l’époux de Mary Marvel, a acquis ce bijou 3 ans auparavant ; la vedette et le metteur en scène ont été invités chez les Yardly, qui possèdent l’autre joyau. Pendant l’absence de Poirot, Hastings reçoit Mrs. Yardly qui confirme avoir aussi reçu des lettres de menace. Les 2 associés se rendent chez les Yardly, dont le mari fortement endetté, espère que le film que va produire Wolf pourra effacer toutes les dettes. Lorsque Mrs. Yardly veut leur montrer le bijou qu’elle porte, les lumières s’éteignent et elle est agressée. Bien sûr le bijou a disparu.
Un coup des Chinois pour Hastings, toujours prêt à trouver une explication sensationnelle et romanesque.
Mon avis – faible comme histoire. Ou alors je deviens blasée. Quelques légères traces d’humour au dépens d’Hastings.

The Tragedy at Marsdon Manor (la Tragédie de Marsdon Manor) – le directeur d’une importante compagnie d’assurances demande à Poirot d’enquêter sur la mort de Mr. Maltravers, qui a souscrit, il y a peu, une assurance sur la vie pour une somme importante. La situation financière de Maltravers n’est pas brillante et après avoir payé les premières primes, on pense qu’il s’est suicidé, en camouflant ceci en accident, avec un fusil destiné à abattre des corbeaux. La veuve ne touchera pas un denier s’il s’est suicidé.  D’autant plus que la veille, un ami de la famille ayant dîné avec les Maltravers leur a raconté une histoire de suicide similaire. Poirot et Hastings restent à dîner ; un étrange phénomène va alors se produire.
Mon avis – aussi faible que l’enquête précédente.

The Adventure of the Cheap Flat (L’Aventure de l’Appartement bon marché) – Hastings se trouve chez des amis où l’on discute le prix des appartements à louer. La jeune Mrs. Robinson explique qu’elle et son mari ont eu la grande chance de pouvoir louer, dans Knightsbridge, quartier luxueux et cher, un appartement dont le prix est réellement très abordable pour eux ; ils viennent d’y emménager. Or quand Poirot pose des questions à leur sujet, le gardien d’immeuble confirme que les Robinson habitent là depuis au moins 6 mois. Cela intrigue tellement Poirot qu’il loue un appartement dans le même immeuble, utilisant le monte-charge afin d’arranger les serrures pour enquêter dans l’appartement. L’inspecteur Japp explique à Poirot que d’importants plans de la marine américaine ont été volés par une espionne internationale , dont le signalement rappelle celui de Mrs. Robinson.
Mon avis – enfin une aventure qui vaut le détour. Poirot a tout compris dès le début, mais encore faut-il le prouver.

The Mystery of Hunter’s Lodge (Le Mystère d’Hunter’s Lodge) – Hercule Poirot est à  l’article de la mort = il est enrhumé ! Hastings et lui ont reçu la visite d’un certain Roger Havering, fils d’un baronet, marié à une ancienne actrice. La veille, alors qu’il était dans le salon de son club londonien, son épouse lui a fait parvenir un télégramme dans lequel elle l’enjoint de revenir immédiatement dans le Derbyshire car son oncle a été assassiné par balle. Il est exclu que Poirot se déplace, dans l’état dans lequel il se trouve !, et comme Hastings a très envie de lui prouver qu’il se trompe lorsque Poirot lui dit qu’il n’utilise pas ses petites cellules grises, Hastings accompagne Havering à Hunter’s Lodge avec la promesse de relater quotidiennement et fidèlement ce qui se passe. L’inspecteur Japp est déjà sur place. C’est la gouvernante, Mrs. Middleton, qui explique ce qui s’est passé avant le coup de feu fatal.  Japp ne peut arrêter personne à ce stade-là, car il n’a aucune preuve, mais malade ou pas, au fond de son lit ou pas, Hercule Poirot a tout compris.
Mon avis – moins faible que précédemment, mais pas non plus l’enquête du siècle.

The Million Dollar Bond Robbery (le Vol d’un million de dollars en bons) – Une mignonne jeune femme vient trouver Poirot afin qu’il résolve le mystère d’un vol sensationnel, dont son fiancé va être accusé d’avoir volé. Il était chargé du transport vers la succursale de New York de cette énorme somme d’argent sous forme de bons au porteur et chacun (ou presque) pense qu’il a commis une négligence ayant mené au vol puisque les bons se trouvaient dans sa malle blindée à bord du bateau de Liverpool à New York. En dehors du jeune Ridgeway, qui possédait la clé de la malle ? Pas besoin de courir à Liverpool ou New York pour le découvrir, d’ailleurs Poirot n’aime pas voyager, c’est bien connu.
Mon avis – je me demande comment on peut être aussi bête que de perdre un million de dollars de vue, mais bon je ne suis pas Poirot. Et c’était un peu ennuyeux au bout du compte, mais je suis comme Hastings, j’aime les histoires qui finissent bien pour les amoureux. 

à suivre ...

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20 janvier 2017

SOME LIE AND SOME DIE, de Ruth Rendell

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Titre français = Reviens moi

8ème enquête de l’inspecteur en chef Wexford

Le mois de juin est particulièrement chaud cette année à Kingmarkham, ce qui est idéal pour ce festival rock and pop qu’un « notable » du coin,  pseudo-hippie vieillissant,  a décidé d’organiser sur sa propriété.
Une foule bigarrée de jeunes hippies, jeunes gens et jeunes filles habillés de manière originale, arrivent de toutes parts, au grand déplaisir de l’adjoint de Wexford, le puritain sergent Mike Burden, veuf avec 2 adolescents, effrayé à l’idée que son fils pourrait se joindre à cette foule, d’autant plus que l’une des principales vedettes est le charismatique Zeno Vedast, auteur du mélancolique chant « some lie and some die ».
Wexford lui est plutôt amusé par ce festival, ne voit pas où est le mal que son adjoint semble redouter.

Pourtant, le dernier jour du festival, le corps d’une femme horriblement défigurée est retrouvé dans la carrière de la propriété.
Ce n’est pas le festival qui l’a tuée, mais bien quelqu’un de très en colère apparemment, qui s’est acharné sur le visage. L’arme du crime est près du corps = une bouteille de vin.
Ses papiers étant dans le sac à main de la victime, on l’identifie rapidement et selon le légiste, elle aurait été tuée et déposée dans la carrière 5 jours avant le festival.

La jeune morte est une jeune femme vivant à Londres, rendant visite de temps à autre à sa mère bien qu’elles ne s’entendent guère. Interrogeant la colocataire de Dawn, celle-ci confirme que la jeune femme avait un naturel mythomane ; ainsi avait-elle raconté connaître Zeno Vedast depuis de longues années.
Bien sûr sa colocataire ne l’a pas crue et pourtant, il semblerait que ce ne fût pas faux. Ils ont été en classe ensemble et Vedast, alors Harold, était bien reçu par la grand-mère de Dawn.

L’enquête de quartier fait appel à la mémoire de plusieurs personnes vivant non loin de la carrière, dont l’une d'elles devient tellement hystérique que Reg Wexford n’est pas loin de penser qu’elle ou son mari sont coupables.

La vedette du festival ne nie pas avoir connu Dawn dans sa jeunesse, mais c’était il y a longtemps. Mike Burden, non seulement ne le supporte pas, mais est choqué par la manière dont il vit en « ménage à trois » avec son secrétaire et l’épouse de celui-ci qui n’a d’yeux que pour la vedette. Mais dans quel monde vivons nous !
Malgré cela, l’inspecteur en chef Wexford n’a pas suffisamment d’indices pour accuser qui que ce soit ; les quelques suspects commencent à s’impatienter d’être sans cesse sur le gril, sans que cela mène à quoi que ce soit.

Il y avait bien longtemps que je n’avais plus lu un polar de Ruth Rendell – j’ai été ravie de retrouver l’inspecteur Reginald Wexford et son coincé d’adjoint, Mike Burden, qui a bien des difficultés à lâcher prise quand il s’agit de ses enfants.

Ici la romancière nous entraîne dans le monde de la pop, décrivant avec détails amusants la jeunesse qui défile dans KIngmarksham.
Elle nous fait entrer dans un monde où le narcissisme domine, où les enfants mal aimées s’inventent des vies qu’elles n’auront jamais, où manipuler les autres semble être une loi de la nature.
L’une des qualités de Ruth Rendell est la manière dont elle observe les caractères, les personnalités et les transmet au lecteur.

L’intrigue est fort bien menée, même lorsque l’enquête piétine, on n’a pas du tout  l’impression que le rythme du roman se ralentit.
Le roman n’est pas très gros, cela se lit non seulement facilement et vite, mais surtout on n’a nulle envie de lâcher l’histoire avant qu’elle ne soit terminée.

J’ai beaucoup apprécié. (sauf le titre français qui n’a rien à voir ! )

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PRINTER'S DEVIL COURT, de Susan Hill

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Le beau-fils du docteur Hugh Meredith reçoit un manuscrit, venant probablement de la collection de ce docteur de campagne, aimé de tous y compris des 2 fils de son épouse Eleanor. 
Laurie, lui-même médecin à Londres, est intrigué par le contenu du petit volume. Ce qu’il y lit le laisse particulièrement perplexe et relativement incrédule.
Son beau-père y relate sa vie à Londres, à l’époque de ses études médicales.

Au début du 20ème siècle, Hugh Meredith poursuit des études médicales à Londres, à l’hôpital St-Luke ; il occupe une chambre dans le « Printer’s Devil Court », un cul-de-sac qui semble s’être arrêté à l’époque de Dickens.
En plus de Hugh, il y a là 3 autres étudiants en médecin. L’entente entre eux est bonne et le soir, après le dîner, ils se retrouvent dans le salon commun afin de discuter médecine.
Lorsque 2 de ses co-locataires lui proposent, ainsi qu’à James, l’autre étudiant, de participer à des expériences médicales très poussées, véritablement innovantes dans le domaine médical, cela intrigue Hugh Meredith, qui accepte avec quelque méfiance, d’autant plus que les 2 jeunes gens ayant décidé des expériences, exigent un secret absolu. James a décidé de ne pas se mêler de tout cela et dès lors, l’atmosphère entre le quatuor change du tout au tout.
Finies les sympathiques soirées autour du feu de bois, à discuter médecine.

Lorsque les 2 étudiants expriment à Hugh que désormais ils sont prêts pour l’expérience magistrale, il les accompagne à St-Luke.
Ce à quoi il assistera cette nuit-là va bouleverser sa vie, au point de tomber malade.
Après s’être refait une santé, il s’installe comme médecin de campagne, tentant d’oublier totalement ce à quoi il assista ce jour-là dans les caves de l’hôpital.
Il est loin de se douter que quarante années plus tard, venu à Londres pour assister à une conférence de Laurie, son passé va le rattraper.

Susan Hill est une romancière habile à créer une atmosphère totalement fantasmagorique. Une fois encore, j’ai marché à fond dans cette expérience qui n’est pas sans rappeler celles du docteur Frankenstein. 

Ce court roman, pratiquement une novella, est construit comme la plupart des récits de fantômes de Susan Hill = un manuscrit arrive chez un ami, un membre de la famille comme ici ou simplement une connaissance comme dans « the mist in the mirror ». C’est un récit qui aurait totalement sa place dans un challenge « halloween » ; ayant envie de lire quelque chose de court, j’ai sorti cette histoire de ma pal – merci à Lewerentz qui m’a gentiment transmis le livre.

Petit plaisir supplémentaire à la lecture, le petit livre comporte quelques dessins très « époque » post victorienne.

17 janvier 2017

JOHN ATKINSON GRIMSHAW

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(illustrations de ce billet trouvées sur le site du peintre et dans la photothèque google) 

Peindre les villes et leurs atmosphères particulières –
comment en suis-je arrivée à m’intéresser à ce peintre, fort peu connu sous nos latitudes ?

En feuilletant le livre consacré aux pre-raphaelites, où il est fait une brève mention de ce peintre talentueux, pas suffisamment apprécié.

Inspiré par les poèmes d’Alfred Lord Tennyson, et la triste histoire d’Elaine d’Ascolat et de the Lady of Shalott (d’actualité pour moi qui suis une fois encore plongée dans les « Légendes Arthuriennes »), Atkinson Grimshaw peignit quelques scènes « féeriques », mais ce seront les scènes urbaines et nocturnes qui firent sa renommée.

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J’ai voulu en savoir un peu plus et ai abouti sur le site qui lui est consacré. Dans un premier temps, il fut influencé par James Tissot ainsi que par Alma-Tadema.
Aussi, parce qu’à la recherche d’une illustration sur une ville au 19ème siècle,  j’arrivai par hasard sur ce peintre dont  j’ignorais jusqu’à l’existence.

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Tout d’abord employé auprès des chemins de fer du nord de la Grande-Bretagne, il décide – au regret de ses parents – de se consacrer à la peinture après son mariage.

Autodidacte, Grimshaw exposa ses premières natures mortes. Lorsqu’en 1870 il était devenu assez connu, il eut les moyens de louer une résidence du 17ème siècle qu’il surnomma « Castle by the sea » - située au dessus d’une falaise.
Ce déménagement inspira à l’artiste pas mal de marines, peignant les docks, les bateaux et la mer.
Son vrai grand succès arriva lorsqu’il se mit à peindre des « extérieurs nuit » = des paysages nocturnes, des villes au clair de lune. Les villes qu’il peignit furent Glasgow, Leeds, Liverpool, Scarborough, Whitby et Londres.
Son style évolua peu au cours de sa carrière – il améliorait surtout sa propre vision des sujets, s’intéressait à la photographie  et utilisait parfois une camera obscura afin de jeter les contours de ses sujets sur la toile.
Il était particulièrement inspiré par les crépuscules, mais ses toiles, disait-on, véhiculait « la magie et le lyrisme des cités industrielles ».

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Park-Row,-Leeds

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Certaines de ses peintures m’ont fait penser à quelques toiles impressionnistes, d’autres m’ont fait penser à J.M. W. Turner, mais en bien plus sombre.
Cependant, enthousiasmée par ce que j’ai découvert de  cet artiste, j’ai eu très envie de parler un peu de lui afin de le faire connaître à d’autres personnes, et qui sait, leur donner envie d’en savoir un peu plus comme moi.

Sa vie,  pour raisons de santé, fut relativement brève, il mourut à 57 ans (cancer pour les uns, tuberculose pour les autres). Deux de ses fils furent aussi peintres. Il a été souvent copié et imité. 

Tout au début de sa carrière, il signait JAG, J.A. Grimshaw pour finalement opter définitivement pour Atkinson Grimshaw.

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16 janvier 2017

HERCULE POIROT & BRUXELLES

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Vous le savez désormais = Hercule Poirot est mon grand choucou littéraire - et j'aime aussi Bruxelles, où je me promène régulièrement lorsque je ne suis pas plongée dans l'une de ses aventures comme pour l'instant avec "POIROT INVESTIGATES" dont j'aurai  l'occasion de vous parler bientôt.
J'espère que ces petites anecdotes "littéraires" auront l'heur de plaire à vos yeux de lectrices/lecteurs avisés.

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Dans le recueil d'Agatha Christie, "POIROT'S EARLY CASES", mon Hercule unique et préféré apparaissait dans la nouvelle "The Chocolate Box/La Boîte de Chocolats", où il raconte à Arthur Hastings l'un des rares (le seul probablement) échecs qu'il connut dans sa carrière de détective, alors qu'il était encore policier à BRUXELLES, où il enquêta sur un accident (ou crime ?) commis avenue Louise.

 

 

 

 

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Dans le recueil de nouvelles "POIROT INVESTIGATES", qui parle des toutes premières enquêtes de Poirot, il en est une qui mène notre détective et son ami Hastings en Egypte, dans la nouvelle "THE ADVENTURE OF THE EGYPTIAN TOMB", où les protagonistes tombent comme des mouches, victimes de la malédiction de Men-Her-Ra, dont on vient de découvrir et ouvrir le tombeau.

Poirot, généralement, ne raffole pas de voyager mais n'a pas trop le choix dans ce cas. Hastings  est enchanté par l'aventure, Hercule Poirot râle sec à cause du sable. Lorsque son ami lui dit qu'il y a tout de même aussi du sable en Belgique, comme à Knokke sur mer, par exemple, Poirot lui répond d'un ton péremptoire = pas à Bruxelles !

 

L'ETE DES RATS, de Martine Cadière

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Un polar dédié à Prévert (selon la jaquette)

Plutôt un été avec Jacques (pour moi)

Quelqu’un a décidé d’éliminer certains résidents de la luxueuse maison de repos « le Vieux-Manoir », et probablement ruiner Blanche Farlac, en se basant sur un poème qu’aurait écrit Jacques Prévert dans le livre d’or du Vieux Manoir, au temps où c’était une hostellerie de qualité, tenue par la grand-mère de Blanche.
Ce poème écrit à la manière de l’inventaire de Jacques Prévert. Cela commence par le dentiste, ensuite ce sera le tour du pharmacien, où cela s’arrêtera-t-il ?

Blanche Farlac est catastrophée. Déjà elle n’arrive qu’au prix de grandes difficultés à sauver les apparences, à donner le change sur ses sentiments,  depuis son tout récent divorce.
Un homme qu’elle aimait « gentiment » dira-t-on, depuis l’enfance, avec qui hélas elle n’a pu avoir un enfant ; elle a donc reporté cette énergie à bien mener cette maison de repos fort coûteuse tandis que  lui, agacé d’être la 5ème roue d’une charrette, a préféré les bras d’une jeune personne qui se retrouve enceinte.
Et il assène cela à son épouse, sans réaliser qu’elle aussi a dû gérer le manque d’enfant du mieux qu’elle le pouvait.
L’égocentrisme des hommes est si douloureux parfois !

Elle se remémore l’été 1955, le plus bel été de sa vie, celui où Jacques Prévert fut pour un été de passage à l’hostellerie – Prévert aimait les enfants et s’occupait plus particulièrement de Blanche, dont il percevait la tristesse, la solitude.

Quelqu’un d’autre se souvient de cet été-là, et de tous les autres moments d’ailleurs, où ses parents métayers de l’hostellerie, subissaient les humiliations constantes du régisseur d’alors.
Ce « quelqu’un d’autre » est le tueur en série, qui a décidé d’éliminer tous ces êtres prétentieux, ces résidents d’un lieu où ils leur étaient interdits d’entrer lorsqu’ils étaient enfants, lui et ses frère et sœur.
Surtout ne pas déranger, se montrer, à ces gens possédant de l’argent donc le pouvoir.

Le lieutenant de gendarmerie François Chasteleneuil, dont l’épouse est enceinte, a fait appel à son ami Ange Mattéi – rencontré lors de l’enquête « la dernière danse de Joséphine ».

Peu d’indices, ce ne sera que par hasard, alors qu’un suspect a fini par avouer, qu’Ange Mattéi, mécontent de ces aveux trop faciles, finit par lire le poème-inventaire.
Mattéi va enfin pouvoir retrouver son Antoinette à Gargilesse, maintenant que l’affaire est résolue.

Comme toujours, je suis tombée sous le charme de l’agréable écriture de la romancière belge Martine Cadière – dans un style simple (mais pas simpliste), avec un vocabulaire plaisant à lire, elle propose ici une histoire policière, laissant surtout la place à cet homme plein de charme qu’était Jacques Prévert. C’est ce qui ressort non pas uniquement de ce livre, mais aussi de l’intéressante conférence que Martine Cadière proposa la semaine dernière à l’ULB.
Elle est une conteuse hors pair, non seulement c’est un régal de l’entendre parler de ce qu’elle aime, avec charme et passion, mais aussi par écrit où cette passion transpire.

Ici nous assistons à un récit à « 3 voix » = celle de Blanche Farlac, petite fille en 1955, année où Prévert aurait passé quelque temps dans le sud-ouest, quittant temporairement St-Paul de Vence ; celle du tueur en série (imprimée en italiques) et enfin, l’histoire actuelle en 2010, le polar que doivent résoudre Ange Mattéi et François Chasteneuil.

Les rats du titre = des rats gros comme des chats, qui infestent le ruisseau au bas du Vieux Manoir, et qui étaient fort hardis cet été-là.

Quel joli portrait elle nous brosse de Jacques Prévert – on ne peut que l’aimer cet homme, ce poète qui a parfois donné des « cauchemars » aux écoliers d’école primaire devant apprendre ces poèmes par cœur.
A côté de ce beau portrait, il y a une enquête qui met le lecteur sur des charbons ardents, car il est évident que l’assassin va frapper plusieurs fois, avant qu’il ne soit découvert.

Par contre les portraits que la romancière brosse des résidents de la séniorie ne sont pas toujours des plus avenants – et ils le méritent bien, avec leurs mesquineries et exigences sous prétexte de payer cher.
Ils m’ont tous fait penser aux personnes de ce que l’on  nomme pudiquement « le 3ème âge », que je rencontre lors des inscriptions facultaires de l’université inter-âges.
Le portrait d’Emilienne de Lacour m’a particulièrement fait penser à l’une de ces femmes qui se prennent pour ce qu’elles ne sont pas et qui s’imaginent que tout le monde est à leur disposition (j’ai, je l’avoue sans fausse honte, peu d’estime et d'indulgence pour les gens de ma génération qui s’imaginent que tout leur est dû)

Pour Martine Cadière, le roman policier est un excellent prétexte pour mettre en scène des personnages ayant réellement existé, qu’elle admire particulièrement et dont elle parle si joliment. Ainsi ai-je déjà eu le plaisir de découvrir = George Sand, Joséphine Baker, Françoise Giroud, Sarah Bernhardt, Colette, 5 femmes d’exception, auxquelles  se joint cette fois, un homme = Jacques Prévert.

A l'occasion de la conférence de Mme Cadière,
j'ai eu le plaisir de découvrir - lu par serge reggiani -
ce poème de Prévert 
que je connaissais depuis de longues années