mon bonheur est dans la ville

22 juin 2019

LE JARDIN D'ARLES, de Vincent van Gogh

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en ce début d'été, j'avais envie de laisser la parole à Vincent van Gogh, si talentueux, si méconnu de son vivant, si moqué et humilié

la normalité est une route pavée,
on y marche aisément, mais les fleurs n'y poussent pas

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20 juin 2019

LE MONTESPAN, de Jean Teulé

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Ils étaient jeunes, ils étaient beaux – elle surtout – ils se plurent et s’épousèrent. Comme cela, ce pourrait être un conte de fées, mais les contes qui commencent bien ne finissent pas toujours de la même manière. C’est ce qui attend le jeune marquis de Montespan et la ravissante Françoise de Rochechouart, un mariage qui commença sous les meilleurs auspices de l’amour – mais pauvre d’argent, puisque le jeune couple est bourré de dettes.

Françoise est pleine d’esprit, mais aime le jeu, la danse, se divertir, se surnommer Athénaïs, comme c’est la mode désormais en ce 17ème siècle placé sous le soleil de Louis le quatorzième – Louis-Henri serait parfaitement heureux à la campagne avec sa femme et leurs deux enfants – une fille, un garçon = un choix de roi. 
Mais elle aime tellement la vie mondaine, que Louis-Henri décide de partir deux fois à la guerre pour attirer sur eux la fortune – hélas, cela se soldera par deux fois par des échecs, surtout financiers.

Françoise-Athénaïs a pris goût à la vie de cour et surtout a attiré l’œil de ce prédateur qu’est Louis XIV, qui ne supporte guère qu’une femme lui résiste. Elle ne résistera donc pas.
Par contre, si elle espérait que cela fasse plaisir à son époux, elle se trompe largement – le fougueux Gascon (y aurait-il des Gascons non fougueux ? voyez Cyrano, ou d’Artagnan) ne supporte pas qu’elle soit entrée dans le lit du roi et il va le faire savoir. Foin des honneurs et prébendes (même si ceci concerne plutôt les ecclésiastiques au départ).

Il a bien décidé de faire connaître son infortune = il enterre son amour et maquille le carrosse funèbre de ramures de cerf (les cornes on le sait son le signe des cocus) remplaçant les plumets . Il va sans cesse se moquer, insulter la personne du roi, ce qui lui vaut d’être enfermé peu de temps puis exilé. Il va même tenter de séduire la reine, mais hélas elle n’est guère « appétissante » et il renonce. Il a aussi concocté autre chose = contracter la syphilis, pour la refiler à sa femme qui à son tour la refilera au roi, hélas sans succès ici aussi. Afin de peaufiner, si l’on ose dire, la mort de son amour, il termine les « funérailles » par une pierre surmontée d’une crois où sont écrites ses années de bonheur.

La vie de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, sera une suite d’humiliations.
Il n’hésitera pourtant pas à contester la figure royale, n’acceptant pas la monarchie absolue de droit divin. Lorsqu’elle aura perdu la faveur royale, Athénaïs lui demandera de revenir vivre auprès de lui, bien que tenté d’accepter (amour pas tout à fait mort), il refusera car à ce moment-là il est déjà fort malade, son médecin ne lui donne pas longtemps à vivre.

Deux enfants leur étaient venus, une fille qui mourra jeune et un fils, le marquis d’Antin (heureux d’avoir une chaussée à son nom dans Paris), odieux courtisan, reniant et son père et sa mère – faisant casser le testament de cette dernière, où tous ses biens devaient aller aux enfants qu’elle eut avec le roi.

Le fils était particulièrement enragé par le testament du père, il faut dire que la marquise avait été nommée exécutrice testamentaire par son mari, car ce dernier n’avait aucune confiance en son fils, ce en quoi il eut entièrement raison et tout exalté que fut le Montespan, il voulait préserver ses serviteurs et le village qui fut aimable avec lui.

Aussi lorsque le marquis d’Antin apprit que sa mère était au plus mal, il lui vola littéralement le testament qu’elle avait établi et le déchira. « On ne l’aurait pas une deuxième fois ! »

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Mon avis =  une biographie amusante, très vite lue,  essentiellement parce que j’avais envie de me divertir -  Madame de Montespan, via son mari – considéré comme le cocu le plus célèbre de son temps, ne sort pas vraiment grandie dans cette histoire.

On les retrouve temporairement dans le film « L’Affaire des poisons », avec une Danielle Darrieux superbement arrogante ; il y est montré refusant le titre de duc, pour empêcher sa femme d’être duchesse, titre qui la hausserait encore dans l’esprit de la cour.
Il semblerait que la belle dame ait été très superstitieuse.

Apparemment Jean Teulé s’est fort bien documenté avant d’écrire son roman, car tout semble y être relativement exact, écrit sur un ton des plus caustiques – d’un humour effronté, parfois facile et souvent rustre, mais ô combien cocasse et truculent, tout en restant sérieux sur le fond, à savoir les honneurs ou déshonneurs de ceux qui méprisent la couronne.

d'autres avis sur ce roman = critiquesLibres,  joelle-labibliothèquedudolmen, doucettement violette, legrenierdechoco,

THE BIGGEST LITTLE FARM, de John Chester

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Titre français = Tout est possible

Un documentaire sur l’envie de « faire autre chose », de montrer qu’une autre façon de travailler la terre est possible. Une chronique de 8 années de travail ininterrompu pour rétablir et retrouver un écosystème.

Une fable sur ce qui aurait pu n’être qu’un rêve, mais un rêve devenu réalité – une réalité parfois bien difficile, mais remplie d’apprentissages sur la nature, les animaux, les êtres humains – tous connectés de la meilleure manière possible = connectés entre eux, et pas nécessairement via internet.
C’est une belle fable sur la complexité de la nature, donc de la vie.

Molly est une cheffe renommée, qui avait son heure d’écoute à la télévision, John Chester son mari était réalisateur de documentaires.

Parce que le chien Todd  qu’ils avaient adopté dans un refuge dérangeait leurs voisins par ses aboiements, ils reçurent un avis d’éviction – comme il était exclu qu’ils se débarrassent du chien, ils décidèrent de trouver un lieu où il pourrait vivre sans « déranger » en dehors de la ville. Il se sont dirigés et ont acquis dans Ventura County où, pleins de d’enthousiasme – et une bonne dose de naïveté également – ils acquirent une grande propriété.
C’est là qu’ils construiraient leur rêve = une ferme. Pas n’importe quelle ferme, avec des arbres fruitiers, des légumes, des animaux – tout bio. Il leur faudra alors convaincre les banques de les financer (pas une sinécure) et lançant un appel sur le net, ils reçurent l’aide de tout un groupe de jeunes, aussi motivés qu’eux. Plus l’aide appréciable des deux frères mexicains, habitués à travailler la terre.

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La terre était malheureusement devenue pratiquement de la pierre en raison de la grande sécheresse – le réchauffement climatique n’est pas une illusion !  La nappe aquifère du domaine ne produisait plus rien et pourtant ils étaient bien décidés à aussi rétablir l’étang.
Finalement, devant une tâche énorme, ils firent appel à Alan York, spécialiste en bio-dynamique, qui émit de grandes idées pour leur ferme – qui les aida de ses conseils et visions de ce qui serait réalisable – malheureusement York décéda d’un cancer au cours du tournage, mais il est omniprésent dans les commentaires de John Chester qui raconte leur odyssée en voix off.

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Du sol totalement mort, ils rétablirent l’éco-système, des fruits, des légumes, des poules, une truie (Emma) qui avait tissé une amitié avec « Greasy » le coq rejeté par sa communauté, le retour des abeilles, l’étang et les oiseaux et poissons  – le documentaire est truffé de moments de multiples bonheurs mais aussi de grands découragements car à chaque réussite de la nature  correspondait un « fléau » envoyé par la nature (escargots, pucerons, gopher traduit par « gaufre » au masculin dans le dico - un géomydé - animal traduit inexactement par marmotte dans les sous-titres) et comme ils se refusaient à utiliser les habituels poisons de l’agriculture, ils trouvaient à chaque fois la solution au problème toujours grâce à la nature. 

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J’ai lu quelque part que le commentaire voix-off de John Chester était mélodramatique, hollywoodien, mais enfin que leur faut-il aux critiques cinématographiques ? bien sûr par instants c’est poignant – comment ne pas avoir ce moment de découragement face aux poules croquées par les coyotes ou les oiseaux se précipitant sur les arbres fruitiers ?
Ou la sécheresse qui menace, comme les incendies, ou  le vent ?

Depuis, Todd le chien, leur premier « bébé » comme ils l’appelaient est parti au paradis des chiens, après avoir pu passer une belle vie à l’extérieur, en aboyant tout son saoul s’il le voulait et ayant aussi accueilli le bébé, le fils de ses humains.

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Une petite conclusion toute personnelle = j’ai trouvé que ce documentaire illustrait parfaitement les paroles des écrivains suivants =

Le vrai rêveur est celui qui rêve de l’impossible (Elsa Triolet)

Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais (Oscar Wilde)
Et toujours d’Oscar Wilde = Il faut toujours viser la lune, car en cas d’échec on atterrit dans les étoiles 

 

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Le site de l'Apricot Lane Farms ici 

19 juin 2019

TWENTY-ONE DAYS, d'Anne Perry

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Titre français = un Innocent à l’Old Bailey

1ère enquête de Daniel Pitt (fils de ….)

En 1910, Daniel Pitt, jeune avocat assistant dans l’équipe de Marcus Fford Crofft, bureau d’avocats renommés – il reçoit parfois des causes à défendre tout seul, et l’une de celles-ci se termine sur un franc succès, lui valant la reconnaissance de l’accusé reconnu innocent et sa mère.
Il n’a même pas eu le temps d’attendre de connaître le véritable coupable, quoique sa plaidoirie ait orienté vers la personne en question ; il doit se rendre immédiatement à l’Old Bailey, pour assister l’ éminent avocat Kitteridge, pas vraiment enthousiasmé à avoir ce débutant à ses côtés, mais puisque son assistant habituel est malade, on fera avec !

L’homme à défendre est un certain Russell Graves, accusé d’avoir assassiné son épouse et de l’avoir défigurée. S’il est coupable, l’homme sera pendu – évidemment il clame son innocence haut et fort.
Ce Graves est un homme arrogant, désagréable, sûr de lui et montre un profond mépris au jeune Pitt qui ne comprend pas cette animosité, mais cela ne va pas tarder ; elle sera réciproque,  personne n’apprécie l’homme, même pas Fford Crofft, qui en fait repaye une dette à l’égard du père de Graves – ce dernier lui a d’ailleurs bien fait comprendre qu’il lui devait cette défense par son meilleur avocat.

Graves, qui est un biographe connu, a en chantier une biographie de Victor Narraway, grand ami de la famille Pitt et époux de tante Vespasia – tous deux décédés désormais, mais ayant de la famille qui pourrait être salie par cette biographie.
Graves a tendance à utiliser des faits avérés, mais de retourner la situation au point que les innocents paraissent coupables – sir Thomas Pitt, père de Daniel, et désormais chef de la « Special Branch » (ancêtre du MI 6) sera aussi gravement sali par cette biographie.
Graves nargue le jeune avocat, mais celui-ci est très professionnel et essaie de ne pas laisser ses sentiments personnels prendre le dessus.

Ketteridge et Fford Crofft n’aiment pas plus l’accusé mais ils doivent accepter de prouver son innocence dans le meurtre d’Ebony Graves, la justice doit suivre son cours. Selon Graves, on a monté ce crime de manière à lui faire porter le chapeau, et c’est probablement quelqu’un de la Special Branch.
L’épouse morte semblait avoir un caractère très fort, qui lui valait quelque animosité, mais généralement était appréciée pour son humour et surtout sa défense dans les différentes causes pour aider les femmes.

Le jury après délibération déclare l’accusé Russell Graves coupable. Les avocats ont 21 jours pour réunir des éléments dignes de faire appel.

Le directeur du bureau des avocats a une fille, brillant élément à Cambridge en médecine et chimie, mais hélas parce qu’elle est une femme on lui a refusé les diplômes donnant accès aux professions.
Elle va aider Daniel Pitt, grâce à ses compétences, car même si elle ne pratique pas la médecine, elle est capable de prouver certains faits.
Blackwell, l’accusé déclaré innocent grâce à Pitt, et Mercy Blackwell, sa mère, ont aussi décidé de prendre part dans la chasse aux indices pour aider les avocats à prouver avant le délai final que Graves est innocent.

Mais ils n’ont que vingt et un jour pour y arriver.

Mon avis = positif – c’est une série que j’ai envie de poursuivre (une de plus !), car tous les personnages sont sympathiques (sauf le biographe évidemment – il faut bien quelqu’un de désagréable dans cette histoire).
La série en est déjà au 3ème tome, Anne Perry écrit réellement très vite ! mais comme elle écrit bien, cela se lit vite aussi – son anglais est choisi, ce qui en rajoute au plaisir de lire.

Daniel Pitt est un personnage attachant, jeune, maladroit, mais totalement dédié à  son travail. De temps à autre, il pense à Jemima, sa sœur désormais vivant à New York, après son aventure de noel (voir ici).

Il rencontre son père aussi, dans le cadre de son enquête, et parvient à surmonter les doutes que l’odieux Graves a semé dans son esprit, lorsqu’il le visite en prison pour avoir des éléments de défense.

J’ai réellement apprécié cette équipe hétéroclite, bien décidée à aider le jeune avocat et ses supérieurs.

Ce n’est pas que je veuille faire mon intéressante une fois de plus, mais j’avais deviné un des points le plus important de l’intrigue, tout au début – cependant ce n’est pas parce que j’avais deviné ce point là que j’avais compris toute la trame de l’histoire.
Trame qui fait réellement penser à toutes les enquêtes de Charlotte & Thomas Pitt ou Hester & Monk.

Quant au titre de la version française, je ne le trouve pas particulièrement bien choisi, pourquoi ne pas avoir simplement traduit par « VINGT ET UN JOURS » - trop simple peut-être ?

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10 juin 2019

LA DERNIERE NUIT A TREMORE BEACH, de Mikel Santiago

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Titre original espagnol = La Ultima Noche en Tremore Beach 

Clenhburran dans le comté de Donegal, Irlande – 150 habitants pendant la morte saison, 800 pendant les vacances.

Le compositeur Peter Harper s’y est réfugié pour cause de dépression ; il n’arrive plus à composer, il est en souffrance en raison d’un divorce qui ne se passe pas trop bien, du moins pour lui, car son épouse a enfin découvert quelqu’un de responsable (c’est elle qui le dit), alors qu’elle ne pouvait jamais compter sur Harper.
Malgré ces difficultés du divorce, il a tout de même le droit d’avoir ses enfants pour les vacances et il les attend avec impatience.
Il a heureusement des voisins très sympathiques qui sont devenus des amis et, petit plus  agréable, il a fait la connaissance d’une ravissante jeune femme, la propriétaire du magasin pour touristes du lieu, où l’on peut aussi louer des livres et des films.

En attendant, musicalement,  il végète ; son manager l’appelle régulièrement pour lui rappeler qu’on est très vite un « has been » dans ce métier, aussi il faudrait que Peter se décide à se ressaisir.

Un soir, invité chez ses voisins et amis, alors que la météo déconseille de sortir de chez soi pour cause d’orage et tempête, il se laisse convaincre par son copain pour venir dîner chez eux.
On ne le répètera jamais assez, pendant un orage, on ne sort pas de sa voiture, on attend que l’orage passe. Comme il y a une branche d’arbre qui s’est mise en travers de la route, Peter imprudemment sort de son véhicule pour dégager la route et c’est là que l’accident se produit = il est frappé par la foudre.
Contrairement à la croyance populaire, on ne meurt pas nécessairement d’être frappé par la foudre, mais on est gravement atteint.
En tout cas, Peter Harper est salement atteint, et à partir de ce jour, il a des migraines épouvantables et des cauchemars récurrents.
Des cauchemars qui ressemblent à des prémonitions (sa mère était atteinte de ce don de double vue) et peu de personnes, les médecins compris, sont enclines à le croire.  
Pourtant ces cauchemars incluent ses enfants, ses amis. 

Peter Harper se retrouve donc seul avec ce qu’il pressent être un immense danger pour sa famille et ses amis. Comment arrivera-t-il à les convaincre, ou du moins à les sauver ?

Mon avis = un bon thriller psychologique – la montée d’adrénaline pour le lecteur sera dans les derniers chapitres, mais avant cela il aura « subi » les problèmes personnels du personnage principal. Qui n’est pas vraiment antipathique, mais quand même plutôt auto-centré comme tous les artistes.

C’est surtout le côté psychologique du roman qui m’a plu – j’ai apprécié la manière dont l’auteur fait partager les tourments du musicien qui n’arrive pas à composer, dont la vie est submergée par un divorce qui ne se passe pas vraiment bien – surtout parce qu’il n’arrive pas à accepter que son ex-épouse ait un nouveau mari, lui convenant mieux.

Je m’attendais à un peu plus de « fantastique », mais en réalité il s’agit tout simplement d’un « don de double vue » que possèdent souvent, paraît-il, les Ecossais et les Irlandais. Pas de quoi en écrire un roman, mais soit !
A en parler comme cela, on pourrait croire que je n’ai pas apprécié – ce serait une erreur, ce fut ce que j’appelle une « lecture estivale », avec un énorme rebondissement dans les tout derniers chapitres.

Il paraît que l’on surnomme l’auteur Mikel Santiago le « Stephen King » espagnol – n’ayant jamais lu Stephen King, et je ne pense pas que je le lirai un jour car les horreurs quotidiennes me suffisent – personnellement je ne suis pas certaine que Santiago soit du même acabit que King. Et puis, on le sait tous = comparaison n’est pas raison.

Merci à Lewerentz-lenezdansleslivres qui m’a gentiment envoyé ce livre – son billet ici.

Petit détail qui me plaît = la couverture de la collection Actes Noirs – cette maison sur la falaise, qui semble sur le point de s’écrouler, est une belle métaphore de la situation que traversent les protagonistes.


IL PLEURE DANS MON COEUR, de Paul Verlaine

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Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits ! 
Pour un cœur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !

Il y avait longtemps que je n'avais plus mis un poème en ligne - j'attendais celui qui me "parlerait" le plus en ce moment - et voilà ! Paul Verlaine, soudain, a surgi dans ma mémoire avec ce bel extrait de "Romances sans paroles". (ce titre choisi par Verlaine a été emprunté à Felix Mendelssohn Bartoldy. 

Le recueil dont est extrait le poème exprime des paysages intérieurs, de manière courte - qui ressemblent parfois à des moments de voyages mais aussi proches de la rupture avec sa famille.

Une douce mélancolie s'échappe de ces lignes - qui s'exprime non seulement sur le passage des jours, mais aussi à l'égard de la nature - de beaux moments exprimés avec élégance, même s'ils sont relativement tristes. 
Des mots simples pour des moments qui n'en sont probablement pas.
A peu de choses près, on se retrouverait dans un spleen très proche de Baudelaire.

"morning rain at hakone" pluie dans un tableau du peintre japonais Tsuchiya Kôitsu

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DES LARMES SOUS LA PLUIE, de Rosa Montero

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Titre original espagnol = Lagrimas en la lluvia

22ème siècle – les Etats Unis de la Terre tentent de faire vivre en bonne intelligence les réplicants ou techno-humains, à la vie limitée dans le temps, et les humains qui les avaient tout d’abord créés pour être leurs esclaves, puis petit à petit on avait donné des « mémoires » à ces répliquants, qui ont du coup l’impression de vivre « normalement » ou presque.
Bruna Husky est l’un de ces réplicants – elle est une réplicante de combat, elle est détective privé et, plutôt souvent en ce moment, lui vient le décompte des années qui lui restent à vivre ; souvent aussi lui revient le souvenir de l’homme qu’elle a aimé et qui étant arrivé à son TTT (temps de terminaison) a tellement souffert qu’elle redoute le moment pour elle.

Pour l’instant, elle a toutefois d’autres préoccupations = sa voisine, une réplicante aussi, entre dans son appartement en hurlant « tuer Bruna Husky », cette dernière a toutes les peines du monde à calmer la rep qui s’arrache un œil – Husky la fait conduire à l’hôpital, mais pour sa voisine, il est déjà trop tard.
Bruna Husky est alors approchée par Myriam Chi, chef du mouvement radical replicant, qui lui confirme que sa voisine n’était pas la seule – d’autres techno-humains ont aussi un tel comportement, des crises de folie meurtrière, mettant la vie d’humains en danger. Chi confie l’enquête à Husky, mais peu après, elle est aussi victime d’une espèce de foliE meurtrière, se fait exploser au milieu d’humains.
L’inspecteur de police Lizard à son tour contacte Husky pour apprendre ce qu’elle sait. La rep est quelqu’un qui travaille seule, elle ne porte pas vraiment la police dans son cœur.

L’amante et seconde en charge de Myriam Chi s’attaque aussi à Bruna Husky, heureusement celui qui leur succède temporairement souhaite que la détective poursuive cette enquête dangereuse.
Bonne copine avec le légiste, la rep apprend que les mémoires des victimes cum assassins ont été altérées pour faire sombrer les replicants dans des délires paranoïaques. 

Il apparait de plus en plus évident que quelqu’un (mais qui ?) veut semer la haine entre humains et techno-humais – surtout le chef du mouvement suprématiste, Hericio, qui n’hésite pas à lancer des appels à la haine raciale sur tous les écrans de télévision qui jalonnent la ville.
Et sa campagne semble réussir car désormais les replicants se cachant, les humains en ont peur.

Ce qui semble aussi surprenant est que, parallèlement à cette campagne de haine, les archives ont été manipulées – Yiannis, le vieil ami d’Husky, qui partage des informations importantes avec elle, est très mal à l’aise lorsqu’il réalise ces manipulations.   
Oui il y a complot et un complot d’une envergure mondiale, qui risque de déboucher une fois encore sur une guerre.
Inutile de confirmer que plus elle tente de s’approcher de la vérité, plus la vie de Bruna Husky est en danger, elle va même être carrément dans l’œil du cyclone.

Mon avis = un grand clin d'oeil à "Blade Runner" et un bel hommage aussi à ce film adapté d'une nouvelle de Philip K. Dick, le titre d’ailleurs prend sa source dans la phrase que prononce le chef des réplicants renégats avant de mourir =

« J’ai vu tant de choses, que vous humains ne pourriez pas croire…. Tous ces moments de perdront dans l’oubli comme des larmes sous la pluie ».

Pour moi, le livre de Rosa Montero est aussi une très belle histoire de compréhension de l'autre, d'acceptation de la différence, sur la durée de vie et l'angoisse qu'elle provoque - une histoire qui n'aurait pu être qu'un simple récit de sci-fi mais qui finalement va bien au-delà si on lit entre les lignes.

J’ai bien aimé le personnage de la détective rep, solitaire et pourtant à la recherche d’une amitié sincère – Bruna Husky, que son « psy » a surnommé « l’ourse », un animal qui envers et contre tout vit seul, y puise sa force.
J'espère que les lecteurs auront le plaisir de découvrir une autre enquête de cette détective rep un jour prochain (avant le 22ème siècle si possible =^-^=)

Située dans un futur éloigné (22ème siècle), mais est ce si éloigné que cela puisque tout est déjà connecté – l’image que les auteurs de sci-fi ont de l’avenir est assez inquiétante – voir la philosophie de « 1984 » qui était de l’anticipation lors de son écriture et qui est tellement présente désormais.

Il y a des moments d’humour, un peu noir parfois, mais aussi beaucoup d’émotion. Une lecture que je recommande, même si l’on n’apprécie pas la sci-fi.

le billet de maggie qui m'a donné envie de lire ce livre ici

cette reproduction d'un tableau de vermeer se trouve dans l'appartement de bruna husky
qui aime à le regarder pour calmer ses angoisses

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06 juin 2019

ROCKETMAN, de Dexter Fletcher

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Titre français = identique

Scénario de Lee Hall, avec l’aide d’Elton John

C’est l’histoire d’une résilience qui prit de nombreuses années, mais quel courage et quelle force de caractère. C’est l’histoire d’un talent qui fut exploité par d’autres ayant compris tout ce qu’ils pourraient tirer de ce phénomène à la voix superbe, reconnu par tous.

Le jeune Reggie (Reginald) Dwight est élevé par une mère plus préoccupée d’elle-même  et prétendant qu’elle passe son temps à se sacrifier, obsédée par la tenue de sa maison et d’un père absent pour son travail, mais « absent »  aussi lorsqu’il est chez lui, d’une froideur à couper tous les élans d’un fils qu’il n’aime apparemment pas.
Seule la grand-mère témoigne de l'affection au petit garçon, le lui fait comprendre et reconnaît très vite son immense talent. Et l’encourage à entrer à l’académie royale de musique.
Peu à peu Reggie s’intéresse au rock&roll et commence à jouer avec un groupe anglais « The Bluesology ».

Devenu adulte, il a pour manager Ray Williams, qui lui présente Bernie Taupin. Ce sera le début d’une belle amitié et d’une belle collaboration musicale. Taupin comprend aussi l’homosexualité de son ami, mais lui dit qu’il l’aime mais pas de cette manière-là, il est son frère.

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Après s’être produit au « Troubadour » à Los Angeles où le succès fut grandiose, Elton John est approché par un certain John Grey qui décide de devenir son manager, licencie Ray Williams et Dick James qui donnèrent sa chance à Elton John et commence à transformer le musicien, à lui donner une image d’excentricité qui va allumer le public.
En même temps, les deux hommes commencent une relation, mais l’influence de Grey sur Elton John va s’avérer fatale – il l’introduit à la cocaïne, à d’autres drogues et à l’alcool, jusqu’à la tentative de suicide du chanteur-musicien.

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Elton John a toujours des problèmes pour accepter son enfance, et l’alcool et les drogues le font se victimiser, il développe une paranoïa à l’égard de tous, convaincu que personne ne l’aime. De plus en plus « abîmé » moralement par les drogues et l’alcool, il se dispute avec Bernie Taupin, et exclut sa mère de sa vie. Ne parlons même pas de son père, chez qui il s’est rendu et où il a pu constater que ce dernier a un tout autre comportement avec sa nouvelle famille. Et il ne daigne toujours pas assister à un concert de son fils, ni écouter sa musique.
A force d’abus de médicaments et alcool, il fait une crise cardiaque – John Reid minimise les faits et oblige Elton à remonter sur scène – finalement le chanteur comprend qu’il a été manipulé depuis le début et décide d’entrer en cure de désintoxication.

Les relations avec Bernie Taupin se renouent – toute l’amitié reste inchangée entre ces deux personnes de grand talent.

Elton John peut remonter sur scène désormais, sans les excès, avec le talent intact.

Mon avis = gros, vraiment très gros,  coup de cœur pour moi que ce biopic retraçant les jeunes années d’Elton John, avec tous ses excès vestimentaires ou autres (alcool, drogue, sexe), mais surtout avec l’immense talent d’Elton John et Bernie Taupin – brillamment interprétés par Taron (prononcez Taran, signifiant « tonnerre » en gallois) Egerton et Jamie Bell, le merveilleux Billie Elliot d’excellente mémoire. 
Taron Egerton assume en personne tous les numéros musicaux et chansons de John.

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Il s’agit d’un film musical, avec de beaux moments chantés et dansés – les coups de cœur ressentis sont ceux réveillés par des souvenirs personnels, ce fut une séance  cinématographique remplie d’émotion pour moi (je suis de la génération Elton John).

La mise en scène est colorée, endiablée, parfois même somptueuse. Le film se présente sous la forme de flash-backs, pendant qu’Elton John raconte sa vie au groupe des alcooliques anonymes, nous remontons avec lui l’histoire de sa vie.

Les autres protagonistes sont = Bryce Dallas Howard, interprétant la mère égoïste d’Elton John/Reginald Dwight, méconnaissable en brune, mais surtout montrant enfin un  vrai talent d’actrice, ce qu’elle n’a pas vraiment eu la chance de montrer dans les récents « Jurassic Park ». La tendre grand-mère est jouée  par Gemma Jones, et John Grey, qui n’est pas montré sous son meilleur jour, interprété par Richard Madden. Le père d'Elton John est joué par Steven Mackintosh.
Dick James et Ray Williams, les premiers à donner sa chance à John, sont joués par Stephen Graham et Charlie Rowe.

C’est aussi l’histoire d’une magnifique amitié, qui dure toujours, entre un écrivain/poète auteur de textes magnifiquement mis en musique par un talentueux musicien, qui disait ne pas savoir écrire.

Elton John est désormais sobre, et ce depuis 28 ans – il est marié et avec son mari David Furnish, ils ont adoptés deux petits garçons qui, selon Elton John, n’aiment pas vraiment la musique de leur père, ils préfèrent écouter ACDC quand il les conduit à l’école.
Elton JOhn se consacre aussi à des oeuvres de charité, notamment dans la lutte contre le sida; par ailleurs il aide de jeunes musiciens à réaliser leur rêve.

Quant aux scènes de sexe entre Elton et John, elles sont loin d’être choquantes, je ne vois pas trop pourquoi Vladimir Poutine a trouvé nécessaire de les censurer.

 

28 mai 2019

THE WEED THAT STRINGS THE HANGMAN'S BAG, d'Alan Bradley

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Titre français = La Mort n’est pas un jeu d’enfant

2ème enquête de Flavia de Luce, apprentie chimiste et détective amateur

Bishop’s Lacey est un bucolique village anglais qui semble tout droit sorti d’un conte de fée. Seulement, on le sait, les contes de fées ne sont pas nécessairement des histoires pour enfants et Bishop’s Lacey n’échappe pas à la règle = le crime y arrive parfois.
Cette fois, c’est sous la forme d’un célèbre montreur de marionnettes, célèbre à la télévision avec son personnage d’écureuil ; de temps en temps, en été, il « tourne » avec son spectacle de marionnettes à travers la campagne anglaise. Bishop’s Lacey n’est pas un endroit nouveau pour lui, il rend régulièrement visite à un paysan des environs.
Ce couple de fermiers a fait face, six ans auparavant, à la mort de leur petit garçon, retrouvé pendu dans un bois jouxtant la propriété. On a même pensé, à l’époque, que c’était Mad Meg, une vieille dame vivant dans les bois, qui l’avait pendu, puisque c’est elle qui trouva le pendu en hurlant que « le diable l’avait emporté ».

Flavia de Luce, la cadette du domaine de Buckshaw, est toujours très appréciée dans le village – elle rend de menus services et grâce à cela, parvient à tirer les vers du nez des habitants trop heureux de cancaner, tout plutôt que de rester près de ses pestes de sœurs.

Lorsqu’arrivent le montreur de marionnettes et sa compagne, ils ont l’intention de monter un spectacle pour le dimanche, deux sessions, la plus importante étant le soir ; les fonds leur seront bien utiles, car le « van » où se trouve les décors et matériel est en piteux état.
La jeune fille réalise aussi que le montreur de marionnettes connaît bien Bishop's Lacey et bien sûr cela l'intrigue au plus haut point.
Il n’en faut pas beaucoup à Flavia pour réaliser que le dénommé Rupert le marionnettiste est un infect bonhomme avec sa compagne, les bleus sur les bras en attestent. Sans parler des insultes.
Flavia, toujours curieuse, propose ses services auprès du pasteur du village et son épouse, d’autant plus que le spectacle aura lieu dans la salle des fêtes de la paroisse.

Lorsque le spectacle de l’après midi se produit, devant un public très réduit, ledit public est scandalisé de constater que dans l’histoire de « Jack et les haricots magiques », la marionnette « Jack » a le visage du petit garçon mort 6 ans auparavant. Tout le monde se demande comment les choses tourneront lorsque la mère de l’enfant constatera ce manque de goût.
Le spectacle du soir sera de courte durée, au moment où le géant descend du haricot ayant germé, les lumières s’éteignent – quand elles se rallument, on constate la mort du marionnettiste, électrocuté ! Pour Flavia, et l'inspecteur Hewitt qui fait partie des spectateurs, le meurtre ne fait aucun doute. 

Flavia aimerait pouvoir immédiatement participer à l’enquête, mais l’inspecteur Hewitt lui fait comprendre que ce n’est pas sa place ! pffft qu’à cela ne tienne, Flavia enfourche sa bicyclette Gladys et se met à parcourir la campagne et le village à la recherche d’indices – et tant pis pour l’inspecteur, elle n’est pas certaine de partager ses trouvailles avec lui. Il lui faudra cependant être prudente, jouer au détective peut s’avérer dangereux et il est évident que quelqu’un tire les ficelles dans ce jeu de chat et souris.

Mon avis = une fois encore, triple ban pour Flavia de Luce, un grand compliment pour moi qui supporte mal les ados. Mais elle n’est pas votre classique ado (sauf avec ses deux sœurs, qui sont de toute façon, de vraies pestes), non seulement elle est une excellente chimiste (désolée Sherlock Holmes, elle est aussi,  sinon plus, forte que toi), de plus elle est très astucieuse, en traitant en fait l’étude et la solution d’un crime de la même manière qu’elle manipule ses cornues dans son laboratoire, pour arriver à la solution.

J’ai trouvé l’histoire légèrement tirée en longueur, mais j’avais aussi deviné la personne coupable avant l’inspecteur Hewitt.  L’écriture m’a parfois un peu surprise par le ton légèrement argotique, heureusement facile à comprendre lorsqu’on connaît un peu l’anglais.
En tout cas, le village où se trouve le domaine des de Luce vaut bien St-Mary-Mead, où Miss Marple côtoie la méchanceté humaine quotidiennement.

Pour ce qui est de la méchanceté humaine, ou disons plutôt « fraternelle », Flavia de Luce en a plein les mains avec ses deux pestes de sœurs aînées – elles la tyrannisent systématiquement, lui disent des méchancetés telles que le fait que c’est à cause d’elle que leur mère est morte, fuyant le domaine pour l’Himalaya où elle mourut dans une crevasse ; elles lui disent aussi qu’elle est une enfant trouvée, que personne ne veut d’elle et que leur père a bien l’intention de la renvoyer dans l’orphelinat dont elle est issue. J’ai toujours un peu mal au cœur de lire ces propos détestables des aînées à l’égard de leur cadette, mais heureusement celle-ci concocte régulièrement une petite vengeance sous la forme d’une formule chimique. 

Cette famille de Luce est plutôt étrange, intéressante à observer = étonnamment dysfonctionnelle, avec un père totalement réfugié dans sa collection de timbres postaux – comme le roi George VI -  les trois filles qui en dehors de leurs études n’ont guère d’occupation – sauf Daphné, le rat de bibliothèque et Flavia, la cadette, future chimiste et grandement intéressée dans les crimes qu’elle aide à résoudre ; l’aînée, Ophelia, préférant passer ses journées devant les miroirs.

Il faut dire que le domaine Buckshaw est perclus de dettes et l’excentrique tante Felicity ne peut guère les aider financièrement.
Reste encore Dogger, l’homme à tout faire du domaine, souffrant de stress post traumatique depuis la guerre, mais qui a souvent des grands moments de lucidité, et il est le parfait allié de Flavia.
Ce sont surtout ces deux personnage-là que j’aime à retrouver dans les intrigues. Ainsi que le village.

27 mai 2019

THE CONSTANT PRINCESS, de Philippa Gregory

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La version TRES romancée de la vie de Katherine d’Aragon, première épouse d’Henry VIII – une lecture typique de vacances, lue en une journée, presque en diagonale car bien que l’écriture de Philippa Gregory soit belle, il est évident qu’elle a réellement « brodé » autour de l’histoire vraie ou fausse de la virginité de Katherine d’Aragon, virginité mise en doute par le roi  afin de pouvoir divorcer et épouser Anne Boleyn. Le roman se termine d’ailleurs sur Katherine d’Aragon appelée par le tribunal  du roi afin d’accepter le divorce.

L’histoire se concentre essentiellement sur la jeunesse de la reine, lorsqu’elle était Catalina d’Aragon, fille cadette des rois d’Espagne, ayant vécu jusqu’à 6 ans près des  champs de bataille de la guerre de ses parents contre les Maures.
L’alliance fut signée lorsque la petite fille avait 3 ans, alliance qui la fiançait à Arthur Tudor, fils aîné d’Henry VII  Tudor.  Après un voyage en mer plus que chahuté, la jeune Catalina arriva à Plymouth au lieu d’arriver par la Tamise, la mer n’étant guère favorable. Un premier contact avec son futur beau-père fut négatif, un type peu éduqué sur les habitudes espagnoles et bien décidé à casser les habitudes espagnoles de la jeune fille.

Les  premières rencontres avec son fiancé Arthur ne se passèrent pas du mieux, mais finalement alors qu’ils sont enfin seuls au château de Ludlow au Pays de Galles, les jeunes gens se parlent et réalisent qu’ils ont une vision semblable sur la gestion d’un pays – ce rapprochement les réunit au lit et  le mariage est consommé.
Hélas le jeune Arthur succombe à la suette, cette maladie amenée par les mercenaires d’Henry Tudor, ceci seulement 5 mois après le mariage.  
Avant de mourir, Arthur lui arrache la promesse qu’elle épousera son jeune frère Harry (le futur Henry VIII) afin de mettre leurs idées en œuvre pour le bien de l’Angleterre – pour cela elle devra nier toute consommation du mariage, si elle est toujours vierge, le mariage avec le prince de Galles est considéré comme nul et il n’y a donc aucun obstacle à épouser son frère (une clause dans la bible empêche qu’un frère épouse la femme de son frère).
Il y a cependant un obstacle,  majeur celui-là = la reine-mère, l’abominable bigote Margaret Beaufort, qui a la main mise sur toute la famille = fils et petit-fils ne peuvent pas lever le petit doigt sans son accord !

La jeune Catalina est alors retenue au château de Durham, où elle est pratiquement prisonnière, vivant dans le dénuement le plus complet.
Henry Tudor est un homme vindicatif (défaut dont a hérité son fils cadet) et elle a refusé de l’épouser lorsqu’elle a compris qu’elle ne servirait qu’à lui donner d’autres enfants.
Elle parvient à négocier un mariage avec Henry, mais elle apprendra plus tard que malgré des fiançailles officielles, celles-ci ont été annulées sans qu’elle le sache – son père Ferdinand d’Aragon refusant de payer la 2ème part de sa dot.
Sa mère Isabelle de Castille étant morte, elle ne peut plus intercéder pour aider sa fille.

Dans son malheur et sa solitude, heureusement Catalina a une amie = Margaret Pole, cousine royale, dont le frère Edward prétendant à la couronne a été condamné à mort pour soi-disant trahison. 
En principe Margaret devrait être reine, mais surtout pas de femme sur le trône à ce moment-là ! sauf en qualité de reine consort, juste bonne à donner des enfants pour assurer la succession des Tudors (les vrais usurpateurs, même pas descendant d’une lignée royale).

Finalement après 7 années de misère, Catalina, infante d’Espagne, épouse Harry, prince de Galles ; elle parvient à faire comprendre à son jeune mari, lorsqu’il est couronné roi, de peu à peu se défaire de l’influence de Margaret Beaufort, après tout sa grand-mère devrait pouvoir se reposer (hypocrite !). la vieille reine-mère  meurt peu après, le repos n’a pas dû lui réussir.
Et elle devient Katherine d’Aragon, reine d’Angleterre. Elle défendra l’Angleterre contre l’insurrection écossaise, pendant que son mari guerroie ailleurs. Là où elle échoua complètement sera de donner un héritier mâle à la couronne.
Cependant, Mary la seule de ses enfants qui vivra deviendra reine après la mort du jeune roi Edward VI qui nomma ses deux sœurs à sa succession.

Mon avis = une parfaite lecture de vacances, sans prise de tête, très vite lu (en un jour et une soirée), surtout ne pas y chercher toute la vérité historique, c’est un vrai roman, dont seule une partie historique est avérée.
D’ailleurs, le très misogyne historien britannique David Starkey n’a jamais hésité à dire qu’un roman historique n’est rien d’autre qu’un roman – ce en quoi il a raison, surtout en ce qui concerne Philippa Gregory.
Elle se documente toujours de manière approfondie pour écrire ses romans historiques, mais ils sont surtout cela = des romans. Au début, il paraît que cela la vexait un peu, parce qu’elle aurait aimé être considérée comme historienne à part entière, mais elle est revenue sur ces propos en reconnaissant que ce qu’elle aimait surtout était d’adapter l’histoire pour distraire le public.

« The Constant Princess » oscille entre le récit à la 3ème personne (historique) et les pensées de la jeune princesse (1ère personne, en italique)

Ce qui est  exact dans le roman, est la partie consacrée aux grossesses d’une reine – d’abord interdiction formelle de toucher la personne royale, elle est sacrée, ensuite pas de légumes, d’ailleurs apparemment les Anglais ne connaissaient que les légumes bouillis et encore ! ils n’avaient jamais entendu parler de salades et autres crudités, quant aux fruits = seulement en confiture ou pochés.
Quant aux grossesses, c’étaient les sages-femmes qui s’en occupaient, et apparemment l’hygiène ne faisait pas partie de leurs « connaissances » - pas étonnant dès lors que beaucoup de femmes mourraient en couches.
L’hygiène la plus élémentaire ne régnait pas en maître = les Anglais se lavaient une fois par an, changeaient très peu de linge.  Il n’est donc guère surprenant qu’ils utilisaient, du moins les nobles, des onguents et des parfums pour éviter les odeurs.
Si seulement les très religieux rois d’Espagne, en boutant les Maures hors d’Espagne, n’avaient pas supprimé toutes les écoles de médecine, les universités où brillaient les Maures – tout ou presque fut brûle, y compris les savants qui refusaient de se convertir. L’inquisition régna en maître.

David Starkey, de son côté, a consacré tout un essai à Henry VIII, surtout à ce roi ; l’historien reconnaît qu’il était un tyran et totalement paranoïaque comme tous les tyrans, mais que trop d’historiens (d’historiennes surtout) ont consacré des essais aux femmes du roi. Que ce soit Antonia Fraser, Alison Weir, Lucy Worsley et quelques autres, toutes les historiennes  se sont surtout penchées sur celles qui eurent le malheur de capter le regard du roi.

25 mai 2019

LA MORTE DELLA FARFALLA, de Pietro Citati

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 Zelda & Francis Scott Fitzgerald

Titre français = La Mort du papillon

Lorsqu’un papillon approche trop ses ailes près de la lumière, il se consume totalement. Cette métaphore a été particulièrement bien adaptée aux Fitzgerald par Pietro Citati.

La flamboyante Zelda, née Sayre, la belle du sud, la « flapper » de l’époque du jazz et le non moins flamboyant Francis Scott Fitzgerald ne pouvaient que se consumer aux excès de leur vie.
Leur amour, trop entier, trop possessif, trop jaloux, ne pouvait pas durer – surtout lorsque Scott Fitzgerald, lisant le journal intime de son épouse, réalisa qu’elle aurait pu être un  meilleur écrivain que lui – il n’hésita donc pas  à y piocher des idées pour ses romans, sans le lui dire.

Ce qu’il ne savait pas, et elle probablement pas non plus (on évitait de parler de ces "choses" dans les bonnes familles), c’est qu’il y avait des cas de suicide, dépression grave et même schizophrénie dans la famille – et la malheureuse Zelda en développa rapidement les stigmates, que l’alcool n’arrangea certainement pas.
De New York à Paris, jusque dans le sud de la France, ils s’aimèrent, se disputèrent, firent d’excellentes rencontres – Ernest Hemingway notamment, à Paris, qui détesta Zelda prétendant qu’elle empêchait Scott de se réaliser.
C’est surtout l’alcool et les nuits blanches qui empêchèrent Francis Scott Fitzgerald de se réaliser pleinement dans l’écriture et ce malgré des romans excellents, que l’histoire de la littérature américaine nous a livré.

Malheureusement pour lui, Zelda écrivait aussi bien que lui et lorsqu’il découvrit « Save me the Waltz », sa rage à lui fit en sorte que le roman disparut rapidement des librairies. Il n’hésita pas à la rabaisser dans son écriture, au point que plus jamais elle n’écrira. Après l'amour, la vie se teinte de beaucoup d'acrimonie.

Les êtres surdoués suscitent toujours de la jalousie, ils éteignent ceux qui les entourent . Zelda fut aussi peintre, elle termina une série de peintures lorsqu’elle était dans la maison de santé/asile en même temps que Francis terminait « Tender is the night », que Pietro Citati considère comme le meilleur ouvrage de l’auteur américain, son plus personnel surtout.

Zelda voulut également se remettre à la danse classique, dans laquelle elle excellait jeune.
Hélas on ne se remet pas à la danse à 25 ans passés, en espérant devenir une dauseuse étoile – lorsque son professeur de danse le lui fit comprendre, la jeune femme sombra à nouveau dans de graves crises, qui finalement eurent raison d’elle et fit que l’on dut l’enfermer, après des tentatives de suicide.

Ces deux êtres, malgré un amour certain au début de leur rencontre, n’étaient pas faits pour vivre ensemble, le mariage fit leur perte.
Lui sombrant dans l’alcool, elle dans un état dépressif et une folie héréditaire.

Mon avis = un plaisir de lecture (en italien, il y avait longtemps =^-^=) – une biographie qui saute parfois du coq à l’âne, la vie des Fitzgerald n’étant guère rectiligne – d’où un billet sans doute un peu décousu.
La vie des Fitzgerald m’a toujours fascinée, surtout comment deux personnalités aussi fortes puissent autant se détruire au lieu de se compléter 

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Pietro Citati est écrivain et critique littéraire – il est né à Florence, Italie en février 1930.
Après des études littéraires, il déménagea avec sa famille en Ligurie en 1942, la demeure familiale ayant été bombardée.
C’est là qu’en autodidacte il se lança dans l’étude de Shakespeare, Lord Byron, Platon, Homère, Dumas père, Poe.

Après la guerre il obtint un diplôme en lettres modernes à l’université de Pise. Il entame une carrière de critique littéraire dans des revues diverses, où il côtoya Pasolini notamment. 
Dans les années 1970 à 1980, il fut chargé des articles culturels dans le quotidien Corriere della Sera ; ensuite il passa à la Repubblica.

Pietro Citati est considéré comme le meilleur critique littéraire de son temps.
Il considéra que le prix Nobel de littérature attribué à Le Clézio pour l’ensemble de son œuvre fut une grossière erreur considérant Le Clézio comme un auteur médiocre. Sympa !
Lui-même a reçu plusieurs prix, il s’est aussi consacré aux biographies de personnages illustres de la littérature  =  Katherine Mansfield, Jane Austen, Virginia Woolf et quelques autres.

Son livre Ritrati di donne n’est apparemment plus disponible en langue italienne – je me contenterai donc de le lire en français pusqu’il dort dans ma pal pour le moment.  

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24 mai 2019

L'IDEE RIDICULE DE NE PLUS JAMAIS TE REVOIR, de Rosa Montero

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Titre original espagnol = La ridicula idea de non volver a verte

Cela avait commencé par une demande d’écrire une préface au journal de Marie Curie, qu’elle tint après la mort brutale de son époux Pierre Curie traversant,  distrait, devant un camion hippomobile. Ayant glissé sur le macadam mouillé, le conducteur de la voiture n’a pu arrêter les chevaux  pour éviter le scientifique qui blessé à la tête mourut sur le coup.

Commence alors un récit mêlant habilement la biographie de Marie Curie avec des réflexions sur l’amour et la mort, l’autrice ayant elle-même perdu son époux peu de temps avant ce livre.
Le livre est aussi une belle réflexion sur le féminisme, la vie des femmes dans le passé et au présent, leur place dans la société.

On découvre une Marie Curie réellement petite mère courage (mais ça on le savait), dont les photos semblent toujours montrer une femme à la limite acariâtre, alors qu’elle était probablement timide et introvertie.
Depuis toujours elle se dévouait pour sa famille polonaise, avait dû renoncer au mariage avec un amour de jeunesse, parce que les parents de Casimir estimaient qu’elle n’était pas de leur monde.

Intelligente, travailleuse, battante, est l’image que l’on a de cette scientifique, double prix Nobel (physique et chimie), qui mourra tuée par ce qu’elle avait découvert.
On apprend aussi que dès qu’elle entamait un travail, elle se nourrissait à peine, une habitude mauvaise qu’elle avait acquise à l’époque où elle n’avait pas d’argent, lorsqu’elle étudiait à Paris dans une chambre non chauffée.

Un autre point que j’ai appris par ce livre est l’idylle que Marie Curie, veuve depuis un certain nombre d’années, soudain retomba amoureuse de Paul Langevin – hélas d’un homme marié, et vu l’époque, c’est sur elle que retomba toute la méchanceté humaine qui n’hésite jamais à vilipender une femme, comme si l’homme était innocent. Et Langevin s'en tira sans une égratignure et lâchement laissa Marie aux loups.
On lui demanda même, de Stockholm, de ne pas aller chercher son prix Nobel, vu le scandale désormais attaché à son nom.

Heureusement, son dévouement au cours de la 1ère guerre mondiale restaurera Marie dans le cœur et l’esprit des gens – c’est là qu’on se rend compte à quel point les foules sont capricieuses.

J’ai souri également (mais un peu jaune quand même) à son attitude possessive à l’égard d’Irène, sa fille aînée, une brillante scientifique elle aussi – qui heureusement eu la bonne idée d’épouser Frédéric Joliot qui finit par trouver grâce aux yeux de Madame Curie.
Eve, la cadette, qui s’intéressait plus à la littérature et que sa mère encouragea dans des études littéraires et intellectuelles, parut un peu trop frivole aux yeux de sa mère – qui trouvait qu’elle passait trop de temps à des colifichets !
Eve Curie, dans la biographie de Marie Curie, qui porte ce titre homonyme, parle avec un certain humour à cette place de non-scientifique parmi tous les cerveaux de la famille (voilà une biographie que j’aimerais découvrir).

Mon avis = Le livre m’a énormément plu car il s’agit d’une double biographie = celle de Marie Curie et celle, autobiographique celle-là, de Rosa Montero – j’ai surtout apprécié que ce ne soit pas une biographie dans le style classique de ce genre littéraire.
On y aborde des tas d’autres thèmes de notre temps, qui donnent à ce livre un intérêt réel.
J’ai néanmoins un léger bémol = Rosa Montero truffe son livre de hashtags, ce qui m’a finalement agacée, car je n’en vois pas l’utilité.

A lire de toute façon, à découvrir pour tout ce qu’il véhicule sur l’époque de Marie Curie et la nôtre.

d'autres avis sur ce livre = enlivrez-vous, aifelle, marilyne, violette, colo, 

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 vous ne pouvez espérer construire un monde meilleur
sans améliorer les individus -
c'est pour cela que chacun d'entre nous
doit travailler à s'améliorer


LA VENUS A LA FOURRURE, de David Ivès

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D’après le roman de Leopold von Sacher-Masoch

Traduction d’Anne-Elisabeth Blateau

Mise en scène =  Alain Leempoel, assisté de Blanche Van Hyfte

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Scénographie de Noémie Vanhest
Décoratrice Eugénie Obolensky
Lumière de Laurent Kaye
Costumes de Jackye Fauconnier & Chandra Vellut

Interprétation = Fabrizio Rongione & Erika Sainte

Le metteur en scène Thomas Novachek a fort envie de rentrer chez lui, les auditions  pour le rôle de Wanda/« Venus à la fourrure » s’étant assez mal passées – apparemment les futures jeunes comédiennes étaient pour la plupart des ignares totales, n’ayant aucune notion pour une interprétation valable.
Il est prêt à partir lorsque surgit Wanda – délurée, échevelée, a été retardée par la pluie, le métro, etc.
Bref a toutes les excuses, les moins bonnes de préférence, et une façon de s’exprimer qui laisse présager du pire. Mais elle trimbale avec elle un énorme sac contenant tous les costumes nécessaires au rôle et elle implore Novachek de lui laisser une chance.

Il est totalement réticent, mais va peu à peu se rendre compte que cette Wanda-là connaît la pièce, mieux qu’il ne le pensait – pour lui c’est avant tout une cinglée, mais pas l’idiote qu’il s’imaginait.
Comme il est vraiment pressé de rentrer chez lui, il accepte et lui donne même la réplique, à son corps défendant, car Wanda est particulièrement machiavélique.
Petit à petit, on ne sait plus s’ils sont dans la pièce de théâtre ou dans la répétition et la vie ; un jeu pervers de pouvoir s’est installé, qui est qui ?

Je sais que cela paraîtra un peu stupide de parler d’une pièce de théâtre qui n’est plus à l’affiche, mais le sujet m’a réellement interpelée – surtout au niveau du jeu des personnages, un jeu de pouvoir, mais pas uniquement – un jeu plein d’érotisme aussi, parfois drôle. Avec des décors et jeux de lumière réellement intéressants.

Thomas Novachek va être manipulé du début à la fin et finalement y perdra son identité ; quant à la superbe Wanda, elle a totalement intégré le rôle.
Ces deux personnages sont brillamment interprétés par Fabrizio Rongione – que le cinéma nous a déjà emprunté très souvent – Erika Sainte est non seulement talentueuse mais elle a une plastique absolument superbe.  

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Je suis toujours fascinée par les jeux de pouvoirs qui peuvent s’installer dans un couple – et il ne faut pas nécessairement être adepte de Sacher-Masoch.
Nous avons tous dans nos vies, je pense, une envie d’être celui qui a le plus d’influence sur l’autre ; je pense aussi que c’est là que réside la chute de tous les couples – respecter la liberté individuelle de penser et d’être de chacun/chacune, n’est pas aisé, certes, mais est la seule manière d’avoir un couple qui tient.
Et croyez moi sur parole, c’est très difficile.

Je n’ai jamais lu le livre de Leopold von Sacher-Masoch, un jour peut-être si je m'inscris à un autre cours facultaire sur la littérature du 19ème siècle, mais certainement pas dans l’immédiat (ma pal m’en voudrait =^-^=)

Par contre je suis très contente d’avoir découvert la version imaginée par l’auteur de la pièce qui a été portée au cinéma relativement récemment (2012), une collaboration entre Roman Polanski et David Ivès. L
a pièce remporta un énorme succès à Broadway, ce qui ne me surprend pas, car elle est un savant et savoureuxmélange d’humour, érotisme et perversité.

David Ivès est né à Chicago et a fait des études de littérature anglaise entre autres au département théâtre (dramaturgie) de Yale.
Ce sont ses comédies en un acte qui lui ont apporté le succès – elles sont regroupées sous le titre « une question de timing ».
Comme il le dit lui-même, ses œuvres qui ont la préférence sont ses propres traductions/adaptations à sa manière, des comédies des grands classiques français = Corneille, Molière, etc.

J’espère avoir l’occasion dans le futur de découvrir d’autres adaptations de cet auteur.

FUGUEUSES, de Pierre Palmade & Christophe Duthuron

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Mise en scène de Michel Kacenelenbogen, assisté de Hélène Catsaras

Scénographie & Costumes = Noémie Vanheste
Décors & Lumières = Eugénie Obolensky & Alain Collet

Que faire quand pendant 20 années vous vous êtes dévouée aux autres, et ils s’en fichent ! Faire comme Margot = ses valises, qui ont l’air très lourdes et se poser en bordure de route et faire du stop pour une destination inconnue.  
Margot a 40 ans et elle s’en est allée le jour de l’anniversaire de 18 ans de sa fille en laissant un petit mot très simple sur le lit = « merde ! »
Surgit alors Claude, 70 ans (et plus ?), qui fuit aussi – la maison de retraite où son fils l’a placée. Margot râle et demande à Claude de se poster ailleurs, là c’est sa place.

Commence alors un dialogue de sourdes pour qui a le droit d’être à cette place-là et pas une autre, jusqu’à ce qu’une voiture les embarque, avec toutes les valises de Margot.

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Peu après, elles sont larguées en pleine forêt, le conducteur ayant eu des privautés à l’égard de Margot lorsque « la vieille » s’est endormie à l’arrière. « La vieille » n’apprécie guère l’expression, c’est pire que d’avoir été déposée en pleine forêt – Margot aurait pu faire un effort. Arrive alors un fermier et son chien, qui leur offre le gîte et le couvert ; Margot, brave fille, a demandé si elles pouvaient aider, corvée carottes, patate, traire les vaches etc.
Comme dit Claude, moi je me tire d’ici.
D’ailleurs elle a rendez-vous avec Joséphine sa seule meilleure amie. Margot est fascinée – mais choquée aussi – par la vie sexuelle qu’a eue Claude, pourtant mariée… 
Ces dames arrivent à temps pour les funérailles de Joséphine, du coup se retrouvent dans un garage, puis dans la maison où Claude trouve un petit éléphant  décoratif qui lui plaît beaucoup. 

Finalement après maintes péripéties dues à l’alarme qui sonna, notre tandem se retrouve en prison. 
Cette belle amitié très improbable entre deux personnes totalement différentes (et pas seulement par l’âge) finira-t-elle ainsi ?
Evidemment non, pour le plus grand bonheur du public. Je connaissais la pièce du fait qu’on avait beaucoup parlé à l’époque du tandem Robin-Renaud (amies elles aussi depuis plus de 20 ans).

Nicole Oliver/Margot et Martine Willequet (Claude) sont épatantes, elles valent et de très loin celles qui les ont précédées dans le rôle.

Claude, fort drôle dans ses répliques, mais qui est d’une mauvaise foi crasse – et parfois monstrueusement égoïste – est magnifiquement jouée par Martine Willequet, une comédienne du théâtre belge, que j’apprécié vraiment beaucoup.
Margot la nunuche, qui a toujours envie de faire plaisir à tout le monde quitte à ne pas penser à elle, va subir un sérieux bouleversement politiquement incorrect grâce à Claude. Elle est interprétée tout aussi formidablement par Nicole Oliver.

Le décor est simple ; on comprend par les effets de lumière et de sons que l’on se trouve soit en bordure de route, soit en forêt – jusqu’à la maison qu’elles cambriolent – enfin comme dit Margot, c’est Claude la cambrioleuse !

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La fin de la pièce est une gentille surprise, après quelques moments qui vous prennent quand mêmeà la gorge lorsque ces dames évoquent leur famille et s’envoient leur quatre vérités à la tête.

(merci à l'amie qui m'a si gentiment offert ce spectacle =^-^=)

16 mai 2019

LA CONTROVERSE DE VALLADOLID, de Jean-Daniel Verhaeghe

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Scénario et dialogues de Jean-Claude Carrière, d’après son roman éponyme

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Il s’agit d’une version romancée de la véritable controverse de Valladolid, opposant le dominicain humaniste Bartolomé de las Casas au conservateur chanoine Juan Ginès de Sepulveda. Il s’agit de définir, de débattre, si les Indiens indigènes du Nouveau Monde découvert par Christophe Colomb sont ou non des êtres humains.  Du résultat de ces débats doit découler l’arrêt ou pas de l’esclavage auquel sont soumis les Indiens.
Chacun des hommes débattant de ces questions est sincère dans ses convictions, mais au vu de notre 20ème siècle, la conclusion est abjecte.

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Comme tous les films ou téléfilms basés sur un fait historique, la vérité historique n’est pas entièrement respectée = Sepulveda et las Casas ne se sont jamais rencontrés – l’auteur Jean Claude Carrière a écrit son roman et ensuite le scénario, sur base des écrits du chanoine et du dominicain.
Leurs débats furent surtout épistolaires, de plus il ne s’agissait pas de discuter de l’humanité des Indiens, avaient-ils donc une âme ou non ne fut jamais au centre de la question. Les deux hommes étaient d’accord sur l’évangélisation absolue des Indiens, y parvenir pacifiquement – bref une colonisation sans verser de sang.

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Les débats dans le téléfilm sont menés sous l’égide du légat pontifical, qui rappelle à ceux en présence que ce sont les ennemis de l’Espagne qui ont lancé les rumeurs concernant la manière dont les colons ont traité les Indiens – or, dans la réalité  le pape Paul III avait déjà tranché la question – pour lui les Amérindiens étaient des êtres humains à part entière, ayant droit à leur humanité et leur autonomie ; le pape condamnera d’ailleurs l’esclavage auquel on les avait soumis. Ces paroles furent confirmées dans une bulle pontificale.
Charles Quint qui avait admis et légalisé l’esclavage en 1517 la supprimera 9 années plus tard, pour réinstaller l’esclavage en 1534.

La Controverse de Valladolid eut lieu 13 années après la bulle papale. 

Mon avis = un magnifique jeu d’acteurs  à la fois sobres et passionnés par leur sujet – un sujet grave, qui n’a plus de place à l’heure actuelle (du moins je l’espère) -   il y avait longtemps que j’avais envie de voir le téléfilm « la Controverse de Valladolid » car j’avais très envie de revoir ce magnifique comédien qu’était Jean-Pierre Marielle (las Casas) ainsi que le tout aussi excellent Jean Louis Trintignant (Sepulveda) – les deux sous l’égide d’un vraiment bon  et sobre Jean Carmet (le légat du pape).
La distribution comprend bien d’autres comédiens mais je reconnais que ces trois-là surtout ont retenu mon attention.

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Le scénario ayant été écrit par l’auteur du livre Jean Claude Carrière (qui parle aussi bien qu’il écrit, j’en témoigne, ayant pu assister à son interview sur sa carrière par Olivier Lecomte) – je suppose que le roman n’a pas été trop trahi ne l’ayant pas lu, même s’il prend des libertés avec l’histoire, la vraie.

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TEL AVIV ON FIRE, de Sameh Zoabi

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Scénario de Sameh Zoabi & Dan Kleinman

« Tel Aviv on fire » est le titre d’une sitcom où travaille Salam, jeune trentenaire, un peu loser, qui a été engagé grâce à son oncle afin d’aider la vedette féminine principale et française, Tala, à prononcer correctement les mots en langue israélienne et/ou arabe. Il vit à Jerusalem, mais il est palestinien.
Le sujet de la sitcom est simple = l’action se situe avant la guerre des six jours, la vedette féminine est une espionne israélienne, amoureuse d’un militant qui veut qu’elle subtilise les plans que détient un général israélien.

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Chaque jour, Salam doit passer par le poste-frontière à Ramallah pour se rendre à son travail. Un jour, il est arrêté pour avoir prononcé le mot « bombe » à l’un des militaires qui gardent le poste-frontière – dans le sens de « bombe » pour une belle femme, mais il y a des mots qu’il vaut mieux ne pas prononcer -  Assi, l’officier israélien dont l’épouse est très fan de la série l’arrête ; pour se tirer d’embarras, Salam se présente comme le scénariste de la série et immédiatement Assi a son mot à dire = il exige un mariage à la fin de la série. Salam est bien embêté car son mensonge se retourne contre lui, heureusement il parvient à amadouer l’officier. Salam commence donc à faire quelques suggestions pendant le tournage et on finit par les considérer comme des idées possibles.

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Le jeune homme essaie aussi de renouer avec Mariam, travaillant dans un hôpital et considérant Salam comme un loser, justement, incapable de rester en place et de faire quelque chose d’intelligent, jusqu’à ce qu’elle réalise qu’il utilise certains détails de leur relation passée, ce qui finit par lui plaire. De plus, il écoute régulièrement les conversations autour de lui, au café, et cela lui permet d’introduire des phrases qui intéressent le public. 

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Les choses vont moins bien se passer lorsqu’Assi réalise qu’on ne s’achemine pas vraiment vers un happy end comme il l’a décidé et conserve la carte d’identité de Salam, qui du coup ne peut plus retourner chez lui.

Parviendra-t-il à arranger la fin de la série au gré de chacun ? parviendra-t-il à reconquérir Mariam ? et y aura-t-il une deuxième saison de la série ? La suite à l’écran.

Mon avis = amusante petite comédie douce-amère, sans prétention, sauf celle de tenter de réconcilier Arabes et Juifs – je ne suis pas certaines que le réalisateur parviendra à capter l’intérêt des politiciens, car la réconciliation, si réconciliation il y a un jour (ce dont je doute) dépend des politiciens et on sait tous que ces gens sont des incompétents, incapables de réfléchir intelligemment.

Le film se voudrait mais n’est pas un pamphlet politique, mais il y a  toutefois quelques petites touches qui montrent la pénible situation que vivent les Palestiniens = retrait de carte d’identité, files interminables pour passer la frontière et se rendre à son travail, et aussi l’immense mur qui sépare les territoires.
La situation géo-politique et les rivalités nationalistes deviennent des rivalités au niveau du scénario, mais est ce que cela pourrait avancer quelque chose, j’en doute.

Je n’avais aucune idée de ce qu’était le film jusqu’à ce que mon amie me le propose, et j’ai été agréablement surprise. On ne rit pas à gorge déployée, loin s’en faut, mais on sourit pratiquement tout le temps.

Salam est joué par Kais Nashef, qui fait un bon travail dans ce jeune un peu ahuri, qui veut faire autre chose qu’apporter le café et qui va, finalement, se montrer plus débrouillard qu’on ne le pensait. La belle Tala, vedette de la série, est journée par notre  Lubna Azabal ;  Yaniv Biton joue Assi, le militaire qui se prend pour un scénariste désormais mais qui est parfois beaucoup moins aimable qu’il n’en a l’air, il deviendrait même menaçant si Salam ne lui obéit pas.
La jolie Mariam est interprétée par Maisa Abd Elhadi. Ceux-ci sont les interprètes principaux, mais la distribution est plus importante.
Le réalisateur Sameh Zoabi est palestinien de nationalité israélienne.

15 mai 2019

LES ENFANTS OUVRIERS, de Marta Bergman

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Scénario et réalisation de Marta Bergman

Ils avaient entre 12 et 14 ans quand ils furent mis au travail, parce que soit ils n’avaient plus envie d’étudier, soit parce que la famille était pauvre et un salaire supplémentaire était nécessaire, si l’un des enfants se mariaient et son salaire « quittait » la famille, les enfants suivant dans la fratrie devaient prendre la relève parce qu’il fallait absolument pouvoir nourrir tout le monde.
L’une des personnes qui en témoignait expliquait que son frère ne savait ni lire, ni écrire – ou à peine – parce que dès qu’elle se maria, il dut aller travailler pour compenser la perte d’un salaire.

La réalisatrice Marta Bergman a eu l’idée de ce documentaire, suite à une conversation avec son grand oncle, qui généralement ne parlait pas beaucoup, et soudain sans vraiment trop savoir pourquoi, les vannes se sont ouvertes et il s’est mis à lui parler de l’époque où il se mit à travailler à 15 ans – mais pas comme nos ados se mettent au travail pendant les vacances pour avoir un peu plus d’argent de poche et s’offrir des bricoles – non, un vrai travail dur, d’adulte, pas un choix, une obligation. Même s’il eut préféré s’amuser avec ses copains, son père l’a emmené dans l’usine où il travaillait et a demandé si le gamin pouvait être embauché. 
Ce fut le déclic pour la jeune femme de faire un documentaire sur ces « enfants ouvriers ».

Elle a interrogé des hommes et des femmes de Wallonie, qui ont entre 70 et 80 ans,  ayant travaillé soit comme trieuses/trieurs dans les charbonnages, soit comme trieuses dans les usines de laine, ou souffleurs/souffleuses dans l’usine de Val St Lambert. Ou celles qui étaient placées comme servante et qui ne revenaient chez elle qu’une fois par semaine pour donner leur paie aux parents. 
Les journées de travail étaient souvent de 12 heures et pas question de s’endormir sur place – ceux qui avaient été dans la mine pour aider à pousser les wagonnets avaient l’impression, arrivés en bas, que la vie quittait les lieux, plus de lumière du tout, seulement les sons des mineurs….
Celles qui étaient placées comme servante, ou aide dans les magasins, n’avaient pas toujours le contrat respecté, à savoir qu’elles devaient aussi être nourries, en plus du logement et du travail, ce que beaucoup de patrons ne respectaient pas toujours.

Sans oublier les humiliations de se déshabiller, tout jeunes, devant des ouvriers qui n’hésitaient pas à se moquer ; des séances de bizutage aussi, auxquelles il était impossible d’échapper. Et, comme disait l’une des personnes interrogées, on ne vous parle même pas des mains baladeuses, de la peur d’être coincée dans un coin avec un patron ou un contremaître, avec une impossibilité de se plaindre car comme c’étaient des jeunes (très jeunes) on ne les croyait pas toujours, on les accusait d’inventer.

Tout cela se passait dans notre pays, au 20ème siècle, à la sortie de la 2ème guerre mondiale.

Mon avis = ce qui m’a le plus frappé dans ces visages usés par le temps, c’est la résignation, le commentaire le plus général étant « on ne se posait pas de question, c’était comme ça parce que nos parents le disaient, on ne protestait pas comme maintenant – on le faisait parce que c’était comme ça ».
Dans les photos que certain.e.s avaient chez eux/elles, on voit des regards d’enfants pleins de tristesse, certains des commentaires des personnes interrogées étaient qu’ils avaient l’impression de ne pas avoir eu d’enfance.
C’était terriblement poignant. 

Je réfléchissais au fait que notre époque désormais a fait repousser l’âge de l’obligation scolaire à 18 ans – mais à travers le monde (Inde, Afrique) combien n’y a-t-il pas d’enfants qui travaillent déjà, et très jeunes,  parce que la loi ne les oblige pas à aller à l’école.
Le plus triste dans tout cela, est que nos jeunes n’ont parfois aucune envie de poursuivre l’école jusqu’à l’âge autorisé pour « faire autre chose », et que fait-on sans réel bagage ? 
Bien vite on réalise qu’une formation est plus que nécessaire, surtout dans un monde où  les possibilités de travail s’amenuisent comme une peau de chagrin. 

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13 mai 2019

AT ETERNITY'S GATE, de Julian Schnabel

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Titre français = identique

Scénario de Jean-Claude Carrière,  Julian Schnabel & Louise Kugelberg 

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Un résumé de la fin de vie de Vincent van Gogh –   les scénaristes se sont intéressés aux dernières années de la vie du peintre, lorsqu’il quitte Paris et sa grisaille pour Arles et son mistral, avant que le soleil enfin ne vienne le baigner de sa lumière (selon des études faites, trop de soleil, trop de lumière peuvent mener à une forme de folie).

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Il fut chassé d’Arles par la bêtise des gens, comme l’a dit Paul Gauguin qui l’y avait rejoint pour peu de temps = vous êtes ici entourés de malfaisants et d’ignorants. Le relation à Arles entre les deux peintres se terminera sur une dispute, Gauguin, ne ménageant pas ses critiques et ayant soif de liberté et van Gogh soif d’amitié, de reconnaissance artistique, d’absolu et de dialogues sur la peinture.

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Après l’hôpital psychiatrique de Saint-Rémy, chassé d’Arles, et après s’être rendu compte que Vincent ne pouvait vivre  à Paris, Théo son frère bien aimé, l’envoie à Auvers-sur-Oise, où Vincent mourra d’une balle perdue, après le jeu stupide de deux gamins du village. Qu’il ne trahira jamais.

Mon avis = la théorie de la balle perdue est la même que celle du film « Loving Vincent ». En dehors de cela, j’ai des sentiments mitigés à  l’égard du biopic – après l’excellent film de Maurice Pialat et celui de Vincente Minnelli avant cela.
J’espérais que le trinôme Schnabel, Carrière, Dafoe pourrait offrir un peu d’originalité, mais est-il encore possible d’être original en parlant de Vincent van Gogh. C’est pourtant ce qu’a voulu faire Julian Schnabel.

En tout cas, William Dafoe fait un très bon travail – il vaut Jacques Dutronc et Kirk Douglas. Il nous propose un van Gogh exalté, plein d’amour pour son frère, pour la peinture – un besoin d’absolu en tant que peintre – être reconnu et être sans cesse rejeté, tel sera le parcours de cet homme d’exception, autodidacte, peignant ce qu’il voyait à sa manière, ce que les gens étaient incapables de comprendre. Il est très émouvant dans le rôle, il transmet fort bien la souffrance de l’artiste méconnu.

Oscar Isaac endosse le rôle de Paul Gauguin et bien sûr je n’ai pu m’empêcher de faire la comparaison avec l’immense Anthony Quinn qui fut bien plus proche du truculent et critique personnage que Oscar Isaac.
En dehors de ces deux rôles principaux, on trouve dans la distribution quelques noms connus = Rupert Friend est Théo, le frère qui toute sa vie aidera son aîné ; Mads Mikkelsen interprète le curé de l’hôpital psychiatrique, dont dépend la liberté de Vincent et qui ne comprend strictement rien à sa peinture ; Emmanuelle Seigner est Madame Ginoux ; Vladimir Consigny joue le docteur Rey et on trouve Niels Arestrup dans le rôle d’un soldat enfermé dans l’asile, un rôle court mais intéressant. Reste encore Mathieu Amalric dans le rôle du docteur Gachet.

Le réalisateur Julian Schnabel est également plasticien. Il peint dans le style neo-expressionniste. J’avais vu le biopic qu’il réalisa en 1996 sur le peintre  Basquiat, pionnier de la figuration libre.
Il a déclaré que son film sur Vincent van Gogh est celui qui lui est le plus personnel ; tout comme pour van Gogh, le film parle du regard et de la peinture, surtout en rapport avec l’invisible – ce qui passe effectivement dans le film.
Il considère aussi que les autres films sur Vincent van Gogh n’étaient pas satisfaisants ; il dit ressentir à propos du peintre quelque chose que les autres réalisateurs ne pouvaient pas saisir compte tenu qu’ils ne peignaient pas.
Quant à sa mort, beaucoup de choses furent dites, beaucoup de choses furent cachées, il s’est contenté de donner une version – même si elle n’est pas vraiment satisfaisante elle non plus.

Quant à l’acteur William Dafoe, il dit  s’être mis à la peinture pour comprendre le personnage.  
Un critique cinématographique est allé jusqu’à dire que l’interprétation de Dafoe était « christique » - évidemment, lorsqu’on sait que l’acteur a interprété le christ dans le film de Martin Scorsese, pas difficile de comprendre « la fine astuce » !

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05 mai 2019

THE FALL OF TROY, de Peter Ackroyd

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Titre français = la Chute de Troie

Petite introduction personnelle = bien que la guerre de Troie en tant que telle soit historiquement controversée, il est évident que dans la Troade (la région historique du nord-ouest de l’Asie Mineure),  plusieurs guerres eurent lieu dans une région considérée comme prospère – étant proche de l’Hellespont, les bateaux  devaient payer un tribut pour ce passage ;  longtemps on a cru que les ruines de la ville de Wilusa étaient celles de la mythique Ilion (Troie en grec ancien). Cette théorie a été abandonnée pour  situer Hissarlik dans la Turquie actuelle comme le lieu de la Troie, réelle et mythologique (c’est l’aède Homère qui la mentionna pour la première fois, faisant de l’Illiade, le récit une guerre entre les dieux à travers les Grecs et les Troyens). Les Achéens (anciens Grecs) pratiquaient la piraterie le long des côtes et pratiquaient la guerre sur mer -  finalement attaquèrent la cité troyenne, se rendant ainsi maîtres des mers. Rappelons nous aussi que Homère (et autres aèdes de l’époque) raconta la guerre de Troie 500 ans après qu’elle eu lieu (en principe) - exactement comme les évangiles furent écrits bien après la mort du christ.

*****

La jeune Sophia Chrysanthis est mariée par ses parents à Heinrich Obermann, un Allemand obsédé par sa passion pour Troie, et ce depuis son enfance – ne connaît-il pas Homère par cœur -  il a promis au père de Sophia qu’ils construiront ensemble un petit musée pour y placer tout ce qu’il aura trouvé sur le site d’Hissarlik.
Ne dit-il pas que les ruines et les dieux lui parlent ? Chaque fois qu’une personne lui dit que tout cela est un mythe, soit il se met à rire méchamment, soit il se lance dans des diatribes lyriques qui frôlent la folie.
N’ayant pas la parole face à ses parents, sa mère ne dit-elle pas que sa fille a été élevée dans l’obéissance de son mari (nous sommes au 19ème siècle), la jeune Sophia quitte avec tristesse sa Grèce natale – le choc à Hissarlik est énorme, sa maison est construite avec des éléments provenant des ruines, pour se laver il y a la mer, les premiers moments sont presque traumatisants, mais son nouveau mari, une fois encore parle avec emphase de ce qu’ils découvriront ensemble qui feront sa gloire à elle autant que la sienne à lui.

C’est en se mettant au travail que la jeune femme trouve sa voie, et sa voix, en quelque sorte – s’affirmant peu à peu, et découvrant que travailler la terre et le sable dans l’espoir de mettre une cité à nu, est bon pour le moral.
Elle est un peu étonnée par une légère animosité émanant du jeune assistant de son mari, mais heureusement elle sera de courte durée.
Est aussi présent un savant, que l’âge a rendu aveugle, et qui à l’aide de ses mains et doigts est capable de déterminer quel objet est troyen et l’autre pas.
Le gouvernement turc a envoyé sur place un surveillant des travaux, qui non seulement observe les ouvriers du chantier, mais surtout Obermann que le gouvernement soupçonne, à raison, d’accaparer les plus belles pièces.

Sophia va bien vite comprendre que son mari est un enfant gâté, ne supportant aucune contrariété. Elle va aussi découvrir un secret de son passé, qu’il s’est bien arrangé de lui cacher, et lorsqu’arrive sur les lieux le jeune paléontologue  Alexandre Thorton,  travaillant pour le British Museum (qu’Obermann méprise) - versé dans les langues indo-européennes et aussi sémitiques, le drame n’est pas loin.

Mon avis = intéressant à lire, mais avec du recul – un très bon thriller -j’aime énormément les romans historiques, je n’avais donc pas envie de passer à côté de celui-ci, après tout la guerre de Troie reste un sujet qui fascine, ou du moins dans mon cas, qui intrigue.

Toutefois je dois reconnaître que le personnage de Heinrich Obermann (un avatar d’Heinrich Schliemann) m’a profondément déplu – cet être totalement égocentré, persuadé d’être le seul à « savoir », balayant tout et tout le monde sur son passage, estimant que chacun doit se plier à ses théories, et les siennes uniquement, a vraiment été pénible à encaisser.
Je suppose que le vrai Schliemann n’était pas  aussi surexcité (je l'espère pour son épouse), même s’il était certainement aussi obsédé par Homère, qu’il connaissait par cœur. Et il avait aussi à ses côtés une épouse dévouée, passionnée par le travail qu’elle produisait aux côtés de son époux.
Normal que les noms aient été modifiés, mais il est réellement difficile de ne pas voir Schliemann dans ce portrait. 

Ce qui m’a fait sourire, étaient les paroles répétitives d’Obermann que l’archéologie n’est absolument pas une science, mais un rêve que seuls les initiés peuvent réaliser et que l’archéologie ne s’apprend pas dans les universités – j’ai pensé à tous les professeurs que j’ai pu côtoyer lors des différents cours d’histoire que j’ai eu le plaisir de suivre, et qui sont tous soit des mythologues, soit des archéologues ou égyptologues selon la discipline choisie par eux.  Lire qu'Obermann considère que la science compte pour rien m' a fait ricaner.

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Avidité, appât de gains, morts suspectes et mystérieuses, obsession jusqu’à la folie sont des thèmes principaux dans ce roman – l’auteur Peter Ackroyd est romancier, critique littéraire, essayiste et surtout biographe de plusieurs grandes personnalités de l’histoire, principalement d’Angleterre ; par le biais des biographies, il est aussi historien et sa réputation a largement dépassé les frontières de l’Angleterre. Il est un spécialiste de l'histoire d'Angleterre et de Londres, ainsi que de Shakespeare (entre autres).

« the Fall of Troy » est un  bel exemple de ce que l’obsession et l’égoïsme peuvent amener à détruire chez les autres mais aussi en soi-même.

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04 mai 2019

FACE A L'EXPOSITION

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pour l'instant, il y a une exposition en cours à Bozar, consacrée au peintre et humaniste belge Bernard Van Orley, peintre de la renaissance, peintre de cartons pour tapisserie, et surtout peintre du beau portrait de cette grande dame Marguerite d'Autriche, mécène, protectrice des arts - ci-dessous le portrait présumé de Bernard Van Orley par Albrecht Dürer

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en me promenant dans bruxelles, j'ai découvert, presque par hasard, la fresque que le groupe d'art urbain FarmProd a consacré à l'exposition Bernard Van Orley, hommage figurant tout juste devant Bozar - je vous joins donc ici quelques images de cette fresque en noir et blanc, qui m'a énormément plu - si vous désirez en savoir plus sur l'exposition, je vous conseille la chronique que tania-textes&prétextes lui a consacrée = http://textespretextes.blogspirit.com/archive/2019/03/08/bernard-van-orley-3135029.html

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vous aurez aussi, j'en suis certaine, apprécié les clins d'oeil à Pieter Breughel l'ancien