mon bonheur est dans la ville

30 septembre 2016

CEZANNE ET MOI, de Danièle Thompson

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L’histoire d’une amitié qui défia les années – et soudain, la rupture – la colère de Cézanne à propos du roman « L’œuvre » qu’écrivit Zola, dans lequel il décrit le portrait d’un peintre maudit, jamais satisfait de ce qu’il peint – un portrait qui en fait regroupe plusieurs artistes que Zola fréquenta, mais Cézanne se sentit personnellement visé.
On voit peu d’œuvres des artistes dans le film, ni de Paul Cézanne, ni des autres impressionnistes que les amis fréquentaient à Paris. 

Les impressionnistes qui furent « refusés » d’où le salon qui portera ce nom, qui furent défendus par Zola, qui pourtant les reniera un jour. (voir son livre « Ecrits sur l’Art »).
Emile Zola parle de ses romans, de leur réception par le public, réception fortement négative.

L’histoire oscille entre Paris et Aix en Provence, entre les tourments, les amours, les bonheurs des deux hommes, leurs antagonismes aussi.
Leurs disputes et réconciliations, jusqu’à la rupture finale, due au roman, quoiqu’il semblât actuellement que cette théorie soit remise en cause.

Les relations difficiles avec les parents, l’amour naissant d’Emile Zola pour Jeanne Rozerot, qui lui donnera les enfants tant espérés – (qu’Alexandrine Zola adoptera après la mort d’Emile).

On oscille sans arrêt entre bonheur ou déchirement. Il y a, je pense, quelques éléments fictionnels, mais peu pour ce que je connais de la vie de ces artistes.
J’ai retrouvé avec un grand plaisir la maison de Médan, que j’eus le plaisir de visiter il y a 5 ans.

Les décors sont réalistes, les paysages de Provence somptueux, vous donnent envie de vous y rendre immédiatement, les costumes très beaux – il y a à leur égard une véracité qui m’a fait songer aux peintures de Jean Béraud.

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Il y a des scènes qui semblent tout droit sorties d’un tableau de Renoir ou Edouard Manet.

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L’interprétation est excellente, surtout Guillaume Canet en Emile Zola, souvent tourmenté et Paul Cézanne, le truculent, critiquant souvent violemment son ami, joué par Guillaume Gallienne.
Alexandrine Zola (née Gabrielle Meley) est jouée avec talent par Alice Pol. La mère de Zola est interprétée par Isabelle Candelier – celle de Cézanne par Sabine Azéma.

Monsieur Cézanne père est joué par Gérard Meylan qui montre bien un homme borné, imbu de sa qualité de banquier, opposé aux idées nouvelels, et Hortense Cézanne par Déborah François.
Chaque acteur m’a semblé jouer juste.

Je ne déplore qu’une chose = la prise de son, une fois de plus, laissait à désirer – c’est tout de même surprenant que seul le cinéma français provoque cette réaction chez moi, alors que je n’ai aucun problème d’audition avec le cinéma anglo-saxon.

En dehors de ce bémol personnel, le film réellement se laisse voir.

Un autre avis sur « Cézanne & moi » sur le blog « laplume&l’image »  

Si vous souhaitez entendre Henri Guillemin parler d'Emile Zola, c'est ici - sinon je vous conseille son livre sur ce brillant écrivain.

portrait de paul cézanne par renoir

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portrait de zola par edouard manet

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26 septembre 2016

LES SOEURS BRONTË A BRUXELLES

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 l'une des 2 plaques commémoratives
installées par la Brontë Society of Brussels
à l'instar des célèbres plaques bleues anglaises
installées sur les façades où vécurent des écrivains
et artistes

(la photo de l'autre plaque étant complètement ratée, je ne puis la partager - forcément =^-^=)

cette plaque figure dans ce qui fut la rue Isabelle
mais il faut bien connaître les lieux pour le savoir

comme j'ai déjà eu le plaisir de le dire, j'ai suivi la promenade
"les soeurs brontë à bruxelles"
qui se figure dans le beau livre d'Helen McEwan
dont j'ai eu le plaisir de vous parler ici

25 septembre 2016

THE RISING OF THE MOON, de Gladys Mitchell

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ENQUETE D'ADELA BRADLEY, consultante psychologique pour Scotland Yard

C’est après avoir regardé la série « Mrs. Bradley Mysteries », qui m’a été offerte récemment, que j’ai eu envie de sortir ce polar « very british » de ma pal.  
Ce fut une erreur et une déception, car la série est totalement différente – non seulement Diana Rigg est une Mrs. Adela Bradley nettement plus jeune que dans le roman, d'une élégance très originale, à l’humour  caustique (partagé plus ou moins dans le roman), et son chauffeur interprété par  Neil Dudgeon (l’actuel Inspecteur Barnaby) formant avec elle une équipe  sympathique, pleine de complicité et d’humour,  que l’on ne retrouve pas du tout dans les romans.
Tout aussi cultivée  dans les romans (même plus) que dans la série, Mrs. Bradley est également consultante en psychologie pour Scotland Yard, quand les crimes sont  si difficiles à résoudre qu’un expert en psychologie s'avère nécessaire – ce qu’on appellerait, je pense, actuellement comme « profiler ». Dans la série elle  paraît nettement plus jeune que dans les romans, élégante et excentrique.
Mêle-tout évidemment, cela va de soi.

Dans « The Rising of the Moon », qui débute dans le monde du cirque, les crimes vont se multiplier dans la petite ville de  Brentford,  où les jeunes frères Innes, Simon & Kevin, vont être les témoins involontaires du premier meurtre, ayant échappé après l’heure du coucher afin d’aller voir les animaux du cirque.
Les jeunes gens vivent chez leur frère aîné Jack et ont une amie, hôte payant de leur belle-sœur – Christina est une jolie et intelligente jeune femme, dont les 2 jeunes frères sont épris comme peuvent l’être des garçons de 13 et 11 ans.
Lorsque l’inspecteur Seabrook, qui n’a pas inventé la foudre, fait appel à Mrs. Bradley, celle-ci est épatée par la précocité d’esprit des frères Innes, par leur esprit de déduction (elle les surnomme Holmes & Watson).

Les garçons ont une autre amie, la vieille Mrs. Cockerton, qui tient un magasin d’antiquités, si on peut appeler cela ainsi.  Mais dans ce tas de vieilleries, il y a quelques objets qui fascinent les garçons et la vieille dame leur permet de donner libre cours à leur imagination en jouant avec certains objets.

Le premier crime est celui de la danseuse de corde du cirque, mais bien vite une serveuse du pub est tuée de manière aussi brutale, par des coups de couteau qui ressemblent aux crimes de Jack l’Eventreur.
Les soupçons se portent sur un homme jeune du village, qui n’a pas d’alibi – du moins en a-t-il un mais il ne veut pas compromettre la personne avec qui il était au moment du crime.
Du coup, bien sûr,  Simon et Keith poursuivent « leur enquête » pour l'innocenter, qui mettra leur vie en danger. Heureusement Mrs. Bradley veille.

L’ambiance du roman, comme je le disais, est très « petite ville britannique », avec description des lieux, ce qui est agréable – la scène de la découverte de la personne coupable est un excellent moment de suspense.
Le ton d’écriture est parfaitement caustique, ce que j’aime beaucoup et je suis persuadée que si j’avais lu le livre avant de regarder la série, j’aurais plus accroché – ma déception est venue du fait que – en dehors des quelques passages consacrés au cirque – je n’ai rien retrouvé de l’épisode de la série.

Les personnages du roman diffèrent quelque peu aussi de l’adaptation, on retrouve les deux frères, ici ils sont les personnages principaux – et ne sont pas trop exaspérants pour des pré-ados. Leurs réflexions sur la vie, le regard sur le monde des adultes, sont bien rendues.

J’ai donc terminé la lecture en diagonale, mais je préfère la série, du moins en ce qui concerne les romans de Gladys Mitchell ayant été adaptés, il n’y en a que 5 – à mon avis, mieux vaut lire les romans n’ayant pas été adaptés (la série reprend des personnages mais ne respecte pas les histoires).

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Gladys Mitchell (1902 – 1983) est une auteure de polars, surtout connue pour les enquêtes de Mrs. Bradley, publiées sous son patronyme, mais elle écrivit aussi d’autres romans policiers sous deux pseudonymes différents.
Alors qu’elle fut célébrée au cours de sa vie pour ses écrits, elle fut pratiquement oubliée pendant deux décennies après son décès.
Professeur d’histoire, elle poursuivit sa carrière de romancière parallèlement à l’enseignement.
Elle a également été un membre du fameux « Detection Club », comme Agatha Christie et Dorothy Sayers, entre autres.

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22 septembre 2016

LES SOEURS BRONTË A BRUXELLES, d'Helen McEwan

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Autant témoignage sur le temps que passèrent Emily et Charlotte Brontë à Bruxelles, ce livre est aussi un témoignage sur le jeune royaume de Belgique et sur Bruxelles. Les deux sœurs y arrivèrent en 1842, la Belgique avait alors 12 ans.

Charlotte Brontë, après une expérience en tant que gouvernante – comme sa sœur Anne, qui fut gouvernante pendant 4 années – décida que ce serait une idée intéressante pour elle et ses sœurs d’ouvrir une école dans le lieu même où elles habitaient, c'est-à-dire le Presbytère d’Haworth. L’excellente idée mise à part, on peut se questionner sur ce qu’aurait donné l’idée si elle avait abouti, avec Branwell, le frère, désormais cloîtré dans sa chambre dans un état second dû  à l’alcoolisme et les drogues, ainsi qu’avec le pasteur Brontë même qui n’appréciait pas particulièrement la présence d’enfants …

Cette parenthèse ouverte et fermée, revenons à Bruxelles – les deux sœurs avaient alors une vingtaine d’années et grâce à l’aide matérielle de leur tante Branwell, elles furent inscrites au Pensionnat pour demoiselles Héger-Parent, où elles purent prendre des leçons qui leur permettraient d’améliorer leurs connaissances afin de les enseigner, plus tard, à Haworth. Si Emily détesta rapidement l’ambiance du pensionnat , Charlotte par contre y découvrit ce qu’elle recherchait = non seulement un enseignement qui l’intéressa grandement, mais aussi un amour passionné pour Constantin Héger – celui-ci l’encouragea fortement dans l’écriture, ayant rapidement découvert le talent de Charlotte.

L’attachement de Charlotte Brontë fut certes secret au moment où les jeunes filles se trouvaient au pensionnat, mais peu à peu les lettres qu’elle écrivit à ses amies Ellen Nussey et Mary Taylor dévoilèrent bien autre chose qu’une communion intellectuelle. Ceci sera d’autant plus flagrant lorsque, durant les vacances, seule au pensionnat, Charlotte eut un terrible mal du pays et se sentit profondément malheureuse et seule. Lorsque l’annonce vint aux deux sœurs que leur tante Branwell était décédée, elles retournèrent à Haworth, où Emily restera, alors que Charlotte revint à Bruxelles pour un an. Elle dévoile, dans ses lettres, les promenades dans Bruxelles – celles-ci formeront aussi le terrain pour son livre « Villette » qui sera publié posthumément, tout comme le sera « The Professor », plusieurs fois refusé par les éditeurs, avant et après le succès de « Jane Eyre ».

« Villette » surtout dévoile des aspects de la vie à Bruxelles, au  pensionnat, et le portrait du directeur est certes sans ambages celui de Constantin Héger – on pense que Madame Héger, après avoir lu une version « pirate » en français du livre, tentera tout ce qui était en son pouvoir pour en interdire, ou du moins ralentir, sa publication. Que son charismatique époux ait fait l’objet de tant d’adulation  n’était déjà pas pour lui plaire énormément, mais il semblerait que le portrait dans le roman de l’épouse du directeur ait été particulièrement caustique, voire déplaisant pour elle.

Le livre d’Helen McEwan - édité en prélude au 200ème anniversaire de la naissance de Charlotte Brontë - est superbement illustré, avec des extraits de lettres, des « devoirs » de Bruxelles – voir d’ailleurs à ce sujet, aux éditions Mille & Une Nuits, le livre consacré aux devoirs de Bruxelles d’Emily Brontë. (sur le blog lamaisondemilly un avis sur ces « devoirs »).

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Helen McEwan est établie à Bruxelles depuis 2004, traductrice aux communautés européennes et fondatrice de la société Brontë à Bruxelles.
Elle a organisé des balades basées sur les promenades d’Emily et Charlotte Brontë au cours de leurs séjours – j’ai eu le plaisir de suivre l’une d’entre elles, organisée par la maison d’éditions de son livre.
C’est lors de la relecture du roman « Villette » que Ms. McEwan a été frappée par la similitude du livre avec la vie de Charlotte.

20 septembre 2016

BIOGRAPHIES DES BRONTËS

Après avoir terminé la biographie écrite par Claire Harman, à propos de Charlotte Brontë, dont la principale inspiration est la biographie écrite par Elizabeth Gaskell, sachant que cette famille au destin tragique a inspiré de nombreux écrivains, je me suis penchée justement sur le nombre de biographies possibles - ci-dessous, en voici la liste, probablement non exhaustive, mais dont la source pour toutes sont les lettres et le livre d'Elizabeth Gaskell.
Qui mieux qu'elle,  en effet, meilleure amie de Charlotte, à qui le père Patrick Brontë avait demandé d'écrire cette biographie, pouvait être l'inspiration de ces diverses biographies, dont malheureusement peu d'entre elles apportent réellement quelque chose de nouveau - la biographie de Gaskell a tout dit et même si, à la lueur de certaines données plus actuelles, d'autres romanciers/romancières ont pu étoffer la biographie des petites soeurs si talentueuses et leur frère si tourmenté, je pense que Gaskell reste la principale référence en la matière.

A tout seigneur, tout honneur =

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CHARLOTTE BRONTE, d'ELIZABETH CLEGHORN GASKELL, édité pour la première fois en 1857 - écrit à la demande du père Patrick Brontë, sur base de la correspondance de Charlotte avec Elizabeth Gaskell et Ellen Nussey - maintes fois réédité depuis

 

 

 

 

 

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THE BRONTE STORY, de MARGARET LANE, avec des illustrations graphiques de JOAN HASSAL  - publiée en 1969

 

 

 

 

 

 

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THE INFERNAL WORLD OF BRANWELL BRONTE, de DAPHNE DU MAURIER - publié en 1960

 

 

 

 

 

 

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THE BRONTE MYTH, de LUCASTA MILLER - publié en 2001 - une réécriture "plus moderne", loin du roman gothique écrite par Gaskell (dit la page de couverture)

 

 

 

 

 

 

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THE BRONTE AT HAWORTH, de ANN DINSDALE - un livre décrivant plutôt Haworth, le Presbytère, les landes, avec de belles illustrations (photos) à l'appui - qui tente aussi de casser l'image "romantique" - Ms. Dinsdale est la bibliothécaire du presbytère d'Haworth

 

 

 

 

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THE OXFORD COMPANION TO THE BRONTES, de CHRISTINE ALEXANDER & MARGARET SMITH - des informations concernant la vie des Brontë, à propos des livres - un livre de référence de A à Z, pour que tout étudiant en littérature anglaise du 19ème siècle puisse trouver des informations intéressantes pour son travail académique - livre néanmoins à la portée de tout le monde

 

 

 

 

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THE BRONTES, de JULIET BARKER - un livre qui veut totalement "démythifier" les Brontës, édité récemment

 

 

 

 

 

 

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THE BRONTES (AUTHORS IN CONTEXT), de PATRICIA INGHAM - une autre analyse récente tentant d'expliquer que les soeurs Brontë, loin de l'image romantique que l'on en donne, étaient des romancières bien de leur temps

 

 

 

 

 

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Et finalement, l'une de mes lectures en cours = LES SOEURS BRONTE A BRUXELLES, d'HELEN McEWAN - dont la maison d'édition a organisé récemment une promenade dans les lieux fréquentés par Emily & Charlotte Brontë, mettant aussi l'accent sur la passion platonique qu'éprouva Charlotte Brontë pour son professeur Constantin Héger

 

 

 

A tout cela, il convient d'ajouter les biographies écrites par WINIFRED GERIN, à propos de Charlotte, Emily et même ANNE BRONTË, malheureusement ces livres ne semblent pas avoir été réédités et / ou traduits -

ainsi que la biographie d'Emily Brontë par JEANNE CHAMPION "LA HURLEVENT"

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Cette liste, comme dit en intro, n'est nullement exhaustive, je n'ai pas pu repérer toutes les biographies, ni tous les romans inspirés par les soeurs Brontë, comme celui par exemple de JOLIEN JANZING "L'AMOUR CACHE DE CHARLOTTE BRONTE" mais qui est bien un roman.
J'avais songé à le lire, mais finalement j'ai abandonné l'idée (pour le moment), je ne pense pas que cela m'apporterait quelque chose de nouveau.

 

 

 

 

 Pour rappel = BECOMING JANE EYRE, de Sheila Kohler et le livre de CLAIRE HARMAN - sans oublier le film d'André Téchiné, LES SOEURS BRONTE


19 septembre 2016

LES MEMOIRES D'AGRIPPINE, de Pierre Grimal

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Je me suis lancée dans une série de lectures pour vider la pal papier (on est prié de ne pas rire) – parmi ces livres, il en est pas mal consacrés à des femmes célèbres, importantes dans l’histoire, des femmes fortes, au caractère bien trempé, comme cette AGRIPPINE MINOR, mère de l’empereur Néron, par le spécialiste de l’histoire romaine qu’est Pierre Grimal.

Dire qu’elle m’ait été plus sympathique après lecture serait exagéré – ambitieuse pour son fils, au-delà de tout scrupule, elle était une forte femme, intelligente, descendante d’une série de personnages illustres, à commencer par son père Germanicus qui fut assassiné sur ordre de Tibère. 

En se basant sur des écrits qui n’auraient pas été retrouvés, à savoir les écrits mêmes de ladite Agrippine, Pierre Grimal en fait un portrait extrêmement vivant.
J’ai seulement déploré qu’il n’y ait pas eu d’arbre généalogique en début de livre, cela m’aurait simplifié la lecture, car un moment donné, il m’a été fort difficile de savoir qui était qui, vu qu’ils portaient pratiquement tous, à quelques exceptions près, les mêmes patronymes.

Un jour donc, les astres promirent à Agrippine qu’elle aurait un fils qui deviendrait empereur mais qui l’assassinerait – ce à quoi elle n’hésita pas à répondre = qu’il me tue pourvu qu’il règne !!
Ça c’est envoyé ! et tellement vrai, en plus.
A aucun moment, Agrippine Minor, fille d’Agrippine Major et Germanicus, ne déviera de cette ligne de conduite qu’elle s’est donné = tout faire pour que règne son fils Néron.
Après avoir épousé son oncle Claude, peu après qu’il eut fait tuer Messaline, elle fera en sorte que Néron, qui avait épousé Octavie fille de Claude (à ne pas confondre avec Octavie sœur d’Octave-Auguste, vous commencez à comprendre le problème de la généalogie ?) soit nommé successeur de Claude, avant le fils de ce dernier, Britannicus – que Néron empoisonnera à un dîner où participait sa mère et où il la défia pour ce geste – après tout, n’avait-elle pas empoisonné Claude ?! 

Le livre est divisé en 5 grands chapitres de l’existence d’Agrippine, de l’enfance à la mort, avec toutes les turpitudes dont les empereurs romains furent capables au cours de leurs règnes – d’Auguste à Néron, en passant par Tibère et Gaius-Caligula, frère d’Agrippine, qui fut aussi l’amant de leur sœur Drusilla, parce que Gaius avait fort bien interprété à sa manière les pharaons d’Egypte qui épousaient leurs sœurs.
Ceci en niant parfaitement la notion d’inceste qui n’était pourtant pas trop bien vue par les Romains.

Si Livie, l’épouse d’Auguste, une mante religieuse elle aussi, vous fascine, soyez vigilants, elle maniait la mort comme pas deux = soit le poison, le moins pénible de tous, soit elle vous faisait assassiner par ses sbires, soit elle vous exilait et vous mourriez de faim.
Elle était par alliance l’arrière-grand-mère de l’Agrippine qui nous occupe et dont elle exilera la mère, parce qu’elle restait fidèle à la mémoire de son époux Germanicus.
Les frères aînés d’Agrippine Minor furent aussi tués, on ne sait pas trop pour quelle raison, mais cela en faisait quand même deux de moins dans la prétention à l’empire.
Ils étaient d’ailleurs, avec leurs sœurs, des descendants de Marc Antoine, et les petits-neveux et nièces de Tibère.

Les « mémoires » nous font partager non seulement la vie d’Agrippine mais de nombreuses pages de l’histoire romaine, avec toutes les manipulations possibles et imaginables pour arriver au pouvoir – avec les assassinats nécessaires pour éviter la vengeance familiale.
Il est beaucoup question de l’affranchi Narcissus, qui « veillait » sur Claude mais qu’Agrippine parviendra à éliminer, avant qu’il ne l’élimine elle, puisqu’elle avait pris un amant, proche conseiller de Claude justement. Elle profitera de l’absence de Narcissus pour empoisonner Claude.
Je comprends parfaitement la notion de « goutteur » dans ces grandes familles, où l’on n’était jamais très sûr que ce que l’on mangeait ou buvait était très sain.

Croyez-moi, le livre est nettement plus sérieux que le compte-rendu que j’en donne ; Pierre Grimal est réellement un historien de l’histoire romaine,  biographe de Marc Aurèle et Tacite, dont les écrits sur l’histoire de Rome ne se comptent plus ; il n’est pas qu’historien, il est aussi philologue et spécialiste de littérature latine, académicien reconnu, mythographe, qui se battra toute sa vie pour que latin et grec soient maintenus dans l'enseignement secondaire.

Pour certains, cette biographie d’Agrippine, sous forme de mémoires, est un roman – mais dans ce cas, alors, la réalité dépasse la fiction, car tout y est exactement relaté.

Un autre avis sur le livre chez aline-leslivresd'aline - qui fait une intéressante comparaison d'écriture avec "les mémoires d'Hadrien" de Marguerite Yourcenar.

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CHARLOTTE BRONTE, A FIERY HEART, de Claire Harman

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Je suis parfois un peu monomaniaque concernant certaines grandes familles = les Tudors, les Borgias, mais aussi les BRONTE, j’ai toujours été fascinée par le talent, la force de l’écriture des trois sœurs.

Le bicentenaire de la naissance de Charlotte Brontë en 2015 a donné naissance à cette biographie, au demeurant  fort bien documentée, mais  qui n’apporte pas grand-chose de nouveau à mes yeux à propos de la vie de cette famille éprouvée par la maladie et la mort et qui comportait à ce point autant de génies littéraires.

J’ai en effet quelques sentiments mitigés à l’égard de la biographie de Ms. Harman, qui cite énormément la biographie  qu’Elizabeth Gaskell écrivit après la mort de son amie, basée non seulement sur leurs rencontres, ce que Gaskell connaissait de la vie de son amie, au travers de la correspondance de Charlotte – notamment à ses amies Ellen Nussey et les sœurs Taylor. Je me suis dit qu’au fond, autant relire le livre d’Elizabeth Gaskell, puisque dans le livre de Claire Harman elle la cite tant de fois. Ce que l’on reproche, à notre époque, est l’image un peu trop « gothique » que Gaskell donna à la vie des Brontë, néanmoins il y a du "gothique" dans leurs vies, à commencer par le pensionnat où les deux aînées contractèrent la maladie qui les emportera, donnant alors à Charlotte le statut d'aînée de la famille, un poids fort lourd à porter.

Je ne veux pas non plus jeter l’enfant avec l’eau du bain ; cette autre biographie (je n’utilise par le terme « nouvelle » à dessein) apporte quelques éclaircissements quant au caractère du père, Patrick Brontë et aussi de Branwell Brontë, l’enfant chéri de toute la famille, celui qui se prenait pour un génie à tel point qu’il fallut l’entretenir car travailler était en-dessous de sa condition artistique.
Comme on le sait, il sombrera dans l’alcool et la drogue, ayant tout raté et malgré tout, encore dorloté par son père qui puisait dans ses maigres ressources pour payer les dettes du fils, alors qu’il n’avait pas un penny à donner à ses filles qui en auraient fait un bien meilleur usage.
Je reconnais que je n’ai guère pour Branwell Brontë l’engouement qu’a eu Daphne du Maurier à son propos.
Que Branwell ait été méconnu en tant qu’artiste est un fait, son génie littéraire certes existait, mais il se voulait portraitiste et peintre et il n’avait, hélas, pas le talent nécessaire.
Ses désillusions vinrent du fait qu’on ne l’ait pas reconnu, encore eût-il fallu qu’il témoigne de plus d’ardeur à terminer ce qu’il commençait.

Les désillusions amoureuses tiennent une grande place dans la vie des jeunes Brontë, on connaît tous actuellement l’amour qu’éprouva Charlotte Brontë pour Constantin Heger, à Bruxelles, et celui de Branwell Brontë pour Mrs. Robinson, la mère du petit garçon dont il était le précepteur.
Si cet amour non réciproqué valut à Charlotte quelques lettres magnifiques et une forte inspiration pour ses romans « The Professor » et « Villette », il n’en sera pas de même pour Branwell qui sombrera complètement dans la drogue.

Sinon, la biographie de Claire Harman nous explique la vie rude, difficile, au Presbytère, le peu de chaleur affective que donnera le pasteur Brontë à ses enfants ; il ne supportait pas trop les enfants d’ailleurs, du coup il ne partagera aucun de leurs repas et se retirera encore plus dans son chagrin à la mort de son épouse. Patrick Brontë semble avoir transmis à son fils Branwell son énorme égocentrisme.

Le climat dans la région du Presbytère, à Haworth, l’isolement des landes, étaient propices à la création artistique dans laquelle les enfants se réfugièrent pour créer des mondes bien à eux = Angria, Gondal.

La reconnaissance, la célébrité vint à Charlotte lorsqu’elle décide de lever le voile sur qui sont « Currer, Ellis, Acton Bell » - les pseudonymes masculins que les sœurs utilisèrent pour être publiées -, après un article méprisant dans un journal londonien.
Cela lui valut pendant quelque temps une vie un peu plus gaie à Londres, où grâce à l’amitié de son éditeur, elle pourra visiter l’opéra, les galeries d’art, assister à des conférences. Mais ne pas trop participer à des dîners, car timide comme tous les enfants Brontë, elle brillait peu en société et étonnait celle-ci par son « air hautain » -(en général les timides sont qualifiés d’hautains, j'en sais quelque chose).

Son mariage avec le vicaire Arthur Nicholls, que son égoïste de père tentera d’opposer, apportera aussi à la jeune femme quelque temps de bonheur, hélas affaiblie par sa grossesse, elle s’éteindra à la veille de ses 40 ans.

Le livre réhabilite un peu Anne Brontë, la plus effacée des enfants, la plus pieuse, qui envers et contre tout aidera Branwell avec Emily, alors que Charlotte – ayant compris le caractère faible et  manipulateur de leur frère – devint plus distante.
Il montre aussi à quel point, sous des dehors froids, Charlotte était passionnée, ce qu’elle transcrivit à merveille dans « Jane Eyre ».
Il propose aux lecteurs des anecdotes de la vie de cette famille, éprouvée par la maladie, les difficultés financières, la mort, par « dieu » comme les Brontë le diront eux-mêmes.
Il brosse aussi un portrait de chaque membre de la famille, mais comme je le disais = rien de neuf, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas le lire.

Mon erreur a été d’imaginer que cette biographie m’apporterait de nouveaux éléments à propos de cette tragique famille.

18 septembre 2016

TRUFFAUT/GODARD, SCENARIO D'UNE RUPTURE, de Claire Duguet

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Scénario de Claire Duguet & Arnaud Guigue

Personnages emblématiques de la « nouvelle vague » des années 1950 (une appellation donnée par les critiques cinématographiques américains et non français), François Truffaut et Jean-Luc Godard étaient, au départ, deux grands amis. Ils s’étaient rencontrés, tout jeunes, au cinéclub d’Eric Rohmer, pour ensuite être critiques aux « Cahiers du Cinéma ».
Leurs critiques virulentes à l’égard du cinéma français « classique », conventionnel, tout studio, les réunissaient également.
Avec Jacques Rivette, Eric Rohmer, Claude Chabrol, ils se lancent dans la réalisation de sujets d’actualité, avec des personnages que l’on « jette » dans la réalité. Les prises de vues se font en extérieur.
A l’instar d’un John Cassavetes aux Etats-Unis, un Cassavetes qui avait pour eux une grande admiration, pour l’originalité, le vent nouveau qui soufflait sur le cinéma français grâce à eux. 

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Le documentaire réalisé par Claire Duguet raconte cette rencontre, cette osmose au départ entre les deux réas, frères d’armes, tous deux extrêmement talentueux, qui prendront rapidement des voies différentes. Des « frères d’armes » qui vont rapidement se révéler des « frères ennemis » qui ne se réconcilieront jamais, puisque la mort emportera François Truffaut prématurément.

Truffaut, le premier, va rencontrer la gloire avec les « 400 Coups » qui révèle aussi le talent de Jean-Pierre Léaud, qui jouera à tour de rôle chez l’un et chez l’autre.
Il sera comme le dernier lien qui les unira, sans toutefois les réconcilier.

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Alors que Truffaut propose des histoires qui plaisent au public, Godard poursuit sa recherche expérimentale au cinéma.
La grande rupture entre eux arrivera avec « La Nuit Américaine » de François Truffaut, un film sur le cinéma, une très belle mise en abyme.
Aux yeux de Godard, Truffaut est devenu un « cinéaste populaire », qui réalise exactement le type de films contre lesquels les amis se sont insurgés.

Leur brouille ne fera que s’accentuer au fil des nombreuses lettres pleines de fiel qu’ils s’adressent mutuellement – Truffaut surtout, habile avec les mots, aura des mots très durs à l’égard de Godard, et si ce dernier considère que François Truffaut est devenu un « cinéaste populaire », dont les films ont du succès, il n’hésite pas à écrire à Jean-Luc Godard que ses films à lui, que personne n’a envie d’aller voir, s’adressent à un public élitiste.
Bref = « ambiance » au paradis des films.

La présentation du  documentaire à l’espace Flagey (une antenne de Cinematek) était introduite par Michel Ciment,  journaliste, écrivain, critique cinématographique et historien du cinéma, qui malheureusement ne m’a nullement convaincue dans son introduction.
Alors qu’il semble toujours « brillant » dans l’émission « le masque et la plume » à laquelle il participe, ici il semblait peu attiré par le sujet. J’ai eu une impression de « bâclage » dans cette introduction peu convaincante, qui m’a aussi paru légèrement méprisante à l’égard du documentaire en le qualifiant de « didactique, pédagogique ».
Aussi ne suis-je pas restée pour le débat qui suivit le documentaire.

Celui-ci m’a intéressée, cela m’a suffit = j’y ai découvert deux egos surdimensionnés, incapables de réconcilier leurs différends, deux metteurs en scène-scénaristes de films d’auteurs qui ont tous deux contribués à une nouvelle forme de cinéma.
Il m'a rappelé les intéressants cours/conférences qu'Olivier Lecomte avait donné à propos de la Nouvelle Vague française.

Avec des témoignages, entre autres, de Mathieu Amalric qui a dit quelque chose d’exact = pourquoi devrait on être pour l’un et du coup pas pour l’autre ? c’est comme ceux qui nous demandent de choisir entre les Beatles et les Rolling Stones. Pourquoi ne pourrait-on pas apprécier les deux types de films, les deux types de musiques.
Avec aussi Claire Denis, Olivier Assayas, Gilles Jacob, etc.

Je vous suggère aussi l'intéressant article sur "la nouvelle vague" sur le blog laplumeetl'image

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17 septembre 2016

APOLOGIE POUR CLYTEMNESTRE, de Simone Bertière

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RELECTURE

Une des plus sombres histoires de vengeance de la mythologie grecque – racontée par la reine meurtrière, l’histoire sanglante de la famille des Atrides, nous disent les sous-titres.

 

Je le dis sans ambages = mes sympathies sont toujours allées à Clytemnestre, qui ne pardonna jamais à Agamemnon son stratagème pour amener leur fille aînée, la jolie Iphigénie à Aulis sous le prétexte d’être fiancée au héros Achille et sacrifiée sur l’autel d’Artemis pour que les vents deviennent favorables aux Grecs afin d’aller saccager, violer, piller les richesses de Troie.

 

A mes yeux, Clytemnestre est l’une des grandes victimes de cette guerre prenant comme prétexte le rapt de sa sœur Hélène par Pâris. En tout cas j’ai réellement apprécié cette fausse « autobiographie » de la jolie plume de Simone Bertière, qui m’avait déjà enchantée avec sa chronique sur les reines de France.
Elle "redresse" l'image de ce personnage, calomnié par absolument tous les dramaturges grecs.

J’ai trouvé tout à fait logique que l’historienne donne la parole à Clytemnestre, femme et mère bafouée, car dans la littérature (surtout anglophone, Colleen MacCullough, Margaret George) c’est pratiquement toujours à la belle Hélène que l’on donne la parole.

Jusqu’à présent personne n’avait songé à se poser du point de vue de l’épouse d’Agamemnon, roi suffisant, brutal, arrogant, épris de richesses qu’il amoncelait tant et plus pour montrer sa puissance, avide de pouvoir.
Non Troie ne fut pas conquise pour la beauté d’une femme, mais parce que c’était une ville aux richesses inimaginables qui faisaient baver d’envie les Grecs.

 

Le ton qu’utilise Clytemnestre pour expliquer son geste meurtrier n’est jamais larmoyant, elle assume ses actes et les explique dans un espoir de justice dans nos esprits, car il faut bien le dire depuis plusieurs millénaires elle est considérée comme la pire de toutes les meurtrières.

 

J’ai apprécié l'incipit  =

 

"Je m'appelle Clytemnestre, reine d'Argos. Vous me connaissez bien. Voici trois mille ans que vous me montrez du doigt en frémissant d'indignation. Avec l'aide de mon amant, j'ai tué mon époux Agamemnon, à son retour de la guerre de Troie.
Et j'ai péri de la main de mon fils Oreste.
"

Le récit est la chronologie de sa vie, avec un petit tour du côté du panthéon des dieux, puisque Leda sa mère fut séduite par Zeus qui prit la forme d’un cygne. Il s’agit d’une intéressante réflexion sur la place des femmes dans la Grèce archaïque, sur les relations mère/fille, sœurs entre elles et frères/sœur (n’oublions pas qu’elle était, avec Hélène, la sœur des Dioscures).
Le portrait qu’elle fait d’Hélène rejoint ce que j’en pensais moi aussi : une enveloppe superbe sur un être totalement vide d’intérêt, amoureuse de sa propre image.
Quant à ce qu’elle éprouve pour sa fille Electre, là non plus, Clytemnestre ne ment pas au lecteur ni à elle-même, elle n’éprouva jamais de réelle affection pour cette fille qui n’était guère aimable (et le personnage d'Electre n'est pas non plus celui que je préfère, elle juge sans comprendre et incite à une vengeance meurtrière sans aucun état d'âme).


Non, je n’ai jamais frémi d’indignation au geste de Clytemnestre, et je n’ai jamais apprécié l’image que les artistes et les dramaturges donnèrent d’elle – froide, égoïste, calculatrice - tout comme je n’ai jamais compris l’engouement des historiens pour le personnage d’Agamemnon, qui était quand même une belle ordure !

 

Un livre amusant à lire, distrayant et d’une belle écriture, un style élégant, un vocabulaire choisi,  pour les amateurs/trices de mythologie surtout, bien que les réflexions « modernes » de Clytemnestre sur la place des femmes dans la société, en font un récit complètement de notre temps.

 

Le roman a par ailleurs la qualité de ne pas être trop long, donc pas le temps du tout de s’ennuyer.
Il m'est venu l'envie de le relire à cause des journées trop chaudes m'empêchant de dormir et peut-être un peu influencée par mes cours de grec ancien (mais pas trop, car nous n'en sommes pas encore à la lecture de textes aussi poussés =^-^=)

 

Clytemnestre par l'artiste pre-réphaélite John Collier.

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12 septembre 2016

FENETRES SUR COURT, de Collectif

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ABANDON

Comme je l’ai écrit précédemment, abandonner un livre est toujours un signe d’échec de ma part, pour ne pas avoir assez apprécié ce que l’auteur – en l’occurrence ici LES auteurs – ont voulu partager.

Le titre est alléchant, pour moi qui aime les nouvelles littéraires = le « court » du titre n’est en aucun cas une erreur d’impression faisant référence au célèbre « Fenêtre sur Cour » de William Irish, porté à l’écran par Hitchcock.
Il  ne fait pas non plus référence à un « court de tennis ».
Le « court » en question fait référence aux nouvelles littéraires qui composent ce recueil, que l’un des auteurs (Paul Colize) a eu la gentillesse de m’offrir il y a un certain temps déjà.

Sept auteurs = Paul Colize, Laurence Patti, Florent Jaga, André Toutou, Hervé Sard, Sébastien Charles, Jean-Louis Nogaro, ont relevé le défi d’Isabelle Corlier, créatrice du site internet « Monopole Noir », qui devient un lieu d’échanges et d’entraide de l’écriture.
Plusieurs passionnés de lecture et d’écriture ont répondu à l’appel – ce qui a donné naissance à ce recueil de 45 nouvelles inédites.

Et je n’ai pas accroché ! si certaines d’entre elles sont des petits bijoux d’humour noir (que j’adore), d’autres fichent carrément la chair de poule (ce qui est tout de même le but d’un polar très noir ou d’un thriller).
Certaines parlent de folie ordinaire, d'autres sont teintées d'un peu de fantastique.
Je ne peux expliquer pourquoi, soudain, aux trois-quarts de mes lectures, j’ai arrêté – est ce parce que les dernières que j’avais lues étaient un peu trop glauques, ce qui est sûr c’est que je n’ai eu ni l’envie, ni le courage de poursuivre.

J’espère que les auteurs – s’ils prennent connaissance de cette chronique – ne m’en voudront pas – leur talent n’est absolument pas mis en cause, au contraire.

Je n’ai tout simplement pas accroché.

THE WHITE COTTAGE MYSTERY, de Margery Allingham

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Non traduit

Jerry Challenor tombe sous le charme d’une jeune femme qu’il reconduit  devant la maison où elle habite avec sa sœur, son beau-frère, sa nièce, la nounou de celle-ci et une jeune femme de chambre.
Au moment où Norah entre chez elle, il entend une déflagration et immédiatement après  la jeune femme de chambre sort en hurlant de la maison.
Avec le constable qui faisait sa ronde, ils déposent la jeune fille dans le hall – où sont réunis les habitants de la maison,  tous tétanisés, regardant la porte de la cuisine sous laquelle coule du sang.
Jerry entre dans la cuisine et découvre le corps d’un homme que l’on identifie comme Eric Crowther le voisin du "White Cottage" – le « diable » en personne selon tous les habitants de la maison, y compris son personnel (un secrétaire, qui a pris la fuite et un homme à tout faire, que l’inspecteur en chef Challenor, père de Jerry, identifie comme un repris de justice qui semble avoir suivi le droit chemin depuis 10 ans).

Toutes ces personnes sont suspectes, surtout  Grace Christensen, épouse du propriétaire de White Cottage, un homme revenu handicapé de la guerre – cet handicap ne le met toutefois pas hors de cause aux yeux de W.T. Challenor, l’un des plus brillants inspecteurs du Yard.

En fait,  dire de Crowther qu’il était le diable en personne n’était pas faux – cet individu s’était spécialisé dans le domaine de la psychologie où l’on torture l’esprit – ce qu’il prenait grand plaisir à faire, exerçant un chantage moral  des plus abjects sur tous ceux qu’il côtoyait.
Et bien sûr, tout le monde a un secret.

Challenor père et fils se rendront à Paris, pour retrouver le secrétaire – qui ne se cache même pas, mais dont le secret doit rester secret justement. Puis ce sont Norah et Grace Christensen qu’ils croisent et qu’ils suivent jusqu’à Menton.
C’est en lisant un bouquin de psychologie qu’il trimballe toujours avec lui que soudain Challenor senior trouvera la solution à ce crime.

Solution que j’avais découverte pratiquement dès le début de l'enquête, mais ça ne m’a nullement gâté le plaisir de lecture, au contraire – c’est toujours un plaisir de me rendre compte que je ne me suis pas trompée =^-^=.

C’est un bon petit polar, avec quelques retournements de situations, mais rien de très dramatique, sauf peut-être la découverte de la solution.
Cela se lit rapidement – ce n’est pas un gros pavé et c’est délassant – l’équipe formée par les Challenor père et fils est sympathique à souhait – ils font un peu penser à Holmes & Watson, ou Poirot & Hastings – le père n’hésitant pas à dire à son fils qu’il est bien trop impulsif dans ses conclusions pour faire un bon policier.

« The White Cottage Mystery » est le tout premier roman policier écrit en 1928 par Margery Allingham, et dont l’ambiance n’est pas sans rappeler Patricia Wentworth ou Agatha Christie. Ce qui est assez logique puisqu’Allingham fait partie de ce que l’on a appelé « l’âge d’or du roman policier » (cozy mysteries).
C’est par sa série Albert Campion que Margery Allingham a remporté les suffrages du grand public.

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Margery Allingham naquit à Ealing près de Londres en 1904, dans une famille d’écrivains. Son père était éditeur pour deux journaux et sa mère écrivait des nouvelles pour des magazines féminins. La tante de Margery était aussi propriétaire d’une revue et c’est à 8 ans que la romancière en herbe acquit son premier salaire d’écrivain avec une nouvelle parue dans le magazine de sa tante.
Peu après sa naissance, la famille déménagea dans l’Essex mais en 1920 Margery Allingham retrouva Londres et l’école supérieure où elle fera ses études (cette école est devenue entretemps l’université de Westminster). C’est là qu’elle fait la connaissance de Philip Youngman Carter, qui deviendra son mari en 1928 ; c’est lui qui dessinera la plupart des couvertures de ses romans.

La célébrité vint en 1929, avec les enquêtes d’Albert Campion – souffrant d’un cancer, Margey Allingham décède en 1966, c’est son mari qui terminera, à sa demande,  le dernier roman qu’elle écrivait.

09 septembre 2016

CHACUN SA PLACE, de Veronique Gallo

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Mise en scène = Alexis Goslain 

Lumières = Renaud Dechanet & Jean-Louis Rouche

(source des photos=  site du théâtre)

Bérénice, c’est l’aînée – elle maîtrise tout, enfin sauf quand elle n’en peut plus – Laurent, c’est le petit dernier, celui qui n’aime pas noel mais qui y va parce que la famille y va – entre les deux, il y a Clara, c’est l’ « enfant du milieu », celle qui n’a jamais trouvé sa place, prof de gym, toujours le sifflet au cou, 2 ans d’analyse psy, heureuse de vivre avec son chat.

Ils ont décidé d’organiser une fête pour les 65 ans  de leurs parents – ils se rencontrent ce soir-là pour finaliser = Laurent se chargeant de la musique et du diaporama photos de famille, Bérénice se chargeait de tout organiser, Clara devait prévoir un traiteur. Elle a oublié !  Par contre, elle a apporté la déco = bougies, petites guirlandes lumineuses, etc. Laurent en est mort de rire, tant c’est laid.
Bérénice râle sur les lieux = poussiéreux et moches, pas chers – encore heureux ! et dire qu’elle connaissait une location de péniche …
Laurent est interloqué = une péniche, mais jamais, il nage comme une pierre !!! la péniche est peut-être amarrée, mais s’il tombait à l’eau ?

Béné commence à piquer sa crise. Chacun d’eux, à tour de rôle, va d’ailleurs la piquer sa crise et on le sait bien = le linge sale se lave en famille.
Chacun est là avec ses grandes ou petites blessures, qu’il reproche aux autres, comme si tout à coup le couvercle de la casserole explosait après avoir trop bouilli pendant toutes ces années.
Sans oublier les petites cachotteries, les petits secrets des uns et des autres, y compris ceux des parents. Elle commence mal la fête, dirait-on.
Mais en famille, on s’aime, on s’écorche, on se rabiboche. C’est bourré d’humour et de tendresse.

Et le public explose de rire, car les répliques sont drôles et fusent les unes après les autres, on a à peine le temps de s’en remettre que déjà la suivante vous déboîte les zygomatiques.
Chaque personnage est excellent = Véronique Gallo, l’auteure de ce petit bijou, est excellente en  Bérénice, l’aînée, qui fut une adolescente amoureuse de Roch Voisine, maman désormais de 2 enfants mais dont le couple bat de l’aile.
Catherine Decrolier est tout aussi excellente en Clara, surnommée « la caporale », tant elle mène tout rigidement à la baguette.
Celui qui remporte tous les suffrages à mes yeux est Jean-François Breuer, en Laurent, qui a peur du noir, la phobie des animaux qu’on entend mais ne voit pas la nuit, qui vit en couple avec Rob et qui aimerait tellement être papa (ou maman ?), mais ils hésitent car un enfant à besoin de repères et un couple homosexuel n’est peut-être pas un bon repère ?

Le mythe de la famille heureuse et unie en prend pour son grade – mon petit bémol est peut-être d’avoir fait de Laurent un homosexuel, cela donne un peu l’impression de naviguer sur une vague à la mode, mais interprété par Breuer, comment ne pas apprécier.

Le décor était minimaliste, on déplore un peu les futurs invités dans ce lieu un peu sinistre, même si Clara a envoyé à tous un plan avec pictogrammes … s’ils trouvent, bravo !

Ce n’est pas tout à fait du théâtre de  boulevard mais presque, dans un autre décor on entendrait les portes claquer.

Bref j’ai passé une soirée du tonnerre, et qui comme d’habitude, m’a fait réfléchir sur les fratries, moi qui passe mon temps à déplorer d’être fille unique.

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06 septembre 2016

THE CHRISTIE CURSE, de Victoria Abbott

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Livre 1 dans la série « The Book Collector 

En 1926 Agatha Christie disparut pendant 11 jours – disparition qui fit la une de tous les journaux ; elle aurait écrit le manuscrit d’une pièce de théâtre pendant cette « amnésie » temporaire. 

Jordan Kelly Bingham a absolument besoin d’un emploi, non seulement il lui faut rembourser le prêt de ses études universitaires, mais surtout remettre à flots sa carte de crédit dont son peu scrupuleux boyfriend a fait un usage excessif avant de la laisser tomber. Elle est retournée à Harrison Falls et est restée pendant quelque temps chez ses oncles qui l’ont élevée, mais elle veut un emploi correspondant à son excellent niveau d’études. 
Lorsqu’elle découvre une annonce demandant un chercheur – annonce placée par Vera Van Alst, des anciennes usines Van Alst qui firent la gloire et puis la ruine d’Harrison Falls, elle se présente et y va à l’audace – elle connait ses compétences, alors le fait que Ms. Van Alst voulait un homme est balayé d’une pirouette. A situation désespérée, mesures désespérées.

Elle est engagée, avec réticences, mais logée et nourrie – joliment logée d’ailleurs dans un petit appartement sous les combles et pour ce qui est d’être nourrie, alors là ! c’est le paradis. 
Fiammetta Panetone, cuisinière et gouvernante de Vera Van Alst, est la reine des cuisinières et Jordan est aux anges, même si son employeur ne mange quasi pas. Inutile de dire qu’elle est immédiatement adoptée par la cuisinière.

Elle se met donc au travail, bien que quelque chose lui dise que ce manuscrit d’Agatha Christie est une fameuse arnaque.
Deux personnes qu’elle approche en cours d’enquête sont attaquées, l’une d’elle est sauvée in extremis par Jordan mais qui est immédiatement suspecte aux yeux de l’inspecteur chargé de l’enquête. N’était-elle pas sur les lieux, tenant la main de la victime ?
Et qui est cet autre policier, qui débarque à chaque fois sur les lieux suspects, qui semble la suivre partout ? Il a certainement l’air mignon, mais ce n’est pas parce qu’on rougit qu’on est innocent !
Jordan est aussi aidée dans son enquête par un ami d’université, charmant bibliothécaire qui a des ressources pour lui donner les renseignements dont elle a besoin. Il aimerait bien qu’elle le considère comme autre chose qu’un « pote », mais chaque chose en son temps. D’abord le boulot !

Lorsqu’elle apprend que le jeune chercheur qui occupait le poste avant elle a été poussé sous une rame de métro à New York City, à la recherche du mystérieux « Merlin » et qu’il portait sur lui la somme faramineuse que Ms. Van Alst payait pour le manuscrit de Christie, les amis et oncles de Jordan commencent à craindre pour sa vie à elle, mais la jeune femme veut aller au bout de cette enquête, d’autant plus qu’elle est réellement persuadée que ce manuscrit n’existe que dans les rêves de Vera Van Alst.

Enquête passionnante qui m’a fait terminer le livre carrément d’une traite – entamé dimanche soir, terminé lundi dans la matinée.
Le style d’écriture est simple, agréable à lire, avec quelques rebondissements, dont la fin que je n’avais nullement devinée.
Par contre, je suis convaincue que vous aurez toutes/tous deviné la raison pour laquelle ce titre m’a attirée … comment résister à l’appel d’Agatha Christie,  fut-ce seulement dans un titre promettant une enquête à son sujet.

Les personnages m’ont tous  plu, surtout le siamois, qui n’a pas de nom et que Jordan a surnommé « Jekyll & Hyde », car son caractère semble bi-polaire = un instant il ronronne et demande des caresses, l’instant d’après il lui arrache carrément la peau des jambes (j’ai très rapidement deviné le secret du siamois, c’était tellement évident =^-^=).
J’ai aussi aimé le petit bulldog anglais, Walter,  qui va rapidement faire la conquête des oncles de Jordan.

Comment ne pas adopter d'ailleurs les nombreux oncles de Jordan Kelly Bingham,  très protecteurs, toujours prêts à aider la nièce qu’ils adorent et ont élevée, mais qui ne sont pas toujours du bon côté de la loi.  Du moins aux yeux mêmes de la loi, car à leurs yeux, ces hommes se sentent totalement dans le bon droit. Ils râlent un peu qu'elle travaille pour Van Alst, les vrais malhonnêtes ce sont eux, même s'il n'en reste qu'une.

Même Vera Van Alst, que l’on pourrait traiter de « la patronne de l’enfer », ne m’a pas totalement déplu, après tout elle n’a pas été gâtée par la nature, un accident de voiture la condamne à une chaise roulante ; elle est malheureusement très près de ses sous, sauf pour les livres – mais que les lecteurs qui n’ont jamais eu ce réflexe lui jettent la première pierre.
J’ai aussi adoré Fiammetta Panetone, la bien nommée – le panettone est un pain brioché, absolument délicieux (et calorique), avec parfois des raisins secs ou des fruits confits, selon le goût (il fut inventé par un marmiton du nom de Toni, il pane del Ton ... panetone).
Et Signora Panetone est une cuisinière comme j’aimerais en avoir une – les repas qu’elle concocte m’ont mis l’eau à la bouche pendant ma lecture.
En fin de roman, elle accepte de partager quelques recettes avec les lecteurs. 
Son personnage est haut en couleur – elle est une femme de peu de mots = « Sit, Eat, Now. Not speak, Eat ! » j’ai adoré chacune de ses apparitions.

Sinon, le style d’écriture est simple, pas simplet, agréable à lire – cela se passe dans l’état de New York, dans un patelin où apparemment l’occupation principale des voisins est d’observer ce qui se passe en face ou à côté de chez eux.
Mais on y trouve de beaux jardins, de plaisants paysages, de petites villes où, en apparence, il ne se passe pas grand-chose.
Quoique considérer le meurtre comme « pas grand-chose » est tout de même un peu désinvolte.

Je compte poursuivre la lecture de ces petits polars à thème, qui se situent dans le monde très fermé des amateurs de livres précieux, excessivement chers, et dont chaque exemplaire (souvent unique) est une réelle chasse au trésor littéraire.
Chaque titre de la série comporte d’ailleurs le nom d’un écrivain de polars célèbre.

Ici, Jordan découvre Agatha Christie, qu'elle ne connaît que "vaguement" - j'ai cru défaillir en lisant ça ! mais elle se rattrape et fort bien, devenant une spécialiste des enquêtes de Poirot et Marple.

La romancière Victoria Abbott est en réalité une double écrivaine, il s’agit du pseudonyme utilisé par Mary Jane Maffini et sa fille Victoria Maffini.

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Mary Jane Maffini est une romancière canadienne, vivant en Nouvelle-Ecosse, et est par ailleurs l’auteure d’autres séries et nouvelles, publiées sous son patronyme et quelques nouvelles publiées sous le nom de « The Ladies’ Killing Circle » (un cercle littéraire dont il me plairait de faire partie).
Ses nouvelles ont paru dans Ellery Queen Magazine, et elle a par deux fois obtenu un prix pour les nouvelles.
Elle a été la présidente de la société des auteurs de polars au Canada.

04 septembre 2016

A BEAUTIFUL BLUE DEATH, de Charles Finch

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Les enquêtes de Charles Lenox, détective amateur - 1

Londres – hiver 1865 – Charles Lenox se réjouit de passer quelque temps au coin du feu, avec un thé et un bon livre. Il pense un peu à la manière cavalière habituelle dont il a été traité par l’inspecteur Exeter, du Yard, un personnage aussi pompeux qu’inefficace. La réussite d’une précédente enquête, où Lenox a prouvé qu’Exeter s’était trompé, n’a pas arrangé les relations entre les deux hommes.
Alors qu’il est prêt à s’installer confortablement, arrive son amie d’enfance et voisine, lady Jane Grey, vient lui demander de résoudre la mort de son ancienne femme de chambre, qui est morte dans la maison où elle avait pris ses fonctions pour suivre son fiancé, valet dans la même demeure.
Pour George Barnard, le propriétaire des lieux et bonne connaissance de lady Jane et Lenox, il ne fait aucun doute que cette sotte se soit suicidée – après avoir autorisé Charles Lenox de commencer une enquête, il lui dit d’arrêter, que Scotland Yard et Exeter ont été chargés de l’affaire et de toute façon le suicide ne fait aucun doute.
Elle était malheureuse et un petit mot a d’ailleurs été trouvé sur sa table de chevet. Seulement voilà, Lenox apprend par une amie de la jeune femme que celle-ci ne savait pas écrire.

Par son frère Edmond, héritier du titre et du domaine dans le nord de l’Angleterre, Charles Lenox apprend un secret dont il ne doit en aucun cas faire part à qui que ce soit, mais il peut enquêter en ce sens, à condition de rester discret.
Edmond est très content que son frère ait une nouvelle enquête sur les bras, il préférerait pouvoir enquêter lui aussi plutôt que devoir assister aux sessions du parlement ! Il est ravi lorsque son frère lui demande de l’aide.

Lorsqu’Exeter en personne vient demander l’aide de Lenox, il comprend qu’il peut à présent reprendre l’enquête dans la maison du richissime Barnard, financier, banquier, en charge des monnaies du pays.
Dans sa grande demeure se trouvent deux neveux et 3 amis de Barnard, chose un peu surprenante puisque les amis ont eux-mêmes d’imposantes demeures dans la banlieue élégante de Londres.
On mettra cela sur le compte du bal donné par Barnard, un événement des plus courus dans la société huppée londonienne – un événement incontournable, si l’on n’est pas invité, on est mis sur la touche !

Charles Lenox, a fait appel à son meilleur ami, Thomas McConnelle, docteur un peu alcoolique, mais qui semble se remettre peu à peu de cette faiblesse ; Lenox a pas mal d’indices, notamment que la jeune Prue Smith n’était pas quelqu’un de très fidèle – ensuite que ce qui l’a tuée est un poison violent et mortel s’il est utilisé endéans l’année de sa « confection » - ensuite il devient un engrais pour orchidées. Or, George Barnard cultive les orchidées rares comme hobby.

Une agression personnelle sur  Lenox afin de lui faire peur,  ne va cependant pas le décourager = si on en veut à sa personne, c’est qu’il s’approche de la vérité.
Un autre crime sera commis, lors du bal donné par Barnard, un crime qui va mettre Lenox sur la voie de la solution.

Je suis totalement conquise par le personnage de Charles Lenox, un gentleman dans le sens le plus complet du terme = élégant, tant au point de vue du caractère, que vestimentaire.
Il pourrait paraître comme un ersatz de Sherlock Holmes, mais leurs caractères diffèrent trop – il est vrai que Lenox a aussi un ami médecin, un frère membre du parlement mais qui apprécie les enquêtes de son frère et puis il a une inimitié avec l’inspecteur de Scotland Yard Exeter, qui est un empêcheur de tourner en rond, sauf lorsqu’il s’agit de récolter les lauriers à la fin de l’enquête.
A la différence de Holmes,  il a une amie féminine, amie d’enfance, et contrairement à Holmes, il a beaucoup d’amis.
Comme Holmes, il a de grandes facultés de déduction, une intelligence hors du commun.

L’ambiance recréée par Finch est épatante = on a réellement l’impression de se promener dans le Londres de l’ère victorienne, avec ses quartiers élégants, souvent à la limite des quartiers les plus pauvres où la crasse et la maladie règnent en maître. 

Dans les critiques que j’ai lues à propos de ce roman, il semblerait que les lecteurs n’acceptent pas facilement le caractère atypique pour l’époque des personnages.
En effet, Charles Lenox, ou son frère Edmond, ou leur amie d’enfance lady Jane Grey, ne sont absolument pas des personnages hautains, méprisant leur personnel, sans aucun respect pour les gens du peuple. Au contraire, Lenox espère toujours que son frère aîné, membre du parlement, pourra agir de manière à améliorer l’état des rues des quartiers pauvres, afin déjà de réduire les infections.
C’est évident que c’est atypique si l’on lit d’autres romans situés dans la même époque, notamment ceux d’Anne Perry, où le mépris à l’égard des gens du peuple est palpable.
J’imagine que si les lecteurs ont fait ce type de comparaison, Charles Lenox n’a pas beaucoup dû leur plaire.

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Charles Finch – un auteur très apprécié de Laurie King – est le créateur de la série du gentleman détective amateur Charles Lenox. Il est né à New York city. Après avoir été diplômé de Yale en littérature anglaise et histoire, il a poursuivi des études  sur la littérature anglaise  à Oxford, UK, où il vit pour le moment. Son premier roman mettant en scène Charles Lenox a été nommé « meilleur livre de l’année en 2007 » par le Library Journal. La série se poursuit, rencontrant un réel succès.

Son dernier roman paru en 2014 est un roman situé à Oxford ;  il s’agit d’une histoire contemporaine, sur la vie dans Oxford, au Merton College,  où l’on suit la vie d’un étudiant américain et ses diverses relations tant amicales qu’amoureuses. L’intérêt de ce roman, selon les critiques, est la minutieuse description de la vie à Oxford au cours d’une année académique.

31 août 2016

SIDNEY CHAMBERS & THE DANGERS OF TEMPTATION, de James Runcie

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5ème et avant-dernier recueil de la série « The Grantchester Mysteries »

Retrouver Sidney Chambers est devenu un vrai plaisir pour moi.  Comme un rendez-vous avec une bande de copains dont on aime suivre les (més)aventures.
Hélas le dernier opus de cette sympathique série – qui mêle habilement événements d’actualité, culturels et politiques aux enquêtes policières ou psychologiques du désormais Archidiacre Sidney Chambers – ne paraîtra que dans le courant de 2017.

Sidney Chambers est donc l’archidiacre d’Ely, mais ses pas l’emmènent encore régulièrement à Grantchester, lorsque son copain l’inspecteur Geordie Keating lui fait part d’un fait étrange et d’une mort suspecte dont il pourrait s’occuper.
Evidemment, cela l’empêche de se consacrer entièrement à sa tâche d’archidiacre, ce qui est tout de même un peu plus lourd comme travail que d’être pasteur d’une église provinciale.
Néanmoins, la tentation est grande pour Chambers de se laisser distraire par ce qu’il considère comme son « deuxième emploi », non rémunéré bien sûr.
Cela ne plaît pas toujours à son Hildegard, même si elle reste plutôt compréhensive. Elle s’investit de plus en plus dans ses cours de piano, ce qui vaut quelques remontrances à son mari lorsqu’il est en retard pour s’occuper de leur petite Anna, qui grandit à chaque nouvelle.

L’inspecteur Keating, pour sa part, est devenu grand-père – il est souvent heureux de s’échapper de son logement, le jeune couple et leur bébé logeant chez lui, faute de moyens. Ses jeudis avec Sidney restent un moment qu’il apprécie. 

Le pasteur Malcolm Mitchell est désormais fiancé à la journaliste Helena Randall, qui a obtenu un poste au Daily Mirror londonien. Mitchell espère un transfert dans une paroisse londonienne pour être plus proche de son épouse.

Leonard Graham pour sa part est tombé amoureux d’un antiquaire rencontré au cours d’une précédente enquête.

Quant à Amelia Kendall, elle a des problèmes de couple sérieux, après seulement trois ans de mariage. Elle reste une amie fidèle du couple Chambers, d’autant plus qu’elle est la marraine de la petite Anna.

Finalement, il nous reste encore Mrs. Maguire – Mrs. M. pour les amis – qui depuis qu’elle a des gros problèmes de rhumatismes semble s’être adoucie au point de vue caractère. Non pas qu’elle n’y aille plus du tout de ses pointes acérées, mais moins souvent et elle apprécie les visites de Sidney et Leonard, lorsqu’ils en ont le temps.

Les nouvelles =
The Dangers of Temptation
– les tentations sont partout, même pour un archidiacre. Il n’est pas vraiment d’humeur joyeuse notre Chambers = il a mal aux dents, le carême approche, donc il sera privé de boissons autres que de l’eau. Et pour couronner le tout, c’est son anniversaire, une date qu’il déteste et la fête prévue pour lui va l’empêcher de regarder son feuilleton télé préféré. Il suit d’ailleurs ce feuilleton parce qu’il se moque de l’église anglicane et Chambers compte bien en parler autour de lui.
A peine sont-ils tous réunis (parents et amis) pour le repas qu’une certaine Barbara Wilkinson sonne à la porte des Chambers – son fils a des problèmes et elle demande l’aide de l’archidiacre – qui lui fait remarquer qu’il n’officie plus à Grantchester, mais cette dame est le prototype de la « femme fatale » et voilà Chambers embarqué dans une nouvelle enquête. Le jeune Danny Wilkinson a rejoint une communauté hippie et refuse désormais de parler à ses parents, divorcés. Comme le père du jeune homme est un dentiste connu et respecté, Chambers lui rend visite pour les douleurs dentaires et pour en savoir un peu plus sur Danny à qui il a parlé et qui l’a pratiquement remballé.
Pendant ce temps, sa sœur Jennifer, mariée à Johnny Johnson, propriétaire d’une boîte de nuit, pense que son époux la trompe – et encore une fois, Sidney devrait intervenir.
Cela commence à faire beaucoup et lorsque le gourou de la communauté hippie est assassiné, les soupçons se portent sur Danny, qui nie.
Evidemment Chambers va enquêter avec Keating, mais tout le monde le taquine à propos de la mère divorcée qui a jeté son dévolu sur lui apparemment.

Grantchester Meadows – ce sont les fêtes de mai à Grantchester, qui se passent en juin (comme cela arrive souvent = des fêtes portent un titre, mais la période n’est pas exacte).
Les étudiants célèbrent un peu trop ces événements et dans les belles prairies de Grantchester, il y a quelques pique-niques fort arrosés. Après avoir assisté à une commission du diocèse, événement ennuyeux s’il en est, Sidney Chambers se retrouve à Grantchester pour rencontrer son ancien vicaire et son copain Keating. Celui-ci, immédiatement, lui signale un accident grave = les vaches du fermier Redmond s’en sont pris à un étudiant en état d’ébriété grave et qui les avait agacées. Par ailleurs, Helena Randall lui explique que sa jeune sœur, un « esprit libre », a perdu un superbe collier qu’elle avait « emprunté » à leur mère et tout le monde espère que Sidney retrouvera le collier avant que madame Randall mère s’en rende compte.
L’état de l’étudiant, bousculé par le troupeau, est sérieux et les parents ont l’intention d’attaquer le fermier en justice, alors qu’en fait il est dans son droit lui aussi. On espère que Chambers arrivera à concilier tout le monde.
Pendant qu’il observe les lieux, dans l’espoir de comprendre ce qui est arrivé au collier, Sidney fait la connaissance de Roger Waters, un jeune musicien expérimental qui enregistre les bruits de la nature et son « silence » pour les inclure dans une prochaine composition.

The trouble with Amanda – la famine fait rage au Biafra en 1967 et tout Grantchester et Ely se monopolisent pour envoyer des vivres et de l’argent aux organisations charitables sur place afin de les aider. Hildegard a l’intention d’organiser un concert, Amanda voudrait adopter au moins un enfant,  ce qui ne plaît guère à Henry son époux.
Une femme, issue du passé d’Henry Richmond, qui semble vouloir poursuivre leurs relations, est assassinée et les soupçons se portent naturellement sur Richmond qui ne savait comment se débarrasser d’elle.

The Return – c’est un jour de septembre 1968 que reparaît Ronnie Maguire, le mari de Mrs. M., disparu, présumé mort, au cours de la 2ème guerre mondiale. Est-ce vraiment lui ou un imposteur ? A Sidney Chambers de faire la lumière sur ce personnage.

A German Summer – les Chambers sont en Allemagne de l’est, toujours sous la botte communiste ; la mère d’Hildegard regrette encore et toujours ses mariages anglais, alors que sur cette petite île où elles passaient de belles vacances, il y avait quelqu’un qui était amoureux d’elle. Sidney Chambers est mal à l’aise en DDR, et comme il aime se renseigner, sa curiosité est très mal venue. Hildegard lui conseille d’ailleurs de cesser ces questionnements, il pourrait se retrouver en prison et il lui faudra encore l’en sortir comme au temps de leurs fiançailles. Hildegard est la fille d’un héros du communisme, c’est la raison pour laquelle elle est reçue avec sympathie. On est en 1969 et Apollo 11 a aluni. La petite Anna est très excitée par cet événements, mais ne se plaît guère en Allemagne, bien qu’elle maîtrise l’allemand nettement mieux que son papa. Au cours de leur séjour, l’ex-amoureux d’Hildegard, gérant de l’hôtel et quelque peu trafiquant, est assassiné et Chambers aimerait que le coupable se dénonce puisque tout le monde le connaît.  Il ne sait pas encore qu’en DDR, certaines choses ne se disent pas, ne se font pas. La vérité des uns n’est pas celle des autres.

Love and Duty – en 1970, Pink Floyd se produit au Royal Albert Hall et Roger Waters qui n’a pas oublié « cet étrange archidiacre » a envoyé une invitation pour 2 personnes à Sidney Chambers.
Hildegard n’étant pas libre, elle suggère que Sidney emmène Amanda qui est désormais divorcée et assistante dans la salle Renaissance du British Museum. Ce genre de musique n’est pas fait pour plaire à Amanda qui préfère, de très loin, la musique classique. Elle profite de leur dîner pour lui parler de Leonard Graham que l’on fait chanter.
Par ailleurs, un ami des Chambers, un antiquaire rencontré au cours d’une enquête, a eu un cocktail molotov lancé contre la porte de son magasin.
Bien que désormais l’homosexualité ne soit plus punie par la loi, les esprits doivent encore changer et certains estiment que les homosexuels n’ont rien à faire aux commandes de l’église ou dans d’autres domaines. Il s sont sales et méritent la prison.
Chambers va donc tenter de découvrir le maître-chanteur, ainsi que celui qui a agressé le magasin de Simon Hackford. Dans le sermon qu’il fera ce dimanche-là, il tentera d’ouvrir les esprits à l’amour qui peut prendre des formes différentes. 

cette dernière nouvelle se termine sur une belle citation de st-Jean-de-la-croix, que je tiens à partager avec vous =
"au soir de notre vie, on nous jugera sur notre force d'aimer"

par ailleurs, je partage également avec vous le poétique
"grantchester meadows" par pink floyd
puisque roger waters s'en est inspiré pour le disque "ummagumma"

 

deux raisons de plus de lire ce 5ème recueil =^-^=
sur lequel se terminent mes lectures estivales 2016

DEAD BEFORE MORNING, de Geraldine Evans

Dead Before Morning (Rafferty & Llewellyn Book 1) (English Edition) par [Evans, Geraldine]

Premier livre de la série policière RAFFERTY & LLEWELLYN

Il m’a été offert par la librairie de livres numériques, dont j’ai reçu la liseuse en cadeau de noel.
De temps à autre, cette librairie propose une action promotionnelle, sous forme d’un livre gratuit, généralement le premier d’une série (policière ou autre), dans l’espoir j’imagine que l’on décidera d’acquérir la suite de la série.
Ceci dit, la série RAFFERTY & LLEWELLYN en est à 15 livres, je ne suis pas certaine d’avoir envie et le temps de les lire tous, même si je serais tentée d’en lire un autre pour voir si cela s’améliore, car hélas cette lecture fut un peu mitigée.

La procédure policière n’est pas mauvaise, l’inspecteur Joe Rafferty n’est pas sans rappeler John Rebus, de Ian Rankin – il est aussi un policier qui ne caresse pas les gens dans le sens du poil et n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat.
Cela lui a valu pas mal d’inimitié au sein du commissariat et c’est tout juste s'il a enfin obtenu sa promotion en tant qu’inspecteur, une promotion qu’il aurait d’ailleurs dû obtenir depuis longtemps, mais une gaffe dans une enquête précédente a failli lui coûter son emploi.
On lui a assigné Dafyd LLewellyn, un sergent détective, issu d’une université et qui cite régulièrement des auteurs en latin – cela a le don de mettre Rafferty en rogne et il ne résiste jamais à river son clou à son sergent avec sarcarsme.
Pourtant, à la fin de cette enquête-ci, malgré toutes leurs frictions, Rafferty semble tenter de comprendre qui est réellement ce sergent gallois, nettement plus cultivé que lui, mais qui est peut-être aussi un grand solitaire.

L’enquête est simple, procédure policière classique, parfois frustrante pour les enquêteurs = le cadavre au visage mutilé d’une très jeune femme est retrouvé nu, la morte est défigurée, sur le parterre, à l’entrée de la clinique très huppée du psychiatre Anthony Melville-Briggs, un homme qui se prend totalement au sérieux, qui dès la première rencontre n’hésite pas à dire à l’inspecteur Rafferty qu’il est un très bon ami de son supérieur – comme ça, notre inspecteur sait à quoi s’en tenir ! Le directeur de la clinique n’hésite pas non plus à charger l’un de ses médecins ainsi que l’un de ses confrères, propriétaire d’une clinique voisine, qui a connu des jours meilleurs.
Comme la jeune femme est défigurée et sans vêtements, aucune identification n’est immédiatement possible, mais après étude des empreintes, il s’avère qu’elle a un casier pour prostitution.
Cela va évidemment avoir une incidence sur la vie de ses parents et du quartier, car les tabloïds s’emparent immédiatement de l’affaire.
Ce qui a le don de mettre Melville-Briggs en rogne, lui qui ne traite que des « dames bien sous tous les rapports » (surtout sous tous les rapports), quelle tache !
Nos enquêteurs découvriront pourtant un trafic de médicaments, des calmants auxquels les malades deviennent accros, des petites séances nocturnes de jambes en l’air quand le patron est parti, bref la routine.

De ragots de couloir en interrogatoires, notre inspecteur et son sergent  ont plusieurs suspects mais très peu d’indices pour trouver le coupable.
Quelque chose, au cours d’une dernière conversation avec une jeune femme que l’on recherchait activement, va mettre l’inspecteur Rafferty sur la bonne voie.

Et c’est là que j’ai eu un problème avec ce roman = il finit bizarrement, tout à coup on a l’impression que l’auteure a eu envie de « faire une fin », mais elle ne m’a guère convaincue.

Ceci dit, tout n’est pas à jeter dans cette histoire = l’inspecteur Joe Rafferty a  possède une grande (vraiment grande) famille et une mère adorable mais envahissante, qui estime qu’il pourrait interrompre son enquête pour s’occuper de la famille – qui n’apprécie que modérément d’avoir un flic parmi ses membres, sauf quand ils ont besoin de lui. Ils sont tous amusants, pas toujours du bon côté de la loi, vous vous en doutez et  madame Rafferty mère est une serial marieuse – elle n’a qu’une envie, c’est que son fils se remarie et lui donne des tas de petits-enfants !

Je crois que si j’ai envie de relire un polar de cette romancière, c’est pour avoir des nouvelles de la famille, parce que – comme le sergent Llewellyn – n’ayant pas de famille, je fantasme un peu là-dessus =^-^=.

21 août 2016

STRIKE A POSE, de Reijer Zwaan & Ester Gould

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Un émouvant documentaire autour des danseurs qui participèrent au spectacle de Madonna « Blond Ambition tour » en 1990.

Les réalisateurs ont retrouvé les jeunes gens, 25 ans après la tournée, dont certains eurent travaillèrent ensuite dans le cinéma, la télé ou sur scène – mais tous sans exception gardèrent la danse dans leur vie.
Dans le film nous retrouvons six d’entre eux = Kevin Stea, Luis Camacho  & José Gutierez du groupe « Xtravaganza », Salim (Slam) Gauwloos, Carlton Wilborn & Olivier Crumes III (ce dernier issu de la scène hip-hop, ce qui lui valut pas mal de mises en boîte par les autres danseurs).
Certains d’entre eux furent diagnostiqués HIV positif, ce qu’ils cachèrent autour d’eux – même à leurs très proches – à cause de la honte qu’ils en éprouvaient ; heureusement les traitements les aident désormais et ils ont eu le courage de faire leur « coming out » Il ne faut pas non plus oublier le contexte où le sida était encore très mal considéré, pire que la peste ! L’un d’entre eux, le jeune Gabriel Trupin mourut du sida,  sa mère témoigne pour lui dans le documentaire.
Celui-ci mélange des scènes de la tournée « Blond ambition » et du docu tourné par Madonna « Truth or Dare » - ces images d’archives sont intégrées aux interviews des danseurs.

Rappelons que « Truth or Dare » ou « In bed with Madonna » fut mis à l’index par le vatican pour obscénités, dangereuses pour le public, selon le pape de l’époque ce film était une œuvre satanique.

Le documentaire tourne  essentiellement autour de ces vies, de ces survivants, de ces garçons maintenant des hommes qui lorsqu’ils se retrouvèrent furent émus jusqu’aux larmes. Et s’aiment toujours très fort, comme des frères, après ces expériences qu’ils ont partagés.
Sur les 7 danseurs, tous noirs, 6 étaient homosexuels, à une époque où la culture « gay » était encore méprisée.

Dans « Truth or Dare » 2 des danseurs, alors jeunes, s’embrassent dans un défi lancée par la « madonne » - on le sait Madonna adore provoquer, elle estime que c’est en s’assumant éventuellement par la provocation que l’on fait bouger les choses. Mais les jeunes gens n’étaient pas encore prêts à assumer cela publiquement et hélas, elle ne tint pas compte de la promesse qu’elle fit de ne pas inclure la scène du baiser dans son documentaire.
Dans « Strike a Pose », il est question  du procès que Trupin, Stea et 2 autres, intentèrent à Madonna pour non-respect de cette clause.

Provoquer, ne pas avoir peur du qu’en dira-t-on, est un luxe que les megastars peuvent se permettre, mais pour eux qui étaient moins célèbres, il était nécessaire de faire des compromis.
« Truth or Dare » les exposa à une publicité dont ils se seraient bien passés.
Le procès se terminera en eau de boudin. Pour beaucoup d’entre eux, drogues et alcool et les sorties dans le NewYork branché furent une suite à la tournée avec Madonna, mais comme ils le disent eux-mêmes, cela nous ruinait matériellement, mais nous ruinait aussi la santé – il était temps que cela change et le documentaire nous montre cette évolution réellement émouvante.

Un petit clin d’œil poignant et en même temps qui fait sourire, est la mère de Jose Gutierez qui ne comprend toujours pas, à ce jour, comment il se fait que son fils ne lui ai jamais acheté la petite maison promise au temps de cette gloire énorme, mais éphémère. Sans doute trop énorme pour être portée par de jeunes épaules et lorsque l’argent est trop facile et offre trop de tentations, on est vite fauché.

Je comptais voir ce documentaire en cette fin de semaine, et j’ai eu le grand plaisir d’avoir mon fils aîné (musicien hip hop, electro et voguing) qui souhaitait m’accompagner,  le film l’intéressant aussi. (Un bien agréable moment de complicité et partage familial =^-^=)
Nous avons eu un regret tous les deux, c’est que l’accent n’ait pas été plus mis sur ce mode d’expression qu’est le « voguing ballroom dance », qui redevient très à la mode et que mon fils inclut dans ses compositions.
Il eut même le plaisir, lors d’une « tournée » à Austin Tx, de produire sa musique dans une salle où les participants se mirent à danser, s’exprimant avec les mêmes gestes que les danseurs du film.
J’aurais aimé en savoir plus sur ce mode d’expression (pour cela, mon fils conseille « Paris is burning, qui n’est hélas plus disponible).

Si vous en avez l’occasion, visionnez « Strike a Pose ».

strike+a+pose

bande de lancement de "strike a pose"

  

le controversé "truth or dare"

  

19 août 2016

DEFENDING THE DEAD, de Sheila Connolly

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3ème livre dans la série Relatively Dead

Abigail Kimball (Abby pour ses amis) est une jeune femme qui a des dons de medium – elle « voit » parfois des personnes mortes, dans le contexte où ils/elles se trouvent.
Ce don s’avéra une malédiction lorsque sa patronne s’en rendit compte et la renvoya de son emploi très apprécié d’historienne d’art au musée, métier qui la mettait souvent en contact avec des enfants – Abby organisait des journées thématiques, que les enfants appréciaient.
Seulement il se fait que la petite Ellie, la fille de la directrice du musée/patronne d’Abby, a aussi des dons de medium – et la mère ne s’en était jamais rendu compte, jusqu’au jour où Abby a compris qu’Ellie « voyait » et « jouait » avec le fantôme d’une petite fille morte – dans le cimetière local. Choquée par ce fait, elle en tint Abby pour responsable et la vira du musée.

Depuis Abby, en ménage avec Ned, un homme qui a aussi ce même don, retape la maison de Ned, une superbe demeure dans le Massachussetts, mais qu’il a un peu négligée parce que son travail l’occupe. Comme l’argent n’est pas un problème pour lui, il a donné carte blanche à Abby.
Un jour pourtant elle se pose des questions sur ce qui s’est passé au village de Salem, cette sinistre chasse « aux sorcières » du 17ème siècle. D’autant plus qu’en se rendant sur place, elle réalise qu’un de ses ancêtres était témoin au procès des soi-disant sorcières.
Du coup, Abby décide, entre deux ponçages de murs,  de faire des recherches sur ce qui se produisit à l’époque. Pourquoi des gens furent-ils accusés de sorcellerie ?
Beaucoup de théories ont été avancées sur l’hystérie qui gagna les jeunes filles du village, tout le monde en profita pour régler ses comptes et des innocents moururent par pendaison.
Il s’avère bien vite que la convoitise des biens d’autrui joua un grand rôle là-dedans, aussi Abby, au lieu de gratter les murs, se met à « gratter » les dessous de Salem, devenue entretemps Danvers, puisque la ville de Salem même est un port prospère.

Heureusement, Ned est un compagnon compréhensif, cuisinier de talent, qui n’hésite pas à cuisiner en rentrant du boulot – il faut dire que s’il espère avoir un dîner, il a intérêt à préparer quelque chose car Abby est immergée dans son « enquête » généalogique, au point d’en oublier l’heure.

Parler d’un livre que l’on n’a pas aimé – même si on ne l’a pas abandonné par pure curiosité – n’est pas facile.
Forcément on le démolit et peut-être qu’il ne méritait pas ça, mais croyez-moi, il y avait longtemps que je ne m’étais plus aussi embêtée en lisant un livre dont le sujet, au départ, paraissait prometteur = une jeune femme medium, qui recherche l’histoire de sa famille liée aux horribles événements de Salem, Massachussetts, fin 17ème/début 18ème siècle.

Que l’on se passionne pour la généalogie est un passe-temps comme un autre, qui d’après ce que l’on m’en a dit, peut vite devenir obsessionnel – je crois que la protagoniste principale de ce roman  a aussi dû entendre ce commentaire un jour, car effectivement son « enquête » pour découvrir ce qui se passa dans le village pauvre de Salem (village situé un peu plus loin et à ne pas confondre avec la ville de Salem, port prospère) tourne véritablement à l’obsession au point d’en négliger la remise en état de la maison et son compagnon, que j’ai trouvé bien compréhensif. Il est vrai que lui aussi a des dons de medium qui lui ont été transmis pas sa mère.

A la moitié du livre j’ai failli abandonner, mais j’ai ce problème avec l’abandon d’un livre = j’ai une impression d’échec personnel, parce que je n’ai pas accroché, ni compris ce que l’auteure a voulu communiquer.
Non pas que je n’aie pas compris ce que Sheila Connolly ait voulu communiquer, mais parce que ce livre est d’un répétitif, c’en est effrayant.
Le même paragraphe revient dans  plusieurs chapitres, et ce qui est aussi répétitif ce sont les questionnements d’Abby Kimball = « est ce que je fais bien, est ce que je n’exagère pas ? » -
si elle était face à moi je lui dirais = « ma chérie, poser la question c’est y répondre ! »

Comment peut-on à se point se répéter dans un roman ? n’y a-t-il pas une éditrice/un éditeur pour conseiller le romancier ?
Ça n’est pas une offense que de conseiller d’écrémer. 

J’ai poursuivi en diagonale – ce qui est pour moi une forme d’abandon – afin de connaître la fin exacte, mais qui se devinait à grands pas.
Le livre était présenté comme une enquête au présent pour résoudre un crime du passé, qui permet aussi de résoudre le présent (est ce que vous me suivez toujours ?) – j’ai donc naïvement  cru qu’il s’agissait d’un cozy mystery mâtiné de thriller/polar.
Même pas vrai, c’est un roman à la limite sentimental avec des hauts et des bas. Ou alors je n’y ai rien compris, ce qui est toujours probable

Une lecture-déception, sauf peut-être la partie historique concernant les événements tragiques de Salem.

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Sheila Connolly est une auteure américaine, dont les ancêtres remontent effectivement aux drames de Salem – ce livre était pour elle un hommage à son aïeul qui prit la défense, entre autres, d’Elizabeth (Goody) Proctor.
Elle est l’auteure de trois séries qui rencontrent un grand succès aux USA et d’une 4ème série publiée sous le pseudonyme de Sarah Atwell – le 1er roman de cette série ayant remporté le prix d’un premier roman policier.
J’espère que sa série consacrée aux polars dans un musée est meilleure, car les sujets m’attirent, mais je crois que je vais attendre un peu après ce premier « échec » pour moi avec cette romancière.
Elle est diplômée en histoire de l’art, mais n’ayant pas trouvé d’emploi dans ce domaine, elle reprit des études universitaires.
Elle a travaillé comme historienne d’art (d’où sa grande connaissance sur le problème de Salem) ;  elle a aussi été professeur d'histoire de l'art, conseillère financière, elle a participé à des campagnes électorales et, enfin, elle est aussi une généalogiste professionnelle, sujets qu’elle inclut dans ses romans.

11 août 2016

L'ARCHITECTE DU DESASTRE & AUTRES NOUVELLES, de Xavier Hanotte

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Spécialiste du poète Wilfred Owen, dont il a traduit les œuvres, Xavier Hanotte a écrit des polars qui l’ont comparé à Simenon. 
J’ai été frappée dans ce recueil de courts romans et nouvelles, à quel point il semble obsédé par la guerre – les 2 guerres mondiales, ainsi que la guerre au moyen-orient. Ceci n’est pas une critique, mais une constatation après lecture.
Jusqu’à présent, je n’avais lu que ses romans policiers, mettant en scène Barthélémy Dussart, que j’ai eu le plaisir de retrouver dans 2 des nouvelles.

Malgré les bémols que sont pour moi les récits de guerre qui me mettent profondément mal à l’aise (j’ai un problème avec les guerres), j’ai été comme toujours chez Xanotte séduite par la mélancolie du texte, la beauté de l’écriture, le choix du vocabulaire.

Le livre est divisé en 3 grands chapitres = LES TEMPS ENFUIS – LES TEMPS POREUX – LES TEMPS PRESENTS.
Chaque chapitre propose 3 nouvelles et/ou courts romans.

LES TEMPS ENFUIS
L’architecte du désastre -  printemps 1941 - le lieutenant allemand Eberhard Metzger sort de l’hôpital à Bruxelles – la Belgique est occupée et l’homme désabusé se souvient de la tristement célèbre nuit de cristal. Comment s'échapper de cette guerre qu'il désapprouve...
Son supérieur lui confie une tâche dans ses attributions (il était architecte avant la guerre) = évaluer la valeur artistique d’un monument aux morts à Ypres, mémorial aux soldats morts à cause des gaz allemands. Alors qu’il est en Flandres  - après avoir évalué l’œuvre du sculpteur collaborationniste français Maxime Real del Sarte, enfant chéri de  Vichy, en cette 2ème guerre mondiale, antisémite convaincu, antidreyfusard, mais artiste néanmoins – Metzger se remémore un voyage qu’il fit 10 années auparavant à Coventry (Angleterre) où il tomba amoureux d’une jeune Ecossaise, dont il n’a pas oublié les baisers au goût de biscuit au gingembre.
Mon avis –  souvenirs tendres dans un contexte rempli d’amertume.

Sur la place – 1914 –  des soldats britanniques viennent d’arriver à Mons, se demandent quelle langue étrange on y parle, est ce du français, est ce du flamand ? en réalité, seulement du patois wallon. La réaction des soldats est ironique pour le lecteur.
Mon avis – un clin d’œil  sarcastique, sur les problèmes linguistiques belges 

La finale du capitaine Thorpe – 1916 -  Dans les tranchées  de la Somme, les hommes du capitaine Thorpe attaquent une tranchée ennemie, avec des ballons de foot pour les motiver. Héros posthumes comme on s'en doute.
Mon avis – dramatique, mais peu convaincant à lire.

LES TEMPS POREUX
Passé le pont – notre époque – le supérieur et néanmoins ami de Bart Dussert lui demande, malgré son congé, d’effectuer une planque à Vilvoorde – on soupçonne un trafic d’armes au lieu-dit Verbrande Brug (Pont Brûlé). Barthélémy est heureux car il a à nouveau Katrien (Trientje) comme co-équipière. Pendant la planque, Dussert ne peut s’empêcher de penser au caporal Trésignies qui mourut héroïquement en ces lieux, sur le canal. Un homme étrange fréquente les lieux, serait ce une apparition fantastique ou l’insomniaque fréquentant le café ?
Mon avis – un thriller mâtiné d’une touche légère de fantastique, mais j’ai été agacée par le besoin de Dussert de retrouver les traces de Trésignies

Près des fleuves de Babylone – 2ème guerre d’Irak – un sergent rêve de libérer une ville, comme l’un de ses ancêtres. Ils ont effectivement libéré Bassorah, mais pas aussi glorieusement que dans le passé. En route ils découvrent un cimetière d’un corps expéditionnaire britannique en 1919.
Mon avis – récit glauque et dramatique

A la recherche de Wilfred – Bart Dussert est en vacances en Gascogne – il visite Bordeaux, où aurait vécu Wilfred Owen avant la 1ère guerre mondiale.
Mon avis – beau compte-rendu d’un voyage mélancolique en hommage à un poète aimé 

LES TEMPS PRESENTS
Relatent 3 histoires dramatiques, contemporaines, avec une nouvelle venue = Donatienne, inspectrice de police à Bruxelles = Le reste est silence – Sauce chasseur – Les Justes.
Mon avis - trois récits sombres avec une anti-héroïne complètement désenchantée, dont le couple part à la dérive.
Très bon rendu de situations à la fois dramatiques et psychologiques.

d'autres avis sur le livre = babelio, critiques-libres,  

FIN D'AUTOMNE, de Yasujiro Ozu

Flagey-logo

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Titre original japonais = Akibyori

Titre anglais = Late Autumn

Scénario de Yasujiro Ozu & Kodo Noda, d’après le roman de Ton Satomi

Trois amis se retrouvent à l’anniversaire commémoratif du décès de leur ami Miwa – la veuve et la fille du Miwa sont présentes, tous attendent l’arrivée du frère de Miwa. Après le cérémonial, les amis et les deux femmes se retrouvent pour le thé, les discussions vont bon train à propos de la jeune Ayako qui est en âge de se marier. Mère et fille sont d’accord sur ce point et les 3 messieurs décident de lui trouver un prétendant. Lorsque les femmes ont quitté la pièce, les propos des amis ne sont plus très respectueux vis-à-vis de l’hôtelière, n’hésitant pas à faire des remarques à semi-haute voix, juste assez pour qu’elle entende que l’on parle d’elle, sans en saisir les propos.

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Revenus  chez eux, les époux discutent avec leurs femmes du mariage de la jeune Ayako et accessoirement de la mère, Akiko, dont ils étaient tous amoureux semble-t-il lorsqu’ils étaient étudiants.
Leur choix finalement se porte sur le jeune Shotaru Goto, mais Ayako se plaît avec sa mère, qui enseigne la couture. Mère et fille sont complices.
Du coup les 3 amis décident de marier la mère pour que la fille puisse vivre sa vie. Une indiscrétion de l’un des 3 met Ayako en colère et elle se dispute avec sa mère, persuadée qu’Akiko était au courant de toutes ces discussions.
Une amie pense qu’Ayako ne devrait pas penser qu’à elle mais aussi à sa mère, ce qui énerve encore plus la jeune fille. Ladite amie confronte les hommes, qui réalisent leur manque de tact.
Lorsque mère et fille partent en voyage, Akiko confirme à sa fille qu’elle n’a nulle intention de se remarier, mais qu’Ayako doit suivre son destin et vivre sa vie. Sa fille redoute de laisser sa mère seule, mais Akiko lui dit de ne pas s’en faire pour elle.

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L’histoire de « Fin d’Automne » n’est pas sans rappeler le sujet de  « Printemps tardif », de ce même réalisateur – à part qu’ici il s’agit d’une fille qui hésite à se marier pour ne pas laisser sa mère seule, alors que dans l’autre histoire, c’était une fille qui ne voulait pas laisser son père.       

Depuis son film « Fleurs d’équinoxe », Yasujiro Ozu ne travaille plus le noir et blanc, seulement la couleur – et je reconnais qu’à chaque fois, la photographie est fort belle.
Toujours ces décors subtils = gare, ruelles, intérieurs, dans des couleurs qui contrairement au technicolor américain de l’époque (très criardes) sont plus délicates.

Dans un interview de l’une de ses actrices fétiches, j’avais lu qu’Ozu avait une méthode de travail très pointilleuse = il utilisait un « cadre » bien défini, et chaque geste d’acteur, chaque expression du corps, devait obligatoirement se situer dans ce cadre – pour le réalisateur cela représentait presque un tableau, dont on ne pouvait s’échapper.
Je me demande si  c’est de là que m’est venue parfois, en regardant ses films,  cette impression d’être dans un espace compassé, un peu étouffant.

Dans la distribution on retrouve Setsuko Hara, Shin Shaburi, Nobuo Nakamura, Ryuji Kita, Keiji Sada, Mariko Okada et Chishu Ryu, que j’ai retrouvé dans pratiquement tous les films que j’ai eu le plaisir de découvrir à l’occasion de cette rétrospective « Les saisons d’Ozu ».

Setsuko Hara dans le rôle d’Akiko Miwa (la mère) est délicate extérieurement, mais ne se laisse pas faire par ces hommes qui, l’estime-t-elle, se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Si elle acquiesce à certaines de leurs suggestions, c’est par politesse.

L’histoire met une fois de plus l’accent sur les relations hommes/femmes dans le mariage, et enfants/parents qui ont des difficultés à ne pas se mêler de leurs affaires quoiqu’ils en disent. Dans « Fleurs d’Equinoxe » il est beaucoup question des contradictions de la vie, ce thème se retrouve aussi ici.

Je m’étonne à nouveau, du peu de respect des hommes japonais à l’égard de leurs épouses – ils disent à peine bonjour en revenant chez eux, laissent tomber leurs vêtements par terre pour qu’elle les ramasse et range.
Sans compter les propos disgracieux à l’égard des femmes qui ne sont pas toutes gâtées par la nature ou qui ont de l’embonpoint.

Omni présente aussi est cette obsession de marier les filles, sans nécessairement tenir compte de leur opinion, ce à quoi cette nouvelle génération s’oppose vivement – et on la comprend. Ici, en plus de vouloir marier la fille de Miwa, les trois amis se mêlent aussi de la veuve.

Je découvre, à l’occasion de ces histoires, cette volonté à l’ancienne de trouver des maris aux jeunes filles, je connaissais bien sûr cette coutume de mariages arrangés, mais je ne me rendais pas compte à quel point elle était ancrée dans les traditions japonaises.
Comme tous les autres films d’Ozu que j’ai pu voir, encore une belle découverte pour moi. Sur laquelle je termine mon exploration du cinéma de Yasujiro Ozu.

Late_Autumn_Criterion