mon bonheur est dans la ville

19 août 2017

LE CAIRE CONFIDENTIEL, de Tarik Saleh

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Titre anglais = The Nile Hilton Incident

Scénario de Tarik Saleh 

Thriller plus qu’étouffant, « Le Caire Confidentiel » est une ville sans pyramides, sans lieux touristiques, sans attrait disons le carrément. Tout y est gris, sale, pollué et pas que dans les rues et les maisons – les êtres n’y sont pas très propres non plus.
Nourredine est flic dans le commissariat où son oncle est son supérieur, ils sont tous ripoux à des degrés différents et n’hésitent pas à encaisser des pots de vins des commerçants sous prétexte de les protéger.

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Le Caire en janvier 2011, quelque temps avant la révolution. Une chanteuse a été assassinée dans une chambre de l’hôtel Hilton au Caire. Le seul témoin est une jeune femme de ménage qui passait dans le couloir et qui fuit.
L’inspecteur Nourredine est chargé de l’enquête et commence à poser des questions qui rapidement dérangent.
Les supérieurs de l’inspecteur lui disent que l’affaire doit être considérée comme classée, la jeune femme s’est suicidée !!!
« en s’égorgeant elle-même ? » demande le flic – à force de rechercher la jeune Soudanaise, seul témoin de l’affaire, à force de « harceler » un riche promoteur immobilier, qui se considère comme intouchable, Nourredine forcément dérange.

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Une  amie de la chanteuse vient porter plainte concernant sa disparition, elle ignore la mort de son amie.  Mais Gina est-elle aussi innocente qu’elle veut paraître ? Il faut aussi à présent retrouver la jeune Soudanaise, qui a bien compris que sa vie ne tenait qu’à un fil.

« Le Caire Confidentiel » est un thriller très neo-noir, qui ne laisse vraiment pas indifférent, l’atmosphère du film est totalement suffocante.
On se doute de la manière dont cela va se terminer pour Nourredine, même si la fin est un retournement de situation inattendu.

Le tournage aurait dû être réalisé en Egypte, malheureusement les autorités égyptiennes refusèrent les autorisations et le film fut tourné à Casablanca. Ergo Le Caire sans les pyramides, mais je pense que de toute façon, on ne les aurait pas vues beaucoup car le but n’était pas d’offrir un film pour touristes, mais bien montrer la corruption à tous les niveaux, et surtout dans la police.

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On est pris à la gorge par les événements  qui se succèdent, non pas à un rythme effréné « à l’américaine », mais à un rythme plus lent, celui d’une enquête qui fait des vagues alors que les protagonistes se pensaient intouchables. Pourtant, peu à peu, la tension monte, devient palpable, même dans la scène d’amour avec Gina ;  le rythme s’accélère un peu, surtout lorsque tout le monde constate que Nourredine ne va vraiment pas lâcher le morceau.

Conseillé par une amie blogueuse, le film doit effectivement se voir en version originale, pour accentuer le dépaysement par les bruits de la rue, des nuits, des manifestations.

Je suppose que vous aurez aussi compris, dans le titre en français,  l’allusion aux polars noirs de James Ellroy, comme son « L.A. Confidendial ». 

Quel contraste aussi entre ces lieux glauques à travers lesquels évoluent les gens du commissariat, et les lieux qu’habite l’entrepreneur et sa famille, où tout est propre, contrairement aux personnages, où il n’y a pas pénurie d’eau (comme en ville) pour arroser le parcours de golf.

L’acteur Fares Fares porte le film sur ses épaules, il est ce flic désabusé, qui se retrouve seul dans une chambre aussi sombre et glauque que le commissariat où son oncle règne en petit chef corrompu.
Celui-ci est interprété par Yasser Ali Maher qui campe un général Kammal très crédible.
La jeune Salwa, la femme de chambre soudanaise, est jouée par Mari Malek et Gina, l’amie de la jeune femme assassinée est interprétée par Hania Amar.
L’homme d’affaires qui se croit à l’abri de tout soupçon est joué par  Ahmed Selim.

Je ne peux que, moi aussi,  vous recommander ce thriller, qui m’a un peu fait penser aux films policiers coréens où la aussi la corruption est à tous les niveaux et où règne une ambiance sombre et pesante.

Tarik Saleh est un réalisateur suédois, d’origine égyptienne. Il est également éditeur, journaliste et producteur de télévision. Il s’est fait connaître dans le monde artistique par ses graffitis sous le pseudonyme de Circle&Tarik. L’une de ses fresques datant de 1989 est l’une des plus anciennes fresques existant dans le monde et a même été reconnue comme héritage culturel et protégée par l’état suédois.
Le sujet du film, le scénario,  sont  librement inspirés par le meurtre d’une chanteuse libanaise, Suzanne Tamim, assassinée à Dubaï en 2008. Elle était adulée pour sa beauté et sa voix ; elle fut retrouvée morte, le corps transpercé de plusieurs coups de couteau. Les versions de l’histoire changèrent plusieurs fois, mais les soupçons se posèrent sur le milliardaire qui était son amant ; il était un magnat de l’immobilier, mais aussi un membre important du parti au pouvoir en Egypte, un proche du fils du président Moubarak. Il plaida évidemment non coupable, répétant à l’envi = dieu est mon meilleur défenseur. Après qu’une première condamnation sera reportée pour vice de procédure (toujours très utile les vices de procéure !), il sera condamné à 15 ans de prison ferme. Un autre accusé sera lui condamné à la prison à vie.

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15 août 2017

THE CROW TRAP, d'Ann Cleeves

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Non traduit il me semble (en tout cas je n’en ai pas trouvé de trace, il semblerait que ce soit les enquêtes de Shetland qui ait la cote auprès des éditeurs francophones )

1ère enquête de l’inspectrice Vera Stanhope

Quelque part dans le beau site des Pennines, Rachael Lambert a été nommée responsable d’un projet destiné à cautionner – ou pas – l’extension d’une carrière de pierres, extension qui détruirait une partie de l’environnement.
Travailleront avec elle, Anne Preece, botaniste, et Grace Fulwell, spécialiste de l’étude des mammifères. Le lieu serait propice aux loutres.
Toutes les trois doivent se retrouver dans Baikie’s Cottage, à côté de la ferme où vivent Bella et Dougie Furness, les propriétaires de la ferme et les terres à côté du cottage. Rachael étant arrivée la première assez tard dans la soirée, elle se rend à la ferme pour annoncer sa venue à Bella qui est une amie – à sa surprise horrifiée, elle découvre le corps pendu dans la grange de Bella. Avec un petit mot = je n'en peux plus.

Les deux autres jeunes femmes arrivent le lendemain, en même temps que la police menée par l’inspectrice Vera Stanhope – qui est, le moins que l’on puisse dire, plutôt excentrique.
Elle connaît bien les lieux et la région pour y avoir passé toute son enfance, aux côtés d’un père obsédé par les œufs d’oiseaux, passion et obsession qu’il partageait avec la propriétaire de Baikie à l’époque, Constance Baikie.

Il paraît assez évident aux yeux de Rachael que la cohabitation entre les 3 femmes ne va pas se passer sans quelques grincements de dents = elle a beaucoup de difficulté à se comporter « en chef d’équipe », soit  trop pointilleuse, soit laxiste.
Elle tape d’ailleurs sur les nerfs d’Anne Preece, qui adore flirter, s'amuser, boire un peu trop, ne pas trop suivre les règles ; quant à Grace, elle est carrément hostile à Anne et son caractère flirteur – Grace a un problème de communication avec les gens et ne fait pas beaucoup d’efforts en ce sens de toute façon.

Elles ont une semaine pour mener leur enquête à bien, afin que leur patron Peter Kemp, qui marche la main dans la main avec la société qui veut agrandir la carrière, puisse rentrer un projet « pour » ou « contre » - pour de préférence vu les atouts financiers qui sont en jeu.
Il y a une certaine opposition de la part de Holme Park, appartenant aux Fulwell (Grace dit ne pas être de leur famille, c’est un nom courant pour la région).
Neville Furness, le fils de Dougie, travaille également pour le directeur de la carrière, mais semble avoir envie de tourner casaque – pourtant l’argent que le site de construction est prêt à payer sauverait la ferme familiale, fortement endettée.

Un soir, Grace ne revient pas de sa journée d’exploration – Rachael, inquiète, prévient la police, ce qui énerve Anne.
Hélas le corps de Grace est retrouvé près d’une vieille mine ; la jeune femme a été étranglée.
L’inspectrice Vera Stanhope aimerait que les 2 jeunes femmes quittent Baikie’s Cottage, elles pourraient aussi être en danger. Rachael décide qu’elles partiront à la fin de la semaine comme prévu, quand le rapport sera terminé.

L’inspectrice est inquiète, sachant qu’un criminel se promène aux alentours.

Drames, secrets de famille, pots de vin, environnement … Après avoir découvert l’inspecteur Jimmy Perez et les enquêtes de « Shetland »  j’avais très envie de découvrir d’autres romans d’Ann Cleeves – et plus particulièrement cette inspectrice Vera Stanhope, qui est un phénomène en soi.
L’un des suspects dit d’ailleurs d’elle qu’elle a un visage comme un museau de truie !

Il est vrai qu’elle semble sortir tout droit d’un magasin oxfam, tant sa garde-robe est borderline – elle souffre d’eczéma, raison pour laquelle elle porte rarement des pantalons et des chaussettes, elle se balade en sandales.
Quant à se nourrir, n'en parlons pas = elle mange très mal (pire que Wallander) et boit du whisky comme moi de l'eau minérale !
Elle est terriblement autoritaire avec ses subalternes, et se comporte comme un pitbull avec les suspects – comme elle le dit  « je ne laisse rien passer, c’est pour cela que j’obtiens des résultats ».
Il faut reconnaître qu’elle n’est pas toujours très sympathique, mais elle n’est pas payée pour ça ! 

Quant aux personnages, ils sont vraiment intéressants – on apprend le passé de Bella, on découvre celui de Grace Fulwell ainsi que les problèmes que Rachael a eu avec son manipulateur de patron Peter Kemp, un homme qui s’est carrément approprié les résultats de certaines des recherches de Rachael, qu’il a publiés en son nom personnel.
Chaque jeune femme a un secret qu’elle n’est pas prête de partager avec les autres, mais qui influencera la situation en cours. 

Le roman est nettement plus intéressant que le téléfilm qui en a été adapté – j’ai eu le plaisir de pouvoir le visualiser sur youtube – non seulement les scénaristes ont éliminé une partie des personnages, mais ils n’ont pas approfondi ceux du roman.
Sans doute que le téléfilm aurait été trop long s’il avait fallu faire autant de flashbacks que le demandait la situation, mais je suis contente d’avoir regardé le téléfilm après avoir lu le livre, car l’histoire est vraiment plus consistante, plus intense, les personnages plus  intéressants, traités avec plus de profondeur.
Quant à ce « piège à corbeaux », du titre, il est une métaphore pour tous ces personnages englués dans leurs secrets.

Je poursuivrai donc les enquêtes de Vera,  par Ann Cleeves, dont il est évident qu’elle sait créer une atmosphère - à petite dose car l’ambiance britannique, dans le nord de l’Angleterre, est assez glauque.

A lire, toutefois, lorsqu’on aime un bon suspense.

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11 août 2017

MONDIALITE

 

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Ou  LES ARCHIPELS D’EDOUARD GLISSANT

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Une exposition à la Fondation Boghossian, conçue par HANS-ULRICH OBRIST en collaboration avec ASAD RAZA

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(chronique résumée du fascicule donné par la Fondation,  avec quelques réflexions personnelles, illustrée par mes photos – sauf les portraits d’Edouard Glissant et Obrist, trouvés dans la photothèque google)

Edouard Glissant était un poète, romancier et essayiste martiniquais. Pour Hans-Ulrich Obrist, né à Zurich, Edouard Glissant fut un ami ainsi qu’un mentor – il est codirecteur des expositions et projets internationaux à la Serpentine Gallery de Londres.

Cette exposition – MONDIALITE – est un vibrant hommage de plusieurs artistes contemporains, venus des quatre coins du monde – elle souhaite présenter le métissage et la perméabilité des cultures qui étaient au sein de l’œuvre et de la pensée d’Edouard Glissant. Ci-dessous, un court texte de Glissant, dans lequel il exprime ce qu’il ressent de la Mondialité vs. la Mondialisation =
Ce que l’on appelle la Mondialisation est l’uniformisation par le bas, la standardisation, l’ultralibéralisme sauvage sur les marchés – elle est le revers négatif de ce que j’appelle la MONDIALITE, une réalité prodigieuse, une aventure qu’il nous est donné de vivre … Nécessité pour chacun de nous de changer ses manières de concevoir, de vivre et de réagir dans ce monde là.

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Je l’ai déjà écrit ici, et je me répète, je ne suis pas une grande adepte de l’art contemporain et conceptuel ; toutefois, cet art fait partie de notre époque et déclarer d’un bloc « ça ne m’intéresse pas, donc je n’y vais pas » (comme me l’a dit récemment une personne de mes connaissances), est une erreur car au milieu de plusieurs objets et/ou peintures, il en est toujours une ou autre qui capte l’attention et la réflexion.
Rejeter en bloc ce que notre époque, souvent sujette au pire comme au meilleur, a à nous offrir n’est pas une attitude positive.
L’ouverture d’esprit était ce que souhaitait Edouard Glissant comme bien d’autres artistes et poètes ; j’ai donc pris quelques photos des œuvres exposées et je vous laisse juges, vous qui passez par ici (toutes les œuvres exposées ne sont pas reprises ici)

Les artistes exposés ont pour nom = Adonis – Valerio Adami – Etel Adnan  - Edith Dekyndt – Sophia Al-Maria – Kader Attia – Miquel Barcelo – Alighiero Boetti – Daniel Boyd – Manthia Diawara – Simone Fattal – Genevieve Gallego – Dominique Gonzalez-Foerster – Koo Jeong A – Wifredo Lam – Ranjana Levendecker – Roberto Matta – Steve McQueen – The Otolith Group – Walter Price – Raqs Media Collctive – Adrian Villar Rojas – Antonio Segui – Sylvie Sema

Voici donc en quelques photos, quelques moments de l'expo, à "feuilleter" tout simplement.

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la femme de Geneviève Gallego

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 celle qui m'a le plus touchée, pas nécessairement en tant qu'oeuvre
mais par le message que l'artiste Steve McQueen a voulu donner =
la moustiquaire en plaqué or 24 carats sur lit en fer
oeuvre en hommage  à Oscar Wilde dans la prison de Reading

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10 août 2017

NO MARK UPON HER, de Deborah Crombie

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Titre français = Mort sur la Tamise

14ème enquête de Duncan Kincaid & Gemma James, inspecteurs au Yard

Rebecca Meredith, inspecteur en chef du Yard et championne d’aviron, s’exerce un soir dans l’espoir de participer aux prochains J.O.  Pour cela, elle s’entraîne régulièrement tous les soirs après le travail.
Lorsqu’elle est signalée comme disparue, un team part à sa recherche et malheureusement la découvre dans les roseaux, morte.
Rapidement il apparaît à l’autopsie qu’elle ne s’est pas noyée accidentellement, mais qu’elle a été assassinée.

Duncan Kincaid, qui vient d’épouser pfficiellement sa compagne Gemma James et va prendre un congé parental à son tour afin de s’occuper de la petite Charlotte qu’ils aimeraient adopter, est chargé de l’enquête.
Cela ennuie légèrement Gemma qui comptait retourner au travail dès que son époux devienne « homme au foyer ».

Si l’inspecteur en chef Kincaid a été chargé de l’enquête puisque c’est une collègue du Yard qui a été assassinée. Il réalise rapidement que s’il a été mis sur cette enquête, c’est parce que l’on espère ne pas faire de vagues – Rebecca Meredith était un flic efficace mais une femme parfois difficile à vivre et qui avait décidé de révéler un viol dont elle avait été victime quelques années auparavant.
Toute l’affaire avait été étouffée à l’époque, avec une promesse de renvoi du principal coupable, un gradé du Yard.
Malheureusement, ce ne fut pas le cas et l’homme en question a été mis à la retraite « avec honneurs ».
Vu les intentions de Ms. Meredith, serait-ce lui le coupable ?

Scotland Yard aimerait bien que ce soit l’ex-mari de la victime qui soit le coupable, ce serait tellement plus « pratique » - Duncan Kincaid n’aime pas être manipulé.
Lorsque Gemma lui confirme que celui qui agressa Rebecca  était apparemment un violeur en série, s’attaquant aux éléments féminins du Yard, en les menaçant de renvoi si elles parlaient, ou promettant une  éventuelle promotion si elles se taisaient.

Lorsque l’un des hommes de l’équipe des sauveteurs pense avoir vu un homme se tenant exactement à l’endroit où Rebecca a été retrouvée, et qu’il est victime d’un agression – cocktail molotov pour son domicile et coup sur la tête pour lui, Kincaid est persuadé qu’il faut se dépêcher de trouver des preuves pour inculper l’assassin.

Il y avait très longtemps que je n’avais pas lu une enquête de Kincaid & James – celle-ci ne m’a absolument pas déçue, au contraire.
L’enquête démarre plutôt lentement, mais le suspense monte peu à peu et de façon totalement plausible et inquiètant.
Par ailleurs j’ai apprécié les scrupules de l’inspecteur en chef Duncan Kincaid, ne se laissant nullement influencer par ses supérieurs, malgré les risques encourus.

Bien qu’elle soit encore pour quelques jours mère au foyer, Gemma James participe tout de même assez activement à l’enquête – en sous-marin dirons-nous, aidée par son sergent sur le terrain.

Plusieurs rebondissements en cours d’enquête rendent le récit passionnant et intriguant, les présumés coupables semblant tous avoir un motif.
On entre aussi dans les problèmes des hommes à l’égard des femmes au sein d’une entreprise comme Scotland Yard, avec harcèlement sexuel, mise à l’écart des affaires importantes, remarques sexistes, j’en passe et des meilleures.

Pendant ce temps, Gemma James, épouse Kincaid, s’occupe avec tendresse des enfants, des chiens et du chat qui semble avoir décidé d’adopter un comportement canin – la petite Charlotte  entre autre s’accroche fortement à elle (l’enfant a perdu ses parents dans une enquête précédente) – la jeune femme se demande comment elle vivra son retour au travail.  
Selon le futur père adoptif (Duncan), il n’est pas impossible qu’il parvienne à la convaincre qu’Alice in Wonderland sera d’une grande aide – l’enfant s’est effectivement prise d’un vif intérêt pour le roman de Lewis Carroll.
J’ai aussi aimé cette référence aux livres de jeunesse que Gemma découvre en même temps que sa petite fille, car dans sa famille on ne lisait pas.

Il n’y a pas de temps mort dans ce récit qui alterne moments d’émotion, d’humour et de suspense.

Deborah Crombie est américaine mais capte parfaitement l’esprit anglais dans ses polars.

Je vous recommande  cette lecture comme vous vous en doutez.

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07 août 2017

RELEVE TOI, d'Olivier Démoulin

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Deux femmes, deux vies, une amitié de plus de 30 années – toutes deux blessées par la vie.
Parce qu’un orage fut tellement violent qu’il fit déborder un canal, Solène a perdu Pierre son mari et Louis a perdu son papa.
A Paris, Mathilde est quittée par Vincent ; il a rencontré une autre femme, reléguée aux oubliettes la Mathilde !
Solène et Mathilde, deux vies d’amour et de tendresse détruites en quelques instants.

C’est en toute logique que Mathilde appelle Solène au secours – qui l’emmène dans le sud, pour l’aider à se reconstruire. Après quelque temps, Mathilde décide de retourner vers la Grande Motte, tout près de ses parents, de leurs amis. Arrivera-t-elle à vivre sans Vincent en qui elle avait investi tout son capital amour ? et Solène, parviendra-t-elle à se détacher de Thomas, son nouvel ami qui est tout sauf ce dont une femme a besoin ? et Louis, si fragile, qui espère en tout homme retrouver son père ?
Quant à Alexandre, l'ami d'enfance de Mathilde, trouvera-t-il le job qu'il aime ?

Sur fond de construction de la Grande Motte, site touristique par excellence, qui a ses pours et ses contres, l’auteur Olivier Démoulin,  qui connaît bien le sujet, nous raconte avec sa maîtrise d’un certain suspense – bien que le livre ne soit pas du tout un thriller, ni un polar – l’histoire de deux femmes dont on se sent parfois proche, parfois pas du tout, parfois elles m’ont exaspérée, parfois j’ai eu le cœur serré dans leur lutte pour la résilience – toutes les deux m’ont rappelé des situations que j’ai bien connues, que toute femme, tout homme a connu au moins une fois dans sa vie.

L’auteur, par d’habiles analepses (flashback en littérature, oui je sais je suis une poseuse =^-^=),  nous parle de la vie de Mathilde, qui porte un lourd secret, comme Lola, la vieille dame qui adore les pétitions et a une blessure profonde elle aussi.  
Par ces retours en arrière on assiste à la construction de la Grande Motte, dont le père de Mathilde a aidé à la peinture. 

L’épisode le plus dramatique du roman se situe au début, lorsque l’orage bouleverse la vie de Solène, dont le passé ne semble pas trop préoccuper  l’auteur, par contre son présent est très présent dans l’histoire.  

La situation au présent des parents de Mathilde est assez terrible à lire aussi, pour qui a croisé des personnes âgées atteintes d’Alzheimer – j’avoue qu’à chaque fois, j’ai eu une grosse boule dans la  gorge.

Avec cette Grande Motte en toile de fond, omniprésente, Olivier Démoulin nous offre un beau récit, que j’ai lu d’une traite car j’avais envie de savoir où aller mener le retour à la vie de tous  ces êtres que la vie meurtrit – il faut la poursuivre cette vie, quoiqu’il arrive.

Le récit est construit en quatre grands chapitres, divisés en chaque petit chapitre portant le nom de l’un des protagonistes et, cerise sur le gâteau, chaque grand chapitre commence par une citation d’un homme pour qui j’ai une immense tendresse littéraire, j’ai nommé Charles Baudelaire – ainsi que par une citation de Jean Balladur, l’architecte visionnaire de la Grande Motte, ce site balnéaire de « pyramides coupées » semblant inspirées par les pyramides précolombiennes ou les ziggourats.

A lire lorsqu’on aime les beaux portraits d’êtres très humains et les récits qui se délient comme une bobine de fil très serrée qui a beaucoup à révéler.

En postface, l’auteur – qui est un grand fan de Bruce Springsteen, mais aussi d’autres musiciens – nous propose une liste d’airs musicaux qui passent à travers son histoire.

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05 août 2017

CHUN KWANG YOUNG

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(source photothèque google)

Exposition à la Fondation Boghossian

Généralement, les expositions de la fondation sont consacrées à un thème précis, avec de différents exposants – comme les œuvres de la « Mondialité » dont j’aurai le plaisir de vous en donner un petit aperçu bientôt.
C’est aussi la première fois que la fondation expose un artiste individuel – cette petite chronique est adaptée du fascicule distribué par la fondation, dont l’objectif est le dialogue et l’art entre différentes cultures (comme toujours je demande votre indulgence pour la qualité des photos  -  seule la photo de l'artiste a été piochée sur la photothèque google).

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L’artiste Chun Kwang Young – dont les œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées à travers le monde -  est né en 1944 en Corée du sud – il a obtenu son diplôme des beaux-arts à l’université de Séoul puis un master au Philadelphia College of Art. En 2001 il a été nommé « artiste de l’année » par le South Korean National museum of contemporary art. Il a également obtenu le « prix du président », par le ministre de la culture coréenne.

Chun Kwang Young propose aux visiteurs un groupe de formes et influences, dont la majeure partie est exposée au niveau inférieur (-1) de la fondation, où l’on peut admirer son travail mural et sculptural.
Il s’agit de 14 œuvres monumentales et majeures depuis 1998 à nos jours. L’artiste se dit  inspiré par l’expressionnisme abstrait ; au début de sa carrière il se consacra à la peinture, mais depuis les années 1990 il a développé une pratique holistique intégrant un produit traditionnel à savoir le HANJI, un papier fabriqué à base d’écorce de mûrier, produit depuis le 9ème siècle et servant tant à l’emballage, à l’écriture, à la gravure, à l’isolation que comme contenant des médicaments.
Les paquets triangulaires de hanji sont devenus un élément de la technique méticuleuse développée par Chun Kwang Young.

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Pour vous donner une idée de ce qui constitue l’une de ses œuvres, un tableau compte jusqu’à 7000 paquets façonnés, emballés dans du papier chiné par l’artiste et teinté puis ficelés l’un à un et assemblé sur le support.

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Bien que je reconnaisse ne pas être une grande adepte de l’art contemporain et conceptuel (cela dépend vraiment des œuvres), l’originalité et le travail de cet artiste sud-coréen m’a réellement touchée et impressionnée par l’assemblage méticuleux, les couleurs soit vives, soit « naturelles », de ses tableaux.

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02 août 2017

BIRDS OF A FEATHER, de Jacqueline Winspear

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Titre français = les Demoiselles de la Plume Blanche

2ème enquête de Maisie Dobbs, psychologue et détective privée

Londres 1930 – Maisie Dobbs a désormais construit une réputation de détective privée sérieuse, c’est à ce titre qu’elle est littéralement sommée par un certain Joseph Waite de retrouver sa fille qui a fugué, une fois encore. Il considère qu’au bout d’une semaine, Maisie devrait déjà pouvoir lui ramener sa fille.
Aidée de son fidèle assistant, William Beale, les témoignages que les deux enquêteurs récoltent indiquent que la jeune femme (30 ans tout de même !) a l’habitude de ce type de fugue – les relations avec son père sont loin d’être agréables, même pas simplement courtoises.

Toujours en interrogeant les personnes connaissant Charlotte Waite, Miss Dobbs et Billy Beale découvrent qu’elle formait un groupe de quatre jeunes filles ayant terminé leur « éducation » en Suisse comme toutes les jeunes filles de bonne famille, qui n’auront d’autre intérêt dans la vie que savoir recevoir, s’occuper du personnel de maison et autres activités dénuées d’intérêt.
En revenant à Londres, elles poursuivirent leurs relations jusqu’à ce qu’après la 1ère guerre mondiale, elles prirent toutes un chemin différent. Or, 3 de ces amies sont mortes à présent – 2 sauvagement poignardées après avoir été droguées, l’une semblant s’être suicidée, mais selon sa gouvernante, elle n’était pas une personne à mettre fin à ses jours.

L’inspecteur du Yard, Stratton, a arrêté le mari de l’une des 2 jeunes femmes assassinées, mais Maisie Dobbs est convaincue qu’il n’a pas le bon coupable et elle poursuit ses recherches.
Avoir retrouvé Miss Waite en retraite dans un couvent n’apporte pas nécessairement plus de réponses, mais Maisie Dobbs n’est pas une personne à arrêter ses investigations.

En dehors de son enquête, Maisie Dobbs a quelques problèmes personnels, pas vraiment grave mais elle a l’impression que son père et elle s’éloignent l’un de l’autre. D’autre part, William Beale, excellent assistant, a ces derniers temps un comportement qui a lieu de surprendre = un jour il est très en forme, le lendemain il semble apathique – il est vrai que sa blessure de guerre à la hanche le fait fort souffrir.
Ce sont les amis de Maisie Dobbs, Lady Rowan Compton et Maurice Blanche, grâce à qui elle est devenue qui elle est,  qui vont venir à son secours dans ce domaine personnel.

J’ai été réellement très contente de retrouver Maisie Dobbs, le personnage inventé par Jacqueline Winspear, une jeune femme au caractère bien trempé – qui a connu les horreurs de la guerre 14-18 en qualité d’infirmière volontaire, y a perdu l’homme qu’elle aimait.
Par sa volonté de s’élever dans la vie, sa soif d’apprendre, elle a pu faire des études grâce à son ancienne employeure et un ami de la famille dont elle a été l’assistante avant de se lancer à son compte lorsqu’il prit sa retraite.

La psychologie joue toujours un grand rôle dans la manière dont Maisie Dobbs mène ses enquêtes et elle est fort bien assistée par un homme que la guerre n’a pas épargné mais qui a pu se reconstruire grâce à Maisie et le jeune médecin qui hélas n’a pas eu autant de chance qu’eux. 

Dès que Maisie Dobbs découvre le premier indice, j’avais compris le motif des meurtres mais je n’avais pas deviné l’assassin – après tout, il faut bien laisser aux détectives un peu de travail aussi. (la lectrice ne doit pas faire tout le travail à leur place =^-^=)
J’ai été étonnée d’ailleurs qu’après ce 1er indice, bientôt suivi d’un second, Maisie Dobbs n’ait pas plus rapidement découvert le pot aux roses.
Il est vrai que nous étions alors seulement à la moitié du roman, il fallait bien encore élaborer un peu. 

Comme le premier roman de la série, je suis totalement sous le charme de cette jeune enquêtrice, qui utilise la psychologie pour cerner les personnes qu’elle interroge.

Il y a aussi dans l’écriture, réellement belle, de subtils moments d’humour qui m’ont bien plu.

Je ne peux que recommander la série « Maisie Dobbs » dont seulement les 2 premiers romans ont été adaptés en français – je trouve cela réellement dommage – beaucoup de romans sont traduits qui ne valent pas toujours tripette, mais là une série mêlant pas mal de psychologie plutôt que purement policière, n’a eu droit qu’à la traduction des 2 premières enquêtes. (je suis évidemment privilégiée de pouvoir lire la série en VO – merci  à teki une fois de plus)

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29 juillet 2017

MURDER AT ROUGH POINT, d'Alyssa Maxwell

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4ème enquête des Gilded Newport Mysteries

Newport, Rhode Island – 1896 – l’automne a entamé son entrée à Newport et tous ceux qui font partie des « Four Hundred » (les 400 qui selon leur opinion personnelle sont « ceux qui comptent en société ») sont retournés à New York.
Emma Cross est heureuse de se retrouver au calme dans Gull Manor quoique depuis l’arrivée de « Patch » - un curieux mélange d’épagneul et quelques autres races – le calme est assez relatif car le jeune chien manque réellement de discipline ; ce nouvel élément dans Gull Manor a été amené par Brady, le demi-frère d’Emma, le jeune homme ayant compris qu’après les retrouvailles du bébé et de sa mère, la maisonnée serait très triste.
Malgré leur envie de le discipliner un peu, Emma, Nanny et Katia en sont gâteuses.

Alors que l’écriture d’articles pour « Fancies & Fashions »  est réduite à la portion congrue, Emma reçoit un avis de son rédac’chef – elle doit se rendre à Rough Point, le « cottage » de son oncle Frederick Vanderbilt et son épouse Louise.
Le plus jeune de la fratrie Vanderbilt a l’intention de vendre sa résidence estivale et a, pour cette raison, invité un groupe d’artistes en provenance de Paris, parmi lesquels l’acheteur potentiel lord Randall  Clifford, un aristocrate anglais devenu sculpteur qui aimerait abandonner son style classique pour oser plus d’originalité, ce qui lui a valu l’ironie acerbe d’un critique parisien, au point d’être découragé.
Il est accompagné d’une cantatrice américaine connue, d’un metteur en scène d’opéra, d’un violoncelliste hors pair, d’un jeune ex-danseur de ballet russe qu’un accident empêche de pratiquer son art désormais et qui se tourne vers la chorégraphie, quoique au moment où il arrive à Rough Point il est surtout tourné vers la vodka !

Il y a aussi Edith Wharton et son époux Edward, qui n’est pas content du tout d’être là puisqu’ils ont une propriété sur l’île.
Et ô surprise de taille pour Emma = ses parents font partie du groupe d’artistes en provenance de Paris – des parents dont elle n’a plus eu de nouvelles depuis qu’ils quittèrent Newport 4 années auparavant et qui sont très surpris que leur fille ne leur saute pas au cou.
A l’étonnement  d’Emma, c’est sur demande d’Edith Wharton en personne qu’Emma a été sollicitée pour relater les journées du groupe, les interroger sur leur art, leurs projets d’avenir. Encore plus surprenant, Edith Wharton aimerait l’opinion d’Emma  sur son écriture.

L’atmosphère dans le groupe n’est pas du tout au beau fixe = la cantatrice est d’une ironie méchante avec le lord-sculpteur, le jeune ex-danseur n’arrête pas de se plaindre de ce qui lui est arrivé et de noyer son chagrin dans l’alcool, le violoncelliste presse la cantatrice de prendre une décision pour leurs fiançailles. Ce qui surprend Emma Cross est que tout le monde semble avoir un secret, ce qui expliquerait sans doute l’ambiance tendue.
Même ses parents lui cachent quelque chose et cela n’arrange pas les relations avec Emma.
Par ailleurs, ils la traitent comme si elle était toujours une petite fille,  or, 4 années se sont écoulées, quatre années où la jeune femme a vécu des événements difficiles, où elle a appris à gérer une maison, à accueillir les « canards boiteux » que la misère parfois envoie à Gull Manor.
Bref elle n’accepte plus du tout leurs remontrances et cela les choque.

Après discussion avec Randall Clifford, Emma lui redonne du courage pour créer, et flûte pour les critiques.
Il décide d’aller prendre des croquis – Rough Point est construit sur la falaise du bout de l’île et un chemin côtier permet de découvrir bien des beautés de l’endroit, qui peut cependant s’avérer dangereux. Hélas sir Randall en fera l’expérience et son corps est retrouvé  le lendemain suspendu dans des rochers, la nuque brisée. Jesse Whyte, détective et ami d’Emma Cross, est chargé de l’enquête qui se solde évidemment par un verdict de suicide. Inutile de dire que la jeune femme, détective amateur à ses heures, n’accepte pas cette décision, d’autant plus que Randall Clifford était plein de nouveaux projets.
A la demande d’Emma, le légiste vérifie de plus près et il n’est pas impossible qu’elle ait raison et que le sculpteur ait été poussé.

Hélas, sa mort ne sera pas la seule et Emma se met en quête de la vérité.
Un autre mort, une tentative d’étranglement avec une corde du violoncelle, tout cela prouve qu’un assassin se trouve à Rough Point.
Cela ne va certes pas alléger l’ambiance, d’autant plus que les parents d’Emma lui ont confié leur secret.
Décidément, ces gens sont d’une insouciance invraisemblable, même pour des artistes !

Avec cette 4ème enquête d’Emma Cross, journaliste et détective amateur, se termine la série « the Gilded Newport Mysteries » qui se trouvait dans ma pal.
J’ai eu le grand plaisir de lire sur le site de l’auteure (ici) qu’elle a l’intention de poursuivre cette série-ci (le 5ème est déjà paru) bien qu’entretemps elle ait entamé une nouvelle série, également de polars historiques.

L’entrée du « personnage » de Patch, le corniaud sympathique, m’a évidemment beaucoup plu aussi, il joue un rôle important dans l’histoire.

L’atmosphère de cette histoire est fort tendue et ce, dès le départ, non seulement entre le groupe d’artistes qui ne semblent pas s’aimer beaucoup au final, mais entre Emma Cross et ses parents aussi.
Il est vrai qu’ils perdent de vue qu’une brèche de quatre années s’est produite dans leurs relations et que leur fille n’est plus la jeune insouciante qu’elle était. Elle a des responsabilités, parfois des problèmes financiers malgré l’aide que voudraient lui apporter les Vanderbilt – elle est particulièrement soucieuse de son indépendance et se faire traiter comme une petite fille lui est très déplaisant, ses parents devront s’adapter s’ils ne veulent pas que la brèche soit définitive.

Par contre j’ai aimé découvrir la personnalité d’Edith Wharton, née Jones, à travers les nombreuses discussions qu’elle a avec Emma, dont elle apprécie la franchise.

Finalement il sera peu question de son écriture, mais bien plus des difficultés qu’elle rencontre avec son époux dont le caractère paraît se détériorer – il montre des signes de mélancolie sérieuse, d’une certaine agressivité, tout tendrait à croire qu’actuellement on le qualifierait de bi-polaire.
Cela perturbe fort la romancière car son mari et elle étaient très unis, ils partageaient un goût similaire pour les voyages, notamment une croisière de quatre mois dans la mer Egée, ainsi qu’en Italie. En 1908, l’état mental de son époux fut considéré comme incurable et elle se découvrit des affinités avec un journaliste du Times.
Le divorce des Wharton fut officialisé en 1913 après 28 années de mariage. Bien que soutenue par Henry James qui appréciait son écriture, les romanciers de la tendance des naturalistes la critiquèrent vivement pour « la légèreté » de ses écrits !!!

Cela a pour effet sur moi de me donner envie d’encore plus lire les œuvres de cette romancière dont l’humour caustique m’avait beaucoup plu dans la nouvelle « Xingu » , ainsi que la nouvelle fantastique « les Yeux ».

Donc, une autre sympathique lecture estivale.

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28 juillet 2017

MURDER AT BEECHWOOD, d'Alyssa Maxwell

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3ème enquête des Gilded Newport Mysteries

Juillet 1896 – l’été bat son plein, et avec lui la fameuse « Saison », l’incontournable moment dans l’année où tout le gratin newyorkais vient s’installer dans leurs « cottages » à Rhode Island. Non seulement Caroline Astor organisera ses célèbres garden-parties, ses soirées destinées aux « Four Hundred » (les 400 formant l’élite de la société newyorkaise, comme ils le disent eux-mêmes = ceux qui comptent vraiment – en fait ce chiffre était basé sur le nombre d’invités que pouvait contenir la salle de réception de Caroline Schmermerhorn Astor – celle dont l’un des fils mourra dans le drame du Titanic),  elle compte aussi réunir toute cette élite pour des régates.

Après les dramatiques événements de l’été précédent, où sa douce cousine Consuelo Vanderbilt a été forcée par sa mère d’accepter d’épouser le 9ème duc de Marlborough, Emmaline Cross (Emma pour les amis) aspire à un peu de paix – elle a refusé la demande en mariage de Derrick Andrews, car elle ne se sent absolument pas prête pour le mariage, malgré les sentiments qu’elle éprouve ; elle souhaite réellement faire son trou en tant que journaliste.
Pour l’instant elle est confinée à la rubrique « Fancies & Fashion », dans laquelle elle relate non seulement la beauté de l’organisation des réceptions (décors, mets, floralies, etc), mais aussi les « beautés » féminines et leurs robes qu’elles ne porteront qu’une seule fois.
Emma est ambitieuse et elle sait que si elle s’accroche, son rédacteur en chef finira par lui accorder plus d’espace et lui confiera des articles plus importants.
Donc pas encore de mariage ni de maternité pour Emma.
Imaginez dès lors sa surprise lorsqu’elle trouve un bébé sur le pas de la porte de Gull Manor, le cottage (un vrai celui-là avec « seulement » un étage, et quatre chambres – à côté des « cottages » de sa famille Vanderbilt avec leur quarante chambres et 3 étages).
L’enfant est enveloppé dans des linges corrects, mais un indice prouve qu’il ne s’agit pas de n’importe quel enfant = un morceau de dentelle de Bruxelles, au dessin arachnéen, tissé de fils d’or et de motifs floraux.
A part cela, aucun autre indice pouvant mener aux parents. Elle en parle au détective de Newport, Jesse Whyte, ami d’enfance, qui confirme que le soir où le bébé fut déposé, une voiture est passée par-dessus les falaises, le conducteur ayant reçu une balle dans le corps.

Comme elle est invitée aux soirées et fêtes de Mrs. Astor, elle en profitera pour poser des questions, les plus discrètes possibles – Jesse Whyte lui conseille la prudence = si le chauffeur ayant amené l’enfant a été tué, il est évident qu’on cherche à supprimer l’enfant également, en conséquence quiconque s’occupe de lui, risque sa vie.

En plus de cette enquête-là, ses oncle et tante Vanderbilt lui demandent avec insistance de faire en sorte que leur fils aîné Cornelius « Neley » Vanderbilt III cesse de fréquenter Grace Wilson ; or Neley est l’un des cousins préférés d’Emma et elle a pu se rendre compte que les sentiments des jeunes gens étaient sincères, Grace étant une femme charmante. Ce qui lui est reproché est que sa famille est « nouveau riche » - les Vanderbilt oubliant un peu trop facilement qu’eux aussi doivent leur fortune à la reconstruction des Etats-Unis après la guerre de sécession.
Inutile de dire qu’Emma refuse formellement ce rôle d’espionne – elle aime toute sa famille, elle ne prendra pas parti un point c’est tout.

A sa surprise, Derrick Andrews fait partie des invités du bal, en compagnie de sa mère et sa sœur – sa mère fait rapidement comprendre avec arrogance qu’Emma n’est pas la bienvenue parmi eux, elle n’est pas de leur monde.

Lorsque Mrs. Astor organise une régate, le temps étant splendide sur l’île, tout le gratin s’y retrouve, mais rapidement la fête, qui avait si bien commencé, tourne au drame – un grain se lève tournant rapidement à la tempête – et les voiliers doivent faire les manœuvres pour rentrer au port.
Pendant cette manœuvre, un certain Virgil Monroe,  et Derrick Andrews qui faisait partie de l’équipage,  passent par-dessus bord – seul Derrick remonte.
Après plusieurs heures de recherche par les sauveteurs du port, il est évident que Mr. Monroe senior n’est plus de ce monde. Comme c’était un homme plus que détestable, les suspects ne manquent pas, à commencer par sa famille, mais c’est Derrick Andrews qui est arrêté comme principal suspect.

Emma Cross décide de l’’innocenter, les Andrews avaient peut-être des problèmes d’affaires avec Virgil Monroe, mais de là à devenir un meurtrier, il y a loin.
Jesse Whyte, le détective et ami, prévient Emma du danger que représente son enquête, mais la jeune femme est persuadée que ce bébé déposé devant sa porte et la mort de ce pénible individu sont liés.
Comme toujours, lorsqu’on fourre son nez partout, on risque sa vie, ce sera aussi le cas ici.

Je poursuis avec plaisir mes lectures estivales, qui ont pris la forme cette année de polars historiques (merci à teki pour ce partage).

Si dans ce contexte-ci, il est peu question de toilettes et falbalas, par contre  ces grandioses demeures, construites par les nantis sur la côte pour y passer leurs étés, sont décrites avec détail, tout comme sont décrits les beaux voiliers que possèdent les fameux « Four Hundred »– Alyssa Maxwell connaît parfaitement cet héritage historique ayant passé plusieurs années en visite chez des amis qui habitent la région. Toutes ces demeures sont désormais ouvertes au public, elles font même partie d’un circuit historique pour qui souhaite les découvrir et apprendre leur histoire.
Je trouve aussi que la série devient plus intéressante au fur et à mesure des histoires, elles sont plus fouillées que la 1ère enquête et j'apprécie surtout ce subtil mélange de faits historiques avérés (comme les fiançailles de "Neley" Vanderbilt et Grace Wilson, qui créeront une brèche avec la famille) et l'enquête inventée par l'auteure, la postface décrit toujours les faits historiques l’ayant inspirée.

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 une réception chez caroline astor,
où pas moins de 400 invités pouvaient y participer

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23 juillet 2017

A PROPOS DE CONSUELO VANDERBILT BALSAN

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Ex-Consuelo Spencer-Churchill, Duchesse de Marlborough

Peut-être vous demanderez-vous pourquoi un billet à propos de cette richissime Américaine qui fut forcée par sa mère à épouser Charles Spencer-Churchill, 9ème duc de Marlborough ?
Probablement parce que je suis sidérée par la manière dont cette jeune femme, qui aurait pu être heureuse si elle n’avait pas eu la mère qui fut la sienne.
Car Alva Vanderbilt, dominatrice et manipulatrice,  alla jusqu’à feindre d’avoir une maladie mortelle afin que sa fille, effrayée, finisse par  céder et épouser le duc.
Mrs. Alva Vanderbilt avait une phrase préférée à l’intention de sa fille   = « Vous n’avez pas à penser, JE pense et VOUS faites ce que je vous dis de faire ».
Comment une femme qui fut l’une des suffragettes de la première heure a-t-elle pu transformer ainsi sa fille unique,  jolie, intelligente, cultivée,  en une timorée jeune personne, prête à faire tout ce qu’on attendait d’elle, cela me dépasse vraiment.
Il est vrai que je suis née un siècle plus tard.

Consuelo Vanderbilt obéit donc à sa mère et apporta au duc une dot de 2.500.000 dollars, dont il se servit immédiatement pour restaurer Blenheim Castle (image ci-dessus)  – ce fut en fait la seule raison pour laquelle il épousa la jeune fille, car il n’éprouvait aucun sentiment pour elle.
Par contre, il était profondément « amoureux » de la demeure ancestrale, dont il avait hérité et pour laquelle il n’avait pas un sou vaillant nécessaire à la restauration.
De plus, il lui fallait des fils afin d’assurer que Blenheim Palace ne soit pas hérité par les autres Churchill (Winston, par exemple).
Son vœu fut rapidement réalisé, Consuelo lui donnant deux fils, après cela il se désintéressa d’elle, mais pas des revenus de sa fortune bien sûr, son domaine étant véritablement son obsession.

Blenheim Palace fut érigé au même endroit qu’Henri II Plantagenet avait construit son domaine, dans lequel il enferma littéralement sa maîtresse, Rosamund Clifford. Le Grand Pont de Blenheim a été en partie construit avec les pierres des ruines de l’ancien château.

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Consuelo, devenue duchesse, était très aimée par les pauvres du domaine ainsi que par les locataires dudit domaine, auxquels elle rendait régulièrement visite, tentant d’améliorer leurs conditions de vie, tout comme elle avait espéré améliorer celles du personnel de Blenheim.
Effectivement, malgré toutes les améliorations apportées par le duc, qui aimait son confort, il estimait que le personnel n’avait pas à avoir l’eau courante et du chauffage et son épouse ne parvint jamais à le convaincre, au contraire il estimait qu’elle était beaucoup trop laxiste. Il citait d’ailleurs, sans arrêt, en exemple sa tante Sarah Churchill qui servit d’hôtesse avant son mariage ; le personnel – butler et gouvernante – n’eut que peu de respect pour la nouvelle duchesse, estimant que les changements qu’elle souhaitait apporter aux moins fortunés n’étaient pas de mise – je suis aussi sidérée par le manque de solidarité entre les membres du personnel comme le majordome, la gouvernante et la cuisinière (ici un cuisinier) qui étaient « l’élite » du personnel .

Par ailleurs, la duchesse  participait à de nombreuses œuvres caritatives, notamment pour améliorer la condition des mères et des enfants.

Elle était  fort appréciée par la famille royale et les aristocrates qu’elle fréquentait de par sa position de duchesse de Malborough ; intelligente, cultivée et ayant un goût très sûr pour recevoir et tenir son rang en société, ses dîners, ses soirées étant fort recherchées.

Eduquée à domicile comme beaucoup de filles de son temps, elle eut une série de gouvernantes et tuteurs ; elle parlait couramment le français, en dehors de l’anglais sa langue maternelle, ainsi que l’italien et l’allemand. Elle s’intéresse particulièrement à la géographie et excelle en mathématiques. Malheureusement, dira-t-elle plus tard, son éducation était tournée vers le paraître et on lui enseigna la danse et la musique pour briller en société. Elle montrait aussi un réel talent en dessin.

Elle fut une grande amie du jeune Winston Churchill, qui résidait fréquemment à Blenheim Palace, où il rédigeait une biographie de son père, lord Randolph Churchill. Elle restera l’amie des Churchill, même après l’annulation de son mariage avec le 9ème duc, et son remariage.

portrait des duc et duchess de marlborough
avec leurs 2 fils, par john singer sargent

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Lorsque, finalement en 1906, le duc réalisa que le mariage ne pouvait pas continuer – il était tombé vraiment amoureux entretemps d’une autre ravissante Américaine, n’ayant pas froid aux yeux pour séduire qui elle voulait, Gladys Deacon.

Le duc et la duchesse se séparèrent donc officiellement en 1906 et le divorce fut prononcé en 1921.
Il fut également « annulé » parce que le duc souhaitait changer de religion, mais aussi parce que la mère de la duchesse confirma que ce mariage avait été voulu par elle,  qu’elle poussa sa fille au mariage avec le duc, à qui elle n’avait pas manqué de  mentionner  la considérable dot que Consuelo Vanderbilt apporterait à ce mariage.

Consuelo, redevenue Vanderbilt, fut heureuse dans son 2ème mariage avec Jacques Balsan, un pionnier de l’aviation, qui travailla pendant quelque temps avec les frères Wright.

Entre les deux guerres mondiales, Consuelo Vanderbilt Balsan, en compagnie de la princesse de Polignac, héritière des usines Singer – machines à coudre), travailla à la construction d’un hôpital de 360 lits, destiné à apporter des soins médicaux à la classe moyenne de la population ; l’hôpital comportait également une école d’infirmières.
Il est toujours considéré comme l’un des hôpitaux de pointe notamment en transplantation rénale,  dépendant actuellement de la fondation Foch.

Elle rédigea  une autobiographie intitulée « The Glitter and the Gold » - elle est un des personnages  de quelques polars historiques = ceux écrits par Alyssa Maxwell et celui que je viens de chroniquer = « Death at Blenheim Palace » de Robin Paige. (ce sont ces lectures qui m'ont permis de rédiger cette petite chronique)
Consuelo Vanderbilt  inspira un roman inachevé d’Edith Wharton « The Buccaneers » terminé par Marion Mainwaring, et a servi de modèle au livre de Daisy Goodwin « the American Heiress »

Il m'est souvent arrivé de constater que plus une mère a été odieuse avec sa fille, plus celle-ci est douce et bonne, appréciée de tous.

DEATH AT BLENHEIM PALACE, de Robin Page

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11ème et avant-dernière enquête du couple Kate Ardleigh- Charles Sheridan

Kathryn Ardlegh, lady Sheridan, a l’intention d’écrire un roman historique autour d’Henri II, sa maîtresse la belle Rosamund Clifford et la reine Alienor d’Aquitaine. Pour cela, un seul endroit = Blenheim Palace, résidence du 9ème duc de Marlborough, Charles Churchill, « Sunny » pour les intimes (jamais surnom ne fut aussi mal porté que celui de « sunny » pour un homme que rien n’amusait et qui ne souriait pratiquement jamais !).
Blenheim Palace a été construit sur l’ancien domaine  que fit bâtir Henri II Plantagenet pour sa maîtresse, il y a au fond du parc une jolie source jaillissant d’un mur de pierre, « la fontaine de Rosamund ».
De son côté, Charles, lord Sheridan, son époux, en profitera pour prendre des photos (son hobby en plus de celui de détective-amateur), mais surtout étudier les lieux, car il semblerait qu’un gang de voleurs ravagent les domaines importants de la noblesse britannique, principalement lors de fêtes lorsqu’il y a  beaucoup d’invités où les dames portent leurs somptueux bijoux.
Il a d’ailleurs aidé l’Ashmolean Museum d’Oxford à retrouver un important « trésor » archéologique, qui fut volé récemment.
C’est là qu’il a rencontré le jeune Ned Lawrence, qui l’admire et qui accepte de grand cœur de lui servir de « Watson », dans son enquête sur le gang des bijoux ; il est d’autant plus urgent de découvrir la bande criminelle que le roi Edward VII et la reine Alexandra, en compagnie de « quelques » membres de la cour (ducs, comtes, et leur personnel) seront bientôt à Blenheim Palace pour une petite visite de courtoisie ! 

L’ambiance de Blenheim Palace n’est guère joviale = « Sunny » le maître des lieux n’est intéressé que par les améliorations à son bâtiment, il est évident qu’il n’a épousé Consuelo Vanderbilt que pour la dot de 2.500.000 de dollars (de l’époque, quelque chose comme 65.500.000 dollars actuels) – il n’a aucun respect pour sa charmante épouse et n’a d’yeux que pour Gladys Beacon, une jeune femme adorant jouer à la femme-enfant, manipulatrice, intrigante, bien décidée à lui mettre le grappin dessus, marié ou pas.
Elle a même le culot – après avoir fait de Consuelo son amie – de dire qu’elle a l’intention de devenir la prochaine duchesse… Ambiance !

La duchesse est une femme intelligente, sensible, qui adore ses enfants, qui considère le domaine comme une véritable prison et qui aspire à une séparation – souhait irréaliste hélas. Du moins pour le moment.

Une des femmes de chambre a disparu depuis quelques jours et Charles Sheridan est persuadé, après avoir questionné son amoureux, qu’elle faisait partie du gang des voleurs de bijoux.
Mais comment trouver ceux avec qui elle est en cheville ? Et où peut-elle bien être ?

Puis c’est Gladys Beacon qui disparaît – alors là, c’est branle-bas de combat ! on ne s’inquiète pas pour une femme de chambre, mais le palais est sans dessus dessous concernant la jeune amie du duc – celui-ci considère que c’est à Charles Sheridan à se débrouiller pour la retrouver, tout cela sur un ton arrogant qui fait répondre par l’intéressé qu’il n’est pas l’un de ses serviteurs, mais un de ses invités, si sa seigneurie veut bien s’en souvenir !

Kate Ardleigh-Sheridan a décidé d’en savoir plus sur la disparition des deux jeunes femmes, comme elle est romancière, notamment de « penny dreadfuls » (amour et mystère), elle tente de trouver des indices afin d’aider son époux qui a recruté le jeune Ned Lawrence parmi le personnel du palais afin de savoir s’il peut glaner des informations à propos de la femme de chambre disparue.
Concernant Gladys, aucune demande de rançon n’ayant été envoyée au palais, il reste l’espoir que rien ne lui soit arrivé, mais qu’en est-il de la jeune Kitty ? on a trouvé des papiers dans sa chambre, qui semblent indiquer qu’elle se livrait peut-être à un chantage.

J’ai été très contente de retrouver le couple Ardleigh-Sheridan dans un demeure ancestrale anglaise.

L’idée de situer la 11ème enquête du couple à Blenheim Palace est venue au couple écrivant sous le pseudonyme de Robin Page après que Susan Wittig Albert ait lu l’autobiographie de Consuelo Vanderbilt Balsan.
L’idée plut immédiatement à son époux Bill Albert ayant visité Blenheim Palace plusieurs fois dans sa jeunesse, en se rendant en Angleterre (le couple est américain).

Le roman met l’accent sur la manière de vivre dans une telle demeure, où un duc ne se préoccupe de rien d’autre que de son palace, laissant les demeures de ses fermiers s’abîmer.
Où améliorer, moderniser, la demeure ancestrale est le plus important pour son confort personnel, mais se souciant comme d’une guigne de son personnel.
Lorsque son épouse voulait aider les plus démunis du domaine, il lui refusait les fonds nécessaires (qu’il avait pourtant reçus d’elle), lui disait de se conformer aux aumônes que distribuaient sa mère et sa tante Sarah Churchill.

La partie du parc, connue sous le « domaine de la belle Rosamund et sa source » sont joliment décrits, mais par contre il est peu fait question du palais proprement dit.

On rencontre  comme résident de Blenheim Palace le jeune Winston Churchill, dont c’est également la demeure ancestrale puisqu’il y est né.
Il est revenu en héros de la guerre des Boers et rédige, au moment de l’enquête, une biographie de son père, Randolph Churchill, un homme dont la réputation  semble avoir été « malmenée » par les lords.

Autre rencontre intéressante est le jeune Ned Lawrence – à savoir T.E. Lawrence, étudiant l’archéologie, intéressé par tout ce qui touche à l’Egypte et le moyen-orient – vous l’aurez deviné, il s’agit de celui qui sera célèbre sous le nom de « Lawrence d’Arabie » - il deviendra aussi un grand ami de Winston Churchill.

Le duo d’écrivains utilise la formule habituelle de ses polars historiques = mêler leurs enquêteurs fictifs à des personnages historiques avérés.

Une seule chose m’a dérangée dans l’histoire = lorsque Kate Sheridan enquête, elle le fait « en compagnie » de son double littéraire Beryl Bardwell – qui lui « parle » - les paroles de Beryl sont en italiques, mais cela donne une désagréable impression de schizophrénie de la part de lady Sheridan.
Ce petit désagrément mis à part, ce petit polar historique sans prétention m’a réellement plu – je poursuis avec un réel plaisir mes petites lectures estivales.

Bien que ce soit la 11ème enquête du couple Sheridan, c’est ma dernière incursion dans leurs enquêtes puisque j’ai lu les 11 autres (il y en a 12 au total, que j’ai évidemment eu la mauvaise idée de lire dans le désordre, comme d’habitude =^-^=)

  consuelo vanderbilt-balsan, qui disait que son plus grand plaisir dans l'existence,
en dehors de ses enfants, était la lecture dans laquelle elle se réfugiait depuis l'enfance

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20 juillet 2017

LE PAS DU RENARD, de Claude Izner

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 Paris – Année 1921 – Jeremy Nelson a débarqué à Paris avec six sous en poche ; il espère se trouver un travail de pianiste, il est particulièrement adepte du jazz, ce qui n’est pas encore très à la mode à Paris, mais fort en vogue aux USA, notamment à Hollywood et New York.

Il faut dire que Paris est encore sous le choc de la première guerre mondiale, beaucoup de morts, énormément de blessés qui n’ont qu’une maigre pension pour subsister. Une crise qui ne permet pas au gens de dépenser beaucoup d’argent pour se distraire.
Ayant fait la connaissance d’un dessinateur fort sympathique, Jeremy se rend au MI-KA-DO, un cabaret où l’on s’amuse pour pas trop cher.  Leur pianiste est souvent ivre, même à la limite ivre mort, aussi le jeune Nelson n’a-t-il pas de difficulté à le remplacer, d’autant plus que la propriétaire Doxie Maxie le trouve beau garçon. La jeune femme des vestiaires Marie le trouve aussi à son goût et bien vite ils entament une liaison.  
Marie est également caissière au Rodeo, un cinéma dont le propriétaire semblerait être parti pour Nice, mais dont on n’a plus de nouvelles depuis quelque temps.

Jeremy Nelson est venu en France, à Paris plus particulièrement, pour tenter de retrouver son père, ou du moins avoir des nouvelles de cet homme qui les abandonna sa mère et lui il y a quelques années.
Paul K. embarqua sur le Lusitania, qui fut torpillé par les Allemands et Nelson aimerait savoir si son père faisait ou non partie des 700 rescapés des 2000 victimes du navire.
Le problème est que posant beaucoup de questions pour retrouver des personnes ayant éventuellement connu son père ou des immeubles où il aurait vécu, il commence à inquiéter certaines personnes.
Qui ne vont pas hésiter à s’en prendre à lui ; certaines personnes sont déjà mortes par « accident » assez douteux et finalement, Nelson commence à se dire qu’il y a un lien entre ces gens = celui d’un immeuble ayant été incendié. 

Parmi les noms et adresses de personnes susceptibles d’avoir connu son père, il en est qui reviennent = celles des propriétaires d’une librairie rue des Saint-Pères, mais qui n’habitent plus là depuis au moins 20 ans.
Aux dernières nouvelles ces gens seraient à Londres. Il n’est pas certain que Jeremy Nelson parvienne à Londres un jour si on continue à l’agresser comme on le fait.
Et ce malgré l’aide bien sympathique des frères Jacob et Sammy.

Claude Izner avait terminé la série mettant en scène Victor Legris et son père adoptif, ainsi que son commis devenu beau-frère et associé, mais apparemment elle n’a pas décidé d’abandonner les personnages puisque tout au long de cette chasse au père perdu on retrouve des indices de personnes ayant connu la librairie Elzevier. 
Elle semble avoir des difficultés à totalement oublier ceux et celles qui hantèrent la librairie de Legris puisque la patronne du MI-KA-DO est la fameuse Eudoxie Mallard, qui en pinçait pour le père adoptif de Legris, qu’elle surnommait « mon Mikado » vu que Kenzo Mori était japonais. Ceci explique cela.

Il est évident que ce polar historique, qui a déjà une suite (La Femme au Serpent), nous les fera retrouver à Londres où ils ont pris leur retraite.

A part cela, j’ai trouvé ce roman intéressant au niveau historique, les sœurs qui écrivent sous le pseudonyme de Claude Izner disant beaucoup s’intéresser aux petites gens, leurs difficultés, leur don de la débrouille, mais hélas aussi de leur parler argotique qui n’est pas toujours aisé à suivre, même pour quelqu’un qui comme moi connait un peu d’argot.

En tout cas, l’histoire m’a permis de découvrir ce qu’on appelle  « le pas du renard » qui donne son titre au roman et qui est en fait la traduction littérale du foxtrot, une danse au temps du ragtime, très populaire pendant la période de l’entre-deux-guerres et que l’on dansa jusqu’aux années 1950.

Le polar se traîne un peu à mes yeux, il commence par un meurtre bien sanglant et chaque fois que l’on espère que ceux qui s’attaquent à Jeremy Nelson vont enfin être dévoilés, un nouveau rebondissement (et attentat sur sa personne) nous fait passer au chapitre suivant.

Les sœurs « Claude Izner » ont confirmé qu’il s’agira d’une nouvelle série, mais moins longue que celle de Victor Legris.

Encore une lecture typiquement estivale, plutôt vite lue.

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19 juillet 2017

TOUJOURS MAUDIT, de David Safier

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Titre original allemand = Mieses Karma Hoch 2

Daisy Becker est une drôle de bonne femme – apprentie comédienne, elle apparaît surtout dans des télé-réalités, pas de quoi se vanter donc. Dans sa vie privée, pas trop de quoi se vanter non plus = soûlographies à répétition, coucheries de même, et comme elle claque le peu qu’elle possède, elle n’est même plus capable de payer sa part de loyer.
Ses colocataires ont décidé que si elle ne se dépêchait pas de payer le loyer en retard, elle se retrouverait SDF.
Le seul qui lui témoigne un peu de compréhension et beaucoup de tendresse est Yannis, son meilleur ami … en fait son seul ami. Or Yannis est amoureux d’elle et aimerait qu’elle s’en rende compte.
Daisy s’en est peut-être déjà rendu compte mais vu ce qu’elle trimbale comme bagage affectif négatif, et gueule de bois,  ça ne se passe pas très bien lorsqu’elle craque un soir et se retrouve au lit avec lui.

Elle reçoit un appel de son agent = il lui aurait dégotté un petit rôle dans le nouveau James Bond, aux côtés de la star du moment, le séduisant Marc Barton. Lui évidemment comme grosse vedette, il peut se permettre de jongler avec les scenarii et il a carrément supprimer son petit rôle à elle. Il a la grosse tête ce type, c'est rien de le dire.
Du coup, elle se saoule, une fois de plus, réalise qu’elle a tué le petit chien-chien à sa vedette, qui évidemment la hait.
Pour se faire pardonner elle saute dans sa voiture, il roule comme un fou, elle vomit, il se fâche et ne voit pas le camion qui arrive en face.
Et c’en est fini de la vie de Daisy et Marc. (pas du roman, rassurez-vous =^-^=)

Vu leurs antécédents dans la vie, ils sont réincarnés en fourmis ! plus le karma est mauvais plus on se réincarne en insecte.
Marc est désespéré, ça va être pire lorsqu’il réalise qu’ils vont devoir faire la guerre à d’autres fourmis.
Cela leur permet de faire la connaissance de Casanova qui connaît bien le cycle des réincarnations – comme on dit en anglais « been there, done that » !.
Bouddha apparaît aussi évidemment, faut bien qu’il leur explique la situation.
Nos anti-héros ont même la « chance » d’assister aux funérailles de Daisy, où tout le monde pleure, mais où l’épouse ô combien séduisante et gentille de Marc console Yannis.
Non ça ça ne va plus du tout là. Daisy se sent devenir d’une jalousie féroce – elle aimerait donc Yannis ? quant à Marc, la seule idée que sa superbe Nicole, si aimante, lui préfère ce binoclard, alors là jamais !

Daisy, qui en connaît quand même un brin en karma vu que sa maman lui en a parlé avant de mourir, a une stratégie = Marc et elle vont accomplir de bonnes actions pour acquérir un maximum de bon karma, ils vont se réincarner en animal chouchou, et ils passeront le reste de leur vie auprès de leurs amours. Plus vite dit que fait. Avec l’aide de Casanova et Urrgh, son compagnon Néanderthal, ils vont s’y atteler, mais qui a dit que vouloir séparer des amoureux menait à de bons karmas ?

C’est à New York que tout  va se jouer, même que Daisy va retrouver sa maman réincarnée.

Apparitions de Bouddha, expériences karmiques dans des organismes différents (poissons, cigognes, escargots, etc), on pourrait presque dire = David Safier prend les mêmes  et recommence, car ce « Toujours Maudit » a de fameux accents de « Maudit Karma » que j’ai eu l’occasion de résumer ici.

Ce n’est pas un copier/coller, et comme en ce moment j’ai besoin de me changer les idées, ce livre drôle est parfait.
Non seulement on assiste aux premiers envols des bébés cigognes, dont entre parenthèses la mère est une vraie peste, nos réincarnés rencontrent un brochet nommé Einstein – oui LE Einstein – qui n’a qu’une idée = les bouffer, un brochet ça mange les petits poissons.
Pour finalement aboutir à New York, où il faut tout de même songer à un plan pour séparer Nicole et Yannis.

Vous l’aurez compris, la formule n’est pas follement originale puisque déjà utilisée, mais elle fonctionne – et je me suis bien amusée. J’ai notamment beaucoup apprécié les commentaires de Neanderthal – ainsi que les « bas de page » explicatifs où l’on retrouve des commentaires tirés des mémoires de Casanova et Neanderthal.

Une lecture estivale par excellence (surtout ne pas y chercher ce qui ne s'y trouve pas - la vraie philosophie c'est autre chose).

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17 juillet 2017

MARGUERITE DE VALOIS, ou MARGUERITE DE FRANCE, dite LA REINE MARGOT... le saviez vous ?

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ce surnom de "margot" lui est venu, quand petite fille elle interpréta le rôle d'une petite margot dans une pièce pour enfants avec ses frères et autres enfants de la cour, mise en scène par leur mère Catherine de Medicis.

Le surnom lui est resté avec l'un de ses frères le roi Charles IX, à la suite de ce petit intermède théâtral.
Charles IX la surnomma ainsi, par affection (dans la mesure où affection il y eut)  et Henri III aussi quand il voulait l'insulter.
Jamais absolument jamais, on appela Marguerite de Valois "margot", cette familiarité ne se concevait même pas;

C'est parce qu'il connaissait le surnom donné dans  l'enfance qu'Alexandre Dumas père (dont les "nègres" se documentaient fort bien avant l'écriture d'un roman) s'en servit comme titre de sa pièce vraiment peu flatteuse, voire même carrément insultante. Mais il n'est pas l'inventeur du terme.

En fait l'un des surnoms avérés de Marguerite de Valois fut LA PERLE DES VALOIS - Brantôme lui la qualifiait de "déesse à la beauté à nulle autre pareille"

L'essai écrit par Eliane Viennot, que j'aurai le plaisir de lire bientôt puisqu'il figure depuis longtemps dans ma pal, rend justice à cette femme intelligente et érudite, qui écrivit par ailleurs un pamphlet intéressant sur la condition féminine après avoir pris connaissance des écrits concernant "La Querelle des Femmes".
Quant à la cour de Nérac, qu'elle installa après avoir rejoint son époux Henri de Navarre (le futur Henri IV), où furent accueillis poètes et philosophes, elle aurait inspiré Shakespeare pour son "Love's Labour Lost" (Peines d'Amour perdues).

Un autre écrivain, féru d'Histoire et d'histoires, le complice d'Alain Decaux, à savoir André Castelot (dont hélas le passé ne parle guère  en sa faveur vu ses sympathies d'extrême droite), a aussi écrit une biographie intitulée "La Reine Margot". (Le livre se trouve également dans ma pal =^-^=).
Sans oublier les essais de Simone Bertière = les Reines de France au temps des Valois.

La romancière et biographe Hortense Dufour lui a également consacré un essai "Margot, la rebelle - les épreuves et les jours" que j'aimerais aussi découvrir, surtout à cause de ce titre de "Margot la rebelle".

15 juillet 2017

D'OR ET DE SANG, de Catherine Hermary-Vieille

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La Malédiction des Valois

A travers l’histoire dramatique des enfants d’Henri II et Catherine de Medicis, de nombreuses années de l’histoire de France sous les Valois-d’Angoulême défilent sous les yeux des lecteurs/lectrices.
Plus particulièrement ces années de guerre de religion, guerres civiles qui dressèrent catholiques et protestants les uns contre les autres.
Que de factions politiques différentes, que de factions religieuses intolérantes, intransigeantes, furent de ces années. 

Alors que Catherine de Medicis souhaitait établir une « paix de religions », une tolérance, il ne peut en être question entre ces catholiques intégristes et ces protestants rigides.
De part et d’autre on va trahir, changer de camp, retourner sa veste, intriguer chez les uns et les autres, mais on n’empêchera pas le carnage comme celui de la saint-barthélémy, quelques jours à peine après le mariage de la fille de France catholique, Marguerite, avec le jeune roi de Navarre (protestant mais pas plus que ça !).

Lorsque le roman débute, le jeune roi François II se meurt et la petite reine Marie Stuart retourne en Ecosse. Devient alors roi, le très jeune Charles IX (10 ans), ce qui arrange bien la dominante reine-mère qui va enfin pouvoir régner puisqu’elle est régente jusqu’à la majorité du petit roi. 
Pour rendre la royauté populaire, Catherine de Medicis décide d’un « tour de France », avec le déménagement que cela impose.
Lorsqu’il atteint sa majorité, il est évident qu’il est le roi d’un royaume divisé et les tracasseries commencent !
tout le monde se plaint chez lui, lui qui n’aspire qu’à la paix ! il a une charmante maîtresse auprès de qui il trouve un peu de cette paix, il a une épouse compréhensive, qui espère donner un héritier à la couronne.
Mais la santé de Charles IX n’est pas meilleure que celle de François II et bientôt la tuberculose aura raison de lui.

Voici enfin  le tour d’Henri III – comme il l’a attendue cette couronne de France ! entretemps il a accepté celle de la Pologne, mais vivre en Pologne lorsqu’on a connu la France et sa douceur de vivre en pays de Loire, ce n’est quand même pas la même chose. Heureusement avec lui se trouvent ses mignons – qui vont l’aider à regagner la France et commencer à abuser de leur pouvoir sur lui.  Était-il réellement homosexuel, ou simplement bi ? en tout cas, il sera toujours respectueux de Louise de Lorraine, sa reine.
Le caractère étrange d’Henri III va lui valoir le mépris de tous au fil du temps – il alterne les périodes de fastes, de bals, de fêtes scandaleuses avec un mysticisme extrême.
Un parti va se liguer contre lui « Les Mécontents » auxquels sa sœur commettra l’erreur d’adhérer, ce qui lui vaudra un exil de près de 20 années.
Lorsqu’il meurt, sans fils, il a nommé le roi de Navarre comme héritier – place à Henri IV, toujours marié à Margot – il va s’en « démarier » comme on dit à l’époque – car il y a eu quelques lacunes au moment du mariage = ne pas avoir attendu la dispense papale (ils étaient cousins), avoir forcé Marguerite par un coup à l’arrière de la tête à acquiescer au mariage.
Entretemps, les époux qui au départ étaient amis, sont devenus des ennemis, il la traite de « putain », elle le traite de paysan mal dégrossi. Cependant, couronne de France oblige, ils se réconcilient et fine mouche, Marguerite tire tous les avantages possibles de cette réconciliation et ce démariage.

Bien qu’il s’agisse d’un bon roman historique, bien documenté, basé sur des faits avérés, la romancière – qui se réfère à Maurice Druon et Alexandre Dumas pour ses exemples de romans historiques – est tombée malheureusement dans le travers d’avoir surtout retenu « la légende noire de Marguerite de Valois ».

Non seulement elle accentue dans son roman le côté « folle de son corps », « vipère lubrique » (comme la surnomma son frère Henri III), elle en fait aussi une jeune femme pas nécessairement  sotte mais surtout désireuse d’être prise pour une véritable diplomate, imbue de sa haute naissance, sous l’emprise de ses sens, en gommant (délibérément ?) le côté intellectuel de « Margot », son érudition, sa cour où viennent Montaigne et Brantôme.

Catherine Hermary-Vieille est tombée dans le même travers qu’Alexandre Dumas père, qui fit grand tort à la réputation de Marguerite de Valois « Margot », par son roman « la Reine Margot », où il la présente comme folle de son corps, incestueuse, trompant allègrement son époux, Henri de Navarre, qui ne se gênait pas de son côté de toute façon.
(Alexandre Dumas fit la même chose à l’égard de Lucrezia Borgia, tout comme Shakespeare le fit avec Richard III – à part que Shakespeare discrédita Richard III pour plaire aux Tudors, tandis qu’Alexandre Dumas père écrivit des romans feuilletons pour attirer les lecteurs des journaux d’époque et gagner de l'argent).

La romancière passe aussi sous silence le pamphlet "féministe" avant la lettre qu'écrira Marguerite de Valois-Navarre lorsqu'elle comprendra (pas trop tôt) que le monde dans lequel elle vit ne laisse aucun droit aux femmes et tous les droits aux hommes.

Ce qui ressort de la vie des enfants de Catherine de Médicis, et surtout de Marguerite, c’est ce besoin de se faire aimer, accepter.
Plus particulièrement de sa mère.
Or celle-ci n’apprécia jamais Marguerite qu’elle jugeait futile, inintéressante, têtue, orgueilleuse – il est vrai que Catherine de Medicis n’avait d’amour que pour Henri d’Anjou, qui deviendra Henri III.
Son dernier fils, François d’Angoulême en souffrira d’autant plus qu’il était laid – les mignons d’Henri III  se moquèrent ouvertement de lui, sachant que le roi les soutenait en tout. Cela eut pour résultat que François fuira alors qu’il était assigné à résidence, pour rejoindre les protestants.
Il fera quelques erreurs stratégiques lui aussi, pourtant en Flandre on lui offrira la couronne. Il espéra, un temps, épouser Elizabeth I d’Angleterre, mais la différence de religions et d’âge eut raison de ce projet – néanmoins ils restèrent amis et correspondirent durant de longues années (ceci n’est pas dit dans le roman, je le sais pour m’intéresser à Elizabeth Tudor)

Le roman, bien que fort bien écrit, d’une manière jamais fastidieuse malgré les dates et les retournements de situations,  m’a néanmoins un peu déçue par son côté « presse people » =  qui couche avec qui et pourquoi – mais  il met d’autre part l’accent sur ce à quoi ressemble un déplacement royal, avec une  munificence extraordinaire, en passant par des villes et villages où les paysans ont à peine de quoi se nourrir.
Néanmoins sont aussi développés les multiples aspects politiques, les luttes entre pays catholiques (Espagne) et protestants (Angleterre, une partie des Pays-Bas).

La cour de France est un véritable nid de vipères, où la délation est l’un des beaux-arts, encouragée par la reine-mère qui dresse ses enfants les uns contre les autres et envoie ses nains favoris espionner tout le monde.

C’est un roman que l’on peut aisément emporter à la plage = pas de prise de tête, pas compliqué et parfois fort amusant (involontairement, je pense =^-^=)

A mon avis, aucun roman policier actuel (même scandinave) n’oserait mettre autant de meurtres et de criminels en scène, on ne le croirait pas … et pourtant !

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13 juillet 2017

QUAND SORT LA RECLUSE, de Fred Vargas

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Alors qu’il était pépère sur une petite île islandaise, voilà que Paris rappelle Adamsberg à corps et à cri, il s’agit d’une enquête concernant l’épouse d’un avocat, qui aurait été assassinée par son amant, qui nie bien sûr.
Jean-Baptiste Adamsberg écourte donc à contre cœur ses vacances, laissant d’ailleurs sur place son fils Zerk, qui a découvert la femme de ses rêves.

Inutile de dire que cette enquête sera rapidement conclue, car vous ne le savez sans doute pas mais « il n’y a pas deux pissenlits qui se ressemblent » - ça c’est de l’Adamsberg et ses brumes magiques tout pur.
C’est en bouclant l’affaire de la femme assassinée, son mari et le peut-être amant qu’Adamsberg remarque une image sur l’ordi de Voisenet, le mordu de zoologie.
Il s’agit d’une araignée, surnommée « la recluse », car on ne la voit pratiquement jamais, elle ne sort que le soir.

Or cette araignée aurait été la cause de la mort de 3 vieillards, ce qui est en principe impossible, sa piqûre n’étant pas mortelle. Du coup, la curiosité du commissaire est titillée et il veut enquêter. Pour lui les 3 hommes morts par piqûre d'arachnide ont été assassinés.
A la colère de son adjoint Danglard, qui surprend tout le monde par la virulence de son opposition au chef. Qui comprend pourquoi, mais ne dit rien, certain que Danglard va se ressaisir … hélas ! cela n’ira pas sans mal.

Entretemps, le commissaire qui s’est rendu chez un arachnologue au musée d’histoire naturelle, fait la connaissance d’une sympathique vieille dame, fine mouche (hahaha quand on parle d’insectes !) qu’il  retrouvera au sein de cette enquête, à diverses reprises.
Enquête qui mènera jusqu’à une sale petite bande qui harcelait physiquement et moralement les  autres enfants de l’orphelinat où ils étaient pensionnaires. Au vu et au su de ce qu’il découvre avec son équipe, le commissaire comprend qu’une vengeance implacable est en marche.

Retrouver Adamsberg et son équipe est toujours un moment de pur plaisir. Les revoilà tous avec leurs petits travers, leurs habitudes, leur hargne aussi.  J’ai craint que Danglard, cette fois encore, n’ait réussi à aliéner toute l’équipe contre leur supérieur, mais n’est pas Machiavel qui veut surtout face à Adamsberg, qui est tout de même un rusé renard.

Le roman balade les lecteurs/lectrices de Paris au sud de la France, Adamsberg étant qui il est divague parfois, mais toujours à bon escient.  Et des petites divagations il y en a = les problèmes de Froissy, celle qui nourrit tout le monde, une famille de merles qui s’est installée dans l’arbre de la cour et que tout le monde nourrira, toutefois, jamais on ne perd l’enquête de vue.  Ni hélas l’abominable odeur laissée par la tête de murêne de Voisenet.
Il y a encore un plaisir de plus = celui de retrouver les 3 évangélistes, mais surtout Matthias l’archéologue, qui n’est pas loin d’être séduit par Violette Retancourt.

On pourrait penser que parfois on risque une grosse déception,  que quelque chose grippe la mécanique « Vargas », mais non elle est toujours bien au point pour le plus grand plaisir des lecteurs.

A lire, absolument.

d'autres avis chez babelio,  critiqueslivres, enlivrez-vous

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11 juillet 2017

VISAGES VILLAGES, d'Agnès Varda & JR

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Titre anglais = Faces Places

Scénario = Agnès Varda

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Photos = JR

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Musique = Matthieu Chedid

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le trio au Festival de Cannes où le documentaire fut acclamé

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Gros coup de cœur pour moi que ce beau documentaire, empli de tendresse, d’humour et de complicité entre la réalisatrice-plasticienne Agnès Varda et JR, photographe ou plutôt « photograffeur », puisqu’il utilise les photos en grand format en collage sur les murs, art éphémère comme le « street art ».  Il a fait le tour du monde avec son « camion-appareil photo » et plusieurs livres ont été édités concernant son travail.

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Agnès Varda avait décidé de ne plus réaliser de film après « Les Plages d’Agnès » qu’elle considérait comme son dernier témoignage de film d’auteur(e).  Elle est âgée à présent de 89 ans (88 au moment du tournage) et a des problèmes aux yeux. C’est sa fille, Rosalie Varda, qui l’a mise en présence de JR,  le contact fut excellent dès le départ.
Comme elle le dit dans une interview « j’attends toujours qu’un sujet me parle particulièrement mais après « Les Plages d’Agnès » je voulais me consacrer à faire des expositions de mes travaux. Après le premier contact avec JR, ce fut reparti ! » ( cfr. L’interview parue dans le BRUZZ, magazine multilingue d’info sur Bruxelles et ses activités culturelles)

Trouver le budget pour leur documentaire ne fut pas une sinécure, parce que trouver des fonds pour un documentaire n’a pas vraiment la cote actuellement, l’argent est plutôt disponible pour des comédies ! - ils s’adressèrent finalement au site d’autofinancement KissKissBankBank, et lorsque les maisons de production virent ce qu’ils récoltèrent, ils acceptèrent de libérer une somme d’argent. Le documentaire débute d’ailleurs par des remerciements à tous ceux,  en dehors des maisons de production, qui collaborèrent à financer le films. Une belle et longue liste, qui mérite tous les remerciements pour avoir rendu ce beau projet possible.

Voilà donc notre sympathique duo lâché sur les routes de France, en donnant la préférence aux villages, à la campagne – pour « photograffer » ceux qui se prêtèrent avec bonne humeur à leur requête de photos à poser ensuite sur les murs.
Dans les Corons, il y eu l’émouvante Jeanine, qui refuse de quitter la petite maison où elle a grandi, car lorsque les tout derniers habitants auront disparu, le site des corons sera rasé – et quel dommage ce sera, alors que ces jolies maisons pourraient être récupérées et devenir des maisons unifamiliales … mais bon, je ne suis pas promoteur immobilier, je privilégie l’humain plutôt que l’argent.

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Le camion-photo utilise la formule « photomaton », on s’y assied mais au lieu d’une petite photo qui en sort, c’est une grande photo, qui servira au collage sur façade si le propriétaire est d’accord, ou ailleurs (JR a ainsi décoré des châteaux d’eau).

Du nord au sud, ils ont croisé un facteur, enchanté d’être mis en façade;  mais aussi un homme vivant « de rien » - un être jovial, vivant dans une cabane faite d’objets de récupération, qui est heureux de n’avoir aucun des besoins que la civilisation nous fait croire qu’ils nous sont indispensables.

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Ils sont passés par les chantiers navals du Havre, où les épouses des dockers ont été mises en vedette. Ils sont passés par des usines, où tout le monde s’est plié avec énormément de bonne humeur aux demandes de nos deux réalisateurs.

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Ils ont « habité » un village de vacances qui au lieu d’être terminé par les bâtisseurs, tombe lentement en ruines, mais pour un temps des visages sont apparus sur les façades.
Ils sont passés par des domaines agricoles, et notamment là où l’on élève les chèvres pour les fromages et le lait.

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D’une vieille photo d’un ami de Varda, JR a illustré un morceau de bunker tombé sur une plage, en faisant vite pour le collage, car le lendemain, après la marée montante hélas cette belle image disparut

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Par contre, une jeune femme qui travaillait dans un café du sud, a eu le plaisir d’être mise en façade, mais le succès de cette photo finalement – vu le nombre de visiteurs et selfies – pèsent lourdement sur l’anonymat de la jeune femme en question.

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La balade se termine avec un rendez-vous (un acte ?)  manqué avec Jean-Luc Godard, qui avait pourtant confirmé qu’il les attendait. L’absence de cet ami de jeunesse d’Agnès Varda & Jacques Demy a été un dur  moment  pour Varda.
Qui eut cependant la consolation que JR, rien que pour elle, enleva un bref instant ses lunettes noires, qui agaçaient tellement Agnès tout au long de leur périple.

Je ne peux que vous conseiller plus que vivement d’aller voir ce documentaire en salle – n’attendez pas le dvd, les images « en grand » sont nécessaires.

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09 juillet 2017

LE JOURNAL DE MONSIEUR CHATASTROPHE, de Chris Pascoe

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Ce n’est un secret pour personne, j’adore les chats et l’humour britannique – cette autobiographie romancée avait donc tout pour me plaire, et effectivement jusqu’à la moitié du livre, je n’ai pas arrêté de glousser et même de rire franchement aux gaffes et facéties des chats du ménage Pascoe = le romancier Chris et son épouse, Lorraine qui a heureusement la tête sur les épaules, ainsi que leur petite « terreur » de deux ans et demi, la jeune Maud qui, selon son papa, a des tendances psychopathes (qu’il se rassure, tous les enfants de cet âge-là en ont).

Cet été-là Chris Pascoe décide de le passer à la maison, de garder donc la petite tornade nommée Maud (il comprendra rapidement le regard ironique qu’avaient posé sur lui les gens de la garderie). De plus il aura ainsi le plaisir de passer plus de temps avec son chat Birmingham, surnommé Brum depuis toujours, et la jolie chatte Sammy.

Cet été-là, toujours, il a fait particulièrement ensoleillé, ce qui a permis à la petite Maud de souvent jouer dans sa pataugeoire personnelle – elle insiste là-dessus = cette pataugeoire ne se partage PAS, JAMAIS, un point c’est tout. Le problème est que Brum ne comprend pas le langage humain – il ne comprend pas grand’chose d’ailleurs et termine régulièrement ses chutes aussi nombreuses que grotesques dans ladite pataugeoire privée. Hurlements etc de la part de la jeune propriétaire.

Cet été-là encore, Lorraine espère que Chris montera enfin cette gloriette, en principe simple à monter, afin que le patio ait de l’ombre pour la petite Maud et ses parents.
Oh il finira par la monter cette gloriette (à la fin de l’été), après que tant de gens  intentionnés et « briefés » par Lorraine le lui aienr fait remarquer, mais hélas, Chris n’est pas plus doué pour monter une tente simple que pour vider un salon où il faut installer une nouvelle moquette – Lorraine a d’ailleurs insisté pour que ce soient des professionnels qui s’en occupent, doué comme l’est, son mari aurait probablement collé la moquette au plafond !

Tout le livre est à l’avenant = les frasques souvent irrésistibles de Brum, doué pour se mettre dans des situations invraisemblables, son humain Chris tout aussi doué pour les gaffes mais pas du tout pour le bricolage, les multiples situations invraisemblables mais humiliantes pour les parents provoquées par Miss Maud Pascoe. On se demande comment Lorraine tient le coup. Quant à sa meilleure amie, venue soigner sa mini-dépression pendant un long week-end, elle est rentrée chez elle en un seul morceau et avec le sourire aux lèvres après avoir assisté et avoir été la victime de Brum et son envie de la charmer.

Moi en tout cas, à la moitié du livre, j’ai cessé de rire, j’ai encore parfois souri – j’ai poursuivi la lecture car je me demandais où cela mènerait = toujours au même endroit, dans la pharmacie familiale ou chez le vétérinaire.
J’ai continué à sourire un peu, mais sincèrement autant de gaffes en trois mois, c’était un peu « too much », je ne pensais même pas que ce fût possible.
Je suppose que Chris Pascoe a  regroupé ses souvenirs dans un seul roman, mais après avoir beaucoup ri, j’ai commencé à beaucoup souffler en me disant « pas croyable ! ».

On croise encore dans le roman, en dehors de la jolie meilleure amie venue panser son cœur fatigué, mais qui repartira quand même avec un chemisier en soie complètement saccagé et des orteils ensanglantés, le père de Lorraine qui est la victime des gaffes involontaires de Chris (comme secouer la bouteille de ketchup en oubliant qu’elle est ouverte !) et le père de Chris, qui – on le comprendra rapidement – est l’exemple type du gaffeur, les Pascoe père et fils, même combat !

Il y a aussi un très bel oiseau – un milan (kite en anglais) qui donnera son avis sur Brum.  Petit mot typique d’anthropomorphisme – mais il est vrai qu’à ce moment-là, j’étais déjà fatiguée des gaffes félines et humaines.

Dommage, car cela démarrait vraiment bien, sur des chapeaux de roue et mes voisins, dans mon snack préféré, me regardaient avec un peu d’étonnement vu mes gloussements répétés. Cela aurait pu être une parfaite lecture pour cerveau fatigué et moral en baisse.

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07 juillet 2017

THE TESTIMONY OF THE HANGED MAN, d'Ann Granger

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Titre français = Le témoignage du pendu

5ème enquête de Lizzie Martin & Ben Ross 

Prison de Newgate en 1868 – l’inspecteur Ben Ross a dû répondre, un soir,  au dernier souhait d’un condamné à mort disant avoir des révélations à faire. Mills, qui sera pendu haut et court le lendemain matin pour un crime qu’il a commis et qu’il ne nie pas, lui confie qu’il veut mettre sa conscience en ordre et il confesse avoir été le témoin d’un crime un soir d’orage = il a vu une très jeune femme étouffer un vieillard avec un coussin.
Pourquoi n’en a-t-il pas parlé avant ? parce qu’à l’époque, il se devait d’être discret pour ne pas compromettre quelqu’un.
Ross a donc pris cette déposition-confession sous la dictée du condamné et s’est précipité chez le gouverneur de la prison qui lui dit avec un certain paternalisme que Mills a probablement compris que Ross était une bonne âme et qu’il pouvait ainsi gagner quelques heures de répit avant sa pendaison ; il lui donc de laisser tomber.

Ben Ross rentre chez lui, assez abattu, et en chemin rencontre une femme qui se cache avec un enfant sous les arcades de Waterloo station. Il prend la femme en pitié et ne l’embarque pas pour vagabondage.
Elle lui a confié son nom et lorsque le lendemain Ross arrive au poste, il dit à son adjoint Morris de le prévenir si cette personne se présente.
Il a à peine le temps d’expliquer pourquoi lorsque le superintendant Dunn le fait venir dans son bureau et aux dires de Morris, il va se faire sonner les cloches. En fait tout le poste va assister à l’engueulade car Dunn est enragé que son inspecteur se soit fait berner par un condamné.
Contrairement à ce qu’il a dit à Ross la veille au soir, le gouverneur de la prison s’est adressé aux instances supérieures de la police pour expliquer la situation.
Inutile de dire que ça n’a pas été bien vu de réveiller un haut commissaire qui venait de se mettre au lit ! Et tout ça pour un crime qui « aurait été commis il y a 16 ans » !
Comme si le Yard n’avait que ça à faire !

Comme pour lui donner raison,  voilà qu’un riche marchand de vins, de très mauvaise humeur parce qu’après tout « il paie ses taxes donc la police est à son service ! » vient signaler que son épouse et leur petite fille ont été enlevées.
L’inspecteur Ross se souvenant de la jeune femme entrevue la veille au soir, pense qu’il s’agit d’elle et bien sûr se fait taper sur les doigts pour ne pas avoir arrêté la jeune femme.
Qui sait où elle se trouve à présent. L’homme à l’évidence ne veut pas de scandale, il fait peu de cas de son épouse, mais sa fille doit lui être rendue. Elle est sa propriété !
Ross se doute qu’il s’agit là d’un cas de brutalité domestique, même si la brutalité était en paroles plutôt qu’en actes. L’épouse du marchand de vins semble avoir été une recluse dans sa maison, la seule qui lui soit favorable était la jeune nanny de la petite fille.

Puisqu’on a défendu à Ross de s’occuper du crime du passé, Lizzie Martin n’a pas de scrupules à le faire elle-même, en compagnie de la jeune bonne Bessie, qui est ravie d’enquêter. Elle est une fervente lectrice des « penny dreadfuls » que lui refile le jeune policier Briddle, qui vient de plus en plus souvent passer quelques heures dans la cuisine des Martin-Ross le dimanche.

En fourrant son nez dans cette histoire, Lizzie met en route  une machine infernale qui aboutira à un autre meurtre.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, le superintendant Dunn savait très bien ce qu’il faisait en disant à Ross de demander à sa femme de ne pas se mêler de cette affaire !

Avec cette 5ème enquête du couple Lizzie Martin & Benjamin Ross se termine la série qui attendait dans ma pal depuis la 1ère enquête lue il y a environ 9 ans – et c’est,  avec la première, celle qui m’a le plus plu.

Ici l’accent est mis sur les difficultés des femmes durant l’ère victorienne et avant, en Angleterre (et ailleurs certainement à la même époque) – cela se résume très simplement = elles n’avaient aucun droit.
Généralement, si elles étaient des orphelines sans fortune, recueillies par une parente « généreuse », elles étaient censées accepter un mariage qui, parfois, pouvait s’avérer une autre prison.
Le mari avait tous les droits, y compris de demander le divorce, ce qui était refusé à la femme – par ailleurs, il obtenait la garde inconditionnelle des enfants, avec – si l’épouse avait les moyens de se payer un bon avocat – un éventuel droit de visite annuel.
Au pire, avec l’aide d’un médecin peu scrupuleux ou dans la ligne du temps, l’épouse risquait d’être enfermée dans un asile ou une « maison de santé » pour femmes hystériques.

Si elles avaient une dot ou une petite fortune personnelle, celle-ci devenait automatiquement la propriété du mari, les propriétés y compris (maisons, fermes, terrains) – si elles étaient veuves, ayant bénéficié d’un héritage de la part du défunt mari, il valait mieux pour elles ne jamais se remarier car aussi automatiquement tous ces biens devenaient la propriété du nouveau mari.
Si elles étaient sans famille ni fortune, elles avaient le choix entre être gouvernante dans une grande maison, ou institutrice des petites filles, ou dame de compagnie sous-payée, et dans ces fonctions qui étaient d’un rang au-dessus du personnel « downstairs », elles ne faisaient néanmoins pas partie de la famille et se retrouvaient donc isolées à tous les niveaux.
Quant aux filles de familles aisées, elles servaient de monnaie dans un contrat de mariage. Rien ne devait entacher leur réputation.

Pas étonnant que les premiers mouvements pour les droits des femmes soient nés en 1876 (en France) et en 1897 en Angleterre.
Il s’agissait bien sûr d’obtenir le droit de vote pour les femmes, mais il était aussi temps de changer certaines lois. Et sans vote des femmes, comment changer les lois les concernant ?

On en est encore loin dans ce polar historique qui se passe en 1868, mais il est évident que notre Elizabeth (Lizzie) Martin y adhérera pleinement – j’aime beaucoup lorsqu’elle « mouche » le superintendant Dunn en lui disant qu’un jour les femmes entreront dans la police et deviendront des enquêtrices à part entière – comme généralement son inspecteur Ross de mari assiste à ce type d’entretien, son supérieur et lui en restent bouche bée.
Pas étonnant non  plus, lorsque Dunn demande (exige) que Ben Ross tempère l’enthousiasme de son épouse à mener des enquêtes de son côté pour l’aider, il comprenne à l’air résigné de son adjoint qu’il demande là un merle blanc. Ceci dit, Dunn est plus fûté qu'il n'y paraît = il comprend à quel point Mrs. Ross a un don très sûr pour les situations "particulières" et il sait qu'il peut compter sur son "flair" pour aider son mari.

d'autres avis sur ce roman = chez babelio, livraddict, myloubook, goodreads

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06 juillet 2017

A PARTICULAR EYE FOR VILLANY, d'Ann Granger

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Titre français = Un flair infaillible pour le crime

4ème enquête de Lizzie Martin & Ben Ross

Qui a bien pu tuer ce charmant vieux monsieur, Thomas Tapley, vivant dans une maison située non loin du couple Martin-Ross ; la propriétaire de la maison, une Quaker, n’avait que des compliments à son égard.
Bien qu’il fût évident que le brave homme n’ait pas été riche, il payait toujours le loyer avec régularité, son seul luxe semblant avoir été les livres. Peu de vêtements dans sa chambre, rien qui laissât à penser qu’il ait eu de grands moyens.
Selon sa propriétaire, chaque matin, il se rendait dans un café pour son petit déjeuner et ensuite passait ses journées dans des musées et bibliothèques.

L’inspecteur Ben Ross, qui habite tout près,  arrive sur les lieux et  immédiatement entreprend l’enquête.
Mr. Tapley avait habité avant cela à Southampton ; il semblerait qu’il soit revenu du continent, où il avait séjourné pendant de longues années.  Après que Ross ait fait publier une petite annonce dans les journaux, demandant si quelqu’un aurait des informations à propos de Tapley, son cousin, un avocat célèbre vient reconnaître le corps et lui raconte l’histoire de Thomas Tapley et sa famille.
Lizzie, l’épouse de Ross, qui n’hésite pas à fourrer son nez dans les enquêtes (selon le superintendant Dunn), mais qui a toujours des indices intéressants à communiquer, explique à son inspecteur de mari qu’il lui semblait que Mr. Tapley ait été suivi par un lugubre personnage déguisé en clown. 

Peu à peu, alors que la vie de Mr. Thomas Tapley est démêlée comme un écheveau, les suspects s’ajoutent les uns aux autres. Qui est ce couple mystérieux qui s’est permis de se rendre sur une propriété des Tapley ? et qui a-t-il pu rencontrer au cours de ses voyages sur le continent ? un ancien ami dit l’avoir rencontré à Deauville où Thomas Tapley lui expliqua qu’il était en convalescence.
Pourquoi, tout d’abord, a-t-il quitté l’Angleterre et puis pourqui y être revenu sans en parler à quiconque ?

Tout sera dévoilé en cours d’enquête et Lizzie, toujours prompte à vouloir aider son mari, va se faire taper sur les doigts pour ne pas avoir communiqué certains faits assez rapidement !

Le roman aborde différents sujets, notamment l’homosexualité toujours punie, non plus de pendaison, mais de travaux forcés particulièrement pénibles (pensez à Oscar Wilde), mais aussi les familles tellement friandes de respectabilité qu’elles n’hésitent pas à mettre un de leur membre au ban de la société.
L’Angleterre victorienne n’est pas un monde sympathique aux femmes – elles sont priées de « rester à leur place », si elles sont de bonne famille, c'est-à-dire ne pas exprimer leurs sentiments ou leurs opinions. Si elles sont pauvres, il ne reste que la rue, la promiscuité des « workhouses », ou la mendicité.
Cette arrogante Angleterre, si fière de son développement industriel, est un lieu bien sinistre pour les pauvres ou les classes laborieuses, quant à la bourgeoisie qui peu à peu monte dans la hiérarchie de la richesse, elle est aussi peu charitable que les aristocrates imbus de leurs privilèges.

J’avais deviné l’assassin, puis avais décidé que cela ne pouvait être cette personne-là – j’ai eu tort de me laisser impressionner par la personne en question.
Et j'ai été ravie de découvrir que Lizzie Martin déteste autant les clowns que moi =^-^=

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