mon bonheur est dans la ville

16 janvier 2018

CHRISTO IN PARIS, de David & Albert Maysles, Deborah Dickson & Susan Froemke

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le Pont Neuf emballé
(source de la photo = le figaro)

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En complément à l’intéressante exposition Christo & Jeanne-Claude URBAN PROJETS (chronique ici), j’ai assisté aujourd’hui à la projection par le centre du film sur l’art (CFA) au documentaire réalisé en 1990 par les frères Maysles concernant cette magnifique œuvre d’art temporaire que fut l’emballage du Pont Neuf à Paris, et toutes les tribulations que les artistes traversèrent pour y arriver.

En dehors d’être un documentaire sur le projet « Pont Neuf », le film est aussi une émouvante biographie sur le couple Christo-Jeanne Claude, qui raconte leur histoire avec beaucoup d’humour et de tendresse, une grande complicité liera toujours ces deux êtres. Témoignage d’autant plus émouvant que Jeanne-Claude a succombé à un anévrisme en 2009.

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D’un voyage en Bulgarie (pays d’origine de Christo Javachef), Jeanne-Claude ramènera une grande partie des dessins de portraits de Christo, qui sont montrés dans le documentaire et qui prouvent  l’immense talent de cet artiste qui dessinait depuis l'enfance. Sa mère étant secrétaire au ministère de la culture, elle l'inscrivit à l'académie des beaux-arts, mais Christo insiste sur le fait que tout était sous la surveillance très stricte du parti de Staline.

Scepticisme de Jacques Chirac, maire de Paris au moment de la genèse du projet, malgré tout Chirac sera favorable au projet, après de longues tergiversations mais demanda d’attendre les élections. Finalement ce sera sous François Mitterand que le projet pourra enfin être réalisé, avec Jack Lang comme ministre de la culture d’alors.

le projet dessiné

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la maquette du projet

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Afin de convaincre les sceptiques, parmi les gens de la rue, Christo ira leur parler, défendre son projet avec gentillesse mais aussi étonnement de constater à quel point les gens sont conservateurs, ont peur qu’il abîmerait le pont ; l’artiste, passionné par son projet, a eu des difficultés à accepter le manque d’enthousiasme des foules, qui seront cependant enchantées lorsque le projet sera enfin une réalité, projet qui avait été imaginé en 1970.

Christo utilisait souvent l’argument que chaque artiste, à son époque, a peint le Pont Neuf et personne ne critique ces œuvres-là, ce à quoi il lui fut répondu que cela ne concernait pas le pont directement !

Les frais ? = aucun, Christo autofinançant ses projets par la vente de ses dessins et peintures – projet ne coûtera pas un sou à la ville de Paris ou à la France, aucune dépense des deniers publics.

Lorsque le projet sera enfin accepté, il mobilisera des guides de montagne, des hommes-grenouilles et des charpentiers maîtres d’œuvre.
Le tissu sera une toile de polyamide ignifugé, coupée en 40.000 carrés assemblés par des cordages. La toile était de la couleur des pierres de Paris, le tissu étant brillant, cela donnait un effet magnifique sous le soleil.

Le plus dur pour ce projet sera la montagne administrative à surmonter, mais ne l’oublions pas = à cœur vaillant, rien d’impossible.

Je terminerai ce petit billet sur une citation de Christo = art is always about transformation.


04 janvier 2018

ANNIVERSAIRE DU BLOG

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 le  blog  fête  son 11ème anniversaire

il restera actif, mais à vitesse très réduite
bloguer est devenu une contrainte chronophage

merci à celles et ceux qui reviennent régulièrement, 
comme des amis en visite
en me laissant des commentaires
le rendant actif et vivant

01 janvier 2018

BELLE ANNEE A TOUTES & TOUS

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je vous souhaite, ainsi qu'à ceux qui vous sont chers

unr BELLE et DOUCE ANNEE 2018

28 décembre 2017

SEVEN KEYS TO BALDPATE, de Earl Derr Biggers

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Titre français = La Septième Clé

Une semaine avant noel, en 1911 - William Magee, écrivain de romans divertissants mais sans profondeur comme a dit un critique, a pris la mouche après ce commentaire et a décidé d’écrire LE roman qui clouera le bec à tous ces prétentieux, mais pour cela, il lui faut du calme pour créer.
Un ami lui confie la clé de Baldpate Inn, un hôtel fermé au public pendant l’hiver, il y trouvera tout le calme qu’il souhaite car qui a envie d’aller s’enfermer dans un lieu sans électricité, ni chauffage, ni autre confort (comme une salle de  bains qui fonctionne) ! Il s’adresse au concierge qui loge à une courte distance de l’hôtel ; inutile de dire que Mr. Quimby tombe de haut – d’abord on ne l’a pas prévenu et ensuite quelle idée a ce type ?
Billy Magee confirme qu’une lettre lui a été envoyée, aussi Quimby accepte de l’emmener à l’hôtel pour lui expliquer les lieux.

Magee ne peut s’empêcher de songer à la ravissante blonde éplorée qu’il a rencontrée à la gare, mais soit = ne nous laissons pas distraire. Notre romancier de dime novels, c'est-à-dire de romans à quat’sous, s’installe aussi confortablement que possible (bougies, feu de bois, mais eau glacée).
Avec ô bonheur la solitude créative.

Mouais ! il ne va pas rester seul très longtemps. Il va rapidement comprendre qu'il y a plus d'une clé pour Baldpate.

Vont débarquer à tour de rôle = un jeune homme bien mis, vendeur/propriétaire d’un magasin de confection pour hommes ; un vieux professeur de littérature comparée qui a eu des paroles malheureuses à  l’égard des suffragettes dont il fuit l’ire ; la ravissante blonde éplorée de la gare et sa maman ; un politicien véreux et son âme damnée à la recherche des 200.000 dollars qu’ils ont détournés ; une séduisante brune qui dit avoir besoin de l’aide de Magee elle aussi.

Heureusement, le concierge a confié l’intendance à Mr Peters, l’ermite de Baldpate Mountain – au départ il ne devait que préparer un repas pour Billy Magee, et se voit soudain envahi par toute cette troupe – il envisage sérieusement à se mettre en grève – c’est vrai quoi = on est ermite ou on ne l’est pas, or un ermite ça vit seul sinon il est tenté de retourner dans le monde duquel il s’est soustrait.

Aucun de ces personnages, en dehors de William Magee et Peters, ne dit la vérité, ou alors adaptée à sa manière.
Qui donc a la septième clé ?

« Seven Keys … «  est un livre très drôle, à condition d’accepter une écriture totalement américaine, certains mots étant même écrits tels que les Américains les prononcent – c’est vous dire si ce n’est pas du Shakespeare ! Certaines expressions sont du slang (argot américain).

Ce n’est pas non plus un livre qui restera dans les annales du féminisme – Mr Biggers (qui était l’écrivain des polars mettant Charlie Chan en scène) était un homme de son époque (Baldpate a été écrit en 1913) et les suffragettes ne trouvent pas grâce à ses yeux, même si finalement les deux personnages féminins de cette histoire n’ont pas froid aux yeux, mais utilisent les armes féminines comme les larmes ou les battements de cils pour adoucir les personnages masculins et tenter d’arriver à leurs fins.

Ce roman est le tout premier écrit par Earl Derr Biggers, bien avant qu’il ne se lance dans les aventures policières de Charlie Chan, dont certaines furent portées à  l’écran.

J’ai souvent pensé aux écrits de  Craig Rice en lisant ce thriller comprenant une intrigue policière, mais pas de cadavre.
Tous les personnages sont stéréotypés à l’américaine = le maire du patelin voisin, corrompu comme pas possible, dont Napoléon Bonaparte est l’idole, son ombre cum homme de main, le complice qui est un vendeur dans un magasin de confection pour homme, le professeur myope comme une taupe fuyant les harpies de suffragettes qui n’ont pas apprécié ses commentaires, et les ravissantes fragiles créatures l’une blonde, l’autre brune, qui toutes deux tentent de manipuler notre écrivain qui n’écrit pas une seule ligne alors qu’il était là pour ça !
Mon préféré reste l’ermite de Baldpate Mountain, qui est venu se réfugier là il y a longtemps pour fuir les femmes en général et la sienne en particulier – pour lui, les filles d’Eve sont responsables de tous les maux de la terre. Et malgré cela, il reste mon préféré car il cuisine comme un chef et finit par craquer sous les beaux yeux de la blonde et la brune.

C’est une histoire où tout le monde ment, où personne ne dit qui il est réellement, sauf le maire de Reuton, politicien véreux (je sais, c'est un pléonasme), qui ne supporte pas les honnêtes gens qui veulent réformer son système pourri.

L’envie de lire ce roman m’est venue après avoir visionné la comédie d’horreur « The House of the long shadows » - le scénario de ce film était adapté de la pièce de théâtre, elle-même adaptée du roman, qui a donné pas moins de 7 adaptations au cinéma (du muet au parlant), au théâtre, mais aussi, plus tard, à la télévision et à la radio.
L’adaptation théâtrale de George M. Cohan dévie assez du roman, mais les clés du titre sont maintenues.

Un roman sur l’art d’écrire, sans écrire une seule ligne pour cause de « surpopulation ».

Le livre m’a plu parce que je suis bon public et l’écriture est tellement vivace qu’on « voit » littéralement l’intrigue se dérouler pendant la lecture – ceci dit, ayant vu pas mal de films des années 1930, 40, … il n’était pas difficile pour moi à visualiser cette histoire assez farfelue qui reprend les ingrédients de certaines comédies américaines de ces années-là.

L’histoire se situe dans un lieu existant réellement = Baldpate Mountains, dans le Maine, un lieu de villégiature fort recherché – un hôtel portant le nom de Baldpate Inn existe réellement et fut construit en 1918.

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26 décembre 2017

CHRISTO & JEANNE-CLAUDE, URBAN PROJECTS

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Voilà déjà quelque temps que j’ai eu le grand plaisir de découvrir cette exposition sur les PROJETS URBAINS de ce couple mythique,  uni par l’art et l’imagination, mais que la mort a séparé, Jeanne-Claude ayant succombé à un anévrisme en novembre 2009 à New York.

L’exposition n’est pas une rétrospective – elle se limite aux projets urbains du couple, et croyez moi ce n’est déjà pas mal du tout.
(J’ai eu le plaisir de visiter l’exposition sous la conduite de Sarah Cordier, historienne d’art et guide – ma petite chronique est adaptée de ses explications – les photos illustrant le billet sont les miennes)

Quelques éléments de biographie concernant Christo = naissance en Bulgarie en 1935 – lorsque la Bulgarie est envahie par les nazis, Christo – de son vrai  nom Christo Vladimiroff Javacheff – voit amis et voisins assassinés par les nazis ; après la guerre, la Bulgarie est rattachée à l’URSS – le communisme installe sa dictature.

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Christo a fait des études à l’académie des beaux-aarts de Sofia (architecture), puis à Vienne. En 1958 il arrive à Paris, après avoir séjourné à Vienne et Genève – il a alors 22 ans.
Jeanne-Claude, née Denat de Guillebon, est issue de la haute bourgeoisie et fait la connaissance de Christo alors qu’il a été commandité par la mère de Jeanne-Claude afin de peindre son portrait en trois versions = impressionniste, cubiste et réaliste.
Bien qu’apprécié en qualité d’artiste, Christo a des difficultés à s’imposer comme beau-fils, néanmoins Jeanne-Claude et lui se marient.
Ils ont un fils, Cyril, très engagé avec son épouse dans la défense de l’environnement.
En 1964, le couple Christo & Jeanne-Claude s’installe à New York

Christo abandonne son patronyme de Javacheff, son prénom devient son nom. Il commence ses premiers « empaquetages » = bouteilles, chaises, objets de la vie courante sans réel intérêt ou beauté – emballés partiellement ou totalement.
A ses débuts il n’emballait pas encore, pour emballer une chaise il ne faut ni dessin ni esquisse, ce qui est le cas pour empaqueter un bâtiment.

Pour chaque projet, Christo établit un dossier de présentation comprenant des photomontages, des plans balistiques, des dessins, des collages – petit à petit les dossiers comprendront des caractérisques architecturales, qui ressemblent plus à un travail d’architecte qu’à un dessinateur (pour rappel le dessin était la passion de Christo depuis son enfance).
Il aime travailler au pastel, au fusain, au crayon sec ou gras pour dessiner ses projets.
Parfois il utilise aussi de la peinture émaillée indutrielle pour donner du volume et de la brillance au projet.

La photographie occupe également une place importante, le rapport d’échelle est généralement indiqué par un personnage ou une voiture dans le dessin. Les photographies sont aussi le support d’esquisses qui par la suite sont développées en grand ou moyen format. Photos et dessins sont fréquemment combinés, comportant aussi des annotations à la main, du tissu (pour indiquer celui qui sera utilisé pour empaqueter), de la ficelle, etc.

 Pour chaque projet majeur – comme l’emballage du Pont Neuf à Paris – Christo fait appel à des maquettistes projessionnels afin de réaliser une maquette à l’échelle – cet objet tridimentionnel permet aux artistes et ingénieurs à clarifier en miniature une série de questions.
Les encadrements des projets pour soumission sont également réalisés par Christo.
La forme de l’emballage est toujours dictée par l’architecture existante.

exemple d'une maquette

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Tout projet exige les autorisations des autorités concernées ; en complément aux dessins, maquettes, collages, une grande part de la réussite vient du génie de la communication de Jeanne-Claude & Christo – ils ont affaire à des interlocuteurs fort différents, aucun artiste n’a probablement autant voyagé pour persuader les autorités réticentes à leur accorder les autorisations nécessaires.

Chaque projet est auto-financé. Les dépenses sont couvertes par la vente des dessins et collages préparatoires vendus directement à des collectionneurs.
Pourquoi l’autofinancement ? pour conserver la totale indépendance artistique, ainsi personne ne peut leur dicter ce qu’ils doivent faire.
Christo est aussi un collectionneur de ses propres œuvres ; il en garde afin de pouvoir les exposer (comme ici dans l’expo).
Par contre lorsqu’un projet est accepté, Christo refuse que l’on fasse payer les visiteurs, le couple estime que la beauté de l’art se partage.

Les matériaux sont à chaque fois recyclés – les interventions de Christo sont toujours réalisées dans le respect de l’environnement, le site retrouve toujours son état d’origine.

Avant d’emballer, les Christo souhaitaient « boucler » certaines rues temporairement par des barils de pétrole ; ces projets n’ont hélas pas pu être réalisés, les autorités ne souhaitant pas causer d’embouteillages !!!!

Toutefois, il y eut une première expérience d’un MUR DE BARILS DE PETROLE aka LE RIDEAU DE FER, rue Visconti à Paris 6 – la rue où vécurent Racine, Delacroix et Balzac.
La rue fut temporairement une impasse, les barils fermant l’un de ses côtés à la circulation. Double entendre évidemment pour ce projet, puisqu’il vit le jour en même temps que l’édification du mur de Berlin ; Christo et des amis édifièrent ce mur de barils pendant la nuit et furent sommés de le défaire le lendemain matin aux aurores ! (projet ci-dessous)

Bien des années plus tard, à New York, les Christo proposèrent de fermer la 53èmerue, mais les autorisations ne furent pas données.

 la "fermeture" de la rue Visconti

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Les derniers projets de Christo = il y eut l’édification du MASTABA à la Fondation Maeght à St-Paul-de-Vence.

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Il s’investit aussi actuellement à un projet de MASTABA pour Abou-Dhabi – un projet qui fut conçu avec Jeanne-Claude il y a 40 ans – la structure sera de 150 mètres de haut, constituée de milliers de barils au beau milieu du désert – ce sera aussi la première fois que l’œuvre sera permanente.

Je vous propose à présent quelques illustrations, qui en disent long sur ce formidable travail artistique, du street art avant la lettre.
(je n’ai pas noté ici les nombreux détails techniques des projets, bien que notre guide nous en fit part)

l'un des premiers emballages de monument public - la kunsthalle à Berne

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exemple de dessins et projet

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le projet "Pont Neuf"

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les îles encerclées - en floride (pour figurer des nénuphars)

 

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les arbres emballés de l'avenue des champs-élysées à paris
projet non abouti, les autorités préférèrent les illuminations de fin d'année
(le projet n'aurait porté aucun préjudice aux arbres, au contraire,
ils auraient été protégés du froid)

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le triomphal projet du reichstag
(la grande bande noire sous le 2ème dessin est le mur de berlin
masquant une partie du paysage)

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les allées recouvertes - kansas city (missouri)

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 the gates (les portes) - central park à new york

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24 décembre 2017

CHAT-YEUX NOEL A TOUTES & TOUS

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le revoilà, comme tous les ans
fidèle au poste pour vous souhaiter

une BELLE FETE DE NOEL
entourés de tous ceux que vous aimez

LES FAUX BRITISH, de Henry Lewis, Jonathan Sayer & Henry Shields

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Adaptation française de Gwen Aduh & Miren Pradier

Mise en scène = Gwen Aduh 

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L’association des Amis du Roman Noir Anglais interpréteront ce soir

 MEURTRE AU MANOIR HAVERSHAM

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avec aujourd’hui les comédiens Benjamin Boutboul, Laure Charthier, Damien De Dobbeleer, Cachou Kirsch, David Leclercq, Thibaut Nève, Simon Paco

Le sujet = un Vaudeville Catastrophe
Au 19ème siècle, alors que l’on vient de fêter les fiançailles de Lord Charles Haversham avec Miss Florence Colleymoore, le malheureux fiancé a été assassiné.
Mais qui a pu tuer ce  homme séduisant promis à un brillant avenir = Florence sa fiancée ? Thomas le frère de sa fiancée ? Elmer le frère de lord Haversham ? Tous s'accusent d'ailleurs l'un l'autre.
Afin de découvrir l’ignoble assassin, Perkins le majordome téléphone à l’inspecteur Carter, un brillant détective du Yard, à la retraite dans la région.

A partir de là, tout part dans tous les sens pour ce vaudeville totalement burlesque (dans le plus pur slapstick comedy) pour le plus grand plaisir du public – c’est du burlesque à la manière des Marx Brothers,  Charlie Chaplin, Laurel & Hardy, Buster Keaton, Pierre Etaix, Jacques Tati – un bel hommage à ces pionniers de l’humour absurde et déjanté, mais aussi un clin d’œil à Conan Doyle puisque l’inspecteur a la pipe et le chapeau de Sherlock, ainsi qu’à Agatha Christie et ses nombreux personnages tous suspects avant le rebondissement final.

Comme indiqué, j’ai assisté à la représentation avec les comédiens mentionnés, car la pièce est tellement « sportive » -  les portes claquent parfois sur le nez d'un personnage, les tableaux ont été accrochés n’importe comment par les accessoiristes (Annie, un peu givrée elle aussi, l’amoureuse de Perkins, avec un accent du midi), bref tout tombe et pas nécessairement à pic (hahaha) -  que les comédiens changent à chaque représentation.
A propos de Perkins, il a des problèmes pour connaître son texte, il a donc ses répliques écrites sur ses manchettes, à l’intérieur de son gilet ou sur un accessoire qu’il transporte.

La troupe de comédiens amateurs est interprétée par ces vrais comédiens du théâtre belge et si le Perkins de la compagnie d’amateurs ne connaît pas son texte, le comédien qui interprète l’interprète (oui je sais c’est compliqué) connaît son rôle à la perfection.

Le titre de la pièce en anglais est THE PLAY THAT GOES WRONG – que l’on pourrait traduire littéralement par « la pièce où tout va de travers » (surtout le décor).

En prologue, le directeur de la troupe d’amateurs qui interprètent la pièce (où tout va de travers) explique pour quelle raison, l’association des amis du roman noir anglais a mis cette pièce en scène.
En fait cela n’explique rien du tout, mais permet à Annie la décoratrice de mettre une dernière touche  au décor – ce sera très final, croyez-moi. 

Nous avons donc ici une formidable mise en abyme, une pièce de théâtre dans une pièce de théâtre et malgré toute mon hilarité, toute mon envie de partager ces moments hilares avec vous, je ne pense pas être suffisamment claire pour tout expliquer.
Si vous passez par Bruxelles, vous aurez jusqu’au 31 décembre 2017 pour la découvrir

La pièce a remporté plusieurs prix (la version originale a obtenu le Laurence Olivier Award) et Gwen Adhu a remporté un Molière (prix théâtral). 

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BABEL, de Boris Lehman

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LETTRE A MES AMIS RESTES EN Belgique

Une très longue lettre – un récit totalement autobiographique filmé, qui dure pendant 6 heures (en dvd, mais il paraît qu’il existe encore d’autres bobines qui n’ont pas été reprises)

J’ai réellement des sentiments mitigés à propos de ce film qui a été présenté à l’un de mes cours/conférences   de cinéma comme un réel chef d’œuvre. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un chef d’œuvre d’ennui, mais je n’ai probablement pas autant apprécié la performance cinématographique.

De plus, lors de la conférence, des extraits du film nous montraient une Bruxelles intéressante et différente, en fait les meilleurs moments de cette autobiographie, l’ennui c’est que dans l’ensemble des six heures, ils étaient plutôt rares.

En intoduction, une lecture de la bible, concernant la célèbre tour de Babel.

Boris Lehman, cinéaste (qui préfère être un cinématographiste), a travaillé pendant longtemps au Centre Antonin Artaud , centre d’antipsychiatrie à Bruxelles. Après avoir lu le livre d’Artaud sur les Amérindiens du Mexique, il lui prend l’envie de partir sur les traces d’Artaud, à  la rencontre des lieux fréquentés par ce dernier.

La première partie est consacrée au temps avant le départ. Cela commence en haut de la butte du lion de Waterloo – suivent alors toutes les tergiversations, les hésitations, les angoisses d’avant départ = mes amis seront-ils encore là à mon retour, etc.
On assiste donc à ses derniers rendez-vous avec ses copines et copains, chez des personnes ayant été au  Mexique mais qui parlent plus d’eux-mêmes que du Mexique – il reçoit des conseils et avis qui vont du scoutisme à la bêtise totale (selon Lehman). Lehman partage avec nous le défilé du 21 juillet, son passage chez sa dentiste, son passage par la mer du nord (sur l’air de la Mer de Charles Trenet) et ces premières 3 heures se terminent par « Mexico, Mexiiiiiiiiiiiiico » chanté par Luis Mariano.
J’ai trouvé, comme ses copains, que Boris était assez geignard, se plaignant tout le temps.

La deuxième partie est le retour à Bruxelles – les craintes de Lehman se sont avérées fondées car beaucoup de ses amis font désormais autre chose et n’ont pas tellement envie de passer du temps à l’écouter.
Il se promène donc à nouveau dans une Bruxelles qui change elle aussi, la Bruxelles des années 1980, dont pas mal d’endroits sont en décomposition.
Le film se terminé sur les escaliers de la butte du lion de Waterloo. – je me dois d’être honnête = j’ai souvent utiliser le bouton « fast forward » de ma commande à distance, vu que tout se répétait inlassablement.

Un morceau de bravoure cinématographique certes, mais qui use les nerfs.

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18 décembre 2017

LE SYNDROME DE WALT, d'Eric De Staercke & Cécile Delberghe

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Mise en scène d’Eric De Staercke, assisté de Joséphine de Renesse 

Costumes = Raphaëlle Debattice

Décors = Benoît Cogels

Walt,  vous connaissez bien sûr ? mais si vous  connaissez = patronyme Disney – l’idole des enfants et de celles qui rêvent au prince charmant –

D’ailleurs il apparaît dans la pièce ce prince charmant, du moins dans l’un des sketches désopilants de cette sympathique compilation, brillamment interprétée par Cécile Delberghe, Simon Homme et Benjamin Torrini.

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Un jour que la jeune fille attend le prince charmant à l’arrêt de bus 59, un quidam qui attend le bus tente de la convaincre que le prince charmant n’existe pas. Etait d’abord apparu un petit bonhomme blond qui lui a demandé de lui dessiner un mouton, mais elle lui a répondu « casse toi » !
et malgré les dénégations de celui qui attend le bus, voilà que notre prince charmant apparaît – il faut un peu le convaincre que la jeune fille est faite pour lui, apparemment le prince serait plutôt attiré par le gars qui attend le bus ! lorsque le futur couple qui va vivre longtemps et très heureux avec beaucoup d’enfants (hahaha !) quitte la scène, notre quidam n’a toujours pas son bus 59 – moralité = on attrape plus facilement un prince charmant qu’un bus de la STIB.

Tous les sketches sont à  la hauteur de celui-ci – il y a le couple qui a déjà regardé des films d’amour plusieurs fois mais qui se demande si ce ne serait pas chouette de « pimenter » un peu leurs nuits – du coup ils se déguisent en « Pocahontas » et son amoureux – cela va quand même aller un petit peu trop loin à leur gré. Il y a un autre jeune couple, où elle aimerait bien que son compagnon fasse un peu de sport, aie des abdos, se fasse refaire le nez, les oreilles, etc.
Du coup lui il la rêve en sirène, comme Ariel. 

Heureusement, il y a un psychiatre qui s’occupe de tous ces gens qui ont quand même un sérieux problème – c’est vrai quoi ! se prendre pour des personnages de contes !
lui au moins il a été guéri de ce TOC = il rêvait de réveiller toutes les jeunes filles qui s’étaient endormies pour quelques années après s’être piqué le doigt à une aiguillie. Mais est-il réellement guéri ?

Sans oublier ce couple jeune et dynamique qui raconte une histoire pour que leur petit garçon s’endorme – un petit garçon très coquin qui pendant les apartés de ses parents qui tentent d’utiliser le politiquement correct (faut pas le traumatiser ce petit), fait du charme à une jeune femme du premier rang …

Tous les numéros sont à l’avenant, parfois coupés par un numéro musical – entre les changements de tableaux, de saynètes, un écran bleu nous montre un orchestre en ombres chinoises à la manière de « Fantasia », mais un orchestre un peu plus réduit tout de même et complètement loufoque !

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Vous l’aurez compris, on passe une bonne soirée avec ces moments iconoclastes (il y a même un intermède où une Blanche-neige assiste à une soirée avec son nain Grincheux de mari !) – c’est bourré de clins d’œil aux contes de notre jeunesse – beaucoup d’humour et d’inventivité.

Les décors sont simples = une armoire – il faut toujours une armoire pour entrer ou sortir dans un autre monde, magique ! des coffres également qui peuvent se transformer en pirogue (Pocahontas).
La partie du décor que j’ai préférée est cet écran bleu qui rappelle « Fantasia » et où les musiciens, tout le temps maladroits, ne savent plus où donner de la tête, mais surtout de l'instrument.

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17 décembre 2017

MISTRESS OF THE ART OF DEATH, d'Ariana Franklin

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Titre français = la Confidente des Morts

1ère enquête d'Adelia Aguilar

Après les crimes abominables d’enfants dans Cambridge, la population en colère s’est retournée contre les Juifs de la ville, et plus particulièrement contre Chaim, le prêteur, le plus riche d’entre eux, lors du mariage de sa fille – Chaim et son épouse furent littéralement massacrés. Pour les gens de Cambridge, comme partout ailleurs dans le monde, tout bon juif est un juif mort !
Le reste de la population juive a trouvé refuge dans le château du sheriff, une place protégée par la loi du roi Henri II Plantagenet.
Ce dernier veut la vérité, les Juifs sont sous la protection du roi en Angleterre – ce qui est arrivé à Cambridge ne doit pas se répéter, il en va du pouvoir royal.
Déjà qu’il a assez de démêlés avec l’église en raison de la mort de Thomas à Becket …

Ce n’est pas qu’Henri II ait plus d’affection qu’un autre pour les Juifs, mais leurs impôts garnissent  les caisses de son royaume  souvent pratiquement vides.
Il demande donc à un conseiller juif, Aaron, de lui trouver un de ses co-religionnaires qui puisse faire la lumière sur la mort atroce de ces jeunes enfants – cet homme sera Simon de Naples, un justicier, qui désire être accompagné par un docteur versé dans la « lecture des morts », un médecin légiste avant la lettre.
Lettre est envoyée au roi de Sicile par son cousin le roi d’Angleterre, afin que ce justicier et ce docteur puisse quitter Salerne et aider à découvrir la vérité.

Il s’avère que ce docteur qui lit les morts est une doctoresse, car à Salerne, les femmes ont le droit d’étudier la médecine, même si elles ne peuvent pratiquer.
Vesuvia Adelia Rachel Ortese Aguilar, ou plus simplement, Adelia Aguilar, n’est pas une jeune femme qui s’en laisse conter – sur le chemin vers Cambridge n’a-t-elle pas déjà sauvé la vie du prieur Geoffrey qui n’arrivait plus à uriner.
Faisant passer son ami/serviteur-garde du corps pour un médecin, c’est elle qui a dit à Geoffrey qu’elle opérerait – le prieur a failli en mourir étouffé de surprise.
Mais elle l’a sauvé et par la même occasion s’est fait un ami pour la vie.

Même Simon de Naples est d’accord = qu’Adelia passe pour être l’assistante de Mansur, c’est déjà assez compliqué que ce dernier soit un Maure.  
Arrivés à Cambridge, ils sont sous la protection du collecteur d’impôts du roi, ledit collecteur ayant aussi décidé de découvrir la vérité sur ces morts infâmes.

L’insolite trio étonne la population – dans cette Angleterre du 12ème siècle, superstitieuse,  sans éducation aucune, sous la coupe de l’église, l’un des prêtres d’un couvent hurle déjà au sacrilège par leur présence.
Toutefois, le stratagème de faire passer Mansur pour le docteur et Adelia pour son assistante fonctionne et permettra ainsi à Adelia de ne pas être traitée de sorcière.
Même Gylptha et son petit-fils qui ont été engagés pour tenir leur maison, avec deux jeunes filles du village, finissent par les accepter et leur apportent une aide appréciable sur qui est qui dans Cambridge.

Simon de Naples commence ses investigations et Adelia décide de voir ce qui est arrivé aux enfants dont les corps ont été retrouvés mutilés – le jeune femme est aguerrie contre les horreurs que les humains infligent aux autres humains, mais là l’horreur est trop forte – le collecteur d'mpôts qui s’est imposé à elle pour cette autopsie quitte les lieux précipitamment, horrifié par ce qu’elle a découvert. Plus tard il lui confiera son secret, mais ce moment n'est pas encore venu.
Hélas il faut trouver l’infâme assassin, ce qui ne sera déjà pas simple vu que la population reste persuadée que seuls les Juifs sont responsables

Lorsque le corps de Simon de Naples est trouvé dans la rivière Cam qui traverse Cambridge, Adelia et ses amis, y compris le collecteur d'impôts  attiré par la hardiesse de la jeune femme,  comprennent qu’ils s’approchent de la vérité.
Leur vie est aussi en danger. Mais ce qui est le plus important est que ce monstre soit découvert avant que d’autres enfants ne subissent le sort des infortunés.

Voici une nouvelle héroïne de polars historiques, intéressante comme beaucoup de ses « collègues » (comme sœur Fidelma par exemple) – mais l’autrice Ariana Franklin lui a donné toutes les pensées, tout le caractère d’une femme du 21ème siècle ; Adelia Aquilar est une proto-féministe, toutes ses affirmations concernant les femmes, le mariage, les hommes, sont celles d’une femme de notre époque.

La description du moyen-âge est bien amenée, la crasse surtout régnant partout.
Pour la jeune doctoresse, jamais elle n’a vu autant de saleté qu’en cette Angleterre médiévale, avec des esprits aussi obtus que ceux qu’elle côtoie.
L’emprise de la religion est partout et il ne fait pas bon être une femme de caractère, capable de lire, écrire, connaître la médecine, autre que les simples.

Lorsque paraît Henri II Plantagênet dans le polar, il prône lui aussi des pensées qui ne furent jamais les siennes à propos de la soumission à Rome qui un jour sera terminée dans son pays.
Nous connaissons tous la rupture historique d’avec le pape et surtout l’église de Rome par Henri VIII, mais cela aussi est une connaissance historique actuelle qu’Henri II ne devait même pas soupçonner à son époque.
Ce qui est une autre remarque de notre temps dans un roman du passé est la vérité à propos des exactions des croisés en terre dite sainte, qui mèneront à l’islam – tout cela est à mes yeux des réflexions de notre époque appliquée dans le livre à la situation qu’ils vivent tous.

Donc historiquement parlant, j’ai trouvé qu’il y avait quelques lacunes – du moins concernant l’Angleterre – mais d’autre part, il s’agit d’un polar historique, donc d’un roman et pas d’un essai historique auquel on demande une vérité historique rigoureuse.

Le suspense en tout cas est excellent, la fin est particulièrement haletante, mais plusieurs épisodes de ce polar sont dans la même veine, vu que la population de Cambridge est prête à suivre le dernier qui hurle plus fort que les autres, en brandissant un crucifix.

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Ariana Franklin est le nom de plume de la romancière Diana Norman – malheureusement décédée après la 4ème aventure de la « confidente des morts » - il semblerait que ce 4ème opus se termine en point d’interrogation, il  reste aux lecteurs/lectrices à espérer qu’une des filles de Mrs. Norman reprenne la plume de sa mère comme elle le fit pour un recueil inachevé de nouvelles.
Diana Norman était journaliste qui décida de se lancer dans l’écriture de romans et biographies historiques. Elle vécut dans le Hertfordshire avec son mari, critique de cinéma, Barry Norman.
Ensemble ils ont eu deux filles, dont l’une comme expliqué ci-dessus a terminé un livre écrit par sa mère sous son pseudonyme;

A propos de l’école de médecine de Salerne, au moyen-âge ou Schola Medica Salernitana.
Quelques lignes rapides à propos de cette école dont est issue notre héroïne = fondée vers le 9ème siècle – dans le Mezzogiorno – elle est la première école de médecine fondée au moyen-âge.
On y étudie les médecines antique et byzantine, ainsi que la langue arabe. Elle connut son apogée aux 11ème et 12ème siècles. Les médecins issus de cette époque jouissent d’une formidable réputation, ainsi que les femmes.
Au cours du 13ème siècle, elle devient une université, ce sera le début de son déclin.
Pour en savoir plus, je vous conseille l’article sur le site Universalis.

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12 décembre 2017

THE PARIS WIFE, de Paula McLain

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Titre français = Madame Hemingway

Voilà un livre pour lequel j’ai réellement un avis mitigé – une biographie romancée de la première épouse d’Ernest Hemingway, racontant sa vie auprès de lui depuis le premier moment de leur rencontre où elle tomba irrémédiablement amoureuse de lui jusqu’à leur divorce en 1927.

Lorsqu’en 1920, Hadley Richardson – 29 ans, timide voire timorée – fait la connaissance d’Ernest Hemingway, 21 ans, elle est rapidement charmée puis envoûtée par ce jeune homme revenu de la première guerre mondiale avec énormément de cicatrices à l’âme comme tous ceux qui reviennent du front.
Il est séduisant, charmeur, il est persuadé d’être amoureux fou d’Hadley et bien vite, à l’étonnement de tous, ils sont mariés. 
Peu après, ils partent pour Paris, où Hemingway obtient un poste au Sun, mais où surtout et avant tout, il a l’intention de devenir un écrivain célèbre. Bientôt les voilà faisant partie de la « Lost Generation », les Américains à Paris comme Eza Pound et le couple Fitzgerald. L’alcool coule à flot, l’amour triomphe … Vraiment ?

Des petites failles vont pourtant faire se craqueler ce bel amour – la première lorsqu’Hemingway est envoyé en Turquie pour couvrir le conflit greco-turc. Hemingway ne supporte pas que sa femme pleure, qu’elle ne comprenne pas à quel point cela compte pour lui – et elle le reconnaît, elle ne comprend pas. La petite faille suivante sera lorsque Ernest est à Lausanne, pour y recevoir un prix ; le couple ayant un peu plus d’argent, Hadley rejoint son époux et se fait voler la valisette contenant absolument TOUS les papiers qu’elle devait lui apporter = adieu manuscrits et copies.

Puis il y eut la faille du diaphragme oublié, pour Hemingway se fut volontaire, malgré les dénégations de son épouse.
La naissance du petit John (Bumby) les rapprochera un moment, mais déjà Ernest est attiré par la flamboyante Duff Twysden, qui attire les hommes tel un papillon. Hadley a pris du poids, n'est plus cette attrayante jeune femme aux merveilleux cheveux (cela m'a fait penser à l'histoire du couple Christie). 

Hadley ayant noué des relations amicales avec Kitty,  une Américaine qu’Ernest ne supporte pas, entre dans leur vie Pauline Pfeiffer (Pfife) qui n’hésita pas un seul instant à séduire Hemingway – dès qu’elle porta les yeux sur lui, elle sut qu’il devait être à elle.
Comment la « simple » Hadley, qui n’avait pour talent que le piano et la lecture, allait-elle pouvoir lutter contre cette jeune femme, journaliste indépendante pour Vogue, ravissante, riche et pas gênée du tout de prendre le mari d’une amie.
C’est très simple, elle ne lutta pas – en mâle égoïste, Hemingway lui suggéra même un ménage à trois, puis avec une belle cruauté lui fit comprendre que si elle n’acceptait pas, c’est était fini d’eux deux.

A travers l’histoire d’un couple vu par les yeux de l’épouse, les lecteurs assistent aux événements de la vie d’Ernest Hemingway – tout comme le voyage à Pampelune et la passion pour la tauromachie qui conduira au formidable livre « the Sun also rises ».
J’ai aimé les passages dans le Paris des années folles, les soirées jazz, très arrosées – c’est fou ce que les gens arrivent à boire !!!
J’ai trouvé pénible ce couple qui se délite, avec cet écrivain de génie qui était malheureusement d’un égoïsme monstrueux.

J’ai aimé les Fitzgerald, la « folie » de Zelda, provoquant l’antagonisme d’Hemingway persuadé qu’elle empêchait Francis Scott de créer.
J’ai été amusée par les après-midis chez Gertrude Stein, où les épouses étaient reléguées dans un coin du salon avec Alice Toklas sa compagne, alors que Ms. Stein recevait les écrivains et artistes dans un autre coin.

Vu le succès de cette autobiographie romancée, je me demande ce qui m’a échappé pour n’avoir apprécié que modérément.

Peut-être le portrait, à  la limite de la femme geignarde d’Hadley Richardson, m’a exaspérée – elle était naturellement bonne, ne voyait le mal nulle part et se sentait coupable pour tout.
Il est vrai qu’elle avait été élevée par une mère manipulatrice, qui ne la supportait pas, sauf quand elle était souffrante – alors elle devenait maternelle – mais il est évident qu’elle étouffa toute vivacité dans sa fille.

d'autres avis sur ce livre chez aifelle-legoutdeslivres, mango, babelio

hadley, ernest et bumby (john) hemingway
lors d'un séjour en autriche 

Ernest_Hadley_and_Bumby_Hemingway

11 décembre 2017

LA NEIGE, d'Emile Verhaeren

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vous ne l'ignorez pas, Emile Verhaeren est mon poète préféré - il a parlé de tant de belles choses, même la neige vue par lui me donnerait presque envie d'apprécier de moments blancs d'une nature en deuil - le blanc étant la couleur du deuil en orient -
je n'aime pas la neige, mais j'aime Verhaeren - et pour illustrer ce poème j'ai choisi des peintures, reprises d'un moment d'hiver, par Kawase Hasui

La neige

La neige tombe, indiscontinûment,
Comme une lente et longue et pauvre laine,
Parmi la morne et longue et pauvre plaine,
Froide d’amour, chaude de haine.

La neige tombe, infiniment,
Comme un moment –
Monotone – dans un moment ;
La neige choit, la neige tombe,
Monotone, sur les maisons
Et les granges et leurs cloisons ;
La neige tombe et tombe
Myriadaire, au cimetière, au creux des tombes.

Le tablier des mauvaises saisons,
Violemment, là-haut, est dénoué ;
Le tablier des maux est secoué
A coups de vent, sur les hameaux des horizons.

Le gel descend, au fond des os,
Et la misère, au fond des clos,
La neige et la misère, au fond des âmes ;
La neige lourde et diaphane,
Au fond des âtres froids et des âmes sans flamme,
Qui se fanent, dans les cabanes.

Aux carrefours des chemins tors,
Les villages sont seuls, comme la mort ;
Les grands arbres, cristallisés de gel,
Au long de leur cortège par la neige,
Entrecroisent leurs branchages de sel.

Les vieux moulins, où la mousse blanche s’agrège,
Apparaissent, comme des pièges,
Tout à coup droits, sur une butte ;
En bas, les toits et les auvents
Dans la bourrasque, à contre vent,
Depuis Novembre, luttent ;
Tandis qu’infiniment la neige lourde et pleine
Choit, par la morne et longue et pauvre plaine.

Ainsi s’en va la neige au loin,
En chaque sente, en chaque coin,
Toujours la neige et son suaire,
La neige pâle et inféconde,
En folles loques vagabondes,
Par à travers l’hiver illimité monde. 

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10 décembre 2017

CHRISTMAS COOKIES, d'A. J. Bromley

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Une enquête d’Annie Parker

Dans un quartier de la petite ville de Sweetwater, Edith Compton, installée récemment dans la ville, est parvenue à se faire détester en très peu de temps – perfectionniste, pointilleuse à l’extrême, toujours à la chasse aux petits délits par rapport à la loi (poubelle laissée sur le trottoir après le passage du camion-poubelle, des abris de jardin construits sans permis, liste non exhaustive) et bien sûr, non seulement elle les recensait mais elle les dénonçait auprès du sheriff de la ville.  
Soyons honnêtes, ça ne vous rend pas populaire auprès de vos voisins.

Ce qui devait arriver arriva = quelqu’un lui a réglé son compte une fois pour toutes – elle est retrouvée étranglée sur le pas de sa porte, une semaine avant la noel. Il n’y a pas beaucoup de personnes dans Sweetwater pour la regretter, mais soit, on ne doit pas étrangler les gens pour un oui ou pour un non !
Seule piste possible trouvée par le séduisant chef de la police = un ex-mari vivant à Chicago. Et absolument aucun indice.

Annie Parker est la sympathique propriétaire d’une boulangerie-pâtisserie qui est aussi un café où le petit déjeuner est toujours très recherché parmi les habitants de la petite ville.
Quelle est l’occupation préférée d’une petite ville = les commérages évidemment ! ils vont bon train, mais ce n’est pas pour cela que Sam, le chef de police, amoureux en secret d’Annie, ait quelques informations valables.

Annie réunit donc son équipe – Kate sa meilleure amie et les jumelles Polly et Molly ; à l’équipe est jointe temporairement la nièce d’Annie, en visite pour une semaine. L’ennui quand on pose beaucoup de questions, c’est qu’on attire forcément l’attention d’un assassin.

Disons-le tout de suite = vraiment pas le polar de l’année, j’avais tout compris à l’enterrement d’Edith Compton.

De plus, ceci est présenté comme un roman, alors qu’il s’agit en réalité d’une « novella » (moins de 100 pages, c’est dire !) – j’ai eu le temps de l’entamer et le terminer en sirotant mon café matinal, je n’ai pas abandonné car je voulais savoir si j’avais deviné juste – et je ne m’étais pas trompée.

Ce livre m’a fait sans arrêt penser aux enquêtes d’Hannah Swensen, par Joanna Fluke, mais qui sont tout de même mieux écrits, comportent plus d’humour et de suspense, se situant également aux Etats-Unis.

Très peu de suspense, seulement au tout dernier chapitre, lorsque le meurtrier s’en prend à Annie.
Les chapitres sont très courts, ce qui est toujours un avantage quand un livre ne vous convainc pas.

Sur cette note de lecture un peu mitigée, je termine mes lectures de noel
(je reconnais avoir été très étonnée par certaines cotes sur le site goodreads = carrément 4 ou 5 étoiles, suis-je normale docteur ? =^-^=
Rien ne vous oblige à répondre à cette question)

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08 décembre 2017

A NEW YORK CHRISTMAS, d'Anne Perry

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 dans la série des novellas
"the Christmas Mysteries"
# 12

En décembre 1904, Jemima Pitt a accepté d’accompagner son amie Delphinia , la riche héritière Cardew ; Phinnie a 19 ans et une jeune fille de la bonne société n’étant pas supposée voyager seule, pour Jemima Pitt, 23 ans désormais, c’est l’occasion de voir New York même en qualité de dame de compagnie.
Miss Cardew est fiancée à Brent Albright et ce mariage renforcera l’association des deux familles.
Un mystère entoure la jeune Delphinia concernant sa mère qui disparut quand l’enfant avait trois ans, son père ne voulut jamais en discuter avec elle.

L’arrivée chez les Albright se passe bien, Delphinia est totalement envoûtée par Brent, et le reste de la famille accueille Jemima Pitt avec une certaine amitié. La seule ombre au tableau est celui de la mère de la jeune fille, pourtant la sœur de Mr. Albright qui s’occupe de sa maison avant le mariage de son jeune neveu, parle en termes gentils de la disparue, mais ceci uniquement lorsqu’elle est en privé avec Miss Pitt.

Après que ces demoiselles soient installées, Harley Albright, frère aîné de Brent, propose à Jemima de lui montrer les charmes de New York et Central Park sous la neige.
Il désire en fait lui parler en privé de la mère de Phinnie, convaincu que celle-ci est à New York et provoquera un scandale durant le mariage par sa présence.
Le lendemain, il propose à nouveau une promenade dans Central Park, confirmant à Miss Pitt qu’il a désormais l’adresse exacte de Maria et qu’ils pourront lui parler.
En ouvrant la porte du petit appartement, il est évident que Maria est morte, il laisse Jemima sur place et s’absente un moment et lorsqu’il revient avec un jeune constable, Jemima est penchée au dessus du cadavre de Maria, qui baigne dans son sang, ayant été sauvagement poignardée.

Evidemment, Miss Pitt est arrêtée pour ce crime bien qu’elle clame son innocence.
Comment arrivera-t-elle la prouver, dans une ville où elle ne connaît personne, où les Albright et même Delphinia lui battent froid.
Après un moment de découragement et ayant été libérée sous caution, Jemima Pitt décide de mener sa propre enquête et de prouver que ce n’est pas elle qui a tué.
Elle reçoit, heureusement, l’aide du jeune constable qui croit aussi en son innocence.

Je l’avoue sans ambages ce conte de noel ne m’a absolument pas convaincue – d’abord j’avais tout deviné dès les premiers moments où Jemima découvre le cadavre.

J’ai aussi été un peu surprise par l’âge de Miss Pitt, je ne m’étais pas rendu compte qu’il y avait tant de romans de la série « Charlotte et Thomas Pitt » que je n’avais plus lus – selon les derniers que j’avais lus, elle était encore une petite fille. 23 ans et non mariée dans l’ère victorienne, cela fait déjà de vous une « vieille fille », ce que ne manque pas de lui dire Delphinia Cardew – Jemima se fait un plaisir de lui répondre du tac au tac, bref ce sont deux pestes, n’ayons pas peur des mots.

La « novella » est très courte et peu captivante disons-le – bien sûr il y a un certain suspense afin de découvrir le véritable assassin et savoir comment Miss Pitt va prouver son innocence – ce suspense n’a pas été nécessaire pour moi, comme je l’ai écrit plus haut, j’avais tout compris dès les premiers chapitres.

Les personnages ne sont pas particulièrement sympathiques, ni la jeune Phinnie qui ne croit pas à l’innocence de son amie, même pas le bénéfice du doute, ni les autres Albright, sauf la tante Celia et le jeune officier de police new-yorkais.
De plus Delphinia est d’un gnangnan dans ses relations avec son fiancé !

Jemima Pitt semble perdre les pédales lorsqu’elle est face à une réelle situation difficile, mais cela cesse lorsqu’elle décide de prendre son sort en charge, se référant – pour se donner du courage - à ce que son père, Thomas Pitt, aurait fait dans les mêmes circonstances. Lorsqu’elle cède au découragement, c’est en pensant à lui qu’elle reprend du poil de la bête.

En résumé une intrigue qui m’a très peu convaincue – comme l’a dit très justement, Maggie une fidèle visiteuse de mon blog, certains de ces contes de noel sont assez mièvres (heureusement pas tous),  celui-ci en fait partie.

Toutefois, ce qui est bien dans l’histoire est que les riches et puissants newyorkais sont aussi soucieux de leur réputation et de leur privilèges que les riches et puissants londoniens et n'hésitent pas à se détourner de ce qui pourrait nuire à leur réputation.

Une lecture commune (ma première lecture commune en fait =^-^=) avec joelle-bibliothèque du dolmen, dont j’ajouterai le lien ici dès qu’elle aura publié son billet.

D'autres billets sur le livre = chez myloubook, anne-desmotsetdesnotes

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03 décembre 2017

LA MORT DE CLARA, de Thierry Bourcy

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La vie de Thierry Mellec se partage entre scénarii pour documentaires, polars historiques et ses nombreuses conquêtes féminines, à qui il ne s’attache pas très longtemps ou qui le larguent plus ou moins rapidement.
Les seules femmes à qui il est fidèle et qui le lui sont, sont sa mère qui lui brode des torchons de vaisselle et sa fille Chloé qui se souvient  de lui lorsqu’elle a besoin d’une épaule pour pleurer.
Il a par ailleurs un excellent copain, Jean-Philippe, prototype du "geek" et qui lui viendra bien à point en temps voulu.

Mellec est l’un des petits propriétaires dans l’immeuble à appartements qu’il occupe – chaque étage est occupé par une panoplie assez hétéroclite de locataires.
Celle avec qui  il s’entend le mieux est la jolie Clara Gerboise, étudiante brillante, championne aux échecs et ayant régulièrement un « client » grâce à quoi elle paie ses études.
Elle a totalement rompu avec ses parents et sa sœur Lisa.  Une vraie copine pour Thierry, avec qui elle n’a jamais couché.

Un jour, Mellec sortant de l’ascenseur croise un type bizarre ; sur le répondeur dans l’appartement, il y a un message de Clara, dans lequel elle lui dit qu’elle doit lui parler rapidement, elle est inquiète. Voilà donc notre cœur d’artichaut qui se rend chez Clara et découvre qu’elle est morte assassinée.
Cela ne peut être que ce type qui est sorti de l’appartement alors qu’il sortait de l’ascenseur !!!
C'en est fini de sa tranquillité.

L’inspectrice Hélène Billard commence l’enquête qui sera reprise un peu après par la Crim’. Bien sûr, Thierry Mellec tombe sous le charme de cette jeune femme, mais il a quand même bien peur – l’assassin connaît son visage et son adresse ! Et que la police opère une surveillance ne le rassure pas vraiment, après tout elle n’est pas là 24 heures sur 24 !
Il n’a pas tort notre Thierry Mellec car l’assassin en fait ne le quitte pas d’une semelle et apparemment il est à la recherche d’un objet puisqu'un jour notre scénariste-romancier trouve son appartement sens dessus dessous.

Voilà un très court roman – ce que les anglo-saxons appellent une « novella » - qui m’a fait glousser du début à la fin. Une bonne intrigue, classique mais efficace.

Ce personnage d’anti-héros est bien trouvé par Thierry Bourcy, l’auteur de la série « Célestin Louise flic et soldat dans la 1ère guerre mondiale », dont je vous ai déjà dit beaucoup de bien sur ce blog.
Nous sommes ici dans un registre totalement différent – polar actuel, dans les rues de Paris, avec un gars presque toujours fauché, une espèce de « looser » sympathique qui tombe amoureux de presque toutes les femmes qu’il rencontre – en quelque sorte « un serial amoureux ». Il n’a pas l’habitude de se mêler des affaires des autres, mais Clara était une bonne copine et puis il a découvert l’assassin – d’accord involontairement, mais allez dire ça à un type qui n’a qu’une idée = vous tuer.

C’est joliment écrit, facile à lire et court – ce qui ne gâte rien, l’auteur ne s’éternise pas dans son récit – il y a quelques rebondissements arrivant au bon moment, des poursuites dans les rues de Paris, il sera même emmené malgré lui en province.

Un bon divertissement, pour casser quelque peu la série des romans de noel.

saturne, par georges brassens (chanson préférée de thierry mellec

 

01 décembre 2017

A CHRISTMAS HOPE, de Anne Perry

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dans la série des novellas
"The Christmas Mysteries"
#11

(Edité d’abord sous le titre A CHRISTMAS CANDLE)

Titre français = Le Condamné de Noel

Claudine Burroughs est une femme qui a tout au point de vue matériel, mais dont la vie personnelle est vide de tendresse et compréhension. Pour échapper à ce mariage qui est pour elle une prison morale, elle travaille volontairement à la clinique d’Hester Latterly-Monk.
Ce travail peu gracieux, non rémunéré, où elle est confrontée à des jeunes et moins jeunes femmes gagnant misérablement leur vie comme prostituées et arrivant souvent à la clinique avec de graves coups et blessures, est devenu pour Claudine Burroughs un réel sauvetage d’une vie vide de tout sens.
Tout cela au grand déplaisir de son époux bien entendu, pour Wallace Burroughs ne compte que la façade, surtout ne pas choquer leur cercle de relations aristocratiques ou de la haute bourgeoisie – ces gens peuvent lui servir dans son ascension sociale et il voit le bénévolat de Claudine d’un très mauvais œil. Il faut dire qu’il n’a que très peu, voire pas, d’estime pour son épouse – leur mariage fut purement de convenance.

La saison de Noël commence par une première soirée élégante chez les Giffords  ; étouffant dans la salle de fête, Mrs. Burroughs prend l’air sur la terrasse, où elle est abordée par le poète Dai Terragon, connu pour aimer l’alcool et les femmes.
Au moment où elle va quitter la terrasse que 3 jeunes gens faisant partie des « bonnes familles » (à savoir fortune et pouvoir) arrivent, l’un ayant du sang sur ses habits et accusant Terragon d’avoir donné des coups à une certaine Winnie Briggs, une jeune prostituée, amie de Terragon et qu'il avait amené à la soirée.
Il y aurait eu dispute et dans un geste brutal, Terragon a donné un coup à la jeune femme, qui git immobile, respirant à peine. Claudine Burroughs la fait conduire à la clinique d’Hester Monk.
Lorsqu’elle rend visite à la jeune femme le lendemain, celle-ci n’a pas repris ses esprits et le médecin est fort pessimiste.
A juste titre car Winnie soudain expire, le médecin confirme que c’est bien le coup qui l’a tuée, même si la malheureuse était atteinte de tuberculose et que sa vie ne tenait qu’à un fil.

Evidemment les jeunes gens de la bonne société, et leurs parents, accusent le poète qui a été arrêté ; un procès aura lieu – Claudine Burroughs ne doute pas un instant que ce procès sera expédié au plus vite et que Terragon sera pendu.
Or l’homme clame son innocence, il aurait tenté de défendre son amie contre l’un des 3 jeunes gens qui l’accusent.
Non seulement Claudine a été en partie témoin de cela, mais il y a encore trois autres personnes qui sont  des témoins mais n’osent pas se faire connaître.
Contre toute attente, Mrs. Burroughs croit à l’innocence du poète et demande l’aide de  Squeaky Robinson, l’ex-tenancier de maison close, engagé comme comptable par Hester Monk dans sa clinique. L’homme ne valait pas grand-chose, mais a accepté ce poste pour échapper à la prison et se débrouille fort bien avec les chiffres.  
Robinson n’a pas beaucoup de respect pour Claudine – elle fait partie des gens qui pour lui sont le comble de l’hypocrisie,  de cette société victorienne dont il tenta de profiter au mieux de ses avantages.
 Pourtant il va accepter d’aider Mrs. Burroughs, intrigué par cette femme appartenant à un monde qu’il méprise, mais qui n’hésite pas à s’investir pour que justice soit rendue à une prostituée et aider un homme innocent rejeté par tous.
Il est vrai que devant un premier refus, Mrs. Burroughs lui a dit qu’elle irait partout pour aider le poète emprisonné, du coup il se dit qu’il ferait mieux de l’aider car les endroits où il faut poser les bonnes questions ne sont pas vraiment faits pour une lady.
Elle n’a qu’à interroger les gens de son monde. 

J’ai beaucoup apprécié ce personnage de Claudine Burroughs, enfermée dans un mariage sans amour, mais aussi sans la moindre compréhension, sans une simple amitié qui permettrait à un homme et une femme de vivre en bonne entente.
Son mari est réellement un tyran, qui lui défend de lire les journaux – une femme de la bonne société n’a pas à lire ces horreurs, de plus il tente de lui défendre son bénévolat à la clinique, qui le gêne aux yeux de la société dont ils font partie.
Souvent rabrouée, Claudine Burroughs se rebelle rarement, mais ici elle ne cède sur aucun point – noel est une période de bonté envers les autres, pas de cadeaux et dîners pour passer le temps. Si l’on n’est pas capable à noel d’aider son prochain, quand le fera-t-on ?
bon, ça c’est le béni-oui-oui typique d’Anne Perry, mais dans cette histoire, c’est approprié puisqu’une femme lutte pour s’affirmer et aider les autres.
Les personnes qu’elle va interroger, présentes à la soirée, ont toutes décidé que le sort du poète était réglé, ce ne peut qu’être lui le coupable, n’est-il pas un ivrogne, un coureur de femmes, un poète gallois de surcroît.
Jamais un de leurs fils n’aurait pu commettre un acte aussi vil.

A lire cette histoire, je me demande si nous avons réellement évolué depuis l’ère victorienne – la lâcheté fait toujours partie de notre monde où l’on assassine les poètes, où l’on bat les femmes à mort ou bien on les intimide de l’une ou l’autre manière.

Au vu de l’actualité récente, il semblerait que les choses vont changer, mais je ne suis pas sûre d’y croire vraiment.

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30 novembre 2017

THE GHOST OF CHRISTMAS PAST, de Rhys Bowen

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17ème enquête du couple Sullivan-Murphy

Molly Sullivan, née Murphy, ne se sent pas tellement dans l’ambiance festive = elle se remet mal d’une fausse couche, il n’est pas certain que le capitaine Sullivan retrouvera un poste sérieux dans la police newyorkaise, ce qui leur fera un nouveau déménagement.
De plus, revenant dans leur petite maison, elle apprend que ses 2 meilleures amies, Sid et Gus, ont accepté un engagement pour les fêtes, pendant que Molly serait absente. Comble de chagrin, Bridie, sa jeune pupille, a reçu une lettre de son père lui annonçant qu’il revient la chercher pour l’emmener en Irlande avec lui, à présent qu’il a fait fortune en Amérique du sud, il veut s’acheter une ferme – il fait peu de cas d’une éducation pour les filles, lire et écrire sont amplement suffisant.

Mrs. Sullivan mère ayant été invitée chez des amis en province, elle leur écrit pour confirmer que ses amis les invitent à partager la saison des fêtes de fin d’année avec eux. Molly n’est guère enthousiasmée, mais Daniel est très attaché à sa « manman », les voilà donc en route vers le domaine Van Aiken, sur l’Hudson.
Immédiatement Molly comprend que quelque chose ne va pas – l’atmosphère est tendue, la jeune Mrs. Van Aiken souffre de crises de dépression ; Molly apprend qu’à noel, leur petite fille de 13 ans disparut sans laisser de trace – toute la contrée participa à la recherche, mais rien ! pas de corps, rien ! aucune trace non plus d’un éventuel ravisseur et aucune demande de rançon.
Le mari reproche à son épouse de ne pas parvenir à surmonter son chagrin, et les Sullivan ont l’impression que la jeune femme a peur de son mari.
Il est vrai que toute sa vie, elle fut sous la coupe de son père, qui avait déjà mis sa fille aînée à la porte.

Tant bien que mal, on s’accommode de la situation, Molly a même l’agréable surprise de découvrir Sid et Gus dans le patelin, où tout le monde fait des achats de dernière minute pour les cadeaux.
Le petit Liam, fils de Molly et Daniel, est tout content d’être avec elles, et aussi Bridie, ainsi que  et la nouvelle pupille de Mme Sullivan mère.
Molly surtout est ravie car ses amies lui propose d’accompagner la tante Florence (tante de Winnie Van Aiken) à une petite soirée – inutile de dire que Daniel n’est pas très content, il en est au point de soupçonner un accord entre son épouse et ses amies pour se retrouver à la campagne.

Coup de tonnerre = le soir précédent le jour de noel, une petite jeune fille se présente à la porte de la grande maison = elle dit être la petite Charlotte disparue. Comme il y a ressemblance avec Winnie, celle-ci se précipite sur l’enfant – son mari par contre est terriblement soupçonneux et pense à une conspiration pour leur soutirer de l’argent.

Cela faisait déjà un certain temps que je n’avais plus lu un petit polar avec Molly Murphy & Daniel Sullivan en vedette – il est vrai que j’avais entretemps découvert la série « Her Royal Spyness », de la même romancière, et comme cette série-là est vraiment très amusante, je m’était plutôt concentrée sur elle.

Bien sûr m’étant arrêtée avec la 2ème enquête de Molly Murphy, j’ai quelques polars en retard et je la retrouve mariée et mère de famille.
Bien que son mari le capitaine de police Daniel Sullivan essaie d’avoir l’esprit ouvert et de laisser une certaine indépendance à son épouse, il reste un homme de son temps (début des années 1900) et il préférerait que Molly soit une épouse plus concernée par son foyer et leur enfant que jouer à la détective.
Vu que c’était tout de même son métier avant qu’elle ne se marie, on ne peut pas en vouloir à l’indépendante Irlandaise de se mêler d’enquêtes. Ici elle tente plutôt d’avoir des informations sur une petite fille ayant disparu 10 ans auparavant.

Il y aura cependant un crime le jour de noel, mais chuuuuuuut.

Je crois que je reprendrai la lecture des aventures de Molly Murphy, en retournant au début de ses enquêtes.

L’ambiance de ce court roman est rendue festive grâce aux décorations de noel, à la neige qui est tombée et transforme la campagne en carte postale, à ses deux amies Sid et Gus, suffragettes, indépendantes, diplômées de Vassar (filles de riches familles ayant rompu les amarres avec les conventions familiales), peu appréciées par le capitaine Sullivan persuadé de leur mauvaise influence sur son épouse.
En dehors des sourires occasionnés grâce à ces personnages-là, la tension dans le couple Van Aiken est fort bien rendue – si effectivement Winnie est une jeune femme fragile qui semble résignée à tout, son mari se comporte comme un goujat avec elle, mais est parfaitement faux jeton avec le reste des invités (une grand tante qui perd un peu la tête, le père de Winnie Van Aiken, la tante Florence, suffragette bien connue, Mrs. Sullivan mère et le couple Sullivan-Murphy, sans oublier le jeune Liam et Bridie ).

Pour les amateurs/trices de polars historiques (dont je suis), avec références à des événements avérés et un couple d’enquêteurs qui n’est pas sans rappeler  d’autres couples d’enquêteurs (Lizzie Martin & Ben Ross, les Pitt, les Sheridan etc).

Une sympathique lecture de saison.

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L’autrice Rhys Bowen est née à Bath en Angleterre,, d’une famille à la fois galloise et britannique. Elle a fait ses études à l’université de Londres, puis commença à travailler pour la BBC, section théâtre ; alors qu’elle travaillait sur une pièce particulièrement assommante, et comme elle écrivait depuis longtemps pour s’amuser, elle décida d’écrire une pièce de théâtre – avec l’audace de ses 22 ans, elle entra dans le bureau du chef et lui tendit le nouveau script. La pièce fut interprétée comme prévu d'abord.

Le climat anglais ne lui convenant pas, Rhys Bowen partit pour l’Australie où elle travailla pour la radio nationale, et où elle rencontra son époux, un Britannique en route pour San Francisco – comme il n’y a pas de BBC à San Francisco, elle se mit à écrire des livres pour enfants sous son patronyme d’épouse = Janet Quin-Harkin. Succès immédiat. Ses éditeurs lui demandèrent alors d’écrire des histoires pour jeunes adultes, où elle mit tout ce dont elle se souvenait de son adolescence et angoisses liées à cet âge.
Finalement, elle se tourna vers ce qu’elle avait vraiment envie d’écrire = des polars.
L’une de ses séries policières est située dans la région du nord du Pays de Galles, dont elle garde de beaux souvenirs de jeunesse.

C’est en visitant Ellis Island qu’elle eut l’idée de sa série « Molly Murphy », jeune Irlandaise délurée, ayant fui l’Irlande et décidée à réussir à New York en qualité de détective privée. Série qui remporta aussi quelques prix et un immense succès.
Pour chasser les moments sérieux de cette série, Rhys Bowen inventa « Her Royal Spyness », une série de polars remplis d’humour dont je suis particulièrement friande.

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27 novembre 2017

HOW THE LIGHT GETS IN, de Louise Penny

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Titre français = La Faille en toute chose

9ème enquête de l’inspecteur en chef Armand Gamache

La neige tombe drue sur Montréal et Québec, mais si en ville elle tourne rapidement en neige fondante et boue, la petite ville de Three Pines, elle, ressemble à une carte postale. Myrna Landers, propriétaire de la librairie – que la poétesse Ruth Zardo continue à considérer comme une bibliothèque – reçoit la visite d’une ancienne patiente du temps de son métier de psychologue, Constance Pineault est devenue une amie lorsque la thérapie se termina.
Après avoir passé quelques jours dans cette petite ville perdue, mais accueillante lorsqu’on arrive à la découvrir, Constance retourne dans sa maison, tout en promettant à Myrna qu’elle reviendra bientôt pour célébrer noel avec eux tous et qu’elle lui dévoilera enfin des secrets qu’elle traîne comme un boulet depuis l’enfance.

Comme Constance ne revient pas au jour promis, Myrna Landers fait appel à Armand Gamache – elle lui dévoile alors la véritable identité de Constance = elle est l’une des quintuplées Ouellet – des enfants nées entre 2 guerres, dans une famille rurale, qui réalisant le pot d’or que représentaient ces quintuplées nées dans des circonstances particulières.
Le père n’hésita pas à autoriser l’état canadien à les prendre sous tutelle, grâce au gynécologue prétendument avoir été présent à leur naissance alors qu’il se pointa le lendemain. 
Du jour au lendemain, ces petites filles furent considérées comme un « miracle », 5 bébés en bonne santé, fait totalement inconnu jusqu’alors.
Elles furent donc mise dans un joli cottage, avec un joli jardin, habillée de jolies robes, cours à domicile, cours de musique, etc., les petites filles n'eurent plus un instant privé. 
Leur effigie se retrouva sur des assiettes, des cuillers souvenir, des boîtes à biscuits, bref tout le tralala que le marketin et la bêtise humaine puissent concocter.
Elles ne revenaient chez leurs parents qu’au moment des fêtes ou d’anniversaires, puis un jour disparurent des radars. L’une des quintuplées, Virginie,  mourut vers la vingtaine, étant tombée de l’escalier, mais peut-être s’était elle suicidée ?

En tout cas, lorsque l’inspecteur Gamache et son adjointe Lacoste,  remplaçant désormais Jean-Guy Beauvoir passé à l’ennemi, arrivent à la petite maison de Constance Ouellet-Pineault, ils découvrent son corps, à côté de la valise remplie – elle avait donc bien l’intention de rejoindre Three Pines et Gamache pense qu’on l’a assassinée non pas parce qu’elle en venait, mais parce qu’elle avait l’intention d’y retourner et de tout révéler de son passé et de ses 4 sœurs.

Bien qu’il soit content de retrouver Three Pines et ses habitants, devenus des amis, l’inspecteur en chef Armand Gamache a bien d’autres soucis, plus graves pour lui et Lacoste – le superintendant en chef Sylvain Francoeur, son nemesis qui n’a pas hésité à manipuler Jean-Guy Beauvoir afin de le détourner de son chef et ami.
D’ailleurs Francoeur a aussi démonté le service de Gamache, tous les bons éléments sont partis et ceux qui restent se moquent presque ouvertement de leur supérieur. Il reste encore un couple ami à Gamache au sein de la sûreté = la superintendante en chef Brunel et son mari, un docteur à la retraite qui sait comment bien se servir d’un ordinateur. Hélas il a été repéré. Et Mme Brunel semble se retourner aussi contre Gamache, disant comme le psy de la sûreté, qu’il est en plein délire paranoïaque.

Cette fois la partie de bras de fer entre Francoeur le corrompu et Gamache le flic intègre est engagée.
C’est une lutte à mort = corruption à grande échelle contre droiture et intégrité.

Jean-Guy Beauvoir est désormais complètement accro aux médicaments contre la douleur, ne voulant pas aller en désintoxication, Annie Gamache a rompu – cela aussi Jean-Guy le reproche au père, convaincu par Francoeur que tout ce que Gamache fait, c’est contre lui. Beauvoir est au bord du suicide.

Armand Gamache a découvert à quel point Francoeur a repris le flambeau de l’ancien chef Arnot que Gamache a réussi à faire mettre au secret – ce que Gamache n’ignore pas non plus, c’est à quel point tout son service, tous ses téléphones et ceux de qui sont encore ses alliés, ont un « espion » minuscule qu’un adjoint de Francoeur manipule sans arrêt.

Tout se jouera à Three Pines, mais Armand Gamache arrivera-t-il non seulement à résoudre le meurtre de Constante Ouellet, qui n’a laissé comme  indice qu’une petite photo et un bonnet tricoté par sa mère, mais aussi à sortir Beauvoir,  qu’il aime comme un fils, de l’enfer où il s’est enfermé ? Pourra-t-il retrouver Reine-Marie à Paris pour fêter noel en famille ?

Pour les aider, les Brunel, Lacoste et lui, il devra faire appel à une ancienne subordonnée qui n'est vraiment pas en odeur de sainteté parmi ses amis, mais une championne de l'informatique.

Corruption à haut niveau dans le domaine des constructions de la ville, abus de pouvoir = je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la situation à Bruxelles, où nos ponts et tunnels sont en tellement piteux état que l’on redoute des chutes de béton…
C’est en partie le sujet de l’enquête de l’inspecteur Gamache, sans sa Reine-Marie qui est à Paris chez leur fils, mais où les amis de Three Pines vont le soutenir et l’aider dans sa lutte contre des gens sans scrupules – l’enquête remonte à longtemps bien sûr, à Arnot dont Gamache découvrit les manigances, réalisant ainsi que la pourriture s’était déjà étendue.
Il est ici face à des gens qui n’hésiteront pas un seul instant à le supprimer, mais aussi à supprimer Lacoste et sa famille, et d’autres personnes comme les Brunel afin de couvrir leurs arrières.

Cette enquête se situe directement entre « the Beautiful Mystery #8 » et « the Long Way Home #10 » (je conseillerais toutefois de lire l'enquête #8 d'abord)
Un excellent thriller, plein de rebondissements, de surprises de la part de Gamache qui refuse de s’avouer vaincu – le suspense de cette lutte entre le bien et le mal, à travers les gadgets informatiques et des armes bien réelles, m’a littéralement empêchée de laisser le livre après que je l’aie entamé.

Le titre de ce thriller est emprunté à une chanson de Leonard Cohen, qui refusa le moindre dollar de droits d’auteur à Louise Penny – il lui fit cadeau des paroles de la chanson alors qu’à l’époque, il venait d’être complètement ruiné par un homme de confiance.

Par ailleurs, l’histoire des quintuplées Ouellet est inspiréE d’une histoire vraie, celle des sœurs Dionne, également des quintuplées devenues pupilles de l'état et exploitées par le marketing avant leur retour en famille (voir l'article ici).

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26 novembre 2017

LES SOUFFRANCES DU JEUNE WERTHER, de Johann Wolfgang von Goethe

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la lecture du Werther de Goethe (tableau de Wolfgang Amberg)

Titre original allemand =  Die Leiden des jungen Werthers

Si l’on m’avait dit un jour que j’apprécierais la lecture des Souffrances du jeune Werther“, je vous aurais regardé avec un certain scepticisme car cette histoire d’une passion dévorante, conduisant au suicide ne m’avait jamais réellement attirée.
Toutefois, après l’avoir lu pour le cours de littérature que j’ai le plaisir de suivre en ce moment, j’ai eu l’occasion de le „regarder d’un autre oeil“ = l'histoire se doit d'être resituée dans le contexte historique de l'époque.

L’histoire est connue = en 1771 le jeune Werther s’installe dans la petite cité de W – il espère y faire carrière. Invité un jour à un bal, il y rencontre Charlotte (Lotte) et c’est le coup de foudre – elle est la parfaite image de la fée du logis = depuis la mort de sa mère, elle tient la maison de son père le bailli et s’occupe de ses frères et soeurs. Elle est fiancée à Albert.
Bien qu’il le sache, l’amour de Werther ne faiblit guère, puisque Charlotte es tune „âme-soeur“, elle partage avec lui le goût de la poésie.
Lorsque Werther fait la connaissance d’Albert, ce jeune homme a tant de qualités que Werther décide de partir pour oublier Charlotte.

Au livre 2ème, on retrouve Werther, dont Homère était l’auteur préféré, il a découvert la poésie d’Ossian, fils de Fingal (dans l’oeuvre de Macpherson).  Werther a aussi rencontré une autre jeune femme, mais cela s’est avéré désastreux et il quitte une société où on lui a fait comprendre qu’il n’avait pas sa place (il est roturier). 
Il rejoint donc Charlotte qui est désormais mariée à Albert – Werther est toutefois toujours le bienvenu, Albert le considérant comme un ami. Werther est incapable de ne pas montrer ses sentiments à Charlotte, qui l’aime d’une amitié amoureuse mais est profondément attachée à son mari.
Un jour qu’ils se promènent, il lui lit un poème d’Ossian et emporté par l’exaltation de sa lecture, il embrasse la jeune femme. Celle-ci le somme de ne plus se présenter chez eux avant noel – il pourra participer à cette fête familiale, mais ensuite il ne devra plus la voir.

Le dernier chapitre est écrit par „l’éditeur“ s'adressant au lecteur – il lui explique  que Werther s’est tué à la noel, seul dans sa petite chambre après avoir mis toutes ses affaires en ordre.

Bien que ce roman soit considéré comme „épistolaire“, nous n’avons que les lettres de Werther – bien que ce soient sous forme de missives, c’est aussi un journal intime puisqu’il est le seul qui écrit – ses réponses sont en réponse aux lettres qu’il aurait reçues.

Ce roman plein de tourments et de passion non partagée a donné lieu à une « werthermania » et aurait suscité une vague de suicides ou tentatives de suicide à son époque (le prof de littérature compare cela à l’engouement qu’eut le suicide de Kurt Cobain de Nirvana).
Ce qui est sûr c’est que ces « échanges épistolaires » eurent un énorme succès, un best-seller dirait-on de nos jours, comme le montre le tableau de Wolfgang Ambert ci-dessus (les jeunes femmes sont suspendues aux lèvres de la lectrice, l’une effondrée sur l’épaule de l’autre, probablement déjà en larmes).

Personnellement le côté un peu vieillot du texte m’a fait sourire aux tourments de ce malheureux jeune homme, incapable de penser à autre chose – mais rappelons-nous nos jeunes années où nous fûmes sans doute aussi des amoureux/amoureuses transi(e)s, imaginant dans le moindre signe que l’être aimé nous aime autant.
Qui n'a pas effeuillé une marguerite (ou une pâquerette à défaut =^-^=) pour savoir si on était aimé ou pas.
Le livre de Goethe est en grande partie autobiographique, lui-même fut amoureux d’une certaine Charlotte Buff, fiancée à l’un de ses amis. Et c’est le suicide d’un autre de ses amis qui lui a inspiré le suicide de Werther – comme ce dernier, leur ami ne fut pas accepté dans une société où la noblesse n’acceptait guère les roturiers.

Par ailleurs, si le succès du livre fut total auprès de la jeunesse, il fut interdit par le clergé pour incitation au suicide.
Il  fait partie du mouvement Sturm und Drang (Tempête et Passion), mouvement précurseur du romantisme allemand. 

Germaine de Staël et George Sand ont considéré cette histoire de Goethe comme l’un des plus « grands livres de son époque » - c’est d’ailleurs Mme de Staël qui le traduisit.
Par contre, ce qui m’a fortement étonnée, c’est que Napoléon Bonaparte déclara que ce livre était son livre de chevet, l’ayant lu au moins 7 fois – il en parla d’ailleurs à Goethe lorsqu’il le rencontra en 1800, alors que Goethe était déjà passé à autre chose.

Goethe était un homme aux multiples talents et centres d'intérêt - il a écrit une excellente théorie sur l'art et les couleurs, s'intéressant aussi aux sciences (optique, botanique, géologie).

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théoricien de l'art, Goethe peignait et dessinait également
comme l'atteste cette gravure

THE SANTA KLAUS MURDER, de Mavis Doriel Hay

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Non traduit

Sir Osmond Melbury était le parfait exemple de tyran domestique, avare de surcroît – lorsque sa fille aînée se permit d’épouser l’artiste-peintre qu’elle aimait, il lui a carrément interdit sa porte – lorsqu’elle devint veuve, même sachant qu’elle avait des difficultés matérielles, il accepta de la revoir mais pas de l’aider – si sa fille Carol souhaite faire des études d’architecture, qu’elles se débrouillent pour trouver l’argent – d’ailleurs qu’est ce que les filles ont, en 1936, à vouloir faire des études, Carol ferait mieux de se contenter d’être une épouse parfaite comme ses deux autres tantes.
Effectivement, les autres aînées (Eleanor et Edith), fortes de la situation de leur ainée, ont été suffisamment opportunistes pour épouser des hommes conformes à ce que voulait leur père.
Tant pis si Edith, ayant épousé un nobliau, soit malheureuse ; il est vrai que peu de personnes le savent, mais l’époux d’Edith a probablement hérité des problèmes d’ordre mental qui règnent dans sa famille.

Reste encore la petite dernière Jennifer avec laquelle il se livre à un chantage affectif = c’est à elle à veiller sur son « vieux » père pendant ses dernières années – comme le « vieux père » est bâti pour vivre encore vingt ans, il y a peu de chance que le jeune homme qu’elle aime, et qui l’aime, attende autant.
N’oublions pas non plus Georges,  le fils d’Osmond Melbury, qui est sûr quoiqu’il fasse d’hériter du maximum de la propriété, il est le fils après tout !
Pour couronner le tout, Sir Osmond a très mal agi avec sa sœur Mildred, la vieille fille par excellence, qui vint à Melbury House afin de s’occuper de ses jeunes nièces, lorsque leur mère mourut. 
A cette époque là, Hilda était déjà mariée.
Tante Mildred a donc eu « le privilège » d’être une gouvernante non payée, en plus d’une éducatrice, que son frère n'hésita pas à renvoyer lorsqu'il engagea sa nouvelle secrétaire.

Tout le monde est réuni pour la fête de noel – le patriarche estimant que la famille doit  absolument être réunie à noel, avec les enfants pour qui il a prévu un « Santa Klaus » (que l’un des petits-enfants a déjà dévoilé comme étant un jeune ami de Melbury – celui à qui il voudrait marier Jennifer, qui n’en a rien à cirer puisque son cœur est pris par un ami d’enfance, Philip).
La famille a vu d’un très mauvais œil la nouvelle secrétaire installée à Melbury House, pour eux (sauf Jennifer et Hilda) elle n’est qu’une intrigante  ayant jeté son dévolu sur Osmond Melbury et sa fortune.

Le jour de noel est arrivé, le crime également – Sir Osmond Melbury est retrouvé assassiné d’une balle dans la tête dans son bureau, dont tous les accès sont fermés – il ne peut être question de suicide puisque l’homme n’était pas gaucher.
C’est son ami, le colonel  Halstock  qui mène l’enquête puisqu’il est le chef de la police du comté.
Inutile de dire que tout le monde espère (sans oser l’avouer à haute voix) que les soupçons se portent sur Miss Grace Portisham, la secrétaire.

Tante Mildred l’a bien dit – tout comme le disent Poirot et Holmes – que ce n’est pas parce que noel est une fête d’amour et de paix que chez les Melbury ce soit le cas !
forcément si son radin de frère a réuni tout le monde, il ne pourra rien arriver de bon.
Les Melbury sont le prototype d’une famille dysfonctionnelle avec à sa tête un véritable tyran, égoïste et avare.

Mélangez donc un polar de Cyril Hare avec Agatha Christie et vous aurez l’ambiance qui règne à Melbury House. 
Une série de suspects – quoiqu’ils se prétendent tous innocents bien évidemment – des portes qui ne s’ouvrent pas, ou alors pas au bon moment, un testament qui aurait dû être révisé si Sir Osmond avait vécu – ce que nul n’ignorait – tout cela dans un climat de méfiance, d’inimitié, voire de haine, et surtout ô surprise, un 2ème père noel dont on se demande d’où il sortait. 

Le roman est raconté avant le crime à la 1ère personne par quelques membres de la famille, jusqu’au jour fatidique – c’est alors le chef de la police qui prend la relève pour non seulement raconter son enquête, mais aussi ses soupçons, les difficultés qu’il a à accepter que des personnes qu’il connaît depuis leur enfance puissent avoir commis un crime aussi odieux.

Ce sympathique polar de l’âge d’or du roman policier en Angleterre fait partie d’une réédition des trois seuls polars écrits par Mavis Doriel Hay.

En dehors de ses 3 romans policiers, Ms. Hay a surtout écrit des essais sur l’industrie et  l’artisanal dans le contexte rural britannique.
Née en 1894 – décédée en 1979, elle fit des études au collège St-Hilda d’Oxford , l’un de ses romans policiers se situe d’ailleurs dans un collège pour femmes d’Oxford, tout comme le « Gaudy Night » de sa contemporaine Dorothy Sayers.
Mavis Doriel Hay vécut dans le Gloucestershire jusqu’à sa mort.

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