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Scénario  de Nick Broomfield & Marc Hoeferlin

Raconté par Nick Broomfield

Elle se nommait Marianne Ihlen, elle fut l’inspiratrice de la chanson « So long Marianne » de Leonard Cohen. Nick Broomfield eut l’occasion de la rencontrer à l’époque où elle passa par Londres. Il nous raconte son histoire, intimement liée à celle du chanteur-compositeur, poète, écrivain, et peintre.
Pendant pratiquement toutes les années 1960, elle fut sa muse, sa compagne, s’arrangeant pour que soit facile à cet homme qu’elle aimait.

C’est au cours de l’été 1960 que Leonard Cohen, quittant son Montréal natal,  débarqua en Grèce, sur la jolie île d’Hydra, où il se fixa dans le but de terminer son premier roman « Beautiful Losers », que certains critiques littéraires qualifièrent de « masturbation intellectuelle », d’autres déclarant n’avoir rien compris au roman ! Il avait tenté d’écrire à Londres, mais trouva l’ambiance du début des années 1960 réellement trop guindée et oppressante pour sa démarche.  Grâce à sa rencontre avec la belle Marianne Ihlen, et aux amphétamines,  il y arrivera.
Hydra était à l’époque un lieu très apprécié des expats, et communauté hippie bohémienne. 

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Marianne était un peu comme une petite barque laissée à l’abandon  avec son petit garçon Axel, par un mari violent. Le petit Axel fut pendant toute son enfance élevé par Leonard. 
Comme c’était l’année du flower power, de l’amour libre, du « open mariage », et de la consommation de LSD et autres substances  illicites, entourés d’amis et du bonheur de vivre sans se soucier du lendemain sur une île réellement idyllique, qui n’avait pas encore été découverte par la masse des touristes.
Leonard Cohen, on ne le dit pas souvent, était un homme torturé, ayant un constant besoin de bouger. Après quelques années sur Hydra, sa « bougeotte » le reprend et la fidèle Marianne reste sur Hydra, attendant le bon vouloir de son amour, qui lui écrivait et lui envoyait pratiquement chaque jour des petits mots que l’on peut qualifier de poèmes.

On découvre les années difficiles de Cohen en tant de chanteur – il composait de très belles chansons, mais n’aimant pas sa voix, il ne voulait pas monter sur scène, pris d’ailleurs d’une terrible attaque de trac. Judy Collins qui admirait ses chansons, vint le chercher dans les coulisses et monta sur scène avec lui. Il termina sa chanson et le virus de la scène ne le quitta plus.

Ses  « errances » à travers le monde musical ne lui fit jamais oublier Marianne, mais Leonard était trop occupé à séduire d’autres dames totalement à ses pieds, et consommer aussi alcool et drogues. L’un des amis, musicien et accompagnateur, expliquait qu’une fois, pendant une semaine, ils étaient sous l’effet d’une drogue très particulière qui les gardait éveillés et infatigables sur scène !!!

Avec des photos et images d’archives, sur les jeunes années de scène de Leonard Cohen, et aussi sur des photos prises sur Hydra, le documentaire fait entrer le public dans la vie de ce talentueux chanteur-poète qui aimait beaucoup les femmes, et plus particulièrement la blonde Marianne, qui fut méchamment « éjectée » du domicile par la nouvelle conquête, Suzanne Elrod, qui sera la mère de ses deux enfants, mais qui n’est pas l’inspiration pour la chanson « Suzanne » qui est dédiée à Suzanne Verdal, ex-épouse d’un sculpteur québecois, ami de Leonard Cohen.

En dehors des archives, Nick Broomfield a interrogé les ami.e.s et connaissances du couple, tel.le.s la compositrice et chanteuse Judy Collins,  le guitariste et accompagnateur de Cohen Ron Cornelius, le manager de Leonard Cohen Billy Donovan.
Ainsi que la biographe et amie de Marianne Helle Goldman et une amie proche du couple Aviva Layton.
J’ai particulièrement apprécié cette dernière qui a dit quelque chose de très juste = Leonard Cohen était un poète, et on ne peut enfermer un poète sinon il ne crée plus ; la relation avec Marianne, qui souffrait des adultères de son compagnon, ne pouvait pas durer car cela signifiait pour Leonard d’être « étouffé ».
« On aime des hommes comme cela mais on ne peut vivre longtemps auprès d’eux. »

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Le documentaire se termine sur le beau et émouvant mot de Leonard Cohen à celle qui demeurera une amie très proche toute sa vie – ayant appris par un ami de Marianne qu’elle se mourrait d’une leucémie et que ses moments étaient comptés, Leonard lui envoya ce mot  =
Dearest Marianne,
I’m just a little behind you, close enough to take your hand. This old body has given up, just as yours has too. I’ve never forgotten your love and your beauty. But you know that. I don’t have to say any more. Safe travels old friend. See you down the road. Endless love and gratitude.
your Leonard 

(traduction wikipedia =  « Nous sommes arrivés au point où nous sommes si vieux, nos corps tombent en lambeaux, et je pense que je te rejoindrai bientôt. Sache que je suis si près derrière toi, que si tu tends la main tu peux atteindre la mienne. Et tu sais que j’ai toujours aimé ta beauté et ta sagesse et je n’ai pas besoin d’en dire plus parce que tu sais tout cela. Je veux seulement te souhaiter un très beau voyage. Au revoir ma vieille amie. Mon amour éternel. Rendez-vous au bout du chemin. »

Marianne Ihlen mourut en 2016 et Leonard Cohen mourut trois mois après elle.

Le documentaire m’a beaucoup plu, souvent émue, cependant j’ai eu l’impression qu’il s’agissait plutôt d’un documentaire à propos de Leonard Cohen et les années de la contre-culture – dont Marianne a fait partie.
Le titre est néanmoins un hommage à Marianne.

A propos de Nick Broomfield = réalisateur britannique de films documentaires – de son vrai nom Nicholas Broomfield – il travaille généralement avec une équipe réduite, enregistrant lui-même le son et travaillant avec seulement un ou deux cameramans.
Son style introspectif a été d’une forte influence dans le genre « documentaire », Michael Moore est l’un de ces jeunes documentaristes influencés par le style « Broomfield ».

 

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 l'hommage, street art,  de montreal à leonard cohen