FIN D'AUTOMNE, de Yasujiro Ozu

Titre original japonais = Akibyori
Titre anglais = Late Autumn
Scénario de Yasujiro Ozu & Kodo Noda, d’après le roman de Ton Satomi
Trois amis se retrouvent à l’anniversaire commémoratif du décès de leur ami Miwa – la veuve et la fille du Miwa sont présentes, tous attendent l’arrivée du frère de Miwa. Après le cérémonial, les amis et les deux femmes se retrouvent pour le thé, les discussions vont bon train à propos de la jeune Ayako qui est en âge de se marier. Mère et fille sont d’accord sur ce point et les 3 messieurs décident de lui trouver un prétendant. Lorsque les femmes ont quitté la pièce, les propos des amis ne sont plus très respectueux vis-à-vis de l’hôtelière, n’hésitant pas à faire des remarques à semi-haute voix, juste assez pour qu’elle entende que l’on parle d’elle, sans en saisir les propos.
Revenus chez eux, les époux discutent avec leurs femmes du mariage de la jeune Ayako et accessoirement de la mère, Akiko, dont ils étaient tous amoureux semble-t-il lorsqu’ils étaient étudiants.
Leur choix finalement se porte sur le jeune Shotaru Goto, mais Ayako se plaît avec sa mère, qui enseigne la couture. Mère et fille sont complices.
Du coup les 3 amis décident de marier la mère pour que la fille puisse vivre sa vie. Une indiscrétion de l’un des 3 met Ayako en colère et elle se dispute avec sa mère, persuadée qu’Akiko était au courant de toutes ces discussions.
Une amie pense qu’Ayako ne devrait pas penser qu’à elle mais aussi à sa mère, ce qui énerve encore plus la jeune fille. Ladite amie confronte les hommes, qui réalisent leur manque de tact.
Lorsque mère et fille partent en voyage, Akiko confirme à sa fille qu’elle n’a nulle intention de se remarier, mais qu’Ayako doit suivre son destin et vivre sa vie. Sa fille redoute de laisser sa mère seule, mais Akiko lui dit de ne pas s’en faire pour elle.
L’histoire de « Fin d’Automne » n’est pas sans rappeler le sujet de « Printemps tardif », de ce même réalisateur – à part qu’ici il s’agit d’une fille qui hésite à se marier pour ne pas laisser sa mère seule, alors que dans l’autre histoire, c’était une fille qui ne voulait pas laisser son père.
Depuis son film « Fleurs d’équinoxe », Yasujiro Ozu ne travaille plus le noir et blanc, seulement la couleur – et je reconnais qu’à chaque fois, la photographie est fort belle.
Toujours ces décors subtils = gare, ruelles, intérieurs, dans des couleurs qui contrairement au technicolor américain de l’époque (très criardes) sont plus délicates.
Dans un interview de l’une de ses actrices fétiches, j’avais lu qu’Ozu avait une méthode de travail très pointilleuse = il utilisait un « cadre » bien défini, et chaque geste d’acteur, chaque expression du corps, devait obligatoirement se situer dans ce cadre – pour le réalisateur cela représentait presque un tableau, dont on ne pouvait s’échapper.
Je me demande si c’est de là que m’est venue parfois, en regardant ses films, cette impression d’être dans un espace compassé, un peu étouffant.
Dans la distribution on retrouve Setsuko Hara, Shin Shaburi, Nobuo Nakamura, Ryuji Kita, Keiji Sada, Mariko Okada et Chishu Ryu, que j’ai retrouvé dans pratiquement tous les films que j’ai eu le plaisir de découvrir à l’occasion de cette rétrospective « Les saisons d’Ozu ».
Setsuko Hara dans le rôle d’Akiko Miwa (la mère) est délicate extérieurement, mais ne se laisse pas faire par ces hommes qui, l’estime-t-elle, se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Si elle acquiesce à certaines de leurs suggestions, c’est par politesse.
L’histoire met une fois de plus l’accent sur les relations hommes/femmes dans le mariage, et enfants/parents qui ont des difficultés à ne pas se mêler de leurs affaires quoiqu’ils en disent. Dans « Fleurs d’Equinoxe » il est beaucoup question des contradictions de la vie, ce thème se retrouve aussi ici.
Je m’étonne à nouveau, du peu de respect des hommes japonais à l’égard de leurs épouses – ils disent à peine bonjour en revenant chez eux, laissent tomber leurs vêtements par terre pour qu’elle les ramasse et range.
Sans compter les propos disgracieux à l’égard des femmes qui ne sont pas toutes gâtées par la nature ou qui ont de l’embonpoint.
Omni présente aussi est cette obsession de marier les filles, sans nécessairement tenir compte de leur opinion, ce à quoi cette nouvelle génération s’oppose vivement – et on la comprend. Ici, en plus de vouloir marier la fille de Miwa, les trois amis se mêlent aussi de la veuve.
Je découvre, à l’occasion de ces histoires, cette volonté à l’ancienne de trouver des maris aux jeunes filles, je connaissais bien sûr cette coutume de mariages arrangés, mais je ne me rendais pas compte à quel point elle était ancrée dans les traditions japonaises.
Comme tous les autres films d’Ozu que j’ai pu voir, encore une belle découverte pour moi. Sur laquelle je termine mon exploration du cinéma de Yasujiro Ozu.




