LA CHAMBRE CLOSE, de Maj Sjöwall & Per Wahlöö
Titre original suédois = Det slutna rummet
Titre anglais = The Locked Room
Le Roman d’un Crime – 8ème enquête du commissaire Martin Beck
Eté 1972 – le commissaire Martin Beck revient travailler après 15 mois d’absence, pour avoir reçu une balle dans la poitrine lors de sa précédente enquête. Son humeur n’est déjà pas tellement au beau fixe car il se sent seul dans l’appartement depuis son divorce – ceci dit il se sentait aussi seul dans son mauvais mariage, donc l’un dans l’autre il est toujours aussi morose. Et comme, en plus, il ne peut plus fumer … vous imaginez bien que ce n’est pas la joie.
Ce n’est pas non plus la joie pour ses collègues Gunvald Larsson & Lennart Kollberg qui ont une série de hold-ups sur les bras qu’ils ne parviennent pas à résoudre faute de pistes sérieuses. L’un de ces hold-ups s’est même soldé par une mort d’homme – jusqu’à ce que nos enquêteurs réalisent que ce délit-là ne porte pas la « patte » de tous les autres. A côté du manque évident d’effectifs, il faut encore tenir compte de l’incompétence de certains policiers comme Kvastmo & Kristianssons ; Kvastmo remplace Kurt Kvant, tué en service, mais est tout aussi inefficace.
Avec tout cela, la direction des services de police est plus soucieuse de monter les échelons que d’apporter une aide précieuse à ses effectifs.
C’est donc avec un certain regard désabusé que Martin Beck constate qu’à ce jour, on en est exactement au même point que 15 mois auparavant …
Lui ce qui l’intrigue c’est un dossier qui a abouti dans ceux dont il devrait s’occuper, celui d’un homme trouvé mort à son domicile, avec fenêtres et porte complètement fermée – le cadavre étant déjà en décomposition lorsque les policiers arrivèrent sur les lieux, on s’est dépêché de le brûler, mais Beck a nettement l’impression que l’enquête a été totalement bâclée.
Evidemment les principaux concernés se vexent et prétendent que tout a été fait selon les règles.
Alors, comment se fait-il qu’on n’ait pas retrouvé l’arme avec lequel le retraité se serait « suicidé », et d’ailleurs qui se suicide d’une balle dans le cœur ?
Une fois encore Les précurseurs du polar nordique, Maj Sjöwal & Per Wahlöö m’ont tenue en haleine du début à la fin de cette enquête, dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’épargne vraiment pas la police suédoise.
Manques d’effectifs, quelques effectifs du genre « planqué », une direction plus soucieuse de son image et de grimper des échelons que d’aider efficacement son personnel – ça tire à boulets rouges.
Martin Beck est fidèle à lui-même = un peu mélancolique, peu bavard, mais ici il fait la connaissance de Rhea Nielsen la chaleureuse assistante sociale avec qui il va nouer des liens qui vont enfin le sortir de sa morosité.
C’est aussi dans ce roman-ci qu’apparaît « Bulldozer » Olsson, le procureur dont les méthodes, le moins que l’on puisse dire, est qu’elles sont peu orthodoxes. Mais parfois efficaces.
Il est bien décidé de mettre sous les verrous les trois malfaiteurs responsables des hold-ups.
Le détective Einar Rönn, ami de Gunvald Larsson, fait toujours bien son travail mais écrit toujours d’aussi mauvais rapports – même ses messages pour ses collègues ont l’air totalement cryptés, alors qu’il les trouve simples et soignés ! Kollberg & Larsson sont ici obligés de travailler étroitement ensemble, et bien qu’ils ne s’encadrent absolument pas, leur efficacité n’est jamais prise en défaut, mais ils ne sont guère aidés. Ils ont en tout cas une chose en commun = leurs sarcasmes à l'égard de la police suédoise.
Cette « Chambre close » a fait l’objet d’une adaptation au cinéma (co-production belgo-hollandaise).
Quant à Martin Beck, il a désormais lui aussi une série télévisée à son nom.
Ceci est donc la 6ème enquête que je lis dans « Le roman d’un crime », je les lis dans le désordre – cela n’a guère d’importance dans les enquêtes, simplement dans la vie des principaux protagonistes, mais je trouve que cela ne dérange pas trop.
Il me reste encore 4 romans à découvrir, je m’en réjouis, car si l’ambiance n’est pas exactement très joviale dans cette série, il y a de légères touches d’humour caustique ; les sarcasmes de Larsson & Kollberg sur l’organisation de la police m’ont souvent fait sourire. L’ambiance est désabusée mais tout de même moins glauque que dans les autres polars nordiques actuels à qui ce couple d’écrivains a ouvert une brèche importante.
Ce roman est précédé d’une double préface = l’une de Michael Connolly et l’autre de Hakan Nesser, tous deux romanciers de thrillers qui ne sont pas exactement des parties de rigolade.
Tous deux insistent, avec raison, sur tout le bien qu’ils pensent de Sjöwall & Wahlöö.

