LES SOULIERS BRUNS DU QUAI VOLTAIRE, de Claude Izner
10ème enquête de Victor Legris & Joseph Pignot, libraires-détectives amateurs à Paris
Nos libraires-enquêteurs ont rangé leurs aventures de détectives dans les rayonnages de la rue des Saints-Pères – il ne fait pas bon courir de sérieux dangers lorsqu’on est père de famille et nos amis Legris & Pignot (désormais beaux-frères) ont à présent charge de famille = une petite Alice chez Victor et Tasha, un petit frère pour Daphné chez Joseph et Iris.
Seulement voilà, Joseph Pignot est devenu feuilletoniste à sensation et surtout à succès, or où glaner des informations sur les crimes pour ses romans si ce n’est dans la rubrique « faits divers » et dans la rue. Victor Legris, pour sa part, se contenterait bien de ses travaux de photographe mais lorsqu’Euphrosine Pignot, la maman à Joseph, arrive chez lui, affolée d’avoir découvert le corps d’une amie, il sent un petit vent d’aventures lui chatouiller les narines.
Avec l’aide de l’ancien policier Raoul Pérot, devenu un ami, il se rend chez l’amie en question et découvre effectivement un cadavre ! Pérot – désormais bouquiniste – s’adresse à ses anciens collègues, parmi lesquels l’inspecteur Valmy qui déteste Legris et Pignot. De là à ce que notre libraire soit le premier suspect, il n’y a qu’un pas.
Dans l’ombre, l’assassin – chaussé de souliers bruns – poursuit sa chasse à un document particulier qui aurait disparu après la révolution. Un document suffisamment précieux pour trucider tous les bouquinistes susceptibles de le posséder. Et si, dès lors, Legris et Pignot devenaient la cible du tueur ?
Nos amis ne peuvent donc faire qu’enquêter – tout cela en cachette de leurs épouses, de la mère Euphrosine, de leur beau-père Kenji Mori, l’autre propriétaire de la librairie. Que d'astuces il leur faut développer pour ne pas se faire pincer !
Toujours en quête de lectures de détente pour l’instant, j’ai retrouvé avec plaisir la fine équipe des libraires de la rue des Saints-Pères, avec toute leur famille.
Comme dans les autres polars de l’équipe « Izner » (les sœurs Liliane Kort & Laurence Lefèvre), on aborde un quartier bien particulier du Paris de cette fin du 19ème siècle – cette fois c’est le monde des bouquinistes qui fait l’objet du roman.
Ils sont dépeints avec humour et truculence par les auteures, avec une certaine tendresse aussi, qui s’adresse d’ailleurs à tous les malheureux peuplant les faubourgs de Paris – faisant l’objet de la curiosité des « cookiens », c’est-à-dire ceux qui voyagent avec l’agence Cook, nouvellement fondée.
En toile de fond de ces meurtres sordides pour un document bien particulier, Claude Izner nous fait entrer de plain-pied dans l’affaire Dreyfus – Emile Zola vient d’écrire son formidable « J’Accuse ». Dans la libraire de la rue des Saints-Pères les commentaires vont bon train, Victor Legris et Joseph Pignot n’hésitant pas à défendre et Zola et Dreyfus face aux remarques d’un racisme virulent de certaines clientes qui désormais sont persona non grata dans leur bouquinerie.
Les personnages du roman se mêlent habilement aux personnages historiques réels, comme dans les autres enquêtes.
La peinture de ce Paris fin de siècle par Claude Izner est un plaisir à découvrir, et comme toujours c’est une toile de Jean Béraud, ami de Proust, surnommé aussi « Le peintre des rues de Paris » (ma chronique ici) qui illustre la couverture du livre de poche.
Un bon moment de détente dans ce Paris populaire qui nous dépayse.

