CHRISTINE FALLS, de Benjamin Black
Titre français = les Disparus de Dublin
Une enquête de Quirke, légiste consultant
Alors qu’à l’étage la petite fête d’adieu à l’hôpital Holy Mary de Dublin se poursuit, Quirke, légiste de l’hôpital retourne dans sa tanière pour y trouver son frère adoptif Malachy (Mal) Griffin penché sur un dossier. Mal étant obstétricien, il n’a pas grand-chose à faire à la morgue de l’hôpital.
Lorsque Quirke lui demande ce qu’il fait là, l’homme élude la question et quitte les lieux.
Intrigué Quirke demande à son assistant qui est « Christine Falls », le dossier entre les mains de Griffin. On lui montre le corps et la cause de la mort, dans le dossier, est « embolie pulmonaire », ce qui est pratiquement impossible pour une femme aussi jeune. En réalité, la jeune femme serait morte suite à un accouchement qui a mal tourné ; en ce cas où est l’enfant ? Réponse = mort-né.
Dehors, dans son pub favori, il retrouve sa nièce Phoebe, jeune femme étouffant dans le carcan familial et ayant un amoureux que la famille réprouve. Comme elle a bu un peu trop de gin-tonic (beaucoup de tonic) il la reconduit chez lui, où une fête en l’honneur de son père adoptif, le très respectable juge Garrett Griffin vient de recevoir une nomination honorifique du pape.
Chez ces très catholiques Irlandais, l’honneur est immense.
Quirke n’est guère le bienvenu à ce dîner, il ne s’éternise donc pas sous le regard réprobateur de Mal, mais accueilli cependant à bras ouvert par le Juge.
Quirke est sceptique quant à la cause de la mort de Christine Falls, surtout lorsque le lendemain, de retour à la morgue de l’hôpital, le cadavre de Christine a disparu. Il commence alors à poser des questions, savoir comment elle était arrivée là, bref il fourre son nez dans une sale histoire qui aura des répercussions jusqu’à Boston où vit le millionnaire Josh Crawford, grand ami du Juge, lui aussi ultra catholique, et père de la femme de Quirke, décédée en accouchant.
Quirke a découvert qu’une certaine Dolly Moran s’était occupée de Christine Falls, et elle accepte de lui parler, un peu. Elle commet l’erreur de se vanter d’avoir écrit un document où toute l’histoire est répertoriée. Le lendemain elle est retrouvée battue à mort. De son côté, Quirke a été contacté par un certain Costigan, le membre influent des Chevaliers de Saint-Patrick, un groupe de catholiques intégristes qui lui demande pourquoi il ne s’est jamais inscrit à leur mouvement. Quirke éconduit le bonhomme ; quelques jours plus tard le légiste est retrouvé battu quasi à mort.
Pendant ce temps à Boston, dans la ville de Crawford, l’infirmière Ruttlegde dont on fêtait le départ est arrivée au couvent où elle a amené un bébé, puis a pris son travail chez Josh Crawford qui est au plus mal.
Phoebe, nièce de Quirke, y est envoyée par ses parents Sarah et Mal, dans le but de lui faire oublier son amoureux. Quirke, dans un sale état après son « accident » l’accompagne, avec un message insistant de Sarah, sa belle-sœur. Si Phoebe est accueillie à bras ouvert, le moins que l’on puisse dire est que Josh Crawford n’est pas du tout content de revoir ce beau-fils qu’il déteste.
Puisque l’infirmière est venue à Boston avec un bébé dans les bras, Quirke poursuit son « enquête » - pourquoi ne parvient-il pas à ne pas s’occuper de cette affaire ?
Il découvrira la vérité évidemment, vous pensez = à force de poser des questions avec insistance, il obtient des réponses, même évasives, mais un légiste consultant parvient à tirer des conclusions.
Ce que j’en pense = je suis totalement sous le charme de Quirke, un beau ténébreux, alcoolique, qui traîne un boulet de secrets derrière lui.
Il a passé une partie de son enfance dans un orphelinat catholique, dirigé par des prêtres qui n’étaient pas vraiment habités par la charité chrétienne – un peu comme les nonnes des couvents où Quirke pose ses questions.
Puis il a été adopté par le juge Garret Griffin, dont le fils n’a pas du tout accepté cet « intrus » - les coucous ne sont jamais acceptés dans les nids où ils sont déposés. D’autant plus que le juge a toujours montré une nette préférence à ce « coucou-là » au grand déplaisir de son frère. Qui est doublement son beau-frère puisque les deux hommes ont épousé les deux filles Crawford.
Dans cette famille totalement dysfonctionnelle, il y a tellement de non-dits que cela ne sert strictement à rien de poser des questions. On n'obtient aucune réponse.
De Dublin à Boston, et retour, les lecteurs voyagent librement entre ces deux villes, d’un orphelinat à l’autre, tous dirigés par des nonnes et des prêtres particulièrement rigides, convaincus de leur bon droit. Le poids de la religion est énorme, le thriller le fait sentir.
Par instant, j’ai pensé au fil « Philomena », qui traite aussi de religion et d’enfance perdue. On pense aussi à l’affaire des couvents-blanchisseries Magdalen, l’un des nombreux scandales de la religion catholique.
Le thriller de Benjamin Black (pseudonyme de l’écrivain John Banville, est une histoire dans le style « neo-noir », sombre, dure, avec de nombreux personnages – l’histoire n’est pas simple à résumer, justement en raison de tous ces personnages. L’écriture est belle, les personnages intéressants avec leurs drames secrets. L’ambiance des années 1950 est bien rendue tout comme l’est la pesanteur de cette religion omni-présente = crime et châtiment, peu de pardon et d’empathie.
La série de romans mettant en scène Quirke a fait l’objet d’une adaptation télévisée, qui respecte relativement bien les romans (assez rare pour être mentionné).
Chaudement recommandé.
D’autres avis sur ce roman = marilyne-lire&merveilles - cécileSblog
