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8 juin 2020

GRISAILLE

l'agneau ferm_ bas

l'agneau ferm_ bas - Copie

(Cette petite chronique est une adaptation d’un texte de 1986 consacré aux Miniatures en grisaille, de Peter Cockshaw, dans la bibliothèque  royale de Bruxelles)

Contrairement à ce que laisserait amener ce titre, ma chronique ne parlera guère  de  « météorologie » mais parlera d’ART.

Dans l’intéressant documentaire consacré au retable « l’agneau mystique » des frères Van Eyck, intitulé « la Tentation du Réel » (dont j’aurai l’occasion de parler sous peu), il y a un passage consacré à la GRISAILLE, dans la représentation des deux personnages pareils à des statues, figurant entre les donateurs du retable.
Cette peinture est intitulée GRISAILLE.
Il s’agit d’une manière de peindre ton sur ton, et utilisant plusieurs nuances de gris, du plus clair, presque blanc, au plus foncé, pratiquement noir.

La technique est apparue au début de 14ème siècle chez Giotto ; elle s’applique tant au vitrail que dans les miniatures. Dans le vitrail il s’agit d’austérité, d’économie. Mais aussi de jeu de lumière.

En peinture, elle sera d’abord utilisée comme parti pris d’austérité religieuse, avant de devenir un trompe-l’œil, jouant sur les volumes et la lumière.
Ce sera toutefois en miniature que la grisaille sera directement comprise comme un choix réellement original, une autre sensibilité, une nouvelle forme.
C’est une peinture en trompe-l’œil qui par de subtils jeux de lumière et camaïeu imite la couleur de la pierre des statues.

téléchargement (1) 

C’est en France que les premières grisailles apparaissent dans les enluminures, avec un certain Jean Pucelle, enlumineur actif à Paris dans les années 1325 – le format réduit de la miniature pousse à des innovations plastiques, on parle parfois de « demi-grisailles », quand l’artiste y introduit des rehauts de rouge, bleu ou vert (pour donner de la profondeur  aux chairs, des cheveux, et fonds). 
En miniature, la grisaille reparaîtra dans les manuscrits hollandais – en gouache, plus picturale que dans les manuscrits parisiens.

Ce goût pour la grisaille sera une mode qui va disparaître pour un temps puis renaître aux Pays-bas bourguignons vers le 15ème siècle – utilisée par les frères Van Eyck, mais aussi le Maître de Flémalle, pour imiter la sculpture au revers des retables.
Dans le retable de l’agneau mystique, ces personnages apparaissent lorsque les volets du  retable sont fermés. 
Ils représentent St Jean Baptiste et St Jean l’évangéliste.
En plus des deux « statues » entre les donateurs, on trouve dans la partie supérieure des volets une « Annonciation » = un ange (Gabriel)  et la vierge

Philippe le Bon, duc de Bourgogne, appréciait tout particulièrement l’art de la grisaille.

Jean Le Tavernier est considéré comme le maître de la grisaille flamande. Il était installé à Oudenaerde, ville sur l’Escaut, entre Gand et Tournai.
C’est en 1458 que le duc de Bourgogne lui commanda l’exécution des miniatures afin d’illustrer les « Conquêtes et chroniques de Charlemagne ».
On dit que le peintre portera la technique de la grisaille à la perfection dans ces manuscrits = en moins de deux ans, il réalisa environ 75 miniatures pour les 2 volumes de ce manuscrit.

Pour ses peintures Le Tavernier sélectionna des  matières assez rares = élément de base est le noir de carbone, en couches très fines sur parchemin, sur lequel il dessine les personnages avec une encre proche de celle des copistes (mélange de fer, cuivre, zinc), ceci confère une unité d’ensemble entre texte et illustrations.
Le travail du métal apparaît dans le rendu des joyaux, tentures, et équipement des cavaliers et leurs montures.

A la suite de Jean Le Tavernier, d’autres artistes décoreront en noir et blanc les manuscrits destinés à la cours de Bourgogne.
La mode changera vers la fin du 15ème siècle – l’utilisation du noir, blanc et gris étant rejetée.

Jérome Bosch était  aussi un fervent adepte de la grisaille, non en trompe l’œil, mais en peinture = il peindra des scènes entières parfois même des paysages complets en camaïeu.

41outer

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Commentaires
A
J'ai déjà vu ce genre de tableau, mais je ne connaissais pas le nom de la technique. Ce n'est pas ce que je préfère.
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H
Ton blog est une mine d'or, à chaque passage je suis un peu moins ignare. Je ne connaissais ni cette technique, ni ce terme
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T
Merci Niki, je ne connaissais pas du temps cette technique "grisaille" . Aujourd'hui ce mot est bien péjoratif pour de si belles œuvres…
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