DEUX SOEURS, de Jasna Krajinovic
Titre en slovène = Dy Motra
Kosovo – 2005 - deux sœurs, Violeta & Vyollca Dukay sont au service du déminage cinq ans après la guerre, où énormément de mines subsistent, notamment le long de la frontière avec l’Albanie.
Violeta, l’aînée, est démineur – sa sœur Vyollca est dans les services de repérage ; elles partent ensemble chaque matin avec leur équipe ; elles sont en contact distant, via les talkies-walkies et/ou téléphones portables des « collègues », mais la cadette tremble – à juste titre – pour son aînée.
Chaque matin elles disent au revoir à leur maman, sans être certaines de revenir chez elle. La peur est constante, mais aussi la confiance avec les autres membres des équipes, sans cette confiance rien n’est possible, la tension ne se relâche que le soir quand elles sont revenues à la maison, où leur prend un fou-rire sans raison, simplement le soulagement et les nerfs qui peuvent enfin se relâcher, taquineries comme le font les sœurs entre elles.
Elles ont vraiment du mérite d’être retournées à ce travail, surtout après l’accident de Violeta qui lui coûta une partie de sa jambe droite – les services de l’ONG danoise l’ont immédiatement prise en charge, elle a pu obtenir une prothèse à laquelle elle a fini par s’habituer – et ce travail était, hélas, à l’époque l’un des seuls disponible pour la population, même pour des jeunes universitaires comme elles.
Mais comme le dira Vyollca, ils nous disent que nous pourrons retourner à nos études, mais avec quel argent ?
Car il faut savoir que par mois, les démineurs locaux ne gagnent que 300 € par mois, alors qu’un membre d’une ONG faisant le même travail a un salaire de 5.000 € à plus.
A travers l’histoire de ces deux jeunes femmes, c’est aussi celle d’une population qui souffre, une population qui n’a d’autre choix que de « co-habiter » avec ces mines, certaines très sophistiquées, et qui sont celles de l’ONU qui ont bombardé la région à qui mieux mieux.
Dans le film, les sœurs expliquent que l’Albanie forme des démineurs qui reprendront le travail dans cette enclave et les démineurs du Kosovo se retrouveront totalement sans travail.
Au sol ou dans les arbres, se trouvent des mines pendues à des petits parachutes, qui ressemblent à des jouets et il a fallu bien expliquer la situation aux enfants qui les prenaient pour des jouets !
Il y a des tas de sentiers dans la montagne où les paysans ne peuvent plus faire paître leurs animaux, certains de ces animaux se promènent parfois dans des lieux où ils sont déchiquetés par les mines.
Et les parents craignent pour leurs enfants quand ceux-ci vont vers les buissons où ils cueillent les myrtilles. Comme je l’ai dit, la nature reprend ses droits et cachent les mines.
Jasna Krajinovic est d’origine slovène mais a choisi de faire ses études en Belgique, à l’INSAS – l’institut des arts de la scène – c’est là qu’elle a décidé de s’engager dans le cinéma politique et a voulu montrer la réalité de l’après-guerre au Kosovo.
Au départ, elle ne fut pas bien accueillie pour suivre le travail des démineurs – « trop dangereux », « trop ceci, pas assez cela », « restez à distance » - or, à distance on ne peut rien voir. Elle a aussi expliqué à quel point l’uniforme des démineurs est peu protecteur = un casque (très lourd) couvre la tête, le « gilet » couvre jusque sous les fesses, mais lorsqu’on touche une mine, ce sont les jambes qui sont atteintes car elles, elles ne sont pas protégées.
La réalisatrice a expliqué tout cela après la projection de son documentaire à la médiathèque de l’ULB, où la thématique de l’année est le travail.
Elle a aussi confirmé que le problème des mines est loin d’être résolu, 10 ans plus tard, et que bien des mines subsistent encore dans les chemins où la nature a repris le dessus et les mines sont donc moins faciles à repérer. Pendant ce temps, certaines finissent par se dissoudre partiellement dans le sol, qu’elles abîment avec l’uranium qu’elles contiennent.
Restée en contact avec les jeunes femmes, elle nous a confirmé que Violeta a pu partir aux USA, afin d’y travailler et obtenir une nouvelle prothèse, très coûteuse, car au bout d’un certain temps, la prothèse d’origine se déforme légèrement au rythme des mouvements. Sa sœur a finalement pu la rejoindre, ainsi que leur maman assez récemment.
Mon avis - document émouvant et interpelant - (ici mon avis rejoint celui de la réalisatrice) = comme Jasna Krajinovic, je ne pense pas vraiment qu’il y ait un espoir à ce problème des mines = comme elle l’a expliqué, que ce soit au Kosovo ou en Afghanistan, ou en Afrique, partout où il y a eu des guerres, il y a encore des mines qui abiment le sol –
L’armement est un commerce extrêmement florissant (la Belgique en sait quelque chose), il devient de plus en plus sophistiqué – on peut désormais détoner une bombe à distance ou lancer des drones – les planqués du régiment à l’arrière de tout conflit n’en ont rien à faire des populations – ne trouve-t-on toujours pas dans certains endroits des bombes des précédentes guerres, dont on vient de célébrer l’armistice de l’une d’entre elles – en Syrie, actuellement, est engagée une guerre dont on ne voit pas la fin, où des extrémistes religieux encouragent les jeunes à se faire tuer au nom d’un dieu inexistant (mon opinion personnelle d’athée)
Malgré le sujet plutôt dur et le peu d’espoir que la situation mondiale véhicule, je ne regrette pas d’avoir assisté à la projection de ce documentaire d’une heure, suivi d’un intéressant moment de discussion avec la réalisatrice.




