THE MONOGRAM MURDERS, de Sophie Hannah
Titre français = Meurtres en Majuscules
# 1 dans la série "The New Hercule Poirot Murders"
Londres 1929 – Hercule Poirot est ravi = il a trouvé un petit restaurant ne payant pas de mine mais où le café est délicieux, juste comme il l’aime, car il déteste cette manie anglaise de boire du thé sans arrêt. Pour lui, rien de tel que le café pour stimuler les petites cellules grises.
En ce soir de février, bien humide, venteux et froid comme peuvent l’être les jours de février, un drame se joue au très huppé hôtel Bloxham – le directeur n’en revient pas, lui dont l’hôtel est non seulement le plus huppé, mais surtout fréquenté par des gens intelligents, beaux, gentils, tout comme son personnel qui est le plus stylé de tout Londres.
Chaque meurtre a eu lieu le même jour, pratiquement à la même heure, à trois étages différents de l’hôtel – les victimes ont été empoisonnées, puis disposées de manière rituelle, allongées sur le dos, les bras le long du corps, avec dans la bouche un bouton de manchette comportant les initiales PJI.
Le jeune inspecteur Catchpool est chargé de l’enquête. Ce qui est assez pratique pour échanger des opinions sur les meurtres puisque Poirot, qui est très (trop) sollicité par des clients privés, a décidé de s’installer non loin de son appartement, dans une pension de famille, où loge également Catchpool.
Avant l’arrivée de l’inspecteur au restaurant, une jeune femme y était aussi, semblant totalement affolée, guettant par la fenêtre un éventuel suiveur. Lorsqu’Hercule Poirot parvient à lui faire dire ce qu’elle craint, elle lui fait promettre de ne pas essayer de trouver le coupable des crimes, dont elle sera la prochaine victime, parce qu’elle aura mérité de mourir. Et là-dessus, elle fuit.
L’enquête va emmener l’inspecteur et le petit détective belge dans plusieurs lieux de Londres ainsi que dans le village dont étaient issues les victimes, un endroit en apparence paisible nommé Great Holling. Où sous les apparences règne une réelle méchanceté qui mena à des événements tragiques 16 années auparavant.
Voilà un roman, hommage-pastiche à Hercule Poirot, personnage créé par Agatha Christie (qui lui tapait sur les nerfs d’ailleurs), pour lequel j’ai des sentiments mitigés.
J’ai apprécié le polar en question, qui est assez « tordu » et plein de rebondissements – mais pourquoi avoir récupéré le petit détective belge ?
J’ai presque l’impression d’être face à Monsieur Jourdain qui « faisait de la prose sans le savoir », tout comme ici « Poirot fait du Poirot sans le savoir ».
Mais étant amoureuse (n’ayons pas peur des mots =^-^=) d’Hercule Poirot, je ne pouvais pas non plus passer à côté de ce roman.
Le narrateur de l’enquête est l’inspecteur Catchpool, tout comme le capitaine Hastings relatait les enquêtes du Poirot authentique.
Dans ce roman, Hercule Poirot apparaît plus comme une caricature de lui-même que comme le personnage créé par Dame Agatha – ses petites manies, son côté maniaque, les expressions en français qu’il exprime de temps à autre (sans doute pour bien faire comprendre qu’il n’est pas Anglais !), son exaspération lorsque son interlocuteur n’a pas la même vivacité d’esprit que lui, tout cela a un côté « un peu trop » - comme si l’auteure de cette nouvelle série mettant Hercule Poirot en scène voulait absolument nous prouver qu’il s’agit bien du personnage d’Agatha Christie.
Tout comme cette manie qu’il a de jouer au cupidon. Trop, c’est trop.
Pourquoi aussi le faire changer d’habitat = il possède toujours son appartement londonien dans le bel immeuble que l’on connait, mais pour « aérer » ses petites cellules grises et pour échapper au flux incessant des clients qui requièrent ses services, il loge chez une brave dame possédant une pension de famille, où vit également le narrateur de cette aventure, Edward Catchpool, qui est encore plus lent à comprendre quelque chose que le capitaine Hastings !
Catchpool consacre d’ailleurs plus de temps à penser à ses souvenirs de jeunesse qu’à comprendre ce qu’il a sous les yeux. Ce jeune inspecteur est à la fois une caricature de Japp et Hastings.
Quant à l’intrigue, le moins que l’on puisse dire est qu’elle est particulièrement compliquée dans une histoire où la méchanceté, le mal, sont omniprésents. La médisance, la bigoterie, la lâcheté, lai jalouse, sont les sujets principaux qui dominent le patelin de Great Holling, ce qui donne immédiatement envie de fuir tous les villages de la terre.
En ville il y a peu d’amitié entre les voisins, mais au moins on ne s’y occupe pas de vos affaires. On pense immédiatement à Miss Marple qui n’hésite pas à dire que le mal est partout, y compris dans les petites villes, puisque le mal est dans la nature humaine.
En conclusion = ai-je aimé le livre ? oui ET non –
Oui, car l’intrigue est bonne, les rebondissements aussi ; de plus la réunion de tout le monde dans une salle où Poirot révèle tout est un clin d’œil de plus aux récits d’Agatha Christie. Tout comme le mystère de chambre close pour l’un des 3 crimes et le poison, arme favorite de la Reine du Crime.
Comme vous pouvez le constater, Sophie Hannah a mis le paquet.
Non, parce que je trouve ce pastiche inutile – un autre détective privé aurait tout aussi bien fait l’affaire que cette caricature de Poirot.
Personnellement, je trouve que les romans pastichant Sherlock Holmes sont plus réussis que ce pastiche d’Hercule Poirot.
Sophie Hannah, née en 1971, est une romancière britannique, auteure de romans policiers, de nouvelles et livres pour enfants ; elle se spécialise dans les thrillers psychologiques. Les critiques littéraires comparent son style poétique à celui de Lewis Carroll. L’un de ses derniers thrillers dans la série « Zailer & Waterhouse » a fait l’objet d’une adaptation télévisée.
Elle a reçu l’aval de la fondation qui gère le patrimoine d’Agatha Christie pour développer une nouvelle série consacrée à Hercule Poirot – oui vous avez bien lu « série ». Ceci 39 ans après la mort du petit détective dans « Curtain ». Ces nouveaux romans se situent en 1929, alors que le capitaine Hastings n’est plus en Angleterre ; pour cette raison, Poirot a un autre faire-valoir, l’inspecteur Edward Catchpool qu’il semble avoir décidé de prendre sous son aile afin de le former à devenir un excellent enquêteur – c’est pas gagné.

