THE PALE HORSE, d'Agatha Christie
Titre français = Le Cheval Pâle
RELECTURE
Pendant que le père Gorman se fait assassiner, Mark Easterbrook assiste à une dispute entre filles dans le Chelsea des années 60 et, alors qu’il se fait la remarque à quel point les filles de son époque sont peu soignées, voilà que la dispute tourne en bagarre et l’une des filles se fait arracher une touffe de cheveux – lorsqu’un policier entre dans le bar, tout ce petit monde adopte la loi du silence bien connue face aux forces de l’ordre.
La jeune fille dont on a arraché des touffes de cheveux rit en disant qu’elle n’a même pas eu mal !
Peu après Mark Easterbrook apprend que la jeune fille est morte.
Le père Gorman avait été appelé par une dame mourante qui lui a parlé de « méchanceté », de « mal profond qu’il s’agit d’arrêter », puis a cité une série de noms et s’est éteinte.
Le prêtre avait noté ces noms et la liste a été retrouvée dans sa chaussure. Il est évident que son assassin recherchait cette liste car la doublure du manteau a été arrachée. L’inspecteur Lejeune est prêt à classer cette affaire sans suite, s’il n’y avait cette liste dont certains noms sont ceux de personnes disparues. Dont celui de la marraine de Mark Easterbrook.
Disparues, oui, mais de mort naturelle apparemment.
Un pharmacien, proche du lieu du crime, a vu un homme suivre le prêtre dans le brouillard, c’est le seul témoin, ce qui est vraiment peu comme piste.
Rhoda Despard, cousine de Mark, le contacte car elle souhaiterait la présence à sa fête villageoise de la romancière de polars, Ariadne Oliver.
Celle-ci pousse de hauts cris de refus lorsqu’elle entend ce que Mark souhaite, elle n’est pas près d’oublier la fête précédente où elle aida à organiser une « murder party » et où plusieurs personnes furent réellement assassinées (voir « Dead Man’s Folly »).
Merci bien ! une fois mais pas deux. Mark la rassure, à cette fête-ci, seule sa présence sera espérée avec présentation de ses romans et dédicaces.
A contrecœur notre romancière accepte et voilà tout ce petit monde se retrouvant à Much Deeping où la fête du village est une belle réussite. En dehors de Mrs. Oliver, on y retrouve le vicaire et son épouse, les Dane Calthrop, ainsi que l’homme riche du patelin, Mr. Venables, cloué par une maladie dans une chaise roulante.
Nul ne sait d’où vient son aisance financière mais l’homme étant généreux, personne ne s’en préoccupe, fait rare dans un village où les langues vont bon train.
Mark Easterbrook fait également la connaissance des « trois sorcières » du village, des sorcières modernes, ayant racheté l’ancienne auberge « The Pale Horse » et proposant des séances de médium et autres plaisanteries de ce style.
Après discussion avec Thyrza Grey, la moins farfelue des trois, Mark commence à s’inquiéter = ne parle-t-elle pas de ce « désir de mort » que nous portons tous en nous – ainsi que de faire en sorte qu’une personne meure par simple suggestion.
Tout cela déplaît fortement à Mark et sur les conseils non seulement d’Ariadne Oliver, mais aussi de Mrs. Dane Calthrop, l’épouse du vicaire, au bon sens bien ancré dans la réalité, il décide de mener son enquête, bien que l’inspecteur Lejeune le lui déconseille.
Sa très terre à terre bonne amie, Hermia, lui ayant pratiquement ri au nez, Mark Easterbrook reçoit l’aide d’une ravissante rousse, rencontrée à Much Deeping, ensemble ils envisagent un plan pour démasquer la combine des « trois sorcières », si combine il y a, ce qui ne plaît absolument pas à l’inspecteur Lejeune.
Et voilà que l’adorable Katherine "Ginger" Corrigan tombe malade elle aussi.
Quel bonheur que de relire ce « Pale Horse » lu à sa sortie et oublié depuis – si je n’avais pas vu le téléfilm récemment, je n’aurais en aucun cas deviné le meurtrier, mes soupçons se seraient portés sur une toute autre personne.
Ça c’est le don d’Agatha Christie = vous envoyer sur des tas de pistes, sauf la bonne, même si elle a toujours prétendu qu’il y avait dans ses romans policiers, tous les éléments pour que le lecteur puisse deviner le criminel.
Dans cette histoire datant des années 1960, on retrouve la critique de Dame Agatha sur la jeunesse de son époque = chevelus, mal habillés, peu voire pas soignés…. Il est vrai qu’elle est alors une vieille dame, et n’oublions pas qu’elle est née à l’époque victorienne.
On retrouve dans « the Pale Horse » des personnages rencontrés dans d’autres romans de la Duchesse du crime = les Dane Calthrop, amis de Miss Marple, qui apparaissaient notamment dans « le recueil de nouvelles « The Thirteen Problems », mais aussi dans « The Moving Finger ».
Quant aux Despard, ils apparaissaient dans « Cards on table », sans encore se connaître, mais après cette enquête-là, ils se marièrent.
Ariadne Oliver ne se présente plus = amie d’Hercule Poirot, avec qui elle partage 6 enquêtes, alter ego littéraire de la Reine du crime, elle est toujours aussi farfelue dans l’écriture de ses polars, ne sachant que faire de ses personnages.
Je pense que Lady Agatha a bien dû s’amuser en la créant.
Ici elle assiste Mark Easterbrook, narrateur de l’histoire.
Comme spécifié plus haut, le fait de connaître le meurtrier ne m’a guère ennuyée, car toute l’enquête est passionnante.
Je n’avais guère envie de relire pour la nième fois « Hallow’een party », que je reprends systématiquement à l’occasion d’Halloween.
Ce « Pale Horse » est absolument parfait dans le cadre de cette fête-là, véritable lecture de saison avec ce roman où flotte tout le long un parfum de mystère lié à la sorcellerie que j’ai adoré.
Le téléfilm réalisé en 2010, avec Julia McKenzie reprenant le rôle de Miss Marple, introduit justement celle-ci en tant qu’ « enquêtrice », désobéissant aux injonctions de l’inspecteur Lejeune. Elle remplace de ce fait Ariadne Oliver, qui n’apparaît pas du tout dans le téléfilm, les Despard n’y apparaissent pas non plus. En plus d’ « éliminer » ces personnages du roman, le téléfilm en introduit 3 autres.
Je me répète, je le sais, mais je trouve un peu dommage que les nouveaux téléfilms adaptant les romans d’Agatha Christie, fassent un melting pot des personnages.
Peut-être est-ce dû au fait que les producteurs s’imaginent que la nouvelle génération ne connaissant pas les œuvres de Mrs. Christie, ils peuvent prendre des libertés avec les histoires.
Ceci dit, le téléfilm se laisse regarder avec plaisir.

