FESTIVAL, de Murray Lerner

murray lerner & george wein
Un petit peu d’histoire = le Newport folk music Festival à Newport, Rhode Island, fut créé en 1959, en réponse au Newport Jazz Festival datant lui de 1954. En 1972, ce dernier devint le New York Festival, s’étant établi dans la grande pomme. Les 2 festivals se tenaient généralement en même temps.
Le Newport Folk Music Festival fut créé par George Wein, et soutenu par ceux qui déjà faisaient partie du comité d’organisation/administrateurs = Theodore Bikel, Pete Seeger, Albert Grossman et Oscar Brand. Il est resté très célèbre pour avoir permis la montée d’étoiles telles Joan Baez, Bob Gibson, Bob Dylan. On y découvrit aussi Johnny Cash (qui parvient à chanter « Walk the line », sans avaler son chewing-gum – mais comment fait-il ? !).
De 1959 à 1970 une foule impressionnante de jeunes et moins jeunes se réunissaient, dormaient en plein air, subissaient les orages, chantaient en compagnie des musiciens, tout dans la joie et la bonne humeur, tout au plaisir de partager des moments d’émotion et d'humour aussi.
Le film de Murray Lerner, réalisé en 1967, réunit des documents d'archives de 4 années = de 1962 à 1965 (le festival ne se tint pas en 1960 et 1961).
Ce sont les voix de femmes qui m’ont le plus émue, à revoir ce film = la voix profonde, énergique, de Mary Travers (de Peter, Paul & Mary, hélas décédée en 2009), Odetta dont la voix semble réellement venir de ses tripes, Joan Baez dont la voix n’a pas encore la profondeur actuelle et qui chantait, à l’époque, dans un registre un petit peu trop aigu – mais ce sont les textes qui comptent (il faut réellement écouter et entendre les paroles de « Farewell Angelina », cela vous amène les larmes aux yeux, du moins chez moi).
Comme ceux de Buffy Sainte Marie (d’origine indienne Cree) et Judy Collins. Tout cela, simplement accompagné à la guitare, sans toute la machinerie technique – ce que je ne critique pas, je note tout simplement que tous les chanteurs présents aux divers Folk Festivals de Newport s’accompagnaient seulement à la guitare et c’était sensationnel !
Sans oublier le formidable, le grand Pete Seeger, toujours aussi engagé à 93 ans qu’il l’était dans les années 1950 et mis sur la tristement fameuse liste noire du maccarthysme.
Le sympatique Donovan et finalement « Le Zim », alias Bob Dylan (vrai nom = Robert Zimmerman, ergo « le Zim » pour ses potes), dont le film offre les images du Festival 1965, où Dylan se produisit pour la première fois avec une guitare électrique, ce qui provoqua un beau tollé dans la foule.
Selon Murray Lerner, cette controverse fut suscitée par ceux qui n’appréciaient pas Dylan. Personnellement, ayant regardé plusieurs fois cette scène, au gré de plusieurs extraits documentaires, je ne peux m’empêcher de donner raison aux participants du Festival 1965, car Dylan n’a pas beaucoup l’air de jouer pour son public mais plutôt pour lui-même. De toute façon, Bob Dylan, c’est assez regrettable à dire, n’a jamais beaucoup « aimé » ses fans – il suffit de voir comment il réagit lorsqu’il quitte la scène le plus rapidement possible « pour ne pas être ennuyé par toute cette foule ! ».
Bien sûr, regarder ce sympathique documentaire ne fut pas exempt de nostalgie de ma part, j’ai assisté à quelques rock&pop festivals à Rotterdam (Pays-Bas) dans ma « folle » jeunesse – et j’ai beaucoup aimé voir l’évolution vestimentaire au fil des 4 années composant le documentaire - des cheveux coupés courts et des tenues presque bcbg de l’année 1962 succèdent peu à peu les tenues vestimentaires plus détendues, les cheveux rallongent et des « joints » remplacent la cigarette.
Je me suis aussi « retrouvée » dans cette jeune femme qui expliquait que « toute la semaine on est habillé pour le travail, mais là on peut enfin être soi-même – décontracté », exactement mon ressenti. Dans leurs propos ressort également l’angoisse face à la guerre du Vietnam (dont on oublie souvent qu’elle dura 11 ans, de 1964 à 1975).
Une surprise = le comédien Theodore Bikel s’accompagnant à la guitare pour interpréter une chanson populaire juive, réellement très belle au point de vue sonorité.
Un moment d’émotion donc, pour moi, que ce documentaire – à regarder si l’on est fan de folk songs qui signifient quelque chose, de blues chanté par les Noirs qui ne s’accompagnent que de leur harmonica, le battement des mains, d’un banjo comme Son House, dont Mike Bloomfield (jeune musicien décédé à 37 ans) parle avec un enthousiasme attendrissant dans le docu. Mike Bloomfield est considéré comme l’un des 100 meilleurs guitaristes de l’histoire de la musique, selon le magazine Rolling Stone.
Sans oublier l’émotion intense entre toutes, le film se terminant sur cette image, de tous les musiciens et chanteurs réunis sur la scène et chantant « We shall overcome ».













