TROIS FOIS LE CINEMA FRANCAIS
Je vais peu au cinéma désormais, privilégiant la découverte de l’histoire grande et petite du cinéma, via la médiathèque située en face de chez moi.
Cependant j’ai une copine qui est parvenue à me convaincre d’aller voir 2 films en sa compagnie, le 3ème fut décidé par moi un jour de coup d’envie de remettre les pieds dans les salles obscures, pour cause d’acteurs que j’aime.
Deux d’entre eux = sur un registre « Familles je vous hais » que n’aurait pas renié André Gide (et que j'attribue systématiquement à Jean-Paul Sartre.)
CHERCHEZ HORTENSE, de Pascal Bonitzer = un « coach » pour hommes et femmes d’affaires devant traiter avec les Chinois, compagnon d’une metteur en scène et avec un pré-ado à gifler, devrait à la demande de son épouse demander à son père, un imbuvable politicien, égoïste prétentieux, qui n’a jamais une minute à lui consacrer, d’aider une jeune femme venue des Balkans et en situation illégale. S’il pouvait demander à son père de faire en sorte qu’elle puisse légaliser la situation, tout le monde serait beau et content.
L’a-t-on assez dit que Jean-Pierre Bacri est excellent dans cette histoire aigre-douce sur les relations hommes/femmes, pères/fils, sur un homme un peu las, qui n’a pas le courage d’affronter un père qu’il sait insupportable. Damien/Bacri, pour ne pas avoir agi au bon moment, va se retrouver face à une réaction en chaîne qui le « réveillera ».
Je confirme l’excellence du jeu de cet acteur que j’apprécie énormément.
Sa compagne est jouée par Kristin Scott-Thomas avec le talent qu’on lui connaît, pour une fois elle n’est pas une femme d’affaires dure mais une artiste aux problèmes existentiels = tromper ou pas tromper un homme qui ne la regarde plus assez.( Mais qui se tape quand même tout le boulot à la maison puisqu’elle travaille tard pour les répétitions !). Claude Rich est le père narcissique du malheureux Damien/Bacri et Isabelle Carré est une émouvante Aurore, fraîche et mignonne comme tout. Quant au jeune acteur qui interprète le fils, il est touchant lui aussi en ado déboussolé, mais je ne supporte pas les pré-ados.
A voir pour le jeu de Jean-Pierre Bacri, et pour la qualité du texte (et aussi pour découvrir qui est Hortense.)
LE PRENOM, d’Alexandre de la Patellière & Mathieu de la Porte – Adaptation de la pièce de théâtre éponyme de ces mêmes auteurs.
Parce qu’il a eu envie de jouer un bon tour à sa famille et leur ami, Vincent va déclencher une réaction en chaîne de catharsis, qui laisse pantois. Je me suis vraiment demandé comment on peut sortir indemne d’un tel jeu de la vérité.
Adapté de leur pièce de théâtre, le film se joue dans l’appartement d’Elisabeth et Pierre . Assez étrangement, je n’ai pas eu cette impression de théâtre filmé que donnait « Carnage » de Polanski par exemple – et qui traite aussi d’une conversation qui aurait pu rester anodine mais qui dérape. Tous les comédiens sont fort bons dans cette histoire de lessive de linge sale en famille, avec une préférence de ma part pour Valérie Benguigui en grande sœur et épouse qui se sent depuis toujours « laissée de côté » ; Avec Charles Berling dans le rôle de son mari, prof bobo et prétentieux, "de gauche" peut-être mais qui laisse quand même tout le boulot de ménage à son épouse.
Avec un très bon Patrick Bruel en grand gosse gâté qui ne mesure pas la portée de ce qu’il dit et déclenche ainsi la vexation et puis la fureur des autres. L’ami de la famille est joué par Guillaume de Tonquedec, émouvant et amusant en tromboniste cachant un secret; Judith El Zein la compagne enceinte de Vincent, et avec le grand plaisir de retrouver Françoise Fabian, à qui l’on offre bien trop peu de rôles. Avec un petit clin d’œil de Bernard Murat, en obstétricien.
A voir pour découvrir le « prénom » qui déclenche l’orage. Et pour l'interprétation.
ET SI ON VIVAIT TOUS ENSEMBLE ?, de Stéphane Gobelin – que je ne suis allée voir que pour la distribution = retrouver Jane Fonda et Geraldine Chaplin, Guy Bedos, Pierre Richard et (encore) Claude Rich. Avec aussi Daniel Brühl.
Je pensais voir une comédie toute simple et drôle, je me suis retrouvée en plein drame de la vieillesse, aux antipodes de « Hotel Marigold » ou « Another Year ».
Sortie de là avec un tel coup de blues, que je me suis demandé si je n’aillais pas immédiatement finir de vivre maintenant, avant de passer par toutes les affres qui risquent de me tomber dessus = pertes de mémoire graves, maladie grave menant irrévocablement au tombeau, enfants qui ne savent plus que faire de vous et vous casent en maison de repos, etc.
C’est évidemment un œil très réaliste sur le sujet, sauf la « colocation » entre amis – peu de colocations résistent au temps, et l’amitié fout le camp aussi.
Il manque réellement ce petit quelque chose que les Anglo-Saxons, toujours dans l’autodérision, apportent à ce type de sujet.
Bref LA déception de ces 3 films, la GROSSE DECEPTION.
A voir si on a envie de sortir avec un cafard monumental, quelques scènes amusantes dues à Guy Bedos en vieux gauchiste grincheux et à une Jane Fonda, émouvante, appuyant un peu lourdement sur la pédale "sexualité des vieux", mais c'est vrai qu'on l'occulte celle-là.
L’ensemble craint et finalement c’est du niveau d’un téléfilm, un film qui ne tient pas vraiment les promesses qu’il suggérait.
C’est sûr qu’après ceci, j’irai voir « Asterix », car j’aurai besoin de rire (même bêtement).


