MISS SADIE THOMPSON, de Curtis Bernhardt
Titre français = La Belle du Pacifique
Scénario d’Harry Kleiner, d’après une nouvelle de Somerset Maugham intitulée d’abord « Miss Thompson », ensuite « Rain »
Dans une île du Pacifique (Hawai ou autre), le sergent O’Hara espère être bientôt démobilisé. Arrivent sur l’île deux couples, l’un étant le révérend Davidson de retour avec son épouse, afin de reprendre en charge sa paroisse et le docteur McPhail et son épouse, qui sont simplement là pour se reposer.
Tout juste après ce groupe arrive Miss Sadie Thompson, belle rousse qui attire immédiatement l’attention des soldats, tout contents de voir une belle fille qui n’a pas trop l’air farouche en plus. Immédiatement le révérend Davidson, puritain intolérant, est persuadé qu’il s’agit d’une prostituée qui est parvenue à échapper à la police de San Francisco, il est à ce point hargneux que le docteur, nettement plus tolérant, le remet à sa place, sans succès bien sûr.
Miss Thompson est une fille sympathique que tout le monde se met à apprécier, sauf les Davidson évidemment.
Le révérend se met d’ailleurs en tête de la faire retourner à San Francisco et demande au gouverneur de l’île de révoquer son passeport pour la Nouvelle Calédonie où l’attend un nouvel emploi – et, l’espère-t-elle, une nouvelle vie.
Apparemment c’est le révérend qui gagne la partie, malgré les supplications de Sadie de la laisser simplement s’embarquer et avoir une nouvelle chance, d’autant plus que Phil O’Hara l’a demandée en mariage et propose de l’emmener en Australie.
Davidson parvient à prêcher tant et si bien que Miss Thompson décide d’affronter la police des USA et le sort qui l’attend pour avoir travailler dans une boîte de nuit en tant qu’entraîneuse. Phil O’Hara comprend donc qu’effectivement elle était une prostituée.
Lorsque Davidson montre le vrai visage d’hypocrite, de prêcheur ne respectant pas ce qu’il prêche et Miss Thompson, désabusée, ne croit plus en rien. Heureusement Phil O’Hara veille.
Bien qu’il y ait un peu trop de numéros musicaux à mon gré, ce « Miss Sadie Thompson », dont c’était déjà la 4ème version cinématographique, m’a attirée parce qu’adapté de Somerset Maugham – je n’ai pas été déçue, tous les habituels critères maughamiens y sont réunis = la fille perdue, le religieux hypocrite, le brave type, la rédemption par la religion, l’amour, la force de se voir comme on est.
Et pourtant il y eut des critiques aux Etats Unis pour estimer qu’il s’agissait d’un film totalement immoral, vulgaire, pornographique, etc. Dans certains états, le film ne fut même pas distribué en raison de son « obscénité » !!!!
Ce, malgré les adaptations du scénario, obligatoires dues au code de morale Hays = Miss Thompson est une chanteuse de night-club ayant un certain passé.
Alors que dans le roman, le révérend Davidson est réellement un intégriste religieux, chef d’une secte et à l’âme corrompue, ici il est seulement le révérend d’une secte religieuse privée.
Jamais, je trouve, sujet ne fut plus mal compris - mais ça ne me surprend pas d’intégristes religieux.
L’interprétation de Rita Hayworth est émouvante et vraie ; comme elle interprète une chanteuse, elle est doublée pour les numéros chantés du film.
José Ferrer est parfait aussi en prédicateur, faux jeton religieux, intolérant. Quant à Aldo Ray, qui interprétait souvent des rôles de soldat, il est crédible en sergent prêt à épouser celle qu’on appelle « la fille perdue ».
Dans un court rôle secondaire de soldat, on trouve Charles Bronson, qui joue déjà les gros bras. Quant au compréhensif docteur, il est joué par Russell Collins.
Beaux paysages d’une île faisant partie de l’archipel hawaien pour les extérieurs – toutes les scènes d’intérieur ont été filmées en studio.Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un grand film, je le trouve un peu trop "hollywoodien" à mon gré, mais l’interprétation est excellente et le sujet intéressant – j’aime beaucoup les personnages « torturés » de Somerset Maugham. Je crois que je vais essayer de trouver la nouvelle car j'aimerais lire ce que Maugham avait écrit.
Après avoir réalisé quelques films noirs, le réalisateur Curtis Bernhardt fut souvent catalogué aux Etats-Unis, comme metteur en scène de films de femmes, pour les femmes – il est, entre autres, le réalisateur de la version américaine, année 1946, sur la vie des sœurs Brontë « Devotion ». Beaucoup de ses films sont tombés dans l'oubli, pourtant ils possèdent tous une excellente étude de caractères.
Né Kurt Bernhardt, il faisait partie des réalisateurs de l’expressionnisme allemand, mais d’origine juive il échappa de justesse à la Gestapo ; il arriva aux USA en 1939.






