THE WOMEN, de George Cukor
Titre français = Femmes
Scénario d’Anita Loos et Jane Murfin avec l’aide de Francis Scott Fitzgerald & Donald Ogden Stewart (les 2 n’étant pas mentionnés)
D’après la pièce éponyme de Clare Boothe Luce
Mary Haines vit depuis dix ans dans un mariage idyllique – son bonheur est de s’occuper de son foyer (avec une femme de chambre et une cuisinière !). Elle fait régulièrement du cheval avec sa fille qu’elle adore et avec qui elle est très complice.
Pendant ce temps, l’institut de beauté « Sydney’s ne désemplit pas de dames ayant besoin de manucure, coiffure, programme pour la ligne, soins du visage, bref tout ce qu’un institut de beauté peut offrir aux oisives qui ne savent comment occuper leurs journées (apparemment elles n’ont pas appris à lire, à part la « gutter press » !).
La pire cancanière de ce salon est sans conteste Sylvia Fowler, cousine et « amie » de Mary Haines qui apprend de la manucure que Mr Haines trompe sa femme avec une vendeuse du rayon parfumerie d’un grand magasin. Evidemment, la chère Sylvia se précipite chez Mary – son mariage n’étant pas brillant, elle est très jalouse du bonheur de son amie ; à mots couverts elle lui fait comprendre que cette vie en rose n’est peut-être pas si rose que cela. Du coup, intriguée bien que n’ayant pas envie de croire ces ragots, Mary va au salon de beauté et tombe sur la même manucure qui, ignorant son nom, lui débite la même histoire.
Drame, au secours maman – une maman qui n’hésite pas à dire à Mary de fermer les yeux comme elle le fit sur les frasques de son père. Mais Mary a sa fierté et décide de divorcer. La voilà en route pour Reno, où elle fait la connaissance de la délurée Miriam, de la comtesse de Lave qui en est à son 4ème divorce et a l’intention de convoler une 5ème fois, et la douce Peggy qui apprend qu’elle est enceinte et ne sait plus si elle veut divorcer ou non. Tout cela sous l’œil légèrement sarcastique et gentiment ironique de Lucy, qui tient la pension des « divorcées ». C’est à Reno que Mary apprend de son ex-mari qu’il vient de se remarier avec sa maîtresse.
18 mois plus tard, on retrouve toutes ces dames, mais les amitiés ont changé = désormais ce sont les « femmes de Reno » qui sont devenues les amies de Mary, de vraies celles-là – Sylvia par contre est devenue l’amie de la nouvelle Mrs. Haines. Mais tout n’est pas rose dans ce nouveau ménage et Mary cette fois ne va plus être la « brave fille » qu’elle était.
Je réalise que lorsque j’ai parlé du remake de ce film par Diane English, j’ai qualifié le film de George Cukor d’ « excellent », il faut dire que je trouve tout ce qu’a fait ce réalisateur excellent.
Néanmoins, à présent que je l’ai revu (vu une première fois à 16 ans je crois, à la télé), je ne suis plus aussi convaincue de son excellence, par contre je le suis de son originalité = réalisé il y a 70 ans, il n’y avait pas moins de 130 femmes dans la distribution, de la plus petite figuration aux vedettes principales les mieux connues de l’époque – ainsi que certaines des comédiennes ayant créé la pièce à Broadway.
Tout cela est finalement très caricatural, je suppose que c’est voulu. Reconnaissons-le, cependant, les femmes sont parfois de curieux phénomènes, au bord de la paranoïa, de l’hystérie mais aussi capables de beaucoup de solidarité et de gentillesse, autant que de mesquinerie et vraie méchanceté. Exactement comme les hommes en fait.
Cette histoire est un curieux mélange de misogynie et féminisme, comme si la dramaturge Clare Boothe Luce n’ait pas trop su dans quel versant tomber. Elle met à la fois en exergue les vertus de la douce mère de famille, toute dévouée à son époux, à sa famille, mais également les jeunes femmes estimant qu’une femme se doit de gagner sa vie, d'avoir une indépendance matérielle sans dépendre d’un homme, car ceux-ci étant rarement fidèles, ils sont aussi très souvent pingres quand leur femme est au foyer. Cette auteure avait créé un fonds de soutien pour promouvoir les femmes dans les sciences, les mathématiques et l’ingénierie.
Il est certain que deux mondes s’affrontent ici = celui des riches et célèbres pour qui l’argent n’est pas un problème et celui de ceux et celles qui doivent gagner leur pain.
Cela m’a fait un énorme plaisir néanmoins de revoir ce film, ne fut-ce que pour l’interprétation féminine = Norma Shearer (la compréhensive Mary, qui ne vit que pour son foyer), Joan Crawford (la femme par qui le scandale arrive), Rosalind Russell (la vraie peste, l’amie grâce à laquelle on n’a nul besoin d’ennemis), Paulette Goddard (une jeune femme pleine de détermination à se trouver un riche époux), Joan Fontaine (la gentille copine pas très riche, qui a un métier, qui essaie de ne pas se laisser totalement écraser par son mari mais qui rêve d’un enfant), la savoureuse Marjorie Main, Mary Bolland (la comtesse qui se remarie une 5ème fois et avec autant de malchance que précédemment), Phyllis Povah (la mère de 8 gamines insupportables), Lucile Watson (mère de Mary), Virginia Weidler (la petite Mary, fille des Haines). Hedda Hopper, en journaliste-commère interprète son propre rôle.
Comme on le sait, on n’arrête pas de parler des hommes dans cette histoire, ils sont le centre d’absolument TOUTES les conversations (c'en devient énervant, n'ont-elles vraiment AUCUN autre centre d'intérêt ces greluches !), mais on n’en voit pas un seul !
Le film est tourné en noir et blanc, tout studio évidemment – cela se passe dans des salons et des appartements très huppés de New York, jusqu’à Reno et retour à New York.
Il y a néanmoins une séquence en couleurs = un défilé de mode auquel assistent toutes ces dames et où l’on peut regarder à loisir les belles créations des années 1930 d’Adrian. Celui-ci fut l’un des plus célèbres créateurs de mode pour le cinéma – il a habillé les plus grandes stars de l’époque.
Une autre originalité (bien trouvée), la distribution avant que ne démarre le film proprement dit = après le nom d’actrice, le nom du rôle, chaque femme est représentée par un animal, avant que l’on ne montre la photo de l’actrice.
Evidemment Mary Haines, la pauvre trompée, est une biche ; la maîtresse de son mari, une panthère ; sa cousine et soi-disant amie Sylvia un chat, Peggy, l'amie douce, un petit agneau, etc.












