RUMBA, de Fiona Gordon, Dominique Abel & Bruno Romy
Scénario d’Abel, Gordon & Romy
Fiona et Dominique sont enseignants, elle d’anglais, lui de sport. Mais surtout, ils sont passionné de danse et plus particulièrement de rumba, ils s’exercent dès qu’ils ont un moment de libre afin de participer au concours régional de danse latine.
Sur le chemin du retour, alors qu’ils sont tout heureux d’avoir remporté le premier prix, afin d’éviter un badaud bien décidé à se suicider, le véhicule des deux jeunes gens s’encastre dans un mur. Pour Fiona, c’est l’amputation d’une jambe, pour Dominique c’est la perte totale de mémoire – tant celle de son passé que de son présent. Même plus de mémoire à court terme.
Le tragique de leur situation s’aggrave lorsqu’ils perdent leur emploi suite à des difficultés causées par leur situation respective. Et comble de malheur, leur maison brûle. Le lendemain de ce drame, Dominique part chercher des petits pains, ne se souvient plus où il habite et se fait dévaliser. Là-dessus, vient à son secours, Gérard celui par qui leur malheur est arrivé, qui est toujours aussi dépressif mais recueille Dominique. Ensemble ils s’occuperont désormais de la baraque de plage où l’on vend des beignets, même si Dominique oublie comment les faire.
Fiona a retrouvé la trace de Dominique, hélas au bord des falaises du Cap Gris Nez ; elle est convaincue qu’il est tombé du haut de la falaise et revient un an plus tard afin de jeter une fleur à la mer en souvenir de l’homme qu’elle aime. La vie pourtant a une surprise en réserve.
Alors que jusqu’à présent je n’avais pas été très tentée par les films d’Abel & Gordon plus Romy, après avoir découvert les deux premiers dans leur court métrage « Walk on the Wild Side », j’ai eu très envie de découvrir ce film-ci, dont j’étais certaine qu’il s’agissait de leur premier long métrage. Erreur, c’est le deuxième qui précède directement « La Fée », le premier s’intitulant « L’Iceberg ».
Fiona Gordon est d’origine canadienne, née en Australie et vit à Bruxelles avec Dominique Abel, qui est originaire de Thuin (Belgique). Ils ont suivi des cours de théâtre à Paris ; c’est au cours d’une tournée théâtrale qu’ils firent la connaissance de Bruno Romy, né à Caen (France) ; il a mis en scène plusieurs courts et moyens métrages dès le milieu des années 80. Parmi ceux-ci figure « Merci Cupidon » avec Abel & Gordon comme co-réalisateurs.
Avec « Rumba », ce sympathique trio a une fois encore réalisé une comédie d’humour décalé, inspirée par le cinéma burlesque (un genre qu’appréciait particulièrement Woody Allen) à savoir du cinéma d’auteur populaire où le langage corporel joue un rôle majeur. Le jeu des acteurs prime sur le scénario ; les principaux ingrédients sont l’autodérision et le rire, mais pas n’importe quel rire, pas un rire moqueur mais un rire plein de complicité entre acteurs et spectateurs.
Le sujet ici est tout de même assez sérieux, voire dramatique – on sourit mais le rire est teinté de tristesse face aux malheurs qui accablent le jeune couple.
M’étant dit, après « Walk on the Wild Side » que si leur long métrage (plutôt un moyen métrage vu sa longueur) était décalé et drôle, cela me plairait certainement – je reconnais que j’ai été un tantinet déçue par certaines longueurs - répétition dans les gags, mais pas du tout par cette histoire où l’espoir renaît malgré tout.
On est très loin ici des « popcorn movies » de plus de 2 heures (où il y a une heure en trop d’effets spéciaux assourdissants et un scénario tenant sur un timbre poste) – on se sent bien triste face à tant de malheurs, mais en empathie avec ces personnages que nous pourrions être, avec leur volonté et leurs espoirs malgré l’adversité.
La mise en scène, comme dans « Walk on the Wild Side », a choisi l’immobilité du cadre, un style visuel qui met l’accent sur les personnages ; on joue sur les entrées et sorties du cadre, mais il est nécessaire de rester vigilant car l’arrière-plan, même si immobile, change tout de même. J’avoue bien apprécier ce type de mise en scène qui laisse le champ libre au mouvement des comédiens. Les co-réalisateurs disent aussi aimer que leur cinéma « ait l’air bricolé », ils apprécient les inventions artisanales plutôt que les effets digitaux, car ces inventions conservent un petit côté humain que les effets digitaux n’apportent plus au cinéma, ce sont des machineries qui laissent moins de place au scénario, aux acteurs. Pour les auteurs du film, la complicité avec le public est essentielle.
Le message que souhaitent véhiculer nos co-réalisateurs est que « le bonheur est fragile, la vie est cruelle ; lorsqu’on perd tout ce qui fait le bonheur, il reste quand même l’amour fragile mais vivant » (en supposant bien sûr que ce ne soit pas l’amour de sa vie qu’on ait perdu.)
Mais foin du chagrin personnel face à cette histoire tendre, triste et drôle à la fois, dont la musique donne envie d’apprendre à danser la rumba, car Abel & Gordon apprécient beaucoup les comédies musicales et inventent leurs chorégraphies. Ils ont donc essayé de faire partagé leur plaisir aux spectateurs.
La rumba est une danse sensuelle et physique qui a donné lieu à d’autres genres comme le cha-cha, le mambo, la salsa.
Un film d’auteur à découvrir malgré ses petits défauts.





