C'ERAVAMO TANTO AMATI, d'Ettore Scola
Titre français = Nous nous sommes tant aimés
Titre anglais = We all loved each other so much
Scénario original d’ Age & Scarpelli, et Ettore Scola
Gianni, Antonio et Nicola, partisans pendant la 2ème guerre mondiale, luttant contre les nazis et le fascisme, sont devenus des amis partageant les mêmes idéaux de gauche et espérant tous les trois faire en sorte que le monde devienne meilleur. Tous les trois se retrouvent régulièrement dans un petit resto, où le patron bon enfant leur fait plus souvent crédit qu’à son tour. Où ils se retrouveront d’ailleurs 30 années plus tard, lorsque leurs vies auront totalement changé.
Antonio, c’est le brave gars un peu sanguin, qui était aide-soignant mais, lorsque la démocratie-chrétienne arrive au pouvoir, il n’est pas promu, au contraire, ce sont les nonnes de l’hôpital qui ont tout à dire.
C’est Antonio qui découvre le premier la charmante aspirante-actrice Luciana dont il tombe amoureux ; elle l’aime bien mais lorsqu’il la présente au séduisant Gianni, assistant avocat, elle est subjuguée et rapidement ils viennent expliquer la situation à Antonio, qui n’apprécie pas vraiment !
Entretemps Gianni doit aller porter des documents à un homme d’affaires véreux, membre du parti démocrate-chrétien, se fichant des lois et de ses travailleurs, mais qui parvient à l’embobiner de travailler pour lui en lui faisant miroiter qu’il n’y perdra pas ses idées, qu’il pourra peut-être même aider à les développer. Bref Gianni est le premier à vendre son âme au diable et perd Luciana en même temps.
Pendant ce temps, Nicola, petit professeur dans un lycée, souhaitant devenir critique cinématographique, instaure un ciné-club dans la petite ville où il vit avec sa femme et son fils, mais intellectuel marxiste bavard, vouant une passion aux cinéastes du neo-réalisme italien, il se fait insulter par le comité scolaire et est suspendu. Il en profite pour partir pour Rome, où il rejoint Antonio, avec qui il se dispute rapidement sur les théories et les mentalités petites bourgeoises de son copain.
Luciana arrive dans le même resto qu’eux et devient la maîtresse de Nicola, pour quelques soirées. Puis fait une tentative de suicide pour Gianni qu’elle n’arrive pas à oublier. Alors que ledit Gianni a épousé la fille du patron, qu’il n’aime pas vraiment bien qu’elle l’adore et accepte tout ce qu’il lui impose = lectures, régime.
Ainsi au fil du temps, les chemins de Luciana et Antonio vont continuer à se croiser, avec parfois un écart de plusieurs années et finissent par se marier.
Antonio retrouve un jour par le plus grand des hasards Gianni l’avocat, dont il ignore la réussite et la richesse et pense qu’il est gardien de parking. Il l’invite donc dans leur trattoria, où le patron est toujours présent mais où le décor a changé. Ayant trop bu, les trois amis finissent par se disputer et en venir aux mains. C’est en voulant ramener le permis de conduire de Gianni qu’Antonio, Nicola et Luciana découvriront la vérité à son sujet.
« C’eravamo tanto amati » est l’un des rares films d’Ettore Scola que je n’avais pas vu – il est construit comme « Il ballo », « La Terrazza », « La Famiglia », « La Cena », c'est-à-dire une histoire s’étendant sur plusieurs années, où l’on assiste à une histoire de l’Italie à travers la vie des personnages mis en scène.
C’est une histoire d’amitié dont l’amertume n’est pas exempte, celle de constater que la vie se mêle de nous changer, même si nous pensions ne jamais changer et si nous voulions changer le monde. Et même si le monde change, on vit dans l’illusion que l’amitié sera toujours là, quoiqu’il arrive – hélas !
Le titre s’inspire d’une chanson des années 20, célèbre en Italie « Come pioveva ».
Par ailleurs le film, en plus d’être un survol de l’Italie des années d’après-guerre, est également un bel hommage aux cinéastes italiens comme Roberto Rossellini, Vittorio de Sica, Federico Fellini (qui interprète son propre rôle dans le film pendant le tournage de la « Dolce Vita », en compagnie de Marcello Mastroianni).
Cet hommage au cinéma italien fait également l’objet d’un jeu télévisé « Quitte ou double », auquel participe Nicola, qui espère par là retrouver son épouse et son fils, mais Nicola, emporté par le sujet, est malheureusement trop bavard même si sur le fond de ce qu’il défend il a raison.
Le film est un long flash-back, qui commence en couleurs, par la venue d’Antonio, Nicola et Luciana chez Gianni, dont ils ignorent la fortune. En regardant par-dessus la haie leur ami plonger dans sa piscine de milliardaire, Antonio raconte leurs jeunesses et leurs rencontres, toutes filmées en noir & blanc. Costumes, coiffures, maquillages permettent de se rendre compte que le temps passe, imperceptiblement.
Ce sont les acteurs fétiches d’Ettore Scola que l’on retrouve dans les rôles principaux = Stefania Sandrelli apporte son joli sourire et son talent à Luciana, l’apprentie-actrice qui a des difficultés à percer.
Vittorio Gassman est Gianni Perego, l’avocat idéaliste qui réussit mais perd son amour et son intégrité.
Nino Manfredi est Antonio, grand cœur, grande gueule, qui à travers le temps, conserve toute son amitié à tous, comme le brave type qu’il est.
Stefano Satta Florès est le pur et dur intellectuel Nicola, intransigeant, bavard, surtout bavard.
Aldo Fabrizi interprète avec talent le beau-père de Gianni, l’homme d’affaires véreux, représentant la démocratie-chrétienne, qui lui « vend » pratiquement sa plus jeune fille, très joliment interprétée par Giovanna Ralli qui fait réellement une belle prestation en épouse mélancolique, timide et amoureuse, n’arrivant pas à communiquer avec son époux autrement qu’au travers d’un petit enregistreur.
J’ai revu avec grand plaisir l’actrice Giovanna Ralli, qui ne fit pas énormément de cinéma finalement, consacrant une grande partie de son temps au théâtre et ensuite à la télévision. Aldo Fabrizi, pour sa part, fut un grand témoin du cinéma néo-réaliste italien, puis de la scène théâtrale avec son apogée à Broadway. Son rôle dans le film d’Ettore Scola fut l’un des derniers de sa carrière cinématographique.
En voyant « C’eravamo …. », je réalise que le film tant apprécié « La Meglio gioventù » n’a finalement rien de nouveau, ni d’original mais a copié littéralement la manière de raconter une histoire de l’Italie qu’ Ettore Scola avait imaginée depuis bien longtemps.
Un grand moment de cinéma.














