ROUTE IRISH, de Ken Loach
Titre français = idem
Scénario de Paul Laverty d’après une histoire vraie, celle d’un ex-parachutiste, victime d’une embuscade en Irak.
« Route Irish » est le surnom donné à la route qui va de l’aéroport de Bagdad à la zone internationale, c’est aux dires de tous la route la plus dangereuse au monde.
C’est là qu’est mort Frankie, le meilleur ami de Fergus Molloy. Tous deux natifs de Liverpool, ils ont grandi ensemble, fait les 400 coups ensemble et c’est Fergus qui a proposé à Frankie de le suivre en Irak pour s’engager dans une milice mercenaire privée, dont le salaire dépasse toutes les espérances, ce qui est cependant pas cher payé pour un métier plus que dangereux. Mortel même puisque Frankie a perdu la vie, ce que se reproche Molloy aux funérailles.
Ce qui choque particulièrement Molloy c’est que leurs employeurs Walker & Haynes ne trouvent pas mieux que de dire « Frankie se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment » !
Rendu furieux par ces mots totalement creux, Fergus Molloy a l’intention de savoir dans quelles conditions son ami est mort – il reçoit d’une amie un téléphone portable qu’un ami commun lui a confié. Molloy demande l’aide d’un musicien irakien, choqué par les images qui s’y trouvent = on voit nettement qu’une famille irakienne a été abattue dans le taxi qui suivait le véhicule de Frank et un certain Nelson, une vraie brute pour qui tout cela n’est que « dommage collatéral ».
A partir de là, Fergus Molloy a décidé de mener son enquête, pour lui Frank ne s’est pas trouvé au mauvais endroit au mauvais moment – on l’y a délibérément fait aller pour le faire taire. Molloy aussi sera manipulé mais cela ne l’empêchera pas d’aller jusqu’au bout de son enquête.
Construit comme une enquête policière, le film met l’accent sur les actes brutaux des milices mercenaires privées, finalement beaucoup plus présentes paraît-il que l’armée officielle. Ken Loach dénonce les exactions des militaires tout comme il nous a habitués aux dénonciations des luttes sociales en Angleterre, c’est-à-dire en appelant un chat un chat.
Ces milices sont sur place pour aider et accompagner les actions humanitaires, les ingénieurs, bref ceux qui disent être là pour aider l’Irak à se reconstruire – mais il s’agit de militaires racistes et peu enclins au respect de l’habitat, pour eux tout Irakien est un terroriste en puissance. Comme le dit un des soldats revenus de là-bas = « ces gens n’étaient sans doute pas des membres d’Al Qaida quand on est arrivés, mais c’est sûr qu’après notre départ, ils le sont devenus ! »
Comme dit en intro, le film est basé sur une histoire vraie, celle d’un soldat ramené par avion, dans un cercueil des plus rudimentaires – et comme il ne s’agit pas d’un soldat de l’armée officielle, aucune cérémonie non plus pour lui. Ces milices privées sont un business extrêmement lucratif – le scénariste Paul Laverty a enquêté sur ces sociétés de sécurité et dit avoir une idée assez précise de ce que tout cela rapporte à leurs dirigeants.
Le film est bien plus qu’un film de guerre, c’est surtout un film SUR les guerres et les dommages irréversibles tant physiques que psychiques. Et qui démontre aussi que les guerres ne sont pas faites par des enfants de chœur, ce ne sont pas des petits saints qui s’engagent à l’armée.
Cela semble parfois un peu confus, mais une guerre est un sujet confus – personne n’est du « bon côté », jamais. C’est aussi une histoire d’amitié et de remords, ceux de Fergus Molloy, qui a engagé son ami pour qu’il aille « se faire tuer ».
Fergus Molloy est interprété par Mark Womack, un acteur que l’on voit beaucoup à la télévision britannique.
Rachel, la compagne de Frankie, jalouse de l’amitié entre les deux hommes et qui juge Fergus responsable de la mort de son ami, est jouée par Andrea Lowe ; cette actrice britannique a aussi eu un petit rôle dans « The Tudors » - elle est aussi très active dans le domaine théâtral et à la télévision.
Son rôle est relativement limité, je ne suis même pas certaine qu’elle apporte quelque chose de plus – si ce n’est un moment de douceur dans la vie de Molloy.
Assez curieusement, je n’ai pas été très convaincue par l’interprétation – j’ai l’impression d’avoir vu un excellent sujet, légèrement bâclé par l’interprétation.
Quant à la fin, elle est assez prévisible.
Je ne suis guère « fan » des films de guerre, trop durs et brutaux, mais j’aime bien Ken Loach, ce que sait mon fils aîné – ayant quelques heures à perdre avant son passage à la radio belge, il a eu envie d’aller au cinéma et m’a entraînée dans une histoire que je n’aurais pas pensé à aller voir sans ses suggestions – je ne le regrette, même si j’ai eu des difficultés à encaisser la violence de cette histoire.
Mais on le sait = toutes les guerres sont sales et on n’en sort jamais indemne.
Et malgré ses faiblesses, cela reste un bon thriller psychologique et un film à voir.









