5 CARD STUD, d'Henry Hathaway
Titre français = 5 Cartes à abattre
A Rincon, Colorado, le bar de Van Morgan est connu pour ses soirées poker – où participent généralement un groupe de personnes, souvent les mêmes, mais où se joignent aussi des étrangers de passage. Van Morgan a quelques problèmes avec Nick, le désagréable fils trop gâté du riche fermier Evers ; sa sœur par contre aimerait bien que Morgan cesse de la traiter en petite fille, mais ce joueur invétéré n’est pas prêt de se caser.
Un soir débarque à Rincon un étranger qui souhaite participer à une partie de poker que l’on appelle « five-card stud », celui qui a cette manche de poker rafle tout !
Malheureusement l’étranger triche et les autres joueurs – sauf Van Morgan – décident de le lyncher. Morgan a beau leur expliquer que les joueurs doivent être roulés dans le goudron et couverts de plume, rien n’y fait. Le meneur, Nick Evers, l’assomme et le tricheur est pendu haut et court. Dégoûté, Van Morgan quitte Rincon.
Peu après, Little George, le barman, vient le voir et lui explique que les participants à la partie de poker meurent tous les uns après les autres de mort violente. Il semble que quelqu’un venge l’homme assassiné, en assassinant à son tour et Van Morgan pourrait bien être le prochain sur la liste. Ce dernier décide de retourner à Rincon pour affronter le tueur.
Evidemment, l’infect Nick est toujours en vie, et toujours aussi provocateur – au point que Van est pratiquement persuadé que c’est lui l’assassin.
En ville sont arrivés de nouveaux venus = un prédicateur, qui a décidé d’apporter la bonne parole à Rincon dont l’église est laissée à l’abandon. Ce révérend Rudd est un homme de peu de mots mais avec qui Morgan sympathise rapidement ; Van trouvera d’ailleurs en Rudd un allié inattendu.
Une autre personne, nettement plus séduisante que le révérend, s’est aussi installée = la ravissante Lily Langford, coiffeuse-barbière de son état, mais dont le salon de coiffure cache des occupations plus lucratives et un peu moins « convenables » - ses assistantes sont toutes aussi ravissantes que la patronne.
La jeune Nora Evers devient d’ailleurs rapidement follement jalouse de Miss Langford, car il est évident que Van Morgan soigne particulièrement ses cheveux et sa barbe depuis son retour. Il ne faudrait néanmoins pas oublier que l’assassin rôde toujours et que les survivants vivent dans la peur d’y passer.
Plus thriller que western, inutile de dire que j’ai adoré cette histoire où Dean Martin et Robert Mitchum sont pareils à eux-mêmes = l’un séduisant, ironique, l’autre tout aussi séduisant, mais un peu monolithique. Comment aurais-je pu résister à ce très bon polar qui - au lieu de se situer dans une grande ville - se passe dans une petite ville frontalière.
Bien que les producteurs aient dit que le scénario de Marguerite Roberts ait été écrit sur base d’un roman de Ray Gaulden, il est évident que ce monsieur s’est inspiré d’un polar de 1950 « Dark City » de William Dieterle, qui offrait son premier rôle en vedette à Charlton Heston (le rôle qu’interprète Dean Martin) et Mike Mazurki dans le rôle interprété par Mitchum.
Dans « Dark City » Mazurki n’a pas un rôle aussi important que Robert Mitchum, dont le personnage a été étoffé pour « Five-card stud».
En dehors de cette différence de rôle, les deux histoires sont presque en tous points semblables = un joueur est la victime d’une bande de joueurs de poker pas très nets, il perd une somme colossale qui ne lui appartient pas et se suicide (au lieu d’être lynché, mais ce sont les autres joueurs qui sont responsables de sa mort). Tout cela, suivi par une histoire de vengeance implacable.
L’interprétation de Dean Martin, en joueur, n’est pas sans rappeler son rôle dans « Some came running», Martin excellait d’ailleurs dans les rôles de presque mauvais garçon très attachant ; si Dean Martin est aussi à l’aise dans le rôle d’un joueur professionnel, c’est parce que très jeune il s’essaya à ce type de boulot, avant de se tourner vers le show business.
Quant à Robert Mitchum, il reprend ici le costume de prédicateur (après « Night of the Hunter »). Il est un prédicateur qui n'hésite pas à utiliser son arme pour signaler que l'heure de la messe va commencer et qu'on est prié de s'y rendre !
L’exquise « Madame Claude », coiffeuse à ses heures, au caractère très indépendant, qui séduit Van Morgan/Dean Martin (mais qui séduit qui dans ce duo ?) est jouée par Inger Stevens.
Cette très jolie jeune femme, qui fut mannequin, qui fut chorus girl pendant qu’elle suivait les cours de l’Actor’s Studio, apparut dans quelques bons films, à la télévision. Elle fut mariée deux fois, la seconde fois était à un acteur afro-américain – compte tenu de l’interdiction sur les mariages mixtes à l’époque aux USA, ils tinrent leur mariage secret jusqu’au décès de l’actrice, à l’âge de 35 ans, suite à l’absorption d’alcool et de médicaments (on pensa rapidement à un suicide, la jeune femme ayant eu pas mal de liaisons avec quelques acteurs célèbres). Je trouve cela fort dommage, car elle avait du talent, ici elle est amusante dans son « duel » à qui séduira l’autre.
L’infect Nick Evers est interprété avec son habituel talent dans le genre par Roddy McDowall, qui après avoir eu des rôles de très gentils petits garçons évoluera vers des rôles de ce type.
Sa sœur Nora est jouée par Katherine Justice, leur père par Denver Pyle, un grand habitué des westerns.
Le sympathique barman est joué joué par Yaphet Kotto, un acteur dont l’enfance de jeune Noir et Juif fut particulièrement difficile.
Le réalisateur Henry Hathaway est évidemment un habitué des westerns et des polars. L’un de ses meilleurs films noirs est « Niagara » avec l’étoile montante qu’était Marilyn Monroe.




