IN THE ELECTRIC MIST, de Bertrand Tavernier
D’après le roman de James Lee Burke : “In the Electric Mist with Confederate Dead”
La Louisiane se remet avec douleur et difficultés du passage de Katrina. Dave Robicheaux y vit entouré d’une épouse aimante, d’une petite fille adorable et impertinente et Batist, son homme à tout faire.
Il est sur l’enquête d’une jeune femme, trouvée morte dans le bayou, après avoir été torturée. Ce que redoute Robicheaux c’est que ce crime ne sera pas le dernier si on ne trouve pas rapidement le meurtrier.
La jeune femme se livrait à la prostitution ; automatiquement le détective se dirige vers Julius Balboni, un mafieux, qui fut pourtant un ami d’enfance. Mais l’homme est absolument écoeurant de fatuité ; pour l’instant il aide financièrement la production d’un film.
La vedette masculine de ce film, Elrod Sykes a la fâcheuse habitude de conduire en état d’ébriété et se fait arrêter par Robicheaux. Lors de son arrestation, Sykes lui dit que pendant le tournage on a trouvé des restes d’un homme dans les marais, un homme qui était probablement en fuite au moment de sa mort, puisqu’il était enchaîné. Il n’en faut pas plus pour ramener à la mémoire de Dave Robicheaux un événement dramatique de son enfance.
Comme le redoutait le détective, un nouveau crime de jeune femme a été commis, tout aussi horrible que le précédent et l’inspecteur n’a vraiment pas l’intention de lâcher, comme on le lui conseille. Du coup, voilà qu’on lui envoie une inspectrice du FBI qui va lui confirmer que Balboni est dans leur colimateur depuis pas mal de temps ; le FBI est sur la trace d’un tueur en série de jeunes femmes, ce que Robicheaux a découvert fait probablement partie de cette sinistre série.
Plus Robicheaux pose de questions, plus les événements se retournent contre lui ; on drogue sa boisson sans alcool (il est aux A.A.), un de ses amis est retrouvé mort, soi-disant suicidé, quelqu’un portant sa veste est tué, sans oublier une mise en scène pour le faire mettre derrière les barreaux.
Il n’est plus temps pour Robicheaux de suivre les règles ; il a à faire à quelqu’un de monstrueux, il va donc utiliser d’autres méthodes pour arriver à ses fins, surtout lorsque sa petite fille est enlevée.
J’ai toujours été grande fan de Bertrand Tavernier, son film “Round Midnight”, à propos de Dexter Gordon est gravé dans ma mémoire à tout jamais et pourtant il y a bien longtemps que je l’ai vu.
J’ignorais pas contre qu’il fût à ce point fan de James Lee Burke, tout comme son ami Philippe Noiret décédé en 2006. Tavernier souhaitait d’ailleurs dédier le film à son ami, mais des histoires de gros sous et droits d’auteur ne l’ont pas permis. Passons !
Tavernier avait déjà adapté un thriller américain de Jim Thompson pour son « Coup de Torchon », toujours avec Noiret d’ailleurs.
Tout ce que l’on a dit de bien sur « In the electric mist » est totalement fondé. C’est non seulement un excellent thriller, qui vous tient en haleine jusqu’aux dernières images, mais le jeu des interprètes est formidable.
Tout d’abord il y a l’énorme John Goodman – énorme par le talent, pas uniquement par le tour de taille – que l’on voit enfin dans un rôle de vrai méchant qui lui va comme un gant. Son allure bon enfant lui a souvent valu des rôles de « bon gros » dans des comédies sympathiques, mais ici il met toute la puissance de son talent dans le rôle de l’odieux Balboni. J’ai réellement été heureuse de retrouver cet excellent acteur à l’écran et dans un rôle digne de son talent.
Tommy Lee Jones exprime également son talent dans le rôle de Dave Robicheaux, un détective pour qui finalement la fin justifiera les moyens, un homme qui porte ses blessures personnelles tapies au fond de lui.
Entre Balboni et lui, c’est la lutte à mort ; entre l’homme juste incarnant le bien, et le nostalgique de l’Empire romain incarnant le mal, le combat est au finish.
L’acteur totalement imbibé est interprété avec justesse par Peter Sarsgaard ; sa compagne est jouée par la jolie Kelly MacDonald, avec sensibilité mais pour une fois elle donne l’impression de ne faire que de la figuration. Je l’ai trouvée plus convaincante dans « The Girl in the Café », « Elizabeth » ou « Gosford Park ».
Quant à Bootsie Robicheaux, c’est Mary Steenburgen que l’on retrouve également ; elle se fait trop rare à l’écran. Il est vrai qu’elle a été longtemps sur le petit écran avec la série « Joan of Arcadia ».
L’inspectrice du FBI est interprétée par Justina Machado et Batist est Walter Breaux.
L’ami de Robicheaux, Lou Girard, est interprété par Pruitt Taylor Vince.
On retrouve encore Ned Beatty, dans le rôle d’un directeur d’usine porté sur les jolies filles et son associé, ex-policier et désormais agent de sécurité est joué par Bernard Hocke.
Il ne faut pas non plus oublier de citer le bluesman Buddy Guy dans le rôle de Sam « Hogman » Patin, un ami de Robicheaux qui a peur d’en dire trop parfois car même si désormais les Noirs sont les égaux des Blancs sur papier, en Louisiane les mentalités d’en sont pas encore là.
La présence de Buddy Guy est déjà en soi un hommage au jazz américain dont le réalisateur est grand amateur.
On trouve encore dans la distribution James Gammon, vu récemment dans Appaloosa, un acteur habitué de seconds rôles et surtout présent sur le petit écran.
Il faut encore mentionner le général John Bell Hood, personnage véridique dans l’histoire de la guerre de Secession ; il avait acquis une réputation de bravoure à la limite de l’inconscience dans les rangs des confédérés. Après la guerre, John Bell Hood vécut en Louisiane où il se lança dans le commerce du coton.
Dans le film de Bertrand Tavernier, il est interprété par Levon Helm. Lorsque Dave Robicheaux se sent mal ou dans ses moments de doute, le spectre de Hood lui apparaît afin de lui donner du courage et de lui confirmer qu’il doit suivre son instinct.
Levon Helm était le batteur du groupe « The Band » qui accompagna Bob Dylan pendant des années.
Dans le film de Bertrand Tavernier, le racisme ordinaire est présent ; les Blancs riches méprisent toujours autant les gens de couleur même s’ils tiennent un autre langage.Et les Noirs se méfient encore et toujours des Blancs, surtout s’ils sont policiers et même si ce sont des policiers aussi intègres que Dave Robicheaux.
S’il y a matière à réflexion (parfois métaphysique) tout au long du film, cela reste aussi un passionnant thriller, qui cloue le spectateur dans son fauteuil jusqu’à la fin.
Quant à la musique du film (blues et cajun), je l’ai particulièrement appréciée aussi ; elle ajoute énormément à l’atmosphère de cette histoire, atmosphère que les brumes des marais de Louisiane rendent angoissantes à souhait. Mais quelle beauté dans les images !
Les scénaristes sont ceux du film « The Pledge », où Jack Nicholson – privé de ses tics habituels – prouvait une fois encore quel formidable acteur il est.
Je suis très contente d’avoir pu découvrir le film sur les grands écrans, car au départ il était prévu pour passer immédiatement en DVD ; on aurait manqué alors un très grand moment de cinéma.
Un autre roman de James Lee Burke, mettant Dave Robicheaux en scène, a déjà été réalisé en 1996 par Phil Joanou ; dans ce « Heaven’s Prisoner », Robicheaux est renvoyé de la police pour alcoolisme. C’est Alec Baldwin qui interprétait alors le personnage de Robicheaux.
Ce que je redoute le plus à présent – pour mon portefeuille – c’est l’envie de découvrir les romans de James Lee Burke, et plus particulièrement ceux consacrés aux enquêtes de Dave Robicheaux.





