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deux "dollar princesses" parmi les plus célèbres =>
au-dessus consuelo vanderbilt-balsan (grande amie de winston churchill)

jeanette "jennie" jerome, épouse de randolph spencer churchill (mère de winston churchill)

(Ce billet est l'adaptation d'un article paru sur le site "History Collection")

A la suite de la lecture d’un petit polar historique, je vous parlais de Consuelo Vanderbilt (voir le billet concernant consuelo vanderbilt°
Ce que j’ignorais c’est qu’elle fut l’une des premières jeunes filles que l’on surnomma les « Dollar Princesses » = à la fin des années 1800 et au début des années 1900, les finances de certaines grandes familles européennes étaient au plus bas alors qu’aux Etats Unis, les barons de l’industrie recherchaient un statut social.
La noblesse européenne chercha à épouser quelque riche personnalité mondaine souhaitant un titre aristocratique.

On dit souvent que toutes les jeunes filles rêvent du « prince charmant ». Certaines de celles qui firent un mariage brillant (par la forme, et surtout pour le mari) déchantèrent rapidement.
L’une des premières à faire ce type de mariage fut Jennie Jerome, ce fut son mariage qui lança cette mode. Jennie Jerome fut demandée en mariage, seulement trois jours après leur rencontre, par lord Randolph Churchill.
Les parents de celui-ci furent horrifiés à l’idée que leur fils puisse préférer une personnalité mondaine plutôt qu’une aristocrate ou éventuellement une personnalité du monde britannique. Leurs scrupules furent cependant rapidement étouffés par le montant de la dot de Miss Jerome (quelques millions de dollars dans nos devises actuelles), ils acceptèrent donc le mariage presque à contre-cœur.
Le couple se maria en 1874 et la nouvelle lady Churchill mit deux garçons au monde, dont l’un était Winston Churchill.
Il est plus que probable que cette fortune « familiale » (lisez maternelle) fut un pied à l’étrier pour la carrière politique de ce dernier.
Les parents de Randolph vantèrent ce mariage autour d’eux, non pas pour les louanges à l'égard de leur bru, mais surtout pour vanter les avantages que ce mariage apportait à leur famille.

Les « Dollar Princesses » furent rarement bien acceptées par la société britannique ; elles étaient traitées (dans leur dos bien sûr) de « nouveau riche », notamment parce que les demeures aux Etats Unis étaient grandioses et présentaient bien des avantages que procure l’argent = eau courante, eau chaude et froide, chauffage à tous les étages.
Alors que les demeures des aristocrates britanniques étant vieilles parfois de plusieurs siècles, étaient particulièrement inconfortables, le petit personnel devait porter des seaux d’eau chaude aux étages lorsque leur maître ou maîtresse désirait un bain chaud.
Bien vite les riches familles américaines et leurs infortunées héritières durent faire face à cet inconfort lorsqu’en visite en Angleterre.
Leurs filles se firent donc un devoir de moderniser leur domaine après mariage, afin de le rendre habitable. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces rénovations furent considérées comme du snobisme de mauvais goût, un désir « évident » d’étaler le montant de leur dot.
Alors, non seulement ces jeunes filles quittaient un pays, un foyer, une famille qu’elles aimaient, mais de plus étaient méprisées au sein de leur nouvelle patrie.

Tous les mariages ne furent pas, comme celui de Jennie Jerome consenti par les deux amoureux en question. La pupart étaient arrangés, comme celui de Consuelo Vanderbilt, qui en est le plus malheureux exemple. Sa mère ira jusqu’à poster un valet de chambre devant sa porte car Alva Vanderbilt craignait qu’elle ne fuit.
La jeune femme dira plus tard « j’étais comme tétanisée en descendant l’escalier vers mon père et mes demoiselles d’honneur ; j’ai pleuré toute la journée et la nuit de mes noces ».
Le couple divorcera dix ans plus tard, et la jeune femme trouva le bonheur auprès d’un aristocrate français, qui l’apprécia pour elle-même.

Afin d’aider les mariages arrangés entre aristocrates britanniques et jeunes héritières américaines, un guide fut même créé, véritable « bible » éditée de chaque côté de l’Atlantique.
Des marieuses traversaient l’océan afin d’organiser ces mariages les plus profitables aux deux parties concernées. Certaines jeunes filles étaient vraiment emballées à l’idée d’épouser un aristocrate. Ceux-ci par contre étaient emballés par l’idée de la dot confortable qui leur serait versée.
Quelques nobles réellement désargentés plaçaient des petites annonces dans l’espoire d’attirer l’attention d’une « dollar princess » car bien que la noblesse britannique ne cachait par son dédain à l’égard de ces jeunes filles, certains nobles réalisèrent tout l’avantage pour eux dont la situation pécuniaire était très mauvaise.
« The Titled American » était l’une de ces publications qui n’hésitaient pas à enjoliver le bonheur que vivaient les jeunes Américaines au sein de leurs aristocratiques demeures (la publicité mensongère n’est pas une invention récente). Cette publication était mise à jour une fois par an.

La modernisation de l’industrie et de l’agriculture américaines fit en sorte que désormais tout fut produit aux USA, finies l’importation de productions britanniques ; du coup beaucoup de familles rurales perdirent leur ferme et les nobles les revenus de leurs fermages ; la noblesse vit donc ses revenus amoindris lentement mais sûrement. Coup dur pour ces gens dont le mode de vie était de ne pas regarder à la dépense.
C’est la que la fortune/dot des héritières américaines redonnera quelque lustre à ces débâcles.
Les dots étaient réellement substantielles, elles permettaient la restauration des domaines ancestraux (comme Blenheim Palace), donnant ainsi du travail à des ouvriers sans emploi – et malgré cela, les jeunes Américaines étaient toujours snobées par l’aristocratie britannique.
Comme dit plus haut, la noblesse britannique adorait vivre et dépenser sans compter (jeu, écuries, voyages, yacht privé, ma^tresses), par contre ne trouvait pas le temps ni l’argent pour s’occuper de leurs domaines en déliquescence. C’est là qu’intervient la dot de la fiancée, comme celle que les Vanderbilt versèrent pour Consuelo ; l’énorme montant emballa le duc de Marlborough qui put restaurer son palace.

Cette pratique des « Dollar Princesses » vendant littéralement des jeunes filles aux aristocrates, fut finalement associée à une forme d’esclavage.
Le père de Frances Work (l’une des dernières). voyait d’un très mauvais œil son gendre puiser dans la fortune familiale. 
Il n’accepta jamais le mariage de sa fille avec un noble britannique. Il paraîtrait qu’il ne s’en remit jamais et déclara peu avant sa mort =
début de citation = « il est temps que cette pratique de mariage finisse. Ces mariages ruinent notre pays (USA) puisque nos filles emportent une grande partie de l’argent que nous, leurs pères, avons gagné en travaillant et vivant honorablement.
Cette pratique des nobles britanniques dépensant sans compter et surtout sans lever le petit doigt, est choquante puisque souvent la dot sert à combler des dettes de jeu.
L’économie britannique bénéficie du travail des Américains pour donner un statut artificiel à nos filles. Fin de citation.

Heureusement, toutes ne furent pas malheureuses – l’une fut élue au Parlement anglais = Nancy Astor – une autre devint vice-reine des Indes = Mary, lady Curzon -  l’anecdote la plus amusante (à mes yeux) est celle impliquant Winnaretta Singer, princesse de Polignac, 20ème enfant (sur 24 !!!!!) d’Isaac Singer, inventeur de la machine à coudre moderne.
Winnaretta était homosexuelle et, réfugiée en haut de la garde-robe avec un parapluie le soir des noces, hurla à son époux qu’elle le tuerait s’il s’approchait d’elle. Le mariage fut rapidement annulé ! Elle épousa ensuite le prince de Polignac, lui aussi homosexuel ; ce fut un mariage basé sur l’amitié, alliance platonique et arrangement matériel. Ils furent de grands mécènes dans le domaine des arts.