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4ème enquête de Maisie Dobbs, psychologue et détective privée

Janvier 1931 – Maisie Dobbs est contactée par Georgina Bassington-Hope afin de découvrir si la mort de son frère jumeau Nicholas était accidentelle ou non. Pour l’inspecteur Strafford, l’accident ne fait aucun doute, mais Georgina est convaincue que son frère a été assassiné.

Nicholas (Nick) Bassington-Hope était un artiste d’immense talent – après avoir été blessé dès le début de la guerre 14-18, il était revenu au sein de sa famille afin d’être soigné, puis une fois guérie renvoyé au ministère de la guerre afin d’utiliser ses talents, ensemble avec d’autres artistes blessés,  pour aider à la propagande pro-britannique et convaincre qu’il était important de faire son devoir « pour le roi et la patrie ». Finalement, une fois la guerre finie, Nick était parti se refaire une santé aux Etats-Unis d’où il ramena de belles idées pour ses tableaux.
Toutefois sa grande œuvre, celle qui lui tenait le plus à cœur, était un « triptyque (?)» concernant les ravages de la guerre.
C’est lors du montage des échafaudages et  des divers points d’ancrage pour les tableaux que Nick a chuté et s’est rompu le cou. Personne ne sait où se trouvent les fameuses peintures, même pas le galériste Svenson, pourtant ami et intermédiaire entre Bassington-Hope  et les clients, le principal étant un richissime Américain.

Maisie commence donc une enquête qui va toucher la famille Bassington-Hope – elle fait la connaissance de toute la famille pour avoir une idée plus approfondie du sujet – elle découvre ainsi la fille aînée, Noelle, veuve d’un héros de la guerre et celle qui a le plus les pieds sur terre dans cette famille d’artistes assez égocentrés.
Le père est également peintre, la mère est aquarelliste et Georgina est une écrivaine de talent, considérée aussi comme une casse-cou car elle parcourut les pays en guerre afin d’en ramener des chroniques pour faire comprendre ce qu’était la guerre à ceux restés au pays.
Le petit dernier, Harry est musicien, un peu brebis galeuse car joueur invétéré et ayant pas mal de dettes.

Pour son enquête Ms. Dobbs se rend dans le Kent, où Nick et ses amis artistes avaient achetés des wagons d’un train pour en faire une petite retraite et pouvoir créer à l’aise.
Involontairement, le soir où elle inspecte le « cottage-wagon »,  elle assiste à une scène qui ressemble à des contrebandiers vidant les bateaux vers un camion.
Plus tard, au cours de son enquête, elle découvrira un trafic et attirera sur elle les foudres des services britanniques des douanes.

A part de cette enquête sur la mort du peintre, Maisie est concernée par les problèmes personnels de son assistant Billy Beale, dont la petite dernière Lizzie est gravement malade. Elle tente, en qualité d’ancienne infirmière de la guerre, d’aider la petite fille mais un séjour à l’hôpital est indispensable, or l’Angleterre est en crise économique et l’hôpital coûte ; Maisie ne veut pas laisser tomber son assistant et sa famille – l’homme est précieux dans les enquêtes et dévoué à Dobbs.

Au plus elle se rapproche de la vérité, au plus Maisie se demande si elle a eu raison d’accepter cette enquête car la vie d’une famille et d’autres personnes risque fort d’être bouleversée à jamais.

Ce que j’en pense = comme toujours j’ai été « absorbée » par l’enquête de Maisie Dobbs, qui aborde un sujet principal, mais où les problèmes personnels de ceux qui l’entourent l’impliquent également – elle est très empathique et la maladie grave de l’enfant Beale la touche de très près.

De plus, cette famille totalement bohème l’intéresse beaucoup, mais elle a surtout de la sympathie pour l’aînée qui malgré le chagrin de la perte de son mari, continue à gérer la propriété Bassington-Hope ravagée par la mort de l’enfant chéri.
Comme elle le dit = il faut bien que quelqu’un s’occupe de veiller à ce que l’on ne meure pas de faim.

L’auteure Jacqueline Winspear aborde aussi, par quelques moments de réflexion des personnages, la crise économique grave qui commence à pointer le nez en Angleterre, avec cette génération des gueules cassées sacrifiée,  que le gouvernement a laissé tomber, qui a des difficultés à trouver un emploi, parce que les occasions d’emploi sont rares et qui a envie d’engager un homme « perturbé ».

Son assistant Beale a d’ailleurs un moment de rage, après que sa patronne ait accepté l’enquête = il est scandalisé par ce que des gens qui ont de l’argent paient pour un tableau, comment peut-on donner autant d’argent pour un morceau de tissu barbouillé, même si barbouillé avec talent, alors que des familles entières n’ont pas assez d’argent pour manger à leur faim.
Et puis il y a les ravages de la guerre 14-18 qui n’ont pas fini de hanter la société britannique en général.
C’est ce que j’apprécie chez cette romancière, l’intrigue est intéressante mais autour de cela, il y a d’autres sujets abordés, comme la situation d’un pays qui s’est difficilement relevé de la 1ère guerre mondiale et qui subit de plein fouet une crise économique qui d’une certaine façon annonce la prochaine guerre, puisqu’en Allemagne monte au pouvoir un sale petit bonhomme nommé Hitler.
Qui a déjà des émules en Angleterre, comme cet Oswald Mosley (l’Angleterre aux Anglais), qui au moment du roman, attire bien des foules dans toutes les couches de la société, faisant miroiter aux hommes au chômage que si son parti gagne les élections, il y aura du travail pour tous.

En dehors de tous ces détails historiques, Maisie Dobbs traverse une petite crise personnelle – son grand ami, le jeune médecin amoureux d’elle, voudrait qu’elle décide une fois pour toutes si elle accepte de l’épouser ou non ; mais une femme de médecin ne peut pas être détective privée et miss Dobbs aime son métier.
De plus, il montre un certain mécontentement du fait qu’elle ait acquis son propre appartement, un signe qu’elle semble préférer être seule. Que décider ?!

Vous l’aurez compris, une fois de plus, j’ai vraiment apprécié ce roman qui va plus loin que la simple enquête criminelle.