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Un homme jeune appelle un médecin dans la nuit afin qu’il constate la mort d’un petit enfant - Douglas Templemore, journaliste, déclare avoir tué le petit – le médecin est interloqué en voyant l’ « enfant »  qui a des caractéristiques humaines mais ressemble aussi à un petit singe. Templemore insiste qu’il a délibérément tué son fils !!! pas d’autre choix pour le médecin que de faire appel aux autorités.

La chronologie s’inverse alors le temps de découvrir la tendre romance entre Douglas et Fanny ; elle aussi écrit et il admire les nouvelles qu’elle publie dans la presse ; elle-même trouve ses chroniques intéressantes. Ils développent une amitié. Douglas lui parle alors d’un professeur qu’il a retrouvé récemment, un anthropologue nommé Cuthbert Greames, marié à Sybil que Douglas connaît depuis l’enfance.
Il est très intrigué par l’expédition qu’ils envisagent en Australie, à la recherche du fameux « chaînon manquant », il voudrait en faire partie. Il est accepté par les anthropologues en qualité d’éditorialiste de l’expédition, il relatera les événements au jour le jour, dans le journal de bord de l’aventure.
Malgré les pincements de jalousie provoqués par la présence de Sybil, Fanny pousse Templemore à partir, ils s’écriront.
Au moment où part le bateau, Douglas réalise que ce qu’il éprouve pour Fanny est bien plus que de l’amitié et lui envoie un baiser en l’apercevant sur les quais. Baiser auquel elle répond.

Douglas Templemore écrit régulièrement à Fanny, malgré la distance et la difficulté des communications, puisque l’expédition s’est arrêtée sur l’île de Takoura, où une rencontre des plus intéressantes a eu lieu = ils ont rencontré un groupe d’humanoïdes quadrumanes, se tenant debout – ce ne sont donc pas totalement des singes.
Pourtant, ils ne correspondent pas non plus au « sapiens ». 
Le débat devrait trouver une réponse, car si ce sont des animaux, il faut les renvoyer à Takoura – cette île appartenant à l’homme d’affaires (Vancruysen), propriétaire d'usines textiles, qui envisage immédiatement utiliser ces quadrumanes comme main d’œuvre bon marché, ayant même l’intention de faire en sorte que les femelles soient utilisées pour la reproduction.

Ce cynisme offusque la société britannique, fière de défendre les droits des animaux mais aussi des hommes.

Car l’expédition ayant été révélée par Cuthbert Greames en personne, un groupe de médecins, de scientifiques, s’est joint à l’expédition – tout ce petit monde observe ceux qui sont devenus les « tropis » - des humanoïdes qui montrent de l’intérêt pour certains objets, pour le jambon, pour les installations et la radio. Ils vivent en troglodytes, dans une immense falaise, et ils enterrent leurs morts, ce que ne font pas les singes.
L’un des membres de l’expédition, celui surnommé « Pop » parce qu’il est un moine catholique cum anthropologue, se pose réellement des questions sur ceux qu’ils ont découverts et en son âme et conscience est fort tourmenté.

Lorsque tout ce monde revient en Angleterre au bout de six mois, Douglas Templemore, qui a expliqué l’insémination artificielle d’une des « tropiette », Fanny accepte de l’épouser et d’accepter la tropiette au sein de leur maison ; elle s’occupe même du petit « tropiot » lorsque le moment est venu et accepte le sacrifice de Templemore pour susciter un débat la grande question « les tropis sont-ils des humains ? ».

Ce que j’en pense = beaucoup de bien – un mélange de genres = cela commence comme un polar, avec un crime.
Ensuite, par une importante analepse, cela devient un charmant chapitre de romance, on  découvre les personnages qui seront impliqués dans l’histoire,  puis suit un chapitre comme un  roman épistolaire ; finalement après quelques moments passés sur l’île de Takoura et la découverte des « tropis » =>  des Paranthropus Erectus,  le lecteur se retrouve à Londres avec tous les personnages et assiste alors à un drame judiciaire.
Le surnom de « tropis » est donné par facilité pour parler d’eux.

Le procès de Douglas est alors un très intéressant prétexte à un débat entre scientifiques et psychologues sur qu’est ce qu’un « être humain » ? ces « erectus » appelés « tropis » par les anthropologues, sont-ils ou non des « humains ». Un neurologue va même développer des théories sur le cerveau, pendant le procès.
Entre débats judiciaires et philosophiques, l’auteur aborde aussi le point de vue de la religion = si on les baptise, on les considère donc comme des humains, si on ne les baptise pas, ce sont des animaux.
Où dans ces théories classer le "tropiot" que Templemore a tué, la petite créature hybride née d’une insémination artificielle ?

Sans oublier la présence de l’homme d’affaires australien, à qui appartient l’île, et qui souhaite – s’ils sont humains – utiliser les tropis comme mains d’œuvre très bon marché.
S’ils sont des animaux, il faut aussi les renvoyer car ils sont sa propriété de toute façon.

J’ai réellement beaucoup apprécié ce roman de Vercors, pseudonyme de Jacques Bruller, surtout connu pour « le Silence de la Mer », un roman sur une résistance passive, muette, de la part des personnes chez qui un officier allemand a été logé, et que j’avais énormément apprécié également.
Dans « les Animaux Dénaturés », écrit en 1952, Vercors n’hésite pas à mettre en évidence dans certains passages, les crimes des nazis, et leurs expériences monstrueuses sur les prisonniers juifs.

Le roman n’apporte pas réellement de réponse à la question « humain ou pas », mais la réflexion est lancée, au lecteur/à la lectrice à réfléchir, à se faire son opinion.
Sauf peut-être que les "animaux dénaturés", ce sont finalement nous les humains.

J’avais envie de découvrir ce roman, qui pourrait presque être un complément de lecture  à « Erectus » de Xavier Müller (lu récemment) – car dans « Erectus » la paléontologue tente aussi de faire admettre que les erectus sont déjà des humains.

dessin de charles lebrun pour illustrer
les similitudes entre la physionomie humaine

avec celle des animaux 

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