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Dans la thématique = Les Profs font leur cinéma

Réalisation d’Agnès Varda – 1985 – sur un scénario d’Agnès Varda

La marche est une  saine  occupation,  libératrice, qui ressource. Mais l’errance, sans but réel, peut conduire à la mort.
C’est le cas de Mona, retrouvée morte dans un fossé, sans papiers d’identité – la voix off nous dit « d’un fossé elle se retrouvera dans une fosse commune » – peu à peu, on remonte le temps pour savoir comment elle en est arrivée là.

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Mona est une jeune femme qui a tout quitté volontairement et parcourt les routes du Gard, sans but, tout droit où la mènent ses pas.
Avec des rencontres intéressantes, d’autres beaucoup moins.

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Mona n’est pas à plaindre, elle vit la vie qu’elle a voulue, dort sous sa tente, travaille un peu, par ci, par là pour avoir un peu de thune pour s’acheter à manger, à boire, des cigarettes surtout.

Chacun, chacune, de ceux/celles qui croisèrent sa route viennent brièvement nous dire ce qu’ils ont ressenti face à elle – la plupart ont été déconcertés, certain.e.s attendri.e.s ; d’autres exaspéré.e.s, choqué.e.s, dégoûtés comme le jeune assistant de l’universitaire impliquée dans les soins aux platanes, rongés par un champignon.
Lorsqu’on l’interroge, Mona qui était secrétaire, avoue qu’elle aimerait garder des enfants, ou éventuellement des animaux.
Mona c’est une enfant sauvage, réfractaire incomprise, dont l’humeur balance sans cesse entre insouciance et mauvaise humeur, en fait elle vagabonde d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre. En stop si on veut bien l’emmener. Car elle est sale, même très sale.

De gare en forêt, de ferme en vignoble, sa route croisera une gentille petite femme d’ouvrage chez une vieille dame au neveu infect, une élégante universitaire préoccupée par la mort des platanes, un couple d’universitaires transformés en bergers, un ouvrier  tunisien tailleur de vignes,
Et puis, la fin de l’errance, dans un squat où elle perdra ses affaires dans un incendie – elle en meurt de froid, après avoir été prise dans la fête des pailhasses.
Salie par eux, salie jusqu’au bout de son errance.

Mon avis = positif, mais coup de poing à l’estomac pour moi – je réalise à quel point Agnès Varda (la voix off) nous fait comprendre la marginalisation de ceux qui n’ont pas envie d’être conformes, qui sont sales et donc repoussés parce que considérés comme repoussants.

Mona est magistralement interprétée par Sandrine Bonnaire, 17 ans au moment du tournage, qui semble habitée par le personnage qui marche dans ce sud où, on l’oublie parfois, les nuits sont très froides en automne, ou au printemps.
Yolande Moreau dont c’est le premier rôle au cinéma est touchante en petite femme d’ouvrage, amoureuse d’un loubard profitant d’elle.
Macha Méril est la professeure d’université, qui finit par avoir comme de l’affection pour Mona. Son assistant est joué par Stéphane Freiss, que j’ai trouvé parfaitement antipathique, qui réserve d’ailleurs une surprise aux spectateurs.

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Agnès Varda a aussi utilisé des non-professionnels dans des petits rôles et cela donne au film un caractère semi-documentaire.

A propos de la Thématique = c’est la professeure de cinéma, Muriel Andrin,  qui introduit l’histoire du film et la genèse  d’Agnès Varda dont le but, lorsqu’elle décida de devenir réalisatrice, était de montrer au cinéma des personnages féminins que l’on n’avait pas l’habitude de montrer ; des femmes autres que l’image du cinéma français montrait à l’époque.
Pour exemple = Cléo de 5 à 7, tourné en temps réel.

J’aurai encore l’occasion de suivre d’autres cessions de cette thématique, et j’avoue une certaine impatience à découvrir ce que des professeur.e.s ont choisi comme illustration au cinéma de leur cours.

Anecdote = La fête des pailhasses dont il est question dans le film dure trois heures, commençant juste avant le carême, elle commença lorsqu’un village se prit de haine pour un autre à cause des chênes – ceux qui venaient pour couper des branches furent pris à partie par les habitants du village estimant que les chênes leur appartenaient.
Il y a des « Blancs », c'est-à-dire des non déguisés – ceux-ci ont des torchons imbibés de lie de vin et de boue, et salissent ceux qu’ils arrivent à coincer.
Dans le film c’est extrêmement agressif, brutal.
Agnès Varda a dû tourner la scène ailleurs que dans le patelin, n’ayant pas reçu l’autorisation des organisateurs.