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Premier volet d’une trilogie préquelle  aux enquêtes de Charles Lenox – les jeunes années du détective consultant 

Londres mai 1850 – le jeune aristocrate, Charles Lenox, fraîchement diplômé d’Oxford, vit avec son ami d’enfance-assistant et valet, dans un bel appartement face à St-James Park.
Ensemble, ils épluchent les petites annonces des journaux, plus particulièrement le « Challenger », une feuille de chou à sensation,  mais aussi le journal le plus susceptible de produire des articles concernant d’éventuels crimes non résolus. Sa passion pour élucider des crimes date de ses jeunes années où il lisait des "penny dreadfuls".

Cela fait à présent 7 mois que Charles Lenox tente sa chance en qualité de détective consultant, mais ses seuls succès jusqu’à ce jour – au nombre de deux ! – étaient des services rendus à des amis. 
A Scotland Yard, où il a aussi proposé ses services, on lui a carrément ri au nez et d’ailleurs, dans son dos, on se moque ouvertement de ce gosse de riche qui s’imagine pouvoir résoudre des crimes.
Quant à ceux du cercle des amis de ses parents, ils sont soit horrifiés qu’un fils de baronet, membre du parlement, choisisse un métier aussi vulgaire, d’autres sourient avec condescendance, comme face à un enfant capricieux.

La mère de Lenox est très positive quant au choix de son cadet, le père est nettement moins convaincu d’un tel choix – il pourrait devenir membre du parlement lui aussi, comme son aîné, ou alors s’engager dans l’armée ….
Cela lui serait plutôt égal si Charles n’était pas aussi déterminé d’être fait pour ce métier – son esprit de déduction acéré, de logique, assisté  de Graham son ami et néanmoins valet, à l’esprit aussi aiguisé, pourrait résoudre bien des enquêtes, il en est convaincu, sans fausse prétention, sans arrogance.  
Depuis 7 mois, il n’a pas non plus été inactif, grâce à un copain légiste il a appris certains détails dans ce domaine, il a lu de nombreux manuels sur des modus operandi de crimes passés.

Aussi, lorsqu’il lit dans la feuille de chou à sensation la lettre d’un homme qui se dit un « assassin de génie » puisque personne n’a découvert le crime commis il y a un mois jour pour jour (soir le 2 avril), il a décidé d’en commettre un 2ème au jour anniversaire.
La lettre au journal est celle d’une personne à l’esprit malade sans doute, mais surtout très sûr de ne pas être découvert.
La première victime du tueur-auteur de la lettre au Challenger est le corps d’une jeune femme trouvée dans une malle, elle-même découverte dans l’un des îlots de la Tamise.

L’auteur ayant non seulement défié le Yard à propos de ce premier meurtre non élucidé, il a prévenu et le 2ème crime est aussi découvert, mais sur les bords de la Tamise cette fois, du côté des docks.
Il s’agit à nouveau du corps d’une femme jeune, en bonne santé, pas une prostituée, et le corps recouvert de fleurs, ce que les journaux ont rapidement conclu à une « Thames Ophelia ».
Charles Lenox et Graham se mettent en chasse à l’assassin ; de manière inattendue, Lenox reçoit l’aval de sir Richard Mayne, le commissaire du Yard, et aussi de Field, l’inspecteur en chef, ceci au grand déplaisir de l’inspecteur Exeter (qui déteste Lenox dont il a deviné une intelligence supérieure à la sienne) et de son collègue, pas une lumière lui non plus.

La chasse à l’homme est donc ouverte, avec peu de véritables indices – tout semble se situer autour des grands bâtiments au bord de la Tamise.

En dehors de cette enquête à laquelle Lenox et Graham ont reçu le feu vert pour aider la police officielle, un ingénieur à la retraite, ayant lu les journaux où il est fait mention de la participation de Charles Lenox, vient leur confier une enquête concernant de l’argent qui apparaît dans ses deux maisons – rien ne disparaît, aucune serrure n’est forcée, mais à chaque fois qu’il revient de quelques jours d’absence, il trouve une enveloppe contenant une livre.
Avouez qu’il y a de quoi se poser des questions. Pendant que Lenox poursuit les recherches sur les bords de la Tamise, Graham se rend dans la propriété de campagne de l’ingénieur, l’un des deux lieux mystérieux.

Lorsque le tueur profère des menaces à l’encontre des proches de Charles Lenox, il est réellement temps de l’arrêter. Mais y parviendront-ils ?

Mon avis = très positif – je suis très heureuse de découvrir ce qui se présente comme une trilogie, sur les jeunes années du détective consultant Charles Lenox.

On découvre sa famille plus en détail, le père sir Edward Lenox, qui hélas est atteint d’un maladie grave, qui au départ est fort choqué par le métier choisi par son fils cadet, mais qui finira par accepter ce choix – un peu grâce à la mère des enfants Lenox – elle sait comment parler à leur père, à l’aider à voir clair dans leur mode de vie – elle est réellement une mère idéale, pleine de tendresse, de fantaisie complétant ainsi à la perfection l’apparente rigidité du père.
Il y a encore le frère, Edmund, futur héritier du titre de baronet, qui ne se sent pas prêt du tout à 28 ans à endosser les responsabilités des terres dont il héritera d’office puisque le premier fils.
Il y a des moments fort touchants entre Charles et son père, lorsque ce dernier décide de partir pour un court voyage à St-Petersbourg avec son cadet. Avec l’aîné, il chevauche à travers leur domaine, afin qu’il puisse prendre le flambeau plus aisément.

On découvre aussi la vie des aristocrates du 19ème siècle, pour qui un travail est une disgrâce profonde, non seulement pour celui qui décide de travailler sans en avoir besoin, mais aussi pour la famille – et un détective consultant est réellement un opprobre, car forcément on « fouine » dans la vie des autres.
Apparemment leurs existences semblent être consacrées à prendre le thé, à déjeuner copieusement les uns chez les autres, à aller de fête en bal.
Où Charles Lenox retrouve l’amour de sa vie, Elizabeth son amie d’enfance, à qui il n’a jamais avoué ses sentiments et qui à présent est mariée, mais reste une grande amie.
Connaissant la suite dans la vie de Lenox, cela m’a amusée de découvrir la surprise que l’auteur nous a réservé en ce domaine. 

Il y a encore un personnage haut en couleurs dans la maisonnée de Charles Lenox, qui en dehors de son valet personnel, occupe une cuisinière, une femme d’ouvrage et un jeune apprenti-valet – il s’agit de Mrs. Huggins, la gouvernante ; avec elle ça ne rigole pas ; retraitée de l’emploi un peu lourd de faire tourner une grande maison, elle n’aime cependant pas l’oisiveté et fait tourner rondement le foyer de ce célibataire, qui en a une peur bleue !
Effectivement ayant travaillé jusqu’à sa retraite chez une lady, amie de la famille Lenox, elle fait sentir à Charles que du temps où elle travaillait chez ladite lady, on respectait les horaires, on prévenait quand on s’absentait, on s’occupait du grand nettoyage de printemps dont le maître de maison était supposé superviser les travaux.
Il y a de bons moments fort amusants lorsque Lenox fait ce qu’il peut pour l’éviter, mais la fine mouche parvient toujours à le surprendre.
Heureusement, elle aime les chats et cela va pendant quelque temps améliorer leurs relations, mais pour quelque temps seulement.

L’écriture de Charles Finch est réellement de toute beauté – il utilise un vocabulaire choisi, ses phrases sont fluides, c’est un réel plaisir de lecture.
Je vais rapidement découvrir la suite des préquels car ce premier volume se termine sur un « cliffhanger »

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