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Londres 1890, à quelques jours de noel – Sherlock Holmes parvient brillamment (évidemment !) à confondre un faux Père Noel, mais véritable voleur de bijoux. Après avoir remis le coupable entre les mains de Lestrade et Scotland Yard, Holmes et Watson se rendent dans un salon de thé pour fêter la victoire.
Ils sont alors approchés par une jeune fille qui demande leur aide ; ils vont donc à Baker street afin de discuter de l’affaire – la jeune Eve Allerthorpe atteindra sa majorité  la veille de noel et entrera alors en possession d’une belle somme d’argent léguée par une tante, femme indépendante et suffragette, estimant que sa nièce devrait aussi être indépendante.
En cette fin de 19ème siècle et dans le suivant, à la mort du père, Eve dépendrait totalement de la générosité de son frère, puisque les hommes sont seuls héritiers d’une propriété.

Miss Allerthorpe leur raconte la triste histoire de sa mère, qui s’est suicidée alors qu’elle était dans une de ses périodes noires – Perdita Allerthorpe était une femme aimante, douce et amusante, mais qui entrait régulièrement dans de véritables crises ressemblant à une forme de folie (actuellement elle serait diagnostiquée comme maniaco-dépressive, mais ce diagnostic n’existait pas au 19ème siècle, où on préférait enfermer les femmes « qui dérangeaient » parce que non conformes à la bonne société.)
Or Eve est convaincue que quelqu’un essaie de faire croire qu’elle aurait hérité des traits de folie de sa mère et si tel était le cas, elle n’aurait pas droit légalement à l’argent de la tante.

Elle explique que dans son Yorkshire natal, la légende du sinistre « Black Thurrick » est très vivace ; ce « démon » est le pendant négatif du père Noel ; sa mère avait l’habitude de raconter son histoire aux enfants et Eve prenait cela plus à cœur que son frère cadet.
A présent, quelqu’un semble faire ressurgir ce sombre personnage – qui selon les pays et les légendes serait une sorte de père Fouettard – il laisse sur son passage, devant la porte de ceux qu’il veut punir, un assemblage de brindilles, ce qui signifie qu’il viendra les chercher bientôt.
Eve Allerthorpe, bien que sachant qu’il s’agit d’une légende, est fort effrayée et elle demande à Sherlock Holmes de résoudre cette énigme.
De plus, un fantôme se promènerait dans l’aile droite, abandonnée du château.

Sherlock Holmes, ne croit guère aux personnages légendaires, ni aux fantômes, qui se baladent dans la campagne,  mais bien à des ennemis malintentionnés pas légendaires ni fantasmagoriques du tout, accepte le cas.
John Watson accepte de l’accompagner dans le Yorkshire à la condition expresse de revenir pour le dîner de veille de noel, la compréhension de son épouse, Mary, n’ira pas jusqu’à accepter son absence au repas familial.

Nos amis arrivent  à Fellscar Keep, demeure ancestrale des Allerthorpe, un château particulièrement lugubre et menaçant – de plus ils ne sont pas accueillis avec aménité par le père de la jeune fille qui estime que cette légende lui est montée à la tête. Erasmus, le frère d’Eve,  a également reçu des brindilles devant sa fenêtre, comme sa sœur.
Bien qu’elle lui ait demandé le secret, le frère raconte bien fort cette histoire au cours d’un dîner familial au grand déplaisir de sa sœur, mais comme le jeune homme abuse un peu trop du vin ou des alcools plus forts, on finit par oublier cette histoire ; sauf la jeune femme qui craint pour sa santé mentale.

Un nouveau crime sera commis très rapidement, au pied même de la tour d’où se tua Mrs. Allerthorpe ; il s’agit de la jeune bonne ayant au cou un collier de diamants. Aurait-elle commis un chantage, qui finalement a mal tourné ?

Allerthorpe père, qui n’appréciait déjà pas Holmes qu’il traite de charlatan accepte encore plus mal sa présence à la réunion du clan Allerthorpe pour le dîner de noel ; Holmes et Watson, pratiquement jetés hors du château, y reviennent pour résoudre ce meurtre, ainsi que dévoiler la personne tentant de mener Eve Allerthorpe à la folie,  ce qui l’empêcherait d’hériter, mais surtout ramener Watson sain et sauf à Londres pour ne pas encourir les foudres de Mary Watson.

Mon avis = très positif – encore un excellent pastiche des enquêtes de Sherlock Holmes ; James Lovegrove est un sherlockian de renom, et ses pastiches d’après les amateurs des aventures d’Holmes & Watson sont de bonne qualité, que ne renierait pas Arthur Conan Doyle.

De fait, l’intrigue est fort bien menée, les personnages très typés, surtout le clan Allerthorpe, le père est un patriarche peu aimable et peu agréable avec ses enfants, son fils surtout subit ses foudres. Son frère qui vit dans le château avec épouse, fille et beau-fils est un historien qui n’hésite pas à expliquer les légendes autour des personnages « négatifs » du père Noel. Le reste du clan arrive surtout pour se goinfrer aux frais du patriarche, ils sont tous un peu jaloux de sa richesse.
Il y a encore le personnel, en plus d’un butler et son épouse la cuisinière plus la petite bonne, il y a beaucoup de monde employé à Fellscar Keep, vivant dans le village attenant et qui n'ont guère de sympathie pour Allerthorpe senior.

Tout cela est décrit de manière vive et divertissante par un romancier qui connaît bien son sujet, à savoir les enquêtes de Holmes & Watson.
Un peu de surnaturel se mélange à l’histoire (personnage légendaire, sans oublier le fantôme).

Quant à l’opinion de Sherlock Holmes concernant noel, elle n’est pas loin de rejoindre la mienne – il trouve que c’est surfait, niais et tapageur.

Il y a une légère erreur dans les connaissances des mythologies celtiques racontées par le frère de Mr. Allerthorpe = celui-ci explique que le folklore celtique n’a jamais été écrit parce que cela n’intéressait pas les druides – ceci est faux = les Celtes n’écrivaient pas leur histoire car pour eux ce qui est écrit « meurt », c'est-à-dire s’arrête d’évoluer. Seule la parole permet de raconter l’histoire de manière différente et évolutive à chaque fois. (je sais cela grâce à mes cours de civilisation celtique =^-^=)

Je sais qu’on risque de me traiter de frimeuse, mais j’avais deviné les deux coupables, celui qui tente de faire passer Eve Allerthorpe pour folle et les raisons de cette vilaine manœuvre ; j’avais aussi compris qui était le coupable du meurtre de la jeune bonne, mais là je n’avais pas compris les motivations.

Voilà donc un « conte de noel » qui a bien tenu ses promesses, une bonne aventure du détective consultant et son ami, le médecin-écrivain.

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