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Titre français = Il était un Fleuve

Fin du 19ème siècle, plus exactement le solstice d’hiver 1887 – quelque part sur les bords de la Tamise, dans la campagne, là on se trouvent plusieurs pubs, chacun ayant sa spécificité.

The Swan à Radcot est le pub des conteurs d’histoires – de père en fils, depuis des temps immémoriaux le propriétaire conte des histoires et chaque client à son tour en raconte une, brodant pour améliorer l’histoire et passionner les auditeurs.
A l’heure où commence notre histoire, c’est Margot qui est la propriétaire, son mari est de santé fragile mais un conteur merveilleux. Ils ont une kyrielle de filles, pratiquement toutes mariées, et un seul fils qui hélas est simple d’esprit, incapable d’être conteur, ce qui le chagrine énormément.
Mais eux ne sont pas, pour l’instant, l’objet de notre histoire.

En ce soir du solstice d’hiver la porte du pub s’ouvre brutalement sur un homme gravement blessé portant dans ses bras une enfant apparemment morte.
Rita Sunday, l’efficace infirmière aussi savante qu’un médecin, servant aussi de sage-femme, dont la renommée dépasse, de très loin, les limites du village de Radcot, est appelée sur les lieux.
Elle soigne l’homme en question, dans les poches de son manteau se trouve des papiers d’identité ; il est Henry Daunt, photographe.

Pour la petite fille de quatre ans les choses sont plus compliquées – elle paraît morte, aucun signe de vie, de respiration, pas de pouls – et soudain, la voilà qui se réveille !
Pour Jonathan, le fils des aubergistes, il s’agit d’un miracle, pour Rita, c’est totalement surprenant et inattendu puisque aucun signe vital n’apparaissait.

A partir de ce moment, les langues iront bon train – les habituels conteurs vont se mettre à broder autour de cette histoire et celle-ci va aller bien au-delà de Radcot.
L’histoire va arriver chez les Vaughans, chez Robert Armstrong, et jusqu’à Lily White, gouvernante du pasteur du village.

Chacune de ces personnes a perdu une petite fille = Amelia, l’enfant des Vaughans, enlevée il y a 2 ans et dont le deuil a détruit le couple ; pour le fermier afro-américain Robert Armstrong, un homme bon et d’excellente éducation,  il est possible qu’il s’agisse d’ Alice, sa petite-fille dont il ignorait l’existence à ce jour, enfant de son fils Robin, jeune homme peu recommandable ; pour Lily, elle serait Ann, sa petite sœur. Ce dernier cas étant totalement improbable, aussi n’insiste-t-elle pas à réclamer l’enfant.
Ceux qui l’emmènent sont les Vaughans et le retour à la vie de cette petite fille représente une résurrection de leur vie avant l’enlèvement – Helena, l’épouse redevient celle qu’elle était, il n’y a qu’Anthony, son époux, qui garde un doute, au point de se rendre chez ses avoués à Oxford afin de recevoir des conseils sur la marche à suivre.

Pourquoi Rita s’est-elle fait agresser près de chez elle, ce n’était pas qu’un voleur bien que l’homme ait emporté l’argent ; il tenait particulièrement à savoir si l’enfant avait parlé – mais non, la petite fille est toujours muette et il n’est pas certain qu’elle reparle un jour.
Qui est ce mystérieux et inquiétant personnage qui rôde autour de la maison des Vaughans, de la ferme des Armstrong et fait tellement peur à Lily ?

Henry Gaunt revient au village pour les remercier et plus particulièrement chez Rita ; elle est, selon lui, un beau sujet à photographier, il se sent attiré par cette femme, sereine, belle à sa manière.

C’est au cours du solstice d’été alors que le calme s’était installé dans le village et  que Helena Vaughan profite du bonheur de ravoir sa petite Amelia, que lors de la fête du solstice un drame va éclater.

D’un solstice d’hiver à l’autre, un an dans la vie de Radcot se sera écoulé, bien des choses auront changé.

Mon avis = un enchantement que ce livre, qui est un bel hommage aux conteurs d’histoires le soir à la veillée, de ces histoires dont naquirent moultes contes et légende. Omniprésence aussi du fleuve, un personnage en soi dans ce roman mélangeant un peu les genres – du roman gothique, aux légendes entourant les mystères d’un fleuve qui peut être tour à tour clément ou mortel.
Comme ce « Quietly » (le silencieux), celui qui un jour mourut dans le fleuve et qui, depuis, emmène les âmes dont le temps est écoulé vers l’autre rive, celle dont on ne revient pas. Si ce n’est pas votre heure, il vous ramènera sur la bonne rive.

L’écriture est très belle, ce qui est important pour un tel livre. Les phrases « coulent » aussi agréablement que le fleuve qui s’écoule.
Un rebondissement bouleverse l’histoire, comme un orage bouleverse le calme du fleuve.

Chaque personnage de l’histoire possède son ou ses chapitre(s), l’auteure Diane Setterfield, elle-même magnifique conteuse, nous livre un pan de la vie de ceux qui forgent ce roman.

Tous ces personnages sont magnifiquement décrits, leur vie, triste ou heureuse, joliment décrite.

Certains ont parlé de Dickens à propos du roman, je préfère la comparaison avec Wilkie Collins.

Je ne peux que recommander chaudement cette lecture qui m’a envoûtée à tel point qu’il me fut incapable de lâcher le livre, une fois commencé.

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