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Lyon à la fin du 19ème siècle. En cette fin décembre 1897 de très jeunes filles sont retrouvées atrocement mutilées – chacune a été victime d’avortement clandestin, passé dans des circonstances horribles, les laissant exsangues dans des coins sordides de la ville.

Le professeur Alexandre Lacassagne, qui souhaite que se développe la médecine légale en laquelle la police ne croit pas du tout, enseigne  les théories qui marqueront les bases de cette médecine. 
Il décide de confier l’enquête sur les jeunes victimes à son élément le plus brillant, le médecin Félicien Perrier ayant déjà bien assimilé toutes les théories du professeur ; il lui attribue comme associé un autre médecin de son équipe, le jeune Bernard Lecuyer.
Ils vont bien vite être rejoints et aidés par la journaliste Irina Bergovski, qui travaille au Progrès de Lyon et désire réellement gagner ses galons de vraie journaliste et pas uniquement avoir la rubrique des chiens écrasés. Irina, pour se faciliter la vie, s’habille en homme – ce qui lui vaudra des ennuis avec le commissaire chargé de l’enquête, car elle ne possède pas le « certificat de travestisssement », les femmes n’ayant toujours pas le droit de s’habiller en homme, et certainement pas en public.

Félicien est un garçon étrange, limite sociopathe, passant de l’amabilité à la froideur la plus désagréable, Bernard est la tête froide, raisonnable du groupe, mais est plutôt guindé et n’apprécie pas toujours les théories féministes d’Irina, qui tient à son indépendance et a bien l’intention de la conserver.

Ce trio improbable va vraiment devoir unir ses forces et tenter de dérouler un écheveau né dans un esprit malade. Beaucoup de questions se posent, à commencer par comment les victimes se sont retrouvées là où elles furent découvertes ? un cadavre, ça ne se trimbale tout de même pas comme un sac de provisions !

Grâce au talent de dessinatrice d’Irina, on retrouve les parents de certaines victimes, et cela lève, pour celles qu’on a reconnues, un pan du voile du mystère – mais un pan seulement.

Au fur et à mesure qu’ils pensent avancer dans l’enquête, un fait se produit qui les ramène à leur point de départ.

Mon avis = très bon suspense, avec un dénouement surprenant à couper le souffle.

Si Irina est la typique suffragette luttant bec et ongles pour faire comprendre à ses amis, à Bernard le coincé surtout, que les femmes ont le droit de disposer de leur corps. Félicien lui est limite sociopathe, il est difficile de ne pas voir en lui un ersatz de Sherlock Holmes.

L’histoire aborde aussi la difficulté d’aimer quelqu’un de son sexe – ceux qu’on nomme les « invertis », qui sont pourchassés eux aussi par la police.

Quant au certificat de travestissement, j’ignorais que cela se nommât ainsi, par contre je savais que cela existait puisque George Sand avait été obligée de se rendre à la police pour obtenir la permission de s’habiller en homme.
Quant au droit à l’avortement, continuons à lutter pour le conserver, car lorsqu’on réalise ce que faisait les « faiseuses d’anges », il y a de quoi vomir.

Le personnage du professeur Alexandre Lacassagne a réellement existé – il était effectivement médecin légiste et expert auprès des tribunaux. Il était particulièrement intéressé à ce que l’anthropologie médicale puisse aider à découvrir les coupables de crimes et éviter les erreurs judiciaires.

Compte tenu des nombreuses théories développées dans le roman, il est évident que l’autrice Coline Gatel s’est bien documentée pour écrire son livre.
Le seul bémol que j’aurais pour ce roman est le style – bien sûr les dialogues le rendent très vivant, mais le vocabulaire n’est pas toujours très choisi.

Néanmoins le suspense fonctionne tellement bien que, la météo aidant, je n’ai pas voulu lâcher ce polar historique sans l’avoir terminé.

alexandre lacassagne 

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