slaap

Titre français = un Eté sans dormir

Blaashoek, au bord du canal du même nom, est un village paisible qui s’enorgueillit de l’installation récente d’éoliennes.

Paisible ? voire ! Tout le monde n’est pas de cet avis – prenez le boucher Bracke par exemple = lui les éoliennes l’empêchent de dormir et le mal-être qui va s’installer en lui aura des conséquences désastreuses – un peu comme un effet papillon, mais en nettement plus trash.
Ce n’est pas qu’il ne comprenne pas que ces éoliennes pourraient amener quelques touristes, donc des sous, mais pas au détriment de son sommeil !
Son épouse Claire se demande ce qui se passe et pourquoi son mari a l’air d’un halluciné ; après tout, c’est elle qui abuse un peu de la dive bouteille.
Leur fils de 17 ans est amoureux d’une fille de la ville, un vrai fantasme qui lui donne quelques pulsions sexuelles ; il décide de profiter des vacances scolaires pour faire à vélo l’aller-retour vers la ville, dans l’espoir que l’objet de ses désirs passe « par hasard ».
Wesley (Wes pour les amis) a aussi décidé de devenir végétarien, pour plaire à sa belle (qui ne l’est pas encore !).
Un fils de boucher végétarien … si son père ne l’avait pas déjà perdu, ce serait quelque chose à vous faire perdre le sommeil.

Par contre le facteur De Gryse est enchanté, pour lui ces éoliennes sont une victoire quasi personnelle, ayant insisté pour que le collège communal les fasse installer.
Son épouse Magda est une femme légèrement acariâtre – enfin, quand je dis légèrement, je suis gentille, est une envieuse qui n’arrête pas de se comparer aux autres femmes dans le village et considère qu’elle est mieux qu’elles, mais mal mariée.

Le vétérinaire  Lietaer, marié à la belle Catherine, apprécie son jardin et sa collection d’armes. C’est un homme qui adore la chasse ! pour un vétérinaire, ça n’est pas très glorieux, aussi soigne-t-il sans trop y croire les chiens-chiens à leur mémère et les chats des autres, pour se dédouaner de son horrible passe-temps favori. Horrible pour les autres, lui il aime !
Dans son jardin, il tire allègrement sur les canettes – pendant que son épouse se console dans les bras d’un autre. Le vétérinaire n'est pas non plus enchanté par les éoliennes qui "abîment" son jardin avec leur ombre.

Il y a encore un infect bonhomme, le pharmacien, qui déteste ce que son métier est devenu = vendre des crèmes solaires, des médicaments tout prêts alors que lui, ce qu’il aime, ce sont les préparations.
Ce qu’il déteste encore plus,  c’est le petit chien de la jeune Saskia Maes – elle vient de s’installer dans le village, dans l’un des logements sociaux – la honte du patelin. Elle habite l’appartement en dessous du sympathique Bienvenue, un noir qui focalise toute la rage de Blaashoek sur lui – mais comme il est balèze, c’est dans son dos qu’on le critique.

A propos de  Saskia, elle est une pauvre petite bonne femme tremblant de peur à l’idée que son abominable grand-père, le fermier Maes, la retrouve.  
Non seulement son grand-père l’exploitait à la ferme, où elle était corvéable à merci, mais de plus, il conservait pour lui les allocations de chômage auxquelles elle avait droit. Un jour elle à fui, espérant une vie meilleure, mais tremblant sans arrêt que son grand-père ne la retrouve.
L’homme raisonne comme au 19ème siècle = les femmes ne sont bonnes qu’à servir leur maître, un point c’est tout. Toutes autres ne sont que des salopes.

Jour après jour la tension monte dans Blaashoek – tout ce microcosme du monde va se retrouver englué dans  des mésaventures qui vont aller de mal en pis. Même la presse va s’en mêler, et celle-là, nous savons tous de quoi elle est capable, après un coup de fil anonyme.

Mon avis = un thriller oui sans doute, mais surtout une histoire noire, très noire, un joli petit morceau d’humour  belge, parfois un peu trash.
Un intéressante étude de caractère – ce que les anglo-saxons nomment une « comédie de mœurs », quoique l’expression anglaise soit nettement plus appropriée = « comedy of manners ». Il ne faut pas non plus oublier que le terme « comédie » n’indique pas nécessairement une histoire à se tordre de rire.

Cela aurait pu  s’appeler « une semaine dans la vie de Blaashoek » - village fictif bien évidemment.
Ma première pensée a été pour Jacques Brel et sa chanson "Ces Gens-Là", car on n'en est pas loin avec cette lecture.

Encore l’un de ces endroits où chacun s’épie, où les femmes soit harcèlent leur mari à propos de leur condition sociale, soit sont indifférentes et cherchent la consolation dans d’autres bras.
Je me suis surprise à glousser à différents moments du roman, quoique l’histoire ne prête pas vraiment à rire – je frémis à l’idée de vivre dans un tel endroit.

Les personnages n’inclinent pas non plus à l’indulgence, il n’y en a pas un pour rattraper les autres – sauf peut-être la belle Catherine, qui a un bon fond, la jeune Saskia qui fait pitié et l’agent de police et son adjointe qui tentent de calmer le jeu.

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Bram Dehouck est un écrivain belge, néerlandophone, publié tant en Allemagne qu’en Angleterre – il a obtenu de nombreux prix pour ses romans noirs, très noirs. « Een zomer zonder slaap » est son 2ème roman mais  le premier à être traduit en langue française.  Il vit à Courtrai (Kortrijk) en Flandre occidentale.

L’avis de violette-doucettement qui m’a donné envie de lire ce roman.

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