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Adapté d’une nouvelle de Prosper Mérimée – musique de Georges Bizet – livret de Meilhac & Halévy
Adaptation parodique,  ô combien drôle, de Toone VII

Costumes imaginés par Thierry Bosquet, et magnifiquement réalisés par Lidia Gosamo
Décors, également imaginés par Bosquet, réalisés par Alexandre Obolensky

(j’ai « emprunté » les deux illustrations au site du théâtre de Toone, compte tenu de la pauvre qualité de mon appareil photo).

Lorsque notre histoire commence, les soldats tapent la carte et chantent l’une de nos petites chansons traditionnelles belges, lorsqu’arrive une douce jeune fille, qu’ils se mettent à baratiner, mais elle attend don José. Lorsque celui-ci arrive, il est un peu agacé par cette jeune Micaela qu’il aime comme une sœur mais sans plus.
Elle ne fait évidemment pas du tout le poids lorsque paraît Carmen, libre, farouchement indépendante, sensuelle. C’est une gitane, qui travaille à l’usine de cigares.
Carmen subjugue don José, un jeune capitaine de dragons promis à un bel avenir, elle lui donne même une baise (un baiser) et lui jette une fleur.
Peu après une dispute intervient entre deux cigarières, Carmen, couteau à la main, est arrêtée et le supérieur de don José lui dit de la conduire en prison. C’est là que tout se gâte évidemment = non seulement il va succomber aux charmes de la gitane qu’il laisse fuir ; il se retrouve dégradé comme simple soldat et mis en prison.

Carmen et ses amies rejoignent la taverne où se retrouvent les contrebandiers, c’est là aussi que don José, libre,  retrouve Carmen qu’il n’a pas oubliée, d’ailleurs il lui chante « la fleur que tu m’avais donnée » - Carmen le trouve touchant, elle est émue qu’il se soit sacrifié pour elle et lui donne une nouvelle « baise ».
Puis lui propose de rejoindre les contrebandiers avec elle ; ils pourront vivre leur amour librement.

Entretemps la gentille Micaela est revenue pour donner des nouvelles de la « mouma » (maman) de José qui est au plus mal. Don José décide d’aller embrasser sa mère et rejoindre Carmen ensuite.
Dans le même entretemps, Isidore le toréador (celui qui « quand y sait plus, y sait encore ») est aussi arrivé à la taverne et Carmen n’est pas insensible à ses charmes, ce qui est réciproque, Carmen aime plaire et joue les coquettes lorsqu’Isidore lui fait des avances.

Commence pour don José une véritable descente aux enfers, non seulement sa maman est morte, il a rejeté l’amour de Micaela, il est dégradé, il a tout perdu même l’honneur et Carmen commence sincèrement à en avoir marre de ce geignard, jaloux comme un tigre – or Carmen est une jeune femme qui veut aimer quand elle veut, qui elle veut ; elle a toujours utilisé ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut et ce qu’elle veut à présent c’est Isidore le toréador.
Fou de jalousie, don José la poignarde.

Comme toujours le théâtre des marionnettes de Toone nous propose une version drôle, pleine d’anachronismes et de clins d’œil au savoureux dialecte bruxellois. Les médecins devraient prescrire une soirée chez Toone à leurs patients déprimés – succès de guérison garanti.
De très beaux décors aussi et des costumes avec chapeaux, ces derniers semblant avoir une vie personnelle et se retrouvant de guingois.
Grâce au talent des marionnettistes, une petite manipulation pratiquement imperceptible remet le chapeau dans le droit chemin (si j’ose dire).
Je suis toujours bluffée par le talent des marionnettistes ; leur dextérité est formidable.

Les airs d’opéra, adaptés à la vie bruxelloise, sont chantés avec le même talent que les dialogues par le principal acteur = Toone VIII, fils de José Géal/Toone VII (son « poupa » - papa en brusseleir).

De la nouvelle de Prosper Mérimée, Georges Bizet et les scénaristes du livret n’ont gardé que le 3ème chapitre, celui où don José raconte ses malheurs avec Carmen au narrateur.

Petite note historico-littéraire due à la rédactrice de ce blog =
En épigraphe de la nouvelle de Prosper Mérimée, dont l’opéra de Bizet tire son livret, on peut lire = « toute femme est amère comme le fiel ; elle a deux bonnes heures, une au lit, l’autre à sa mort ».

On n’est pas plus aimable – Mérimée évidemment était un homme de son temps, dans une société totalement patriarcale, pas étonnant qu’il ait fait de son anti-héroïne un « ange de la mort », mais cela lui est revenu en pleine figure, si j’ose dire, car cette Carmen (que personnellement j’adore pour son esprit indépendant) est devenue pratiquement  plus  célèbre que Prosper Mérimée et Georges Bizet réunis.

Dans son essai « L’opéra ou la défaite des femmes » Catherine Clément   (essai que je recommande vivement) explique que libre ou contrainte, dans l’opéra il n’y a qu’un destin pour les femmes = la mort. Elle ajoute aussi que Carmen est son héroïne préférée, justement pour cet esprit indépendant de la belle gitane = libre je suis née, libre je mourrai !

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