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Prologue – au 19ème siècle, une femme se retrouve dans un cimetière à Franschhoek en  Afrique du sud – ceci est l’aboutissement pour elle d’un long périple afin de retrouver des traces de sa famille. Elle porte avec elle un journal, dans lequel se trouve un testament – à cet instant un homme  pointe un fusil sur sa nuque et exige les documents – devant son refus, il l’assomme et la vole.

Languedoc – 16ème siècle – la région  est divisée entre  huguenots et catholiques – les chefs du parti catholiques sont enragés par l’édit de janvier, signé par le jeune roi Charles IX sur les conseils de Catherine de Médicis – cet édit offre la liberté de culte aux protestants  dans les faubourgs des villes, et aussi à la campagne.
Pour les catholiques purs et durs comme les ducs de Guise, les protestants sont non seulement des hérétiques mais aussi des « ennemis » de la couronne, donc des traîtres et les exterminer est un devoir.

A Carcassonne vit la famille Joubert, dont Minou (Marguerite) la fille aînée s’occupe depuis la mort de sa mère, son père n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il est revenu d’un voyage. Il porte un lourd secret dont il ne veut pas parler à sa fille aînée.
Celle-ci s’occupe aussi de la librairie familiale, une librairie qui vend des livres de toutes tendances, parce que selon les Joubert, bien que catholiques, il ne faut pas de censure, chacun a le droit de se faire une idée. 
L’inquisition de Toulouse aimerait mettre un terme à toute cette tolérance, et l’atmosphère à Carcassonne est tendue.

Un jour, elle aide un certain Piet Reydon, un huguenot et l’un des meneurs du mouvement protestant contre l’intolérance catholique. Depuis le massacre de Vassy par le duc de Guise et sa troupe, les huguenots n’ont plus envie d’écouter les prêches au calme de leurs pasteurs ; Reydon est dans Carcassonne pour rassembler des fonds pour des armes pour l’armée du prince de Condé.
Il est poursuivi par un homme de main d’un prêtre, qui fut dans sa jeunesse un grand ami de Reydon, pas encore converti au protestantisme.
Cinq années se sont passées depuis leur séparation après leurs études et Piet aimerait se réconcilier avec Vidal ; il est bien loin de réaliser à quel point son ancien ami le hait et veut sa perte.
En fait Reydon porte avec lui une relique, un morceau du linceul du christ, qu’il doit vendre pour obtenir des fonds.
Grâce à Minou Joubert, Reydon échappe temporairement aux sbires des catholiques ; il doit se rendre à Toulouse, où le mouvement de contestation protestante grandit et où les catholiques renforcent les  attaques contre les huguenots.

Entretemps Minou a reçu une lettre anonyme, étrange, qui dit « Elle sait que vous vivez ».

Entre la jeune fille et le jeune huguenot, un sentiment d’amitié, proche de l’amour s’est installé, aussi lorsque son père estime qu’elle doit se rendre auprès de sa tante à Toulouse, avec son frère Aimeric, un garçon qui aime faire les quatre cents coups – les Joubert n'étant pas assez riches pour qu’Aimeric puisse avoir une éducation digne de ce nom, or l’oncle de Toulouse est un riche marchand qui pourrait aider, Minou n'est pas convaincue que l'idée soit bonne, mais elle y retrouvera peut-être Piet.
Le père Joubert est loin de savoir qu’envoyer sa fille aînée et son fils à Toulouse va les envoyer au sein même d’un conflit qui commence à les dépasser. De plus, la tante est sous la coupe de ce mari odieux, qui l’humilie, la bat et la sœur de mari n’est pas en reste pour humilier les jeunes Joubert.
Elle va même jusqu’à cacher les lettres envoyées de Carcassonne par le père, pour partager les nouvelles – notamment de la plus jeune des Joubert, la petite Alis, qui souffre énormément du départ de ses aînés.

Dans l’ombre de ces tumultes, une femme se parle à elle-même à propos d’un amant qu’elle veut voir devenir évêque et de sa haine pour Minou Joubert.
Elle va enlever la petite Alis pour obliger Minou à venir à Puivert, son domaine. Hélas l’aînée ne recevra pas ce mot, puisque la belle-sœur de sa tante retient tout courrier.
La méchanceté n’a guère de limites et ce n’est pas la malheureuse tante qui va pouvoir aider sa nièce. Bien que dans l'adversité, elle se réveillera de son cauchemar conjugal.

Bernard Joubert  a décidé de se rendre à Puivert, ignorant totalement que sa plus jeune enfant est dans les griffes d’une femme décidée à une vengeance implacable.

Toulouse va bientôt éclater dans une lutte acharnée entre les camps catholiques et protestants de la ville – de part et d’autre la haine l’emporte, les maisons et leurs habitants sont saccagés.
Dans cette haine, Minou et Piet se sont retrouvés ; il veut qu’elle quitte Toulouse avant les exactions, mais la jeune fille ayant mis son frère et sa tante à l’abri, retourne dans la maison où elle a découvert des indices prouvant que le mari de sa tante fait partie du complot catholique et trafiquait des armes en ce sens.

Minou Joubert et Piet Reydon pourront ils se sauver de cette ville, où seule une reddition huguenote mettrait fin aux massacres. Minou pourra-t-elle sauver sa petite sœur des griffes de leur ennemie ?

Mon avis = passionnant roman historique – avec pour toile de fond des luttes entre catholiques et huguenots, qui préfigurent la saint-barthelemy et  les futures guerres de religion qui dureront 30 ans.

Le roman est riche en rebondissements, on pourrait presque parler de thriller historique, les tensions sont nombreuses, adoucies parfois par l’amitié des personnages qui gravitent autour des deux personnages principaux, chacun ayant des secrets qu’il ne peut partager avec l’autre.
Le roman est touffu et fort bien écrit. En italique, les lecteurs sont au fait du complot que fomente l'ennemie des Joubert. Heureusement dans toute cette violence haineuse, il y a les rayons de soleil que sont l'amour et l'amitié.

Cette histoire est la première d’une nouvelle trilogie imaginée par Kate Mosse, une romancière britannique qui aime énormément le Languedoc dont elle connaît bien l'histoire – elle y avait déjà situé sa première trilogie « Labyrinthe » - bien documentée, comme à chaque fois, elle situe ses personnages dans les luttes entre catholiques et protestants. Il y a dans cette histoire de terribles cruautés, les tortures de l’inquisition font que même des innocents avouent pour échapper aux sévices.

Que de crimes dus à l’intolérance religieuse (je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce qui se passe à notre époque – la barbarie change parfois de nom, rarement de visage).

Murailles-Carcassonne