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2ème enquête de Sebastian St-Cyr, lord Devlin 

Brighton – été 1811 - Sebastian St-Cyr a été totalement innocenté du meurtre de la jeune actrice et peut donc sans hésiter se montrer à nouveau en société, même s’il n’a que peu d’estime pour la société dans laquelle il est supposé évoluer.

Alors que le prince de Galles, nommé Régent du royaume pendant la maladie (folie) de son père, le roi Georges III, se trouve à Brighton, sa ville de prédilection où il a fait construire un « pavillon », une grande soirée musicale a été organisée.
Le prince s’esquive pour rejoindre la ravissante lady Anglessey, épouse d’un marquis de 50 années son aîné.  Une surprise de taille attend le prince, la jeune femme est morte – comme il est non seulement obèse, lâche et hypocondriaque, le régent s’évanouit littéralement dès qu’arrive le secours, et le vicomte Devlin.  
Heureusement, se dit ce dernier,  qu’il était avec les autres dans le grand salon musical, sinon les soupçons se seraient sans doute portés sur lui.

Le cousin du roi, lord Jarvis qui n’a que peu, sinon aucune, d’estime pour le jeune homme, le fait venir dans le salon privé et lui demande, à la surprise de Sebastian, de mener une enquête – discrète de préférence – pour dévoiler l’assassin de la jeune femme.
A la question « pourquoi » Jarvis lui montre un collier, trouvé au cou de la marquise – un collier que Sebastian reconnaît puisqu’il était au cou de sa mère le jour où le bateau de plaisance sur lequel celle-ci partit en balade, périt dans une tempête brusque, comme il en arrive parfois les jours de beau temps.
Il y a plusieurs années de cela, Sebastian avait à peine douze ans et la douleur d’avoir perdu sa mère est toujours aussi vivace.
Or ce collier ne pouvait pas avoir refait surface puisque la comtesse est au fond de la mer – ou alors, est-elle encore vivante ?
car ce collier était une pièce unique, reçue au pays de Galles lorsqu’elle y résida.

Le collier sera la raison pour laquelle St-Cyr accepte d’enquêter. Jarvis confirme  que le régent ne doit pas discrédité, lui qui est tout sauf populaire – il se goinfre sans scrupule alors que son peuple vit dans la misère intégrale, il fait de folles dépenses en maîtresses, en toilettes aussi lui qui est obèse.  Il est un joueur très malchanceux aussi, et utilise les finances du pays comme sa caisse personnelle.

Rapidement Sebastian St-Cyr va réaliser que cette enquête va beaucoup plus loin que le simple meurtre d’une jolie jeune femme. Le vieux marquis, son mari, a accepté une autopsie et en fait, Guinevere Anglessey n’est pas morte poignardée, avec un poignard de la collection du prince, mais empoisonnée au moins 6 heures avant qu’on ne la découvre dans les bras du prince.
Dans quelques jours, le parlement investira le prince dans ses fonctions du régent du royaume, mais tout le monde – pas seulement le peuple – ne souhaite pas cette investiture. Whigs et Tories continuent à se livrer une guerre sans merci, les uns souhaitant que l’Angleterre fasse la paix avec Napoléon, les autres souhaitant que la peu populaire branche de Hanovre, que l’on déclare folle, quitte enfin le pouvoir.

Sebastian est aidé par sa maîtresse, l’actrice Kat Boleyn qui cache un secret elle aussi, mais elle est très efficace pour les déguisements ; le jeune Tom, désormais domestique de St-Cyr, est devenu lad dans les écuries du vicomte l’aide aussi dans l’enquête.

C’est Sir Henry Lovejoy qui est surpris par l’intérêt de St-Cyr dans l’enquête, car le vicomte avait refusé de devenir un enquêteur privilégié pour Bow street.

Mon avis = toujours aussi positif – j’apprécie fort cette série qui parle d’une époque historique que je connais mal dans l’histoire des rois et reines d’Angleterre.
Je connaissais la figure très peu populaire du prince régent, ayant visité Brighton et le pavillon royal il y a quelques années, mais dans ce roman de C.S.Harris, les détails vont plus loin que ce que l’on propose aux visiteurs.
Le futur George IV n’était certes pas populaire en son temps, mais il l’est devenu pour les touristes. 

Comme précédemment, l’enquête s’avère très dangereuse pour le vicomte, qui n’hésite pas à prendre des risques – cela vaut quelques moments de lecture savoureux lorsque son valet personnel le voit revenir de l’une de ses « expéditions », le malheureux valet, qui apprécie les beaux vêtements, est catastrophé en voyant l’état dans lequel sont les vêtements, souvent irrécupérables.
La tenue d’un noble se répercutant sur son valet personnel, comme cela se répercute aussi le choix parfait de vêtement sur la femme de chambre d’une dame.

Par contre, ici je n'avais aucune notion de la personne coupable, alors que je l'avais relativement rapidement compris dans la première enquête.

J’ai  appris, grâce au roman, qu’au temps de la régence, le petit-déjeuner se prenait à une heure de l’après-midi, on ne réveillait pas son patron ou sa patronne avant – ils avaient besoin de récuper après une nuit aux tables de jeux, après les bals très arrosés, etc. 
Ensuite, si l’on souhaitait présenter ses hommages matinaux, il fallait le faire à 3 heures de l’après-midi – les oisifs ont des habitudes qui ne sont pas celles de tout le monde. Il était extrêmement impoli d'arriver plus tôt, on pouvait même être intentionnellement ignoré pendant un certain temps.

Anecdote historique = j’ai aussi appris ce qu’était la première force de police avant la création de Scotland Yard =  les « Bow street runners » - les constables devant courir partout pour trouver des coupables  et/ou des indices en cas de crime – ils étaient la première force de police créée en Grande-Bretagne, avant la création de cette force de police,  imposer la loi était aux mains des citoyens. Le juge Henry Fielding décida de mettre fin à ce qui était souvent une comédie de justice, la corruption régnait en maître et décida de régler et légaliser les activités en créant les « Bow Street Runners » qui en rapportaient à lui et à d’autres magistrats de Bow Street ; de plus ils étaient payés par lesdits magistrats, dont les fonds émanaient du gouvernement central. Ils étaient autorisés à voyager à travers le pays pour appréhender  les personnes soupçonnées de crimes.

Le travail d’Henry Fielding était exécuté par son frère John Fielding, aveugle,  qui lui succéda ensuite comme magistrat à Bow Street. C’est grâce à John Fielding que les Bow Street Runners eurent une meilleure reconnaissance par le gouvernement. Toutefois, la vraie force de police qui deviendra Scotland Yard ne sera créée que quelques années plus tard.
J'ai l'impression que la romancière a copié le portrait de Sir Henry Lovejoy sur Henry Fielding.

Le magistrat aveugle, John Fielding, a fait l’objet d’une série de polars historiques sur la première force de police londonienne,  série créée  par Bruce Alexander.
Lorsque son frère Henry mourut  et que John fut nommé à Bow street, il dut sa réputation comme « The Blind Beak » (le bec aveugle)  - il pouvait reconnaître  un criminel par le son de la voix de celui-ci.

le prince-régent, tel que les peintres devaient le représenter
le même prince-régent tel que les caricaturistes le dessinaient
(et nettement plus proche de la vérité)

prinny

le pavillon royal de brighton
(l'une des photos prises en 2013 lors de ma visite à brighton)

East Sussex 2013 236