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dartevelle

 logocinergie

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Scénario d’André Dartevelle

Co-production Dérives/Arte/RTBF/Luc Dardenne

Dans le cadre de la thématique 2018-2019 consacrée du travail 

Au travers du fil rouge qu’est Jean-Luc Gosset, boulanger, travaillant la nuit et livrant ses pains la journée, le cinéaste le suit et écoute ce que les clients racontent, expliquent – se fâchent aussi contre l’injustice du système qui les oblige parfois à accepter de  travailler dans une ferme alors que leur vrai métier est peintre en bâtiment – quel est en effet le rapport ? et il faut accepter si on ne veut pas être exclu.
Le boulanger explique  qu’en raison d’erreurs dans la gestion de la boulangerie, il doit travailler quasi nuit et jour pour s’en sortir et que c’est  cette difficulté même qui fait qu’il est à l’écoute de ceux chez il livre ses pains.
Ensuite la caméra quitte temporairement Jean-Luc Gosset pour revenir vers la petite ville, dans un contrée où toutes les possibilités d’emploi sont fermées puisque les usines ou autres  entreprises ont soit fermé, soit se sont délocalisés.

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jacques

Les services de l’ONEM dans les années 1980-2000 envoyaient des inspecteurs chez les chômeurs, entraient sans autorisation de pénétrer chez les habitants, afin de constater s’ils étaient ou non co-habitants ; ils n’hésitaient pas à fouiller les armoires, sans mandat.
Il n’en fallait pas beaucoup pour déclarer que les personnes  étaient « hors la loi », certains étaient parfois dénoncés par un ancien compagnon sous le coup de la colère ou la jalousie,  ou par un coup de fil anonyme  - l’administration  de l’ONEM n’étant pas une assistance sociale, peu importe la précarité, on sévissait – dura lex, sed lex – et pourtant, en principe, l’ONEM (désormais Actiris) était supposé aider les travailleurs sans emploi.

Le film de Dartevelle est un documentaire, reportage, cinéma du réel comme on l’appelle,  la caméra suit alors des chômeurs dans les files de pointage – à l’époque on pointait chaque jour et il était obligatoire d’y aller pour connaître l’heure où se présenter le lendemain – difficile de chercher un emploi dans ces conditions – mais au moins les files avaient cela de bien, c’est que les chômeurs se parlaient, discutaient entre eux – à présent on ne pointe plus quotidiennement, on ne fait plus la file et l’on reste chez soi, seul, à ruminer.

Dartevelle donne la parole notamment à un homme de 35 ans, qui n’a qu’une envie « foutre le camp » comme il le dit, parce que la vie ne lui offre plus rien.
Tout comme le peintre dans la campagne, obligé de travailler à la ferme, qui a fait plusieurs tentatives de suicide parce que l’espoir a disparu. 
Partir, pour ne plus revenir. 

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Détresse face à la bureaucratie, peur de l’avenir, et même du présent – comme le dit une jeune chômeuse dans le film = j’ai plus peur des inspecteurs du chômage que des gendarmes ! et avec cela j’en arrive toujours à la même conclusion =  quelqu’un à qui l’on donne un tout petit peu de pouvoir, va rapidement en abuser – c’est tellement facile d’écraser les autres face à sa propre petitesse – faut-il donc toujours rabaisser l’autre pour se sentir important ?

Les exclusions – en guise de punition – après une erreur, même minime, prive le chômeur de sa seule source de revenus, sans parler des obligations de rembourser les allocations soi-disant indûment perçues, laissant totalement découragé, apeuré devant l’avenir totalement incertain.

Le titre dit « chômeur, pas chien » parce que c’est ainsi que se percevaient ceux qui étaient harcelé par l’administration – et dans la tête des autres, on pensait « chômeur = paresseux et profiteur », cela m’a toujours bien fait ricaner.

On ne peut s’empêcher de penser aussi au mouvement des gilets jaunes ;  même si je ne suis pas d’accord avec les dérives, face à l’incompréhension des dirigeants, on peut comprendre les frustrations de ne pas être entendu, et la colère.
Actuellement ce sont les hébergeurs de migrants qui sont poursuivis par la loi - on ne peut plus aider son prochain, sinon c'est la prison.

J’ai retrouvé, dans ce documentaire, des interrogations, des chagrins que traversèrent certaines de mes connaissances à l’époque.

Le film « tourne » dans des festivals, est un exemple de « cinéma du réel » pour les étudiants  du monde du cinéma.