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1ère enquête de Sebastian St-Cyr, lord Devlin

Londres Janvier 1811 – Sebastian St-Cyr, lord Devlin, héritier du comte, lord Hendon,  membre important du parlement anglais, après être revenu des guerres de la péninsule ibérique, mène une vie que son père n’approuve guère. St-Cyr cache des secrets concernant son rôle dans ces guerres, hanté par les horreurs vues et certaines subies, lorsqu’il espionnait au Portugal pour le compte de l’Angleterre. Ses nuits sont pénibles, hantées par des cauchemars.

Pourtant son pire cauchemar, vivant celui-là, va le conduire dans les lieux les plus sombres de Londres afin d’échapper à la police qui le poursuit pour le meurtre d’une jeune actrice, Rachel York. Celle-ci, comme  beaucoup d’actrices, avait aussi une activité « parallèle », la prostitution,  mais à un niveau élevé.
Elle avait même acquis des secrets, partagés avec un certain réfugié français, Pierrepont.
Au moment où Sebastian fuit devant Maitland, le représentant de la loi tire un couteau et le jeune agent qui l’assiste tente de dissuader de l’utiliser, il glisse et tombe sur la lame, Maitland immédiatement accuse St-Cyr de ce crime supplémentaire, sachant qu’il joue son poste.
A côté du cadavre de la jeune femme, une arme de duel portant les armes de St-Cyr a été trouvée, preuve incriminant le jeune aristocrate. 

Sebastian St-Cyr se met en quête de la vérité, mais elle le fuiT pendant un certain temps car personne ne dit la vérité dans cette histoire -  la situation s’avère bien plus complexe que la mort de la jeune actrice (qui pour comble de dégradation a été violée après la mort. Qui donc est assez vil pour un tel acte ?)
Ce qui va fortement ralentir l’enquête de lord Devlin est que Pierrepont est en fait un agent à la solde de la France, Napoléon espérant faire la paix avec l’Angleterre.
Espionnage et crime se mélangent sans cesse.

Le parti Tory, le parti ultra conservateur du futur Régent – le fils de Georges III, roi sombrant dans la folie – veut absolument renforcer une Angleterre forte, au détriment du peuple, et veut la guerre avec la France à tout prix, alors que les Whigs conservateurs conscients qu’il faut évoluer accepteraient de faire la paix avec la France, pour qu’enfin cessent les guerres qui épuisent les ressources de l’Angleterre. 
Et Rachel possédait des papiers compromettants.

Heureusement pour Sebastian St-Cyr, le principal magistrat en charge à Bow Street, sir Henry Lovejoy, veut la vérité, même s’il pense l’homme coupable, il tient à ce que l’enquête soit mieux menée que par son assistant Maitland, dont il ignore la fourberie.

Avant de découvrir le coupable malgré le peu de preuves, Sebastian va réaliser que le meurtre de la jeune Rachel cache des manigances proches de la couronne, qu’il est beaucoup question de politique à la fois intérieure et extérieure – le prince de Galles aimerait devenir le régent du royaume, son père le roi George III étant atteint de folie. 
Or ce futur Régent est tout sauf une personne très  correcte, boire, trop manger, fréquenter des prostituées sont parmi ses activités privilégiées, il a en son cousin,  lord Jarvis, intéressé à ce que le prince de Galles devienne régent pour pouvoir devenir l’homme derrière le prince, celui qui pourra œuvre selon ses propres intérêts, tirer tous les fils du gouvernement.

Beaucoup de suspects, quelques fort maigres indices, et heureusement l’aide précieuse d’un jeune gamin des rues, Tom et d’un ancien amour, elle aussi actrice,  la belle et intelligente Kat Boleyn.

Mon avis =  totalement positif, contente d’avoir découvert cette nouvelle série, située dans l’ère georgienne, ce qu’en Angleterre on nomma « the Regency era » (l’ère de la régence, connue en français sous ère georgienne), l’époque où le prince de Galles souhaitait prendre les rênes du pouvoir en main, son père l’ayant systématiquement écarté des affaires du pays. Passionnant de bout en bout.

Un polar historique bien documenté par la romancière C. S. Harris, bien qu’elle soit américaine. Cela m’a plu ces paragraphes historiques, malgré les personnages fictifs (sauf le futur régent) à côté de l’intrigue policière.  Un excellent suspense, légèrement compliqué par l’espionnage, ceci étant surtout de mon fait car j’ai des difficultés à défaire les imbroglios d’espionnage.
C’est aussi l’époque où Scotland Yard n’existe pas, donc pas de policiers réellement aptes à mener une enquête. Seul le magistrat intègre qu’est lord Lovejoy estime qu’il faut chercher et chercher encore pour arriver à la vérité.

Le personnage de Sebastian St-Cyr offre quelques réminiscences  avec Sherlock Holmes, dans sa manière de se déguiser par exemple afin de glaner des informations – en guise de « Watson », il a un jeune gamin des rues, dont la mère a été déportée vers l’Australie pour avoir volé un pain ; il fait beaucoup penser au jeune Wiggins, qui aide Sherlock – le jeune Tom est extrêmement futé, intelligent – excellent pickpocket, et tout dévoué à St-Cyr qui non seulement lui a proposé un « travail » et le paie honnêtement pour cela.

Le  début du 19ème siècle est fort bien décrit, Londres et ses ruelles sombres, sales, les misérables prêts à tout pour quelqu’argent, le fameux « fog » anglais, qui étouffe tout, transportant les scories des usines et la manière dont sont traités les pauvres, à côté des riches jouisseurs, profiteurs, abusant de leurs privilèges, méprisant la vérité si cela peut les servir.
La plupart des polars historiques montrant les facettes les plus laides de la société aristocratique, se servant des pauvres, ont souvent été mis en scène dans une période plutôt suivant les crimes de Jack l’éventreur, peu à ma connaissance ont mis l’ère georgienne en scène.

La période Regency a connu son heure de gloire, grâce à Jane Austen et plus proche de nous, Georgette Heyer, dont les « regency romances » sont des histoires teintées d’humour, rarement des polars.

A suivre donc (du moins en ce qui me concerne - évasion dans le temps et l'histoire =^-^=)

L’autrice C.S. Harris est une romancière américaine, ayant étudié en détail la révolution française ainsi que les grands classiques, pour lesquels elle obtint un diplôme. Elle a travaillé sur des sites archéologiques, et étudié l’histoire des manoirs anglais.
Elle a voyagé à travers le monde, après être diplômée, mais aussi dans sa jeunesse, au gré des missions de son père travaillant dans l’US Air force.

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