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Une exposition au musée de la mode et de la dentelle de Bruxelles en collaboration avec le Palais Galliera (musée de la mode à Paris) – 30% de la collection montrée dans l’exposition appartient à notre musée de la mode, 30% au palais Galliera et 30% de prêts extérieurs – cette expo va voyager après Bruxelles

Ma chronique est un résumé adapté de la visite avec Sarah Cordier, historienne d’art et guide – les illustrations  = certaines sont mes photos (qualité hélas un peu médiocre) et d’autres sont prises sur le site du musée. De plus, dans mon résumé, je ne cite pas tous les modèles, magnifiques, qui sont exposés car ils sont très nombreux – je vous encourage plutôt à aller voir cette exposition qui est une véritable histoire de la mode en résumé

Chanel le disait = tout part du dos.

Le dos, ce grand malheureux de notre époque, partie humaine que nous ne pouvons voir puisque nous n’avons pas comme les hiboux la possibilité de tourner la tête pour le regarder.

Le dos dont  on n’arrête pas de parler, même à travers de nombreuses citations =

Quelques exemples = en occident, pas mal d’expression expriment la peur de ce qui se dit ou se fait derrière soi =

-      Se mettre quelqu’un à dos = se faire un ennemi

-      Etre sur le dos de quelqu’un = surveiller et contrôler sans arrêt

-      Avoir bon dos = être le responsable idéal – supporter injustement la responsabilité d’une faute – c’est celui que l’on charge de la responsabilité d’une faute qu’il n’a pas commise

Lors de défilés de mode, seules les vues des modèles de face sont retenues pour les magazines – si un photographe prend des photos du devant et du dos, c’est souvent parce parce que le but serait de copier le modèle, plus tard bien après les défilés.

Au rez de chaussée =

Madeleine Vionnet – une robe qu’elle qualifiait de « robe d’hôtesse », mais si l’on y regarde de près, il s’agit d’une combinaison-pantalon devant et robe derrière – un modèle similaire est conservé au Metropolitan de New York.
Il s’agit d’une mousseline de soie couleur rose poudre, recouverte d’une dentelle mécanique. 
Pour rappel = Madeleine Vionnet, d’origine modeste, se forme à Paris et Londres – elle ouvrira son premier salon en 1912 qu’elle dirigera jusqu’en 1940.
Elle dessine des robes mettant en valeur sa technique de coupe = en biais – ses drapés sont inspirés de la statuaire grecque antique. Elle découvrit la coupe en biais par hasard, paraît-il, du fait qu’elle ne dessine pas et travaille en permanence les tissus pour réaliser ses modèles.
Sa méthode était particulière = elle créait ses modèles non pas sur papier mais en drapant les tissus sur un petit mannequin de bois pour ensuite les réaliser en grandeur nature sur un mannequin vivant. 

Il est généralement dit que c’est à Paul Poiret que l’on doit l’abandon du corset, en fait c’est Madeleine Vionnet qui sera la première couturière à se passer du corset dès le début des années 1920.

Elle fut aussi la première à protéger ses créations en les photographiant de manière originale = modèle de profil, son devant et son dos se reflétant dans les deux miroirs – le musée montre cette façon de faire en exposant la robe.

illustration prise sur le site du musée de la mode de bruxelles

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Les créations de Madeleine Vionnet se distinguent par leur perfection et leur beauté, leur coupe originale, leur souplesse et légèreté ; les vêtements étaient montés d’une seule pièce et dépourvues de fermeture.

Si elle fut l’incontestable maîtresse de la coupe en biais, elle ne fut jamais une grande coloriste, se servant peu des couleurs qu’elle avait des difficultés à contraster – elle favorise particulièrement le blanc et le noir (elle aurait beaucoup plu à Diane de Poitiers qui ne s’habillait que dans ces deux couleurs n.d.l.r. du blog) . Elle ne se servira pratiquement jamais d’imprimés ou tissus façonnés colorés.

D’autres modèles au rez de chaussée = une robe de Jeanne Lanvin – au salon du prêt-à-porter de 2001 à 2015, le créateur Alber Elbaz réanime avec fantaisie le concept Lanvin, notamment le modèle « Véroniue » un modèle couvert de rubans devant.
Une caractéristique d’Elbaz = le « non-fini ». 

Egalement au r-d-c = un gilet, partie marquante de l’habit masculin = un justaucorps, un gilet et une culotte (pantalon aujourd’hui).
La veste n’étant pas destinée à être retirée, par mesure d’économie – quelle que soit d’ailleurs la richesse de l’homme – le gilet est abondamment brodé à l’avant mais le dos est conçu en matière « pauvre » (lin ou chanvre). De nos jours encore, le gilet masculin témoigne de la différence entre un devant et un dos  en matière contrastée. 

Le dos sillage  = la trace que vous laissez derrière vous quand vous avancez – le mouvement naturel du corps est vers l’avant – ce mouvement permet à la mode de placer dans le dos des traînes ou des volumes prolongeant la robe.
A partir du 19ème siècle la traîne est l’apanage des robes du soir et des robes de mariée. 

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Petite anecdote = les escarpins d’Helmut Lang = escarpins en cuir et crin de cheval, un clin d’œil au chapeau avec ruban au vent, très à la mode au 19ème siècle et que l’on appelait « suivez moi jeune homme ».

Une robe dite « à la française » - 18ème siècle – soie à fond satin, motifs brochés – les plis partent du haut du dos = pur ornement, avec une petite traine. Ces plis sont souvent nommés « plis Watteau » du nom du peintre Antoine Watteau qui a immortalisé la robe dans son tableau « l’enseigne de Gersaint ».  (illustration prise sur le site du musée)

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Au rez-de-chaussée, il est encore question de Worth – je devrais ajouter évidemment, puis que ce créateur de mode, né en Angleterre, au 19ème siècle, ouvre à Paris rue de la Pais, la maison de couture Charles Frédéric Worth. On le considère comme le fondateur de la « haute couture » ; il a joué un rôle majeur dans la transformation de ce qui était considéré comme une activité artisanale et féminine en industrie internationale, arbitre du « bon goût »  (comme toujours, l’appellation « bon goût » me fait sourire, car le goût est un concept totalement personnel et ce qui est bon à l’un ne l’est pas nécessairement à l’autre).
Worth laissera sa maison à ses fils qui entretiendront sa notoriété jusqu’à sa fermeture en 1956. 

Encore au rez-de-chaussée = des créations de Balenciaga, Jean-Rémy Daumas, Elsa Schiaparelli et la maison Fendi.

Premier étage = le dos nu

Dévoiler son dos se situe entre soumission et séduction, c’est une part d’intimité sur laquelle on n’a pas prise ni contrôle – d’ailleurs seules les femmes montrent leur dos !

C’est vers la fin du 19ème siècle que l’on évoque les premiers dos nus assumés – mais comme il faut rester chaste, ils ne dévoilent que la nuque et le haut du dos – par contre le décolleté se creuse.
Vers les années 1930 un vocabulaire des décolletés dorsaux s’instaure – cette décennie donnera ses lettres de noblesse aux dos nus, favorisés d’ailleurs par les films hollywoodiens où en raison du code Hayes montrer sa poitrine est prohibé.

Chanel y est présente avec une robe du soir entièrement faite de paillettes nacrées, brodées sur tulle = un fourreau, c'est-à-dire une robe droite très moulante.
En créatrice de la coupe simple et élégante, Chanel fait fureur pour la première fois avec la célèbre petite robe noire (1926) – elle veut libérer les vêtements féminins des ornements et coupes inconfortables.
La liberté de mouvement est son leitmotiv.

Quelques jolies petites robes noires – dont les dos m’ont beaucoup plu.

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Le dos au soleil

C’est seulement vers la fin des années 1960 que les dos nus sont acceptés en ville – avant c’était réservé au soir, la danse ou la plage (durant l’entre deux guerres).
Le papier peint qui sert de fond à la photo a des motifs du 19ème siècle, il était déjà dans le musée depuis les années 1980.

Les noms des créateurs sont Grès  - Guy Laroche – le pyjama de plage de Jacques Heim qui, lors de sa vente, portait le nom d’ « ensemble de casino » - au casino il est vrai que l’on montre surtout son dos face aux tables de jeux
Jacques Heim travaillait souvent avec Sonia Delaunay pour ses motifs, mais pour « La Jungle » il s’est adressé à Raoul Dufy.

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Une partie de l’étage est consacrée au photographe Jean-loup Sieff, montrant un ensemble de photos de la Collection Indivision Sieff.

En dehors de ce que je vous ai montré, le premier étage propose encore des créations de Yamamoto ;  des camisoles de force ; un corset en toile pour montrer ce que l’on imposait aux femmes – véritables objets de torture qui déformaient totalement la colonne vertébrale depuis leur plus jeune âge.

Plus = Jean-Paul Gaultier et sa robe cage, ainsi que le corset porté en vêtement dont Madonna fit son costume de scène en 1990.

Au deuxième étage, l’exposition continue. Je vous laisserai la découvrir de visu – elle était une addition intéressante, mais cela ne m’a pas énormément plu.

Et finalement au 3ème étage = la magnifique traîne de cour, signe de majesté – cette robe avec traine en satin de soie et perles d’argent + strass mesure 4 m de long ; elle fut portée par la princesse Astrid, future reine des Belges, lors de son mariage avec le prince Léopold – futur Léopold III – le mariage eu lieu au palais de Stockholm le 4 novembre 1926.

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