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THE POISONS OF AGATHA CHRISTIE 

Ce livre-document commence par une introduction sur Agatha Christie et son intérêt pour les poisons et la pharmacopée au cours de la première guerre mondiale, lorsqu’elle décida de devenir infirmière spécialisée en médicaments et poisons, afin d’aider à soigner les soldats.

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Suivent alors 14 chapitres, fort complets, sur les poisons qu’elle a « utilisés » dans ses romans – dans au moins 14 d’entre eux, mais selon Kathryn Harkup, la scientifique ayant analysé les romans, la duchesse du crime a fait passer de vie à trépas au moins 300 personnages.

1. A is for Arsenic – Murder is Easy
2. B is for Belladonna – The Labours of Hercules
3. C is for Cyanide – Sparkling Cyanide 
4. D is for Digitalis – Appointment with Death
5. E is for Eserine – Crooked House
6. H is for Hemlock – Five Little Pigs
7. M is for Monkshood – 4:50 from Paddington
8. N is for Nicotine – Three Act Tragedy
9. O is for Opium – Sad Cypress 
10. P is for Phosphorus – Dumb Witness
11. R is for Ricin – Partners in Crime
12. S is for Strychnine – The Mysterious Affair at Styles
13. T is for Thallium – The Pale Horse
14. V is for Veranol – Lord Edgware Dies

Comme le dit Ms. Harkup, ce n’est pas parce qu’il s’agit de fictions, que tout y est inventé.
Coups de feu ou autres formes de mort comme le poignard  sont apparues dans d’autres romans, mais Dame Agatha avait une nette préférence pour le poison – comme le dit l’auteure de l’essai, elle était britannique après tout, donc soucieuse de rester dans les limites du politiquement correct.
Ceci mis à part, chaque mort par empoisonnement prouve la grande connaissance des poisons que possédait Ms. Christie.

Chaque chapitre parle d’abord du polar dans lequel se produit la mort par le poison utilisé par l’assassin – assassin que Ms. Harkup ne dévoile pas, ce qui est tout à son honneur.
Après description de la manière dont les choses se produisent dans le roman, suit alors l’historique du poison même (cela ne vous étonnera pas que l'auteure mentionne les Borgia, j'y ajoute pour ma part Catherine de Medicis), avec de nombreux détails  techniques  sur le poison  et ses composantes chimiques, ainsi que les éventuels antidotes.
Enfin, après ces deux parties, une troisième partie est consacrée à quelques faits réels sur l’empoisonnement par le produit en question.

Dans le chapitre consacré à « H is for Hemlock » (cigüe), j’ai noté un petit manque de documentation de la part de Ms. Harkup = l’auteure explique que seule Agatha Christie a tué un personnage avec ce poison.
J’ai pour ma part découvert au cours de mes nombreuses lectures de polars, au moins deux autres cas d’empoisonnement à la cigüe = l’un dans une enquête de Sœur Fidelma, de Peter Tremayne ‘Hemlock at Vespers) ; l’autre dans une enquête du superintendant Wycliffe de W.J. Burley (titre oublié)
Toujours dans ce même chapitre, Ms. Harkup explique la mort de Socrate, qui fut relativement édulcorée par Platon = la mort par cigüe n’est pas aussi digne dans la réalité, Socrate a dû énormément souffrir, avec des convulsions des muscles entre autres, qui ne lui auraient pas permis de rester aussi stoïque jusqu’à la fin.
Il est par ailleurs facile de confondre la cigüe avec du persil paraît-il.

A l’époque où Agatha Christie étudia les poisons et leurs éventuels antidotes, la chimie  et la médecine légale et scientique, n’avaient pas encore fait les progrès des découvertes actuelles, ce qui est souvent l’une des raisons pour lesquelles heureusement Hercule Poirot ou Miss Marple, ou un autre personnage qui se charge de l’enquête,  découvrent le petit détail qui mène à la résolution du problème.

Dans les romans d’Agatha Christie, les meurtriers sont prudents, ils achètent rarement le poison dans le village, mais s’ils le font, c’est alors pour expliquer qu’il faut se débarrasser de rats ou de mauvaises herbes ayant envahi le jardin. Ou alors quelqu’un a une prescription pour un médicament, qui s’avérera mortel.

Ceci est un résumé bien imparfait sur ce livre qui bien que documentaire se lit presque comme un roman.

L’auteure de cet intéressant document, Kathryn Harkup, est une scientifique, chercheuse en chimie. Elle est actuellement chargée de communication dans le domaine scientifique ; elle se spécialise sur les questions historiques et macabres (comme par exemple ici les poisons, mais également les vampires et la création monstrueuse de Frankenstein, sur lequel elle a aussi écrit un essai).
Elle est, faut il le spécifier, une grande fan d’Agatha Crristie

Mon avis = un essai réellement intéressant, bien qu’assez pointu pour la profane en chimie que je suis. Il n’empêche cependant pas de « savourer » (façon de parler =^-^=) cette étude particulièrement complète sur les différents poisons utilisés par la Duchesse du Crime, qu’elle a basés sur sa profonde connaissance de leur pharmacopée. Il est certain que la jeune Flavia  de Luce   et Sherlock Holmes n’auraient eu aucun problème à comprendre la partie technique de ce document.

Même si « pointu », l’essai n’est pas exempt d’humour caustique, où l’auteure exprime qu’il vaut mieux ne pas tester sur soi,  ou sur quelqu’un que l’on aimerait trucider,  les théories décrites dans le livre, la médecine légale ayant tout de même fait de grands progrès depuis l’époque de Dame Agatha.

Toutefois, si l’envie vous prenait de faire passer de vie à trépas quelqu’un qui vous tape vraiment sur les nerfs, attendez un temps certain entre la souscription du contrat de police d’assurance-vie (en votre bénéfice évidemment) et le moment où vous agirez, il vaut toujours mieux éviter d’éveiller les soupçons.

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