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Le père, le fils et l’amoureux 

Lorsque son père lui demande de lui apprendre à lire, Antoine tombe des nues – non pas qu’il ignorât que son père ne savait pas lire, mais pourquoi à 80 ans ? et pourquoi pas lui rétorque le paternel ! Un paternel bourru, parfois méchant, qui ne se soigne plus guère. Loin de la réussite sociale de son fils, directeur d'une maison d'édition.

Voilà donc le fils devenu le professeur du père et, comme on s’en doute, cela ne se passe pas très bien, tous deux sont tendus, crispés, et la colère de l’un rejaillit régulièrement sur l’autre.
A bout de patience, Antoine s’adresse à un jeune escort boy, Ron, avec qui – chose très rare – il a noué des relations autres que purement physiques (je dirais presquehygiéniques).
Car Ron fait l’escort boy pour payer ses études – des études d’instituteur justement, qu’il compte aller exercer en Australie. Il économise pour le billet d’avion et s’installer à Sidney.
Ron accepte de ne plus être le fantasme sexuel d’Antoine, qui a dû avouer la vérité à Alex, le talentueux peintre qui est son compagnon et avec qui il n’a plus de relations physiques. Car sinon, comment expliquer la présence de Ron dans sa vie.

A l’étonnement d’Antoine, les leçons de Ron portent leur fruit et en quelques mois, le père d’Antoine libère ses tensions et arrive à un certain résultat. Mais Ron sera beaucoup plus que cela dans la vie de ce triangle père-fils-amant, il sera le chaînon manquant, celui qui va tenter, avec un certain succès, de réconcilier le fils avec un père qui l' aime sans doute, mais tellement mal.

Mon avis = vous dire à quel point cette histoire m’a touchée serait un euphémisme.

Délier les liens noués, défaire les noeuds, se dépêtrer du passé.

Le livre refermé, j’avais encore une boule dans la gorge dans cette histoire où se déroule petit à petit l’histoire d’un homme, Antoine, ayant réussi sa vie en dépit dit-il de ses origines pauvres et d’un père qui ne l’aimait pas.
Antoine, la soixantaine, oublie que son père (plus de 80 ans) issu d’un milieu rural sicilien, n’a jamais su exprimer ses sentiments – à l’époque du père, on ne disait pas à ses enfants qu’on les aime, on avait une pudeur des sentiments, déjà il a accepté l’homosexualité de son fils, Alex et lui s’entendent d’ailleurs fort bien. Mais Alex a mis le doigt sur la plaie = Antoine ressemble tout à fait à son père, et on ne s’entend pas toujours bien avec soi-même, même si l’on a réussi dans la vie.

Les relations parents-enfants ne sont jamais simples – entre une mère et sa fille, c’est souvent tendu, entre un père et son fils, cela l’est encore plus apparemment.
Ici il y a des reproches, dus au manque de discussion, des non-dits, un manque de tendresse depuis la mort de la maman d’Antoine.

Et pourtant, toute cette histoire est un long moment de tendresse, c’est un livre sur l’amour familial, l’amour tout court car Antoine et Alex s’aiment malgré le manque de désir installé dans leur « vieux couple » - c’est aussi un  roman sur le désir, le désir physique, le désir d’apprendre. Un livre sur l’apprentissage non seulement des lettres et de la lecture, mais sur la volonté (ou pas) de connaître l’autre. 

A lire absolument. – MERCI à Marilyne qui a si gentiment partagé ce livre avec moi.  Son billet ici. D’autres avis = critiqueslibres, babelio, desmotsetdesnotes

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Sébastien Ministru est bien connu des amateurs de théâtre belge – il a écrit plusieurs pièces qui se sont jouées au TTO (le théâtre de la Toison d’Or, dont le but est de vous faire rire).
Dans ce roman, il y a exactement le même humour, la même tendresse que dans ses pièces.

En plus de sa casquette de dramaturge, il est aussi chroniqueur de radio et journaliste littéraire.

Dans un interview, il est heureux de dire que son père se réjouit d’être dans un roman.