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Xanthippe, épouse de Socrate, a été malmenée par l’histoire avec un grand H, comme beaucoup de femmes  d’ailleurs – bien que Clytemnestre soit un personnage de fiction, je n’ai pu m’empêcher, par instants, de comparer le roman d’Elisabeth Laureau-Dauli à celui de Simone Bertière. Celle-ci tentait aussi une réhabilitation d’un personnage littéralement haï par l’histoire dans son « Apologie pour Clytemnestre ».

Un peu d’histoire = Xhantippe, dont le nom signifie littéralement « jument blonde (jaune » - un patronyme dont le nom contient « hippos » et pourrait signifier un héritage aristocratique, mais ce n’est pas une certitude.
Toutefois, le fait d’avoir nommé leur premier fils  Lamprocles pourrait aussi abonder en ce sens car c’était le patronyme du père de Xanthippe et généralement le premier fils né portait le nom du grand-père le plus important.

Xanthippe était beaucoup plus jeune que son époux – peut-être d’au moins 40 ans – ils eurent 3 fils. Elle est restée dans l’histoire, le synonyme de la mégère, de la femme acariâtre, toujours en conflit non seulement avec Socrate mais aussi avec certains de ses amis, qui la méprisaient pour son manque d’éducation – c’est bien typique de la mauvaise foi et de la misogynie masculine grecque de mépriser le manque d’instruction d’une femme lorsque l’on sait que les filles passaient leur vie dans le gynécée de leur père, pour ensuite passer dans celui du mari – où leur tâche était, en dehors de pondre des enfants, tisser, préparer les repas ou les superviser si elles étaient de riche maison. Et surtout NE PAS assister audit repas.

Cette réputation de mégère lui fut donnée par Xenophon – malgré ce caractère grincheux, Socrate disait l’apprécier justement pour ce caractère qui s’opposait systématiquement à lui.
On tente actuellement de la réhabiliter un peu car finalement Socrate refusait tous les biens matériels et c’était à elle à se débrouiller pour faire bouillir la marmite, ce qui était particulièrement compliqué avec le peu dont le ménage disposait.
Cette tentative de réhabilitation se ressent dans le roman d’Elisabeth Laureau-Dauli – même Platon, qui  n’aimait pas particulièrement les femmes, qu’elles soient éduquées ou non, a quelques courtes paroles de sympathie à son égard devant son désespoir lorsque Socrate est condamné à boire la ciguë dans son « Apologie de Socrate » ( un texte que je vous recommande ).

Le roman débute donc par la condamnation de Socrate, et la malheureuse Xanthippe qui court comme une folle à travers les rues d’Athènes hurlant « vengeance », réclamant la justice pour un homme qui toujours fut sincère.
Ses fils aînés, adolescents, tentent de l’enfermer dans leur maison, estimant que désormais puisque leur père mourra bientôt, c’est à eux qu’elle doit obéir.
La jeune femme se souvient de leur vie, depuis le moment où Socrate vint la demander en mariage jusqu’au jour fatidique de sa condamnation.

A la question "Xanthippe est-elle une femme « moderne » pour son époque  ?"  je réponds résolument « non » si on la reporte dans le contexte historique – mais dans le roman elle apparaît comme une féministe avant l’heure, transportant ainsi ce que l’auteure veut communiquer.
Elle est néanmoins une héroïne tragique, comme celles des pièces d’Eschylle ou Euripide, ou par instant une héroïne comique comme dans les pièces d’Aristophane.

Le roman est d’une belle écriture, il mélange habilement des éléments biographiques et des éléments romancés – il est réaliste, on ressent vraiment la douleur de la jeune femme, elle est touchante lorsqu'elle dit se savoir laide,  redoute déjà devoir couper ses cheveux, sa seule beauté, car c’est ce que l’on attend des veuves.
Socrate y apparaît comme un homme ironique mais aimant, les fils sont d’abominables misogynes à la grecque, uniquement préoccupés par leur corps, toujours au gymnase,  méprisant leur père qu’ils considèrent comme un repris de justice et leur mère qu’ils traitent de folle.

Merci à Cécile du cécile’sblog (billet ici) pour m’avoir transmis ce livre que j’ai réellement apprécié. Un livre court mais puissant.

d'autres avis = babelio, critiqueslibres

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