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portrait d'hippolyte boulenger par guillaume vogels
(utilisée pour l'affiche de l'exposition)

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hippolyte boulenger - dessin de camille van der camp

Exposition à l’Association du Patrimoine Artistique, une rétrospective comportant  une cinquantaine d’œuvres issues exclusivement de collections privées belges  - commissaire de l'exposition = Constantin Ekonomides

(chronique basée sur le petit catalogue de l’exposition,  illustrations = certaines prises par moi mais aussi trouvées sur le site de l’A.P.A., que je remercie de m’avoir autorisée à prendre quelques clichés, pour lesquels votre indulgence est requise)

Je connaissais Hippolyte Boulenger de nom et pour l’une de ses toiles dans la collection permanente du joli musée d’Ixelles – en dehors de cela, hélas, je n’avais que peu d’informations sur ce peintre belge né en 1837 à Tournai et décédé en 1874 – voici une lacune que je suis heureuse d’avoir pu combler, tout comme j’avais pu découvrir Henri Evenepoel grâce à la rétrospective chez la même A.P.A.

Qui était Hippolyte Boulenger – un être farouche, solitaire, mais surtout un formidable paysagiste – les gens qui aiment bien les étiquettes n’ont pas hésité à le nommer « le Corot belge ». (je suis généralement peu friande de ces comparaisons qui, on le sait, ne sont pas raison, c’est toujours un peu réducteur)
L’écrivain Edmond Picard pour sa part a écrit dans « Courbet, Boulenger et Coosemans » = « un peu de légende s’attache aux belles individualités – gardons-nous de rétablir la vérité : nous serions, apparemment, moins vrais »

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L’œuvre de Boulenger est considéré comme l’un des plus novateurs des années 1860-70 en Belgique. Il a développé l’art du paysage et a influencé des paysagistes comme Rops, Stevens, Van Rysselberghe, Lemmen, Claus et Evenepoel.

Et malgré la reconnaissance de cet immense talent, l’œuvre d’Hippolyte Boulenger reste méconnu = la dernière monographie qui lui fut consacrée date de 1934, et sa notoriété en dehors de la Belgique est quasi inexistante.

Une autre raison pour ce manque de reconnaissance est probablement due à l’artiste lui-même = esprit intransigeant, rebelle, doué d’une intelligence plastique exceptionnelle, il exprimait des convictions artistiques personnelles sans tenir nullement compte de l’opinion dominante. Cette franchise fut probablement la cause de son isolement.

Il n’hésitait pas à qualifier certains artistes de « gratteurs de palette » ou de « vendeurs de pacotille ».
Les marchands d’art n’apprécient guère ces commentaires peu flatteurs et cela mit la carrière et la réputation de Boulenger en péril ; il dut toute sa vie faire face aux difficultés matérielles.
Malgré cela, en tournant le dos aux marchands les plus influents de l’époque (comme Breckpot), Hippolyte Boulenger ne put empêcher la spéculation sur son œuvre – lorsque en 1874 les rumeurs de sa mauvaise santé se firent jour, le prix de ses tableaux monta. 
Après sa mort, les prix atteindront des sommets.

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Il passa une partie de sa jeunesse à Paris, où il reçut des cours de dessin. En 1853  , Il revient à Bruxelles où il travaille dans l’atelier d’Hubert Colleye et suit des cours du soir de peinture paysagiste à l’académie des beaux-arts de Bruxelles.

De 1857 à 1860 Boulenger est sur les routes, aussi bien d’hiver que d’été, passant les nuits à la belle étoile ; il préfère quitter la ville et les petitesses qu’elle entraîne. Il quitte aussi l’académie et ses camarades, il ne veut plus peindre des sujets religieux. Durant presque 3 ans il dort à la belle étoile ou dans des auberges minables, mêle sa vie à celle des paysans et des ouvriers saisonniers. Il sillonne Uccle, Ruysbroeck, Auderghem, Linkebeek, Tervueren et d’autres communes de la périphérie bruxelloise.
En 1860, il arrive chez le peintre et graveur Paul Vandervin, à Ixelles ; il n’est pas mort, mais il est épuisé, tenant à peine debout, joues creusées par la famine et le froid.
L’atelier de Paul Vandervin est la bonne porte où il fallait frapper, chez lui Hippolyte Boulenger apprend les bienfaits de la discussion, du partage, des échanges de points de vue avec des artistes qui partagent ses idéaux.
Beaucoup d’artistes bénéficient de l’ambiance chaleureuse de Vandervin – écrivains et musiciens s’y retrouvent parmi les peintres et sculpteurs.
Les discussions se prolongent tard dans la nuit, on évoque Hugo, Balzac, Baudelaire …

Depuis leur rencontre dans l’atelier Vandervin, une belle amitié se noue entre Camille Van Camp et Hippolyte Boulenger, basée sur l’estime réciproque et la passion commune pour l’art et la peinture de plein air. Van Camp sera non seulement son ami mais aussi son mentor et mécène.

Ces peintres appréciant la nature (Coosemans, Asselberghs, Raymackers) forment un petit groupe et  s’intitulèrent « l’école de Tervueren » - pourquoi Tervueren ?
Selon l’historien Gustave Vanzype = « Tervueren c’est la campagne lointaine où se promène rarement un citadin. Il y a là toutes les beautés : forêt, parc seigneurial, chemin creux, vieille allée de château, prairie, champ, eau et lumière mystérieuse des sous-bois, rangées de peupliers, plaine bosselée, etc. – tous les aspects de nos contrées s’y sont réunis. »

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En 1872, sa santé se détériore, des crises d’épilepsie se font de plus en plus fréquentes, il se réfugie à Bruxelles pour suivre un traitement rigoureux ; il passera l’hiver dans une solitude hargneuse. En été 1873, il est repris par un nouvel élan de créativité et il quitte Bruxelles pour la vallée de la Meuse.
Hélas, il est atteint de convulsions nerveuses et doit être ramené d’urgence à Bruxelles où sa famille lui trouve un logement près de son médecin traitant. En vain, le 4 juillet 1874 Hippolyte Boulenger meurt.

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