branwell

Titre français = Le Monde infernal de Branwell Bronte 

Parce qu’elle avait une grande admiration pour Branwell Brontë, le surdoué de la famille Brontë, dont les sœurs sont désormais reconnues à travers le monde, Daphne du Maurier eut envie d’écrire cette biographie, qui malheureusement fut éditée pratiquement en même temps que celle que publia Winifred Gerin, une biographe de la famille Brontë elle aussi.

Daphne du Maurier a toujours dit à quel point elle s’était sentie proche de Branwell, être tourmenté s’il en fut, elle-même (du Maurier) disant avoir aussi de tels tourments.
Comme tous ceux et toutes celles qui eurent envie d’écrire sur la famille Brontë, la biographie d’Elizabeth Gaskell fut une fois encore le point de référence (finalement c'est à se demander pourquoi tant d’autres se sont frottés à une bio, puisque c’est toujours celle écrite par Gaskell qui semble être la source d’information et inspiration).

Le fait qu’il mourut à 31 ans, emporté par la tuberculose, après avoir littéralement brûlé la chandelle par les deux bouts, a bien sûr ajouté à la légende « maudite » du frère. Oui Branwell était un surdoué et malheureusement comme beaucoup de surdoués, il fut incapable de vivre dans la réalité.
Sans cesse aux prises aux tourments de l’âme et de l’amour impossible pour l’épouse de son employeur, se noyant dans l’alcool et la drogue pour oublier ses ratages. Amour que l'on pense désormais avoir surtout été dans son imagination à lui.
Impressionné aussi par la mort de ses proches, ce qui ajoutait à l’ambiance sombre et parfois morbide du presbytère, contre lequel s’appuyait le cimetière paroissial.

Il était l’enfant préféré du père, forcément un garçon, celui sur qui reposaient tous les espoirs – pour les filles il aurait dû être le prochain pilier sur lequel elles pourraient s’appuyer à la mort du père.
Seulement voilà, il fut incapable de répondre aux attentes (peut-être en attendait-on trop) de garder des emplois, probablement pas assez « flamboyants » pour ce jeune homme qui rêvait d’être peintre et écrivain. Incapable d’accepter le rejet de l’académie des beaux arts, il se mit à boire.
Après avoir été le précepteur du fils des Robinson, il perdit cet emploi lorsque Mr. Robinson réalisa qu’il faisait une cour assez pressante auprès de son épouse.

Pour sa sœur Anne, le plus dur fut que Branwell était totalement impie, se moquant d’elle et de sa profonde piété.
Pour Charlotte, il fut hélas un raté et combien elle ressentit de l’amertume en réalisant que leur père continuait à lui donner de l’argent, qui automatiquement était gaspillé au pub, alors que ses filles devaient se placer comme gouvernantes pour faire « bouillir la marmite ».
Quant à Emily, elle se sentit la plus proche de son frère et de ses tourments – on pense même que c’est lui qui jeta les bases de « Wuthering Heights », seul roman écrit par Emily Bronte, en dehors de ses très beaux poèmes.
Il est probable qu’ils aient collaboré pour jeter les bases du roman, le personnage d’Heathcliff étant basé sur lui, tout comme il sera l’inspiration à l’un des personnages créés par Anne Brontë.
On dit aussi qu’il aida à une première rédaction du « Professeur » de Charlotte.

Personnellement je ne suis pas convaincue par cela, et le fait que Branwell Brontë reçut avec un brin de mépris et condescendance  que ses sœurs devenaient connues, ne contribue pas à me le rendre sympathique.

Branwell Brontë, tout jeune, avait prouvé à quel point il était talentueux, en inventant les contes d’Angria, qu’il écrivit avec ses sœurs, dans ce presbytère sombre et froid, avec un père qui se réfugiait dans son bureau pour travailler, avec une mère morte trop jeune, avec d’autres sœurs mortes encore enfants et tout de même, la tante Branwell qui remplaça sa sœur pour aider à la bonne marche du foyer mais regrettant aussi le dilettantisme de son jeune neveu.
Qui mourut de tuberculose, abruti par l’alcool, à 31 ans dans une agonie que l’on n’imagine même pas.

Je comprends la fascination exercée par la personnalité de Branwell Brontë – et je vais une fois encore nager à contre-courant – je n’apprécie pas vraiment ce personnage, sans force de caractère, rejetant la faute sur les autres de ses propres faiblesses.

Daphne du Maurier est une romancière formidable, sa force d’écriture fait transparaître son admiration pour le jeune homme « maudit ». Admiration, je le reconnais, que je ne partage nullement. Je suis persuadée que Branwell Brontë était maniaco-dépressif (actuellement on dirait « bi-polaire), ce qui malheureusement ne se soignait pas à l’époque.

Le livre de Daphne du Maurier est fort bien documenté, de nombreux détails le jalonnent, avec des écrits de Branwell, des extraits de lettres entre Charlotte et son amie Ellen Nussey.
J’ai hélas trouvé qu’il y avait un peu trop d’extraits de lettres et autres écrits, cela a rendu cette lecture assez fastidieuse – mais peut-être ne suis-je pas assez indulgente à l’égard de Branwell pour accepter tous les détails de la biographie.

Quel gâchis que cette vie, quelle tristesse aussi quand des êtres jeunes ne trouvent pas leur place dans le monde.

une bonne critique de critiqueslibres ici, un autre avis sur le  blog de miss popila

le célèbre portrait des soeurs brontë par leur frère branwell
qui s'effaça à la térébenthine, alors qu'il figurait dans le fond
comme un sentiment prémonitoire de sa fin si proche

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