Brontë

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Autant témoignage sur le temps que passèrent Emily et Charlotte Brontë à Bruxelles, ce livre est aussi un témoignage sur le jeune royaume de Belgique et sur Bruxelles. Les deux sœurs y arrivèrent en 1842, la Belgique avait alors 12 ans.

Charlotte Brontë, après une expérience en tant que gouvernante – comme sa sœur Anne, qui fut gouvernante pendant 4 années – décida que ce serait une idée intéressante pour elle et ses sœurs d’ouvrir une école dans le lieu même où elles habitaient, c'est-à-dire le Presbytère d’Haworth. L’excellente idée mise à part, on peut se questionner sur ce qu’aurait donné l’idée si elle avait abouti, avec Branwell, le frère, désormais cloîtré dans sa chambre dans un état second dû  à l’alcoolisme et les drogues, ainsi qu’avec le pasteur Brontë même qui n’appréciait pas particulièrement la présence d’enfants …

Cette parenthèse ouverte et fermée, revenons à Bruxelles – les deux sœurs avaient alors une vingtaine d’années et grâce à l’aide matérielle de leur tante Branwell, elles furent inscrites au Pensionnat pour demoiselles Héger-Parent, où elles purent prendre des leçons qui leur permettraient d’améliorer leurs connaissances afin de les enseigner, plus tard, à Haworth. Si Emily détesta rapidement l’ambiance du pensionnat , Charlotte par contre y découvrit ce qu’elle recherchait = non seulement un enseignement qui l’intéressa grandement, mais aussi un amour passionné pour Constantin Héger – celui-ci l’encouragea fortement dans l’écriture, ayant rapidement découvert le talent de Charlotte.

L’attachement de Charlotte Brontë fut certes secret au moment où les jeunes filles se trouvaient au pensionnat, mais peu à peu les lettres qu’elle écrivit à ses amies Ellen Nussey et Mary Taylor dévoilèrent bien autre chose qu’une communion intellectuelle. Ceci sera d’autant plus flagrant lorsque, durant les vacances, seule au pensionnat, Charlotte eut un terrible mal du pays et se sentit profondément malheureuse et seule. Lorsque l’annonce vint aux deux sœurs que leur tante Branwell était décédée, elles retournèrent à Haworth, où Emily restera, alors que Charlotte revint à Bruxelles pour un an. Elle dévoile, dans ses lettres, les promenades dans Bruxelles – celles-ci formeront aussi le terrain pour son livre « Villette » qui sera publié posthumément, tout comme le sera « The Professor », plusieurs fois refusé par les éditeurs, avant et après le succès de « Jane Eyre ».

« Villette » surtout dévoile des aspects de la vie à Bruxelles, au  pensionnat, et le portrait du directeur est certes sans ambages celui de Constantin Héger – on pense que Madame Héger, après avoir lu une version « pirate » en français du livre, tentera tout ce qui était en son pouvoir pour en interdire, ou du moins ralentir, sa publication. Que son charismatique époux ait fait l’objet de tant d’adulation  n’était déjà pas pour lui plaire énormément, mais il semblerait que le portrait dans le roman de l’épouse du directeur ait été particulièrement caustique, voire déplaisant pour elle.

Le livre d’Helen McEwan - édité en prélude au 200ème anniversaire de la naissance de Charlotte Brontë - est superbement illustré, avec des extraits de lettres, des « devoirs » de Bruxelles – voir d’ailleurs à ce sujet, aux éditions Mille & Une Nuits, le livre consacré aux devoirs de Bruxelles d’Emily Brontë. (sur le blog lamaisondemilly un avis sur ces « devoirs »).

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Helen McEwan est établie à Bruxelles depuis 2004, traductrice aux communautés européennes et fondatrice de la société Brontë à Bruxelles.
Elle a organisé des balades basées sur les promenades d’Emily et Charlotte Brontë au cours de leurs séjours – j’ai eu le plaisir de suivre l’une d’entre elles, organisée par la maison d’éditions de son livre.
C’est lors de la relecture du roman « Villette » que Ms. McEwan a été frappée par la similitude du livre avec la vie de Charlotte.