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J’ai choisi de réunir les 2 derniers livres des « Delphic Women », car « Electra » est la suite quasi immédiate de « Cassandra ».

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans les deux romans, en dehors de la ré-écriture de la mythologie classique que nous connaissons tous, est la peinture des mœurs des Troyens opposés aux Achéens = les Troyens ont le plus grand respect pour leurs femmes, qu’ils traitent en égales – si une femme veut vivre libre, sans mari, ni enfant, elle est en droit de le faire et de n’obéir ni à son père, ni à son frère – même d’avoir un commerce dont elle est la seule propriétaire.
Totalement au contraire des Achéens, dont les femmes même légitimes ne sont que des esclaves, destinées à leur donner une progéniture destinée à assurer le lignage – en dehors de cela, elles sont confinées dans le gynécée, interdites de sortir seules et non voilées et uniquement avec la permission expresse du seigneur de la maison, si simple soit cette maisonnée.

Intercalés entre les chapitres, on retrouve comme en prologue, les dieux de l’Olympe, qui lorsqu’ils s’ennuient, aiment à bouleverser les destinées des humains qui ne sont que des marionnettes entre leurs mains – Apollon et Aphrodite font un pari qui amènera la chute de Troie.
Dans « Electra », Poseidon offensé par Ulysse se fera un plaisir de s’amuser aux dépens de celui qui osa l’insulter.

Dans chacune des histoires dramatiques, il y a toutefois quelques moments d'humour qui font sourire gentiment et qui allègent un peu les situations.

Le récit de la vie et la chute de Troie n’est pas sans rappeler « The Firebrand », le beau roman de Marion Zimmer Bradley où l’histoire était racontée du le point de vue des femmes.
L’écriture de Kerry Greenwood est moins belle que celle de Ms. Bradley ; néanmoins elle utilise aussi le droit qu’a tout romancier d’adapter à sa manière une histoire mythique, même si cela ne plaît pas aux puristes.  Après tout, l'Illiade et l'Odysée, d'Homère, étaient aussi des récits mythiques, comme les pièces de théâtre de Sophocle et Euripide.

CASSANDRA – la superbe fille de Priam et Hécube, maudite par Apollon pour s’être refusée à lui, douée d’un don de prophétie qui lui permet hélas de voir le destin de la magnifique  ville.
Elle est très attachée à son frère jumeau, suscitant ainsi l’envie de leur frère Alexandros, dit Pariki (Pâris - du nom de cette bourse de pâtre qu’il garde à la ceinture), souvenir des années où il fut élevé par des pâtres dans la montagne, après que son père Priam  l’y ait exposé, la grande prêtresse ayant confirmé qu’il amènerait la destruction de Troie.
De fait, lors d’une mission diplomatique il accompagne Hector, le brillant fils aîné, qu’il jalouse également (Pâris n’est vraiment pas quelqu’un de bien, contrairement à l’air d’innocence qu’on lui a donné au cinéma) – il est veule, menteur, bref le faux-jeton par excellence -  il va porter les yeux sur Helene l’épouse du roi de Sparte – et amener la mort sur sa ville.
Dans Troie, il y a Diomenes, un guérisseur, sauvé dans son enfance par Thanatos. Ce qu’il verra à Troie le marquera pour toujours ; s’étant pris d’affection pour Cassandre, il fera tout pour la sauver.

Les chapitres racontés à la première personne par Cassandre et Diomenes alternent pour nous « chanter la ruine de Troie » - qui, comme le dira très justement Cassandre, n’est pas tombée parce qu’Helene a quitté Menelas, mais bien parce que les Achéens convoitaient les richesses de la ville et refusaient de continuer à payer le tribut demandé par les Troyens pour franchir le détroit des Dardanelles. 

ELECTRA – la malheureuse fille d’Agamemnon et Clytemnestre, s’occupe de son petit frère Oreste. Elle sait que son père a sacrifié Iphigénie sa douce et jolie sœur, sous le prétexte de la marier à Achille, mais en fait pour que les vents soient favorables aux Achéens afin d’aller faire la guerre à Troie. Elle hait sa mère et son amant, elle a un lourd secret qui la rend triste, renfermée ; elle est hautaine, parce que fille de « roi » et est habituée à être servie. Lorsque revient son père, il est accompagné de Cassandre qui fait partie des esclaves troyennes. Ont aussi suivi la jeune princesse troyenne le guérisseur Diomenes et Eumidès, le marin troyen qui l’ont sauvée de la noyade ; ils veulent la sauver des griffes de la maison d’Atrée et heureusement y arriveront, de justesse, car lorsque Clytemnestre assassine Agamemnon dans le bain purificateur, les 2 jeunes gens, Cassandre, Electre et Oreste sont témoins de ce crime et il est évident qu’ils seront tués pour cela.

L’errance les mène vers la maison de Pylades, cousin d’Oreste et Electre. Là après quelque temps de repos, Electre décide qu’il est temps d’aller tuer Clytemnestre, ce en quoi Oreste décide de l’aider. Il sera poursuivi par les Erynies pour matricide, grâce à l’aide de Cassandre et ses amis, il trouvera la paix – grâce aussi à l’intervention d’Hecate, Pan et Demeter, sans oublier Zeus qui commence à en avoir sérieusement marre des querelles familiales. 
Ici aussi la narration se fait en alternance des  chapitres entre Electre, Cassandre et Ulysse qui tente de retrouver Ithaque. Sans oublier quelques lignes consacrées aux dieux de l’Olympe qui poursuivent ces malheureux humains de leur courroux, ou de leur clémence.

Electre n’est pas un personnage fort sympathique et elle a le plus profond mépris pour Cassandre qu’elle trouvé impudique, au comportement libre donc indécent – qu’elle soit une guérisseuse la choque également – une femme c’est fait pour se taire, filer la laine, tisser et éventuellement être une gouvernante de sa maison si elle a du bien. Or celle-ci, non seulement répond quand elle n’est pas d’accord, mais en plus monte à cheval et ne sait pas coudre !

"Electra" est surtout un récit de l'errance de personnages placés dans des situations qui les dépassent et dont ils aimeraient enfin pourvoir se dégager.