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Non traduit

Bingo Riggs et son associé Handsome Kuzak prennent des photos de promeneurs dans Central Park, en leur laissant leur carte – ils peuvent obtenir un tirage papier, moyennant une somme dérisoire. Jusque là, tout va bien – si on peut dire, parce que tous les promeneurs ne sont pas vraiment intéressés.
Sauf lorsqu’ils apprennent que ce lieu de Central Park où ils se trouvent est celui-là même où venait un certain Mr. S.S. Pigeon, homme d’affaires, qui aimait nourrir les oiseaux – forcément, me direz-vous quand on s’appelle « Pigeon » !
Ce Mr. Pigeon a disparu il y a 7 ans moins une semaine, et s’il n’a pas reparu à la fin de ces 7 derniers jours, son associé aura droit à la prime d’assurance vie d’un demi-million de dollars. 

A partir de ce moment-là, tout le monde accepte la carte pour obtenir la photo. Ce n’est pas encore la gloire, mais Bingo  est un homme d’affaires avisé (hum hum), un cerveau en tout cas aux yeux d’Handsome, dont le surnom dit bien à quel point il n’est pas mal de sa personne, mais question cerveau il est un peu lent, donc Bingo n’hésite pas à dire aux quidams qu’il photographie toute l’histoire de Mr. Pigeon.
Lorsqu’ils ont épuisé toutes les cartes postales de ceux que leur photo intéresse, nos deux amis retrouvent leur appartement – un deux-pièces minuscules, dont le loyer a quelque peu du retard à être payé vu l’état pathétique des finances de l’International Foto, Motion Picture & Television Corporation of America.
Le titre est peut-être prétentieux, mais Bingo a de grandes espérances et Handsome est un excellent photographe. 

Lorsque ce dernier développe les négatifs, quelle n’est pas la surprise du tandem de réaliser que dans le fond, exactement sur le banc où il venait toujours, est assis Mr. S.S. Pigeon !
Ectoplasme ? pas vraiment non, car Mr. Pigeon est bel et bien vivant.
Bingo a une idée du tonnerre = ils vont contacter l’associé de Pigeon, lui dire que celui-ci est vivant mais qu’ils sont d’accord pour ne pas le révéler, ainsi l’associé pourra-t-il encaisser la prime d’assurance d’un demi-million et eux, en échange, ce qu’ils demandent c’est la moitié de cette somme.
Honnête non ?
Pour que Pigeon reste caché pendant les 7 derniers jours, ils vont l’enlever, mais comme ce ne sont pas vraiment des gangsters et que le vieil homme est vraiment sympathique et tout prêt à collaborer, il se laisse aisément convaincre de rester dans leur deux-pièces. Même Baby, la mignonne fille de leur propriétaire, accepte de jouer le jeu.

Bingo et Handsome se rendent donc chez l’associé, qui s’avère être mort et bien mort, alors qu’il venait de leur dire de monter chez lui ! Je vous jure, ça ne sent pas bon cette histoire.
Et les cadavres et les blondes dangereuses vont s’accumuler dans cette histoire – Bingo commence à se dire que son idée géniale n’était peut-être pas si géniale que cela et qu’au lieu de toucher un quart de million de dollars, ils vont peut-être aussi toucher un coup de  couteau dans le dos !

Voilà bien longtemps que je n’avais lu un polar de Craig Rice, une romancière américaine que j’ai toujours adorée – surtout pour sa série « Justus, Malone & Cie », sans oublier son savoureux « Maman déteste la police ».

Tout comme les livres susmentionnés, « The Sunday Pigeon Murders » est une comédie policière loufoque, bourrée de comiques  de répétition (les célèbres « running gags » à l’américaine).
Le contraste formé par Bingo et Handsome déjà en soi est un gag, puisque le « cerveau » est petit, noir de cheveux, rondouillard et assez moche, tandis que le beau gosse, visage d’ange et corps d’athlète, grand et blond, mais lent du côté compréhension.
Néanmoins, comme dans le tandem « Sherlock & Watson » ou « Poirot & Hastings », la lenteur de compréhension de l’un permet à l’autre d’avoir une idée pour résoudre certains problèmes.
Quoique résoudre des coups de couteau entre les omoplates n’est quand même pas si simple que cela.

Voilà une lecture qui m’a fait glousser tout le dimanche dans mon fauteuil, un excellent moyen pour lutter contre la monotonie ambiante d’un temps totalement belge, donc morose.       

Pour les amateurs de belle langue anglaise, par contre, je suis obligée d’ajouter qu’il s’agit d’anglais-américain, avec pas mal d’expression de slang des années 1930, un peu comme on en retrouve dans les comédies loufoques américaines au cinéma.

Pas une lecture pour la beauté de la langue donc, ce n’est pas Shakespeare, mais qu’est ce que c’est amusant de se plonger dans un petit roman sans prétention, totalement rétro et qui le fait !

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Craig Rice naquit à Chicago en 1908 – son patronyme était Georgiana Ann Randolph Walker Craig. Elle mourut en 1957.
Elle fut l’auteure de nombreuses nouvelles et romans policiers.
Abandonnée très jeune par sa mère, la petite fille fut accueillie chez ses oncle et tante paternels, les Rice dont elle pris le nom pour pseudonyme.
C’est par son oncle Rice qu’elle découvrit les romans d’Edgar Allen Poe et que se créa son intérêt pour les  enquêtes policières.

Elle débuta sa carrière professionnelle à la radio et dans les relations publiques. Pendant quelques années elle écrivit romans et poèmes qui ne rencontrèrent aucun succès jusqu’au jour où fut publié la première enquête de « Justus, Malone & Cie » - le succès fut immédiat.
Ces enquêtes sont un mélange de comédie policière loufoque (screwball comedy), mais aussi un habile pastiche du genre hardboiled. Parfois le burlesque et le grand guignol s'y mêlent un peu, mais cela reste toujours fort drôle à lire.

Craig Rice servit aussi de « nègre » à des personnalités comme la célèbre stripteaseuse Gypsy Rose Lee ou le comédien George Sanders. Elle a participé à pas mal de scénarios et fut l’associée de l’écrivain Stuart Palmer dans des scénarios ou des nouvelles.

La vie privée de Craig Rice fut à l’image de ses romans = mouvementée – elle développa malheureusement un alcoolisme chronique et sa santé se détériora rapidement. Malgré de multiples tentatives de suicide, il semblerait néanmoins qu’elle décéda de causes naturelles.