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 en complément à cette belle exposition dont j'ai déjà eu le plaisir de vous parler

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Suite à l’ exposition au musée du costume et de la dentelle à propos des crinolines, le musée des beaux-arts proposait deux journées sur la thématique de la mode, miroir de la société, dans la peinture du 19ème siècle.
(ma chronique s’inspire librement des explications de la guide/historienne d’art Sarah Cordier – ayant oublié mon appareil photos les illustrations ont été trouvées sur la photothèque google – de toute façon, les explications de madame cordier sont si intéressantes et passionnantes que je n’aime guère en perdre un mot =^-^=)

L’apparence, le paraître, ne sont pas le privilège de notre temps où l’on vous toise de la tête aux pieds si vous n’être pas habillée à la dernière mode. De tous temps, il fallait « paraître » - les courtisans sous Louis XIV se ruinaient littéralement pour ne pas porter deux fois la même tenue à Versailles ou Marly – et au 19ème siècle, la bourgeoisie montante se devait de paraître. L’habit ne fait peut-être par le moine, mais l’apparence fait certainement le bourgeois. Les apparences peuvent être trompeuses, mais dans la plupart des cas l’habit est un mode de communication sur la position sociale,

Le 19ème siècle, s’il est un siècle d’évolution technique, n’est certes pas un siècle d’évolution sociale, même si le début du 20ème verra celle-ci poindre son nez.
En attendant, comme dans ce tableau de Charles Hermans intitulé « A l’Aube », on trouve le clivage de la société = les bourgeois, en compagnie de courtisanes, sortent éméchés es lieux où l’on fait la fête alors que les ouvriers se préparent à partir au turbin. 
L’évident contraste non seulement des statuts est également flagrant dans les habits = ces dames ont moultes froufrous, sont décolletées et bras nus (ce qui est un signe qu’il s’agit d’un retour de sortie nocturne car jamais une bourgeoise bien née ne sortirait décolletée et bras nus le jour) -  il y a toutefois un joli détail sur l’ouvrière = sa boucle d’oreilles, et son regard semble quelque peu nostalgique à voir les tenues de ces dames, sinon les tenues des « gens simples » sont de toile plutôt épaisse et n’ont aucune autre couleur que le gris. Quant au châle de cachemire de la « dame » à droite, il pourrait bien être une imitation même s’il est de belle facture, et ces dames ont un éventail, l’outil indispensable d’une soirée. 
L’œuvre d’Hermans fit scandale, comme on peut se l’imaginer, car il montrait une réalité sociale, il peignait la population – ce qui ne se faisait point – surtout pas pour les grands tableaux ; ce format était réservé à des sujets religieux et / ou mythologiques – et en principe, un peintre « honorable » se contentait de portraits.

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On ne peut parler « mode » sans parler d’Alfred Stevens, ici portraituré par Henri Gervex – il porte un haut de forme – cet accessoire masculin fait l’objet, dans les journaux de mode de l’époque, d’articles sur  l’art de le porter, mais surtout sur les codes de savoir-vivre concernant les saluts. 
Et bien sûr, on ne sort pas sans chapeau ! c’est aussi valable pour les hommes que pour les femmes.

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Alfred Stevens a été surnommé « l’homme qui peignait les femmes » - il est vrai que ce peintre travaillait pour divers magazines de mode de son époque – on dit parfois que sa peinture était documentaire.
Stevens utilisait, dans ses tableaux de belles dames, la célèbre Victorine Meurant, qui fut aussi modèle d’Edouard Manet – qui la présenta d’ailleurs à Stevens.
Chez Stevens, probablement parce qu’il illustrait des journaux de mode, ce ne sont pas que les modèles qui ont de l’importance, les textures et les détails d’un vêtement le sont aussi (dans le portrait ci-dessous, il s'agit plus que certainement d'une mousseline de soie, fort chère).
Dans la « jeune femme en robe rose », il ne semble pas qu’elle porte une crinoline, un détail vestimentaire que l’on portait autant chez soi qu’à l’extérieur.
Rappelons que c’est par l’invention de la crinoline que fut inventée la culotte, qui s’arrêtait à mi-mollet devenant rapidement un accessoire de mode aussi important que le dessus.

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 Autre accessoire de mode, aussi important que l’éventail et le chapeau, est l’ombrelle – celle-ci se replie et possède un anneau pour le porter à la main, à la manière désinvolte de la dame peinte par Félicien Rops, et qui est probablement aussi une courtisane, Rops étant célèbre pour ses « mauvaises » fréquentations.

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En contraste toujours avec ces tableaux de salon, Constantin Meunier veut montrer la réalité des travailleurs – ici son beau triptyque consacré aux « Mineurs ». Sous le casque de cuir des mineurs, ceux-ci portaient une « marène », un sous casque pour éviter que leur front et leur cuir chevelu soient blessés. 
Léon Fredéric, lui, nous propose un triptyque « les Vendeurs de Craie » - le premier volet montrant la famille au matin, le centre est le repas, le 3ème volet est la fin de la journée. Il est à noter que seul le père porte des sabots, les filles vont pieds nus. Comme la bienséance ne permet pas de sortir tête nue – ce n’est pas valable que pour les dames de la bourgeoisie – les filles portent un petit foulard.

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Le portrait de cette jeune femme en robe rose, peint par Jacques de Lalaing, montre une personne détendue – or, le port du corset ne permettait certainement pas une telle pose de détente, car cet objet, véritable instrument de torture, obligeait les femmes à se tenir très droite et, en principe, elle porte une tournure aussi nommé  « tabouret » ou encore « faux cul » - elle ne peut donc pas avoir autant de nonchalance dans la réalité.  
Je rappelle au passage que non seulement les suffragettes luttèrent – sans succès – pour la suppression du corset qui tuait littéralement les femmes – Jane Wilde, mère d’Oscar, fut l’une des plus acharnées défenderesses de la suppression du corset, ainsi d’ailleurs que des traînes, qui parfois provoquaient des accidents au cours des bals (robes prenant feu, compte tenu de la délicatesse des tissus, traînant près des chandeliers).

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Je termine ma chronique sur ce très joli portrait de dame peint par Georges Morenn – on sait que c’est une dame parce qu’elle est coiffée – seule les petites filles, jusqu’à la puberté, peuvent porter les cheveux libres (comme « Henriette », peinte par Henri Evenepoel).

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Plutôt rare dans les portraits, on distingue ici au fond la femme de chambre de la jolie rousse.
L’un des nombreux codes du savoir-vivre et de l’éducation donnée aux filles par leur mère ou leur gouvernante était la manière de traiter la domesticité = pas trop de familiarité, parce qu’alors le personnel n’a pas de respect pour vous, voire du mépris car vous ne savez « tenir votre place » (on croit rêver !) – mais pas trop de dureté non plus, sinon vous aurez la réputation d’être une mauvaise patronne et vous ne trouverez plus personne pour travailler pour vous. 
Quant à la dite éducation des filles, elle comprenait surtout l’économie domestique, l’art de « conduire sa maison » - si elle ne travaillait pas elle-même, la patronne se devait de tout connaître dans la maison = le coût des denrées alimentaires, du linge, etc. Dans les milieux les plus riches, c’était une gouvernante qui en était chargée, mais la dame de la maison se devait tout de même de tout savoir.