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Titre français  = Broadway, 39ème rue

Scénario de Tim Robbins, basé sur l’histoire vraie de la pièce musicale de Marc Blitzstein et sur les événements de l’époque

Tim Robbins, qui ne se contente pas d’être un acteur remarquable, est aussi un scénariste, producteur et metteur en scène de ce film – c’est aussi un homme engagé qui se bat pour  l’indépendance artistique et les droits de l’homme.
Ici il met en scène plusieurs petites histoires, à la manière d’un film choral, plusieurs personnages dont certains ont réellement existé – comme l’extraordinaire Hallie Flanagan -, d’autres sont basés sur des personnages qui ont existé mais sont condensés en une personne.
Le film est considéré comme une fiction, néanmoins chaque personnage a existé. Bien qu’il y ait beaucoup d’humour dans certaines scènes, je considère que l’histoire est tout de même un drame et non une comédie comme l’ont affirmé certains des comédiens.

En 1938, l’Europe est déjà en partie sous la botte d’Hitler et Mussolini est l’idole de l’Italie.
L’Amérique est en pleine récession, en plein marasme économique, des milliers, voire des millions sont au chômage – et notamment dans le monde artistique. Certains membres du congrès des Etats-Unis étaient convaincus que le monde des artistes était un ramassis de communistes et de socialisme, puisque ce fut aussi à l’époque que se créèrent les syndicats d’artistes - qui  donnèrent quelques crises de nerfs à Orson Welles qui ne supportait pas les « pauses syndicales ». L
e maccarthysme n’est pas loin, le congrès encourage les opposants aux idées  neuves à dénoncer ceux qui seraient des « rouges ».

Le scénario de Tim Robbins n’est pas basé sur celui écrit par Orson Welles, qui désirait en faire une autobiographie cinématographique puisqu’il était partie intégrante de cette aventure. Cela aurait dû se faire en 1983, mais les producteurs une fois encore tournèrent le dos à Welles.

D’entrée d’histoire, la caméra suit  une jeune femme vivant dans la rue, elle arrive au théâtre où Marc Blitzstein tente d’écrire sa comédie musicale aux idées sociales, à la manière des œuvres  de Bertolt Brecht. Comme pour Brecht, Blitzstein souhaitait « casser » le mur entre public et comédiens.
Les files sont interminables aux bureaux d’emplois, et pendant ce temps des magnats de l’acier, de la presse, des banques, passent pas mal de temps ensemble dans des bals et dîners, où ils insistent sur le pouvoir de l’argent = celui qui a l’argent a le droit de décider quelles œuvres seront montrées au public – Diego Rivera en fait les frais, puisque le jeune Nelson Rockfeller qui se disait son ami, après avoir commandé une vaste fresque pour le hall du Rockfeller Center, la fit démolir car on y voyait Lenine et des policiers tapant sur des grévistes (entre autres). L’œuvre s’intitulait  "l’homme au carrefour (au contrôle) de l’univers".

Le WPA (Works Progress Administration) avait été fondé par Franklin Roosevelt dans le cadre du New Deal. Au sein de cette association, on trouve le Federal Project, qui devait remettre le monde artistique en selle.
Une excellente initiative qui fera hélas long feu lorsque le sénat apprendra que des pièces à tendance socialiste sont montées un peu partout, donnant la parole au peuple.
Le congrès prétendit ne plus avoir assez de budget et vu ce que la pièce de Marc  Blitzstein prônait, le théâtre,  où la comédie musicale devait se donner, fut fermé et la police empêcha même les comédiens à récupérer leurs effets.
C’est oublier qu’Orson Welles et John Houseman ne se laisseraient pas abattre aussi facilement, puisque ce sont eux qui allaient produire et mettre en scène cette œuvre controversée.
Welles avec son habituel panache fit trouver un piano et emmena tout le monde vers un autre théâtre à Broadway. Puisque les comédiens ne pouvaient pas se produire, Welles décida que ce serait Blitzstein qui interpréterait ses personnages en s’accompagnant au piano.
Mais parmi les comédiens, il y en a qui n’acceptent pas  le diktat du gouvernement et d’obéir au syndicat. Ils se levèrent donc en cours de représentation et mirent tout leur cœur dans l’œuvre. 

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Une pléiade de comédiens – tous à la hauteur de leur rôle – interprètent les multiples personnages des années 1930, qui furent concernés par ce projet artistique.
Tim Robbins les a réunis dans un film mais il faut savoir qu’il s’agit de « vignettes » illustrant l’histoire ; l’affaire Rivera/Rockefeller ne se produisit pas nécessairement en même temps que « The Cradle will rock ».
On y trouve par exemple une pièce pour enfants « la Révolte des Castors », d’Oscar Saul – qui ne se produisit pas non plus au même moment, mais qui a été introduite dans l’histoire pour mettre l’accent sur les difficultés rencontrées par Hallie Flanagan.

Distribution = Hank Azaria (Marc Blitzstein), Ruben Blades (Diego Rivera), john Cusack (Nelson Rockefeller), Angus MacFadyen (Orson Welles), Cary Elwes (John Houseman), Susan Sarandon (Margherita Sarfati, ex-maîtresse de Mussolini, chroniqueuse pour W.R. Hearst).
Cherry Jones est une remarquable Hallie Flanagan qui se battra autant que possible pour faire comprendre l’importance de la culture à des sénateurs de droite qui n’en ont rien à faire. Cette commission préfigure celle de MacCarthy après la seconde guerre mondiale.

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Pour les personnages additionnels, basés sur des personnes ayant existé, Emily Watson est Olive Stanton, la jeune femme qui vit dans la rue et désire retrouver sa dignité, John Turturro est Aldo Silvano, un comédien qui refuse de se laisser dicter sa conduite par les puissances de l’argent et qui lutte contre le fascisme au sein de sa famille ; Bill Murray est émouvant en ventriloque, qui réalise que le vaudeville n’a plus la cote et Joan Cusack est Hazel Huffman qui dénonce ce qu’elle estime être indécent au sein du Federal Theatre Project, ne comprenant pas qu’elle met ainsi des milliers de personnes à la rue puisque le FTP aura les vivres coupés. Vanessa Redgrave fait aussi partie de la distribution, en épouse de magnat qui refuse les diktats de son époux.

La comédie musicale de Marc Blitzstein dénonce la main mise d’un gros propriétaire de la petite ville fictive de Steeltown, dont toutes les instances sont tenues par sa famille.  La pièce dénonce la corruption et l’appât du gain de cette famille.
Ce fut aussi la première fois qu’une comédie musicale aux Etats-Unis parlait des difficultés matérielles du peuple et dénonçait les personnages riches et sans scrupules.

C’est l’épisode de la fermeture du théâtre et la manière dont Orson Welles et John Houseman se débrouillèrent pour la produire dans un autre théâtre, avec Marc Blitzsein seul au piano,  qui fait l’objet du film de Tim Robbins où  les épisodes sérieux et/ou dramatiques, y alternent avec des moments très drôles comme les relations entre Welles & Houseman qui étaient plus que houleuses.

Le film lui n’est pas une comédie musicale, contrairement à la pièce qu’il met en scène.

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la fresque détruite de Diego Rivera, versiion reconstituée

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