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Le Centre du Film sur l'Art, dont j'ai déjà eu le plaisir à diverses reprises de suivre les conférences des mardis de l'art, a organisé en collaboration avec le réseau Kalame (ateliers d’écriture), un petit festival autour des femmes qui écrivent = Violette Leduc, Simone de Beauvoir, Grisélidis Real, Marguerite Duras.
Des conférences, des ateliers d’écriture, des films, des documentaires, des lectures de textes par Marie-Andrée Delhamende (pour Duras).

La journée consacrée à Marguerite Duras figure emblématique de la littérature des femmes -  commença tôt le matin, avec un atelier d’écriture que ma paresse naturelle ne put pas me faire suivre vu l’heure matinale !
Par contre, j’ai assisté avec intérêt à l’après-midi qui lui était tout entière consacrée, commençant par la 1ère partie d’un documentaire en 2 volets, réalisé par l’une de ses amies, Michelle Porte.

LES LIEUX DE MARGUERITE DURAS I & II

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Dans l’œuvre filmée de Marguerite Duras, on trouve les lieux où elle vécut, d’autres lieux parfois vides mais obsessionnels pour la romancière-cinéaste.
Il est évident que la romancière est hantée par les lieux où elle vécut,  ses livres, ses films en témoignent.
La 1ère partie ouvre la porte de sa demeure de Neauphle-le-Château, où furent tournés certains de ses films, dont « Nathalie Granger », qui hante littéralement la maison.
Une maison, pour Duras, est le lieu privilégié de la femme, pour un homme ce n’est rien qu’un lieu où il revient le soir, mais pour la femme la maison, c’est elle. Elle est investie par sa maison. Elle la possède.
Tout comme la femme « possède » la forêt, un lieu qui fut longtemps un refuge, où les femmes du passé, seules parce que les hommes étaient à la guerre, se mirent à parler aux arbres, à la nature, aux animaux, et se firent pendant des siècles traiter de sorcières.

Dire que Marguerite Duras m’ait séduite par ses propos serait réellement exagéré.
Je lui ai trouvé très peu de charisme dans cette première partie,  ce qui ne remet nullement en question son immense talent avec les mots.
Lorsqu’elle compare les talents de  Goya et Bach, ce qui se conçoit et n’est pas grave en soi, mais qu’elle assène  que pour avoir créé ce qu’ils ont créé, que ce soit en peinture ou en musique, ils ne pouvaient être que des imbéciles (crétins) finis !
Elle n’en reste pas là, pour elle un accouchement est un assassinat, celui d’un enfant qui était bien au chaud, qui dormait, et qui soudain doit sortir de là, se réveiller, et qui hurle sa douleur.
C’est une métaphore un peu dure à mes yeux.

Pour finir, elle n’est pas à l’abri d’une certaine incohérence. Elle dit admirer ceux qui n’écrivent pas, tout en se demandant comment peut-on ne pas écrire ?
Et surtout, elle ne comprend pas que l’on écrive une histoire avec un début-un milieu-une fin ? Ha bon ? et son « Barrage contre le Pacifique » alors ?i

On dit qu'un génie intellectuel peut  se permettre de tout dire … je ne suis pas vraiment d'accord ! pour moi qui suis tout de même quelqu’un d’un peu simple (je suis certaine qu’elle me trouverait simplette), j’estime que le regard que l’on porte sur les autres doit montrer un certain respect (quoique je reconnaisse que j'ai peu de respect pour la royauté lorsque j'en parle =^-^=).

Cette première partie du documentaire fut suivi d’une belle lecture des textes extraits de = le Vice-Consul, Ecrire, la Douleur. Dits  d’une voix joliment modulée, profonde et douce à la fois, avec beaucoup d’élégance par Marie-Andrée Delhamende (son site ici).

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Pour la seconde partie du documentaire biographique réalisé par  Michelle Porte, Marguerite Duras revisite d’autres lieux, comme l’Indochine de son enfance, les souvenirs de sa mère, son frère mort jeune. Elle évoque les difficultés rencontrées par sa mère, veuve, devant se débrouiller seule dans une Indochine où une femme n’avait pas vraiment sa place.  
Les révoltes contre l’injustice, où tous les agents du cadastre mentaient et touchaient des pots de vin.
Elle parle aussi d’Anne-Marie Stretter, une femme qui la fascina et qui fit l’objet d’ « India Song »

Ces témoignages sont dit sur un ton plus doux, moins arrogant que le ton que la romancière utilisait dans la première partie. Cette tendresse de ton  m’a quelque peu réconciliée avec la personne qui a certainement dû beaucoup souffrir. 

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Michelle Porte est réalisatrice, documentaliste et scénariste. Elle fit ses premiers pas dans l’univers cinématographique en qualité d’assistante sur des longs métrages du cinéma français.
Elle était proche de Marguerite Duras et a réalisé des documentaires lui consacrés.
Elle n'était toutefois  pas la seule personnalité dont Mme Porte a documentarisé la vie ; elle a aussi parlé de Virginia Woolf et Françoise Sagan, notamment.
Elle a également adapté un roman de Marguerite Duras = « L’Après midi de Monsieur Andelsmas ».

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