9782253176053-T

Titre original suédois = Döda Poeter Skriver inte kriminalromaner

L’éditeur Karl Petersén est aux anges = non seulement il a pu convaincre son poète préféré dont il fut le premier (et seul) éditeur, d’accepter d’écrire un roman policier – convaincu que le poète écrira quelque chose de transcendant dans ce domaine. Un polar politique, dans lequel Jan Y. Nilsson n’hésitera pas à mettre le système suédois en cause. Jan Y. Nilsson, de son côté, a quelque difficulté à faire taire ses scrupules – pour lui seule compte la poésie – sa poésie, celle ressemblant à des haïkus, s’inspirant de ses sentiments les plus profonds. Néanmoins, il s’est laissé convaincre, justement parce qu’écrire un polar politique l’intéresse au plus haut point.
Sa meilleure amie, qui le soutient depuis des années, pour qui ne compte aussi que sa poésie, a eu un peu de difficulté à accepter le fait que son idole se tourne vers un autre style d’écriture, mais après tout, Jan Y. apportera certainement autre chose au genre.
Même impression chez Anders Bergstens, auteur de romans policiers,  l’ami de toujours de Jan Y. Nilsson, cet ami mlême qui l’avait présenté à l’éditeur Petersen.

Lorsque Jan Y. Nilsson est retrouvé pendu dans la cabine du bateau sur lequel il vivait, tous se sentent coupable = la pression exercée pour faire écrire un polar au poète aura été trop dure et il a mis fin à ses jours !
Cette théorie est rapidement balayée par le commissaire Martin Barck, un ancien de la Crim’, qui désormais est commissaire  du port, mais a gardé une certaine expérience = d’abord ne jamais se fier à une première impression, ensuite relever des indices.
Et des indices il y en a.

Rassurés que ce ne soit pas un suicide, ses amis l’éditeur, l’auteur de romans policiers et la jeune femme amie, tiennent absolument à aider le commissaire à trouver le meurtrier. Petersen de son côté parvient à convaincre Bergstens d’écrire le tout dernier chapitre du roman de Nilsson. Une copie du manuscrit est heureusement en possession de l’éditeur car toute autre trace dudit manuscrit a disparu, ainsi que le disque dur de l’ordinateur.
Le commissaire piétine un peu, car comme la victime était un homme aimé de presque tous, il a peu de suspects après avoir éliminé les amis. Seul le père, qui haïssait Jan Y reste sur la liste, d’autant plus qu’il hérite de tout puisque le poète n’a laissé pour tout testament qu’une lettre manuscrite dans laquelle il nomme Tina (la meilleure amie) exécutrice de son œuvre littéraire.

Lorsque Karl Petersén est également assassiné, le commissaire est convaincu que l’on veut absolument éviter la publication du roman.
Oui, mais qui ? peut-être la lecture du manuscrit inachevé lui donnera-t-il un indice.

Comme très souvent, j’avais deviné le coupable dès les premières pages, y compris ses motivations cette fois-ci – généralement je découvre le coupable mais je ne suis pas certaine de ce qui l’a conduit au crime.
Ici c’est réellement évident – à mes yeux du moins, d’autant plus que j’ai trouvé que le roman était parsemé d’indices.
Le fait d’avoir deviné le coupable rapidement ne m’a absolument pas gâché mon plaisir de lecture car tous les personnages sont intéressants, amusants, certains sont attachants comme ce commissaire Barck, poète à ses heures, ancien commissaire de la Crim’ qui demandé sa mutation quelque temps auparavant car toutes ces morts, ces cadavres, pesaient sur son moral.
Il est d’ailleurs différents de ses « collègues «  littéraires = il a une vie de famille heureuse (hé oui ça arrive), il aime son épouse qui le lui rend bien, ses enfants ont quitté le foyer pour cause de profession mais ils entretiennent d’agréables relations, il ne boit pas, ne fume pas trop, se nourrit bien – et écrit des poèmes, son rêve secret serait d’être publié un jour même s’il se doute bien que cela restera du domaine du rêve.
J’ai l’impression que Björn Larsson a voulu à tout prix créer un personnage aux antipodes de ce que l’on a l’habitude de trouver dans les polars scandinaves. 
L’histoire est truffée de références à d’autres romans policiers suédois – à commencer justement par la vie « maudite » des inspecteurs dans lesdits romans.  

Egalement au commissaire Martin Beck, qui a désormais une série télévisée, ce qui amuse beaucoup les collègue de Barck vu la similitude des patronymes.

Ensuite, j’ai eu une forte impression de clin d’œil-hommage de la part de Björn Larsson à la situation vécue par Stieg Larsson (aucun lien de famille), qui a aussi laissé un manuscrit inachevé comme Jan Y. Nilsson, la victime de cette histoire, et dont la compagne a aussi eu des démêlés avec la famille de son compagnon.

L’ensemble de ce roman est une petite étude sur la littérature suédoise et les éditeurs qui privilégient désormais les polars plutôt qu’un autre type de littérature suédoise ou autre, à commencer par la poésie.
Le livre est construit sur l’opposition poésie >< romans, et plus particulièrement romans policiers.

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J’avais acheté ce roman parce que j’aimais bien le titre, que j’ai trouvé amusant, pour la couverture du poche, que j’ai trouvée assez réussie. Jusqu’à ce que je réalise que Björn Larsson était l’auteur du « Celtic Ring », que j’avais apprécié il y a quelques années (billet ici).

L’auteur est né en 1953 à Jönköping. A quinze ans, il partit pour les Etats-Unis en compagnie d’un groupe d’adolescents sélectionnés pour étudier à l’étranger ; il fut scolarisé en Arizona, mais à son retour en Suède, il quitte les sciences pour la philosophie et le français, et se met à écrire poèmes et articles.
Son statut d’objecteur de conscience lui valut d’aller en prison.
Björn Latrsson a aussi vécu à Paris, où il vivait de ses traductions et en donnant des cours de français aux étudiants scandinaves. Sa thèse universitaire portera sur Simone de Beauvoir.

Quelques années après avoir vécu à Lund et Copenhagen, il décide avec sa compagne de vivre sur un voilier – c’est ce voilier qui est à l’origine du roman « Le Cercle Celtique », qui lui a valu un succès littéraire, de même que sa version de « Long John Silver » (ces romans ont été traduits en plusieurs langues).
Toute l’œuvre de ce romancier tourne autour de la navigation, s’inspirant de ses voyages sur les mers et océans d’Europe du Nord.
Avec le « Cercle celtique », il se lança dans le roman policier, tandis que « Long John Silver » est une autobiographie fictive du héros de « Treasure Island » de Stevenson.
J’aimerais à présent découvrir les autres romans de cet auteur, finalement assez peu connu par rapport à ses collègues romanciers de polars scandinaves.

Comme il l’écrit dans cette histoire-ci « les romans policiers sont devenus la denrée qui se vend et s’expatrie le mieux apparemment dans la littérature suédoise, il y a tellement d’auteurs de romans policiers qu’on ne trouve pratiquement plus rien d’autre en librairies ».

L'interview de Bjorn Larsson dans "l'Express" où il parle de son livre ici dans lequel il exprime le "trop-plein" de polars scandinaves.