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Œdipe, parricide, incestueux, tyran de Thèbes, jouet des dieux … s’est crevé les yeux alors que Jocaste se pendait. Il se terre dans un coin de son ancien palais, pendant que Polynice et Eteocle, ses fils, se disputent le pouvoir – avec Créon son beau-frère. Une seule solution, partir, banni,  loin de tout pour mourir avec à peine un peu de pain et d’eau pour subsister, avec défense formelle à quiconque de lui venir en aide. Qu’il crève, il n’a que ce qu’il mérite ! Lui-même sait qu’il est coupable, ne choisit-il pas cet exil en aveugle parce qu’au bout, il sera anéanti ?

Antigone, sa fille préférée, sa sœur,  refuse de l’abandonner. En dépit des rappels de Polynice, elle part, elle ne peut pas laisser ce vieillard seul sur une route qu’il ne connaît pas, qu’il ne voit pas. Malgré les ordres d’Œdipe de le laisser, elle part. Elle est si obstinée la petite Antigone, si forte dans sa résolution.
Parfois, certains villageois, parmi les plus pauvres, leur donnent un peu de pain, puis se purifient – on ne peut pas aider les « maudits » sous peine de devenir comme eux.

En cours de route, leur chemin croise celui de Clios, devenu meurtrier – qui va pouvoir se racheter grâce à lui, à Antigone qu’il aime comme un frère, Antigone si pure qui rend beau tout ce qu’elle effleure.
Clios va partager leur sort de pestiférés, de maudits, les protéger, les aider à se nourrir.

Il ne sera pas leur seule rencontre importante. Diotime, désormais vieillie et assagie, seconde son époux, elle est devenue la guérisseuse de la tribu.
Il y aura encore Calliope, Constance le chef d’une autre tribu, en lutte contre les Achéens.
Tous ils vont les aider et à leur tour, Œdipe, Antigone, Clios vont aussi les aider à lutter contre la maladie, l’invasion des Grecs.
Et surtout sculpter cette vague monumentale dans la falaise, qui servira de phare aux marins. La vague qui sauvera des vies. Oui il aveugle Œdipe, c’est pour cela qu’il parvient à sculpter cette vague, parce qu’il la « sent » à travers la pierre vive de la falaise.

L’errance va se poursuivre au fil des saisons, des jours et des nuits. Jusqu’à ce que Polynice vienne les chercher avec les hommes d’armes. 

« Œdipe sur la route » n’est pas  une simple réécriture du mythe d’Œdipe, Henry Bauchau  va plus loin, il y exprime à quel point l’art sous toutes ses formes – écriture, poésie, chant, danse, sculpture – peut sauver.
Œdipe n’est pas une simple légende, qui a enflammé le théâtre dramatique. C’est la tragédie d’un homme que le destin poursuit impitoyablement. C’est dans ce destin qu’il est humain au lieu d’une légende, un humain dans lequel chacun peut se reconnaître.
Du pays, nous savons peu, mais ce peu est un tout magnifique, qu’Henry Bauchau parvient à partager avec les lecteurs. 

C’est l’histoire d’un chemin physique, mais aussi un chemin intérieur vers la lucidité et l’acceptation de soi, l’étape la plus difficile dans la vie d’un être humain.
Tout comme, d’avoir partagé le chemin d’Œdipe, tous ceux qui l’ont entouré vont pouvoir se réaliser dans leur existence.

Il est des livres qui vous attendent patiemment sur les rayons de votre bibliothèque – qui savent tellement bien que vous allez les aimer beaucoup  qu’ils attendent le moment béni où vous allez les ouvrir et entrer dans leur histoire.
Refermer le livre sera difficile comme il est toujours difficile de quitter quelque chose de beau. 

la belle biographie d'Henry Bauchau chez tania-textes&prétextes (ici) - le texte  "la vague" 

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