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Titre français = Quant j’étais Jane Eyre

Alors que son père se remet lentement de l’opération aux yeux à Manchester, Charlotte Brontë le veille, accomplissant là son devoir de fille dévouée, même si elle n’éprouve que pitié mais pas de réelle affection pour ce père qui de toute façon a toujours préféré leur frère Branwell, les confinant ses sœurs et elle dans les tâches ménagères.
Elle met ce temps de veille à profit pour se souvenir des événements de sa vie, de la passion qui l’anima pour Mr. H,  (alias Constantin Héger, ndlr), directeur de l’école à Bruxelles où elle décida de se rendre afin de parfaire ses connaissances linguistiques.
La passion qu’elle n’arriva pas à garder secrète devint le terreau sur lequel elle bâtit le personnage de « Jane Eyre ».
Elle y mettra aussi toutes les humiliations de son emploi de gouvernante, travail obligatoire pour payer les dettes de leur frère Branwell.

Ses sœurs Anne et Emily écrivent aussi, c’est elle qui les encourage à se faire publier, malgré les réticences des deux sœurs, Emily surtout ne supporte pas que ses écrits si personnels arrivent entre les mains de gens qu’elle mépriserait à coup sûr.
Charlotte n’a pas grande opinion des gens non plus, surtout pas de ceux qui emploient des filles pauvres comme elle et ses sœurs pour s’occuper d’enfants cruels avec leur gouvernante, peu enclins à apprendre.

Charlotte ne supporte plus Branwell, après des années d’idolâtrie lorsqu’ils étaient enfants, leurs goûts pour la lecture et l’écriture les ayant soudés alors. Mais ce frère tant aimé de toute sa famille sombre peu à peu dans l’alcoolisme et la drogue, suite à une passion malheureuse elle aussi pour la mère de l’enfant qu’il devait éduquer.
Anne et Emily continuent à aimer Branwell, Emily surtout qui se sent la plus proche de lui par son caractère entier, passionné.
Emily, qui aime tant la lande et les animaux, qui accepta pourtant de la suivre à Bruxelles  qu’elle détesta immédiatement.

Les manuscrits que les trois sœurs envoyèrent, sous des pseudonymes masculins,  chez les éditeurs de Londres leur revinrent, refusés. Puis, un jour, ce furent Anne et Emily qui reçurent une réponse positive, avant Charlotte et son roman « Le Professeur » ne soient rejetés à nouveau.
Elle va alors envoyer « Jane Eyre » à George Smith, un jeune éditeur dynamique chez qui elle se présentera comme étant le « vrai » Currer Bell malgré le chagrin d’avoir perdu Branwell, Emily et Anne, elle pourra enfin entrevoir une certaine notoriété. Un peu de bonheur dans une vie qui en vit peu.

Terminer l’année avec un joli livre, rien de plus agréable – et ce livre-ci est ce que j’appelle « un joli livre », bien écrit, avec des chapitres courts, allant droit au but.

Etant depuis de très longues années une admiratrice des sœurs Brontë, je me doutais que cette biographie romancée me plairait.

Le portrait du père, Patrick Brontë  - rigide, égocentrique, misanthrope, misogyne, n’aimant que son fils – semble surtout inspiré par la 1ère biographe de Charlotte Brontë, son amie Elizabeth Gaskell.
Une autre romancière, cependant, Juliet Barker le décrit, dans la biographie qu’elle écrivit en 1995, qu’il était ouvert et gééreux, ne faisant pas de différence entre l’éducation de ses filles et de son fils. C’est lui qui aurait encouragé ses filles à lire et écrire.
Qui croire ? J’imagine que la vérité est quelque part entre les deux, mais en tout cas Sheila Kohler reprend plutôt la version de Gaskell et le portrait de Patrick Brontë n’est guère flatteur, voire carrément antipathique.

Par contre, je me suis sentie très proche des trois sœurs = de Charlotte, qui se sait intelligente et veut être reconnue pour cela, d’Emily la passionnée, d’Anne la douce, la timide, celle qui vit le plus selon les principes religieux inculqués.
Sheila Kohler nous propose  un portrait passionné de Charlotte, qui n’exprimait pas ses sentiments, sauf par écrits, ce qui rend « Jane Eyre » si puissant.
Le portrait de Branwell Brontë est sans concession, et j’en suis contente – que n’a-t-on glosé sur ce frère surdoué – il l’était = écrire, lire, peindre, tout lui aurait réussi – qui gâcha son existence dans les pubs, mettant sa famille dans le besoin pour dettes à payer.

Il n’est nullement surprenant que lord Byron fut leur inspiration à tous

L’ambiance sombre, voire sinistre, du presbytère, où la fenêtre s’ouvre sur le cimetière où se trouvent la mère et les sœurs aînées des enfants Brontë, est fort bien rendue, tout comme la condition très difficiles des filles pauvres, instruites, obligées de devenir institutrice d’enfants riches, au sein de familles sans respect aucun, n’épargnant aucune humiliation à celles qu’elles emploient en les payant à bas prix.
Tous les romans des sœurs Brontë sont en grande partie autobiographiques, je pense que les lire et relire est le meilleur moyen de découvrir et comprendre ces courageuses et belles jeunes femmes.

Une biographie d’un autre type, dont je recommande la lecture.

 les landes du yorkshire, tant aimées des soeurs brontë
(source de la photo = wikipedia)

800px-Moors_near_Hawnby_(N_Yorks_Moors)

D'autres avis sur cette biographie romancée = joelle-labibliothèquedudolmen, ys, karine-moncoinlecture,  lamaisondemilly